Le silence et le courage des témoins de la résurrection

Dimanche de Pâques – 1 avril 2018

Pâques est la promesse que la mort nous visitera tous. Mais plus important encore, c’est l’assurance que la mort n’est pas le dernier mot. La résurrection de Jésus nous amène à se rappeler, des plus sombres moments de chagrin ou plus petits défis quotidien, combien Dieu nous réconforte et nous donne la force de persévérer. Le mystère de Pâques nous donne une nouvelle identité et un nouveau nom: nous sommes sauvés, racheté, renouvelés, nous sommes chrétiens, et nous n’avons plus besoin d’avoir peur ou de désespérer.

À travers les lectures prenantes des Écritures de ce Triduum (spécialement les Évangiles de la Veillée Pascale et du matin de Pâques), nous observons ce que signifie la résurrection. Mais comment pouvons-nous donner expression à la conquête de la mort et l’abîme de l’enfer? Nous devons honnêtement admettre qu’il n’y a pas de mots. Nous nous tournons donc vers l’expérience des femmes au tombeau du récit de Marc de la résurrection et du témoignage de Marie-Madeleine, témoin du Christ Vivant, pour trouver des images et des mots pour décrire ce qui est arrivé.

Le silence des femmes

L’Évangile de Marc pour la Veillée Pascale (16, 1-8) nous laisse perplexe. Nous lisons qu’après avoir découvert que le tombeau de Jésus était ouvert et vide, puis entendu le message angélique de la résurrection et d’une rencontre future avec Lui en Galilée, les femmes « sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »

Est-ce possible que les Évangiles de Marc se terminent vraiment avec 16, 8? Les premiers compilateurs bibliques chrétiens, confus par une telle fin, offrirent deux autres fins plus conventionnelles à l’Évangile; la plus longue d’entre elles est imprimée dans la plupart des bibles comme Marc 16, 9-20. Néanmoins, la question demeure: Que pouvons nous dire à propos d’un récit de la résurrection où Jésus Vivant n’apparaît jamais? Comment Marc est si différent du chef-d’œuvre du chapitre de Luc sur la résurrection (24) ou des portraits très développés par Jean des premiers témoins de la résurrection (20-21)?

Plutôt que de rejeter l’étrangeté de la fin de l’Évangile de Marc, réfléchissons avec soin sur ce qu’elle nous offre. Premièrement, nous n’avons jamais vu le Christ Vivant en personne. Nous voici plutôt devant une scène intrigante: il est tôt le matin, il fait encore sombre, et les femmes arrivent au tombeau pour une mission presque impossible. Le tombeau est déjà ouvert et elles sont accueillies par quelqu’un venu du Ciel qui leur commande « …allez dire aux disciples et à Pierre “Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »

La peur et le tremblement accompagnant les femmes les empêchent de dire à personnes ce qu’elles ont vu. De quoi ont-elles peur? En restant silencieuses, est-ce qu’elles désobéissent au message de l’ange « Allez dire… » ? Que devons-nous comprendre du silence de ces femmes?

Le récit de la résurrection de Marc contient un énoncé initial, sommaire des enseignements de l’Église dans l’Évangile: « Ne vous effrayez pas. » (16, 6). On demande au lecteur d’abandonner toutes peurs. Deuxièmement, on dit au lecteur: « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié: il est ressuscité, il n’est pas ici; voyez l’endroit où on l’avait déposé. » (16, 6).

La crucifixion du Seigneur Jésus n’était pas le moment final, définitif de sa vie. Comme chrétiens, notre foi n’est pas basée sur un homme crucifié et mort ou sur un tombeau vide, mais sur un Seigneur bien Vivant qui habite au milieu de nous avec une toute nouvelle présence. « Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. » (16, 7). Le message de la résurrection nous est donné. L’événement est simplement trop grand pour être présenté dans de simples mots!

Le récit de la résurrection de Marc est construit pour nous déranger – pour défaire la voie facile qui nous fait oublier que l’appel aux disciples et l’appel de la croix. À travers l’Évangile tout entière, nous sommes invités à regarder nos vies sous l’ombre de la croix.

Les femmes vont au tombeau, attirées inconsciemment par le puissant et invitant mystère de Dieu qui leur sera révélé bientôt. Elles s’enfuirent loin du tombeau ( 16, 8 ) bouleversées par le formidable message de la résurrection de Jésus. Face à cette plutôt incroyable nouvelle de la résurrection de Jésus crucifié, la fuite silencieuse et craintive des femmes est non seulement compréhensible, mais aussi très approprié.

N’est pas la même chose pour vous et moi? Quand faisant face à la fascinante puissance de Dieu à l’ouvrage dans nos vies, ramenant à la vie ces parties mortes de nos existences and restituant nos espoirs anéantis et nos esprits torturés, une réponse de silence et de peur, d’émerveillement et d’étonnement est aussi compréhensible, et à certains moments appropriés, même pour nous.

Le témoignage de Marie-Madeleine

Marie-Madeleine, Marie de Béthanie (sœur de Marthe et Lazare), et cette femme pénitente sans nom qui parfuma les pieds de Jésus (Luc 7, 36-48) sont parfois identifiées par certains comme étant la même femme. De là et de la déclaration que Jésus avait sorti hors de Marie Madeleine sept démons (Luc 8, 2), est venu la tradition que Marie-Madeleine avait été une prostituée. Mais en réalité, nous ne savons rien de ses péchés ou de ses faiblesses. Ils auraient pu être un désordre physique inexplicable, une maladie mentale ou n’importe quoi qui aurait pu mettre en danger son intégrité de l’esprit ou du corps.

Marie-Madeleine est mentionnée dans les Évangiles comme étant la galiléenne qui suivit Jésus et Ses disciples, le servit, et qui, selon chacun des évangélistes, fut présente à Sa crucifixion et Son enterrement, et alla au tombeau le dimanche de Pâques pour parfumer Son corps.

Jésus vivait dans une société androcentriste. Les femmes étaient des propriétés, premièrement de leur père, puis de leur mari; elles n’avaient pas le droit de témoigner, elles ne pouvaient pas étudier la Torah. Dans cette atmosphère restrictive, Jésus agit sans animosité, acceptant les femmes, les honorant, les respectant, et en chérissant leur amitié. Il voyagea avec elles, les touchant et les guérissant, les aimant et les laissant l’aimer.

Dans notre Évangile du dimanche de Pâques (Jean 20, 1-18), nous regardons une nouvelle fois cette scène d’un tôt matin où la tristesse règne alors que Marie-Madeleine pleure incontrôlablement à la tombe de son ami Jésus. Nous entendons de nouveau cette conversation: « Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? » « Seigneur, si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis, et j’irai le prendre. Jésus dit lui dit, « Marie! » Elle se tourna et Lui dit en hébreu, « Rabbouni! » – ce qui signifie maître. » « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » Marie-Madeleine alla annoucer aux disciples, « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. » (Jean 20, 15-18)

À cause de son incroyable message et mission, Marie-Madeleine était appelée avec raison « Apostola Apostolorum » (Apôtre des apôtres) chez les premiers chrétiens, parce qu’elle avait été la première à voir le Seigneur Vivant et à annoncer Sa Résurrection aux autres apôtres.

Pour Jésus, les femmes étaient les égales des hommes pour pouvoir pénétrer les grandes vérités religieuses, les vivre et les annoncer aux autres. Il n’y a pas de code secret à propos de cette histoire qui est encore une merveilleuse bonne nouvelle plus de 2 000 ans plus tard. Alléluia, Alléluia, Alléluia!