Être disciple a un prix

Deuxième dimanche du temps ordinaire, Année B – 14 janvier 2018

En réfléchissant au sujet des lectures de ce dimanche, en particulier l’appel de Samuel, d’André et de son frère, je me suis souvenu d’une chose que le pasteur luthérien allemand Dietrich Bonhoeffer a écrit depuis sa prison dans l’Allemagne nazie : « Ce n’est qu’en vivant sans réserve les devoirs, les problèmes, les réussites et les échecs, les expériences et les perplexités de cette vie… qu’on devient un homme et un chrétien. » Bonhoeffer a fait l’expérience de ce qu’il nommait de façon si poignante « le coût d’être disciple ».

Le prophète Samuel et André et Simon-Pierre ont aussi fait l’expérience de ce coût dans leurs propres vies. Considérons d’abord l’histoire de l’appel de Samuel – une histoire dramatique qui illustre la dynamique de l’appel de Dieu et qui nous donne un exemple à imiter dans nos vies. Élie était vieux et presque aveugle. Ses fils, des prêtres du Temple, avaient été infidèles à Dieu. Leur temps tirait à sa fin, alors Dieu a appelé Samuel pour initier une ère nouvelle.

Samuel avait besoin d’aide pour discerner son appel; la sagesse d’Élie et son amitié envers le jeune homme ont été nécessaires à Samuel pour qu’il entende vraiment la voix du Seigneur. Après que Samuel eut reconnu que c’était bel et bien le Seigneur qui l’appelait, il pu devenir le grand prophète qui, plus tard, parviendra à discerner la volonté de Dieu pour le peuple au sujet des enjeux religieux, sociaux et politiques.

Lorsque nous nous approchons du Seigneur pour écouter sa Parole, notre plus profonde prière et le cri de notre cœur devrait être : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute. » Cependant, n’est-il pas vrai que le cri se révèle souvent être : « Écoute Seigneur, ton serviteur parle » ?

Au synode des évêques portant sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église » en 2008, Mgr Luis Antonio Tagle du diocèse de Imus aux Philippines, actuellement archevêque de Manille, a prononcé l’une des interventions les plus signifiantes. Mgr Tagle a parlé de la disposition à l’écoute de la Parole de Dieu qui mène les gens vers la vraie vie. Il a dit : « Écouter est une affaire sérieuse. L’Église doit former des auditeurs de la Parole. Cependant, écouter ne se transmet pas tant par l’enseignement que par un milieu où se vit l’écoute. »

Mgr Tagle a suggéré trois pistes pour développer une disposition à l’écoute :

  1. Écouter dans la foi signifie ouvrir son cœur à la Parole de Dieu, la laissant nous pénétrer et nous transformer, puis la mettre en pratique. C’est l’équivalent de l’obéissance dans la foi. Une formation en écoute est une formation de la foi intégrale.
  2. Les événements de notre monde montre les effets tragiques du manque d’écoute : des conflits dans les familles, un décalage entre les générations et entre les nations, et de la violence. Les gens sont piégés dans un milieu de monologues, d’inattention, de bruit, d’intolérance et de narcissisme. L’Église peut fournir un milieu de dialogue, de respect, de mutualité et de transcendance.
  3. Dieu parle et l’Église, en tant que servante, prête sa voix à la Parole. Cependant, Dieu ne fait pas que parler. Dieu écoute aussi, spécialement les justes, les veuves, les orphelins, les persécutés et les pauvres qui n’ont pas de voix. L’Église doit apprendre à écouter de la même façon que Dieu écoute et elle doit prêter sa voix aux sans voix.

Dans le récit de l’évangile pour le deuxième dimanche du temps ordinaire, c’est Jésus qui prend l’initiative, qui fait le premier pas. Sa question aux disciples est intrigante : « Que cherchez-vous? » (Jean 1, 38). Loin d’être une banale interrogation, ces mots sont un questionnement profondément religieux et théologique. « Pourquoi », demande Jésus, « venez-vous à moi pour des réponses? » Ils lui demandent : « Maître, Rabbi, où demeures-tu? » (verset 38) Le verbe « vivre », « demeurer », « habiter », « résider », « loger » revient quarante fois dans les quatre évangiles. C’est un verbe qui exprime avec concision la théologie de la présence qui séjourne de Jean.

Les disciples ne sont pas uniquement préoccupés du lieu où Jésus pourrait dormir cette nuit-là, mais ils demandent en réalité où a-t-il sa vie. Jésus leur répond : « Venez et vous verrez » (verset 39). Deux mots chargés de sens tout au long de l’évangile de Jean – « venir » à Jésus est utilisé pour décrire la foi en lui (cf. Jean 5,40 ; 6,35.37.45 ; 7,37). Pour Jean, « voir » Jésus avec la perception réelle, c’est croire en lui.

Les disciples commencèrent leur vie de disciple lorsqu’ils allèrent voir le lieu où il restait et qu’ils « restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jean 1, 39). Ils ont répondu à son invitation à croire, ils ont découvert ce qu’était sa vie et ils sont restés; ils commencèrent à vivre en lui, et lui, en eux. Après qu’André eut une meilleure connaissance de Jésus, il alla « trouver son frère » Pierre et il « l’amena à Jésus » (versets 41 et 42). Toute cette expérience sera accomplie lorsque les disciples verront sa gloire sur la croix.

Que pouvons-nous apprendre des récits de vocation dans les lectures de ce dimanche-ci? Nous ne sommes jamais appelés pour notre bénéfice personnel, mais pour celui des autres. Israël a été appelé par Dieu pour le bienfait des impies autour de lui. Dieu appelle les chrétiens pour le bienfait du monde dans lequel nous vivons.

Être appelé ne requiert pas de notre part la perfection, mais seulement la fidélité et l’écoute du sacré. Samuel et les prophètes d’Israël, les pêcheurs de Galilée et même les collecteurs d’impôts que Jésus a appelés n’ont certainement pas été appelés en raison de leurs qualifications ni de leurs accomplissements. Paul dit que Jésus a choisi « ce qu’il y a de fou » pour que les sages soient humiliés. C’est un appel dynamique qui implique une réponse entière de notre part. Nous ne serons jamais plus les mêmes parce qu’il nous a appelés, aimés, changés et qu’il nous a fait à son image. Parce qu’il nous a appelés, nous n’avons d’autre choix que d’en appeler d’autres à le suivre.

Comment avez-vous été appelé loin de la routine de votre vie, loin des frustrations de la vie quotidienne et du travail? Quelle nouvelle finalité voyez-vous émerger dans votre vie en raison des façons par lesquelles Dieu vous a appelé? À travers qui avez-vous ressenti l’appel du Seigneur dans votre vie? Avez-vous appelé qui que ce soit à suivre le Seigneur récemment?