Contemplant le visage de Jésus

Cinquième dimanche du Carême, Année B – 18 mars 2018

Le 5ième dimanche de carême (Année B) nous invite à fixer notre regard sur Jésus, le prêtre modèle, souffrant, compatissant et solidaire de l’humanité. Premièrement, considérons l’Évangile de Jean au chapitre 12 : l’apogée du ministère public de Jésus. C’est le dernier acte officiel avant les événements de sa passion, dimanche prochain. Il y a les gentils, les non-Juifs, qui cherchent Jésus pour la première fois. Ils ne viennent pas simplement pour lui jeter un regard, avoir une « audience générale » avec lui, mais plutôt pour le « voir ». Dans l’évangile de Jean, « voir » Jésus c’est l’équivalent de croire en lui. Quelle simple et cependant combien stupéfiante demande : «Monsieur, nous voudrions voir Jésus » Jn 12, 21.

Au travers de la totalité des Écritures, hommes et femmes ont désiré voir Dieu, contempler son apparence, sa beauté et sa gloire. Combien de fois dans les psaumes demandons-nous de voir la face de Dieu ? « Que ton visage illumine ton serviteur » (Ps 119, 135). Non seulement nous supplions de voir le visage de Dieu, mais il nous est demandé de le faire. « Cherchez ma face », dit le Seigneur (Ps 27,8). Nous ne pouvons pas faire semblant, il nous est demandé de chercher la face de Dieu. Puis, commencent les lamentations. « Ne me cache pas ta face » (Ps 102, 2). « Pourquoi caches-tu ton visage, Seigneur ? » (13,2). Nous supplions, nous cherchons mais nous ne pouvons pas trouver le visage de Dieu. Ensuite nous sommes éperdus. Moïse, parlant comme un ami parle à un ami, a demandé à Dieu de voir son visage. Mais Dieu lui a répondu : « Tu ne peux pas voir mon visage; car personne ne pourra voir mon visage et vivre » (Exode 33,20).

Quand nous demandons dans les psaumes à voir le visage de Dieu, nous demandons de voir réellement Dieu comme il est vraiment, de contempler les profondeurs de Dieu. Dans le dernier chapitre du dernier livre des Écritures, il est écrit : « Ils verront sa face » (Apocalypse 22,4). Nous voyons le visage de Dieu révélé dans la personne de Jésus de Nazareth. Désirons-nous voir le visage de Dieu souvent ? Où trouvons-nous sa face aujourd’hui ? Que faisons-nous lorsque finalement nous voyons le visage de Jésus ?

« Voir Jésus » dans le jardin des souffrances

L’auteur de la lettre aux Hébreux est rempli des pensées et de la théologie de Paul et de Jean, mais il contemple aussi l’agonie de Jésus dans le jardin en lien avec les sacrifices offerts au temple et la prêtrise selon les Écritures. L’Ancien Testament n’a jamais imaginé de demander au grand prêtre d’être comme ses frères et sœurs, mais était au contraire soucieux de le séparer des autres. Une attitude de compassion envers les pécheurs semblait être incompatible avec la prêtrise de l’Ancienne Alliance. De plus, aucun texte n’a jamais spécifié que le grand prêtre serait libre de tout péché.

L’épitre aux Hébreux (5, 7-9) nous présente un type différent de prêtrise, celle d’une extraordinaire compassion et solidarité. Durant sa vie terrestre, Jésus a partagé notre chair et sang, pleurant dans ses prières et versant des larmes silencieuses. Il a expérimenté toutes nos difficultés. Il est un homme éprouvé ; il connaît notre condition de l’intérieur et de l’extérieur , c’est seulement par cela qu’il a acquis une profonde capacité à compatir. C’est la seule sorte de prêtrise qui fait une différence, et cela en vaut la peine depuis toujours.

Que cette image de Jésus nous enseigne-t-elle aujourd’hui ? Loin de créer un abysse entre Jésus-Christ et nous-mêmes, nos propres épreuves quotidiennes et faiblesses sont devenus le lieu privilégié de notre rencontre avec lui, et non seulement avec lui, mais avec Dieu lui-même. La conséquence en est que dès aujourd’hui, pas l’un de nous peut se pencher sur une situation douloureuse sans trouver que Christ est, par ce fait, de notre côté. Jésus était « écouté à cause de son autorité ou sa pieuse soumission ». Et nous recevons la consolation que nous aussi pourrons être écouté à cause de notre propre persévérance dans la prière, notre respect devant Dieu et notre pieuse soumission à sa volonté pour nous

Voir Jésus dans la souffrance et la mort du pape Jean-Paul II

Nous lisons aujourd’hui dans ce passage d’évangile que le les Grecs s’adressent en premier à Philippe qui est du village de Bethsaïde au bord de la Mer de Galilée. « Philippe alla le dire à André, puis ensemble ils le dirent à Jésus» (Jn 12,22). Pour voir Jésus, l’un doit être conduit à lui par un apôtre. Le témoignage de ceux qui ont vécu avec lui, à ses cotés, nous le montre et nous ne pouvons rien faire sans ce témoignage.

Nous avons besoin des écrits apostoliques, spécialement des Évangiles, transmis par la tradition, de laquelle nos parents, prêtres, diacres, enseignants, catéchètes, prêcheurs et autres croyants sont les témoins et les porteurs de la Bonne Nouvelle. Combien important et nécessaire est-il de reconnaître ces personnes-clés dans nos vies qui sont des témoins vivants et des liens à la tradition et à la Bonne Nouvelle de Jésus ! L’une de ces personnes pour des millions de gens dans le monde était Karol Wojtyla, l’homme que nous connaissons comme Jean Paul II.

En avril 2005, le monde assistait publiquement à l’agonie et à la passion de ce successeur de Pierre. Alors que nous commémorons le 13e anniversaire de la mort de Jean-Paul II le 2 avril, je ne peux pas m’empêcher de rappeler ces jours si émouvants et voir combien il nous a révélé le visage de Dieu et l’image de Jésus crucifié.

L’une des plus puissantes leçons qu’il nous a enseignées dans le crépuscule de son pontificat fut que chacun doit souffrir, même le Vicaire du Christ. Plutôt que de cacher ses infirmités, comme la plupart des gens font, il a laissé le monde entier voir ce qui lui arrivait. Au dernier moment de sa vie, l’athlète était immobilisé, la voix bourrue si distinctive s’est tue et la main, qui a produit tant d’encycliques, incapable d’écrire. Mais rien ne fit faiblir Jean-Paul II, même la maladie dégradante cachée derrière un masque de Parkinson ou ultimement, son incapacité à parler et se mouvoir. Beaucoup croient que le plus puissant message qu’il prêcha fut quand les mots et les actions lui manquaient.

L’un des moments inoubliables et formateurs de ces derniers jours eut lieu la nuit du Vendredi saint 2005, pendant que le Pape, assis dans sa chapelle privée au Vatican, regardait le chemin de Croix, diffusé à la télévision, depuis le Colisée de Rome. À la station commémorant la mort du Seigneur, une caméra montra le Pape embrassant la croix dans ses mains avec sa joue tout contre le bois. Son acceptation de la souffrance et de la mort n’eurent pas besoin de mots. L’image parlait d’elle-même.

Quelques heures avant sa mort, les derniers mots audibles du pape Jean-Paul II furent : « Laissez-moi aller à la maison du Père ». Dans l’intimité de la prière, alors que la messe était célébrée au pied de son lit et que les foules pleines de ferveur chantaient plus bas sur la place St-Pierre, il est mort à 21 h 37 le 2 avril. À travers sa passion publique, souffrance et mort, ce saint prêtre, successeur des Apôtres, et Serviteur de Dieu, nous a montré le visage de Jésus d’une manière remarquable.

Dans la vidéo ci-dessous, je vous offre une réflexion de Carême sur la résurrection de Lazare par Jésus de l’Evangile pour les scrutins des catéchumènes ainsi que le cinquième dimanche du Carême, Année A…