Sommes-nous des ouvriers fidèles et généreux dans la vigne du Seigneur ?

Vingt-sixième dimanche du temps ordinaire, Année A – 1 octobre 2017

Ézéchiel 18,25-28
Philippiens 2,1-11
Matthieu 21,28-32

Tout de suite avant le récit de l’évangile d’aujourd’hui, Jésus est retourné au Temple (v. 23a) et il a revendiqué cet espace sacré pour son ministère de guérison (v. 14), pour enseigner et pour interpeller ses adversaires. Les grands prêtres et les anciens du peuple continuent de le harceler : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t’a donné cette autorité ? » (v. 23b). C’est Dieu lui-même qui est la source de l’autorité de Jésus mais celui-ci ne saurait le dire sans se faire accuser de blasphème. Au lieu de répondre directement à ses adversaires, Jésus leur oppose une question de son crû au sujet du baptême de Jean. Ceux qui sont rassemblés autour de Jésus refusent de voir Dieu à l’œuvre dans le baptême de Jean. Du même coup, ils rejettent Jésus. Cette réticence à croire en Dieu et en Jésus se manifeste dans la réaction des adversaires de Jésus face à Jean le Baptiste.

Le texte d’aujourd’hui commence par la parabole bien connue du père qui demande à ses deux fils d’aller travailler dans son vignoble (Matthieu 21,28-32). Pour un auditeur juif familier des récits des Écritures hébraïques, il y a déjà là un indice important : il va y avoir des problèmes. Il suffit de penser que les récits bibliques qui mettent en scène des frères sont presque toujours des histoires de conflit, d’hostilité, d’incompréhension, de concurrence et de tensions. Pensons à Ésaü et Jacob, Isaac et Ismaël, Joseph et ses frères. Jésus est un conteur de talent; il sait préparer son public à l’enseignement qu’il lui réserve. Je me demande à quoi songeaient les auditeurs de Jésus en l’entendant commencer son histoire : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils… »

Après leur avoir donné ses directives, le père attend de ses fils une réponse. Mais il ne se contentera pas de mots; il veut un engagement authentique. Le premier fils commence par dire non mais il se repent, vit une conversion et va travailler. Le second fils acquiesce en paroles à la demande de son père mais ne tient pas sa promesse.

Aveugles à l’œuvre de Dieu

Les deux fils représentent, d’un côté, les chefs religieux et, de l’autre, les parias religieux qui ont répondu à l’appel au repentir lancé par Jean. Par la réponse qu’ils donnent à la question de Jésus (Mt 21,31), les chefs religieux se condamnent. En tant que leaders religieux, ils prétendent obéir fidèlement à Dieu mais ils ne voient pas que l’obéissance authentique exigerait qu’ils réagissent dans la foi à la nouveauté que Dieu est en train d’accomplir. En fin de compte, ce sont les pécheurs en Israël, représentés par les collecteurs d’impôt et les prostituées, eux qui avaient pris à la légère les exigences de leur religion, qui finiront par occuper dans le royaume la place des premiers tandis que les adversaires de Jésus en seront exclus. Ceux et celles qu’on tiendrait normalement pour étrangers au salut parce qu’ils rejettent le cadre extérieur de la religion pourraient bien être les plus conscients du besoin de la grâce de Dieu, se repentir et servir le Maître de la façon la plus significative. Voilà une attitude étrange et déconcertante de la part de Dieu, que nous retrouvons aussi dans le texte de l’Ancien Testament pour ce dimanche : les voies du Seigneur et celles de son peuple sont diamétralement opposées (Ézéchiel 18,25-28).

Un aperçu du royaume

La parabole d’aujourd’hui nous donne un aperçu de la nature radicale du Royaume de Dieu. Même si la parabole peut porter un jugement sur certains chefs religieux juifs, Matthieu entendait l’appliquer à un public beaucoup plus étendu, et même à nous. Dans cette parabole, chacune et chacun de nous peut reconnaître sa propre expérience. Nous aussi, nous pouvons devenir aveugles à ce que Dieu accomplit dans le monde qui nous entoure. La parabole pourrait-elle parler de ces personnes qui se montrent d’abord profondément religieuses et observantes mais qui, en réalité, ne sondent jamais assez la profondeur de la miséricorde de Dieu pour connaître vraiment le cœur et l’esprit du Seigneur ? La parabole est une leçon pour ceux et celles qui se prétendent chrétiens mais qui ne pratiquent ni le culte ni la vie chrétienne, en regard de ceux et celles qui viennent au Christ plus tard sans jamais se tenir pour justes.

Bien des gens aujourd’hui prétendent connaître le Christ mais ne mènent pas une vie chrétienne. Peu importe ce que vous dites ou ce que vous affichez extérieurement si cela ne correspond pas à ce que vous avez dans le cœur. Les belles paroles sur le Christ, promesses pour la forme et pieuseries convenues, sont vides en regard de l’acceptation intérieure du message qui appelle les gens au repentir et à l’action. Ce que Dieu regarde, c’est le résultat final dans la vie personnelle. Dieu est infiniment patient avec nous et peut certainement tolérer notre « non » initial pour peu que nous finissions par lui donner un « oui » final et définitif.

Pas d’évangélisation ou de ressourcement sans enthousiasme

il arrive facilement que notre « travail d’Église » ne serve finalement qu’à préserver l’institution sans susciter de véritable enthousiasme pour ce qu’accomplit la grâce de Dieu et sans stimuler vraiment, par conséquent, l’évangélisation et le ressourcement. Nous disons que nous allons travailler à la vigne du Seigneur mais, au lieu de vendanger le raisin, nous passons notre temps à nous plaindre, à geindre, à ironiser, à nous désespérer de ramasser les pierres le long du chemin au lieu de nous réjouir de la croissance abondante qui se produit autour de nous.

L’esprit et les yeux de Jésus Christ

La deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la lettre de saint Paul aux Philippiens [2,1-11] contient l’un des plus beaux hymnes christologiques du Nouveau Testament. Composé de vers courts et rythmés, le texte se divise en deux parties : dans les versets 6 à 8, le Christ est le sujet de tous les verbes tandis que, dans les versets 9 à 11, c’est Dieu qui est le sujet. Ce qui correspond au mouvement du message qui passe de l’humiliation du Christ à son exaltation.

Même si Paul est en prison et ne peut plus visiter sa chère communauté de Philippes, les fidèles ne sont pas privés de son intercession et de son assistance. Depuis sa cellule, Paul les supplie de faire que sa joie soit complète en ayant « les mêmes dispositions », le même esprit, « le même amour ». Au lieu de nous laisser prendre au jeu de l’ambition et des choses fugaces de ce monde, de la société, de tous nos modes de vie fragmentés et peccamineux, nous sommes invités à entrer dans la « mobilité descendante » de Jésus Christ, qui se dépouille de lui-même pour trouver la plénitude et la vie.

Jésus et la Loi dans le Catéchisme de l’Église catholique

  1. L’accomplissement parfait de la Loi ne pouvait être l’œuvre que du divin Législateur né sujet de la Loi en la personne du Fils. En Jésus, la Loi n’apparaît plus gravée sur des tables de pierre mais « au fond du cœur » du Serviteur qui, parce qu’il « apporte fidèlement le droit » est devenu « l’alliance du peuple ». Jésus accomplit la Loi jusqu’à prendre sur Lui « la malédiction de la Loi » encourue par ceux qui ne « pratiquent pas tous les préceptes de la Loi » car « la mort du Christ a eu lieu pour racheter les transgressions de la Première alliance ».
  2. Jésus est apparu aux yeux des Juifs et de leurs chefs spirituels comme un « rabbi ». Il a souvent argumenté dans le cadre de l’interprétation rabbinique de la Loi. Mais en même temps, Jésus ne pouvait que heurter les docteurs de la Loi car il ne se contentait pas de proposer son interprétation parmi les leurs, « il enseignait comme quelqu’un qui a autorité et non pas comme les scribes ». En lui, c’est la même Parole de Dieu qui avait retenti au Sinaï pour donner à Moïse la Loi écrite qui se fait entendre de nouveau sur la Montagne des Béatitudes. Elle n’abolit pas la Loi mais l’accomplit en fournissant de manière divine son interprétation ultime : « Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres […] moi je vous dis ». Avec cette même autorité divine, il désavoue certaines « traditions humaines » des Pharisiens qui « annulent la Parole de Dieu ».

Comment évangélisez-vous ?

  1. Le monde qui nous entoure a soif de la vraie bonne nouvelle, portée par les ouvrier de la vigne du Seigneur – de joyeux évangélisateurs qui loin de se montrer moroses, découragés, impatients ou angoissés, sont des ministres de l’Évangile, dont la vie rayonne de ferveur, qui ont reçu les premiers la joie du Christ et qui sont disposés à risquer leur vie pour que soit proclamé le Royaume et que l’Église soit établie au milieu du monde. Abordons-nous la nouvelle évangélisation dans l’enthousiasme ?
  2. Qu’est-ce qui nous empêche de devenir de vraies communautés, des fraternités authentiques et un corps vivant, plutôt qu’une entreprise ou une mécanique ?
  3. Comment certains événements survenus dans le monde et dans l’Église nous ont-ils aidés à raffiner et à repenser notre proclamation de l’Évangile ? Qu’est-ce que l’Esprit dit à notre Église à travers ces événements ? Quelles sont les nouvelles formes d’évangélisation que l’Esprit nous enseigne et demande de nous ?
  4. Sommes-nous dans la vigne du Seigneur des ouvriers fidèles, généreux, enthousiastes et porteurs d’espérance ?

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