Nous sommes ce que nous mangeons

Vingtième dimanche du temps ordinaire, Année B – 19 août 2018

Au chapitre 6 de l’évangile selon saint Jean (vv 41-51), Jésus parle de lui comme «le pain vivant descendu du ciel» et invite ceux qui l’écoutent à manger de ce pain – c’est-à-dire, de croire en lui. Il promet que ceux qui font ainsi auront la vie éternelle. Jésus se compare à la manne descendue du ciel pour soutenir le peuple d’Israël au désert. Cette image forte éveille certainement la mémoire du peuple d’Israël.

Puis dans Jean 6, 51 Jésus dit: «Le pain que je donnerai c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.» Alors ceux qui l’entendaient se sont demandés: «Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?» Ont-ils répondu ainsi pour donner une chance à Jésus de s’expliquer? Sûrement, se sont-ils dits, Jésus voulait dire autre chose. Après tout, manger la chair de quelqu’un apparaît dans la Bible comme métaphore pour de grandes hostilités (Ps 27, 2; Za 11, 9). Boire du sang était perçu comme une abomination interdite par la loi de Dieu (Gn 9, 4; Lv 3,17; Dt 12:23).

Néanmoins, Jésus répond à la question en expliquant sa déclaration initiale de manière explicite: «Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.» Aucun juif qui observe la loi ne songerait à manger de la chair. On peut alors se demander: «Pourquoi Jésus ne pouvait pas continuer d’utiliser des termes agréables tels que ‘demeurer’, ‘habiter’, ‘révéler’… Prônait-il le cannibalisme avec des images et un langage aussi frappants?

Chair et sang

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus utilise un langage fort pour montrer l’union indissoluble et la participation inextricable d’une vie dans l’autre. Jésus utilise un langage sacrificiel. La Torah exige un rituel de sacrifice d’animaux et spécifie comment ils doivent être préparés et comment leur chair doit être utilisée. Certaines chairs doivent être brûlées sur l’autel alors que d’autres doivent être consommées. Jésus fait son sacrifice au nom du monde – et non seulement pour Israël (voir aussi Jean 3,16-17). L’expression hébraïque “chair et sang” réfère à la personne dans sa totalité. Recevoir Jésus qui se donne en totalité signifie recevoir sa chair et son sang. Rencontrer Jésus signifie, en partie, de le rencontrer en chair et en sang.

Pour ceux et celles qui reçoivent Jésus, tout Jésus, sa vie leur colle à la peau et coule dans leurs veines. Il ne peut être retiré de la vie d’un croyant, tout comme le repas de samedi dernier ne peut être extrait de votre corps.

Accueillir Jésus de manière authentique

Dans notre approche toute cérébrale de la religion nous présumons souvent que ce qui compte vraiment est de croire en quelques dogmes ou vérités religieuses importantes. Recevoir Jésus peut ainsi se résumer à un simple assentiment intellectuel. Il y a toutefois des moments où nous pouvons être reconnaissants pour la présence du Christ qui n’est pas que cérébrale et qui doit être accueillie autrement.

Le pain que Jésus a pris pour nourrir les 5000 au sommet de la montagne n’était pas la nourriture véritable car la faim des gens n’y a été soulagée que pour un moment. À l’inverse, la chair et le sang de Jésus sont la vraie nourriture car “celui qui mange de ce pain vivra éternellement” (v. 51) et «a la vie éternelle» (v. 54).

«Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel» v. 51a). Ce «pain vivant» fait écho à «l’eau vive» que Jésus a offert à la Samaritaine (4, 10). Dans un tel contexte, manger de ce pain signifie poser le geste de croire ou d’accepter le Christ une fois pour toutes.

Aperçu historique de l’enseignement de Jésus

Il importe de garder en tête deux choses qui se déroulaient à l’époque à laquelle cet évangile a été écrit, des éléments qui ont pu pousser l’auteur de Jean à mettre l’emphase sur l’acte de manger le corps de Jésus et de boire son sang:

Le premier élément est l’influence des hérésies docétistes et gnostiques, qui considéraient toutes deux la chair comme un mal et niaient que le Christ avait un corps physique. Le second élément était la discrimination des Juifs à l’endroit des chrétiens. Les chrétiens qui prenaient part au Repas du Seigneur étaient souvent bannis des synagogues.

L’eucharistie révèle le sens caché du don de la manne. Jésus se présente ainsi comme le véritable et parfait accomplissement de ce qui avait été annoncé symboliquement dans l’Ancienne Alliance. Un autre geste de Moïse porte une valeur prophétique: il fait jaillir de l’eau d’un rocher pour combler la soif du peuple au désert. À la fête des Tentes, Jésus promet d’étancher la soif spirituelle de l’humanité: «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi! Comme dit l’Écriture : Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur» (Jn 7, 37-38).

Traditions culinaires

Notre manière de manger reflète en partie ce que nous sommes. C’est un reflet de notre conception de la vie. En observant diverses sociétés et cultures, nous constatons que chacune d’elles a ses mets traditionnels et ses rituels culinaires. «Je suis d’origine italienne. Je mange souvent spaghetti, lasagne, tortellini alla panna et pizza,» ou «je suis américain. Je mange des burgers, des hotdogs avec du Coca et des frites.» «Je suis Québécois. Je mange de la poutine et je bois du sirop d’érable.» Les Français mangent des crêpes, les Belges des gaufres, les Chinois le riz, les Palestiniens et les Israéliens mangent des fallafels, les Eskimos, de la baleine. Bref, notre manière de manger révèle notre manière de nous identifier. Cela reflète aussi et détermine souvent notre manière de voir le monde, nos valeurs et toute notre manière d’être.

La nourriture est bien plus qu’un ramassis de nutriments : elle est un puits d’influences et de connotations. Les denrées et les épices rares sont considérées des délices culinaires. Dans d’autres cultures, divers mets sont adorés: on leur attribue une sainteté particulière alors que d’autres mets sont à éviter à tout prix. Le type de nourriture que nous choisissons peut aussi avoir un impact sur notre tempérament. Piquant, épicé ou autres mets stimulants peuvent nous énerver ou même nous rendre coléreux. Des nourritures froides ou fraîches peuvent nous relaxer ou tempérer nos esprits. La nourriture nous aide à célébrer et peut nous réconforter aux moments de deuil. Elle est un signe d’amour et un moyen d’unir les gens à maintes occasions.

Nos «manières de manger» font partie de notre héritage. L’âme ne se nourrit pas de pain de blé, comme le corps. La nourriture que nous mangeons est en fait une combinaison physique et spirituelle. Le corps est nourri par l’aspect physique, les nutriments, contenus dans ce que nous mangeons; l’âme est nourrie par la force spirituelle qui anime la substance physique de toute matière, y compris la nourriture.

Catholique ou catabolique ?

La phrase «vous êtes ce que vous mangez» n’est apparue dans la littérature anglaise qu’autour des années 20 et 30, lorsque le nutritionniste Victor Lindhar, qui croyait fermement à l’idée que la nourriture contrôle la santé, développa la diète catabolique. En 1942, il publia «Vous êtes ce que vous mangez : comment gagner et garder la santé par la diète.» Depuis ce temps, cette phrase fait partie de la conscience publique.

Pour tous ceux et celles qui recherchent la présence du Christ, l’enseignement de Jésus dans l’évangile de Jean est vraiment une bonne nouvelle : «Nous sommes ce que nous mangeons.» Nous devenons ce que nous recevons dans l’eucharistie. Cette semaine, profitons-en pour examiner notre diète spirituelle et voir ce qui nous donne vraiment la vie et ces aliments sans valeur nutritive, ces «junk foods», qui ne nous mènent pas à la vie éternelle.

(Les lectures de ce dimanche sont : Proverbes 9, 1-6; Éphésiens 5, 15-20 et Jean 6, 51-58)

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(Image : La dernière cène par Bouveret)