Nourriture fabuleuse et boisson pour la route

Solennité du Corps et du Sang du Christ – dimanche 3 juin 2018

L’évangile de ce jour (Marc 14, 12-16; 22-26) associe la mort de Jésus avec la grande fête de libération d’Israël. A la première Pâque, le sang sur les portes avait pour but de préserver les premiers-nés de la mort. Le pain rompu au Dernier Repas symbolise le partage des disciples dans l’offrande de Jésus. Boire la coupe de sang crée un lien commun nouveau et dynamique. Le sang de Jésus sanctifie et revitalise chacun de nous. L’eucharistie a quelque chose qui la distingue de tout autre mémorial. C’est à la fois un mémorial et une présence, même si elle est cachée sous les signes du pain et du vin.

Notre liturgie eucharistique proclame le seul lien de vie entre Dieu et son peuple. A la manière du sang qui coule du cœur et unit tous les membres dans un seul flot de vie, ainsi sommes-nous unis intimement avec Dieu à travers le corps et le sang de Jésus. La vraie nature de l’Eucharistie implique un lien avec Dieu et avec la communauté. Nos destinées sont entremêlées avec la propre vie de Dieu. Nous ne pouvons pas être seuls, car le sang est notre lien commun.

En célébrant la fête du Corps et du Sang du Seigneur cette année, nous réalisons deux choses.  Cette fête est quotidienne et pourtant, nous avons fixé un jour dans l’année pour célébrer la fête des fêtes que nous célébrons chaque jour. Non seulement célébrons-nous le pain et le vin qui deviennent le corps et le sang du Seigneur, nous célébrons aussi la nouvelle identité donnée à ceux qui partagent entre eux le corps et le sang de Jésus et deviennent alors ce qu’ils mangent et boivent.

La foi en la résurrection de Jésus peut être une idéologie dangereuse et improductive si elle ne nous stimule pas réellement à partager le pain avec nos frères et sœurs qui ont faim. Nous ne nous engageons pas dans une action politique ou sociale mais dans une célébration sacramentelle, un mémorial ou une commémoration : le souvenir de la vie et de la mort de Jésus, dans la foi en la résurrection comme Seigneur, siégeant à la place d’honneur de Dieu comme avocat du pauvre, de l’opprimé qui n’a pas de pain. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous participons à Celui qui devient nourriture et boisson pour les autres. Chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, réalisons-nous que le Christ Eucharistique est réellement présent comme pain pour le pauvre?

La chrétienté, le catholicisme, les sacrements, spécialement l’Eucharistie ne sont pas des concepts théologiques, des cours, des choses, des idées, des fantaisies passagères, des symboles – ils sont une personne vivante qui a pour nom Jésus.

Se souvenir du Congrès eucharistique international de Québec en 2008

Dans les nombreux moments de crises et de troubles de l’histoire chrétienne, le Seigneur a confirmé sa présence réelle dans le Saint Sacrement de façons miraculeuses. La plupart de ces miracles eucharistiques ont eu des manifestations dans lesquelles l’Hostie s’était transformée en chair humaine et en sang. Les miracles à Bolsena et Orvieta en Italie viennent très vite à l’esprit tout comme bien sûr,  l’histoire du miracle eucharistique de Lanciano en Italie. Ces histoires semblent être loin de nos propres expériences et sont souvent assez difficiles à croire. Plus récemment, de telles histoires de miracles ont été qualifiées de piété et de dévotion excentrique.

En tant que catholiques nous croyons que l’hostie consacrée est le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de notre Seigneur, sous les apparences du pain et du vin. Cependant Jésus à travers les miracles eucharistiques, simplement manifester sa Présence d’une façon très tangible. Certains nous disent que nous n’avons pas réellement besoin des manifestations extraordinaires pour confirmer ce que nous connaissons et croyons déjà. Ils disent que les miracles extraordinaires ne sont pas l’essence de la vraie dévotion et compréhension eucharistique.

J’aimerais réfléchir à un événement eucharistique extraordinaire qui a marqué profondément l’Église au Canada et a touché de nombreuses parties du monde aussi.

Pendant une semaine du 15 au 22 juin 2008, j’ai redécouvert ce que des miracles eucharistiques pouvaient être, seulement cette fois-ci ce n’était pas dans les églises de la vieille Europe. Avec 15 000 autres personnes de tout le Canada et de 75 autres pays, j’ai vu l’Eucharistie devenir vivante d’une manière très puissante dans cette arène de hockey du Colisée Pepsi.

Dans son homélie d’ouverture du Congrès, un cardinal slovaque âgé de 84 ans, Jozef Tomko, légat du pape pour cet événement, a dit que Jésus est le don de Dieu, l’aliment qui nous nourrit, nous remplit et nous fait accéder à la vie éternelle. L’Eucharistie est une personne, pas un objet ni un cadeau mort. Peut-être ne devrions-nous pas nous demander qu’est-ce que l’Eucharistie, mais qui est l’Eucharistie? » La réponse à cette question, d’après Tomko, est Jésus dans la forme sacramentelle du pain et du vin « pour indiquer qu’il a voulu devenir notre nourriture et soutenir notre vie »

Une des catéchèses les plus mémorables et profondes du Congrès de Québec fut sur le thème “l’Eucharistie, vie du Christ dans nos vies” donnée par Mgr Louis Tagle, évêque d’Imus aux Philippines et actuellement archevêque de Manille. Mgr Tagle a parlé de l’adoration eucharistique hors de la messe : «Devant Jésus, nous recevons et nous sommes transformés par le mystère que nous adorons. L’adoration eucharistique c’est comme se tenir au pied de la croix de Jésus, en étant témoin du sacrifice de sa vie et en étant renouvelés par lui. »

Mgr Tagle a pris l’exemple du centurion romain qui a gardé Jésus sur la croix comme “un modèle d’adoration”.

Nous apprenons du centurion à regarder Jésus, à rester fixé sur Lui, à être devant Lui, à le contempler.  Le centurion a d’abord passé des heures à regarder Jésus et il a fini par le contempler en vérité. Qu’a vu le centurion? Nous pouvons penser qu’il a vu l’horreur de la souffrance qui a précédé la mort de Jésus. Mais je crois aussi que le centurion a vu l’amour incroyable qui émanait de Jésus, l’amour pour le Dieu qui n’a pas réussi à éloigner de lui cette coupe de souffrance, et l’amour du prochain.

(…) Je souhaite que l’adoration eucharistique nous conduise à connaître davantage Jésus comme le compagnon plein de compassion des personnes crucifiées aujourd’hui. Adorons Jésus qui offre sa vie comme un cadeau au Père pour nous pécheurs. Adorons-le pour nous-mêmes, pour le pauvre, pour la terre, pour l’Église et pour la vie du monde.

Le Congrès Eucharistique International de Québec fut une occasion privilégiée pour le Canada de réactualiser le patrimoine historique et culturel de sainteté et d’engagement social de l’Église qui tire ses racines du mystère eucharistique.

Un jour durant le congrès à Québec, la pluie quotidienne m’incita à prendre un taxi pour me rendre au Colisée Pepsi. Le jeune conducteur, algérien musulman, me demanda d’où je venais, puis il me parla au sujet du Congrès, ayant rencontré tant de délégués dans les rues de Québec. Quand il apprit que j’étais du Canada anglais, il a bondi! « Que donnez-vous tous les jours aux gens à manger? » me demanda-t-il. Je le regardai étonné, et lui demandai de m’expliquer ; il le fit dans un accent impeccable en anglais! Il dit : « Je n’ai jamais vu autant de personnes heureuses à Québec depuis 10 ans que je suis là. Il doit y avoir quelque chose dans la nourriture et la boisson. Cela doit être fabuleux! »

En 2003, le pape Jean-Paul II écrivait dans son encyclique “Ecclesia de Eucharistia”: “L’Eucharistie construit l’Église et l’Église fait l’Eucharistie”. Le Congrès Eucharistique International à Québec l’a réalisé en 2008.