Le future de l’humanité passe par le mariage et la famille

Réflexion pour le 27e dimanche du temps ordinaire B

Marc Chagall

Marc Chagall - Les mariés de la Tour Eiffel (1938)

Au lieu de commenter en détail chacune des lectures de ce dimanche, j’aimerais offrir quelques réflexions générales au sujet du mariage et de la vie de famille, deux thèmes récurrents de ces textes. Dans l’évangile de ce dimanche (Mc 10, 2-16), les pharisiens confrontent une fois de plus Jésus avec la question délicate du divorce et sa légitimité : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme? »

« Que vous a prescrit Moïse? », demanda Jésus. Ils répondirent que Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’écrire un acte de répudiation. Jésus déclare que la loi de Moïse permettait le divorce (Dt 24, 1) seulement à cause de la dureté des cœur (Mc 10, 4-5). En citant Genèse 1, 27 et 2, 24, Jésus proclame que l’intention divine à l’endroit du mariage humain est la permanence (Mc 10, 6-8). Il réaffirme cela en déclarant : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas (v. 9). »

Jésus répond avec sagesse et prudence à la question piège en attirant l’attention sur le plan de Dieu pour l’unité et l’égalité complètes en attirant des hommes et des femmes à s’unir dans le mariage. Il affirme que le mari et la femme sont si intimement liés qu’ils deviennent un et indivisible.  En répondant à une question qui visait délibérément à le piéger, Jésus parlait de la nature du mariage et uniquement de cela. Il insiste sur la sainteté du mariage et la fidélité dans l’union et non sur l’illégitimité du divorce. L’objectif du mariage n’est pas le divorce ou l’annulation!

Divorce, annulation et remariage

Jésus n’a pas condamné des gens qui ont fait de leur mieux et ont fini divorcés. Il ne jugeait pas de telles personnes, les chassant de la communauté ou leur assignant une place en enfer. Il affirmait simplement la perspective des couples eux-mêmes lorsqu’ils sont devant le ministre de l’Église et prononcent leurs vœux de mariage.

Pour bien des gens de nos jours, les annulations de mariage catholiques ressemblent à un simple divorce. Un divorce veut dire que la réalité du mariage était présente au début mais a été brisée. L’annulation est une déclaration à l’effet que cette réalité n’a jamais existé. L’Église déclare plusieurs mariages invalides à cause de certains empêchements présents lors du mariage.

Au cours de mon ministère pastoral, j’ai rencontré plusieurs personnes divorcées qui se sentent aliénées de l’Église. Pour plusieurs, le divorce est la dernière chose qu’elles souhaitaient. Dans bien des cas, cela les a frappées de manière inattendue et tragique, comme une gifle au visage. Je n’ai rencontré personne qui m’ait dit espérer divorcer ou avoir hâte de la faire. Pour elles, il n’y avait tout simplement plus d’alternative.

Certaines gens bien intentionnées ont déclarés à des personnes divorcées qu’elles étaient excommuniées de l’Église catholique, ce qui n’est certainement pas vrai. Leur douleur est parfois énorme et leur besoin de compréhension et d’acceptation est grand. Elles ont besoin d’un enseignement de l’Église sans ambiguïté pour les éclairer et les mener au Christ. Elles ont besoin d’amis, des gens pour prier avec eux et pour eux, et elles ont besoin de Dieu dans leur vie au milieu de la rupture et du deuil. Elles méritent notre compréhension et notre sollicitude.

Un enseignement positif sur les annulations devrait être offert en paroisse. Bien que cela puisse être un processus fatigant et douloureux pour certains, une annulation peut être un instrument de grâce, de guérison, de fermeture et de tranquillité d’esprit et de cœur.

Le futur de l’humanité passe par le mariage et la famille

Dans les encycliques des papes, d’Humanae Vitae (1968) à Evangelium Vitae (1995) et en particulier l’exhortation apostolique Familiaris Consortio (1981) et la magnifiques Lettre aux familles (1994), Paul VI et Jean-Paul II ont beaucoup insisté sur la place du mariage et de la famille dans la culture de ce temps. Dès le début de son pontificat, Jean-Paul II a sans cesse insisté : « la famille est la voie de l’Église ». La famille est une école de communion fondée sur les valeurs de l’Évangile. L’an dernier, à l’occasion du 40e anniversaire de l’encyclique Humanae Vitae, les évêques du Canada ont publié un important document dans lequel ils écrivent (no19) :

En somme, l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI, et à sa suite la « théologie du corps » élaborée par le pape Jean-Paul II, lancent un défi immense à un monde trop souvent occupé à se protéger de l’extraordinaire potentiel de vie de la sexualité. À la suite de ces deux papes au regard prophétique, l’Église « experte en humanité » lance un message inattendu : la sexualité est une amie. Un don de Dieu. Elle nous est révélée par le Dieu trinitaire qui nous demande d’en révéler à notre tour la grandeur et la dignité à nos contemporains en ce début de troisième millénaire. Certains comparent la théologie du corps à une véritable révolution qui pourrait produire ses fruits au cours du XXIe siècle du christianisme. Nous invitons les baptisés à être les premiers à en expérimenter le potentiel libérateur.

Signes d’espérance pour le mariage, vie de famille et vocations

Accepter l’enseignement de Jésus sur le mariage exige l’ouverture d’un enfant et une certaine dépendance de la force de Dieu qui comme un enfant qui dépend de ses parents. Lorsque l’amour est authentique, fort et sincère, il est accompagné d’une vision, d’une joie et d’une créativité, d’une vie nouvelle et d’un désir de sainteté. Lorsque des couples mariés permettent au Christ d’être au cœur de leur projet, ils font l’expérience profonde de la paix que Dieu nous donne, une paix qui se transmettra à leurs enfants et petits-enfants.

La crise des vocations en Occident nous oblige à repenser non seulement notre manière de promouvoir les vocations, mais elle nous oblige à revoir le terrain où les semences vocationnelles sont jetées. Ce sol fertile pour les vocations n’est rien d’autre que la famille, l’église domestique. Cette réalité prend vie lorsque le Christ est rendu présent à la maison, à travers les grâces des sacrements, en particulier de l’eucharistie, et de la fidélité à l’Évangile et à l’enseignement de l’Église.

Il existe des voix au sein de l’Église qui n’ont plus beaucoup d’espoir pour le sacrement du mariage et la vie familiale. Je dois m’objecter à ces voix dupes et désespérées. Chacun de nous est responsable de nourrir une véritable culture du mariage et de la famille ainsi qu’une culture des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée.

Pour réflexion, discussion et prière

Nous ne devons jamais oublier que d’autres liens d’amour et d’interdépendance, d’engagement et de responsabilité mutuelle existe dans la société. Ils peuvent être bons; ils peuvent même être reconnus par la loi. Ils ne sont toutefois pas comme le mariage. Ils sont autres choses. Aucun prolongement de terminologie pour des visées légales ne changera la réalité observable à l’effet que l’union d’un homme et d’une femme porte non seulement un lien d’interdépendance, mais aussi la capacité de mettre au monde des enfants.

Cette semaine, engageons-nous de nouveau à construire la famille humaine, à redonner force au mariage, à rendre grâce et à aider nos enfants à grandir, et à faire de nos maisons, nos familles et nos communautés des lieux d’accueil saints pour les hommes et les femmes de chaque race, langue, orientation et choix de vie.

Dans nos plans pastoraux, nos programmes et nos enseignements, comment accueillons-nous le rôle de Jésus-Christ dans le mariage d’un homme et d’une femme? Sommes-nous prêts à offrir l’enseignement de Jésus sur le mariage en y incluant l’ouverture aux enfants? Quelles sont les situations de faiblesses et de douleurs qui affligent les mariages aujourd’hui? Ces mariages peuvent-ils être sauvés et la blessure dans la relation entre les époux peut-elle guérir? Quel est le rôle de la foi dans tout cela?

Prions pour les gens mariés afin qu’ils deviennent plus conscients de la sacramentalité du mariage et sa capacité de refléter l’amour de Dieu pour le monde. Continuons de nous aider les uns les autres à porter les joies, les fardeaux et les croix que le Seigneur nous donne. Et n’oublions jamais ceux et celles qui ont aimé et perdu, ceux qui ont souffert de la douleur de la séparation, du divorce et de l’aliénation. Puissent-ils trouver la guérison et la paix dans la communauté ecclésiale et l’accueil de ceux et celles dont le mariage a donné bien des fruits.