Jésus ne cesse jamais d’être la porte des brebis …

Quatrième dimanche de Pâques, Année A – 7 mai 2017 

Actes 2,14a.36-41
1 Pierre 2,20b-25
Jean 10,1-10

De toutes les images de Jésus à travers les âges, y en a-t-il une qui exprime davantage sa tendresse et sa compassion que celle du Bon Pasteur ? Bien avant l’époque de Jésus, l’image du berger servait à décrire la tendresse et la providence de Dieu à notre endroit. Le berger et l’hôte sont deux images qui renvoient au désert, là où le protecteur des moutons est aussi celui qui protège le voyageur en lui offrant l’hospitalité et la sûreté contre ses ennemis. Dans la Bible et dans le Moyen Orient ancien, le nom de « berger » était fréquemment employé comme titre politique afin de souligner l’obligation pour le roi de veiller sur ses sujets. Ce titre parlait de sollicitude et de dévouement au service d’autrui.

L’image du berger exprime aussi une grande autorité. Tout le discours sur le Bon Pasteur (Jean 10, 1-21), d’où est tiré le texte de l’Évangile d’aujourd’hui, continue le thème de la critique des Pharisiens, commencé à la fin du chapitre 9. Nourrir le troupeau, cela signifie que le berger doit protéger ses brebis de l’hérésie, être aux aguets pour les défendre contre les maraudeurs. Le bâton du berger est une arme défensive contre les bêtes sauvages alors que sa houlette est un instrument d’appoint qui symbolise les soins donnés et la loyauté.

Les portes dans l’Israël ancien

Avant de sonder le sens et l’importance de la porte des brebis, rappelons que dans l’Israël ancien les portes de Sion symbolisaient l’idée de l’entrée en présence de Dieu. Quand Isaïe parle du jour de la paix universelle, il décrit un temps où « tes portes seront toujours ouvertes, le jour ni la nuit elles ne seront fermées » (Isaïe 60, 11). De même, l’autel des holocaustes était placé, non pas à l’intérieur du tabernacle, mais « devant l’entrée de la Demeure, de la Tente de Réunion » (Exode 40, 6). Le Christ vient accomplir toutes ces attentes : il est la porte à travers laquelle nous avons « accès au Père » (Éphésiens 2, 18). Il est la « voie nouvelle et vivante » (Hébreux 10, 20). Combien de fois nous avons répété les paroles du Psalmiste, en particulier pendant le temps de l’Avent (24, 7-10) :

Portes, levez vos frontons
élevez-vous, portes éternelles :
qu’il entre, le roi de gloire !
Qui est ce roi de gloire ?
C’est le Seigneur, le fort, le vaillant,
le Seigneur, le vaillant des combats.
Portes, levez vos frontons,
levez-les, portes éternelles :
qu’il entre, le roi de gloire !
Qui donc est ce roi de gloire ?
C’est le Seigneur, Dieu de l’univers;
c’est lui, le roi de gloire.

Les portes des brebis dans le Nouveau Testament

Dans l’Évangile d’aujourd’hui (Jean 1, 1-10), Jésus fait référence à deux types de bergerie avant de se présenter lui-même comme la porte des brebis. Dans les deux premiers versets, il décrit la sorte de « bergerie communautaire » qu’entretenait un village et à laquelle les bergers pouvaient ramener leur troupeau à la nuit tombante. L’enceinte était protégée par une porte robuste qu’on ne pouvait ouvrir qu’avec la clé du berger en chef.

Un second type de bergerie apparaît dans les versets qui suivent. Il s’agit d’un enclos pour les nuits où le troupeau demeurait dans les champs (comme la nuit où Jésus est né). Ces bergeries temporaires étaient généralement constituées par un muret de roches, avec une ouverture à une extrémité. Le berger lui-même servait de porte à une bergerie de ce type : pour dormir, il se couchait en travers de l’entrée. Qu’une brebis tente de s’échapper ou qu’un loup essaie d’entrer, ils devaient lui passer sur le corps ! Le berger lui-même était la porte.

La Porte des brebis à Jérusalem

Il est important de se rappeler que Jésus se présente d’abord, non pas comme le Bon Pasteur, mais comme la porte des brebis. Les anciens murs de Jérusalem comportaient une porte, au nord de la ville, par où on faisait entrer les animaux des régions environnantes pour les sacrifices. C’était la Porte des brebis. Une fois à l’intérieur de la ville et dans les parvis du temple, il n’y avait qu’une porte par où passaient les brebis et aucun agneau ne ressortait vivant de l’enceinte du temple. Les bêtes avançaient dans une seule direction et c’est là qu’elles étaient sacrifiées pour les péchés des êtres humains. Pour le public qui, le premier, a entendu l’enseignement de Jésus sur les brebis, cette image accentuait encore le choc que provoquait ses paroles : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis… Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. » (Jean 10, 7.9) À l’intérieur même du quartier du temple envahi par les brebis en route vers la mort, Jésus affirme qu’il y a une issue : « Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance; je suis le bon pasteur » (Jean 10, 10-11).

Jésus parle des brebis à l’endroit même où elles sont sur le point d’être mises à mort. Contrairement au berger entouré d’agneaux innocents que nous font voir nos images de brebis et de pasteur sur des collines verdoyantes, la protection de ces brebis demande plus qu’une main douce et un œil vigilant. Ces brebis doivent être protégées des puissances de mort. Jésus enseigne que celui qui n’entre pas dans la bergerie pour s’occuper du troupeau en passant par la porte – Jésus lui-même – est un voleur et un bandit. Personne ne vient au Père que par Lui. Jésus lui-même est la porte par laquelle le berger rejoint les brebis; par conséquent, les seuls bergers authentiques sont ceux qu’il aura autorisés. Aux versets 7-8, l’image est celle d’une porte par laquelle le berger a accès aux brebis; aux versets 9-10, l’image devient celle d’une porte par laquelle les brebis peuvent entrer et sortir. Les Pharisiens, parce qu’ils ne passent pas par Jésus, sont des voleurs. Ceux qui passeront par la porte qu’est Jésus auront la vie.

Le Pasteur modèle

Jésus est l’eau vive, le pain de vie et la porte de la vie. Jésus est le bon pasteur, le pasteur modèle, et de trois façons. Premièrement, il est prêt à donner sa vie pour ses brebis. Les Pharisiens sont des hommes à gages; ils tondent le troupeau mais n’ont aucune loyauté envers lui. Le berger fidèle, comme David autrefois, protège son troupeau.

Deuxièmement, il connaît ses brebis. Cette connaissance intime du troupeau, qui suppose l’amour et de longues nuits de veille, est la raison qui le pousse à donner sa vie. Et son amour s’étend au-delà de « ses brebis à lui », les membres de la communauté johannique, pour inclure tous ceux et celles qui croient en lui. Troisièmement, Jésus est la porte des brebis : non pas un piège menant à l’abattoir mais l’entrée dans la sécurité aimante de Dieu – dans la protection du bon pasteur.

Le Christ n’est pas seulement la porte; il est le roi qui entre et le temple auquel conduit la porte ! Autrefois, la « porte du ciel » était le firmament que Dieu entrouvrait pour faire pleuvoir la manne (Psaume 78, 24) mais désormais le Christ est le pain véritable venu du ciel (Nicodème). Jacob a vu « la porte du ciel » (Genèse 28, 17) dans le sanctuaire terrestre de Béthel mais quand le martyr Étienne regarde vers le ciel, il aperçoit « la gloire de Dieu et Jésus » (Actes 7, 55). Le Christ ne fait pas que nous inviter à entrer par Lui dans le Royaume des cieux : il en laisse la clé à ses apôtres en leur promettant que « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Matthieu 16, 19).

Souvenir de la visite d’un saint pasteur à Denver

Je ne peux m’empêcher de rappeler un des enseignements de Saint Jean-Paul II à propos de l’Évangile d’aujourd’hui; c’était lors de la Journée mondiale de la Jeunesse 1993 à Denver, dans le Colorado. Pendant la veillée de prière au Cherry Creek State Park, le 14 août 1993, le Saint Père déclara:

En Jésus Christ, le Père exprime toute la vérité au sujet de la création. Nous croyons que dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus le Père révèle tout son amour pour l’humanité. C’est pourquoi le Christ s’appelle lui-même « la porte des brebis » (Jean 10,7) Il est la porte et protège les créatures qui lui ont été confiées. Il les conduit vers de bons pâturages : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage » (Jean 10, 9). […]

À l’approche du troisième millénaire, l’Église sait que le Bon Pasteur continue, comme toujours, d’être l’espérance sans faille de l’humanité. Jésus Christ ne cesse jamais d’être « la porte des brebis ». Et en dépit de la longue histoire de péchés commis par l’humanité contre la vie, il ne cesse jamais de répéter avec la même vigueur et le même amour : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance » (Jean 10, 10). […]

Le Christ – le bon Pasteur – est présent parmi nous, au milieu de tous les peuples, de toutes les nations, de toutes les générations et de toutes les races, comme Celui qui « donne sa vie pour ses brebis »… Oui, le Bon Pasteur donne sa vie. Mais seulement pour la reprendre ensuite (Jean 10, 17). Et dans la vie nouvelle de la résurrection, il est devenu – selon les mots de saint Paul – « l’être spirituel porteur de vie » (1 Co 15, 45), capable de donner la vie à tous ceux et celles qui croient en lui.

Vie sacrifiée, vie reprise, vie donnée. En lui, nous avons cette vie qui est la sienne dans l’unité du Père et de l’Esprit Saint. À condition de croire en lui. À condition de faire un avec lui dans l’amour – en nous rappelant que « celui qui aime Dieu doit aussi aimer son frère » (1 Jean 4,21).

Questions pour la réflexion cette semaine

Jésus dit que les brebis reconnaissent la voix de leur berger et qu’elles vont le suivre plutôt qu’un étranger. Est-ce que je suis vraiment à l’écoute de la voix du Bon Pasteur ? Où est-ce que je cherche à l’entendre ? Est-ce que je suis la voie sur laquelle il me guide ?

Jésus dit qu’il est venu pour que nous puissions avoir la vie, et la vie en abondance. Que veut-il dire ? Est-ce que je vis la vie surabondante que Dieu a préparée pour moi ?

Jésus dit qu’il a encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie mais qu’il doit aussi conduire. Plusieurs exégètes pensent que cette expression désigne les Gentils qui n’attendaient pas le Messie mais qui accueilleraient la Bonne Nouvelle dans la joie. Quelles sont aujourd’hui les brebis qui doivent encore entrer dans la bergerie de Dieu ? Que faisons-nous pour les conduire au Christ ?

 

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