N’oublions pas que Pierre détient les clés

Vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire, Année A – 27 août 2017

Isaïe 22,19-23
Romains 11,33-36
Matthieu 16,13-20

Pendant mes études de deuxième et troisième cycles en Israël dans les années 1990, j’ai passé un certain temps avec l’équipe archéologique israélienne qui explorait le site de Césarée de Philippe dans le nord du pays. Césarée de Philippe se trouve à une vingtaine de milles au nord de la mer de Galilée dans le territoire qu’a dirigé le tétrarque Philippe, un fils d’Hérode le Grand, de 4 avant J.C. jusqu’à sa mort en 34 de notre ère. Le potentat reconstruisit la ville de Paneas en lui donnant le nom de Césarée, en l’honneur de l’empereur, auquel il ajouta Philippi (« de Philippe », pour la distinguer du port de mer en Samarie qui portait aussi le nom de Césarée.

L’endroit s’appelle aujourd’hui « Banias », déformation du mot « Paneas », qui renvoie au dieu grec Pan. À l’époque de Jésus, il y avait, dans cette localité située à la frontière entre Israël et la Syrie au pied du majestueux mont Hermont, un culte de la fertilité florissant dans un temple païen dédié à Pan. C’est là, en cet endroit de débordements sexuels et de culte païen au dieu grec Pan, que Jésus demande à ses disciples ce qu’ils pensent de son statut messianique. C’est là que Pierre acclame en Jésus le Messie du seul vrai Dieu. Décor étonnant pour ce récit dramatique de l’Évangile, en Matthieu 16, 13-20 !

Le récit de l’Évangile d’aujourd’hui a des parallèles en Marc 8, 27-29 et en Luc 9, 18-20. La relation de Matthieu attribue la confession à une révélation octroyée au seul Pierre (v. 17) ; elle fait de Pierre le rocher sur lequel Jésus construira son église (v. 18) et le disciple dont l’autorité dans l’église sur terre sera confirmée dans les cieux, c’est-à-dire par Dieu (v. 19). En tenant compte de la richesse du contexte mythologique grec associé à ce site impressionnant du nord de l’État d’Israël, arrêtons-nous à différents mots et à quelques expressions de l’Évangile d’aujourd’hui.

« Tu es le Messie »

En réponse à la question de Jésus (v. 13), « Le Fils de l’Homme, qui est-il d’après ce que disent les hommes ? », les disciples présentent une série de titres ou d’étiquettes que la rumeur appliquait à Jésus. Ces noms révèlent les diverses attentes qu’on entretenait à son sujet. Certains voyaient en lui un Élie, engagé avec fougue dans un affrontement avec les puissants. D’autres reconnaissaient plutôt en lui un Jérémie, non moins véhément mais plus attentif au cheminement intérieur, à la dimension personnelle, privée, de l’existence.

Quand Jésus pose à Pierre la question cruciale, « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? », Pierre lui répond : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » Vu le cadre majestueux où se déroule l’Évangile d’aujourd’hui, est-ce que Pierre promulguait la mort de tous les autres dieux, celle de Pan notamment, qu’il pouvait apercevoir autour de lui, en proclamant que Jésus est le Fils du Dieu vivant ? La mort de Pan allait-elle provoquer une crise de pouvoir pour Tibère, et l’empêcher d’hériter du pouvoir d’Auguste ?

Le Fils du Dieu vivant

L’expression « fils de Dieu » doit être entendue dans le contexte de la mythologie grecque, présente à l’endroit où se produit la confession de Pierre. Le dieu grec Pan était associé à une montagne d’Arcadie et à une grotte en Attique. Comme l’Arcadie ne comptait guère de troupeaux de gros bétail, ce dieu pastoral était associé à la chèvre et il était représenté pour moitié sous la forme de cet animal. Pan devint un dieu universel dans la mythologie grecque, particulièrement populaire auprès des bergers, des agriculteurs et des paysans. De façon générale, Pan était amoureux, comme il convient à un dieu qui a d’abord pour mission d’assurer la fécondité des troupeaux ! Il était censé aimer les cavernes, les montagnes et les endroits isolés, et il avait un penchant marqué pour la musique : son instrument était la flûte de Pan ! Pan était un fils de Zeus, il était donc fils de Dieu !

Pierre déclare que « Jésus est le Fils du Dieu vivant ». L’addition de ce titre exalté à la confession marcienne originale (Marc 8, 27-29) élimine toute ambiguïté qui pourrait s’attacher au titre de « Messie ». La déclaration de Pierre ne peut pas ne pas tenir compte du contexte mythologique grec associé à la ville de Césarée de Philippe !

La chair et le sang

Au verset 17, Jésus prend acte de la déclaration de Pierre : « ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ». « La chair et le sang » est une expression sémitique qui désigne les êtres humains et met l’accent sur leur faiblesse. Le fait que Pierre révèle la véritable identité de Jésus montre que ce savoir ne lui vient pas de moyens humains mais d’une révélation de Dieu. Voilà qui ressemble à la description que donne Paul de la façon dont il a lui-même découvert qui était Jésus en Galates 1, 15-16: « lorsqu’il plut à Dieu… de révéler en moi son Fils… »

Tu es le rocher

Au verset 18, Jésus révèle la nouvelle identité de Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (v. 18). Le mot araméen « kepa », qui veut dire rocher et qui est transcrit « Képhas » en grec, est le nom sous lequel Pierre est désigné dans les épîtres de Paul (1 Co 1, 12; 3, 22; 9, 5; 15, 4; Ga 1, 18; 2, 9.11.14) sauf en Ga 2, 7-8 (« Pierre »). Le même nom est traduit Petros (Pierre) en Jean 1, 42. L’énoncé araméen original de Jésus aurait donné littéralement en français : « Tu es le Rocher (Kepa) et sur ce rocher (kepa) je construirai mon église. »

Quand Jésus déclare que Pierre est le rocher sur lequel l’Église sera bâtie, faisait-il allusion aux rochers massifs qu’il apercevait autour de lui dans cette région, et qui hébergeaient des temples à des dieux païens et à un dirigeant profane ? Est-ce que la mort du Grand Pan et celle du Christ n’allaient pas se produire l’une et l’autre alors que Ponce Pilate serait procureur de Judée, en lien l’une avec l’autre ? Les premiers chrétiens voulaient-ils voir un lien entre ces deux événements, comme Eusèbe le signale dans ses écrits ?

L’emploi du mot « église » chez Matthieu

Matthieu est le seul évangéliste à employer le mot « Église » (en grec ekklesia) ici au verset 17. Le mot apparaît deux fois dans le texte de l’Évangile d’aujourd’hui. Quelles sont les possibilités concernant le terme araméen que Jésus lui-même aurait employé ? L’église de Jésus désigne la communauté qu’il va rassembler et qui, tel un édifice, aura Pierre pour assises et fondations. Cette fonction de Pierre consiste à témoigner que Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant.

Les portes de l’Hadès

La référence aux portes de l’Hadès qui ne l’emporteront pas sur l’Église fait-elle référence de quelque façon à la caverne massive dont on croyait qu’elle donnait accès au « monde d’en bas » et d’où jaillissent les eaux puissantes du Jourdain ? À l’époque de Jésus et des écrivains du Nouveau Testament, la conception de l’Hadès (Shéol) qui prédominait chez les juifs et les chrétiens était celle du séjour des morts plutôt que l’idée d’un lieu de châtiment. Les anciens croyaient que le Jourdain naissait dans une vaste caverne qui se trouve aujourd’hui au centre d’un parc national situé à l’embouchure du Jourdain, à Banias. On croyait aussi que la bouche de cette caverne était l’une des entrées du monde souterrain (Hadès/Shéol). Une fois qu’on y avait pénétré, on ne pouvait plus revenir sur la terre des vivants.

On croyait aussi parfois que ce royaume de l’Hadès ou du Shéol hébergeait – en plus des êtres humains défunts – les agents démoniaques de mort et de destruction. Dans le langage apocalyptique juif, à la fin des temps les puissances du chaos cosmique, contenues depuis la création, vont se déchaîner et provoquer des tribulations inouïes et la destruction de la terre. Ces forces étaient enfermées dans une caverne dans les entrailles de la terre. Certains exégètes ont écrit que l’image des Portes de l’Hadès évoque les maîtres du monde souterrain s’échappant des portes de leur cité, ceinturée d’un mur et étroitement surveillée, pour attaquer le peuple de Dieu sur terre. Cette image devient assurément très concrète quand on la replace dans le cadre géographique de Paneas.

Attention à l’emplacement ! (« Location, location, location »)

Paneas (Banias) et son histoire aussi riche qu’ancienne servent de décor à un nouveau drame : non plus l’adoration d’un dieu païen ou de l’État, mais l’adoration du Fils du Dieu vivant, celui sur lequel est édifiée l’église. Ce n’est sûrement pas par hasard que c’est justement à Césarée de Philippe (Banias) que Jésus est salué par Pierre comme Fils du Dieu vivant. On ne saurait croire que les rochers massifs au pied du mont Hermon n’ont pas influencé le rédacteur de l’Évangile ou celui qui a prononcé ces mots, Jésus lui-même. D’une caverne dont les anciens croyaient qu’elle hébergeait les puissances destructrices de l’univers on affirme tout à coup, non pas qu’elle résistera à ses propres puissances destructrices mais que ces puissances destructrices ne l’emporteront pas sur le pouvoir de l’église. Un ancien dieu dont on disait qu’il possédait les clés du monde souterrain est tout à coup remplacé par un simple mortel, Pierre, dont on affirme qu’il possède les clés du Royaume des cieux.

Les clés du royaume

En effet, dans l’Évangile, nous entendons aussi parler des clés (v. 19) du royaume des cieux. L’image des clés est probablement tirée de la première lecture d’aujourd’hui, en Isaïe 22, 15-25, alors qu’Éliakim, qui succède à Shebna comme maître du palais, reçoit « la clé de la maison de David » qu’il pourra, d’autorité, « ouvrir » et « fermer » (Isaïe 22,22).

En Matthieu 18,18 tous les disciples reçoivent le pouvoir de lier et de délier mais le contexte de ce verset suggère que Pierre est investi d’un pouvoir ou d’une autorité particulière. Le fait que les clés sont celles du royaume des cieux et que l’autorité exercée par Pierre dans l’Église sera confirmée au ciel montre qu’il y a un lien intime – mais pas d’identification – entre l’église et le royaume des cieux. L’Église est le champ de bataille où s’affrontent les forces de l’Hadès et les forces des cieux. Combien de fois, ces dernières années, n’avons-nous pas eu l’impression que les portes de l’Hadès se sont ouvertes pour déchaîner contre l’Église le feu et la fureur de l’enfer ?

Au milieu des tempêtes, cependant, prenons courage et voyons bien que Pierre reçoit les clés qui ouvrent les portes des cieux. Ces portes, elles aussi, vont s’ouvrir et le pouvoir royal de Dieu fera irruption du haut du ciel pour entrer en lice contre les démons. Notre foi nous assure que l’Hadès ne l’emportera pas contre l’église parce que Dieu y sera à l’œuvre avec puissance, qu’il dévoilera son projet pour elle et qu’il lui remettra le pouvoir céleste nécessaire pour réaliser son projet.

Nos passages par Césarée de Philippe

Le combat autour de l’identité de Jésus et de sa mission de Messie se poursuit aujourd’hui. Certains prétendent que les chrétiens et l’Église dans son ensemble devraient s’inspirer d’Élie, affronter publiquement les systèmes, les institutions et les politiques nationales. C’est ainsi qu’Élie voyait son rôle. D’autres disent, comme Jérémie, que le règne du Christ, à travers son Église, c’est la dimension personnelle et privée de l’existence. Et nombreux sont ceux, en effet, qui voudraient réduire la religion et la foi à une affaire strictement personnelle dans le monde d’aujourd’hui.

Jésus dépasse ces deux approches et pousse un peu plus loin : Et vous, qu’est-ce que vous en dites : qui suis-je pour vous ? Dans la réponse de Pierre : « Tu es le Messie », lancée avec son impétuosité habituelle, nous trouvons une notion qui reprend les deux idées précédentes mais en les dépassant. Le Messie est venu dans une société mais aussi dans nos vies individuelles, d’une manière totale, surmontant ainsi la distinction entre le public et le privé. La qualité de notre réponse à cette question est la mesure la plus précise de notre qualité de disciples.

À un moment ou l’autre, tout le monde doit passer par Césarée de Philippe et répondre à la question : « Et toi, qu’est-ce que tu en dis, qui suis-je à tes yeux ? » Où sont dans ma vie les Césarée de Philippe, à quel moment ai-je été mis au défi de dire qui est le Christ pour moi, pour l’Église et pour le monde ?

Comme Pierre, est-ce que j’ai du mal à accepter la façon dont Dieu agit dans le monde, « la puissance vulnérable de l’amour », comme dit le pape Benoît ? Comment l’amour transforme-t-il aujourd’hui des scènes de tragédie et de souffrance ? Comment ai-je vu la puissance de l’amour de Dieu opérer dans les épreuves et les tragédies de ma propre vie ? Dans les orages de la vie, quelle consolation ai-je reçue du fait de mon appartenance à l’Église de Jésus Christ ?

« Ô Canada », un hymne à redécouvrir !

Les étrangers s’étonnent parfois d’entendre l’hymne de notre pays chanté dans deux langues différentes, l’anglais et le français. Ils seraient sans doute encore plus surpris de savoir que les paroles de l’un et de l’autre ne correspondent pas.  En effet, l’hymne canadien, le maintenant très connu « Ô Canada », est bien connu en sa qualité de composition musicale par Calixa Lavallée. Il l’est un peu moins en ce qui a trait aux paroliers.

Fruit d’une commande du Lieutenant-gouverneur du Québec de l’époque, Son honneur Théodore Robitaille, ce chant fut entonné pour la première fois lors du Congrès catholique canadien-français, le 24 juin 1880.  Composé par le juge et poète Adophe-Basile Routhier, l’hymne fut écrit avec la ferme intention de devenir l’hymne officiel du Canada français. Avec, comme le dit Brian Christopher Thompson, l’intention « de créer un chant national qui avait la dignité du « God Save the Queen », l’hymne était alors entonné lors de tous les événements publics au Canada à l’époque ». Contrairement à la version anglophone dont les paroles reçurent plusieurs moutures au cours de l’histoire, la version française est toujours restée la même. Suivant un parcours sinueux, l’hymne « Ô Canada » reçut finalement la sanction royale le 27 juin 1980, presque cent ans après son écriture !

Si ce n’est de certaines formulations dont le langage nous apparaît quelque peu étranger, l’intégralité de l’hymne Canadien mérite d’être médité et chanté encore aujourd’hui.

Le « Ô Canada, Terre de nos aïeuls » est d’une beauté sublime et peut être une grande source de fierté, spécialement pour nous catholiques puisqu’il fait directement écho à notre foi. En effet, l’hymne national nous invite à faire mémoire de ceux qui nous précédés, de « nos aïeux » qui ont su bâtir ce pays. Loin de se laisser décourager par les nombreux obstacles qu’ils ont rencontrés sur leur route, nos ancêtres ont su manifester un courage et une ferveur semblables à toute grande nation. Du récit de ce passé aux principes ayant dirigé son histoire, l’hymne ne saurait être complet sans cet appel à l’engagement, à la mission que représente la construction d’un si jeune pays.

Dans son discours lors de la cérémonie de bienvenue à Toronto pour la 17e journée mondiale de la Jeunesse le 23
juillet 2002, saint Jean-Paul II s’exprimait en ces termes:

«3. Dans la version francophone de votre hymne national «Ô Canada», vous chantez: «Car ton bras sait porter l’épée, il sait porter la croix». Les Canadiens sont les héritiers d’un humanisme extraordinairement riche, grâce à l’association de nombreux éléments culturels divers. Mais le noyau de votre héritage, c’est la conception spirituelle et transcendante de la vie, fondée sur la Révélation chrétienne, qui a donné une impulsion vitale à votre développement comme société libre, démocratique et solidaire, reconnue dans le monde entier comme un chantre des droits de la personne humaine et de sa dignité.»

Commémorer le 150e du Canada n’est pas seulement un devoir de citoyen. C’est aussi la possibilité d’avoir accès à des témoins et des modèles pour nous qui sommes héritiers de ce patrimoine. À ces personnes qui, de par leur vie même, furent les instruments de Dieu, et envers lesquelles nous sommes infiniment redevables encore aujourd’hui.

-1-

Ô Canada! Terre de nos aïeux,
Ton front est ceint de fleurons glorieux!
Car ton bras sait porter l’épée,
Il sait porter la croix!
Ton histoire est une épopée
Des plus brillants exploits.
Et ta valeur, de foi trempée,
Protègera nos foyers et nos droits.
Protègera nos foyers et nos droits.

-2-

Sous l’œil de Dieu, près du fleuve géant,
Le Canadien grandit en espérant.
Il est d’une race fière,
Béni fut son berceau.
Le ciel a marqué sa carrière
Dans ce monde nouveau.
Toujours guidé par sa lumière,
Il gardera l’honneur de son drapeau,
Il gardera l’honneur de son drapeau.

-3-

De son patron, précurseur du vrai Dieu,
Il porte au front l’auréole de feu.
Ennemi de la tyrannie Mais plein de loyauté.
Il veut garder dans l’harmonie,
Sa fière liberté;
Et par l’effort de son génie,
Sur notre sol asseoir la vérité.
Sur notre sol asseoir la vérité.

-4-

Amour sacré du trône et de l’autel,
Remplis nos cœurs de ton souffle immortel!
Parmi les races étrangères,
Notre guide est la loi;
Sachons être un peuple de frères,
Sous le joug de la foi.
Et répétons, comme nos pères
Le cri vainqueur : Pour le Christ et le roi,
Le cri vainqueur : Pour le Christ et le roi.

 

Message du pape François pour le Carême 2017

Vous trouverez ci-dessous le texte intégral du message du pape François pour le Carême 2017:

La Parole est un don. L’autre est un don.

Chers Frères et Sœurs,
Le Carême est un nouveau commencement, un chemin qui conduit à une destination sûre : la

Pâques de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort. Et ce temps nous adresse toujours un appel pressant à la conversion : le chrétien est appelé à revenir à Dieu « de tout son cœur » (Jl 2,12) pour ne pas se contenter d’une vie médiocre, mais grandir dans l’amitié avec le Seigneur. Jésus est l’ami fidèle qui ne nous abandonne jamais, car même lorsque nous péchons, il attend patiemment notre retour à Lui et, par cette attente, il manifeste sa volonté de pardon (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Le Carême est le moment favorable pour intensifier la vie de l’esprit grâce aux moyens sacrés que l’Eglise nous offre: le jeûne, la prière et l’aumône. A la base de tout il y a la Parole de Dieu, que nous sommes invités à écouter et à méditer avec davantage d’assiduité en cette période. Je voudrais ici m’arrêter en particulier sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare (cf. Lc 16,19-31). Laissons-nous inspirer par ce récit si important qui, en nous exhortant à une conversion sincère, nous offre la clé pour comprendre comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie éternelle.

1. L’autre est un don

La parabole commence avec la présentation des deux personnages principaux ; cependant le pauvre y est décrit de façon plus détaillée : il se trouve dans une situation désespérée et n’a pas la force de se relever, il gît devant la porte du riche et mange les miettes qui tombent de sa table, son corps est couvert de plaies que les chiens viennent lécher (cf. vv. 20-21). C’est donc un tableau sombre, et l’homme est avili et humilié.

La scène apparaît encore plus dramatique si l’on considère que le pauvre s’appelle Lazare : un nom chargé de promesses, qui signifie littéralement « Dieu vient en aide ». Ainsi ce personnage ne reste pas anonyme mais il possède des traits bien précis ; il se présente comme un individu avec son histoire personnelle. Bien qu’il soit comme invisible aux yeux du riche, il nous apparaît connu et presque familier, il devient un visage; et, comme tel, un don, une richesse inestimable, un être voulu, aimé, dont Dieu se souvient, même si sa condition concrète est celle d’un déchet humain (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Lazare nous apprend que l’autre est un don. La relation juste envers les personnes consiste à reconnaître avec gratitude leur valeur. Ainsi le pauvre devant la porte du riche ne représente pas un obstacle gênant mais un appel à nous convertir et à changer de vie. La première invitation que nous adresse cette parabole est celle d’ouvrir la porte de notre cœur à l’autre car toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas. Le Carême est un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin et reconnaître en eux le visage du Christ. Chacun de nous en croise sur son propre chemin. Toute vie qui vient à notre rencontre est un don et mérite accueil, respect, amour. La Parole de Dieu nous aide à ouvrir les yeux pour accueillir la vie et l’aimer, surtout lorsqu’elle est faible. Mais pour pouvoir le faire il est nécessaire de prendre au sérieux également ce que nous révèle l’Évangile au sujet de l’homme riche.

2. Le péché nous rend aveugles

La parabole met cruellement en évidence les contradictions où se trouve le riche (cf. v. 19). Ce personnage, contrairement au pauvre Lazare, ne possède pas de nom, il est seulement qualifié de “riche”. Son opulence se manifeste dans son habillement qui est exagérément luxueux. La pourpre en effet était très précieuse, plus que l’argent ou l’or, c’est pourquoi elle était réservée aux divinités (cf. Jr 10,9) et aux rois (cf. Jg 8,26). La toile de lin fin contribuait à donner à l’allure un caractère quasi sacré. Bref la richesse de cet homme est excessive d’autant plus qu’elle est exhibée tous les jours, de façon habituelle: « Il faisait chaque jour brillante chère » (v.19). On aperçoit en lui, de manière dramatique, la corruption du péché qui se manifeste en trois moments successifs: l’amour de l’argent, la vanité et l’orgueil (cf. Homélie du 20 septembre 2013).

Selon l’apôtre Paul, « la racine de tous les maux c’est l’amour de l’argent » (1 Tm 6,10). Il est la cause principale de la corruption et la source de jalousies, litiges et soupçons. L’argent peut réussir à nous dominer et devenir ainsi une idole tyrannique (cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 55). Au lieu d’être un instrument à notre service pour réaliser le bien et exercer la solidarité envers les autres, l’argent peut nous rendre esclaves, ainsi que le monde entier, d’une logique égoïste qui ne laisse aucune place à l’amour et fait obstacle à la paix.

La parabole nous montre ensuite que la cupidité rend le riche vaniteux. Sa personnalité se réalise dans les apparences, dans le fait de montrer aux autres ce que lui peut se permettre. Mais l’apparence masque le vide intérieur. Sa vie reste prisonnière de l’extériorité, de la dimension la plus superficielle et éphémère de l’existence (cf. ibid., n. 62).

Le niveau le plus bas de cette déchéance morale est l’orgueil. L’homme riche s’habille comme un roi, il singe l’allure d’un dieu, oubliant d’être simplement un mortel. Pour l’homme corrompu par l’amour des richesses, il n’existe que le propre moi et c’est la raison pour laquelle les personnes qui l’entourent ne sont pas l’objet de son regard. Le fruit de l’attachement à l’argent est donc une sorte de cécité : le riche ne voit pas le pauvre qui est affamé, couvert de plaies et prostré dans son humiliation.

En regardant ce personnage, on comprend pourquoi l’Évangile est aussi ferme dans sa condamnation de l’amour de l’argent : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Mt 6,24).

3. La Parole est un don

L’évangile du riche et du pauvre Lazare nous aide à bien nous préparer à Pâques qui s’approche. La liturgie du Mercredi des Cendres nous invite à vivre une expérience semblable à celle que fait le riche d’une façon extrêmement dramatique. Le prêtre, en imposant les cendres sur la tête, répète ces paroles : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Le riche et le pauvre, en effet, meurent tous les deux et la partie la plus longue du récit de la parabole se passe dans l’au-delà. Les deux personnages découvrent subitement que « nous n’avons rien apporté dans ce monde, et nous n’en pourrons rien emporter » (1 Tm 6,7).

Notre regard aussi se tourne vers l’au-delà, où le riche dialogue avec Abraham qu’il appelle « Père » (Lc 16, 24 ; 27) montrant
qu’il fait partie du peuple de Dieu. Ce détail rend sa vie encore plus contradictoire car, jusqu’à présent, rien n’avait été dit sur sa relation à Dieu. En effet dans sa vie, il n’y avait pas de place pour Dieu, puisqu’il était lui-même son propre dieu.

Ce n’est que dans les tourments de l’au-delà que le riche reconnaît Lazare et il voudrait bien que le pauvre allège ses souffrances avec un peu d’eau. Les gestes demandés à Lazare sont semblables à ceux que le riche aurait pu accomplir et qu’il n’a jamais réalisés. Abraham néanmoins lui explique que « tu as reçu tes biens pendant ta vie et Lazare pareillement ses maux; maintenant ici il est consolé et toi tu es tourmenté » (v.25). L’au-delà rétablit une certaine équité et les maux de la vie sont compensés par le bien.

La parabole acquiert une dimension plus large et délivre ainsi un message pour tous les chrétiens. En effet le riche, qui a des frères encore en vie, demande à Abraham d’envoyer Lazare les avertir ; mais Abraham répond : « ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent » (v. 29). Et devant l’objection formulée par le riche, il ajoute : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (v.31).

Ainsi se manifeste le vrai problème du riche : la racine de ses maux réside dans le fait de ne pas écouter la Parole de Dieu ; ceci l’a amené à ne plus aimer Dieu et donc à mépriser le prochain. La Parole de Dieu est une force vivante, capable de susciter la conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère.

Chers frères et sœurs, le Carême est un temps favorable pour nous renouveler dans la rencontre avec le Christ vivant dans sa Parole, dans ses Sacrements et dans le prochain. Le Seigneur qui – au cours des quarante jours passés dans le désert a vaincu les pièges du Tentateur – nous montre le chemin à suivre. Que l’Esprit Saint nous aide à accomplir un vrai chemin de conversion pour redécouvrir le don de la Parole de Dieu, être purifiés du péché qui nous aveugle et servir le Christ présent dans nos frères dans le besoin. J’encourage tous les fidèles à manifester ce renouvellement spirituel en participant également aux campagnes de Carême promues par de nombreux organismes ecclésiaux visant à faire grandir la culture de la rencontre au sein de l’unique famille humaine. Prions les uns pour les autres afin que participant à la victoire du Christ nous sachions ouvrir nos portes aux faibles et aux pauvres. Ainsi nous pourrons vivre et témoigner en plénitude de la joie pascale.

Du Vatican, le 18 octobre 2016, Fête de Saint Luc, évangéliste

FRANÇOIS [00196-FR.01] [Texte original: Français]

« Maintenant et à l’heure de notre mort »

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Réflexion pour le Jour des fidèles défunts
Père Thomas Rosica, csb

C’est dans la lumière de la fête de Tous les Saints (hier) que nous faisons mémoire, le 2 novembre, de tous les fidèles défunts.  Ce jour est un jour où l’on se souvient, mais aussi où l’on peut parler de la mort et en parler sereinement, puisque nous ne sommes pas dans le moment du deuil.

Aujourd’hui, la mort est vécue comme une violence, une injustice, un échec ; pour l’individualisme triomphant, la mort est devenue intolérable.  Bien sûr, la mort, on en discute, on en débat, elle reste un problème philosophique, mais l’abondance des discours ne nous instruit pas sur la mort car tout le monde est le premier à mourir.  La mort est un événement absolu, qui n’arrive qu’à moi et dont je n’ai aucune idée avant qu’il n’arrive. Qu’est-ce que mourir ? Nous ne savons pas ! Ce que nous savons, c’est que nous mourons ; c’est même notre seule certitude, « notre seule exactitude », dans le sens où la mort sera à l’heure ! Face à la mort, aucune échappatoire: La prière est notre seule liberté.

Seule la prière, « maintenant et à l’heure de notre mort », fait passer l’homme de la mort à la vie ! Pour les croyants, en effet, « la vie n’est pas détruite, elle est transformée. Et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure dans les cieux » (Préface des défunts). Ils croient aussi qu’à la prière des vivants, les bras de Dieu s’ouvrent pour ceux qui espèrent en lui.

Être délivrés de la mort ? Nous le pouvons avec le Christ : Premier-né de toute créature, il est aussi le Premier-né d’entre les morts (Col 1, 13-18). La résurrection du Christ – et le Christ ressuscité lui-même – est principe et source de notre résurrection future. Mais déjà, vivant avec lui, nous n’avons plus peur de la mort. La mort que nous redoutions, que nous haïssions, la mort au « dard venimeux » (1 Co 15, 56) n’a plus d’emprise sur nous. Saint Paul va jusqu’à dire qu’elle « représente un gain » (Ph 1, 21-23). Elle nous fait mesurer combien chaque instant est précieux, chaque rencontre est unique, chaque amour est fragile. Envisagée dans la foi au Christ, elle devient le lieu de notre rencontre heureuse avec lui: « Le péché nous fait vivre à la surface de nous-mêmes ; nous ne rentrons en nous que pour mourir, et c’est là qu’il nous attend. »

Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.

Déclaration conjointe à l’occasion de la commémoration commune Catholique-Luthérienne de la Réforme

1

Lors de la rencontre de prière oecuménique en la cathédrale de Lund, Suède, le pape François ainsi que Mgr Munib Younan, président de la Fédération luthérienne mondiale, ont signé une Déclaration conjointe. Vous trouvez ci-dessous le texte complet de cette déclaration:

« Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui- même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi » (Jn 15, 4).

D’un cœur reconnaissant

Par cette Déclaration Conjointe, nous exprimons notre joyeuse gratitude à Dieu pour ce moment de prière commune dans la Cathédrale de Lund, alors que nous commençons l’année commémorative du cinquième centenaire de la Réforme. Cinquante années d’un dialogue œcuménique soutenu et fructueux entre Catholiques et Luthériens nous ont aidés à surmonter beaucoup de différences et ont approfondi notre compréhension et notre confiance réciproques. En même temps, nous nous sommes rapprochés les uns des autres à travers le service commun à nos prochains – souvent dans des circonstances de souffrance et de persécution. Grâce au dialogue et au témoignage partagé, nous ne sommes plus des étrangers les uns pour les autres. Plutôt, nous avons appris que ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise.

Du conflit à la communion

Alors que nous sommes profondément reconnaissants pour les dons spirituels et théologiques reçus à travers la Réforme, nous confessons aussi et déplorons devant le Christ que Luthériens et Catholiques ont blessé l’unité visible de l’Église. Des différences théologiques ont été accompagnées de préjudices et de conflits, et la religion a été instrumentalisée à des fins politiques. Notre foi commune en Jésus-Christ et notre baptême réclament de nous une conversion quotidienne par laquelle nous rejetons les désaccords et les conflits historiques qui empêchent le ministère de la réconciliation. Tandis que le passé ne peut pas être changé, le souvenir et la manière de se souvenir peuvent être transformés. Nous prions pour la guérison de nos blessures et des mémoires qui assombrissent notre regard les uns sur les autres. Nous rejetons catégoriquement toute haine et toute violence, passées et présentes, surtout celles qui s’expriment au nom de la religion. Aujourd’hui, nous entendons Dieu nous demander de mettre de côté tout conflit. Nous reconnaissons que nous sommes libérés par la grâce pour cheminer vers la communion à laquelle Dieu continue de nous appeler tous.

Notre engagement pour le témoignage commun

Tandis que nous surmontons ces épisodes de l’histoire qui pèsent sur nous, nous nous engageons à témoigner ensemble de la grâce miséricordieuse de Dieu, rendue visible dans le Christ crucifié et ressuscité. Conscients que la manière dont nous vivons les relations façonnesalvadoran-cross-sweden-trip notre témoignage de l’Évangile, nous nous engageons pour d’ultérieurs progrès dans la communion enracinée dans le baptême, alors que nous cherchons à lever les obstacles persistants qui nous empêchent d’atteindre la pleine unité. Le Christ désire que nous soyons un, de façon que le monde puisse croire (cf. Jn 17, 21).

Beaucoup de membres de nos communautés aspirent à recevoir l’Eucharistie à une même table, comme expression concrète de la pleine unité. Nous faisons l’expérience de la souffrance de ceux qui partagent leur vie tout entière, mais ne peuvent pas partager la présence rédemptrice de Dieu à la table eucharistique. Nous reconnaissons notre responsabilité pastorale commune pour répondre à la soif et à la faim spirituelles de nos fidèles d’être un dans le Christ. Nous désirons ardemment que cette blessure dans le Corps du Christ soit guérie. C’est l’objectif de nos efforts œcuméniques, que nous voulons faire progresser, y compris en renouvelant notre engagement pour le dialogue théologique.

Nous prions Dieu afin que les Catholiques et les Luthériens soient capables de témoigner ensemble de l’Évangile de Jésus-Christ, invitant l’humanité à écouter et à recevoir la bonne nouvelle de l’action rédemptrice de Dieu. Nous demandons à Dieu inspiration, encouragement et force, en sorte que nous puissions rester ensemble pour servir, en défendant la dignité et les droits humains, surtout ceux des pauvres, travaillant pour la justice, et rejetant toutes les formes de violence. Dieu nous demande d’être proches de ceux qui aspirent à la dignité, à la justice, à la paix et à la réconciliation. Aujourd’hui, de manière particulière, nous élevons nos voix pour la fin de la violence et de l’extrémisme qui touchent de si nombreux pays et communautés, et d’innombrables sœurs et frères dans le Christ. Nous exhortons les Luthériens et les Catholiques à travailler ensemble pour accueillir les étrangers, pour aider ceux qui sont forcés à fuir à cause de la guerre et de la persécution, et pour défendre les droits des réfugiés et de ceux qui cherchent l’asile.

Plus que jamais, nous réalisons que notre service commun dans le monde doit s’étendre à la création de Dieu qui souffre de l’exploitation et des conséquences d’une cupidité insatiable. Nous reconnaissons le droit des générations futures à jouir du monde de Dieu dans toutes ses potentialités et dans toute sa beauté. Nous prions pour un changement des cœurs et des esprits qui conduise à prendre soin de la création, avec amour et responsabilité.

Un dans le Christ

À cette heureuse occasion, nous exprimons notre gratitude à nos frères et sœurs représentant les diverses Communions et Communautés Chrétiennes Mondiales qui sont présentes et se joignent à nous dans la prière. Tandis que nous renouvelons notre engagement à marcher du conflit vers la communion, nous le faisons en tant que membres du même Corps du Christ, 2auquel nous sommes incorporés par le baptême. Nous invitons nos partenaires œcuméniques à nous rappeler nos engagements et à nous encourager. Nous leur demandons de continuer de prier pour nous, de cheminer avec nous, pour nous soutenir dans l’observance des engagements enracinés dans la prière que nous formulons aujourd’hui.

Appel aux Catholiques et aux Luthériens du monde entier

Nous lançons un appel à toutes les paroisses et à toutes les communautés luthériennes et catholiques pour qu’elles soient audacieuses et créatives, joyeuses et pleines d’espérance dans leur engagement à poursuivre la grande aventure devant nous. Au lieu des conflits du passé, le don de Dieu de l’unité entre nous devrait guider notre coopération et approfondir notre solidarité. En nous rapprochant dans la foi au Christ, en priant ensemble, en nous écoutant les uns les autres, en vivant l’amour du Christ dans nos relations, nous, Catholiques et Luthériens, nous nous ouvrons nous-mêmes à la puissance du Dieu Trinitaire. Enracinés dans le Christ et en témoignant de lui, nous renouvelons notre détermination à être des hérauts fidèles de l’amour sans limite de Dieu envers toute l’humanité.

[01757-FR.01] [Texte original: Anglais]

Cendrillon, une anticonformiste ?

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Image: Courtoisie de CNS

Cette semaine, je suis allé voir la récente adaptation au grand écran, par le réalisateur Kenneth Branagh, du conte de fée Cendrillon. Bien que ce genre de film ne soit pas normalement mon premier choix, je fus très surpris de la qualité et de la profondeur de ce film. Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre ce film et les longs métrages pour enfants auxquels les Walt Disney de ce monde nous ont habitués au cours des dernières décennies. En effet, la plupart des contes pour enfants sont aujourd’hui porteurs des grandes « valeurs » de notre temps : individualisme et consumérisme. J’en tiens pour preuve le court-métrage présenté avant le film et entièrement centré sur la célébration de l’anniversaire d’une petite fille et sur la grande quantité de cadeaux qu’elle reçoit. Comme si les producteurs avaient voulu se déculpabiliser devant d’éventuelles accusations portées contre eux de vouloir présenter aux jeunes des valeurs « vieux jeux ». En résumé, la raison de ce contraste entre les valeurs de Cendrillon et celles de notre temps est due au fait que ce film n’entre pas dans ce que Saint Jean-Paul II avait nommé la « culture du soupçon ».

Cette culture du soupçon qui a souvent servi à désigner Freud (en psychologie), Marx (en politique/économie) et Nietzche (en philosophie) pourrait se résumer ainsi : une attitude à douter de la bonté des wedding-342679_1280hommes et à toujours chercher une arrière pensée malveillante motivant les relations humaines. Par exemple, dans les relations amoureuses, l’attitude de soupçon se manifeste lorsque les partenaires ne veulent pas s’engager et se donner totalement l’un à l’autre. Lorsqu’ils préfèrent garder une assurance « au cas où » l’autre me tromperait, etc. Il faut dire que l’attitude souvent irresponsable de certains hommes a légitimé cette recherche d’une plus grande indépendance de la part des femmes. Cependant, cette recherche d’indépendance devient néfaste, pour la personne elle-même, lorsqu’elle est motivée par une peur irrationnelle de l’autre et une recherche égoïste de soi. Toutes les relations humaines (même l’économie!) étant fondées, en grande partie, sur la confiance, le soupçon peut en soi, lorsqu’il devient principe absolu, déstabiliser et, même, détruire toutes les sociétés, familles comprises. Cette philosophie va même jusqu’à considérer naïve toute posture de confiance en l’autre et, ce, spécialement lorsqu’il y a relation de pouvoir. En ce sens, le film Cendrillon contraste énormément avec cette attitude qui consiste, au nom de la lucidité, à se méfier de tout et de tous. Au contraire, plusieurs éléments du film vont dans un tout autre sens. [Read more…]