Se réjouir et attendre avec Jean le Baptiste

Troisième dimanche de l’Avent, Année B – 17 décembre 2017

L’Avent est la saison des prophètes. Les lectures des semaines précédant Noël nous aident à préciser notre vision et approfondir notre attente du Messie. La figure de Jean le Baptiste apparaît de nouveau dans l’histoire du salut en ce troisième dimanche de l’Avent. La mission d’ensemble de Jean fut une préparation à la venue du messie. Le temps venu, Jean conduisit ses propres disciples à Jésus et leur indiqua le Messie, la véritable lumière et l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Jean lui-même n’était  pas la lumière. Il vint pour témoigner de la lumière. Il la laissa simplement briller sur lui.

Jean se considère moins qu’un esclave pour Jésus : « Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » (Jn 1, 26-27). Quand les propres disciples de Jean l’approchèrent et furent troublés par la signification du baptême de Jésus dans le Jourdain, il leur répondit avec assurance : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sauf ce qu’il a reçu du Ciel. » Jean dit qu’il était seulement l’ami de l’époux, celui qui doit diminuer alors que le maître grandit. Le baptiste a défini son humanité en fonction de ses limites.

Dans l’une des scènes les plus poignantes de l’Évangile de Luc, Jean le Baptiste est emprisonné par Hérode pour avoir blâmé publiquement ce dernier au sujet de son mariage adultère et incestueux avec Hérodiade (Mt 4, 12 ; Mc 1, 14 ; Lc 3, 19). Seul, découragé et proche de la fin de sa vie, Jean le Baptiste, reconnu comme le « plus grand de tous les prophètes » a dû poser la question : « Es-tu vraiment le Messie ? »  Jean attendait probablement un ardent réformateur social pour instaurer le Royaume, certainement pas quelqu’un qui s’associerait avec les pauvres, les paralysés, les aveugles, les exclus et les pécheurs. Néanmoins, le Christ vient de la manière la plus inattendue et souvent à travers les personnes auxquelles on pense le moins.

Jésus invite Jean à regarder autour de lui pour voir le travail déjà accompli au milieu des gens. Les aveugles avaient recouvré la vue et les paralysés marchaient à nouveau. Maladies et troubles avaient été guéris et les sourds entendaient. La bonne nouvelle était désormais prêchée aux pauvres. Ceci était la plus grande de toutes les merveilles ! Et c’est une extraordinaire consolation pour nous. Il n’y a rien d’étonnant à ce que nous nous posions souvent la même question – « La vie chrétienne en vaut-elle vraiment la peine ? »  « Jésus est-il vraiment la réponse à tous les maux et les tristesses du monde et de nos propres vies ? »

Les foules s’approchèrent de Jean et lui demandèrent : « Que devrions-nous faire ? »  Le Baptiste ne conseille à personne de quitter le monde, aussi ambiguë que cette affirmation puisse être. Il dit plutôt que ceux avec deux vêtements partagent avec ceux qui n’en n’ont pas. De la même façon, ceux qui ont en abondance de la nourriture doivent partager avec ceux qui ont faim. Les collecteurs de taxes se faisaient dire de n’exiger rien de plus que ce qui était fixé. Les soldats ne pouvaient voler personne en usant de violence ou de fausses accusations. Ils devaient se contenter de leur solde. Qu’est-ce que les gens pouvaient faire pour se préparer à l’imminente venue du Messie ? Etre généreux, justes, honnêtes, reconnaissants et compatissants (Lc 3, 10-14).

La vie et la mission de Jean le Baptiste nous rappellent à quel point nous avons besoin d’un sauveur pour nous sauver, pour que nous soyons tous ce que nous sommes appelés à être et que nous fassions tout ce que nous pouvons pour vivre dans la Lumière. Sommes-nous courageux et prophétiques dans notre témoignage chrétien à la Lumière qui est déjà venue dans notre monde ? Il nous arrive si souvent de ne pas reconnaître Celui parmi nous qui est la véritable lumière.

Que Jean le Baptiste nous donne force et courage pour porter la lumière aux autres, ainsi que la générosité et la capacité de nous réjouir lors de cette attente. « Réjouissez-vous. Priez sans cesse », écrit Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens. Nous pouvons renverser l’ordre de ces deux phrases : « Priez sans cesse, afin que nous puissions toujours nous réjouir. » Par la prière, nous comprenons que Dieu prend toutes nos inquiétudes et nos espérances dans son amour infini et sa sagesse. Il nous remet debout et nous donne la vie et la lumière en plénitude.

(Image : Saint Jean Baptiste par Anton Raphael Mengs)

Jean Baptiste : le prophète de l’Avent

Deuxième dimanche de l’Avent, Année B – 10 décembre 2017

L’une des grandes vedettes des récits de l’Avent et du temps de Noël, Jean le Baptiste, fait aujourd’hui son apparition sur la scène biblique. Considérons ensemble quelques détails de la vie de Jean et voyons à quel point il est un bon modèle pour nous. Jean Baptiste ne mâchait pas ses mots. Il allait droit au but et disait ce qu’il fallait dire. Il nous parlerait certainement avec des paroles aussi crues : avec des mots qui viseraient directement les points faibles de nos vies. Jean Baptiste prêchait le repentir avec crédibilité parce qu’il avait d’abord aimé les paroles de Dieu qu’il avait entendu au désert.

Il a écouté, expérimenté et vécu la parole libératrice de Dieu au désert. C’est parce que sa vie et son message ne faisait qu’un qu’il annonçait cette parole aux autres avec une telle efficacité. La duplicité est l’une des choses les plus décourageantes auxquelles il nous faut faire face. Combien de fois nos paroles, nos pensées et nos gestes ne sont pas cohérents. Le véritable prophète d’Israël nous aide dans notre lutte contre toute forme de duplicité.

À travers l’histoire biblique, des leaders et des visionnaires vont au désert pour voir plus clair, pour écouter intensément la voix de Dieu et découvrir d’autre voies, d’autres chemins.  Le mot hébreu pour désert midvar, est dérivé d’une racine sémitique qui signifie « mener le troupeau au pâturage ». Eremos, le mot grec utilisé pour traduire midvar, dénote un endroit désolé et peu peuplé et, au sens plus strict, un désert.

Le terme désert a deux significations différentes mais inter reliées, en référant à quelque chose de sauvage et de perdu. C’est probablement ce caractère inconnu (perdu) et incontrôlable (sauvage) qui lui a valu le terme de désert. Il y a aussi une autre manière de comprendre le sens du mot désert.

Un regard attentif à la racine du mot midvar révèle le mot davar qui signifie parole ou message. La notion hébraïque de désert est donc un lieu saint où la parole de Dieu peut être entendu, expérimenté et vécu librement. Nous allons au désert pour entendre la parole de Dieu, détaché et complètement libre.

L’Esprit de Dieu a permis aux prophètes de vivre en Dieu. Ils étaient ainsi capables de partager les attitudes, les valeurs, les sentiments et les émotions de Dieu. Un tel don leur permettait de voir les événements de leur époque comme Dieu les voyait et de se sentir de la même manière face à ceux-ci. Ils partageaient la colère de Dieu, sa compassion, sa peine, sa déception, son dégoût, sa sensibilité pour les gens et son sérieux. Ils prenaient part à ces choses non pas de manière abstraite, mais en ressentant les sentiments de Dieu à propos des événements concrets de leur temps.

Jean Baptiste est LE prophète de l’avent. On le représente souvent avec le doigt qui pointe vers celui qui vient : Jésus-Christ. Si, à la suite de Jean, nous préparons le chemin du Seigneur dans le monde d’aujourd’hui, nos vies deviendrons aussi ces doigts de témoins vivants qu’il est possible de trouver Jésus, car il est proche. Jean a offert aux personnes de son époque une expérience de pardon et de salut en sachant très bien qu’il n’était pas le messie, celui qui pouvait sauver. Permettons-nous à d’autres de faire l’expérience de Dieu, du pardon et du salut ?

Jean le Baptiste  est venu nous enseigner qu’il existe un autre chemin que les ténèbres et la tristesse du monde et que la condition humaine : ce chemin est Jésus lui-même. Le Messie vient nous sauver des forces des ténèbres et de la mort, et nous ramène sur le chemin de la paix et de la réconciliation afin que nous retrouvions notre voie vers Dieu.

Le théologien jésuite Karl Rahner, aujourd’hui décédé, a écrit un jour :

Nous devons écouter la voix de celui qui nous appelle dans le désert, même s’il avoue : je ne suis pas le Messie. Vous ne pouvez pas choisir de ne pas écouter cette voix ‘parce qu’elle est seulement la voix d’un homme.’ Et, de même, vous ne pouvez pas laisser de côté le message de l’Église parce que l’Église ‘n’est pas digne de détacher les lacets de son Seigneur qui la précède.’ Après tout, nous sommes toujours dans l’avent.

Nous n’avons peut-être pas le luxe de voyager dans le désert de Judée, ni le privilège de faire une retraite de l’avent dans le désert du Sinaï. Toutefois, nous pouvons certainement découper un petit désert au milieu de nos activités et du brouhaha de la semaine. Allons vers ce lieu sacré et laissons la Parole de Dieu nous parler, nous guérir, nous réorienter, et nous mener au cœur du Christ, dont nous attendons la venue en cet avent.

Se souvenir des merveilles de Dieu dans l’Histoire

Premier dimanche de l’Avent, Année B – 3 décembre 2017

Cette fin de semaine l’Eglise entre dans le temps liturgique de l’Avent. Les chrétiens proclament que le Messie est déjà venu et que le règne de Dieu est « à notre portée » L’Avent ne change pas Dieu. L’Avent approfondit notre désir que Dieu fera ce que les prophètes ont annoncé. Nous prions pour que Dieu cède à notre besoin de voir et de sentir la promesse de salut ici et maintenant.

Pendant ce temps de désir et d’attente du Seigneur, nous sommes invités à prier et à approfondir la Parole de Dieu, mais nous sommes avant tout appelés à devenir un reflet de la lumière du Christ, qui est en vérité le Christ lui-même. Toutefois, nous savons tous combien il est difficile de refléter la lumière du Christ spécialement quand nous devenons pleins de désillusions, habitués à l’ombre de la vie du monde ou remplis de la médiocrité du vide de la vie. L’Avent nous rappelle que nous devons être prêts à rencontrer le Seigneur à tout moment de notre vie. Comme une alarme réveille un propriétaire, l’avent éveille les chrétiens qui sont en danger de s’endormir dans le quotidien.

Qu’attendons-nous de la vie et pour qui? Cette année, pour quelles vertus ou quels cadeaux prions-nous? Désirons-nous guérir ou nous réconcilier dans nos relations brisées ? Au coeur de nos obscurités, de nos tristesses et de nos secrets,  quel sens désirons-nous avoir ? Comment voulons-nous vivre les promesses de notre baptême ? Quelles qualités de Jésus allons-nous chercher dans no propres vies en cet Avent ? Très souvent, les choses, les qualités, les cadeaux ou les personnes nous révèlent ce que nous sommes réellement. Dis-moi qui tu attends et je te dirai qui tu es! L’Avent est le temps pour ouvrir les yeux, se recentrer, faire attention, garder la perspective sur la présence de Dieu dans le monde et dans nos vies.

Au premier dimanche de l’Avent, dans la première lecture du prophète Isaïe le Tout-Puissant redonne espoir au cœur et à l’âme d’Israël ; il façonne Israël et intervient de nouveau comme un potier modèle sa poterie.

Dans la seconde lecture, écrivant à sa communauté bien-aimée de Corinthe, Paul attend ‘Le Jour du Seigneur”, quand le Seigneur Jésus nous sera révélé pour sauver ceux qu’il a appelés. Dans l’évangile du premier dimanche de l’Avent, Marc décrit les serviteurs de la maison en train de veiller dans l’attente du retour soudain du maître. Il s’agit d’une image de ce que nous devons faire tout au long de l’année mais spécialement durant le temps de l’Avent.

Notre propre baptême est une part dans la mission royale et messianique de Jésus. Chaque personne qui prend part à cette mission en partage aussi les responsabilités royales, en particulier, le soin des affligés et des blessés. L’Avent donne la merveilleuse opportunité de réaliser les promesses et engagements de notre baptême.

Le cardinal Joseph Ratzinger a écrit :

Le but de l’année liturgique est de se souvenir, de réveiller la mémoire du Coeur afin de pouvoir discerner l’étoile de l’espérance. Voilà la belle tâche de l’Avent : réveiller en nous toutes les merveilles de bonté et d’ouvrir ainsi les portes de l’espoir.

En ce temps de l’Avent permettez-moi de vous suggérer de mettre fin à une querelle. Faites la paix. Cherchez un ami oublié. Enlevez le soupçon et remplacez-le par la confiance. Ecrivez une lettre d’amour. Partagez quelques trésors. Répondez doucement même si vous aimeriez répondre brutalement. Encouragez un jeune à avoir confiance en lui. Gardez une promesse. Trouvez le temps. Prenez du temps. Ne soyez pas rancunier Pardonnez à un ennemi. Célébrez le sacrement de la réconciliation. Ecoutez davantage les autres. Excusez-vous si vous avez tort. Soyez bon même si vous n’avez pas tort! Essayez de comprendre. Ne soyez pas envieux. Examinez les exigences que vous avez pour les autres. Appréciez. Soyez bon, soyez doux. Riez un peu. Riez un peu plus. Méritez la confiance. Ne soyez pas malicieux. Soyez reconnaissants. Allez à l’église. Restez à l’église un peu plus longtemps que d’habitude. Faites plaisir à un enfant. Contemplez la beauté et la merveille de la terre. Dites votre amour. Dites-le encore une fois. Dites-le même plus fort. Dites-le tranquillement

Réjouissez-vous car le Seigneur est proche!

L’autoroute vers la sainteté traverse le désert

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Troisième dimanche de l’Avent, Année C – 11 décembre 2016

Isaïe 35,1-6a.10
Jacques 5,7-10
Matthieu 11,2-11

Dans sa touchante homélie prononcée le 24 avril 2005 pour l’inauguration de son ministère pétrinien en tant qu’évêque de Rome, le pape Benoît XVI a dit :

La sainte inquiétude du Christ doit animer tout pasteur: il n’est pas indifférent pour lui que tant de personnes vivent dans le désert. Et il y a de nombreuses formes de désert. Il y a le désert de la pauvreté, le désert de la faim et de la soif; il y a le désert de l’abandon, de la solitude, de l’amour détruit. Il y a le désert de l’obscurité de Dieu, du vide des âmes sans aucune conscience de leur dignité ni du chemin de l’homme. Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands. C’est pourquoi, les trésors de la terre ne sont plus au service de l’édification du jardin de Dieu, dans lequel tous peuvent vivre, mais sont asservis par les puissances de l’exploitation et de la destruction. L’Église dans son ensemble, et les Pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers Celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude.

Les déserts dans nos vies

Il n’y a pas de meilleur point de départ pour comprendre les lectures bibliques pour le troisième dimanche de l’Avent, en particulier la première lecture d’aujourd’hui, tirée du Livre du prophète Isaïe (35, 1-10), qu’en méditant les paroles du pape Benoît. Les thèmes de la géographie et du désert, présents à la fois dans l’homélie inaugurale du pape et dans l’émouvante lecture d’Isaïe, nous invitent à méditer sur les déserts de nos propres vies. Comment vivons-nous au milieu de nos propres déserts ? Combien de fois sommes-nous devenus des déserts de solitude, de désolation et de vide, plutôt que des jardins florissants de joie, de lumière et d’esprit de communauté pour les autres ? Comment avons-nous résisté à transformer nos déserts en des espaces où la vie abonde ? Il se peut que nous ayons à aller dans ce désert où nous prenons conscience que nous sommes perdus, seuls, stériles et sans ressources – ce n’est que lorsque nous atteignons ce point que nous sommes prêts à rencontrer Dieu.

La géographie du salut

Nous trouvons la géographie du salut à plusieurs endroits dans la Bible. Cette géographie forme l’arrière-plan du portrait que dresse Isaïe de la venue du Seigneur au chapitre 35. Alors que le chapitre 34 décrit le jugement des nations, le chapitre 35 contraste nettement avec le sombre tableau de dévastation et de désolation du chapitre précédent où le Seigneur juge la terre d’Édom. Défait dans la bataille et chassé de sa patrie, le peuple d’Israël était sans espérance.

Isaïe 35, v. 1-10 annonce la fin de la captivité à Babylone par une vision émouvante de délivrance, de liberté et de salut. Le prophète rappelle les souvenirs joyeux de l’exode d’Égypte. Un second exode se prépare, symbolisé par la guérison accordée aux aveugles, aux boiteux et aux muets. Le chantre de l’espérance d’Israël a saisi le paradoxe de la stérilité et de l’allégresse – le paradoxe de l’Avent – comme aucun autre poète ne l’avait fait. Balayant du regard la surface aride du désert du Néguev méridional, il eut une vision de la nouvelle création de Dieu : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! » (35, 1-2a)

Un nouvel exode

Libérés et sauvés par Dieu, tous les peuples retourneront à leur propre terre par la voie du désert, le nouvel exode. Le salut fait irruption sur la scène mondiale à travers la géographie : de grandes routes, des vallées, des montagnes, des déserts et des plaines ! La route, le désert, l’eau et la joie sont plus que de simples coïncidences. Isaïe prophétise qu’il y aura une route pure, qu’elle sera appelée « la voie de la sainteté » et que les rachetés y marcheront. Du désert aux cours d’eau à la grande route de la sainteté, l’atlas de la géographie du salut d’Isaïe nous mène jusqu’à la montagne où se tient le Seigneur : « Ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leur visage; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront. » (Is 35, 10)

Le désert comme une métaphore

Le désert est devenu une métaphore pour décrire le sentiment d’aliénation et de désespoir causés par le péché de l’homme. Combien de fois avons-nous utilisé l’expression : « Je vis une véritable traversée du désert » ou « Je me sens tellement aliéné de Dieu et des autres » pour décrire ce que nous ressentons à cause de notre péché. Si nous nous sommes contentés et que nous nous satisfaisons nous-mêmes, nous ne pourrons même pas commencer à désirer la venue du Seigneur, ni nous préparer à le rencontrer. Les voies du désert avançaient profondément dans le cœur de Jésus et il doit en être de même pour tous ceux qui veulent le suivre. En plein désert, nous entendons ce que Dieu fera si nous lui ouvrons nos cœurs et permettons à Dieu de faire fleurir nos propres déserts.

La géographie du salut de nos jours

Dieu s’est révélé à nous non seulement à des moments déterminés dans l’histoire, mais aussi dans des endroits très précis. Pour nombre de chrétiens, ces endroits évoquent des images de bergers et d’oliviers, de hauts murs entourant des cités anciennes, des bourgades comme il en existait au temps du roi David ou à Bethléem au temps de Jésus. La Terre Sainte est une terre avec une longue histoire, ses habitants et ses lieux sont figés à l’époque biblique ou enfermés dans une bataille politique sans fin. En tant que catholiques, nous avons la double obligation de dégeler ce temps biblique figé et de le rendre accessible et invitant pour les chrétiens.

Un séjour en Terre Sainte nous rappelle que nous sommes pris non seulement dans l’Histoire du Salut, mais aussi dans la Géographie du Salut. L’histoire de notre propre vie jumelée à celles de la Bible nous montre comment Dieu peut écrire droit dans des lignes courbes. Les guides de voyage sur la Terre Sainte qui se vendent le mieux ne rendent pas témoignage. Ils se contentent d’indiquer. Seules des personnes – pas des pierres ni du marbre – peuvent rendre le témoignage le plus authentique et le plus éloquent stipulant qu’à un moment brillant de l’histoire, la Parole s’est faite chair et a jeté sa tente parmi nous. Et nous continuons à ce jour à contempler sa gloire.

Si les Lieux Saints étaient transformés en musées ou en curiosités archéologiques comme cela s’est produit dans d’autres pays, des liens historiques tangibles seraient rompus. Sans la présence d’églises locales et de communautés chrétiennes, le témoignage de la Terre Sainte serait terriblement diminué et même inexistant.

La Parole de Dieu et la Terre Sainte

Je vous encourage à continuer de lire l’exhortation apostolique de Benoît XVI Verbum Domini ; cette fois, c’est la section qui parle éloquemment de « La Parole de Dieu et la Terre Sainte » (no. 89) que je vous recommande.

En nous souvenant du Verbe de Dieu qui se fait chair dans le sein de Marie de Nazareth, notre cœur se tourne, à présent, vers cette Terre où s’est accompli le Mystère de notre Rédemption et depuis laquelle la Parole de Dieu s’est répandue jusqu’aux confins de la terre. En effet, par l’action de l’Esprit Saint, le Verbe s’est incarné en un moment précis et en un lieu déterminé, sur un coin de terre aux confins de l’empire romain. C’est pourquoi, plus nous voyons l’universalité et l’unicité de la Personne du Christ, plus nous considérons avec gratitude cette Terre où Jésus est né, a vécu et s’est donné lui-même pour nous tous.

Les pierres sur lesquelles notre Rédempteur a marché demeurent pour nous riches de souvenirs et continuent à « crier » la Bonne Nouvelle. C’est pourquoi les Pères synodaux ont rappelé l’heureuse expression qui désigne la Terre Sainte, « le cinquième Évangile ». Combien il est important qu’en ces lieux se trouvent des communautés chrétiennes, malgré les nombreuses difficultés ! Le Synode des Évêques exprime sa profonde proximité à tous les chrétiens qui vivent sur la Terre de Jésus, en témoignant leur foi dans le Ressuscité. Là, les chrétiens sont appelés à servir non seulement comme « un phare de la foi pour l’Église universelle, mais aussi comme un levain d’harmonie, de sagesse et d’équilibre dans la vie d’une société qui, traditionnellement, a été et continue d’être pluraliste, multiethnique et multi-religieuse ».

La Terre Sainte reste encore aujourd’hui un but de pèlerinage du Peuple chrétien, comme démarche de prière et de pénitence, ainsi qu’en témoignaient, déjà dans l’antiquité, des auteurs comme saint Jérôme. Plus nous tournons notre regard et notre cœur vers la Jérusalem terrestre, plus s’embrasent en nous le désir de la Jérusalem céleste, véritable but de tout pèlerinage, et la passion pour que le nom de Jésus, en qui seul réside le salut, soit reconnu par tous (cf. Ac 4, 12).

Le dimanche de l’allégresse

Le chemin d’Israël au désert est un chemin pour nous tous. En célébrant le troisième dimanche de l’Avent, « le dimanche de la joie », le jour pour se réjouir, nous nous joignons aux exilés d’Israël et aux disciples de Jean le Baptiste alors que nous aspirons au salut et que nous nous languissons de voir fleurir la vie nouvelle. Taillons-nous cette semaine un espace spirituel dans nos vies, un espace où nous pourrons nous dépouiller des choses fausses qui s’accrochent à nous, insuffler une vie nouvelle à nos rêves et prendre un nouveau départ. En plein désert, nous entendons ce que Dieu fera si nous lui ouvrons nos cœurs et le laissons faire fleurir nos déserts. Ce que Dieu fait au désert du sud d’Israël, Dieu le fera pour nous : transformer notre stérilité en vie et tracer une grande route et une voie sainte en des lieux que nous croyions sans vie et sans espoir. Cheminons-nous sur l’Autoroute de la Sainteté ? Faisons-nous des progrès sur le chemin de la sainteté ? Profitons-nous du voyage ? Invitons-nous d’autres personnes à se joindre à nous en chemin ?

Viens, Seigneur Jésus !
Nous avons besoin de toi plus que jamais.
Fait fleurir nos déserts.
Épanche notre soif avec ton eau de vie.
Donne-nous la force de te suivre sur l’Autoroute de la Sainteté.
Empli nos cœurs et nos esprits de joie !

(Image : Le Christ dans le désert par Ivan Kramskoy)

Découvrir la possibilité de l’impossible

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 4e dimanche de l’Avent C

Le récit de l’enfance de l’évangile de Luc contient certaines des scènes bibliques les plus touchantes et les mieux connues du Nouveau Testament. Non seulement l’annonce des débuts du Baptiste précède celle de Jésus (1, 5-24), mais la naissance de Jean le Baptiste précède la naissance de Jésus (1, 26-38). L’annonce à Marie de la naissance de Jésus (Lc 1, 39-45) est parallèle à l’annonce à Zacharie de la naissance de Jean. Dans les deux histoires, l’ange Gabriel apparaît à l’un des parents qui est troublé par la vision (Luc 1, 11-12, 26-29), puis l’ange dit de ne pas avoir peur (Luc 1, 13, 30). Après l’annonce (Luc 1, 14-17, 31-33), le parent fait une objection (Luc 1, 18, 34) et un signe est donné afin de confirmer l’annonce (Luc 1, 20, 36). Le focus de l’annonce de la naissance de Jésus porte sur son identité de Fils de David (Luc 1, 32-33) et Fils de Dieu (Luc 1, 32, 35).

Dans la scène très intime de la visitation de Marie à Élisabeth (1, 39-45), le Précurseur et le Seigneur sont cachés l’un de l’autre, ils ne peuvent se voir. Pourtant, avant même que les deux femmes s’embrassent, Jean tressaillit d’allégresse dans le ventre de sa mère, ayant reconnu la présence du Seigneur et du Messie dans le sein de Marie. Les deux naissances sont saluées par deux beaux cantiques: le Benedictus chanté par Zacharie, père de Jean-Baptiste à la naissance de son fils (1, 68-79) et le Nunc Dimittis proclamé par Siméon, l’homme «juste et pieux» dans le temple de Jérusalem, alors qu’il prend l’enfant Jésus dans ses bras (2, 22-35).

Les deux femmes enceintes de l’évangile de ce dernier dimanche de l’Avent, Marie et Élisabeth, reconnurent des signes de Dieu chez l’une et l’autre. Pour expliquer à Marie sa conception virginale, l’ange Gabriel lui offrit l’exemple d’Élisabeth: «Sache que ta cousine Élisabeth va concevoir un fils dans sa vieillesse, elle qui était considérée comme stérile est maintenant à son sixième mois, car rien n’est impossible à Dieu» (Luc 1, 36). Par le mouvement de l’enfant dans son ventre à l’arrivée de Marie, Elisabeth saisit aussi que quelque chose d’extraordinaire se passait. « Qui suis-je pour que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi? » Chacune des femmes expérimente en elle la possibilité de l’impossible.

La visitation de Marie à Elisabeth s’est avérée être une visitation divine, l’arche de Dieu qui n’apporte pas la terreur mais la bénédiction qu’il a faite de la maison d’Obed-Edom de Gath (I Samuel 6, 9-11). Contrairement à Sarah, qui avait ri à l’idée qu’elle pourrait concevoir et mettre au monde un enfant d’Abraham dans sa vieillesse (Genèse 18, 12) et, contrairement à Zacharie, son mari, qui avait été frappée de stupeur pour mettre en doute la puissance de Dieu dans cette affaire ( Luc 1:8-20), Élisabeth rend grâce à Dieu et demeure confiante en sa providence: « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, lorsqu’il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes. » (Luc 1, 25). Marie, pour sa part, mérite d’être acclamée par Élisabeth comme « celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Bien que Marie soit louée pour être la mère du Seigneur et à cause de sa foi, elle réagit comme le serviteur d’un psaume de louange, le Magnificat. Le « Magnificat » célèbre les merveilles de la grâce de Dieu dans la vie non seulement de ces deux femmes de l’Avent, mais de tous ceux pour qui « le Puissant a fait des merveilles » (Luc 1:49).

Il y a deux aspects de la scène de la Visitation à considérer. Le premier est que tout intérêt personnel de Marie ou d’Élisabeth est mis de côté. Toutes deux avaient de bonnes raisons d’être très préoccupées par leur grossesse et tout ce qu’apporte une nouvelle vie. Les deux femmes avaient le droit de se concentrer sur elles-mêmes pendant un certain temps alors qu’elles apportaient des ajustements radicaux à leur vie quotidienne. Marie tend la main vers sa cousine pour l’aider et être aidée par elle. Ces deux grandes femmes bibliques se sont consolées entre elles, ont partagé leurs histoires, au moment où elles firent l’expérience d’une vie nouvelle en elles : Élisabeth après ses longues années de stérilité avec cette grossesse subite, et Marie, après sa rencontre avec le messager céleste, créant une situation maritale et une grossesse toutes deux « irrégulières ».

Le deuxième point à considérer est la réponse et la rapidité de Marie. Luc nous raconte qu’elle s’est engagée «en hâte» pour un long et périlleux voyage de Nazareth à un village situé dans les montagnes de Judée. Elle savait bien ce qu’elle voulait et rien ni personne ne pouvait l’arrêter. Dans son commentaire de l’Evangile de Luc, saint Ambroise de Milan décrit cette précipitation avec une expression latine complexe, « nescit tarda molimina Spiritus Sancti gratia » qui pourrait signifier: «la grâce de l’Esprit Saint ne connaît pas les efforts que l’on reporte sans cesse» ou
«les efforts reportés sont étrangers à la grâce de l’Esprit Saint ». Le choix libre de Marie d’aller de l’avant reflète une décision prise au plus profond de son cœur, suivie d’une action immédiate.

Combien de choses dans notre vie avons-nous rêvé de faire, aurions-nous dû faire, et n’avons jamais faites – des lettres à écrire, des rêves qui auraient dû être réalisés, la gratitude qui n’a pas été exprimée, l’affection qui n’a jamais été montrée, des mots qui auraient dû être prononcés? Les reports et les retards nous pèsent, nous fatiguent et nous découragent. Ils nous rongent. Combien est vraie la parole de saint Ambroise lorsqu’il décrit l’empressement de Marie: l’Esprit s’empara complètement de la Vierge fille de Nazareth, et l’obligea à agir.

L’histoire de la Visitation nous enseigne une leçon importante: quand le Christ se développe à l’intérieur de nous, nous sommes conduits vers des personnes, des lieux et des situations dont nous n’avons jamais rêvé. Nous allons porter des paroles de consolation et d’espérance qui ne sont pas les nôtres. Dans l’acte même de consoler les autres, nous serons consolés. Nous serons en paix, recueillis, car nous savons qu’aussi insignifiants que puissent nous paraître notre vie et nos problèmes, le Christ se sert d’eux pour prendre forme en nous. [Read more…]

Réjouis-toi, fille de Sion !

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le troisième dimanche de l’Avent C (13 décembre 2015)

L’Avent, loin d’être un temps de pénitence est un temps de réjouissance. Les chrétiens proclament que le Messie va vraiment venir et que le règne de Dieu est à notre portée. Pendant ces semaines nous sommes invités à préparer tranquillement nos cœurs et nos vies à la venue du Fils de Dieu dans notre chair. En ce 3e dimanche de l’Avent connu sous le nom du « Dimanche de la Joie », portons notre attention sur deux  thèmes importants qui se trouvent dans les lectures des Écritures: l’expression biblique « fille de Sion » et la signification de « se réjouir ».

Le texte riche de la première lecture du prophète Sophonie (3, 14-18a-20) parle de la « fille de Sion », la personnification de la ville de Jérusalem. Prenons le temps de réfléchir sur le sens de ce titre de la ville sainte et voyons comment et pourquoi l’Eglise attribue ce titre à Marie, Mère du Seigneur.

« Fille de Sion » est la personnification de la ville de Jérusalem. « Sion » était le nom de la citadelle Jébuséenne qui devint plus tard la Cité de David. Dans les nombreux textes de l’Ancien Testament qui parle de la « fille de Sion », il n’y a pas de distinction réelle entre une fille de Sion et la ville de Jérusalem elle-même. Dans l’Ancien Testament, le titre « Vierge d’Israël » est le même que celui de « Fille de Sion ». L’image de l’épouse du Seigneur se trouve dans Osée aux chapitres 1-3: elle symbolise l’infidélité du peuple à son Dieu. Jérémie 3,3-4 parle de la prostitution et de l’infidélité de l’épouse. « Virginité » dans l’Ancien Testament renvoie à la fidélité de l’Alliance. Dans la 2e lettre aux Corinthiens 11, 2, Paul parle de l’Eglise comme d’une vierge pure. La virginité représente ici la pureté de la foi.

Tout au long de l’Ancien Testament, il est dit que c’est dans Sion-Jérusalem que Dieu rassemblera tout son peuple. Dans Isaïe 35,10 les tribus d’Israël se rassembleront à Sion. Dans Ezéchiel 22, 17-22, le prophète décrit la purification de son peuple par Dieu qui passera dans l’enceinte des murs de la ville, au milieu de Jérusalem. Le mot hébreu utilisé pour décrire cette partie interne de la ville est « beqervah » un mot formé de la racine « qerev » signifiant quelque chose de profond, d’intime, situé à l’intérieur de la personne. Cela signifie aussi l’utérus maternel, les entrailles, les intestins, la poitrine, d’une personne, la partie la plus secrète de l’âme, là où résident la sagesse, l’esprit, la malice et la Loi du Seigneur. Par conséquent, la ville de Jérusalem a une fonction maternelle bien définie dans l’histoire du salut.

« Fille de Sion » dans la Tradition Chrétienne

Le Concile Vatican II a officiellement nommé Marie « fille de Sion » dans la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium no 52. L’appropriation de ce titre par l’Eglise pour la mère du Seigneur a un riche fondement scripturaire. Marie illustre les prophéties de l’Ancien Testament qui affirment toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu. Le titre « fille de Sion » évoque le grand symbole biblique du Sion Messianique.

Marie illustre les prophéties des Écritures hébraïques qui lui attribuent toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu : dans la culture d’Israël, la personne individuelle et le peuple entier étant profondément liés.

Pour les prophètes,  la «fille de Sion» était l’épouse du Seigneur lorsqu’elle a observé l’Alliance. Le rôle de Marie comme « fille de Sion », de même que pour chacun de ses rôles au sein du peuple de Dieu, ne peut jamais être compris indépendamment du Christ et de l’Esprit  donné à l’humanité en mourant sur la croix. Lumen Gentium dit que toute théologie et piété mariale appartiennent au mystère du Christ et au mystère de l’Eglise.

Marie «fille de Sion» est l’archétype de l’Eglise en tant que épouse, vierge et mère. Ce n’est pas seulement une virginité biologique, mais une virginité spirituelle qui signifie la fidélité aux Ecritures, l’ouverture envers les autres et la pureté de la foi. Les paroles de Marie aux serviteurs du banquet de noce à Cana (Jn 2,1-12) sont une invitation à tous les peuples à devenir une partie du nouveau peuple de Dieu. Marie est la nouvelle « fille de Sion » parce qu’elle a invité les serviteurs à obéir parfaitement au Seigneur Jésus. À Cana, cette nouvelle « fille de Sion » a parlé au nom de tous. À ces deux moments, à Cana et au Calvaire, (dans l’évangile de Jean) Marie représente non seulement sa maternité et sa relation physique avec son fils, mais aussi son rôle hautement symbolique de “Femme” et “Mère” du peuple de Dieu. Au Calvaire plus qu’à toute autre place dans le quatrième évangile, Marie est « Mère de Sion » : sa maternité spirituelle commence au pied de la croix.

Comme “Mère de Sion », elle n’accueille et ne représente pas seulement Israël, mais l’Eglise, le Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance. Au pied de la croix, Marie est la Mère du nouveau peuple messianique, de tous ceux qui sont un dans le Christ. Celle qui porta en son sein Jésus,  prend place maintenant dans l’assemblée du peuple saint de Dieu. Elle est la nouvelle Jérusalem : dans son propre sein était le Temple, et tous les peuples seront rassemblés dans le Temple qui est son Fils. La Mère de Jésus est en vérité la Mère de tous les enfants de Dieu. Elle est la Mère de l’Eglise. Marie est la première « fille de Sion », menant tout le peuple de Dieu dans sa marche vers le Royaume.

Je ne peux que rappeler les paroles du Cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, dans son discours d’ouverture au Synode des Evêques sur “La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise” en octobre 2008: “Une femme, Marie, accomplit parfaitement la vocation divine de l’humanité par son “Oui” à la parole d’Alliance et à sa mission. A travers sa maternité divine et spirituelle, Marie apparaît comme le modèle et la forme permanents pour l’Eglise, en tant que première Eglise.

Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur !

Dans la seconde lecture de ce dimanche, saint Paul nous dit de nous réjouir sans cesse dans le Seigneur (Phil 4,4-7; voir aussi Phil 2,18; 3,1; 4,4). La joie à laquelle nous invite Paul forme le cœur du temps de l’Avent. Nous devons toutefois nous demander : de quoi les chrétiens persécutés devaient-ils se réjouir? Ils devraient se réjouir de leur relation avec le Seigneur, qui peut même devenir plus forte et plus intime dans les périodes de persécutions. Leur joie n’est pas liée aux circonstances; en vérité, elle est souvent en dépit des circonstances. Elle est plutôt dans le Seigneur. La joie jaillit d’une profonde et confiante relation avec Dieu qui porte le croyant à travers toutes sortes d’épreuves et tribulations. Se réjouir dans le Seigneur est une sorte d’adoration, adoration qui prend la forme de prière. Se réjouir mène constamment à la prière et à la louange répétée. Puisque Paul réfère à l’action de grâce après avoir mentionné la prière, il est probable que le terme « prière » renvoie aux demandes à Dieu sous toutes ces formes, peut-être en intercédant pour soi-même et pour les autres. [Read more…]

Ceux qui veillent dans l’attente du Christ

First Advent cropped

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour le premier dimanche de l’Avent, année liturgique C ( 29 novembre 2015)

Nous avons parfois l’impression que le monde s’écroule autour de nous. Nos problèmes nous paraissent insurmontables. Lorsque je me trouve dans cet était,  je me remémore avec gratitude des paroles des héros de la Révolution de velours qui ont contribué à la chute du communisme, à la fin des années quatre-vingts. Je chéris les paroles d’espérance de l’ancien président tchèque Vaclav Havel durant son emprisonnement.

Ces paroles ont capté l’imaginaire de tant de gens alors qu’ils étaient enfin témoins de la dissolution du régime communiste :

L’Espoir est totalement distinct de l’optimisme. Ce n’est pas la conviction qu’une chose aura une issue favorable, mais la certitude que cette chose a un sens, quoi qu’il advienne. En somme, je pense que l’espoir, dans son sens fort profond, est la seule chose qui puisse nous garder la tête hors de l’eau et nous inciter à accomplir de bonnes œuvres. Puis elle est la seule véritable source de cette dimension étonnante de l’esprit humain et ses efforts surgissent comme s’ils étaient « d’ailleurs ».

Je m’intéresse également aux sections des vertus théologales du Catéchisme de l’Église Catholique  particulièrement les paragraphes sur l’espérance. J’ai été particulièrement touché par les pensées énoncées au nº 1818 du Catéchisme :

La vertu d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des hommes; elle les purifie pour les ordonner au Royaume des cieux; elle protège du découragement; elle soutient en tout délaissement ; elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude éternelle. L’élan de l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur de la charité.

Les adeptes au quotidien de Jésus

De telles réflexions sont importantes pour nous cette année alors que nous entamons la saison de l’Avent avec grand éclat par l’extrait de Luc sur la fin des temps. Dans l’Évangile d’aujourd’hui (21, 25-28; 34-36) nous pouvons voir, entendre et ressentir le discours eschatologique de Marc 13. La véritable destruction de Jérusalem par les Romains en 70 av. J.-C. vers laquelle se retourne Luc et sa communauté (Lc 21, 20-24) leur offre un certain confort, car l’annonce de la rédemption finale sera réalisée tout comme la prédiction de Jésus de la destruction de Jérusalem (21,27 -28).

Luc l’évangéliste a apporté des changements importants aux descriptions de la fin des temps de Marc. Luc maintient les premières prédictions de la fin des temps, mais se faisant avec une attention particulière à travers l’Évangile sur l’adhésion quotidienne à Jésus et la réinterprétation du sens attribué à certains signes de la fin  des temps dans Marc 13, il se réconcilie avec la situation qui semblait  être le retard de la Parousia (deuxième avènement) à la communauté chrétienne des origines. En ce qui concerne la persécution des disciples (21, 12-19) et la destruction de Jérusalem (21,20-24), Luc souligne les signes eschatologiques déjà accomplis.

L’essentiel du message du Christianisme ne réside pas dans la connaissance de tous les détails de la fin du monde. En fait, il y a très peu de détails précis sur l’avenir dans les prédications de Jésus sauf le fait que Dieu atteindra son but ultime et il le fera par Jésus. Lorsque mes étudiants me posaient des questions au sujet du deuxième avènement, je leur disais toujours que je m’attendais à une grande surprise comme l’était le premier. Mais cela se trouve entre les mains de Dieu. Il fera advenir son Royaume et c’est bien ce qui importe.

Irréprochable dans la sainteté

Dans la deuxième lecture de la première lettre de Saint-Paul aux Thessaloniciens (3, 12 – 4, 2), nous observons Paul, quelque 20 ans après la mort et la résurrection de Jésus, qui tente de renforcer les convictions de ses convertis thessaloniciens envers leur nouvelle foi.  Pour Paul, la Parousia ou le second avènement est essentiel au message chrétien. Sans cette venue, le récit du salut demeurerait incomplet. Paul croyait que la Parousie était imminente, mais elle nécessitait une préparation. Paul a demandé deux choses : (1) une augmentation de l’amour mutuel et universel et (2) l’accomplissement de l’objectif chrétien. Ce but étant la sainteté par l’expression d’un intérêt par amour l’un pour l’autre. Cette sainteté peut-être atteinte par des gestes ordinaires de bonté, de gentillesse, de charité et d’espérance posés au quotidien. [Read more…]

Comme un enfant au pied de la crèche

Comme un enfant au pied de la crèche

Nous voilà en marche vers Noël. Profitons de ce temps de l’Avent pour nous mettre en route et partager la Joie de Noël. Comme un enfant au pied de la crèche, confions au Seigneur nos prières intimes, les demandes les plus essentielles comme les tracas de la vie quotidienne. WOODEN CRECHE SEEN ON DISPLAY IN GIFT SHOP AT NEW YORK CATHEDRAL

Quel merveilleux endroit que la crèche pour prier ! Prier en famille, prier en cœur à cœur avec Jésus. Soyons humbles devant la crèche de notre Seigneur Tout Puissant. Si puissant qu’Il est venu au monde pour sauver le Monde, qu’Il a pris le visage d’un nouveau-né.

J’aime particulièrement l’image de la crèche, depuis toujours, enfant et aujourd’hui mère de famille. Admirer les santons, ces simples de cœur, prendre la route vers l’étable pour fêter un enfant. Qu’a en tête ce petit personnage ? Pourquoi prend-il son bâton de pèlerin pour aller adorer un nouveau-né ? C’est cela Noël, se mettre en route, purifier son cœur jusqu’à la naissance de Jésus. Et faire rentrer la Joie de Noël dans nos maisons. « Il vous est né aujourd’hui un Sauveur qui est le Christ Seigneur… Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime », nous dit l’Evangile de Saint Luc (2, 11-14).

Cette année, je vous invite à faire votre crèche dans un esprit tout particulier de joie, d’humilité, d’émerveillement… comme un enfant.

Prière des enfants devant la crèche

« Petit Jésus de Bethléem,

je vous adore et je vous aime.

Petit Enfant, petit Agneau,

prenez mon cœur pour votre berceau. »

En Jésus le médium est le message

Jean le Baptiste, le paradoxe de l’Avent


Réflexion biblique pour le deuxième dimanche de l’Avent C
9 décembre, 2012

Dans le texte de l’Evangile d’aujourd’hui (Luc 3,1-6), l’évangéliste, celui que Dante Alighieri appelle le « scriba manuetidinis Christi » (scribe de la douceur du Christ), lance l’appel de Jean le Baptiste sous la forme d’un appel prophétique de l’Ancien Testament (Luc 3:2) et prolonge la citation d’Isaïe trouvée dans Marc 1, 3 (Isaïe 40, 3) par l’ajout d’Isaïe 40, 4-5 dans Luc 3, 5-6. En faisant cela, Luc présente son thème de l’universalité du salut, qu’il annonçait plus tôt à travers les paroles de Siméon (Luc 2,30-32). Je vous propose que nous examinions ensemble plusieurs détails historiques offerts par Luc dans ce récit de l’appel prophétique.

Tibère César succéda à Auguste comme empereur en l’an 14 et régna jusqu’en 37 ap.J.-C. La quinzième année de son règne serait entre 27 et 29 ap.J.-C. Ponce Pilate fut préfet de la Judée de l’an 26 jusqu’en 36. L’historien juif Flavius Josèphe le décrit comme un préfet cupide et sans scrupule, qui avait peu d’égard pour la population juive locale et ses pratiques religieuses (Luc 13,1). L’Hérode en question est Hérode Antipas, le fils d’Hérode le Grand qui régnait sur la Galilée et Pérée.J.-C. à 39 ap.J-C.

Luc ne situe pas seulement l’appel de Jean le Baptiste en termes de dirigeants civils de cette période, mais il mentionne également le haut sacerdoce d’Annas et de Caïphe, les dirigeants religieux de la Palestine. Anne avait été prêtre entre 6 et 15 ap. J.-C. Après avoir été déposé par les Romains en l’an 15, il fut remplacé par divers membres de sa famille et, éventuellement, par son gendre, Caïphe, qui fut prêtre de 18 à 36.

Dans le contexte de cette histoire, la parole de Dieu fut adressée à Jean dans le désert de Judée. Luc est le seul parmi les écrivains du Nouveau Testament qui associe la prédication de Jean avec un appel de Dieu. L’évangéliste place ainsi Jean avec les prophètes dont les ministères ont commencé avec des appels similaires. Plus tard, Luc sépare le ministère de Jean le Baptiste de celui de Jésus en signalant l’emprisonnement de Jean avant le baptême de Jésus (Luc 3, 21-22). Luc utilise ce procédé littéraire pour faire état de sa compréhension de l’histoire du salut. Avec Jean le Baptiste, le temps de la promesse, la période d’Israël, se termine. Avec le baptême de Jésus et la descente de l’Esprit sur lui, l’accomplissement de la promesse, la période de Jésus, commence. [Read more…]