Réflexion Sur Le Bienheureux Oscar Romero

Le peuple brandit une bannière de Mgr Oscar Romero de San Salvador, au Salvador, le 22 mars 2014. Photo de CNS / par Roberto Escobar, EPA

Qui Terminer L’Eucharistie? Réflexion Sur Le Bienheureux Oscar Romero par P. Thomas Rosica, c.s.b.

« Martyr » est le mot grec qui désigne le « témoin »

L’Église catholique déclare martyres les personnes assassinées pour avoir refusé de renoncer à leur foi, souvent lors de persécutions antichrétiennes. Une fois déclaré(e) « martyr(e)s », le candidat ou la candidate à la béatification n’a plus à produire de miracle que le Vatican puisse attribuer officiellement à son intercession. Il faut généralement un second miracle pour la canonisation. Pour qu’il y ait martyre, on doit pouvoir supposer que l’assassin a agi par haine de la foi au Christ de sa victime, ce qui fut le cas de nombreux martyrs chrétiens assassinés en Amérique latine et ce qui est le cas des personnes exécutées aujourd’hui au Moyen-Orient par des extrémistes islamiques. Si autrefois l’expression in odium fidei (par haine de la foi) ne portait que sur la foi, elle recouvre aujourd’hui les enjeux majeurs de la charité, de la justice et de la paix.

Mgr Romero pose pour une photo ne portant pas de date.Photo de CNS / par Octavio Duran

Un des plus grands exemples de martyre chrétien des dernières décennies est celui d’Oscar Arnulfo Romero y Goldamez, né en 1917 dans la petite ville Ciudad Barrios, dans les montagnes du Salvador près de la frontière hondurienne. Jeune prêtre, le père Romero a travaillé dans une paroisse de campagne avant de prendre la responsabilité de deux séminaires. En 1967, il était nommé secrétaire général de la Conférence épiscopale du Salvador.

Oscar devint évêque en 1970 quand il fut ordonné auxiliaire de l’archevêque de San Salvador, déjà avancé en âge. Trois ans plus tard, il devenait archevêque de San Salvador. Un mois après son inauguration, le père jésuite Rutilio Grande, curé d’une paroisse rurale et grand ami de Romero, était assassiné par des agents de l’État. Cet événement tragique allait avoir une influence aussi profonde que durable sur la vie et le ministère d’Oscar.

L’agitation augmentait dans le pays, car les gens prenaient conscience des graves injustices sociales qui pesaient sur l’économie paysanne. La chaire de Romero devint une source de vérité quand l’État censura l’information. L’archevêque mit sa vie en jeu en se portant à la défense des pauvres et des opprimés. Il allait chez les gens et les écoutait. « Je suis un pasteur, disait-il, qui a commencé à découvrir avec ses gens une vérité aussi belle que difficile : notre foi chrétienne exige que nous nous immergions dans ce monde. »

Romero fut brutalement assassiné le 24 mars 1980 par un escadron de la mort de droite, alors qu’il célébrait la messe. Il fut exécuté parce que, semaine après semaine, il disait la vérité sur la violence que subissaient les plus pauvres : arrêtés, disparus, assassinés, menacés. Ses assassins étaient probablement des catholiques baptisés – la population du Salvador est en grande majorité catholique – qui s’opposaient farouchement à sa dénonciation de la répression des pauvres par l’armée, au début de la guerre civile qui allait déchirer le pays de 1980 à 1992. Les derniers mots de Romero dans l’homélie qu’il prononça quelques minutes avant de mourir expliquaient à l’assemblée la parabole du blé qui meurt. « Ceux qui se donnent au service des pauvres par amour du Christ vivront comme le grain de blé qui meurt. Il ne meurt qu’en apparence. S’il ne mourait pas, il resterait seul. La moisson lève à cause de la mort du grain de blé… »

Oscar Romero n’était pas théologien et n’a jamais pensé se rattacher à la Théologie de la libération, mouvement catholique radical né de Vatican II. Mais il partageait avec les membres de ce courant l’idée que l’Évangile est là pour protéger les pauvres. « Entre les puissants et les riches, d’un côté, et les pauvres et les vulnérables, de l’autre, où doit se situer le pasteur ? demandait-il. Je n’ai pas le moindre doute. Le pasteur doit être avec son peuple. » Cette décision était sage, sur le plan pastoral et politique, et elle était justifiée sur le plan théologique.
La spiritualité et la foi qui ont inspiré Romero dans sa lutte pour la vie découlent de sa foi au Dieu des vivants, qui est entré dans l’histoire humaine pour détruire les forces de mort et permettre aux forces de vie de guérir, réconcilier et relever ceux et celles qui cheminent dans la vallée de la mort. La pauvreté et la mort vont main dans la main. L’option morale fondamentale de Romero portait sur le dialogue et la violence. Le dialogue n’est pas affaire de compromis ou de négociation, mais de transformation. Les vérités les plus profondes ne deviennent accessibles que dans un échange patient qui édifie l’amitié et qui transforme les esprits et les cœurs. C’est le contraire de la violence.

Pour Romero, la méditation de la Parole de Dieu comporte une expérience beaucoup plus troublante. Elle renverse notre identité étroite et superficielle, et nous libère pour vivre l’amitié avec Dieu et accueillir des interlocuteurs inattendus. « J’ai toujours voulu suivre l’Évangile, disait Romero, mais je ne savais pas où il me conduirait. »
Le 23 mai 2015, trente-cinq ans après son assassinat, Oscar Romero était béa-tifié lors d’une cérémonie à San Salvador. Sa cause de béatification et de canonisation avait été retardée pendant des années, surtout à cause de l’opposition d’ecclésiastiques latino-américains conservateurs qui craignaient qu’en associant sa figure à la théologie de la libération, on ne renforce un courant de pensée pour lequel l’enseignement de Jésus exige de ses disciples qu’ils luttent pour la justice sociale et économique. La béatification fut encore retardée parce qu’on discutait à savoir si Romero avait été tué par haine de la foi ou de ses positions politiques. Si c’était pour des motifs politiques, faisait-on valoir, impossible de le déclarer martyr de la foi.

Dans les derniers jours de son pontificat, le pape émérite Benoît XVI avait donné le feu vert à l’ouverture de la cause. Mais ce serait un pontife latino-américain, François d’Argentine, qui promulguerait que Romero était mort martyr de la foi, in odium fidei. Ce décret venait confirmer une nouvelle interprétation de la tradition, selon laquelle il est possible que des martyrs soient tués par des catholiques pratiquants, par haine du travail qu’ils font en faveur des pauvres et des défavorisés au nom de l’Évangile. La vie d’Oscar Romero était enracinée dans la Parole de Dieu, parole d’amitié. Elle nous invite à sortir de nos cocons, de la fiction de nos bulles spirituelles et de nos structures théologiques hermétiquement closes pour échapper à notre égocentrisme. Elle nous appelle à nous épanouir et à trouver le vrai bonheur dans un amour qui ne connaît pas de limites. N’est-ce pas là l’essence même de la joie de l’Évangile dont Romero a donné l’exemple et que l’évêque de Rome incarne aujourd’hui avec force pour le monde entier ?

Tué à l’autel, Oscar Romero n’a pas terminé la célébration de l’Eucharistie. La messe de ses funérailles a, elle aussi, été interrompue. Des coups de feu ont éclaté et la mort a fait irruption. Les fidèles ont dû chercher refuge dans la cathédrale. Le sang de Romero continue de crier, aujourd’hui encore, partout où des femmes et des hommes sont torturés, avilis, humiliés et exécutés, en particulier pour leur foi.

Nombreux sont ceux qui voient dans la « messe interrompue » de Romero le symbole de ce qu’il reste à faire au Salvador, en Amérique centrale et en Amérique du Sud et, partout où des gens souffrent dans le combat qu’ils mènent pour la libération. Qui terminera l’Eucharistie ? L’Eucharistie nous fait revivre le drame de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus Christ. Oscar Romero célébrait de façon rituelle ce qu’il avait fait toute sa vie : le don de lui-même avec le Christ en offrande pacifique pour que la terre soit réconciliée avec son Créateur et que les péchés soient pardonnés. Le bienheureux Oscar Romero donne espérance et consolation à la nouvelle vague des martyrs, aujourd’hui, et à tous ceux et celles qui se lèvent pour défendre la vérité. Voici qu’on a ouvert le procès de béatification de son ami, le père Rutilio Grande, s.j. – celui qui a inspiré son ministère en faveur des pauvres. Espérons et prions pour que la béatification de Romero ouvre la voie à celle d’autres martyrs d’Amérique latine et de diverses autres régions du monde.

Un texte du bienheureux Oscar Romero, dans La violence de l’amour, résume très bien le sens de sa béatification.

Pour l’Église, toutes les agressions contre la vie, la liberté et la dignité humaines sont une grande souffrance. L’Église, chargée de défendre la gloire de Dieu sur terre, croit qu’en chaque personne vit l’image du Créateur et que quiconque la bafoue fait offense à Dieu. Pour défendre les droits de Dieu et ceux de ses images, l’Église doit élever la voix. Elle reçoit autant de crachats aux visages, autant de coups de fouet, comme la croix de sa passion, tout ce que subissent les êtres humains, croyants ou non. Ils souffrent en tant qu’images de Dieu. Il n’y a pas de dichotomie entre l’homme et l’image de Dieu. Qui torture un être humain, qui agresse un être humain, qui outrage un être humain s’en prend à l’image de Dieu, et l’Église fait sienne cette croix, elle fait sien ce martyre.

Bienheureux Oscar Romero, Serviteur de Dieu Rutilio Grande, s.j., priez pour nous.

Cet extrait provient du magazine Sel et Lumière édition hiver 2015

Canonisations à Rome – oct, 2017

À Rome, place Saint-Pierre, le pape François canonisera les bienheureux :

  • Ange d’Acri, prêtre capucin italien (1669-1739);
  • Faustino Míguez González, prêtre piariste espagnole, fondateur des Filles de la Divine Bergère et de l’Institut Calasanz (1831-1925);
  • Cristobal, Antonio et Juan, les Martyrs de Tlaxcala : 3 enfants assassinés pour avoir embrassé la foi chrétienne au Mexique, en 1527 et 1529;
  • Andrea de Soveral, Ambrogio Francesco Ferro et Matteo Moreira ainsi que 27 laïcs : 30 Martyrs du Brésil assassinés les 16 juillet et 3 octobre 1645 au Brésil.

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Le pape François présidera la messe de canonisation en la fête du Christ Roi

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Le 23 novembre 2014, en la solennité du Christ-Roi, le pape François proclamera six nouveaux saints dont deux de l’Inde et deux de l’Italie. Parmi eux, il y a aussi un laïc et un évêque.

Voici la liste des bienheureux qui seront canonisés ce dimanche:

  • Kuriakose Elias Chavara – Prêtre et fondateur de la Congrégation des Carmes de Marie Immaculèe ainsi que des soeurs de la Mère du Carmel.
  • Eufrasia du Sacré Coeur de Jèsus Eluvathingal – Religieuse de la Congrègation de soeurs de la Mère du Carmel. On la sumommait la « priante ».
  • Amato Ronconi – Laïc et membre du tiers ordre des franciscains et fondateur de l’hospice de Santa Maria di Monte Orciale à Saludecio.
  • Giovanni Antonio Farina – Évêque italien de Vicenza et fondateur de l’institut des soeurs de Sainte Dorothèe.
  • Nicola da Longobardi – Oblat de l’ordre des minimes.
  • Ludovic de Casoria – Prêtre de l’Ordre des frères mineurs et fondateur de la Congrégation des soeurs franciscaines élisabéthaines.

TV Sel + Lumière diffusera la messe EN DIRECT de Rome à 12h00 HE / 09h00 HP.  Suivez-nous sur : www.seletlumieretv.org/endirect <http://www.seletlumieretv.org/endirect>

Viva Cristo Rey!


Souvenir du bienheureux Miguel Pro, sj, le jour de sa fête

De: Père Thomas Rosica, csb

Nous nous préparons pour la fin de l’année liturgique et nous allons célébrer la fête du Christ-Roi ce dimanche. Evoquons la vie d’un jeune martyr jésuite mexicain, totalement voué au Christ Roi, le Bienheureux Miguel Agustίn Pro, s.j.  (1891-1927).  Sa fête est aujourd’hui, 23 novembre. Né le 13 janvier 1891 à Guadalupe Zacatecas, au Mexique, Miguel (« Miguelito ») Pro était le fils d’un ingénieur des mines et d’une mère pieuse et charitable. Tout jeune, Miguel éprouva une prédilection pour la classe ouvrière; il la conservera toute sa vie. À l’âge de 20 ans, il entrait au noviciat des Jésuites et se retrouva bientôt en exil à cause de la révolution mexicaine. Il voyagea aux États-Unis, en Espagne, au Nicaragua et en Belgique, où il fut ordonné prêtre en 1925. Le Père Pro souffrait de problèmes gastriques chroniques et comme, après de nombreuses opérations, sa santé ne s’améliorait pas, ses supérieurs jésuites l’autorisèrent à rentrer au Mexique en 1926, en dépit de la terrible persécution religieuse qui y faisait rage.

Les églises étaient fermées et les prêtres vivaient dans la clandestinité. Le Père Pro passera le reste de sa vie à exercer secrètement le ministère auprès des catholiques mexicains. Il soutenait les gens dans leur foi et il était profondément engagé au service des pauvres de la ville de Mexico. On savait qu’il avait appris à utiliser toutes sortes de déguisements qui lui permettaient de travailler tranquillement parmi les pauvres.  Miguel s’habillait en mendiant et faisait sa tournée de nuit pour baptiser les nouveaux-nés, bénir des mariages et célébrer la messe. Il se présentait à la prison vêtu en policier pour porter le saint-viatique aux catholiques condamnés. Quand il allait dans les beaux quartiers recueillir de l’argent pour les pauvres, il portait un complet élégant, une fleur à la boutonnière. Il menait pratiquement l’existence d’un espion dans une série télévisée à succès! Mais dans tout ce qu’il faisait, le Père Pro continuait d’obéir à ses supérieurs et il était habité par la joie de servir le Christ son Roi.

On porta de fausses accusations contre lui dans le cadre de l’attentat perpétré contre un ancien président du Mexique et sa tête fut mise à prix. Livré à la police, il fut condamné à mort sans qu’il y ait eu de procès légal. Le jour où on le conduisit devant le peloton d’exécution, le Père Pro pardonna à ceux qui allaient le tuer, refusa bravement le bandeau qu’on lui offrait et mourut en s’écriant : « Viva Cristo Rey », Vive le Christ-Roi! L’image du Bienheureux Miguel Pro, qui eut l’audace de s’agenouiller devant ses bourreaux et de leur pardonner avant de proclamer la vraie royauté du Seigneur non violent est, elle aussi, profondément vivante en moi.

Justifié devant la cour céleste

Notre foi est fermement enracinée en Jésus de Nazareth dont on a dit qu’il était roi au moment de l’exécuter. Ce n’était pas un roi qui recherchait le pouvoir, ni un dictateur qui dominait et écrasait ceux et celles qui croisaient sa route. Dans son royaume, ses pauvres sujets étaient chéris et aimés; c’étaient ses amis, les petits, ses frères et sœurs qui avaient part à sa propre vie. Les royaumes de ce monde passeront. Le royaume de Jésus-Christ ne passera pas.
Avec le Bienheureux Miguel Pro de Mexico, acclamons notre Roi : Viva Cristo Rey!
Vive le Christ-Roi maintenant et à jamais.