Marie, demeure de l’Humanité et de la Divinité

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Réflexion biblique pour la Solennité de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie

Chaque année c’est le 15 août qui est la Solennité de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie. Je voudrais partager quelques réflexions sur la signification historique et pastorale de cette fête importante et de sa pertinence dans notre vie. L’Assomption de Marie, Mère du Seigneur, dans les cieux est un signe de consolation pour notre foi. En contemplant, enlevée au ciel, entourée d’anges en jubilation, la vie humaine s’ouvre à la dimension de la joie éternelle. Notre propre mort n’est pas la fin mais plutôt le passage à la vie éternelle.

Lien à l’Immaculée Conception

Pour les chrétiens catholiques, la croyance en l’Assomption de Marie émane de notre croyance et de notre compréhension de l’Immaculée Conception de Marie. Nous croyons que Marie a été épargnée du péché originel par la grâce de Dieu, elle ne vivra sûrement pas les conséquences du péché et de la mort comme nous les connaissons. Nous croyons que c’est grâce à l’obéissance et à la fidélité de la Vierge Marie, qu’à la fin de sa vie terrestre, elle fut élevée assumée corps et âme dans la gloire céleste.

Aperçu historique de la Fête

Au cours de plusieurs siècles de l’époque paléochrétienne, l’Église ne fait pas mention de l’Assomption corporelle de Marie. Irénée, Jérôme, Augustin, Ambroise et les autres patriarches de l’Église n’en mentionnent rien non plus. En 377 apr. J.-C. Épiphane, Père de l’Église, déclarait que personne ne connait la fin de la vie de Marie.

La Fête de l’Assomption était fêtée en Syrie déjà dès le Vème siècle. Aux Vème et VIème siècles, les évangiles apocryphes témoignaient de la réticence de l’Église d’accepter le fait que le corps de la Mère de Dieu doit reposer dans un tombeau. Au VIème siècle, on célébrait la Fête de l’Assomption à Jérusalem et peut-être même en Alexandrie. La première référence écrite « authentique » à l’Assomption provient des auteurs qui vivaient durant le VIème et jusqu’au VIIIème siècle. Parmi les sermons qui en font mention celui de St. André, St. Jean Damascène, St. Modeste de Jérusalem. En Occident, c’est St. Grégoire qui en fait la première référence. St. Grégoire vivait au cours du VIème siècle, alors que St. Jean Damascène vivait au VIIIème siècle.

En Espagne on célébrait la Fête de l’Assomption au IXème siècle. Du Xème aux XIIème siècles, il n’y avait aucun doute concernant la célébration de ladite fête dans l’Église occidentale. Au XIème siècle, on célébrait cette fête dans la ville de Rome ainsi qu’en France.

Du XIIIème siècle jusqu’à aujourd’hui, la croyance en l’Assomption de Marie est incontestée à travers l’Église universelle. En 1950, le pape Pie XII enseignait l’infaillibilité [Munificentissimus Deus]: “Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste.”

Assomption ou Dormition ?

La fête catholique de l’Assomption est célébrée le 15 août.  Aux alentours de cette date les orthodoxes ainsi que les catholiques de l’Occident/Orient fêtent la Dormition de la Théotokos (lorsque la Mère de Dieu est tombée dans le sommeil). Les chrétiens orthodoxes croient que la mort de Marie était naturelle, que son âme a été reçue par le Christ lors de sa mort, que son corps est ressuscité au troisième jour après sa mort et que son corps a été transporté au ciel en anticipant la résurrection générale. On a découvert que sa tombe était vide le troisième jour. [Vous pouvez visiter la tombe orthodoxe de la Vierge Marie à Jérusalem. Elle est située à côté de l’Eglise de Toutes-les-Nations et du Jardin de Gethsémani.]

Marie: signe de l’avènement du Royaume

En présentant le « grand signe » de la « femme vêtue de soleil », la première lecture du livre de l’Apocalypse [11, 19a ; 12, 1-6a, 10] raconte qu’elle « était enceinte et criait, torturée par les douleurs de l’enfantement» [12, 2]. Tout comme le Christ ressuscité qui est monté au ciel garde toujours dans son corps les stigmates de sa mort rédemptrice, Marie emporte avec elle dans l’éternité « les douleurs de l’enfantement » [12, 2]. On peut dire que Marie, la Nouvelle Eve, continue de nous enfanter le nouvel homme de génération en génération, « crée à l’image de Dieu dans la vraie vertu et la sainteté » [Éph. 4, 24]. C’est l’image eschatologique de l’Eglise, qui est présente et active dans la Vierge Marie.

À moins que le Christ ne soit ressuscité ?

Dans la deuxième lecture à l’occasion de la fête d’aujourd’hui [1 Cor 15, 20-27], St. Paul aborde un problème entre les Corinthiens : leur dénégation de la résurrection des morts [v12], apparemment à cause de leur incapacité d’imaginer que n’importe quelle forme d’existence physique puisse exister après la mort [v35]. Paul affirme la corporéité essentielle de la résurrection ainsi que son orientation future. Sa réponse passe par trois étapes : en rappel du kérygme fondamental sur la résurrection de Jésus [II Cor 15, 1-11], une assertion des inconsistances logiques impliquées dans le reniement de la résurrection [vv12-34], et la tentative de percevoir théologiquement ce que devraient être les propriétés de la résurrection du corps [vv35-58].

La dénégation de la résurrection [15, 12]  entraine des incohérences logiques. Selon l’incohérence fondamentale, mentionnée deux fois [15, 13, 16], il n’existe guère de résurrection (corporelle), alors elle n’a pas eu lieu même dans le cas de Jésus. Les conséquences pour les Corinthiens sont graves : le pardon ainsi que le salut sont une illusion, en dépit de leur conviction de ces deux derniers. A moins que le Christ ne soit ressuscité, leur foi ne sauve pas.

La victoire définitive du Christ sur la mort, lui qui s’est incarné à cause du péché d’Adam, sa lumière jaillit en Marie, assumée à la fin de sa vie terrestre. C’était le Christ, le « nouvel Adam », qui conquit la mort, en se sacrifiant sur le Calvaire par amour et obéissance pour le Père. C’est ainsi qu’il nous a rachetés de l’esclavage du péché et du mal. C’est dans le triomphe de Marie que l’Église contemple comme étant la vraie Mère de son Fils unique, en l’associant étroitement avec le plan salvifique de la Rédemption.

Vie issue d’entrailles stériles et de tombeaux vides

L’Évangile de la fête d’aujourd’hui [Luc 1,39-56] nous invite à faire part d’une histoire extraordinaire de deux femmes qui partagent leur foi, leur espérance et leur joie pendant qu’elles se préparaient pour être mères. C’est une occasion pour célébrer entre Elisabeth, vieille et stérile, et Marie, jeune fiancée vierge – une histoire sur la capacité de Dieu à donner la vie et à la soutenir. Notre Dieu fait jaillir la vie des entrailles stériles et des tombeaux vides. Le voyage de Marie au pays montagneux de Juda est aussi une manifestation de l’avènement du royaume. Marie est un modèle pour chacun de nous, et son Assomption dans le paradis nous rappelle qu’il y a de l’espérance pour vous et moi. Ce qui arrive à la fille Vierge de Nazareth à la fin de son pèlerinage terrestre arrivera à chacun de nous pourvu que nous soyons croyants et obéissants comme elle l’était.

Assumée dans le paradis, Marie nous montre le chemin vers Dieu, le chemin ver la Vie. Elle le montre à ses enfants baptisés dans le Christ et à toutes les personnes de bonne volonté. Elle ouvre cette voie spécialement aux enfants et aux pauvres, à ceux qui s’ouvrent à la miséricorde divine. La Reine du monde révèle aux individus et aux nations le pouvoir de l’amour de Dieu dont le dessein contrarie celui des orgueilleux, détrône les puissants, exalte les humbles, et rassasie les affamés, et renvoie les riches avec les mains vides [Luc 1, 51-53].

Triptyque Marial

Nous célébrons trois grands moments dans la vie de Marie sachant qu’ils représentent l’ensemble de nos vies. Lorsque qu’en1854 le pape Pie IX proclamait le dogme de l’Immaculée Conception dans la Bulle « Ineffabilis » il se référait explicitement à l’histoire biblique de l’Annonciation dans l’Évangile de Luc. La salutation de l’Ange Gabriel, « Je vous salue Marie, pleine de grâce, » dénote la reconnaissance que Marie devrait être toujours épargnée du péché. Dieu était présent et en mouvement dans la vie de Marie dès les premiers moments. La grâce de Dieu est plus puissante que le péché, elle vainc le péché et la mort. À travers son Immaculée Conception, Marie a été appelée pour accomplir une mission spéciale.

Le deuxième moment de la vie de Marie est l’Incarnation. À travers la naissance virginale de Jésus il nous est rappelé que Dieu agit puissamment dans nos vies aussi. Notre réponse à ce mouvement doit être reconnaissance, gratitude, humilité, ouverture et accueil. A travers l’Incarnation, Marie a été douée de la Parole devenue Chair.

L’Église célèbre le voyage final de Marie dans la plénitude du Royaume de Dieu par le dogme de l’Assomption promulgué par Pie XII en 1950. Tout comme au commencement de sa vie, à la fin de sa vie Dieu a accompli toutes les promesses qu’il nous a données. Nous aussi allons être enlevés jusque dans le paradis comme elle le fut. En Marie nous avons une image du domaine de l’humanité et de la divinité. Dieu est, en effet, confortable en notre présence et nous en la Sienne. À travers son Assomption, Marie a été choisie pour occuper la place d’honneur dans la divinité.

Marie suis nos pas

Je conclus par ces réflexions sur l’Assomption de Marie avec les paroles touchantes du pape émérite Benoît XVI, prononcées lors de son Audience générale hebdomadaire à Castel Gandolfo, le 16 août, 2006 :

En contemplant Marie dans la gloire céleste, nous comprenons que pour nous aussi, la terre n’est pas la patrie définitive et que si nous vivons tournés vers les biens éternels, nous partagerons un jour sa gloire et la terre également deviendra plus belle. C’est pour cela que, même parmi les mille difficultés quotidiennes, nous ne devons pas perdre la sérénité, ni la paix. Le signe lumineux de l’Assomption de la Vierge au ciel resplendit encore plus lorsque semblent s’accumuler à l’horizon des ombres tristes de douleur et de violence. Nous en sommes certains: d’en haut, Marie suit nos pas avec une douce inquiétude, elle nous réconforte à l’heure des ténèbres et de la tempête, elle nous rassure de sa main maternelle. Soutenus par cette conscience, nous poursuivons avec confiance notre chemin d’engagement chrétien là où la Providence nous conduit.

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