Libérez les dons de l’Esprit !

Solennité de la Pentecôte – dimanche 20 mai 2018

La théologie chrétienne du Saint-Esprit est enracinée dans le judaïsme. Le terme Esprit est traduit par le mot hébreu (ruah) et même dans sa prononciation nous détectons le vent et la respiration de Dieu.  Le vent de Dieu, la respiration de Dieu sont des chemins qui se référent à la présence de Dieu. L’expression « Saint-Esprit » est utilisée seulement sept fois dans l’Ancien Testament, tandis que les termes « Esprit de Dieu » ou « Esprit du Seigneur » reviennent 67 fois dans les écritures hébraïques. Dans la première ligne du livre de la Genèse  1,1, l’Esprit de Dieu planait sur les premières eaux attendant le moment opportun de mettre de l’ordre dans ce chaos.

Jésus lui-même utilise l’image sensorielle du vent lors de sa conversation mystérieuse et nocturne avec Nicodème. Il parle au sujet de l’Esprit comme le vent qui souffle où il veut (cf. Jean 3). C’est aussi la première fonction de l’Esprit dans les Écritures : être la présence mystérieuse de Dieu dans l’histoire,  non réductible à la logique humaine ou terrestre.

La deuxième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est de mettre les choses en ordre. Le récit de la création de la Genèse (chapitre 1) révèle un Esprit descendant sur ce monde sans forme et sa descente produit le miracle de la création, la transformation du chaos en cosmos, du désordre en ordre, de l’anonymat en communauté.

La troisième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est donneuse de vie. Nous lisons dans Genèse 2,7: « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » Comme résultat de cette respiration divine, la créature humaine est transformée en un être vivant, pas pour être simplement une créature mais un partenaire fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, avec qui et à qui Dieu parle et confie la responsabilité pour le monde.

La quatrième fonction du Saint-Esprit est d’être guide. Nous lisons dans Isaïe 11 « sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et crainte du Seigneur. ». La crainte du Seigneur n’est pas quelque chose  qui fait peur aux personnes mais peut être comprise comme notre capacité de s’exclamer « wow! » « merveilleux! » devant l’œuvre et la création de Dieu.

La cinquième fonction de l’Esprit est de guérir, exprimée si puissamment dans la prophétie d’Ézéchiel, 36, 26-27: «Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements et vous y serez fidèles»  L’Esprit entre, recrée, restaure la santé et terrasse le péché.

La sixième fonction du Saint-Esprit est d’être le principe universel. Nous lisons dans Joël 3,1-2 : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, vos jeunes gens auront des visions. Même sur les serviteurs et les servantes, en ce temps-là je répandrai mon Esprit. » Le jour viendra où toute l’humanité sera vraiment possédée par l’Esprit et ce jour coïncidera avec l’ère messianique ardemment attendue dont parle le prophète. C’était ce principe qui a été le moteur de l’activité et le ministère de Jésus d’une manière remarquable.

La septième fonction du Saint-Esprit intervient à la fête de la Pentecôte quand les disciples furent remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler d’autres langues. La venue de l’Esprit Saint signale le début d’une mission dans le monde entier pour les chrétiens au-delà de leurs frontières géographiques d’Israël, d’abord d’Israël à Rome, et puis de Rome aux extrémités de la terre. C’est une mission qui surmonte les obstacles humains et a, pour force conductrice, l’Esprit. L’universalité du salut n’est pas apparue à l’humanité sans douleur ni confusion.

L’expérience catholique

Le Saint-Esprit rend l’expérience chrétienne vraiment catholique et universelle, ouverte à toute expérience humaine.  Être catholique c’est être universel et ouvert au monde. Pas seulement au Canada et en Amérique du Nord ou en Asie, ou dans une partie connue du monde ou à un certain milieu dans la société, mais c’est d’être ouvert à tous, à chaque personne.  L’esprit du Christ n’a pas l’intention d’avoir une mentalité sélective pour quelques-uns mais il a comme perspective le monde renouvelé et sauvé.  En effet, tout le Nouveau Testament peut être compris précisément comme l’émergence du fait catholique, de l’universel, dans la vie chrétienne. Si le christianisme n’était pas sorti de son lieu particulier et petit, il aurait été une simple modification de l’expérience juive, une nouvelle branche de la piété juive qui tournait toujours autour de Jérusalem et le retour d’un royaume d’Israël, au sens littéral du terme.  Les deux premières générations de chrétiens ont découvert que la chrétienté ne pouvait se limiter à cela. Parce qu’ils avaient reçu l’Esprit Saint, qui est le principe universel, leurs yeux s’ouvrirent et les poussa à porter la vérité chrétienne au-delà des frontières et à travers cette rencontre avec des non-Juifs qui avaient reçu le même Esprit.

Les artistes du Moyen Age ont souvent joué sur les contrastes de la Tour de Babel avec la «Tour» de la Chambre Haute. Babel symbolise les divisions des personnes causées par le péché. La Pentecôte représente l’espérance que les séparations ne sont pas une nécessité tragique.  La cacophonie de Babel n’est pas comparable avec l’unité sincère de la foule de la Pentecôte. Babel était  une foule disparate.  La Pentecôte était  une communauté. Un peuple sans Dieu a perdu la capacité de communiquer. Un peuple insufflé de l’Esprit parlait en cœur-à-cœur.

À la Pentecôte, le sens complet de la vie et du message de Jésus fut répandue dans nos cœurs par l’Esprit vivant dans la communauté. Le Nouveau Testament semble dire que – pour un très bref moment – les nations de la terre ont observé une pause dans leurs conflits habituels et fait l’expérience d’une communauté réunie par  Dieu. Ce bref moment de la Pentecôte nous illumine et continue de nous encourager jusqu’à ce jour.

L’Esprit Saint à la Journée Mondiale de la Jeunesse à Sydney

L’un des plus beaux et récents enseignements sur le Saint-Esprit fut celui prononcé durant la veillée de prière à la Journée Mondiale de la Jeunesse à Sydney en 2008. La veillée de prière du samedi 19 juillet soir à l’hippodrome de Randwick commença dans l’obscurité, illuminée progressivement par les torches portées par les danseurs sur le podium, représentant l’ouverture à l’Esprit Saint.

« Ce soir, nous fixons notre attention sur la manière de devenir des témoins. » C’est dans ces termes que Benoît XVI s’est adressé aux jeunes. « Vous savez déjà que notre témoignage de chrétien est offert à un monde qui, par beaucoup d’aspects, est fragile. L’unité de la création de Dieu est affaiblie par des blessures qui s’approfondissent quand les relations sociales se brisent ou quand l’esprit humain est presque totalement écrasé par l’exploitation ou l’abus des personnes. De fait, la société contemporaine subit un processus de fragmentation en raison d’un mode de pensée qui, par sa nature, a la vue courte, parce qu’il néglige l’horizon de la vérité – de la vérité concernant Dieu et nous concernant. En soi, le relativisme ne parvient pas à embrasser l’ensemble de la réalité. Il ignore les principes mêmes qui nous rendent capables de vivre et de grandir dans l’unité, l’ordre et l’harmonie. »

Benoît XVI continua:

« De telles tentatives pour bâtir l’unité, en fait, la minent ! Séparer l’Esprit saint du Christ présent dans la structure institutionnelle de l’Église compromettrait l’unité de la communauté chrétienne, qui est précisément un don de l’Esprit ! Cela trahirait la nature de l’Église en tant que Temple vivant de l’Esprit saint … Malheureusement, la tentation d’« aller de l’avant tout seul » persiste. Certains parlent de leur communauté locale comme d’une réalité séparée de la soi-disant Église institutionnelle, décrivant la première comme souple et ouverte à l’Esprit, et la seconde comme rigide et privée de l’Esprit.

« Invoquons l’Esprit saint : c’est lui l’artisan des œuvres de Dieu. Laissez-vous façonner par ses dons ! Comme l’Église accomplit le même voyage avec l’humanité tout entière, de même, vous aussi, soyez appelés à exercer les dons de l’Esprit parmi les vicissitudes de la vie quotidienne. Faites en sorte que votre foi mûrisse à travers vos études, le travail, le sport, la musique, l’art. Faites en sorte qu’elle soit soutenue par la prière et nourrie par les Sacrements… En réalité, la vie ne consiste pas simplement à accumuler, et elle est bien plus que le succès. Être vraiment vivants c’est être transformés intérieurement, c’est être ouverts à la force de l’amour de Dieu. En accueillant la puissance du Saint-Esprit, vous pouvez vous aussi transformer vos familles, les communautés, les nations. Libérez ces dons ! Faites en sorte que la sagesse, l’intelligence, la force morale, la science et la piété soient les signes de votre grandeur ! »

Viens Esprit Saint!

Nous lisons dans les Évangiles “Celui que le Père vous enverra en mon nom vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit »
Jean 14, 26. Cette action de se souvenir est prescrite très clairement dans le Catéchisme de l’Église Catholique (no 1099) « L’Esprit saint est la mémoire vivante de l’Église ».  En cette solennité et naissance de l’Église, prions pour recevoir le don de la mémoire et du courage pour passer du mystère puissant de la Chambre Haute à la réalité de la vie quotidienne.

Viens Esprit saint remplir les cœurs de tes fidèles
et allume en nous le feu de ton amour !
Seigneur, envoie-nous ton Esprit,
qu’il renouvelle la face de la terre….
la face de notre Église, la face de nos communautés,
nos propres faces, nos propres cœurs. Amen.