« Thomas l’incrédule » ou « l’honnête Thomas »

Un proverbe anglais dit : « Lorsque le cœur n’y est pas, les mains sont impuissantes. » On pourrait croire que ces mots furent écrits pour l’apôtre Thomas. La première apparition aux disciples du Seigneur ressuscité, dans le récit de Jean, est intense et détaillée. La scène contient des détails très précis : c’est le soir du premier jour de la semaine et les portes sont fermées et verrouillées. Les disciples, anxieux, sont confinés à l’intérieur d’une chambre. Un monde suspicieux et des forces violentes s’animent à l’extérieur. Jésus n’est plus là. Soudainement, le Ressuscité défie les portes closes, les cœurs renfermés et les esprits fermés. Il apparaît simplement, amicalement, doucement, comme toujours, afin de toucher les apôtres blessés et brisés.

L’expression « incrédule comme Thomas » est souvent utilisée pour décrire quelqu’un de sceptique, qui refuse de croire sans preuves tangibles et concrètes, sans avoir été lui-même témoin d’un événement. Cela fait évidemment référence à Thomas, l’un des Douze dont le nom apparaît les listes d’apôtres des quatre évangiles. Le nom grec de Thomas est Didymus, ce qui est une traduction du nom araméen qui signifie « jumeau ». Lorsque Jésus annonce son intention de retourner en Judée pour visiter Lazare, Thomas dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui! » (Jn 11, 16). C’est également Thomas qui, durant le grand discours à la dernière Cène, leva l’objection : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin? » (Jn 14, 5).

En nous basant sur le Nouveau Testament, nous n’en savons pas beaucoup plus sur l’apôtre Thomas. Toutefois, grâce au récit de la rencontre entre Jésus et Thomas de l’évangile de Jean (Jn 20, 19-31), nous avons une meilleure idée de sa personnalité que de celle des autres disciples. Thomas aurait écouté les paroles de Jésus, et il fut certainement consterné par sa mort.

La nuit de Pâques, lorsque le Seigneur apparut aux disciples, Thomas n’était pas présent. Lorsqu’on lui annonça que Jésus était vivant et qu’il était apparu, il affirma : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas! » (Jn 20, 25) Huit jours plus tard, Thomas fit son
acte de foi. Il mit avec hésitation son doigt dans les plaies de Jésus, et l’amour jaillit. Il est béni au-delà de toute attente pour sa sincérité puisque Jésus lui répond : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20, 29).

Thomas, l’amoureux honnête

L’apôtre Thomas est l’un des plus grands et honnêtes amoureux de Jésus. Sa personnalité est loin d’être celle d’un éternel sceptique ou celle d’une personne entêtée, comme il fut souvent dépeint dans la tradition chrétienne. Ce jeune apôtre s’est tenu droit devant la croix sans comprendre l’horreur de ce qui arrivait. Tous ses rêves et espoirs furent crucifiés sur cette croix. Thomas a donc dû redécouvrir sa foi au sein de la communauté des croyants, avec les disciples et les apôtres. Nous ne devons jamais oublier cela, spécialement aujourd’hui, alors qu’il est commun d’affirmer que la foi et une vie spirituelle authentique ne peuvent être véritablement vécues sans l’expérience d’une communauté ecclésiale vivante. Nous ne sommes pas croyants comme des individus isolés. Nous sommes plutôt, par notre baptême, des membres de cette grande famille qu’est l’Église.

Des siècles après Thomas, nous le remercions pour son honnêteté et la profonde humanité de ses tiraillements intérieurs. Bien que nous connaissions très peu de chose sur lui, tant sur sa famille que sur sa destinée, nous savons que son nom signifie « jumeau ». Qui était donc cette autre moitié, l’autre jumeau? Peut-être pouvons-nous le voir en nous regardant dans un miroir. Le jumeau de Thomas peut être toute personne qui, après avoir connu les brûlures du doute, du désespoir ou de l’incroyance, a finalement permis à la présence de Jésus ressuscité de faire une différence dans sa vie.

Il y a longtemps de cela, saint Grégoire le Grand affirmait : « Si, en touchant les plaies sur le corps de son Maître, Thomas est en mesure de nous aider à nous remettre des blessures de l’incroyance, il en résulte que les doutes de Thomas nous auront été plus utiles que la foi des autres apôtres. »

Extrait du livre:

«  Reste avec nous: Méditations sur le Christ ressucité »

Thomas Rosica, C.S.B.

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