Le témoignage courageux des deux veuves

Trente-deuxième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 11 novembre 2018

La lecture de l’Ancien Testament de ce dimanche tirée du Livre des Rois 17,10-16 et l’évangile de Marc 12, 38-44 nous présentent deux veuves remarquables qui nous impressionnent par leur conviction, leur générosité et leur foi. Elles nous obligent à réexaminer notre compréhension du pauvre et de la pauvreté et de regarder nos propres manières d’être généreux avec les autres. J’aimerais vous offrir quelques réflexions à partir des récits de ces deux figures bibliques et ensuite appliquer leur exemple dans nos propres vies, à travers les lunettes de l’encyclique « La Charité dans la Vérité » du pape Benoît XVI.

Élie et la veuve de Sarepta

Lorsque je lis les histoires du cycle d’Élie et Élysée dans les premiers et seconds livres des Rois, je rends grâce pour l’un de mes professeurs de l’Institut biblique pontifical à Rome, le père Stephen Pisano, sj, qui enseignait le meilleur cours que j’ai eu sur l’Ancien Testament : « L’Homme de Dieu dans les livres des Rois ». Dieu sait le nombre de fois que j’ai relu ces notes et apprécié à nouveau les histoires d’Élie et de son disciple Élisée et leurs efforts pour faire connaître et aimer la Parole de Dieu sur la terre d’Israël!

Dans le premier livre des Rois 17, 8-16, Dieu ne cesse de mettre à l’épreuve le prophète Elie. Bien que le passage du lectionnaire d’aujourd’hui commence au verset 10, il importe de revenir au verset 8 pour bien comprendre le sens du texte. Au verset 8, nous lisons : « La Parole du Seigneur lui fut adressée : ‘Lève-toi, va à Sarepta qui appartient à Sidon, tu y habiteras : j’ai ordonné là-bas à une femme, à une veuve, de te ravitailler. » Elie ne se met en marche qu’après avoir reçu l’ordre de Dieu. Il est essentiel d’être en communication avec Dieu en écoutant Sa Parole avant de partir en mission. Ensuite il est dit à Elie d’aller à Sarepta.(v.9), qui fait partie de Sidon. Le verset 9 contient trois commandements: “Lève-toi”, “Va” et “Reste”. Le prophète subira une épreuve sur chacun de ces commandements à travers la foi, la vérité et l’obéissance, la disponibilité et l’engagement. Lorsque il est dit à Elie « Lève-toi » la démarche exigée est non seulement physique, elle est aussi spirituelle. Pour Elie, suivre le Seigneur dans l’obéissance résulte de son propre réveil spirituel.

Le deuxième commandement “ va à Sarepta ” évoque l’idée du voyage, comportant les risques, les épreuves et les dangers. Elie est envoyé à une place spécifique, Sarepta, qui signifie «lieu de fusion et d’épreuve ». De plus, Sarepta était sur la terre de Sidon, qui appartenait à la méchante Jézabel. Elie n’est pas envoyé au Club Med !

Le troisième commandement « Reste » le mit au défi par rapport à son engagement véritable en tant qu’homme de Dieu qui cherche simplement à servir le Seigneur. La nourriture d’Elie lui viendra d’une pauvre veuve, déchue et dépressive, préoccupée à survivre au milieu d’une nation païenne, Sidon, qui représente le camp clairement opposé au Dieu d’Israël.

Elie rencontre sa bienfaitrice, qui ne vit pas dans une grande maison ou elle partage son surplus avec les prophètes itinérants, mais plutôt aux portes de la ville, ramassant quelques branches car elle n’a rien pour cuire ne serait-ce qu’un maigre repas.

Le Dieu qui commande aux corbeaux et qui prend soin d’Elie dans le désert (1 Rois 17, 1-7), fut le même Dieu qui exige de la veuve qu’elle nourrisse le prophète. A Sarepta, la femme pauvre a écouté la demande d’Elie et il est advenu ce qui était promis selon la Parole du Seigneur. Elle a vu la puissance de Dieu : la veuve, son fils et Elie ont tous été soutenus.

Quelles leçons pouvons nous tirer de ce passage ? Grâce à la générosité d’une pauvre femme et de sa bonté, de la foi d’Elie, Dieu a renforcé la foi du prophète, renouvelle son élan missionnaire, en même temps qu’il a réconforté la veuve et son fils. Le Seigneur Dieu pourvoira pour nous, au-delà des apparences de faiblesse, d’échec et de peur. Dieu agira toujours beaucoup plus que nous ne pouvons demander ou imaginer.

Jésus et la veuve du temple

Dans le passage de l’évangile très connu de ce dimanche (Marc 12, 38-44), Jésus rend grâces pour l’offrande de la femme pauvre et affirme que le critère pour mesurer les dons n’est pas selon ce que nous donnons aux œuvres de Dieu ou combien nous mettons dans la corbeille, mais combien nous avons gardé pour nous-mêmes. Ceux qui donnent de leur surplus auront encore en abondance.

Jésus est-il en train d’exalter cette femme parce qu’elle a vidé son compte en banque pour le temple? Idéalise-t-il les pauvres? J’ai déjà rencontré des gens qui rêvaient de tirer d’affaire les pauvres, les affamés et les itinérants. Je ne connais personne qui rêve de vivre sur le Bien Etre Social ou qui aime faire les poubelles et est fier de ne pas pouvoir payer les factures d’électricité et d’eau durant les rudes hivers canadiens.

La femme de ce récit provocateur était pauvre parce qu’elle était veuve. Son sort dépendait complètement des hommes de sa famille. Être veuve signifiait non seulement perdre le statut d’épouse mais plus tragiquement, perdre la personne dont vous dépendiez totalement. Les veuves étaient forcées de vivre de la générosité des hommes de leur famille et de quiconque dans la communauté qui pouvait pourvoir à leurs besoins.

Les deux pièces de cette femme étaient toute sa fortune. Lorsque quelqu’un a si peu, une pièce ou deux ne vont pas changer sa situation sociale. Avec ou sans les pièces, la veuve était toujours dépendante. Elle n’avait aucun statut dans la vie. Elle était totalement dépendante de la grâce de Dieu, toutefois, elle était aussi riche de la miséricorde de Dieu.

Jésus ne condamne jamais le riche mais il dit simplement qu’il lui sera difficile d’entrer dans le royaume. La question n’est pas de savoir combien d’argent il y a dans les comptes en banque mais plutôt à quoi cet argent est-il destiné? Cet argent va-t-il être utilisé pour aider les autres, pour rendre le monde meilleur? Sera-t-il donné pour nourrir, vêtir et prendre soin des sans-abris et des pauvres sans statut? Sera-t-il utilisé pour bâtir une culture de vie? Le sens de nos vies est-il d’avoir de l’argent ou de dépendre de Dieu qui nous fait vraiment riches? Nous comportons-nous comme des propriétaires ou vivons-nous comme des serviteurs?

La veuve a donné ses seuls signes d’indépendance dans la corbeille, mais elle a maintenu son entière dépendance en Dieu et en son voisin. Son exemple de foi est enracine dans l’amour de Dieu : son amour pour Dieu et l’amour de Dieu pour elle. Elle fut une servante et non une propriétaire de ses maigres possessions. Cette pauvre veuve nous apprend cette dépendance, qui loin de nous opprimer et de nous déprimer, peut réellement nous conduire a une vie vécue dans une joie et une profonde gratitude.

Quatre brève section de l’encyclique ‘Caritas in Veritate’ de Benoît XVI méritent une réflexion attentive de notre part au cours de la semaine qui vient.

1. Jésus Christ purifie et libère de nos pauvretés humaines la recherche de l’amour et de la vérité et il nous révèle en plénitude l’initiative d’amour ainsi que le projet de la vie vraie que Dieu a préparée pour nous. Dans le Christ, l’amour dans la vérité devient le Visage de sa Personne. C’est notre vocation d’aimer nos frères dans la vérité de son dessein. Lui-même, en effet, est la Vérité (cf. Jn 14, 6).

23. Sortir du retard économique, fait en soi positif, ne résout pas la problématique complexe de la promotion de l’homme, ni pour les pays bénéficiaires de ces avancées, ni pour les pays déjà économiquement développés, ni non plus pour ceux qui restent pauvres; ceux-ci peuvent également souffrir, en dehors des anciennes formes d’exploitation, des conséquences néfastes provenant d’une croissance marquée par des dévoiements et des déséquilibres.

42. Pendant longtemps, on a pensé que les peuples pauvres devaient demeurer fixés à un stade préétabli de développement et devaient se contenter de la philanthropie des peuples développés. Dans Populorum progression Paul VIa pris position contre cette mentalité. Aujourd’hui les ressources matérielles utilisables pour faire sortir ces peuples de la misère sont théoriquement plus importantes qu’autrefois, mais ce sont les peuples des pays développés eux-mêmes qui ont fini par en profiter, eux qui ont pu mieux exploiter le processus de libéralisation des mouvements de capitaux et du travail. La diffusion du bien-être à l’échelle mondiale ne doit donc pas être freinée par des projets égoïstes, protectionnistes ou dictés par des intérêts particuliers.

75. Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l’opulence, le monde riche risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaître l’humain. Dieu révèle l’homme à l’homme; la raison et la foi collaborent pour lui montrer le bien, à condition qu’il veuille bien le voir; la loi naturelle, dans laquelle resplendit la Raison créatrice, montre la grandeur de l’homme, mais aussi sa misère, quand il méconnaît l’appel de la vérité morale.