La prière du roi, l’espoir du royaume

Dix-septième dimanche du temps ordinaire, Année A – 30 juillet 2017

1 Rois 3,5.7-12
Romains 8,28-30
Matthieu 13,44-52

Salomon recherche la sagesse

It est important de connaître le contexte historique de la première lecture d’aujourd’hui, tirée du Premier Livre des Rois (3,5.7-12). Salomon vient d’être intronisé troisième roi d’Israël. C’est à lui, le fils préféré de Bethsabée, que le pouvoir est échu. On nous le présente non pas sous les traits légendaires du grand roi bon et juste mais plutôt comme un homme déjà compromis dans sa vie publique comme dans ses relations personnelles. Loin d’être l’enfant innocent qui s’agenouille devant Dieu, il serait plutôt le fils dévoyé qui se prosterne devant le Seigneur, conscient de ce qui peut le détourner de la voie de la sagesse et du discernement. La prière de Salomon pour demander la sagesse révèle un jeune homme qui manque encore d’assurance au moment de monter sur le trône.

Le commencement de la sagesse, c’est de reconnaître qu’on a besoin de sagesse. Qu’est-ce que Salomon demande à Dieu ? Il lui demande d’abord « un cœur attentif » (v. 9), la faculté « d’écouter intelligemment », souvent associée à l’attention et à l’obéissance. Le mot peut signifier discerner, prêter l’oreille, écouter, obéir, percevoir ou comprendre. Il demande aussi de savoir « discerner », « distinguer mentalement, comprendre ou agir avec sagesse ». Le Seigneur reprend le mot dans sa réponse au verset 12, et il en ajoute encore un autre : « je te donne (littéralement) un cœur intelligent, habile ou astucieux ». Salomon espère recevoir la sagesse en écoutant attentivement le Seigneur et en lui obéissant.

La sagesse demandée par Salomon concernait la fonction qu’il était appelé à remplir. Sa prière a plu au Seigneur, qui lui a accordé non seulement ce qu’il demandait mais aussi ce qu’il n’avait pas demandé : la richesse, l’honneur et la gloire. Et l’histoire montrera qu’Israël fut « frappé d’étonnement et d’admiration devant la sagesse de Salomon parce qu’on percevait chez lui la sagesse de Dieu ». Dans le Nouveau Testament, quand Jésus enseigne, il évoque la sagesse de Salomon mais pour ajouter « et il y a ici bien plus que Salomon » (Matthieu 12,42). Jésus parle de ce qu’il est lui-même, le Christ, le Fils de Dieu.

Quand nous demandons la sagesse

Ce moment unique dans la vie de l’un des grands rois d’Israël soulève pour nous plus d’une question. Quand nous demandons la sagesse, il nous faut d’abord croire que Dieu nous donnera la sagesse que nous recherchons : il faut lui faire confiance et penser qu’il fera les choses à sa façon, ce qui signifie généralement que nous allons entrer en partenariat avec lui. Dans notre vie, quels sont les domaines où nous avons surtout besoin de sagesse ? Sommes-nous disposés à l’obéissance, sommes-nous prêts à regarder vers Dieu pour que notre sagesse soit bien orientée ? Sommes-nous disposés à entrer en partenariat avec Dieu pour acquérir la sagesse ? Avons-nous assez de foi pour croire que Dieu répondra à nos besoins ?

Façonnés à l’image du Fils

La deuxième lecture, tirée de la lettre de Paul aux Romains (8,28-30) présente la vocation chrétienne du point de vue de Dieu: les chrétiens sont destinés à être l’image de son Fils, l’aîné d’une multitude de frères (v. 29). L’action rédemptrice de Dieu pour les croyants est en cours depuis l’origine du monde. Ceux et celles que Dieu choisit, il les connaissait déjà (v. 29), il les avait élus. Si l’homme et la femme ont été créés à l’image de Dieu (Genèse 1,26-27), c’est par le baptême dans le Christ, l’image de Dieu (2 Co 4,4; Col 1,15) que nous sommes renouvelés à l’image du Créateur (Col 3,10). Ceux qui sont appelés (v. 30) sont prédestinés ou prédéterminés. Ces expressions ne veulent pas dire que Dieu agit de manière arbitraire. Paul les emploie pour faire ressortir le dessein salvifique de Dieu et l’attention qu’il accorde au salut du chrétien.

Comment reconnaîtrons-nous le royaume ?

Jésus a employé différentes images pour parler du royaume des cieux. Dans le Nouveau Testament, il est question d’un berger qui a perdu une brebis, d’une femme qui a perdu une pièce de monnaie, d’un père qui a perdu un fils. Dans ces histoires et dans beaucoup d’autres, Jésus enseigne que le Royaume vient à nous quand nous trouvons ce que nous avons perdu. Jésus a inauguré son ministère en proclamant l’Évangile : « Le royaume des cieux est proche. » Mais ses disciples, de temps à autre, revenaient avec la question : « Quand le royaume va-t-il arriver ? Et comment le reconnaîtrons-nous ? » La réponse de Jésus évoquait habituellement la difficulté de voir le royaume quand on est aveuglé par des images terrestres. Jésus disait que le Royaume était proche, « imminent » et qu’il arriverait à l’improviste. Il révélait le Royaume de deux façons : ses miracles manifestaient la présence d’une puissance plus forte que le mal; ses paraboles contenaient des messages sur ce que le Royaume pourrait et devrait être.

Les paraboles sur le royaume

Le contexte historique des paraboles est très important pour comprendre ces récits merveilleux. La situation politique de la Palestine était instable au temps de Jésus et il n’était pas rare qu’on enfouisse ses économies dans le sol pour les mettre à l’abri (v. 44). Les deux premières des trois paraboles qui concluent le discours de Matthieu (13,44-52) partent de la même idée. La personne qui trouve un trésor enfoui et le marchand qui trouve une perle de grand prix vendent tout ce qu’ils possèdent pour pouvoir acquérir ce qu’ils ont découvert; de même, qui comprend la valeur suprême du royaume abandonne ce qu’il lui faut céder pour l’obtenir. La joie qui accompagne cette démarche est mentionnée explicitement dans la première parabole mais on peut supposer qu’elle éclaire aussi la deuxième. La troisième parabole, celle du filet, ressemble à l’explication de la parabole de l’ivraie, qui met l’accent sur le fait que les méchants seront finalement exclus du royaume.

Comme Matthieu a tendance à identifier les disciples aux Douze (v. 52), on ne peut supposer que ce qui est dit du scribe chrétien s’applique à tous ceux qui acceptent le message de Jésus. Le scribe devenu disciple du Royaume des cieux connaît à la fois l’enseignement de Jésus (le neuf) et la loi et les prophètes (l’ancien), et il présente dans son propre enseignement et le neuf et l’ancien, interprété et accompli par le neuf.

Les conceptions du Royaume

Le Royaume de Dieu n’est pas – comme certains le prétendent aujourd’hui – une réalité générique qui engloberait toutes les expériences et les traditions religieuses ; c’est avant tout un nom et un visage : Jésus de Nazareth, l’image du Dieu invisible. On ne peut pas marginaliser la révélation chrétienne et sa transmission dans l’Église en proposant une perspective non chrétienne où on emploierait abusivement les termes « Royaume » ou « Règne de Dieu » pour remplacer Jésus Christ et son Église ?

Dans les Lineamenta (document préparatoire) du Synode des évêques sur la Nouvelle Évangélisation, qui aurait lieu en octobre 2012, deux passages et leurs allusions au Royaume m’ont frappé, à la lumière de l’Évangile d’aujourd’hui. Au paragraphe #24 sur « La Nouvelle Évangélisation, vision pour l’Église d’aujourd’hui et de demain », nous lisons ceci :

Nous nous sommes confrontés à des scénarios décrivant des changements historiques, qui suscitent souvent en nous la peur et l’appréhension. Dans une telle situation, ce dont nous ressentons le besoin, c’est d’une vision, qui nous permette de regarder le futur avec les yeux de l’espérance, sans larmes de désespoir. En tant qu’Église, nous avons cette vision. C’est le Royaume qui vient, qui nous a été annoncé par Jésus-Christ et décrit dans Ses paraboles. C’est le Royaume qui a déjà vu le jour avec Sa prédication, et surtout avec Sa mort et Sa résurrection pour nous. Toutefois, nous avons souvent l’impression de ne pas pouvoir concrétiser cette vision, à la « faire nôtre », de ne pas réussir à faire d’elle une parole vivante pour nous et pour nos contemporains, de ne pas l’assumer en tant que fondement de nos actions pastorales et de notre vie ecclésiale.

Puis, au #25, « La joie d’évangéliser », nous lisons :

La nouvelle évangélisation, c’est partager avec le monde ses angoisses de salut, et donner raison de notre foi en communiquant le « Logos de l’espérance » (cf. 1 P 3, 15). Les hommes ont besoin de l’espérance pour pouvoir vivre leur présent. Le contenu de cette espérance est « le Dieu qui possède un visage humain et qui nous a aimés jusqu’au bout ». C’est pour cela que l’Église est missionnaire par sa nature. Nous ne pouvons pas garder pour nous les paroles de vie éternelle qui nous sont données lorsque nous rencontrons Jésus-Christ. Elles sont destinées à tous les hommes, à chaque homme. Chaque personne de notre temps – qu’elle le sache ou non – a besoin de cette annonce.

Il se trouve que l’absence de cette conscience engendre le désert et le découragement. L’un des obstacles à la nouvelle évangélisation est justement le manque de joie et d’espérance que de telles situations créent et diffusent parmi les hommes de notre époque. Souvent, ce manque de joie et d’espérance est si fort qu’il attaque le tissu même de nos communautés chrétiennes. Dans ces contextes, la nouvelle évangélisation se propose non pas comme un devoir, un poids supplémentaire à porter, mais comme un remède pouvant redonner joie et vie à des réalités prisonnières de nos peurs.

C’est pourquoi nous devons affronter la nouvelle évangélisation avec enthousiasme. Apprenons la joie douce et réconfortante d’évangéliser, aussi lorsque l’annonce semble ne semer que des larmes (cf. Ps 126, 6). « Que ce soit pour nous – comme pour Jean-Baptiste, pour Pierre et Paul, pour les autres Apôtres, pour une multitude d’admirables évangélisateurs tout au long de l’histoire de l’Église – un élan intérieur que personne ni rien ne saurait éteindre. Que ce soit la grande joie de nos vies données. Et que le monde de notre temps qui cherche, tantôt dans l’angoisse, tantôt dans l’espérance, puisse recevoir la Bonne Nouvelle, non d’évangélisateurs tristes et découragés, impatients ou anxieux, mais de ministres de l’Évangile dont la vie rayonne de ferveur, qui ont les premiers reçus en eux la joie du Christ, et qui acceptent de jouer leur vie pour que le Royaume soit annoncé et l’Église implantée au cœur du monde. »

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