Jésus, le berger compatissant de Dieu

Seizième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 22 juillet 2018

Le thème du berger est au cœur des lectures de ce 16e dimanche du temps ordinaire (B). Le récit évangélique présente Jésus qui a de la compassion pour la foule, car ils étaient ‘comme des brebis sans berger.’ Il nous aide à comprendre son ministère d’enseignement, de réconciliation et de berger.

La littérature de l’Antiquité qualifiait souvent de berger la personne en charge de diriger la communauté.  L’Ancien Testament décrit souvent le Seigneur lui-même comme berger de son peuple. On l’invoque comme ‘mon berger’ (Ps 22, 1), et la communauté le prie en tant  que ‘Berger d’Israël’ (Ps 79, 1).

Dans le Nouveau Testament, l’image du berger manifeste à la fois une grande autorité et une grande responsabilité. Nourrir le troupeau signifie que le berger doit les protéger de l’hérésie, toujours prêt à protéger ses brebis des maraudeurs. Jean nous dit que Jésus lui-même proclamait accomplir l’espoir d’Israël en la venue du Bon Berger: «Je suis le Bon Berger. Le Bon Berger donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11).

Lorsque Jésus se retire dans un endroit désert avec ses disciples pour se reposer, il attire un grand nombre de gens à sa suite. Jésus est rempli de pitié envers ce nouveau peuple de l’exode; il satisfait leur faim spirituelle en leur enseignant plusieurs choses, se montrant ainsi le berger fidèle de la nouvelle Israël.

Lorsque les Écritures présentent Jésus saisi de pitié devant la foule parce qu’ils étaient « comme des brebis sans berger » dans Marc 6, 30-34, il faut savoir qu’une telle image n’est pas originale à Jésus dans les évangiles. L’image vient en fait du chapitre 34 d’Ezekiel, où Dieu fait déferler sa colère sur les bergers d’Israël qui se sont engraissés sur le dos des faibles et des vulnérables, au lieu de s’occuper d’eux (Ezekiel 34, 10-12).

Comme des brebis sans berger

La compassion de Jésus se résume à bien plus qu’une visite brève ou un sentiment de regret passager. Il s’agit plutôt d’une angoisse profonde, une anxiété et une peine face à la condition humaine. Jésus décrivait la vie spirituelle de ceux et celles qui vivaient à l’extérieur du salut offert gratuitement par Dieu. Jésus était angoissé pour les âmes de ces gens qui faisaient face à un désert spirituel sans personne pour les nourrir, les former et les mener vers une véritable nourriture spirituelle. Sans berger pour les protéger des faux enseignements, elles étaient en danger. Comme des brebis sans le bon berger, elles étaient seules et vulnérables aux attaques du mauvais qui rôde autour comme un lion affamé, cherchant à dévorer quelqu’un.

« Comme des brebis sans berger, » est une juste description de la vie spirituelle de plusieurs chrétiens du 21e siècle. L’expression décrit plusieurs de nos contemporains qui n’ont aucune direction, sont sans défense et donc très vulnérable aux séductions et aux attaques du mal. Les brebis sans berger ne sont pas qu’un peu perdues. Elles sont plus que vulnérables. Elles font face au danger et à la destruction.

 Se souvenir de la compassion de Jésus

Jésus vit les malades et sa compassion les guérit. Il vit ceux qui étaient possédés et les libéra. Il raconta l’histoire d’un roi à qui son serviteur devait une large somme. Lorsque le serviteur fut incapable de payer, le roi ordonna de le faire esclave avec sa famille. Lorsque le serviteur demanda pardon, le roi « eut de la compassion » pour lui et annula sa dette.

Jésus a parlé d’un homme qui se rendait de Jérusalem vers Jéricho. Le pauvre homme se fit piéger par des voleurs qui l’ont battu, volé et laissé pour mort. Deux fonctionnaires religieux de haut rang passèrent sans le voir, mais un Samaritain arrêta et « eut de la compassion » pour lui. Il couvrit les blessures de l’homme et le porta dans une auberge où il prit soin de lui toute la nuit. Le lendemain, il paya la note et fit une avance de crédit à l’aubergiste en lui disant : « Si mon ami a besoin de plus, je me chargerai de payer. »

Qui peut oublier ce récit provoquant du jeune fils qui prit sa part d’héritage pour la gaspiller dans l’éphémère? Un jour, il vint à ses sens et retourna à la maison de son père, sans vouloir reprendre sa place comme fils, mais souhaitant plutôt être engagé comme serviteur. Son père le vit arriver et « eut de la compassion » pour lui. Avant que le fils puisse prononcer son repentir, le père lui fit mettre l’anneau familial, une robe et des sandales avant de convoquer une grande fête pour célébrer son retour.

La compassion de Jésus guérit et nourrie, remet d’énormes dettes, prend soin des corps blessés et accueille les pécheurs à la maison, leur donnant une place d’honneur. Jésus ne laissera pas sa compassion demeurer en Dieu ou au Ciel. Il nous le demande : « Soyez compatissant comme votre Père est compatissant. »

Jésus fit beaucoup plus que ressentir de la compassion pour ceux qu’il croise dans ce récit de Marc 6. Sa vive émotion le poussa à agir bien au-delà de ce que n’importe quel berger devrait faire pour ses brebis. L’authentique berger, dont la vie s’inspire de celle de Jésus, doit aimer les personnes qui lui sont confiées et imiter Jésus.

Où trouver une telle compassion pour nous-mêmes?

De temps à autres, malgré nos meilleures intentions, nous sommes nous aussi dans le besoin, ceux qui sont comme des brebis sans berger. Parfois nous nous demandons: « Où donc pouvons-nous trouver cette compassion à partager avec les autres? » J’ai appris que c’est seulement dans la solitude devant Dieu, faisant face à nous-mêmes, que nous pouvons découvrir la compassion de Dieu. Peut-être n’est-ce pas un accident qu’au plus fort de son ministère, affublé des besoins et des demandes constantes de la foule, Jésus invite ses disciples à le joindre au désert : «Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu.»

Est-ce que ça ne peut pas être la même chose pour nous, qu’à l’écart du brouhaha des exigences quotidiennes, nous nous retirions pour poser notre cœur devant Dieu? Là, nous découvrirons la pitié et deviendrons porteurs de la compassion du Christ pour notre temps.

Mener les gens en dehors du désert

L’une des réflexions les plus profondes sur le thème du berger compatissant se trouve dans l’homélie de Benoît XVI lors de son installation comme successeur de Pierre le 24 avril 2005 :

La sainte inquiétude du Christ doit animer tout pasteur : il n’est pas indifférent pour lui que tant de personnes vivent dans le désert. Et il y a de nombreuses formes de désert. Il y a le désert de la pauvreté, le désert de la faim et de la soif ; il y a le désert de l’abandon, de la solitude, de l’amour détruit. Il y a le désert de l’obscurité de Dieu, du vide des âmes sans aucune conscience de leur dignité ni du chemin de l’homme. Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands. C’est pourquoi, les trésors de la terre ne sont plus au service de l’édification du jardin de Dieu, dans lequel tous peuvent vivre, mais sont asservis par les puissances de l’exploitation et de la destruction. L’Église dans son ensemble, et les Pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers Celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude.

Au cours de la semaine qui vient, que notre prière soit faite d’écoute, de compassion et de courage. Demandons au Seigneur de nous rendre conscients des déserts grandissants de nos contemporains et peut-être de nos propres déserts aujourd’hui. Demandons-lui de nous donner sa compassion pour ceux et celles qui sont vraiment des brebis sans berger. Et prions pour le courage de mener nos amis hors de leurs déserts et vers des chemins de vie et d’amitié avec le Christ, le Bon Berger.