« Mère et tête de toutes les églises de la terre »

Lateran-cropped

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour la Fête de la dédicace de la Basilique Saint-Jean Latran, 9 Novembre 2017

Ézéchiel 47,1-2.8-9.12
1 Corinthiens 3,9b-11.16-17
Jean 2,13-22

Aujourd’hui nous célébrons la fête de la dédicace de la Basilique Saint Jean Latran à Rome, reconnue comme «  la Mère et la tête de toutes les églises de la terre  » parce qu’elle était originellement la résidence du Pape. On trouve, en effet, sur la façade de la Basilique une inscription riche de sens qui dit Sacrosancta Lateranensis ecclesia omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput – «  Très Sainte Église du Latran, de toutes les églises de la ville et du monde, tu es la tête et la Mère  ». Elle fut construite par l’empereur Constantin au début du IVième  siècle après Jésus-Christ et sa dédicace fut célébrée le 9 novembre 324 par le pape Sylvestre. L’anniversaire de la dédicace de cette église est observé depuis le 12e siècle. Cette fête est très particulière parce que la première année sainte fut proclamée dans cette église en 1300.

Au tout début, cette magnifique église s’appelait Basilique du Sauveur mais plus tard, elle fut dédiée à Saint Jean Baptiste et Saint Jean l’évangéliste et ainsi, prit le nom de Basilique Saint Jean Latran. Lorsque la papauté se transporta à Avignon durant un siècle, la condition de la Basilique du Latran se détériora au point où lorsque la papauté retourna à Rome, le Pape ne pouvait plus y habiter. Il habita donc dans deux autres endroits avant de s’établir définitivement à la Basilique Saint-Pierre où il vit toujours.

Au cours de l’histoire, Saint Jean Latran a souffert autant de destructions et de reconstructions que la papauté a subi de désastres et de résurgences. Détruite par Alarix en 408 et Genseric en 455, elle fut reconstruite par le pape Léon le Grand (440-461) et des siècles plus tard par le pape Hadrien 1er (772-795). La Basilique fut presque entièrement détruite par un tremblement de terre en 896 et fut, encore une fois, reconstruite, cette fois, par le pape Serge III (904-911). Plus tard, l’église fut endommagée par un incendie en 1308 et en 1360. Lorsque les Papes revinrent de leur séjour à Avignon en France (1304-1377), ils trouvèrent leur basilique et palais dans un tel état qu’ils décidèrent de s’installer au Vatican, tout près de la Basilique Saint-Pierre (construite également par Constantin et qui avait surtout servi comme sanctuaire pour les pèlerins).

Plusieurs reliques importantes se trouvent à l’intérieur de la basilique du Latran. On croit que l’autel en bois sur lequel Saint Pierre a célébré la Messe lorsqu’il était à Rome se trouve dans le maître autel. On pensait, autrefois, que les têtes de Saint Pierre et Saint Paul étaient, à l’intérieur des bustes se trouvant au dessus du maître autel. On dit aussi, qu’une partie de la table de la dernière scène serait derrière la représentation en bronze de cette dernière. À une certaine époque, les Escaliers saints, qui se trouvent aujourd’hui tout près du bâtiment, étaient aussi à l’intérieur du Latran. Il s’agit des escaliers de la maison de Ponce Pilate sur lesquels Jésus aurait marché durant son procès. C’est un escalier de marbre qui est aujourd’hui recouvert d’une protection en bois. Les pèlerins montent les escaliers sur les genoux en contemplant la passion de Jésus. En haut de l’escalier, on peut apercevoir des goutes de sang sur le marbre sous une vitre protectrice. Les escaliers furent apportés à Rome par la mère de Constantin, Sainte-Hélène.

Plusieurs événements historiques ont eu lieu à Saint Jean Latran. En effet, cinq conciles œcuméniques et de nombreux synodes diocésains eurent lieu dans cette basilique. En 1929, furent signées entre les autorités italiennes et le Saint-Siège les accords du Latran qui établissent le territoire et les statuts de l’État du Vatican.

Revenons à la fête. Il y a deux dimensions à cette fête. D’abord,  il s’agit de la célébration d’un bâtiment qui est l’église mère de toute la chrétienté. Ce jour-là, nous tournons nos esprits et nos cœurs vers l’unité et l’amour de toute l’Église qui exprime sa fidélité en celui qui chausse les souliers de Saint Pierre  : le Pape.

Il s’agit aussi de la fête du Peuple de Dieu qui forme l’Église. Le Concile Vatican II nous aide à diriger notre attention sur le mystère de l’Église qui est le signe de l’unité et l’instrument de la paix du Christ sur la terre.

L’évangile de Jean

L’évangile de saint Jean de la fête de la dédicace raconte l’épisode où Jésus a chassé les vendeurs du temple. Ce récit semble quelque peu hors contexte comme lecture de la fête de la dédicace de la Mère église de Rome. Ce récit de Jésus nettoyant le temple fait contraste avec l’autre récit racontant le même événement dans un autre évangile. En effet, dans les évangiles synoptiques, la même scène prend place à la fin de la procession du dimanche des rameaux dans la cité sainte.

Alors que le peuple criait d’une voix triomphante, Jésus entra dans le lieu où se trouvait le temple. Mais cette fois, ce n’était pas pour rendre hommage mais pour mettre au défi les chefs du temple. Il renversa les tables des marchands où se trouvaient les oiseaux et les animaux à offrir en sacrifice. C’était un moment «  électrisant  ». Il cita les Écritures  : Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations  ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits.  » (Mc 11, 17  ; Isaïe 56, 6-7, Jérémie 7, 11).

Jean a utilisé cet incident pour donner un sens à tout le ministère de Jésus et il est le seul des évangélistes à faire le lien entre le nettoyage du temple à Jérusalem et la prédiction de sa destruction. Cette destruction symbolisait la fin de l’ancienne Alliance et de ses formes cultuelles. De fait, Jean affirme que Jésus parlait de la destructions de son propre corps et non du temple en tant que bâtiment. Le nouveau temple allait être son corps ressuscité. Dans la nouvelle Alliance, le vrai culte serait «  par lui avec lui et en lui  ». Le récit de Jean sur les marchands du temple est provocateur pour plusieurs raisons.

Dans le quatrième évangile, Jésus cite le psaume 68,10  : «  L’amour de ta maison m’a perdu ; on t’insulte, et l’insulte retombe sur moi ». J’ai préféré traduire ce verset par  : «  Je suis rempli d’un amour brûlant pour ta maison  ». Le temple n’était pas un centre commercial mais la maison de son Père. Comme les prophètes avant lui, Jésus a essayé de réveiller le cœur des siens. Leur prière devait venir de leur cœur. Leur sacrifice, bien que bon et vrai, ne pouvait se substituer à la justice.   

Le Messie allait purifier le culte d’Israël. Jean va cependant au-delà en suggérant un changement encore plus radical  : l’adoration d’Israël ne serait pas seulement purifiée, elle serait aussi remplacée. La présence de Dieu en Israël allait être remplacée par la présence de Dieu dans le temple qu’est le corps de Jésus. Les actions et les mots surprenants de Jésus dans le temple ont pris une nouvelle signification dans les générations de chrétiens qui allaient suivre.

Un aspect intriguant de cette histoire est le portrait d’un Jésus en colère alors qu’il nettoyait  le temple. Ces images provocantes peuvent porter deux interprétations extrêmes et modifier l’image du Dieu Messie. Certaines personnes cherchent à transformer le portrait d’un Christ qui leur apparaît plutôt passif en un révolutionnaire furieux. D’autres tendent à effacer toutes les qualités humaines de Jésus en en faisant un personnage doux et fade qui ne dérangerait personne.

Cependant, ces deux vieilles erreurs ne doivent pas justifier un nouvel extrémisme. Jésus n’était pas exclusivement, ni principalement, orienté vers des réformes sociales. Jésus était rempli d’une profonde dévotion et d’un extrême amour pour son Père et pour les affaires de son Père. Ses disciples reconnurent en Jésus une personne passionnée, une figure qui était engagée et qui était prête à perdre sa vie pour la vérité et la fidélité.

Sommes-nous tombés dans l’un de ces extrêmes dans notre compréhension et notre relation avec Jésus ? Sommes-nous passionnés pour tout ce qu’il y a dans nos vies aujourd’hui ? Sommes-nous sur la bonne voie ? Sommes-nous remplis d’un amour profond et brûlant pour les affaires de Dieu et de son Fils, Jésus?

En cette fête de la dédicace de la cathédrale de l’évêque de Rome, prions pour renforcer notre communion entre nous et avec tout le peuple de Dieu présent sur la terre. Que le Seigneur purifie le sanctuaire de nos cœurs et qu’il nous construise comme des pierres vivantes de son temple saint. Que nous soyons remplis d’un zèle qui nous consume pour la maison du Seigneur, notre Église et nos églises. Que notre communion avec l’Église de Rome nous confirme comme église vivante, aimante. Un lieu où tous ceux qui cherchent la face de Dieu peuvent être accueillis.

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