Le sens de la Sagesse chrétienne

Vingt-cinquième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 23 septembre 2018

Dans la première lecture d’aujourd’hui, l’image du juste du Livre de la Sagesse est fondée sur  le quatrième chant du Serviteur (Isaïe 52,13-52,12) ainsi qu’Isaïe 42,1 et le psaume 22,8. Bien que les rabbins de Palestine n’aient pas intégré le Livre de la Sagesse dans le canon, ces Écrits auraient néanmoins influencé  les auteurs du Nouveau Testament qui dressent une  image précise  de Jésus, c’est-à-dire celle du juste qui fut injustement condamné.

La première lecture d’aujourd’hui (Sg 2 ,12 et 17-20) peint un portrait des méchants qui veulent tendre un piège au juste. Une image qui risque de choquer les auditeurs.  D’autant plus que les actes et les pensées des méchants sont froides et délibérées: « Voyons si ses paroles sont vraies, regardons où il aboutira. Si ce juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et le délivrera de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un veillera sur lui.» (2, 17-20)

On attaque le juste puisque  son mode de vie réprouve celui des méchants : «il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu» (2,12).  On reconnaît  la fidélité du juste. Ainsi, la communauté qu’il partage avec Dieu n’est pas la cause de sa mort. Le juste, caractérisé par sa douceur et patience, est mis à l’épreuve, persécuté et même tué par les méchants, pleins d’assurance. Ils veulent à tout prix persécuter le juste, car sa vie et ses paroles mettent leurs faiblesses en évidence (2,12-16) et ils sont déterminés à éprouver les affirmations du juste (vv. 17-20). Par ses méfaits, les méchants suscitent la mort.

Qui est sage parmi nous?

Au début de la Lettre de St-Jacques (ch.3), la question suivante suscite la discussion: « Y a-t-il parmi vous un homme de sagesse et d’expérience? » Autrement dit, comment perçoit-on la sagesse? Le passage de Jacques 3,13-4,3 présente  les signes de sagesse, celle de Dieu et également, les autres types de la sagesse qui sont « terrestre, purement humaine, diabolique » (3,17). Dans 4,14, St-Jacques énonce une dichotomie prononcée entre le sage et son contraire, il décrit le sage comme étant ennemi du monde terrestre et l’autre comme étant «ennemi de Dieu» (4,4). « Au contraire, la sagesse qui vient de Dieu est d’abord droiture, et par la suite elle est paix, tolérance, compréhension ; elle est pleine de miséricorde et féconde en bienfaits, sans partialité et sans hypocrisie. » (3,17)

L’association des divers  vices et vertus  aux différentes sagesses s’accentue dans 4,1-3 lorsque l’auteur aborde la problématique des conflits internes. Quand les motifs et les comportements  s’opposent, il est évident que la sagesse est absente. L’auteur de la Lettre de St-Jacques définit la Sagesse comme étant docile, clémente et pacifique. Ce sont toutes des qualités attribuables aux enfants, pourtant Jacques et les écrits du Livre de la Sagesse les reconnaissent comme étant également des qualités d’un adulte mature. À l’opposé, une personne dépourvue de telles qualités risque de se transformer en un monstre coupable de conflits, de disputes, de guerres, de meurtres, de  jalousie, de querelles et de bagarres. De telles personnes gaspillent, pour leurs propres plaisirs, tout ce qu’ils ont reçu. La vraie sagesse chrétienne se dévoue aux autres alors que la jalousie et les conflits sont égocentriques. Ce passage nous indique clairement que nous devrions copier ce modèle de sagesse chrétienne plutôt que celui de la gloire et de la fortune.

Les éléments de la sagesse chrétienne

Le passage de l’Évangile d’aujourd’hui  (Marc 9,30-37) est le deuxième des prédictions de la passion de Jésus dans l’Évangile de Marc. Jésus annonce sa passion et sa mort, ce qui laisse ses disciples bouche bée. Entre-temps, ils s’obstinèrent entre eux à savoir qui était le plus important. On retrouve le même modèle que dans l’Évangile de la semaine dernière, c’est-à-dire la prédiction, les malentendus et les directives sur le caractère de l’apostolat.

Pour Marc, ces scénarios comportent tous les éléments de la sagesse chrétienne. Comme les autres prédictions, le passage d’aujourd’hui est suivi d’une série de dictons au sujet de l’apostolat (9,30-37). Dans cette brève discussion avec Jésus, trois éléments de l’apostolat nous sont révélés.

Premièrement, les disciples sont choisis parmi d’autres pour des directives particulières  même à la suite d’échecs. L’incident, directement avant, nous fait le récit de disciples incapables d’aider un père et son  fils qui était possédé par un esprit impur (9,14-29). Jésus les réprimande sévèrement, car leur échec a causé  une autre confrontation avec les scribes : « Combien de temps devrai-je vous supporter ? » (9,19) pourtant, les faiblesses des disciples n’ont pas atténué sa ferveur quant à leur préparation pour la vie dans le royaume de Dieu.

Deuxièmement, le message de Jésus est déroutant pour les disciples. Pour une deuxième fois, Jésus prévoit ce qui va se passer à Jérusalem, mais les disciples n’arrivent pas à le comprendre et ils sont tellement intimidés qu’ils  ont peur de l’interroger (9,32). Lorsque Jésus leur demande de quoi ils discutaient en chemin, embarrassés, ils se turent. Bien que n’ayant  peut-être pas compris grand-chose, ils savaient certainement  que leur dispute avait été totalement hors sujet. Ils étaient humiliés et avaient un air penaud. Pourtant, Jésus n’allait pas les laisser tomber.

Troisièmement, les disciples reçoivent  une leçon en profondeur sur ce que signifie être serviteur. Lorsque Marc utilise le mot « serviteur » dans l’Évangile d’aujourd’hui, il l’écrit en grec, ce qui signifie également diacre. Ce mot parait tout d’abord dans le récit des serviteurs qui servent de l’eau changée en vin au festin des noces  à Cana (Jn 2, 5-9). Matthieu en fait usage pour les serviteurs de l’empereur  dans la parabole du festin nuptial (Mt 22,13). St-Paul se décrit comme étant ministre de l’Évangile (Col 1,23; Eph 3,7), ministre de l’Église (Col 1,25) et ministre d’une Alliance nouvelle dans l’Esprit du Dieu vivant (2 Cor 6,4). Ce qui désigne, dans Jean,  généralement  tous ceux qui  adhérent à Jésus, c’est-à-dire qu’ils sont ses «diacres», ses serviteurs (Jn 12,26).

Jésus nous dit qu’il n’est pas venu sur terre pour être servi, mais pour servir (Mt 20,28; Mc 10,45). Lorsque Jésus parle du dernier de tous et du serviteur de tous (9,35), il rajoute un sens particulier aux paroles précédentes sur le fait de porter sa croix et perdre sa vie (8,34-38).

Redéfinir la notion de grandeur

La notion de grandeur est complètement redéfinie pour les disciples. De nouvelles catégories vont établir le succès et l’échec, le gagnant et le perdant, la réussite et l’inachèvement. À ce moment précis, Jésus place l’enfant au milieu d’eux. L’accent n’est pas mis sur la naïveté,  l’innocence, la confiance ou l’enjouement  de l’enfant, mais plutôt sur son statut modeste puisqu’il serait toujours sous une autorité quelconque et ses droits seraient empiétés. Jésus façonne de nouveaux modèles de relations: Accueillez un enfant en mon nom et c’est moi que vous accueillez. Accueillez-moi et c’est Dieu même que vous accueillerez. Une communion d’hospitalité est établie entre l’enfant, Jésus et Dieu.

L’enfant est un bon symbole d’impuissance et d’une dépendance totale aux autres. Marc nous enseigne d’accueillir les impuissants et ceux qui sont privés de leurs droits. Par ce geste, Jésus nous illustre les qualités d’enfants en chacun de nous. Jésus possède en lui les qualités de cet enfant et il ne s’attend ni plus ni moins qu’à ces qualités de la part de ses disciples.

Les disciples deviennent l’image même de notre propre reflet. Leurs échecs et leurs incompréhensions caractérisent les modèles des générations futures de disciples qui, comme nous, seront un peu lents à comprendre le message  radical de Jésus.

Nos propres habiletés de vertu et de sagesse

Une des  leçons  universelles les plus profondes sur l’acquisition de la vraie sagesse fut enseignée par l’un des serviteurs de Dieu, Jean Paul II, lors de son discours historique à l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies à New York le 5 octobre 1995. Aujourd’hui, ces paroles sonnent toujours vraies dans mon cœur et mon esprit. Le Saint-Père prononça ces paroles en s’adressant aux chefs des pays du monde :

Nous devons vaincre notre peur de l’avenir. Mais nous ne pourrons la vaincre entièrement qu’ensemble. La « réponse » à cette peur, ce n’est pas la coercition ni la répression, ni un « modèle » social unique imposé au monde entier. La réponse à la peur qui obscurcit l’existence humaine au terme du vingtième siècle, c’est l’effort commun pour édifier la civilisation de l’amour, fondée sur les valeurs universelles de la paix, de la solidarité, de la justice et de la liberté. Et l’ « âme » de la civilisation de l’amour, c’est la culture de la liberté: la liberté des individus et des nations, vécue dans un esprit oblatif de solidarité et de responsabilité.

Nous ne devons pas avoir peur de l’avenir. Nous ne devons pas avoir peur de l’homme. Ce n’est pas par hasard que nous nous trouvons ici. Toute personne a été créée à « l’image et à la ressemblance » de Celui qui est à l’origine de tout ce qui existe. Nous sommes capables de sagesse et de vertu. Avec ces dons et avec l’aide de la grâce de Dieu, nous pouvons construire dans le siècle qui est sur le point d’arriver et pour le prochain millénaire une civilisation digne de la personne humaine, une vraie culture de la liberté. Nous pouvons et nous devons le faire! Et, en le faisant, nous pourrons nous rendre compte que les larmes de ce siècle ont préparé la voie d’un nouveau printemps de l’esprit humain.

Prions pour que le Seigneur fasse germer en nous les graines de la droiture d’esprit, de la sagesse et de la vertu, semées dans nos cœurs humains.  La civilisation d’amour et la culture de liberté, dont on rêve tous, seront impossibles sans ces dons.

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(Image : Jésus et le petit enfant par James Tissot)