Église en sortie 8 juin 2018

Cette semaine à Église en sortie: Francis Denis reçoit Soeur Angèle pour discuter du tout nouveau livre publié chez NOVALIS « À la table du pape François : Ses histoires et ses recettes pour donner du goût à la vie » et on vous présente un reportage sur le Colloque « Plus de ponts, moins de murs » organisé par l’Institut de formation théologique de Montréal avec la participation du Père Fabio Baggio, sous-secrétaire de la Section Migrants et Réfugiés du Dicastère pour le développement humain intégral.

Intention de prière du pape François (juin 2018)

Homélie du pape François pour la Fête-Dieu à Ostie, Italie

CNS photo/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte officiel de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe de la Solennité du Corps et du Sang du Christ en l’église paroissiale de Sainte-Monique à Ostie en Italie:

Dans l’Evangile que nous avons entendu, la Dernière Cène est racontée, mais d’une façon surprenante, l’attention est placée davantage sur ses préparatifs que sur le repas même. Le verbe “préparer” revient plusieurs fois. Les disciples demandent, par exemple : “Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » (Mc 14, 12). Jésus les envoie préparer avec des indications précises et ils trouvent « une grande pièce aménagée et prête pour un repas » (v. 15). Les disciples vont préparer mais le Seigneur avait déjà préparé.

Quelque chose de semblable arrive après la résurrection, quand Jésus apparaît aux disciples pour la troisième fois : tandis qu’ils pêchent, il les attend sur le rivage, où il a déjà préparé le pain et le poisson pour eux. Mais en même temps, il demande aux siens d’apporter un peu de poisson qu’ils viennent de prendre et que lui-même avait indiqué comment pêcher (cf. Jn 21, 6.9-10). Là aussi, Jésus prépare à l’avance et demande aux siens de collaborer. Et encore, avant la Pâque, Jésus avait dit aux disciples « Je pars vous préparer une place […] afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi » (Jn 14, 2.3). C’est Jésus qui prépare, le même Jésus qui cependant avec des rappels forts et des paraboles, avant sa Pâque, nous demande de nous préparer, de nous tenir prêts (cf. Mt 24, 44 ; Lc 12, 40).

Jésus, en somme, prépare pour nous et nous demande aussi de préparer. Que prépare-t-il pour nous ? Une place et une nourriture. Une place beaucoup plus digne que la « grande pièce aménagée » de l’Evangile. C’est notre maison spacieuse et vaste ici-bas, l’Eglise, où il y a et il doit y avoir une place pour tous. Mais il nous a réservé aussi une place là-haut, dans le paradis, pour être avec lui et entre nous pour toujours. En plus de la place, il nous prépare une nourriture, un Pain qu’il est lui- même : « Prenez, ceci est mon corps » (Mc 14, 22). Ces deux dons, la place et la nourriture, sont ce qui nous sert pour vivre. Ils sont le vivre et le couvert définitifs. Les deux nous sont donnés dans l’Eucharistie.

Là Jésus nous prépare une place ici-bas, parce que l’Eucharistie est le cœur battant de l’Église, la génère et la régénère, la rassemble et lui donne la force. Mais l’Eucharistie nous prépare aussi une place là-haut, dans l’éternité, parce qu’elle est le Pain du ciel. Il vient de là, c’est l’unique matière sur cette terre qui soit vraiment d’éternité. C’est le pain de l’avenir, qui déjà maintenant nous fait goûter à l’avance un avenir infiniment plus grand que tout ce qu’on peut attendre de mieux. C’est le pain qui nourrit nos attentes les plus grandes et alimente nos rêves les plus beaux. C’est, en un mot, le gage de la vie éternelle : non seulement une promesse, mais un gage, c’est-à-dire une anticipation concrète de ce qui nous sera donné. L’Eucharistie est la “réservation” du paradis; c’est Jésus, viatique de notre chemin vers cette vie bienheureuse qui ne finira jamais.

Dans l’Hostie consacrée, en plus de la place, Jésus nous prépare l’aliment, la nourriture. Dans la vie nous avons continuellement besoin de nous nourrir, et non seulement d’aliments, mais aussi de projets et d’affections, de désirs et d’espérances. Nous avons faim d’être aimés. Mais les compliments les plus appréciés, les cadeaux les plus beaux et les technologies les plus avancées ne suffisent pas, ne nous rassasient jamais complètement. L’Eucharistie est un aliment simple, comme le pain, mais c’est l’unique qui rassasie, parce qu’il n’y a pas d’amour plus grand. Là nous rencontrons réellement Jésus, nous partageons sa vie, nous sentons son amour ; là tu peux faire l’expérience que sa mort et sa résurrection sont pour toi. Et quand tu adores Jésus dans l’Eucharistie, tu reçois de lui l’Esprit Saint et tu trouves paix et joie. Chers frères et sœurs, choisissons cette nourriture de vie : mettons la messe à la première place, redécouvrons l’adoration dans nos communautés ! Demandons la grâce d’être affamés de Dieu, jamais rassasiés de recevoir ce qu’il prépare pour nous.

Mais comme aux disciple d’alors, à nous aussi aujourd’hui, Jésus demande de préparer. Comme les disciples, demandons-lui : « Seigneur où veux-tu que nous allions faire les préparatifs ? ». Où : Jésus ne préfère pas des lieux et n’en exclut pas d’autres. Il recherche des lieux qui ne sont pas par l’amour, qui ne sont pas touchés par l’espérance. Dans ces lieux inconfortables, il désire aller et il nous demande d’y faire les préparatifs. Tant de personnes sont privées d’un lieu digne pour vivre et de nourriture pour manger ! Mais tous nous connaissons des personnes seules, souffrantes, dans le besoin : ce sont des tabernacles abandonnés. Nous, qui recevons de Jésus le vivre et le couvert, nous sommes là pour préparer une place et un aliment à ces frères plus faibles. Il s’est fait pain rompu pour nous ; il nous demande de nous donner aux autres, de ne plus vivre pour nous-même, mais l’un pour l’autre. Ainsi on vit de façon eucharistique : en répandant dans le monde l’amour que nous prenons de la chair du Seigneur. L’Eucharistie se traduit dans la vie en passant du je au tu.

Les disciples, dit encore l’Evangile, firent les préparatifs après être « allés à la ville » (v. 16). Le Seigneur nous appelle aussi aujourd’hui à préparer sa venue en ne restant pas au dehors, distants, mais en entrant dans nos villes. Dans cette ville aussi, dont le nom –“Ostie” – rappelle justement l’entrée, la porte. Seigneur, quelles portes veux-tu que nous t’ouvrions ici ? Quels portails nous appelles-tu à ouvrir tout grand, quelles fermetures devons-nous dépasser ? Jésus désire que soient abattus les murs de l’indifférence et de l’omerta, que soient arrachées les grilles des abus et des tyrannies, que soient ouverts les chemins de la justice, de l’honneur et de la légalité. Le vaste lido de cette ville appelle à la beauté de s’ouvrir et de prendre le large dans la vie. Mais pour le faire, il convient de défaire les nœuds qui nous lient aux amarres de la peur et de l’oppression. L’Eucharistie nous invite à nous laisser porter par la vague de Jésus, à ne pas rester lestés sur la plage dans l’attente que quelque chose arrive, mais à lever l’ancre libres, courageux, unis.

Les disciples, conclut l’Evangile, « après avoir chanté les psaumes, partirent » (v. 26). A la fin de la messe, nous serons nous aussi en sortie. Nous marcherons avec Jésus, qui parcourra les rues de cette ville. Il désire habiter au milieu de vous. Il veut visiter les situations, entrer dans les maisons, offrir sa miséricorde libératrice, bénir, consoler. Vous avez connu l’épreuve de situations douloureuses ; le Seigneur veut être proche de vous. Ouvrons-lui les portes et disons-lui :

Viens, Seigneur, nous visiter.
Nous t’accueillons dans nos cœurs,
dans nos familles, dans notre ville.
Merci, parce que tu nous prépares la nourriture de la vie et une place dans ton Royaume.
Fais-que nous soyons actifs dans les préparatifs,
que nous te portions avec joie toi qui est le chemin, pour apporter fraternité, justice et paix
dans nos rues. Amen.

[00879-FR.01] [Texte original: Italien]

Mais délivrez-nous du Malin.

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) – Dante et Virgil en enfer (1850)

Nous poursuivons aujourd’hui notre parcours sur l’exhortation apostolique du pape François « Gaudete et Exhultate » en analysant le dernier des cinq chapitres qui composent ce texte. Assumant ce qui a été dit précédemment sur les différentes dimensions qu’il faut considérer aujourd’hui pour orienter notre vie sur un idéal de sainteté, le Pape poursuit son propos en démontrant la centralité du discernement individuel, spécialement pour débusquer les embûches de ceux qui veulent à tout prix notre perte : le Diable et ses démons.

Délivrez-nous du Malin

Le mal nous est familier. Nous le voyons dans les informations, les accidents, les injustices, etc. Nous en avons une expérience presque intuitive chaque fois que nous voyons que les choses devraient être autrement qu’elles le sont. Il est donc important de s’interroger sur la nature du mal. N’est-ce pas simplement l’absence de bien, de vérité et d’être ? Ou existe-t-il des forces qui travaillent à ce que le bien ne se réalise pas ? Devant le mal, certains en concluront que Dieu n’existe pas, d’autres, et c’est le cas des chrétiens, en concluent que le diable existe.  Celui dont, comme le disait Beaudelaire, « la plus belle des ruses est de vous persuader qu’il n’existe pas ! ».

Même s’il est omniprésent dans l’imaginaire cinématographique, le monde souvent cherche à ne pas tenir compte de cet être Malfaisant. En effet, « nous n’admettrons pas l’existence du diable si nous nous évertuons à regarder la vie seulement avec des critères empiriques et sans le sens du surnaturel » (no 160). Or, notre monde empreint de sécularisme cherche à répondre à la question du mystère du mal en trouvant des explications quantifiables et visibles. Sommes-nous bien avancés ? Ne court-on pas plutôt le risque de poser le blâme du mal en ce monde sur d’autres êtres humains ? Ne voyons-nous pas souvent des anathèmes être lancés gratuitement contre des opposants politiques, économiques, etc. ? Savoir que les seuls véritables ennemis de l’humanité sont les anges déchus ne nous libère-t-il pas de notre tendance à croire que « l’enfer c’est les autres » ? Comme le dit le Pape : « la conviction que ce pouvoir malin est parmi nous est ce qui nous permet de comprendre pourquoi le mal a parfois tant de force destructrice. » (no 160).

Malheureusement, on a aussi tendance à cacher l’existence du Malin dans nos communautés chrétiennes. En effet, certains courants théologiques ont bien souvent présenté le Diable comme n’étant, en définitive, « qu’un mythe, une représentation, un symbole, une figure ou une idée » (no 161). Or, nous dit le Pape :

Cette erreur nous conduit à baisser les bras, à relâcher l’attention et à être plus exposés. Il n’a pas besoin de nous posséder. Il nous empoisonne par la haine, par la tristesse, par l’envie, par les vices. Et ainsi, alors que nous baissons la garde, il en profite pour détruire notre vie, nos familles et nos communautés, car il rôde « comme un lion rugissant cherchant qui dévorer » (1P 5, 8). (no 161).

Sans se faire des peurs outre mesure, nous devons réintégrer l’agir du Diable dans notre conception chrétienne et nos pratiques ecclésiales. Nous y trouverons ainsi une réponse adéquate au mal qui nous touche tous et nous serons davantage conscient de notre dépendance à la Grâce divine présente dans la Parole de Dieu, dans les sacrements et l’exercice des vertus, spécialement de la Charité et qui sont des « armes puissantes que le Seigneur nous donne » (no 162).

Un discernement nécessaire

Nous en avons déjà parlé, le discernement est, pour le pape François, un outil redoutable dans notre combat personnel pour la sainteté. Or, savoir que le Lucifer est, ultimement, la cause de tous les maux est une chose. Savoir le reconnaître en est une autre. En effet, étant un « être personnel qui nous harcèle [ et qui ] nous empoisonne par la haine, par la tristesse, par l’envie, par les vices » (no 160-161), nous pouvons être certains que son génie, bien plus puissant que tous nos plus brillants cerveaux, cherche à nous tromper en nous présentant le péché sous l’apparence du bien.

En ce sens, le Pape nous met particulièrement en garde contre notre propension actuelle à chercher disproportionnément le changement ou l’immobilisme. C’est deux attitudes qui, comme dans le chapitre précédent, concernent notre rapport au temps si névralgique dans nos sociétés ou tout va vite. En effet, nous dit le Pape, le discernement est important :

 « Quand apparaît une nouveauté dans notre vie et qu’il faudrait alors discerner pour savoir s’il s’agit du vin nouveau de Dieu ou bien d’une nouveauté trompeuse de l’esprit du monde ou de l’esprit du diable. En d’autres occasions, il arrive le contraire, parce que les forces du mal nous induisent à ne pas changer, à laisser les choses comme elles sont, à choisir l’immobilisme et la rigidité. » (no 168).

Ainsi, cette habitude à garder une saine et sage distance devant les événements de la vie pourra nous aider à ne pas faire l’erreur de nous laisser « anfirouaper » par les manœuvres du « prince de ce monde ».

Comme nous avons pu le constater à travers notre lecture de l’exhortation apostolique « Gaudete et Exhultate » du pape François, la sainteté est une réalité accessible pour nous tous à condition que nous acceptions de faire confiance à la Toute-puissance transformante de Dieu qui, malgré notre faiblesse, nous tend la main sans condition en autant que nous lui répondions par un oui sincère et quotidien. Mon intention n’était évidemment pas de présenter le texte de manière exhaustive, je vous invite à le lire et le méditer durant l’été, ce moment de l’année propice au silence et à la méditation. Bonne lecture !

Homélie du pape François pour la Pentecôte 2018

CNS photo/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François lors de la célébration de la Solennité de la Pentecôte en la basilique Saint-Pierre de Rome:

Dans la première Lecture de la liturgie d’aujourd’hui, la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte est comparée à « un violent coup de vent » (Ac 2, 2). Que nous dit cette image ? Le coup de vent violent fait penser à une grande force, mais qui n’est pas une fin en soi : c’est une force qui change la réalité. Le vent, en effet, apporte du changement : des courants chauds quand il fait froid, des courants frais quand il fait chaud, la pluie quand il fait sec…Ainsi fait-il. L’Esprit Saint aussi, à un tout autre niveau, fait de même : il est la force divine qui change, qui change le monde. La Séquence nous l’a rappelé : l’Esprit est « dans le labeur, le repos, dans les pleurs, le réconfort » ; et nous le supplions ainsi : « Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé ». Il entre dans les situations et les transforme ; il change les cœurs et il change les événements.

Il change les cœurs. Jésus avait dit à ses Apôtres : « Vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins » (Ac 1, 8). Et il en fut exactement ainsi : ces disciples, auparavant craintifs, confinés dans une chambre fermée même après la résurrection du Maître, sont transformés par l’Esprit et, comme Jésus l’annonce dans l’Évangile de ce jour, lui rendent témoignage (cf. Jn 15, 27). Titubants, ils sont devenus courageux et, en partant de Jérusalem, ils vont aux confins du monde. Craintifs quand Jésus était parmi eux, ils sont devenus audacieux sans lui, car l’Esprit a changé leurs cœurs.

L’Esprit libère les esprits paralysés par la peur. Il vainc les résistances. À celui qui se contente de demi-mesures, il donne des élans de don. Il dilate les cœurs étriqués. Il pousse au service celui qui se vautre dans le confort. Il fait marcher celui qui croit être arrivé. Il fait rêver celui qui est gagné par la tiédeur. Voilà le changement du cœur. Beaucoup promettent des saisons de changement, de nouveaux départs, de prodigieux renouvellements, mais l’expérience enseigne qu’aucune tentative terrestre de changer les choses ne satisfait pleinement le cœur de l’homme. Le changement de l’Esprit est différent : il ne révolutionne pas la vie autour de nous, mais il change notre cœur ; il ne nous libère pas d’un seul coup des problèmes, mais il nous libère intérieurement pour les affronter ; il ne nous donne pas tout immédiatement, mais il nous fait marcher avec confiance, sans jamais nous lasser de la vie. L’Esprit garde le cœur jeune –c’est lui qui en renouvelle la jeunesse. La jeunesse, malgré tous les efforts pour la prolonger, passe tôt ou tard ; c’est l’Esprit qui, au contraire, prémunit contre l’unique vieillissement malsain, le vieillissement intérieur. Comment procède-t-il ? En renouvelant le cœur, en le transformant de pécheur en pardonné. Voilà le grand changement : de coupables, il nous fait devenir des justes et ainsi tout change, car esclaves du péché nous devenons libres, serviteurs nous devenons des fils, marginalisés nous devenons des personnes importantes, déçus nous devenons des personnes remplies d’espérance. Ainsi, l’Esprit Saint fait renaître la joie, il fait ainsi fleurir la paix dans le cœur.

Aujourd’hui donc, nous apprenons ce qu’il faut faire quand nous avons besoin d’un vrai changement. Qui d’entre nous n’en a pas besoin ? Surtout quand nous sommes à terre, quand nous peinons sous le poids de la vie, quand nos faiblesses nous oppriment, quand aller de l’avant est difficile et aimer semble impossible. Alors, il nous faudrait un ‘‘fortifiant’’ efficace : c’est lui, la force de Dieu. C’est lui qui, comme nous le professons dans le ‘‘Credo’’, « donne la vie ». Comme il nous ferait du bien de prendre chaque jour ce fortifiant de vie ! Dire, au réveil : « Viens, Esprit Saint, viens dans mon cœur, viens dans ma journée ».

L’Esprit, après les cœurs, change les événements. Comme le vent souffle partout, de même il atteint également les situations les plus impensables. Dans les Actes des Apôtres – qui est un livre tout à découvrir, où l’Esprit est protagoniste – nous voyons un dynamisme continuel, riche de surprises. Quand les disciples ne s’y attendent pas, l’Esprit les envoie vers les païens. Il ouvre des chemins nouveaux, comme dans l’épisode du diacre Philippe. L’Esprit le pousse sur une route déserte, conduisant de Jérusalem à Gaza – comme ce nom sonne douloureusement aujourd’hui ! Que l’Esprit change les cœurs ainsi que les événements et apporte la paix en Terre sainte ! – Sur cette route, Philippe prêche au fonctionnaire éthiopien et le baptise ; ensuite l’Esprit le conduit à Ashdod, puis à Césarée : toujours dans de nouvelles situations, pour qu’il diffuse la nouveauté de Dieu. Il y a, en outre, Paul, qui « contraint par l’Esprit » (Ac 20, 22) voyage jusqu’aux confins lointains, en portant l’Évangile à des populations qu’il n’avait jamais vues. Quand il y a l’Esprit, il se passe toujours quelque chose, quand il souffle il n’y a pas d’accalmie, jamais !

Quand la vie de nos communautés traverse des périodes ‘‘d’essoufflement’’, où on préfère la quiétude de la maison à la nouveauté de Dieu, c’est un mauvais signe. Cela veut dire qu’on cherche un refuge contre le vent de l’Esprit. Quand on vit pour l’autoconservation et qu’on ne va pas vers ceux qui sont loin, ce n’est pas bon signe. L’Esprit souffle, mais nous baissons pavillon. Pourtant tant de fois nous l’avons vu faire des merveilles. Souvent, précisément dans les moments les plus obscurs, l’Esprit a suscité la sainteté la plus lumineuse ! Parce qu’il est l’âme de l’Eglise, il la ranime toujours par l’espérance, la comble de joie, la féconde de nouveautés, lui donne des germes de vie. C’est comme quand, dans une famille, naît un enfant : il bouleverse les horaires, fait perdre le sommeil, mais il apporte une joie qui renouvelle la vie, en la faisant progresser, en la dilatant dans l’amour. Voilà, l’Esprit apporte une ‘‘saveur d’enfance’’ dans l’Eglise! Il réalise des renaissances continuelles. Il ravive l’amour des débuts. L’Esprit rappelle à l’Église que, malgré ses siècles d’histoire, elle a toujours vingt ans, la jeune Épouse dont le Seigneur est éperdument amoureux. Ne nous lassons pas alors d’inviter l’Esprit dans nos milieux, de l’invoquer avant nos activités : « Viens, Esprit Saint ! ».

Il apportera sa force de changement, une force unique qui est, pour ainsi dire, en même temps centripète et centrifuge. Elle est centripète, c’est-à-dire qu’elle pousse vers le centre, car elle agit dans l’intime du cœur. Elle apporte l’unité dans ce qui est fragmentaire, la paix dans les afflictions, le courage dans les tentations. Paul le rappelle dans la Deuxième Lecture, en écrivant que le fruit de l’Esprit est joie, paix, fidélité, maîtrise de soi (cf. Ga 5, 22). L’Esprit donne l’intimité avec Dieu, la force intérieure pour aller de l’avant. Mais en même temps, il est une force centrifuge, c’est-à-dire qu’il pousse vers l’extérieur. Celui qui conduit vers le centre est le même qui envoie vers la périphérie, vers toute périphérie humaine ; celui qui nous révèle Dieu nous pousse vers nos frères. Il envoie, il fait de nous des témoins et pour cela il répand – écrit encore Paul – amour, bienveillance, bonté, douceur. Seulement dans l’Esprit Consolateur, nous disons des paroles de vie et encourageons vraiment les autres. Celui qui vit selon l’Esprit est dans cette tension spirituelle : il est tendu à la fois vers Dieu et vers le monde.

Demandons-lui d’être ainsi. Esprit Saint, vent impétueux de Dieu, souffle sur nous. Souffle dans nos cœurs et fais-nous respirer la tendresse du Père. Souffle sur l’Église et pousse-la vers les confins lointains afin que, guidée par toi, elle n’apporte rien d’autre que toi. Souffle sur le monde la tiédeur délicate de la paix et la fraicheur rénovatrice de l’espérance. Viens, Esprit Saint, change-nous intérieurement et renouvelle la face de la terre ! Amen.

[00801-FR.02] [Texte original: Italien]

Message du pape François pour la Journée missionnaire mondiale 2018

CNS photo/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte officiel du Message du pape François pour la Journée mondiale missionnaire 2018:

Avec les jeunes, portons l’Évangile à tous

Chers jeunes, avec vous je désire réfléchir sur la mission que Jésus nous a confiée. En m’adressant à vous, j’entends inclure tous les chrétiens, qui vivent dans l’Eglise l’aventure de leur existence comme enfants de Dieu. Ce qui me pousse à parler à tous, en dialoguant avec vous, c’est la certitude que la foi chrétienne reste toujours jeune quand on s’ouvre à la mission que le Christ nous confie. « La mission renforce la foi » (Lett. Enc. Redemptoris missio, n. 2), a écrit saint Jean-Paul II, un Pape qui a beaucoup aimé les jeunes et leur a manifesté un grand dévouement.

L’occasion du Synode que nous célébrerons à Rome au mois d’octobre prochain, mois missionnaire, nous offre l’opportunité de mieux comprendre, à la lumière de la foi, ce que le Seigneur Jésus veut vous dire à vous les jeunes et, à travers vous, aux communautés chrétiennes.

La vie est une mission

Chaque homme et chaque femme est une mission, et c’est la raison pour laquelle on vit sur la terre. Etre attirés et être envoyés sont les deux mouvements que notre cœur, surtout quand on est jeune, sent comme des forces intérieures de l’amour qui promettent un avenir et poussent notre existence en avant. Personne autant que les jeunes ne sent combien la vie fait irruption et attire. Vivre avec joie sa propre responsabilité pour le monde est un grand défi. Je connais bien les lumières et les ombres propres au fait d’être jeunes, et si je pense à ma jeunesse et à ma famille, je me rappelle l’intensité de l’espérance pour un avenir meilleur. Le fait de ne pas nous trouver en ce monde par notre décision, nous laisse entrevoir qu’il y a une initiative qui nous précède et nous donne d’exister. Chacun de nous est appelé à réfléchir sur cette réalité : « Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce monde » (Exh. ap. Evangelii gaudium, n. 273).

Nous vous annonçons Jésus Christ

L’Église, en annonçant ce qu’elle a gratuitement reçu (cf. Mt 10, 8 ; Ac 3, 6), peut partager avec vous les jeunes le chemin et la vérité qui conduisent à donner sens au fait de vivre sur cette terre. Jésus Christ, mort et ressuscité pour nous, s’offre à notre liberté et la provoque à chercher, à découvrir et à annoncer ce sens véritable et plénier. Chers jeunes, n’ayez pas peur du Christ et de son Eglise ! En eux se trouve le trésor qui remplit la vie de joie. Je vous le dis par expérience : grâce à la foi, j’ai trouvé le fondement de mes rêves et la force de les réaliser. J’ai vu beaucoup de souffrance, beaucoup de pauvreté défigurer les visages de tant de frères et sœurs. Pourtant, pour celui qui vit avec Jésus, le mal est une provocation à aimer toujours plus. Beaucoup d’hommes et de femmes, beaucoup de jeunes se sont généreusement donnés eux-mêmes, parfois jusqu’au martyre, par amour de l’Evangile, au service de leurs frères. De la croix de Jésus, découvrons la logique divine de l’offrande de nous- mêmes (cf. 1 Co 1, 17-25) comme annonce de l’Evangile pour la vie du monde (cf. Jn 3, 16). Être enflammés de l’amour du Christ consume celui qui brûle et fait grandir, illumine et réchauffe celui qu’on aime (cf. 2 Co 5, 14). A l’école des saints, qui nous ouvrent aux vastes horizons de Dieu, je vous invite à vous demander en toute circonstance : « Que ferait le Christ à ma place ? ».

Transmettre la foi jusqu’aux extrêmes confins de la terre

Vous aussi, les jeunes, par le Baptême vous êtes des membres vivants de l’Église, et ensemble nous avons la mission de porter l’Évangile à tous. Vous êtes en train de vous ouvrir à la vie. Grandir dans la grâce de la foi qui nous a été transmise par les Sacrements de l’Église nous associe à un grand nombre de générations de témoins, où la sagesse de celui qui a l’expérience devient un témoignage et un encouragement pour celui qui s’ouvre à l’avenir. Et la nouveauté des jeunes devient, à son tour, soutien et espérance pour celui qui est proche du but de son chemin. Dans la cohabitation des divers âges de la vie, la mission de l’Église construit des ponts entre les générations, grâce auxquels la foi en Dieu et l’amour pour le prochain constituent des facteurs d’unité profonde.

Cette transmission de la foi, cœur de la mission de l’Église, arrive donc par la “contagion” de l’amour, où la joie et l’enthousiasme expriment le sens retrouvé et plénier de la vie. La propagation de la foi par attraction exige des cœurs ouverts, dilatés par l’amour. À l’amour il n’est pas possible de mettre des limites : l’amour est fort comme la mort (cf. Ct 8, 6). Et une telle expansion suscite la rencontre, le témoignage, l’annonce ; elle suscite le partage dans la charité avec tous ceux qui, loin de la foi, se montrent indifférents à elle, parfois hostiles et opposés. Des milieux humains, culturels et religieux encore étrangers à l’Évangile de Jésus et à la présence sacramentelle de l’Église représentent les périphéries extrêmes, les “extrêmes confins de la terre”, vers lesquels, depuis la Pâque de Jésus, ses disciples missionnaires sont envoyés, dans la certitude d’avoir toujours leur Seigneur avec eux (cf. Mt 28, 20 ; Ac 1, 8). En cela consiste ce que nous appelons la missio ad gentes.

La périphérie la plus désolée de l’humanité qui a besoin du Christ est l’indifférence envers la foi ou encore la haine contre la plénitude divine de la vie. Chaque pauvreté matérielle et spirituelle, chaque discrimination de frères et de sœurs est toujours une conséquence du refus de Dieu et de son amour.

Les extrêmes confins de la terre, chers jeunes, sont pour vous aujourd’hui très relatifs et toujours facilement “navigables”. Le monde digital, les réseaux sociaux qui nous envahissent et nous traversent, diluent les confins, effacent les marges et les distances, réduisent les différences. Tout semble à portée de main, tout semble si proche et immédiat. Pourtant sans l’engagement du don de nos vies, nous pourrons avoir des myriades de contacts mais nous ne serons jamais plongés dans une véritable communion de vie. La mission jusqu’aux extrêmes confins de la terre exige le don de soi- même dans la vocation qui nous a été confiée par Celui qui nous a placés sur cette terre (cf. Lc 9, 23- 25). J’oserais dire que, pour un jeune qui veut suivre le Christ, l’essentiel est la recherche et l’adhésion à sa propre vocation.

Témoigner de l’amour

Je rends grâce pour toutes les réalités ecclésiales qui vous permettent de rencontrer personnellement le Christ vivant dans son Église : les paroisses, les associations, les mouvements, les communautés religieuses, les différentes expressions de service missionnaire. Beaucoup de jeunes trouvent dans le volontariat missionnaire, une forme pour servir les “plus petits” (cf. Mt 25, 40), promouvant la dignité humaine et témoignant de la joie d’aimer et d’être chrétiens. Ces expériences ecclésiales font en sorte que la formation de chacun ne soit pas seulement une préparation pour son propre succès professionnel, mais développe et prenne soin d’un don du Seigneur pour mieux servir les autres. Ces formes louables de service missionnaire temporaire sont un début fécond et, dans le discernement vocationnel, peuvent vous aider à vous décider pour un don total de vous-mêmes comme missionnaires.

De cœurs jeunes sont nées les Œuvres Pontificales Missionnaires, pour soutenir l’annonce de l’Évangile à tous les peuples, contribuant à la croissance humaine et culturelle de tant de populations assoiffées de Vérité. Les prières et les aides matérielles, qui sont généreusement données et distribuées à travers les OPM, aident le Saint-Siège à faire en sorte que ceux qui les reçoivent pour leurs propres besoins puissent à leur tour, être capables de porter témoignage dans leur milieu. Personne n’est si pauvre au point de ne pas pouvoir donner ce qu’il a, mais avant tout ce qu’il est. J’aime répéter l’exhortation que j’ai adressée aux jeunes chiliens : « Ne pense jamais que tu n’as rien à apporter, ou que tu ne manques à personne. Beaucoup de gens ont besoin de toi ; sache-le. Que chacun de vous le sache dans son cœur : beaucoup de gens ont besoin de moi » (Rencontre avec les jeunes, Sanctuaire de Maipu, 17 janvier 2018).

Chers jeunes, le prochain mois d’octobre missionnaire, au cours duquel se déroulera le Synode qui vous est dédié, sera une autre occasion pour nous donner d’être des disciples-missionnaires toujours plus passionnés pour Jésus et sa mission, jusqu’aux extrêmes confins de la terre. A Marie Reine des Apôtres, aux saints François Xavier et Thérèse de l’Enfant-Jésus, au bienheureux Paolo Manna, je demande d’intercéder pour nous tous et de nous accompagner toujours.

[Texte original: Français]

FRANCISCUS

Pour un christianisme à la hauteur des défis de notre époque

CNS photo/Tyrone Siu, Reuters

Poursuivant notre exploration de l’exhortation apostolique « Gaudete et Exsultate » du pape François, nous examinons aujourd’hui le chapitre 4 du document. Intitulé « Quelques caractéristiques de la sainteté dans le monde actuel », ce chapitre, comme son nom l’indique, souligne les différentes vertus requises par notre monde afin d’être des témoins crédibles de la Révélation pour nos contemporains.

Une sainteté adaptée

Cela est évident, la sainteté ne consiste ni en une acceptation béate des valeurs portées par une culture, une société ou une époque, ni en un refus pur et simple de ce que notre monde nous propose. Pour le pape François, le mot clef (et très ignacien) pour comprendre en quoi consiste aujourd’hui l’appel de Dieu pour chacun de nous est « discernement ». Ainsi, nous devons connaître et comprendre les beautés et les laideurs de notre temps pour en retirer le meilleur et en rejeter le mauvais.

Le document poursuit donc suivant cette méthode du discernement en dressant d’abord un portrait de la réalité qui nous entoure. À plusieurs égards, nous sommes plongés dans une société de la performance, extrêmement rapide qui laisse de moins en moins de place à la gratuité. Cherchant à monnayer chaque espace de la vie humaine, les relations, qui jusqu’alors avaient échappé au moule de l’économique, sont maintenant interprétées sous l’angle du profit ayant comme conséquence, entre autres, l’exclusion des personnes âgées qui sont soi-disant, des « fardeaux » pour la société. La virtualisation exponentielle ne faisant qu’accélérer ce processus d’accélération, nos sociétés cherchent désespérément une solution au mal intérieur qui nous travaille. Cette recherche désespérée mène souvent à de fausses solutions telles que les antidépresseurs, les drogues et les relations factices. Devant ce portrait des moins reluisants, l’Église nous appelle à découvrir et développer certaines vertus plus spécialement adaptées à notre époque.

Endurance, patience et douceur

Pour le pape François, il est clair que la sainteté, aujourd’hui, tout en étant accessible, n’est pas de tout repos. Elle requiert les trois vertus, que sont l’endurance, la patience et la douceur spécialement liées à notre rapport au temps qui nous semble si court aujourd’hui. Pendant que l’endurance nous permet de supporter des obstacles permanents sur notre chemin, la patience nous permet de tempérer notre besoin de satisfaire nos désirs. Quant à la douceur, elle vient ajuster notre caractère qui, lorsque nous subissons des contrariétés et exerçons de la patience et de l’endurance, nous retient de déverser sur les autres nos propres souffrances. Enfin, il est important de ne pas confondre ces vertus avec ce que le Saint-Père nomme « l’accoutumance » qui, elle,  nous empêche d’affronter le mal et nous incite à penser que « chercher à changer quelque chose n’a pas de sens, que nous ne pouvons rien faire face à cette situation, qu’il en a toujours été ainsi et que nous avons survécu malgré cela.[…]que les choses ‘‘soient ce qu’elles sont’’, ou ce que certains ont décidé qu’elles soient » (no 137).

Joie et sens de l’humour

À la rapidité explicitée plus haut, nous devons ajouter avec le Pape que notre monde est plongé dans une soif de consommation sans pareille de biens matériels. En effet, « dans cette culture se manifestent : l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit ; la négativité et la tristesse ; l’acédie commode, consumériste et égoïste ;  l’individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel » (no 110). Devant cette réalité, on ne doit pas se surprendre du goût de notre monde pour les mauvaises nouvelles, les drames et la suspicion de tous contre tous. Dans un tel contexte, les chrétiens doivent vivre et manifester la joie qu’ils ont reçue gratuitement sans même l’avoir méritée. Le rire et le sens de l’humour étant des signes extérieurs de la joie du cœur, il est important de garder cette humilité qui nous rend capables de rire de nous-mêmes. Suivant les paroles de saint Thomas More nous pouvons dire « Seigneur, ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle ‘‘moi’’. Seigneur, donne-moi l’humour pour que je tire quelque bonheur de cette vie et en fasse profiter les autres. Ainsi soit-il ! » (no 126).

Audace et ferveur

Loin des stéréotypes répertoriés dans la culture populaire, la sainteté chrétienne n’a rien d’ennuyant ou d’ennuyeux. Il s’agit plutôt du don accepté et de la volonté ferme orientée par le Christ en faveur du bonheur éternel des âmes. Rappelons-nous l’histoire de sainte Jeanne d’Arc qui, faisant fi d’innombrables obstacles (même ceux dressés par l’Église établie par le Christ !) qui se dressaient devant elle, accepta sa vocation et la porta jusqu’au martyre du bûché. Rien de plus beau et de plus édifiant que l’histoire de cette jeune pucelle qui transforma le destin de nations entières par la Force divine nichée dans sa propre faiblesse. Quelle audace et quelle ferveur !

Or, « comme le prophète Jonas, nous avons en nous la tentation latente de fuir vers un endroit sûr qui peut avoir beaucoup de noms : individualisme, spiritualisme, repli dans de petits cercles, dépendance, routine, répétition de schémas préfixés, dogmatisme, nostalgie, pessimisme, refuge dans les normes (no 134)». Nous devons donc sortir de nous-mêmes, de nos habitudes, de nos doutes, de nos peurs, de nos scrupules et faire place à ce « Dieu qui est toujours une nouveauté » (no 135).

 

Comme nous venons de le voir, ce magnifique document du pape François nous montre que « L’Église n’a pas tant besoin de bureaucrates et de fonctionnaires, que de missionnaires passionnés, dévorés par l’enthousiasme de transmettre la vraie vie. Les saints surprennent, dérangent, parce que leurs vies nous invitent à sortir de la médiocrité tranquille et anesthésiante » (no 138)[6].Le document nous donne aussi les critères toujours nouveaux pour découvrir les saints qui sont encore parmi nous et qui nous aident à savoir comment devenir nous-mêmes, saints. Ainsi et seulement ainsi, le Christ pourra rayonner de nouveau dans ce monde qui en a grandement besoin.

Église en sortie 11 mai 2018

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis reçoit le dominicain Yves Bériault o.p. qui nous parle de son tout dernier livre « Seul l’amour a de l’avenir: Le témoignage d’Etty Hillesum et Christian de Chergé ». On vous présente un reportage sur le Chapitre des « Nattes » des Franciscains du Canada. Et on vous présente une entrevue avec le théologien et auteur Jean-François Gosselin qui nous parle de son livre intitulé « L’Éternité rêve ou réalité ? ».

Tous les saints sont « Pro-vie » !

CNS photo/Art Babych

Ce jeudi 10 mai 2018, des milliers de personnes se réuniront sur la Colline parlementaire, à Ottawa, pour manifester leur soutien à la cause de la promotion et de la défense de la dignité humaine et de la vie de la conception à la mort naturelle. Cette cause méconnue et mal comprise n’a que très rarement reçu un accueil médiatique proportionnel à l’importance de l’enjeu qui s’y joue. Ses défenseurs, eux, font toujours l’objet de nombreux préjugés et a priori. Bien que la cause Pro-vie ne soit pas l’exclusivité des chrétiens, ces derniers bénéficient cette année d’un encouragement de taille par la publication de l’exhortation apostolique «Gaudete et Exhultate » du pape François. En effet, poursuivant notre analyse de ce document, on voit comment l’appel universel à la sainteté est indissociable de la défense des plus vulnérables de nos sociétés.

Dans un premier temps, le pape nous invite à faire preuve d’audace et à ne pas nous laisser aller à cette tendance toute humaine à faire comme tout le monde : « Bien que les paroles de Jésus puissent nous sembler poétiques, elles vont toutefois vraiment à contrecourant de ce qui est habituel, de ce qui se fait dans la société » (no 65). Ainsi, loin d’être des moutons, les chrétiens d’aujourd’hui sont, au contraire, invités à faire preuve d’esprit critique vis-à-vis de leurs propres comportements et habitudes. En ce sens, dans le chapitre trois, le Pape nous offre un commentaire des béatitudes dans lequel il manifeste, à la fois, le contraste qui existe entre la logique du monde et celle de Dieu et à la fois la dimension libératrice de chacune des béatitudes. En cette journée de la Marche pour la vie, deux de celles-ci ont particulièrement retenu mon attention.

« Heureux les affligés, car ils seront consolés » (Mt 5, 4)

Pour le pape François, le monde actuel nous invite fortement à nous contenter du « divertissement, de la jouissance, du loisir, de la diversion, et il nous dit que c’est cela qui fait la bonne vie » (no 75). Or, lorsque nous nous y arrêtons quelques instants, on se rend bien compte qu’il y a quelque chose de malsain derrière cette soif insatiable d’amusement. Sans vouloir être doloriste, je pense que nous devons nous réveiller de notre torpeur et faire face à la dimension tragique de l’existence, en incorporant la souffrance et la tristesse à notre vision du monde. Cacher le mal n’est pas une solution mais, au contraire, le meilleur moyen de ne jamais en trouver !

Au contraire, comme le dit le Pape : « La personne qui voit les choses comme elles sont réellement se laisse transpercer par la douleur et pleure dans son cœur, elle est capable de toucher les profondeurs de la vie et d’être authentiquement heureuse (no 76)[4]. Être saint implique donc le courage de faire face aux problèmes qui nous entourent tout en gardant une « option préférentielle pour les pauvres » et au premier chef : les enfants à naître et les malades en phase terminale (no 101). Défendre la vie de la conception à la mort naturelle est donc une condition sine qua non de l’agir et de la sainteté chrétienne puisque, comme le dit le document d’Aparecida rédigé sous la présidence du Cardinal Bergolio actuellement pape au numéro 112, l’être humain   « est toujours sacré, depuis sa conception, dans toutes les étapes de son existence, jusqu’à sa mort naturelle et après la mort », et que sa vie doit être protégée « depuis la conception, à toutes les étapes, et jusqu’à la mort naturelle ».

« Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt, 5,10)

Rien ne manifeste plus l’efficacité d’un esprit contestataire qui dérange que les persécutions. En d’autres termes : « Pour vivre l’Évangile, on ne peut pas s’attendre à ce que tout autour de nous soit favorable, parce que souvent les ambitions du pouvoir et les intérêts mondains jouent contre nous » (no 91). Toutefois, il faut toujours faire preuve de discernement puisque Jésus ne proclame bienheureux que ceux qui sont persécutés « pour la justice ». Que la cause de la défense de la vie soit juste, cela ne fait aucun doute aux yeux de Dieu. Par contre, nous devons nous assurer que les moyens que nous utilisons servent la cause « en justice et en vérité » (Jn 4, 23-24) et non pas « en esprit de jalousie et de rivalité » (Phi, 1, 15). En ce sens, nous devons user de créativité et enlever tout obstacle inutile à la portée de notre discours comme ce préjugé tenace que contredit le pape :  « Un saint, nous dit-il,  « n’est pas quelqu’un de bizarre, de distant, qui se rend insupportable par sa vanité, sa négativité et ses rancœurs » (no93).

Il faut néanmoins être conscient que, sur les questions de la vie, notre monde a opéré un renversement de perspective. Ce que les sociétés occidentales modernes considèrent comme « un droit acquis »,  l’Église le considère comme « un crime abominable » (GS, no 51). En ce sens, les paroles du Pape sont claires.  Nous habitons dans une « société aliénée, prise dans un enchevêtrement politique, médiatique, économique, culturel et même religieux qui empêche un authentique développement humain et social, il devient difficile de vivre les béatitudes, et cela est même mal vu, suspecté, ridiculisé » (no 91). Nous devons donc accepter, chacun à notre manière et selon nos responsabilités, le prix à payer pour témoigner que la vie n’a pas de prix.

Alors que des milliers de personnes : évêques, religieux et religieuses, laïcs et personnes de bonne volonté se réunissent aujourd’hui dans la capitale canadienne pour promouvoir joyeusement leur appui à la promotion et à la défense de la vie, nous pouvons prendre cette occasion pour réfléchir à notre engagement personnel envers cette cause indissociable du chemin de sainteté chrétien. Méditant les béatitudes et les paroles du pape François, nous sommes tous appelés à faire un pas de plus dans la bonne direction, tout cela en gardant à l’esprit que « nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple […] avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle » (Mc 10, 29-30). Restez à l’écoute de Sel et Lumière pour une couverture exclusive de cet événement exceptionnel !

Message vidéo du Pape François sur les formes nouvelles de l’esclavage

Vous trouverez ci-dessous le texte complet du message vidéo du pape François tel qu’envoyé aux participants du Forum sur l’esclavage moderne, «Vieux problèmes du nouveau monde» et qui se tient à Buenos Aires du 5 au 8 mai 2018:

Chers frères et sœurs,

J’ai accepté avec plaisir l’invitation à adresser mes salutations à vous qui participez à ce forum sur les formes modernes d’esclavage: «Vieux problèmes du nouveau monde», organisé par le diocèse orthodoxe de Buenos Aires, dirigé par le Métropolite Tarasios,  par l’Institut orthodoxe «Patriarche Athénagoras» de Berkeley en Californie, et sous le patronage du Patriarcat œcuménique. Tout d’abord, je tiens à exprimer ma profonde gratitude au Patriarche œcuménique, Sa Sainteté Bartholomée Ier, ainsi qu’à l’archevêque de Canterbury, Sa Grâce, Justin Welby, qui ont inauguré ce forum l’année dernière.

Cela me réconforte de savoir que nous partageons la même préoccupation pour les victimes de l’esclavage moderne.

L’esclavage n’est pas quelque chose d’un autre temps. C’est une pratique qui a des racines profondes et se manifeste encore aujourd’hui sous de nombreuses formes: la traite humaine, l’exploitation du travail par la dette, l’exploitation des enfants, l’exploitation sexuelle et le travail domestique forcé. Chacune de ces formes est plus sérieuse et inhumaine que les autres. Malgré le manque d’information dans certaines régions du monde, les chiffres sont spectaculairement élevés et, très probablement, sous-estimés. Selon certaines statistiques récentes, il y aurait plus de 40 millions de personnes, hommes, mais surtout femmes et enfants, qui souffrent d’esclavage. Pour avoir une idée, si elles vivaient dans une seule et même ville, il s’agirait de la plus mégapole de notre planète, et aurait plus ou moins une population quatre fois supérieure au Grand Buenos Aires.

Personne ne peut se laver les mains devant cette réalité tragique, s’il ne veut pas être complice de ce crime contre l’humanité. Le premier devoir qui s’impose est de mettre en place une stratégie qui permettra une meilleure connaissance du sujet, de déchirer le voile de l’indifférence qui semble couvrir le sort de cette partie de l’humanité qui souffre, qui est en train de souffrir. Il semblerait que beaucoup ne souhaitent pas comprendre l’ampleur du problème.

Certains, qui sont directement impliqués dans des organisations criminelles, ne veulent pas en être informés, simplement parce qu’ils en tirent de grands bénéfices grâce aux nouvelles formes d’esclavage. Il y a aussi ceux qui, malgré leur connaissance du problème, ne veulent pas parler parce que c’est là que se termine la «chaîne de consommation», en tant que consommateur de «services» qui offrent des hommes, des femmes et des enfants devenus esclaves. Nous ne pouvons pas être distraits: nous sommes tous appelés à sortir de toutes les formes d’hypocrisie, affrontant cette réalité que nous faisons partie du problème. Le problème n’est pas une chose extérieure devant nous: il m’implique. Nous ne sommes pas autorisés à détourner le regard, à déclarer notre ignorance ou notre innocence.

La deuxième grande tâche consiste à agir en faveur de ceux qui sont devenus des esclaves: défendre leurs droits, empêcher les corrompus et les criminels d’échapper à la justice et d’avoir le dernier mot sur les personnes exploitées. Il ne suffit pas que certains États et organisations internationales adoptent une politique particulièrement dure en voulant punir l’exploitation des êtres humains, si les causes ne sont pas abordées… Les racines les plus profondes du problème. Lorsque les pays souffrent de pauvreté extrême, ils subissent la violence et la corruption, ni l’économie, ni le cadre législatif, ni les infrastructures de base ne sont efficaces; ils ne peuvent garantir la sécurité, ni les biens, ni les droits essentiels. De cette façon, il est plus facile pour les auteurs de ces crimes de continuer à agir en toute impunité. De plus, il y a un fait sociologique: le crime organisé et le trafic illégal d’êtres humains choisissent leurs victimes parmi les personnes qui ont aujourd’hui peu de moyens de subsistance et encore moins d’espoir pour l’avenir. Pour être plus clair: parmi les plus pauvres, parmi les plus marginalisés, les plus mis au rebut. La réponse fondamentale réside dans la création d’opportunités pour le développement humain intégral, en commençant par une éducation de qualité: c’est le point clé, une éducation de qualité dès la petite enfance, pour continuer à générer de nouvelles opportunités de croissance par le travail. Éducation et travail.

Cet immense travail, qui demande du courage, de la patience et de la persévérance, nécessite un effort commun et global de la part des différents acteurs qui composent la société. Les Églises doivent également s’engager dans cette tâche. Bien que les individus et les groupes spéculent sans vergogne sur l’esclavage, nous les chrétiens, tous ensemble, nous sommes appelés à développer une collaboration de plus en plus grande pour que nous dépassons tous les types d’inégalité, la discrimination de toute nature, ce qui est exactement ce qui permet qu’un homme peut être l’esclave d’un autre homme. Un engagement commun pour faire face à ce défi sera une aide valable pour la construction d’une société renouvelée orientée vers la liberté, la justice et la paix.