Jésus le beau et noble berger

Quatrième dimanche de Pâques, Année B – 22 avril 2018

Dans la Bible et l’ancien Proche Orient, «berger» était un titre politique qui sous-entendait l’obligation des rois à s’occuper de leurs sujets. Ce titre dénote le souci total et le dévouement aux autres. S’occuper d’un troupeau était l’un des éléments importants de l’économie palestinienne au temps de la bible. Dans l’ancien testament, Dieu est appelé le Berger d’Israël qui va devant le troupeau (Ps 67, 7), le guide (Ps 22, 3), le mène vers la nourriture et l’eau (Ps 22, 2), le protège (Ps 22, 4) et porte ses petits (Is 40, 11). Imprégnant ainsi la piété des croyants, la métaphore démontre que tout le peuple est sous la protection de Dieu.

L’auteur du psaume 22 nous parle du Seigneur comme son berger. L’image du berger comme hôte se trouve aussi dans ce psaume que nous chérissons. Berger et hôte sont deux images avec le désert en arrière-plan car le protecteur des brebis est aussi le protecteur des voyageurs du désert, celui qui offre l’hospitalité et la sécurité face aux ennemis. La baguette, un peu comme un fouet, sert à se défendre contre les animaux sauvages alors que le bâton est un instrument de support. Ils symbolisent le souci et la loyauté.

Le Nouveau Testament ne juge pas les bergers autrement : ils connaissent leurs brebis (Jn 10,3), cherchent celle qui s’est égarée (Lc 15, 4ss.), et sont prêts à risquer leur vie pour leur troupeau (Jn 10, 11-12). Le berger est donc une figure pour représenter Dieu lui-même (Lc 15, 4ss). Jésus connaissait des bergers et éprouvait de la sympathie à leur égard. Le Nouveau Testament ne qualifie jamais Dieu de berger et c’est seulement dans la parabole de la brebis perdue que l’auteur établit la comparaison (Lc 15, 4ss et Mt 18, 12ss). Dieu, comme l’heureux berger de la parabole, se réjouit du pardon et du rétablissement du pécheur. Le choix de l’image du berger reflète clairement le contraste entre l’amour de Jésus pour les pécheurs et le mépris des Pharisiens envers ces derniers. Nous pouvons dire en fait que le récit des disciples d’Emmaüs d’après Luc que nous avons lu la semaine dernière est un aspect de la mission de Jésus qui se continue : la poursuite des disciples entêtés était déjà préfigurée dans la parabole du berger qui va à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve et la ramène au troupeau (15, 3-7).

Le dimanche du Bon Berger

En ce quatrième dimanche de pâques,  nous retrouvons le Bon Berger qui est réellement le beau et le noble, d’après le sens grec du terme, et qui connaît intimement son troupeau. Jésus connaissait des bergers et avait beaucoup de sympathie pour eux. Il s’appuie donc sur l’une de ses métaphores préférées pour nous faire comprendre que nous pouvons avoir confiance en lui. Ceux qui ont entendu Jésus clamé ce titre y voyaient plus que de la tendresse et de la compassion. On y trouve un tel degré d’amour que le berger est près à donner sa vie pour son troupeau.

Contrairement à l’ouvrier qui travaille pour son salaire, la vie du bon berger est dévouée à ses brebis par pur amour. Elles sont bien plus qu’une simple responsabilité pour le berger qui les possède. Elles sont l’objet de ses soucis et de son amour. Ainsi, il n’y a aucun égoïsme dans le dévouement du berger. Il est prêt à mourir pour elle plutôt que de les abandonner.

La beauté de Jésus, notre Bon Berger, se trouve dans l’amour avec lequel il donne sa vie pour chacune de ses brebis. Il établit une relation d’amour intense et personnel avec chacune d’elle. C’est en se laissant aimer de nous que Jésus nous révèle sa beauté et sa noblesse. En Lui, nous découvrons le Père et le Fils, des bergers qui nous connaissent et nous aiment, même dans nos entêtements et nos erreurs.

Il arrive parfois que nous ayons l’impression que les exécutants doivent faire passer les besoins du chef en priorité. Les personnes sont des moyens en vue d’une fin : le plaisir du chef. N’est-ce pas que les bergers passent souvent en premier, les brebis en dernier? L’évangile de ce weekend porte sur les brebis et leur bien-être. Le berger est le moyen en vue de la fin : le bien-être de son troupeau. L’évangile de Jean nous présente donc Jésus comme le berger qui donne la vie.

Journée mondiale de prière pour les vocations

Cette année, le quatrième dimanche de Pâques est aussi la journée mondiale de prière pour les vocations. Les lectures vont très bien dans ce sens de demande pour que le Maître de la Moisson et de l’Église envoie plus d’ouvriers dans ses vastes vignobles. En tant que modèle de leadership religieux, Jésus nous montre que l’amour peut être le seul moteur du ministère, spécialement pour le ministère pastoral. Il nous montre aussi qu’il ne doit pas y avoir d’exclusion de la part du leader religieux. S’il y a des brebis hors de la bergerie (même si le troupeau exclue parfois ses propres brebis), le bon berger doit les chercher. Et il doit les ramener pour qu’il y ait un seul troupeau sous un seul berger.  Ce qui motive cette démarche c’est l’amour, pas la justice sociale, pas la morale, ni la simple tolérance, et certainement pas le «politiquement correct» ou des statistiques impressionnantes. Seul l’amour peut dessiner un cercle qui inclut tout le monde.

Les bergers ont du pouvoir sur leurs brebis. Alors que nous contemplons Jésus, le Bon Berger, nous songeons à chacune des personnes sur laquelle nous exerçons une autorité quelconque : enfants, parents âgés, collègues, les personnes qui nous demandent de l’aide tout au long de la semaine, des gens qui dépendent de nous pour des besoins matériaux et spirituels. Quel que soit le titre que nous portons, le bâton que nous portons doit être le symbole non de l’oppression mais du dévouement. Les lectures d’aujourd’hui nous invitent à demander pardon pour les fois où nous n’avons pas répondu à ceux qui nous sont confiés, et demander la grâce d’être de bons bergers.  Nous fixons notre regard renouvelé sur le Bon Berger qui sait que les autres brebis qui ne sont pas dans son enclos ne sont pas pour autant perdues, mais sont bien ses brebis.

Un dernier mot à propos des bergers. Les anthropologues nous disent que les bergers ont traversé les âges. Ils ont, en fait, établi un pont entre l’ère de la chasse et l’ère de l’agriculture, ou l’ère agraire. C’est pour cette raison que les bergers apparaissent dans les mythes anciens et les récits, comme symbole de l’unité divine entre les éléments opposés. Les anciens païens ont effleuré là quelque chose que les chrétiens ont réalisé pleinement : Jésus Christ est le grand réconciliateur. C’est Lui, le Bon berger, qui vient au cœur de chaque grand conflit pour y établir l’unité et la paix.

Puisse-t-il inspirer chaque personne qui essaie d’être un bon berger aujourd’hui, dans l’Église et dans le Monde. Dans ces temps qui sont les nôtres où nous entrons dans ces lieux de conflits et de tribulations, que nous soyons des instruments du Seigneur pour rétablir la beauté, la noblesse, l’unité et la paix.