N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ?

Quatorzième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 8 juillet 2018

Nous connaissons bien l’Évangile d’aujourd’hui, même trop bien! Il en relevait de traditions que Jésus aille à la synagogue chaque semaine durant le Sabbat et une fois son tour, il devait lire les écritures sacrées au cours de la célébration du Sabbat. Les habitants de sa ville natale écoutaient encore plus attentivement ses enseignements, car ils étaient tous au courant des miracles accomplis dans les autres villes. De quels signes le gars du village pourrait-il s’occuper sur son propre territoire ?

Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus a surpris son propre peuple, car il semble rebuter la croyance qu’aucun prophète de Dieu ne puisse être honoré parmi son peuple. Les habitants de Nazareth se sont offusqués et ont refusé d’écouter ce qu’il avait à dire. Ils méprisaient son message, car il était de la classe ouvrière, un charpentier, un simple laïc de même qu’ils le méprisaient en raison de sa famille. Jésus  ne pouvait pas accomplir des actes dignes de sa puissance en leur présence, car ils étaient fermés et ne croyaient pas en lui. Si des personnes se regroupent dans les buts de haine et du refus de comprendre, ils seront incapables de percevoir d’autres points de vue et ils refuseront d’aimer  et d’accepter les autres. Est-ce un scénario connu ? Combien de fois nous sommes-nous retrouvés dans une situation similaire ?

N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ?

Nous pensons souvent que Luc est le seul évangéliste qui a répertorié les visites de Jésus à Nazareth « où il avait grandi » et ce récit structuré de la synagogue de Nazareth (Lc 4,16). Marc et Matthieu font également allusion à cet épisode, sans toutefois mentionner la ville, mais tout simplement « son pays» ou « sa ville natale » (Mc 6,1; Mt 13,54). Cependant, les versions de Luc comportent plusieurs éléments différents de celles de Marc et de Matthieu. Dans les Évangiles de Marc et de Matthieu, certains prennent en considération le passé modeste de Jésus qui était « le charpentier »  (Mc 6,3), « le fils du charpentier » (Mt 13,55) afin de remettre en question l’importance de sa mission. À l’opposé, Luc ne fait aucune mention des origines modestes de Jésus.

Dans l’Évangile de Marc,  on ne fait pas le récit de la visite de Jésus dans sa ville natale au début de son ministère, mais à la suite d’une longue période durant laquelle il prêche l’Évangile et procure des guérisons et même après, les discussions au sujet des paraboles (Mc 4, 1-34) et la résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5, 21-43). Dans Matthieu, Jésus a également déjà prononcé son discours sur la mission aux « douze apôtres » (10, 2-42).

Quel est la signification des questions portant sur Jésus dans l’Évangile selon Marc (6, 1-6) faisant partie de l’Évangile de ce dimanche ?  « “N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ?” Et ils étaient profondément choqués à cause de lui. »

« Pour qui te prends-tu ? » ils semblaient lui demander. Jésus reconnait que les questions à son sujet correspondent à une profonde attitude possessive : n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie et ainsi, comme nous ? Tu es à nous et c’est pourquoi tu dois faire tout ce que tu peux pour nous. Tu nous appartiens !

« Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. » Malgré l’attitude possessive dont manifeste son peuple, Jésus ne cède pas aux influences. Les habitants de la ville natale de Jésus étaient affligés d’une forme particulière d’aveuglement, c’est-à-dire la même qui nous touche parfois. Jésus refuse de donner ses dons aux services de son propre peuple offrant ainsi les avantages à des étrangers.

La vision universelle et le grand cœur de Jésus

L’Évangile d’aujourd’hui nous montre à quel point il est difficile de parvenir à une vision universelle. Lorsque nous croisons une personne comme Jésus pourvu d’un cœur généreux, d’une grande vision et d’un esprit rayonnante, notre réaction est souvent par la jalousie, l’égoïsme et la méchanceté. N’ayant jamais accepté leur propre sainteté, le peuple de Jésus était incapable de reconnaître la sainteté de Jésus. Ils étaient incapable d’honorer leur lien avec Dieu, car ils ne s’étaient jamais pencher sur leur propre sens d’appartenance au Seigneur. Ils étaient également incapables de voir le Messie parmi les leur, car sa ressemblance à eux était trop grande. Jusqu’à ce que l’on puisse se percevoir comme étant les bien-aimés de Dieu, les miracles se feront rares. Alors, les prophètes et les messagers qui s’élèveront devant nous devront  lutter pour se faire entendre et se faire accepter comme étant véritablement la personne qu’ils prétendent.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Marc nous raconte que Jésus était surpris de leur incroyance. À l’écoute de Jésus, son peuple était tout d’abord frappé d’admiration à son égard et de fierté suite à son message. Son message libérateur était fantastique. Ils ont reconnu ce jeune prophète comme un des leurs  et ils dirent : « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie… ? »

Les personnes qui nous font le plus de reproches sont souvent des proches, par exemple : un membre de notre famille, un parent ou un voisin que l’on côtoie régulièrement. Le peuple de Nazareth ne voulait pas renoncer à cette attitude possessive de Jésus. Ainsi, une entrave de cet amour possessif entraîne une réaction violente. Ce type de mesure provoque un effet dramatique de jalousie et de passion. Dans la version de Marc, ils étaient offusqués par Jésus d’autant plus que  « dans la synagogue, tous devinrent furieux (Lc 4,28) et ils tentèrent de mettre fin à sa vie » (4,29) dans le récit de Luc. Le refus d’ouvrir son cœur peut occasionner de telles situations extrêmes.

Jésus était profondément critiqué, car il exprimait une grande ouverture du cœur tout particulièrement envers les personnes en marge et en périphérie de la société. Cette ouverture était la cause d’une opposition grandissante qui a entraîné sa mort sur la croix. Dans les Actes des Apôtres, nous constatons qu’à plusieurs reprises le succès de saint Paul lorsqu’il prêche aux païens a suscité la jalousie chez les juifs. Ces derniers s’opposaient à l’apôtre et ont provoqué des persécutions contre lui (Actes 13,45; 17,5; 22,21-22). Parmi la communauté chrétienne, nous pouvons également évoquer un exemple à Corinthe lorsque des attitudes possessives semblables ont causé le mal. Des croyants s’étaient attachés à un apôtre par jalousie, ce qui a occasionné des conflits et des divisions dans la communauté. Paul a du intervenir de force (1 Cor 1,10-3,23)

L’Évangile d’aujourd’hui nous prévient d’exercer une méfiance face à certaines attitudes qui sont incompatibles avec l’exemple de Jésus : la tendance humaine d’être possessif, égoïste et de restreindre son cœur et son esprit. Nous ne pouvons certainement pas oublier que Jésus est le Sauveur du monde (Jn 4,42) et non pas du village, de la ville ou de la nation!

Afin d’imiter et de se rapprocher de Jésus qui est d’une unicité et d’une beauté totale, nous avons besoin de cette qualité de magnanimité dans nos cœurs et nos esprits. L’envie est à la fois le contraire et l’ennemi de la magnanimité. L’envie est un défaut du caractère humain qui est incapable de reconnaître  la beauté et l’unicité de l’autre et lui refuse tout honneur. L’envie devient aveugle, car ses yeux sont « cloués ». Elle est en aveugle face à sa propre beauté et celle des autres. L’envie entraîne forcément certaines formes de violence de même que l’anéantissement de soi et des autres. Afin d’imiter et de se rapprocher de Jésus qui est d’une unicité et d’une beauté totale, on doit premièrement reconnaître cette attitude de jalousie pour ensuite la chasser.

La magnanimité permet aux autres cette liberté afin que l’autre personne puisse se rendre à la hauteur  afin d’être à l’image de la beauté de Dieu. La magnanimité suscite en chacun un désir de témoigner en l’autre la plus grande satisfaction possible ainsi que le bonheur qui lui revient à juste titre! La magnanimité est capable de voir au-delà d’elle-même, elle peut accorder à l’autre ce qui correspond à un manque profond en nous-mêmes et elle nous permet peut-être même de nous réjouir de la bonté, de la grandeur et de la beauté de l’autre.

Prions ensemble pour que Jésus ne soit pas surpris de notre incroyance, mais plutôt qu’il se réjouisse de nos petits actes quotidiens de fidélité et nos services pour nos frères et sœurs.  Que le Seigneur nous accorde un cœur  magnanime afin que nous puissions voir au delà de nous-mêmes et que nous puissions reconnaître la bonté, la grandeur et la beauté des autres au lieu d’être jaloux de leurs dons. Seule la puissance de Dieu peut nous sauver du vide et de la pauvreté d’esprit, de la confusion, de l’erreur, de la peur de mourir et du désespoir. L’Évangile du salut est une « grande nouvelle » pour nous aujourd’hui.