La Trinité, modèle de toute communauté humaine

Solennité de la Très Sainte Trinité, Année A – dimanche 11 juin 2017

Exode 34,4b-6.8-9
2 Corinthiens 13,11-13
Jean 3,16-18

La Sainte Trinité est un mystère que l’Écriture ne permet pas de démontrer. Le premier dimanche après la Pentecôte, nous célébrons la Solennité de la Sainte Trinité. La nature trinitaire de Dieu est le mystère principal de la foi catholique. Nous contemplons aujourd’hui ce qui est l’horizon premier et dernier de l’univers et de l’histoire : l’amour de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. Dieu n’est pas solitude mais communion parfaite.

Pour mieux comprendre la Trinité, il ne nous faut pas seulement les paroles de la Sainte Écriture mais aussi de saintes images. Une image vaut mille mots. Une image m’a aidé à entrer dans le mystère de la Trinité : c’est la fameuse icône de la Trinité, écrite par Roublev. L’icône nous conduit au seuil du mystère de Dieu.

J’ai toujours aimé l’image de Roublev parce qu’elle illustre d’une manière extraordinaire ce qui est au foyer de notre Dieu trinitaire. Le Père regarde amoureusement le Fils; le Fils tourne vers le Père un regard obéissant et l’Esprit Saint est le souffle d’amour entre le Père et le Fils. Nous pourrions dire que la nature de Dieu se révèle dans la dynamique des relations entre les personnes divines. Dans ce dépouillement de soi et dans ce regard tourné vers l’autre se manifeste la transcendance de Dieu.

Les symboles de Roublev

Derrière chacun des trois personnages de l’icône, Roublev a placé un symbole qui aide à le reconnaître. Sur la gauche, la Maison du Père; au centre, un arbre car la croix se transforme en nouvel arbre de vie et, sur la droite, le rocher d’où l’eau jaillit au désert, présage du don de l’Esprit. Le plat qu’Abraham offre à ses hôtes ressemble à la coupe pascale, figure de l’Eucharistie. Pour Roublev, la rencontre entre Abraham et les trois anges révèle Dieu, le conseil divin où il conçoit le dessein du salut. La contemplation de l’icône de la Trinité devient une méditation sur toute l’histoire du salut. Et celle-ci trouve sont achèvement dans le mystère du Père, du Fils et de l’Esprit.

Le Seigneur, un Dieu de miséricorde

Dans la première lecture d’aujourd’hui, tirée du livre de l’Exode (34, 4b-6), Dieu se révèle à Moïse : « YAHVÉ, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux… » Dieu nous proclame son nom ! Il le fait en présence de Moïse avec qui il a parlé face à face, comme avec un ami. Il n’y a pas de meilleure façon de nous dévoiler la vérité sur l’identité de Dieu. Dieu a pour nom : Miséricorde, Grâce, Fidélité.

La deuxième lecture du jour, 2 Co 13, 11-14, se termine par les mots : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous. » La mention de Jésus Christ, de Dieu et de l’Esprit Saint est plus qu’une simple allusion aux trois personnes du seul Dieu un, que nous cherchons à rencontrer dans la prière. Cette formule plonge sans doute ses racines dans la Tradition de l’Église primitive.

Le premier verset de l’Évangile affirme l’amour de Dieu pour le monde (Jean 3, 16). Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu car Dieu est amour. Mais nous connaissons Dieu et nous croyons en l’amour de Dieu pour nous. Dieu est amour, et ceux qui demeurent en l’amour demeurent en Dieu, et Dieu demeure en eux. Dieu aime le Fils : « Le Père aime le fils et a tout remis dans sa main » (Jean 3, 35). Dieu aime Israël d’un amour éternel (Jérémie 31, 3). Célébrer la Trinité, c’est être dans « la communion de l’Esprit Saint », état dans lequel nous savons que Dieu nous aime.

Notre Dieu est un Dieu de relations

Notre Dieu déborde de relations, de communication et d’amour pour tous les êtres humains. Ce Dieu nous montre ce qui fait le dynamisme de la vie trinitaire : communication, relations et affection. La qualité de notre vie chrétienne se fonde sur l’imitation de la vie intérieure de la Trinité. La Trinité est le modèle de toute communauté humaine, de la plus simple et la plus élémentaire, la famille, jusqu’à l’Église universelle. Elle nous fait voir comment l’amour crée l’unité à partir de la diversité : unité du projet, de la pensée, de la volonté; diversité des sujets, des caractéristiques et, dans le monde humain, des sexes. Et nous voyons là précisément ce qu’une famille peut apprendre du modèle trinitaire.

Accueillir le mystère chaque jour

En ce dimanche de la Trinité, au lieu d’essayer de résoudre le mystère, demandons-nous si nous savons nous ouvrir au mystère. Et d’abord à notre propre mystère : pourquoi Dieu nous a-t-il créés ? Puis au mystère de ce Dieu qui nous aime, qui veut faire partie de notre vie, vivre dans notre cœur, faire un avec nous. Mystère de Dieu qui nous invite à partager la vie de la Trinité, Père, Fils et Esprit. Mystère d’un Dieu qui nous aime comme une mère et un père aimants, qui donne sa vie pour nous comme le meilleur des amis, qui comble notre cœur tel un amant que rien ne décourage.

Si la Sainte Trinité est un mystère qu’on ne peut prouver à partir de l’Écriture, dans la liturgie nous entrons en contact avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint : « La grâce de Jésus notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous. »

Combien de fois par jour faisons-nous le signe de la croix ? En faisant l’offrande de notre journée le matin, au bénédicité avant de nous mettre à table, à la messe ou avant d’aller dormir. Ce sera en récitant la Liturgie des Heures ou en disant le chapelet. Combien de fois nous signons-nous « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » ? Et combien de fois pensons-nous au sens profond de ces paroles et de ce simple geste trinitaires ?

Prenons un moment pour réfléchir à ce que nous faisons en nous marquant du signe de la croix. Qu’est-ce que cela signifie de tracer sur ma personne le signe de l’amour divin qui réunit les trois personnes dans l’unité ? Dieu dit, à la création : « Faisons l’homme à notre image. » Il parlait de lui-même au nous, ce qui sous-entendait sa nature trinitaire, en laquelle nous croyons, nous autres catholiques. Dieu disait aussi que les êtres humains seraient à l’image de sa propre nature. En quoi ma vie reflète-t-elle la communauté d’amour qu’est la Trinité divine ? En quoi suis-je l’image de la nature divine, qui est l’amour même ? La miséricorde, la grâce et la fidélité font-elles partie de mon identité ?

Examiner nos relations

Le Dieu chrétien est un être vivant qui existe en relation intime avec nous. Une des dimensions importantes de notre Dieu trinitaire, c’est la communauté d’amour et la communauté personnelle dont la Sainte Trinité est le modèle par excellence. Pour les chrétiens, la Trinité est le premier symbole de la communauté qui se maintient en contenant en son sein la diversité. Les termes de Père et de Fils renvoient avant tout à une relation et ils nous rappellent que, pour Dieu comme pour nous, qui sommes créés à son image, les relations et la communauté sont fondamentales, constitutives.

Arrêtons-nous aujourd’hui à examiner nos relations. Est-ce que j’aime à la façon de Dieu ? Suis-je prêt/e à donner à ma vie pour ceux et celles que le Seigneur m’a confiés ? Je songe que la communauté et les relations caractérisent la vie même de Dieu et je demande la grâce de m’en faire des priorités et des caractéristiques de mon mode de vie.

Aujourd’hui, je prie Dieu le Père. Je lui demande de m’attirer à lui, de me faire connaître sa sollicitude paternelle. Je médite l’amour de Dieu qui envoie son Fils unique pour que je sois sauvé/e et que je puisse renaître à la vie en devenant son enfant.

Qui est l’Esprit Saint dans ma vie ? Que signifie pour moi la troisième personne de la Trinité et quelle importance est-ce que lui accorde ? M’arrive-t-il de prier l’Esprit Saint ? Aujourd’hui, je vais parler à l’Esprit Saint. Je vais me rappeler les dons que j’ai reçus au baptême et à la confirmation : la sagesse, l’intelligence, le jugement droit, la force, la connaissance, le respect, l’émerveillement et la crainte de Dieu. Je vais lui demander de faire vivre en moi ces dons. Je vais aussi prier l’Esprit de faire abondamment grandir en moi ses fruits d’amour, de joie, de paix, de patience, de bonté, de douceur, de bienveillance, de maîtrise de soi et de fidélité.

Caritas in Veritate

  1. […] La Trinité est unité absolue, car les trois Personnes divines sont relationnalité pure. La transparence réciproque entre les Personnes divines est complète et le lien entre l’une et l’autre est total, parce qu’elles constituent une unité et unicité absolue. Dieu veut nous associer nous aussi à cette réalité de communion: « pour qu’ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17, 22). L’Église est signe et instrument de cette unité. Les relations entre les hommes tout au long de l’histoire ne peuvent que tirer avantage de cette référence au divin Modèle. À la lumière de la révélation du mystère de la Trinité, on comprend en particulier que l’ouverture authentique n’implique pas une dispersion centrifuge, mais une compénétration profonde. C’est ce qui apparaît aussi à travers les expériences humaines communes de l’amour et de la vérité. De même que l’amour sacramentel entre les époux les unit spirituellement en « une seule chair » (Gn 2, 24; Mt 19, 5; Ep 5, 31) et de deux qu’ils étaient en fait une unité relationnelle réelle, de manière analogue, la vérité unit les esprits entre eux et les fait penser à l’unisson, en les attirant et en les unissant en elle.

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