Église en sortie 15 décembre 2017

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis s’entretient avec Claire Lesegrétain, auteur et journaliste à La Croix sur la place des célibataires dans l’Église. On vous présente un reportage sur le 4e congrès de la Société Canadienne de Mariologie à Montréal. Dans la troisième partie d’émission, Francis Denis reçoit en entrevue le père Olivier De Roulac o.s.b. sur la vie du père rédemptoriste Marcel Van.

La vie dans la résurrection et le Royaume de Dieu

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Réflexion biblique pour le 32e dimanche ordinaire C – 6 novembre 2016

Maccabées 7,1-2.9-14

Thessaloniciens 2, 16 – 3, 5

Luc 20, 27-38

La foi chrétienne en la résurrection a rencontré l’incompréhension et l’opposition dès le commencement. Aucun autre point de la foi chrétienne ne rencontre autant d’opposition que la résurrection du corps. La question de la résurrection est vitale non seulement pour la foi chrétienne, mais pour tous les gens qui méditent la vie et la mort.

Le judaïsme n’a jamais été monolithique, et de dire « les Juifs croyaient » c’est d’être mal informés et  désinformer. Dans l’évangile de ce dimanche (Lc 20, 27-38) nous rencontrons les Sadducéens, l’une des nombreuses branches ou groupes au sein du judaïsme. Les Sadducéens faisaient partie de la classe sacerdotale, beaucoup d’entre eux étaient des aristocrates, riches, et théologiquement conservateurs. L’Écriture pour eux se résumait uniquement aux cinq livres de Moïse. Aucun enseignement n’était autorisé s’il ne figurait pas dans le Pentateuque, et ils n’ont trouvé aucune doctrine de la résurrection dans les livres de Moïse.

Ces chefs religieux de Jérusalem ou leurs représentants tentent d’incriminer Jésus avec les Romains et de le discréditer auprès du peuple. Leur but est d’argumenter, d’embarrasser, de classer Jésus dans une école de pensée, ou peut-être juste de diviser le public. Il n’existe parmi eux aucun esprit d’enquête ou désir d’apprendre. Ils sont tout simplement en train d’appâter Jésus avec une de leurs suppositions classiques, une conjecture sur laquelle leur esprit s’était fixé il y a longtemps: il n’y a pas de résurrection des morts (v 27; Actes 23, 08).

La croyance en la resurrection

Les pharisiens et bon nombre de contemporains du Seigneurespèrent la résurrection. Ils ne se sont pas contentés seulement d’inclure les prophètes et les écrits dans leurs Ecritures, mais ils croyaient aussi en l’autorité de la tradition orale de Moïse. On a retrouvé la base de la croyance en la résurrection dans cette tradition orale. Le sujet a été âprement débattu entre Pharisiens et Sadducéens, un fait dont Paul a fait usage pour détourner l’attention de lui-même lors de son procès devant le Conseil juif [Actes 23, 6-10].

Les Sadducéens ne croyaient pas en la résurrection. Leur question dans l’évangile d’aujourd’hui, fondée sur la loi du lévirat transcrite dans Deut 25, 5-10, détaille le devoir d’un homme envers un frère décédé. Le Pharisiens ridiculisent l’idée de la résurrection. Jésus rejette leur compréhension naïve de la résurrection (vv 35-36), puis fait valoir la résurrection des morts sur la base de la loi écrite que les Sadducéens agréent (37-38).

La réponse de Jésus est double. La première partie (34-36) se contente simplement de signaler l’inadéquation de la question, compte tenu de la différence entre la vie de cet âge et celledes temps à venir. En ce temps-là, le fait de la mort rend essentiels le mariage et la perpétuation de la vie. Toutefois, dans les temps à venir, la mort n’existe pas, mais ceux qui atteignent à la résurrection s’équipollent aux anges, ils sont enfants de Dieu.

Dans la deuxième partie de sa réponse, Jésus se fonde sur la Bible propres aux Sadducéens, le livre de Moïse (37-40). Jésus leur répond par Exode 3, 6: Dieu est un Dieu des vivants et non des morts. Si suit alors, dit Jésus, que Abraham, Isaac et Jacob sont vivants, pas mort.

Les deux parties de la réponse de Jésus aux Sadducéens constituent un argument fondé sur laraison (les conditions de cette vie ne constituent pas une preuve de celles à venir) et l’Écriture (Ex 3, 6) pour la croyance en la résurrection des morts. Dans cette croyance Jésus était en accord avec les Pharisiens. L’argumentation concerne la résurrection de Jésus, et non pas une doctrine de la résurrection en général.

« Connaître quelqu’un » et vraiment le connaître

Au temps de Jésus, les Pharisiens et les Sadducéens étaient extérieurement familiers avec Jésus, ils avaient appris ses enseignements et connaissaient beaucoup de détails sur lui, mais ils ne le connaissaient pas dans sa vérité. Les membres de ces groupes ou partis le connaissent, mais superficiellement, ils savent plusieurs choses de lui, mais ils ne le connaissent par vraiment.

D’autre part, les douze apôtres ont au moins compris en substance et commencé à découvrir qui est Jésus. Cette manière différente de connaître existe encore aujourd’hui: il ya des gens instruits qui connaissent beaucoup de détails au sujet de Jésus et qui ne sont jamais parvenus à vraiment le connaître et l’aimer. Un grand nombre parmi de ces personnes a même étudié la théologie! Il existe aussi des gens simples, non instruits qui n’ont aucune connaissance desdits détails, mais qui ont connu Jésus dans la plénitude de sa vérité et sa beauté.

Le don et le mystère du mariage et du célibat

Le mariage a pour finalité naturelle la procréation d’enfants, il assure la continuation de la race humaine et la création de nouveaux êtres, puisque les êtres humains sont destinés à mourir et ont besoin d’assurer leur postérité. Combien de fois le Serviteur de Dieu, St-Jean Paul II nous a-t-il répété, «L’avenir de l’humanité passe par la famille. » ?

Le célibat consacré et la chasteté sont des signes de la résurrection et du royaume de Dieu qui s’approche, car dans la résurrection et le royaume il n’y aura ni mariage ni contrat de mariage. Le célibat et la chasteté dans l’Eglise attirent l’attention sur le nouvel ordre de l’Évangile. Ils se rapportent à la résurrection des morts ; ils sont des signes de l’éternité, de l’incorruptibilité et de vie.

Le célibat est un signe du monde à venir, que nous autres prêtres de rite latin nous efforçons de vivre avec toute notre existence en tant que disciples de Jésus-Christ, dans le ministère de l’Évangile, dans la prière contemplative aux pieds du Maître, en proclamant l’avènement du Règne de Dieu, et en offrant le sacrifice de l’Eucharistie, qui résume l’intégralité de notre sacerdoce. C’est ce que le Christ a voulu lors de la fondation de l’état du célibat délibéré et de la chasteté «pour la cause du royaume des cieux»: l’établissement d’une ressemblance au Christ, qui est non seulement spirituelle mais aussi physique et pratique. Le célibat délibéré et la chasteté librement choisie constituent un état particulièrement adapté au service du royaume. Comme Jésus, le prêtre peut se consacrer entièrement – spirituellement et humainement – pour le ministère et le service. Nous ne sommes pas célibataire et chaste de manière à être plus pacifique et plus libre de faire ce que nous voulons, nous le sommes pour ressembler au Christ dans son engagement envers le royaume.

La raison pour le célibat

Permettez-moi d’appliquer l’évangile d’aujourd’hui à ma vie comme prêtre ordonné et religieux consacré. Le monde se demande aujourd’hui: «Pourquoi l’Église continuera à défendre une pratique qui semble si peu naturelle, qui est inutile, voire, cruelle? » « La vie conjugale est-elle spirituellement suspecte ?» «Les prêtres sont-ils des athlètes spirituels irréprochables? Serait-ce la raison pour laquelle nous, les prêtres ne devons pas être mariés?

La Genèse nous dit que Dieu vit une grande bonté dans ce qu’il a créé et aimât sa création. Mais il y a plus à la doctrine de la création qu’une affirmation de la bonté du monde. Cette distinction entre Dieu et le monde constitue la base pour le principe d’anti idolâtrie qui est répété du commencement et à la fin de la Bible: Ne faites pas de Dieu une chose qui lui est moindre. La doctrine de la création implique à la fois un grand «oui» et un grand «non» à l’univers. Le détachement est le refus de faire un principe organisateur ou le centre de la vie de n’importe quelle chose qui est moindre à Dieu. Tout dans ce monde – y compris le sexe et l’amitié intime – est bon, mais de manière éphémère et imparfaite.

Dans les récits bibliques de l’Ancien Testament, lorsque Dieu a voulu manifester une certaine vérité à son peuple, il a souvent choisi un prophète et lui a confié d’actualiser cette vérité, de l’incarner concrètement. Par exemple, Dieu dit à Osée d’épouser l’infidèle Gomer pour sacramentaliser la fidélité de Dieu à un Israël hésitant et pécheur. Ainsi, la vérité de la non-ultimité de l’acte sexuel, de la famille et des relations mondaines peut et doit être proclamée par la parole, mais il faut croire que lorsque les gens peuvent le voir en chair et en sang.

Je crois vraiment que c’est pourquoi Dieu choisit certaines personnes à être célibataires. Notre mission est de témoigner d’une forme transcendante de l’amour, de la façon dont nous vivrons l’amour dans le ciel. Dans notre vie avec Dieu, nous ferons l’expérience d’une communion (corporelle et spirituelle) comparées à laquelle même les formes les plus intenses de communion terrestre blêmissent dans l’insignifiance. Les célibataires rendent cette vérité indubitablement réelle pour un monde qui subjugué à l’immédiat, au visible, au tangible, et au maintenant. Bien que nous soyons en mesure d’y articuler des raisons pratiques, le célibat n’est finalement logique que dans le contexte eschatologique. C’est une question pour le monde encore à venir!

Plus je vis mon sacerdoce, et ma vie en tant religieux consacré, plus je suis convaincu que la qualité incontestable de la prêtrise n’est pas une question de célébrité superficielle, de maitriser l’administration, de compétences cléricales, de maitrise de l’art oratoire, d’agilité de la jeunesse ou de charme diplomatique. C’est quelque chose de beaucoup plus mystérieux, plus profond, et même mystique. Il s’agit d’une fascination pour quelque chose que nous ne pouvons pas encore comprendre ni percevoir clairement. C’est une question profonde du cœur, un vrai « cor ad cor loquitur » d’après les paroles du bienheureux John Henry Newman. En définitive, c’est une question de connaître et d’aimer Jésus-Christ, d’être totalement saisi par lui, de devenir un véritable « témoin de sa Résurrection. » Les rencontres avec le Christ ressuscité caractérisent l’espérance chrétienne en la Résurrection. Nous ressusciterons comme le Christ, avec lui, et à travers lui. Voilà une raison de nous réjouir en ces jours moribonds de novembre.

Une prière pour nous cette semaine

Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même et Dieu notre Père, qui nous a aimés et nous a donnés l’encouragement éternel et l’espérance par sa grâce, encourager nos cœurs et les renforcent dans chaque bonne action et parole. Notre Seigneur est fidèle ; il va nous renforcer et nous protéger du mal. Puisse-t-il diriger nos cœurs à l’amour de Dieu et à l’endurance du Christ. (Thes 2, 16-3, 5)

Le jour viendra, Seigneur, où je m’éveillerai en ta présence (…)
Garde-moi comme la prunelle de tes yeux;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi.
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.
(Ps 17, 1, 5-6, 8, 15)