Sur l’importance de l’autocritique et de l’humilité

Vingt-sixième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 30 septembre 2018

Les prophètes bibliques sont ceux qui ont reçu un appel divin à devenir messager et interprète de la Parole de Dieu. La parole qui rejoint le prophète l’oblige à parler. Alors, Amos demanda : « Quand le Seigneur Dieu a parlé, qui ne prophétiserait? » (Amos 3,8) Jérémie est abattu face au message de souffrance qu’il n’arrivait pas à transmettre aux personnes qu’il aimait. Ce qui étouffe la parole : « Je me disais : “Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. ”, Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à le maîtriser, sans y réussir. » (Jérémie 20,9) Peu importe le format du message la vraie vison de Dieu, typiquement israélite, du prophète l’a imprégné au plus profond de sa pensée de sorte qu’il voit les choses selon le point de vue de Dieu et qu’il est convaincu qu’il les perçoit ainsi. L’obéissance à la Parole de Dieu est essentielle à la mission du prophète.

Pour faire de tout le peuple du SEIGNEUR, un peuple de prophètes!

Dans la première lecture d’aujourd’hui tirée du Livre des Nombres (11,25-29), Dieu a donné le don de prophétisme à certains, ce qui surprit Moïse. Plus tôt, il s’était plaint à Dieu soutenant qu’il lui était impossible de subvenir aux besoins d’Israël à lui seul dans le désert. Comme solution, Dieu promit de conférer cet esprit prophétique de Moïse à soixante-douze anciens. Bien qu’Eldad et Medad ne soient pas venus à la tente de la rencontre lorsque l’esprit de Dieu reposa  sur Moïse, ils reçurent tout de même ce don et se mirent à prophétiser.

Lorsque Josué, l’assistant de Moïse, voulut taire cette prétendue rébellion contre l’autorité, Moïse répliqua: « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes! » (Nb 11,29) Moïse est content que l’esprit du prophétisme soit partagé avec ceux qui n’étaient pas présents au premier envoi des anciens. On reproche à Josué sa jalousie. L’autorité spirituelle peut engendrer de graves abus. Il doit être géré prudemment, humblement et avec dignité. Les leçons apprises nous communiquent que la capacité de Dieu à partager l’esprit n’est pas restreinte: Dieu seul en est la mesure.

L’inutilité toujours actuelle de la richesse

Dans la deuxième lecture de la Lettre de St-Jacques (5,1-6), un reproche sur un ton sévère nous rappelle ceux des prophètes de l’Ancien Testament (ex. : Amos 8,4-8). Ce passage n’est pas prévu pour les riches à qui il s’adresse pourtant par des figures de style, mais il sert plutôt d’avis salutaire aux croyants de la foi horrible de ceux qui abusent des richesses et peut-être même de consolation à ceux qui sont opprimés par les riches (Jc 2,5-7) Le mode d’introduction identique dans 5, 1-6 et 4, 13-17 et la façon dont l’auteur s’adresse directement au peuple indique le parallèle entre les deux parties. Toutefois, le passage actuel porte un ton beaucoup plus dur que le premier d’autant plus qu’il ne semble pas offrir la chance de se repentir. Dans 5, 2-3, l’usage du passé composé (ex. : richesses sont pourries et vêtements sont mangés) nous indique probablement l’inutilité toujours actuelle de la richesse. Bien que l’argent et l’or, en fait, ne rouillent pas (v.3), l’expression qui les désigne nous indique clairement leur inutilité.

Cette lecture de St-Jacques ne semble pas analogue aux deux autres, particulièrement en ce qui concerne les dons spirituels qui se manifestent à l’extérieur du groupe des disciples de Jésus. Néanmoins, il s’agit de propos sévères contre les riches qui profitent de leurs employés ou retiennent leur paye de même qu’un aperçu des abus de pouvoir. St-Jacques nous parle explicitement de l’univers séculier de l’emploi, des salaires et tous simplement du droit à une récompense pour le travail accompli. L’auteur de la Lettre de St-Jacques maintient que les riches ont maltraité leurs employés. Les riches ont refusé aux pauvres le salaire qui leur revenait, et par conséquent, leur argent et leur or rouilleront et leurs vêtements seront ravagés par les mites. Les riches n’ont pas réalisé que Dieu est le Dieu des pauvres et intercède en leur nom.

La communauté ecclésiale de Marc est en difficulté

Le passage de l’Évangile d’aujourd’hui (Mc 9, 38-43, 45, 47-48) a été assemblé rapidement et reflète ainsi les difficultés de la communauté ecclésiale de Marc. Premièrement, il y a un entretien entre Jean et Jésus au sujet du mauvais esprit (9,38) qui est suivi du rejet par Jésus de l’élitisme des disciples (39-40). En deuxième partie (41), quiconque donne un verre d’eau aux disciples appartiendra au Christ; en troisième partie (42), Jésus souligne que les petits seraient entièrement dépendants de Dieu et que personne ne devrait les détourner du droit chemin.

L’explication de Jésus, quant aux actes des disciples qui ont tenté d’arrêter ce mauvais esprit, marque une certaine ironie. Dans 9, 14-29, les disciples n’arrivent pas par eux-mêmes à expulser un esprit mauvais d’un jeune garçon et c’est pourquoi ils sont réprimandés par Jésus. À ce moment-là, ils voulaient retenir un exorciste qui avait réussi simplement parce qu’il ne faisait pas partie de leur propre groupe. Ainsi, la question ne se pose pas si l’esprit agit au nom et au pouvoir de Jésus, mais bien s’il fait partie de leur propre regroupement d’élus. Ainsi, on expose aux yeux de tous les attitudes élitistes des disciples. Le succès de l’exorciste étranger menace leur statut de disciples «officiels»! Jésus leur répond avec un simple mot inclusif qui pourtant reconnaît réellement la problématique du ministère non autorisé (9,39). Les disciples doivent laisser grandir ces dons de générosité et de miséricorde.

La nécessité de l’autocritique

Dans la deuxième moitié du passage, nous constatons qu’un agencement de dictons nous appelle à prendre une position autocritique. Les disciples sont poussés à réfléchir sur leur propre style de vie et leur ministère. Est-ce que leurs paroles ou leurs actes serviront, en partie, comme pierre d’achoppement pour les fils et les filles de l’église? Marc fait usage des paroles de Jésus au sujet du scandale et du mauvais usage des mains, des yeux et des pieds. Jésus n’ordonne pas la mutilation. Il utilise simplement les expressions sémitiques typiques de son époque, c’est-à-dire de façon vive, intense et souvent exagérée. Rien ne surpasse le Christ. Lorsque Jésus ordonne «coupe-le», il ne s’agit pas de mutilation, mais plutôt une incitation à la libération de manière à nous libérer pour aimer sans réserve, contrairement aux emprises de l’amour de soi-même où tout, peut-être tout le monde, même Dieu, doit être axé sur nous. Un des paradoxes fascinants de ce récit est le suivant : Plus on se fixe sur le Dieu présent en nous, sur les personnes dans le besoin que Dieu chéri et sur la terre que Dieu a perçue comme étant « très bon » (Gn 1,31), alors plus enrichissante sera l’amour de soi. La vie humaine est une question de relations avec Dieu, avec les gens et avec la terre.

Malgré son discours décousu, le passage de l’Évangile d’aujourd’hui sert de parfaits antidotes aux tentations omniprésentes qu’ont les humains de surestimer leur position d’élus de Dieu. La nature humaine a tendance à porter des jugements catégoriques qui causent parfois l’élitisme, c’est-à-dire conclure que les autres ne méritent pas notre lien. Nous ignorons ainsi la consécration de Dieu de nos mains pour travailler, de nos yeux pour la perception et de nos pieds pour marcher à la manière spéciale de Dieu. Nous rejetons les autres comme des exclus, étrangers à nos rangs et à notre statut. Au lieu de remettre en question le bien-fondé des autres groupes efficaces et même appréciés, on nous rappelle d’une manière vive l’importance de l’autocritique et de l’humilité.

Sur l’humilité

Jésus a affirmé « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. » (Mt 11,29) La plupart des saints ont prié pour l’humilité qui s’est également manifestée dans leurs vies. Plusieurs d’entre nous vivent dans une société et une culture où la seule façon d’avancer et de faire une différence est de mettre en valeur la promotion de ses mérites, sa capacité de s’affirmer, sa compétitivité et ses moyens de mettre en évidence ses exploits.

La vertu d’humilité est une qualité des personnes qui, face à leurs défauts, se perçoivent d’une manière modeste et se soumettent volontiers à Dieu et aux autres pour l’amour de Dieu. Comment atteindre un équilibre entre l’humilité et la docilité tout en s’affirmant assez pour réussir dans le monde d’aujourd’hui? Devons-nous en sacrifier l’un pour l’autre ? En menant sa vie avec justesse et droiture, nous pouvons devenir des leaders humbles. Ce qui diffère des habilités de réussite et d’être promu à des postes qui comportent plus de responsabilités.

L’humilité de Mère Cabrini

J’ai grandi dans un foyer italo-américain où mes parents et mes grands-parents me racontaient souvent des contes au sujet des saints et des béatifiés. Évidemment, deux Italiens figuraient en tête de liste: Mère Cabrini et Padre Pio ! Sainte Françoise-Xavière Cabrini (1850-1917) était la première Américaine ‘canonisée’ par l’Église. Quand j’étais jeune, on nous donnait la prière d’humilité de Mère Cabrini que je conserve dans ma bible depuis mon enfance. La vie de Mère Cabrini et les paroles de sa prière incarnent plusieurs idées qui se retrouvent dans les lectures bibliques d’aujourd’hui.

Seigneur Jésus-Christ, je prie afin que tu puisses me fortifier avec la grâce de l’Esprit Saint et que tu donnes ta paix à mon esprit, pour me libérer de toutes craintes et inquiétudes qui ne valent pas la peine. Aide-moi à vouloir ce qui te plait et qui t’est acceptable, pour que ta volonté puisse être ma volonté.

Libère-nous des désirs impurs et que pour ton amour, je puisse demeurer inconnu dans ce monde et n’être connu que par toi.

Ne me permets pas de m’attribuer le bien que tu accomplis en moi et par ma personne, mais plutôt de te conférer tout honneur. Ne puis-je qu’admettre mes infirmités de façon à renoncer sincèrement toute gloire vaine qui provient du monde terrestre pour que je puisse aspirer à la vérité et à la gloire infinie qui provient de toi seul. Amen.