La Parole de Dieu n’est jamais dite en vain

Quinzième dimanche du temps ordinaire, Année A – 16 juillet 2017

Isaïe 55,10-11
Romains 8,18-23
Matthieu 13,1-23

Au verset 10 de la première lecture d’aujourd’hui, tirée du chapitre 55 du prophète Isaïe, nous lisons : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange. » En effet, la pluie peut sembler perdue quand elle tombe dans le désert mais elle répond à un dessein de Dieu. Ainsi la parole de l’Évangile tombée dans un cœur endurci; elle suscite parfois un changement de vie. Et si ce n’est pas le cas, elle laisse l’auditeur sans excuse.

Non seulement Isaïe compare-t-il la Parole de Dieu à la pluie mais il la compare aussi à la neige – un autre météore qu’on n’apprécie pas assez pour ce qu’il fait vraiment. La neige n’a pas seulement pour but de recouvrir les pentes de ski, d’offrir des pistes aux motoneiges ou de permettre aux enfants de confectionner des bonshommes de neige. Son but premier, comme pour la pluie, consiste à fournir la terre en eau et en humidité pour que les plantes et les arbres puissent vivre et grandir.

Chaque fois que tombent la neige ou la pluie, elles fournissent un élément essentiel : l’humidité qui fait germer et se développer les semences plantées dans le sol. La neige et la pluie s’acquittent toujours de leur mission. Au verset 11, nous voyons que la Parole de Dieu, comme la pluie et la neige venues du ciel, remplit toujours la mission que Dieu lui a confiée : « ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission. » Quelle foi, quelle patience et quelle persévérance il faut pour accepter cette vérité !

Attendre et endurer dans la patience et la constance

Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la lettre de Paul aux Romains (8, 18-23), l’Apôtre considère la création dont la destinée est désormais liée à l’avenir réservé aux croyants. De même que la création subit sa part du châtiment que constitue la corruption provoquée par le péché, elle participera aussi aux bienfaits de la rédemption et à la gloire à venir, qui constituent la libération ultime du peuple de Dieu (v. 19-22). Après un temps d’attente dans la patience et la constance, la pleine moisson de la présence de l’Esprit s’accomplira. Sur terre, les croyants goûtent déjà les prémices, les premiers fruits de l’Esprit : c’est le gage de la délivrance totale de leur corps, libéré de l’influence l’ancien moi rebelle (v. 23).

Le sens du mot « parabole »

Le mot « parabole » est employé dans la Septante grecque pour traduire l’hébreu « mashal », terme qui désigne une large palette de formes littéraires dont les axiomes, les proverbes, les analogies et les allégories. Dans le Nouveau Testament, la « parabole » désigne avant tout un récit qui propose une comparaison éclairante entre des vérités chrétiennes et des événements de la vie quotidienne. Parfois, l’événement raconté comporte un élément étrange, en rupture avec l’expérience courante (ainsi, en Matthieu 13,3, l’énorme quantité de pâte dans la parabole du levain); le trait a pour but de piquer la curiosité de l’auditeur. Discours au figuré, la parabole demande réflexion. La comprendre, c’est un don de Dieu : il est accordé aux disciples mais pas aux foules. Dans la pensée sémitique, l’intelligence des disciples et la stupidité de la foule sont l’une et l’autre attribuées à Dieu. La part de responsabilité humaine pour la stupidité n’est pas traitée, même si Matthieu en fait état en 13,13.

La structure de la parabole du semeur chez Matthieu

Regardons de plus près la structure du Discours parabolique de Matthieu (13, 1-52) qui occupe le centre de son Évangile. Les paraboles que propose Matthieu lui servent à commenter le rejet de Jésus par les Pharisiens dans les deux chapitres précédents. Le discours parabolique est le troisième grand discours de Jésus dans le récit matthéen et il forme la deuxième partie du troisième livre de l’Évangile. Matthieu suit le plan de Marc (4, 1-35), dont il ne reprend que deux des paraboles. Les deux autres sont probablement tirées de la source Q et du recueil de récits propre à Matthieu. En plus des sept paraboles, le discours donne la raison pour laquelle Jésus recourt à ce mode de langage (v. 10-15), déclare bienheureux ceux qui comprennent cet enseignement (v. 16-17), explique le sens de la parabole du semeur (v. 18-23) et de celle de l’ivraie (v. 36-43) et se termine par une conclusion adressée aux disciples (v. 51-52).

Une générosité extravagante

Les auditeurs galiléens de Jésus étaient proches de la terre et l’image de la semence (Matthieu 13, 1-23) évoquait pour eux une réalité familière. La parabole d’aujourd’hui avait de quoi les surprendre : elle met en scène un semeur apparemment négligent. Il semble jeter la semence à la légère et de manière désinvolte même là où elle n’a virtuellement aucune chance de pousser. Les premiers grains, répandus au bord du chemin, seront aussitôt dévorés. Les deuxièmes, tombés sur un sol pierreux, lèveront rapidement mais mourront presque tout de suite. Les troisièmes, lancés dans les ronces, seront étouffés par une force supérieure. Enfin, les quatrièmes tombent dans la bonne terre et produiront du fruit dans des proportions étonnantes, inouïes, invraisemblables. Quand la saison est bonne, une récolte normale donne du sept pour un, mais jamais trente, soixante-dix voire cent pour un ! Le rendement final est renversant. En fin de compte, la parabole met en scène un semeur qui est beaucoup moins étourdi et gaspilleur que d’une prodigalité extravagante.

L’explication de la parabole (v. 18-23) met l’accent sur les divers types de sol qui reçoivent la semence, c’est-à-dire sur les dispositions de l’auditeur qui entend la prédication de Jésus (voir les parallèles en Marc 4, 14-20 et en Luc 8, 11-15). Les deuxième et troisième types notamment sont expliqués d’une façon qui semble donner raison à plusieurs exégètes qui estiment que l’explication remonte moins à Jésus qu’à la réflexion de la première communauté chrétienne sur l’apostasie : celle-ci résulterait des persécutions ou des soucis du monde. Mais d’autres commentateurs croient que l’explication peut remonter à Jésus pour l’essentiel même si elle aura été développée plus tard à la lumière de l’expérience de la communauté. Les quatre types de personnes mises en cause sont (1) celles qui ne peuvent ni comprendre ni accepter la parole du royaume (Matthieu 13,19); (2) celles qui croient pour un temps mais tombent à cause de la persécution (v. 20-21); (3) celles qui croient mais chez qui la parole est étouffée par les soucis du monde et les séductions de la richesse (v. 22); et (4) celles qui accueillent la parole et produisent du fruit en abondance (v. 23).

On ne trouve pas dans l’Évangile d’autre exemple de parabole que Jésus prenne la peine d’expliquer comme celle-ci. On a trop souvent utilisé ce texte pour montrer ce qui arrive à la semence – emportée par le diable, incapable de prendre racine, étouffée par les richesses et les plaisirs. Nous sommes-nous jamais arrêtés à contempler la prodigalité et la générosité de Dieu – qui sème à tout vent ? Dans l’explication qu’il donne, Jésus détourne l’attention de la semence (la parole), qui était au cœur de la parabole, pour s’arrêter à la personne qui entend la parole (le sol). Ce faisant, il met en lumière la générosité extravagante de Dieu avec la parole.

La Parole de Dieu s’accomplira

Quel que soit le dessein de Dieu en nous donnant l’Évangile, il s’accomplira. La parole de Dieu n’est jamais prononcée en vain et ne manque jamais de réaliser sa mission. Même s’il peut sembler que l’Évangile tombe sur un sol aride ou pierreux; sur de vastes plaines sans cultures ou dans le désert « où il n’y a pas d’humain » et où il nous paraît futile de semer, nous savons que ce n’est pas le cas. Les paroles de l’Évangile tombent souvent dans des cœurs humains endurcis et desséchés.

Le message de Jésus s’adresse aux orgueilleux, aux insensés, aux avares et aux sceptiques, il semble avoir été prononcé en vain et revenir à Dieu sans avoir rien donné. Mais il n’en est rien. Il est investi d’un projet, projet qui va s’accomplir. Il est porteur de la plénitude de sa miséricorde. Il enlève aux gens toute excuse et se justifie lui-même. Ou alors, quand il semble avoir été proposé en vain… il finit par réussir et les pécheurs sont finalement amenés à renoncer à leurs péchés pour revenir à Dieu.

L’Évangile est souvent rejeté et méprisé. Il tombe dans l’oreille de certaines personnes comme la pluie sur les rochers; il y a, pour ainsi dire, de vastes champs où l’évangile est prêché mais qui semblent aussi dénudés et stériles que le désert; et on semble prêcher l’évangile à des collectivités entières sans obtenir d’autre résultat que la pluie qui tombe sur les grand déserts arides. En dépit de certains échecs dus à l’opposition et à l’indifférence, le message de Jésus sur l’avènement du royaume finira par remporter un énorme succès. Même si l’Évangile ne donne pas tout de suite tous les bons résultats que nous pouvons en attendre, il finira par réussir bien au-delà de nos vœux et de nos aspirations, et le monde entier sera comblé de la connaissance et de l’amour de Dieu.

Laisser la Parole prendre racine dans notre vie

Cette semaine, laissons la Parole prendre racine dans notre vie. En la laissant pénétrer sous la surface, nous commencerons à nous retrouver et à mettre au jour ces régions de nous-mêmes qui semblent perdues ou brisées, abandonnées ou oubliées, « éteintes » ou « débranchées » du courant transformateur de Dieu. Nous pourrions faire nôtre cette prière de saint Albert le Grand :

Fais que j’abandonne mon ancienne vie afin que la semence de ta Parole ne soit pas dévorée par les oiseaux de la pensée frivole, ou étouffée par les rondes des soucis. Donne-moi un cœur tendre, débordant d’humilité et de joie, pour que je sois une bonne terre et que je donne du fruit patiemment.

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