Cette nourriture qui fortifie Élie est aussi la nôtre

Réflexion biblique pour le 19e dimanche du temps ordinaire B

J’ai toujours aimé lire le cycle du livre des Rois avec Élie. Le chapitre 18 du premier livre dresse un portrait d’Élie en tant que prophète invincible qui s’élève contre les rois et prophètes, mais reste pleinement humain à travers son périple! La première lecture de ce dimanche tirée de 1 Rois 19 nous présente un grand prophète qui est également vulnérable, pris par la peur et le découragement. 

Situons d’abord ce récit du premier livre des Rois. Au chapitre 19, nous voyons les retombées de la brillante victoire d’Élie contre Jézabel et les prêtres de Baal au sommet du mont Carmel. Alors qu’il aurait dû être triomphant, Élie reçoit un message lui révélant les intentions meurtrières de Jézabel, et il prend peur (v. 3). Élie est persécuté à cause de sa fidélité et pour demander l’obéissance au Dieu unique: une telle loyauté menaçait des pouvoirs qui avaient leurs propres idées sur les individus ou objets que l’on devait adorer.

L’ardent prophète d’Israël fuit immédiatement vers le Sud dans le désert du Néguev. Son humeur est à la défaite et à la désolation. Après tout ce qu’il avait fait pour le Dieu d’Israël, sa victoire lui semblait bien éphémère. On ne lui avait pas donné la protection divine promise. Il voulait tout simplement mourir: « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie: je ne vaux pas mieux que mes pères.» Là, dans le désert aride, Élie s’assied à l’ombre d’un buisson et demande la mort à Dieu. Il manifeste ainsi son découragement face à son peu de succès à encourager les Israélites à être fidèles à Dieu.

Une énergie d’en-haut

Le prophète Élie

Le prophète Élie

Soudain, un messager (un ange) du Seigneur le réveille et lui dit de boire et manger. Alors que Jézabel le méchant envoie un messager de mort à Élie, le Seigneur Dieu lui envoie un messager de vie, qui sert à boire et à manger à Élie, deux éléments essentiels pour survivre dans la nature sauvage.

Élie boit et mange, mais s’endort de nouveau, indiquant ainsi qu’il ne s’est pas complètement remis de sa léthargie ou de sa dépression. Le messager tire de nouveau Élie de son sommeil le pressant de manger et de boire, lui donnant cette fois une raison, «autrement le chemin sera trop long pour toi» (19, 7).

Que pouvons-nous apprendre d’Élie au désert? Nous avons là un homme qui a donné sa vie en toute fidélité au Dieu d’Israël. Il a été «plein de zèle pour le Seigneur.» Son cri désespéré, «je ne vaux pas mieux que mes pères», laisse voir un homme qui a perdu confiance en lui. Il croyait être un serviteur de Dieu exemplaire. Il croyait maintenant que tout cela avait été en vain!

Nuit sombre de l’âme

En dépit de cela, le Dieu d’Israël n’abandonne pas Élie. Dieu commence à enseigner à Élie lorsque la fameuse débrouillardise de ce dernier s’épuise. Des anges de Dieu doivent le nourrir dans sa faiblesse. Puis, Dieu le mène dans une période de réflexion au désert.

Son passage dans le Néguev dure quarante jours et quarante nuits, temps significatif dans la Bible. Comme les Hébreux qui errèrent dans le désert à la recherche de Dieu, ce prophète plein de zèle et serviteur de Dieu est conduit vers un chemin semblable. Élie parvient éventuellement à la montagne sacrée de l’Horeb, où il passa la nuit dans une sombre caverne. La nuit sombre et la caverne sans lumière reflète bien la « nuit sombre de son âme».

D’après certaines traditions de l’Ancien Testament, le mont Horeb serait le nom du mont Sinaï, la montagne associée à l’apparition de Dieu. Quarante jours et quarante nuit en lien avec le mont Sinaï nous rappelle les deux séjours de Moïse sur cette montagne, pendant quarante jours et quarante nuits (Ex 24, 18; 34, 28). 

Le but de ce récit poignant n’est pas de rapporter le périple physique d’Élie au mont Horeb ou mont Sinaï, mais plutôt de nous montrer quelque chose de bien plus important. Dans un acte de pure grâce, Dieu intervient, fournit au prophète de quoi vivre, et suggère un pèlerinage vers une montagne qui demeure toujours liée à la source et à l’essence de la foi des Israélites.

Ce récit d’Élie s’adresse à tous ceux qui sont éreintés, effrayés ou qui ont besoin de se renouveler ou de s’engager de nouveau selon leur appel d’origine. Cette histoire suggère une manière d’aller de l’avant : bois et mange de la nourriture de Dieu, reviens à la foi de tes pères, écoute la voix Seigneur. Il s’agit peut-être de la voie pour trouver un nouvel élan, une nouvelle vision, un nouveau sens. Élie doit apprendre que l’on ne rencontre pas Dieu dans la furie d’événements aussi spectaculaires que bruyants. Dieu ne se laissera pas prendre par les actions zélées et bruyantes du prophète qui se trouve désormais silencieux et défait au sommet de la montagne du Seigneur.

Élie découvre que la rencontre de Dieu se fait lorsque cessent les activités, lorsque se taisent les mots, lorsque le cœur est triste et l’estomac crampé de douleurs. Lorsque l’esprit et le cœur d’Élie sont finalement vidés de toute ambition et autopromotion, Dieu se fait entendre.

Pain de vie

Pour Élie, pour Jésus et pour nous, le pain est essentiel à la vie. Le pain est au centre de la vie. Le pain est la vie. Dans l’évangile de ce dimanche (Jn 6, 41-51), Jésus nous dit qu’il est le pain de vie. En fait, le Christ est la vie: il est le pain vivant. Manger le corps et boire le sang de Jésus signifie davantage que simplement croire en lui. L’image de Jésus comme «pain de vie» est au cœur de ce qu’est le renouveau dans le mystère du Christ.
 
Lorsque Jésus dit qu’il est le pain de vie, il n’insiste pas tant sur le pain comme tel que sur le «je» qui déclare l’être. Jésus dit que ce dont nous avons envie pour combler notre faim se trouve en lui, le «je» qui identifie sa vie au pain qu’il donne (6, 51). Jésus est plus qu’une simple nourriture pour notre corps. Il est plus que l’amour qui satisfait nos besoins émotifs. Il est la Parole qui comblera notre faim de vérité. Il comblera toutes nos faims humaines.  

Pour les baptisés, l’eucharistie est la voie par excellence pour célébrer et entretenir notre lien avec le Seigneur ressuscité. Considérons les gestes hautement symboliques de Jésus alors qu’il nous donne ce pain du ciel. Jésus prit le pain. Il a pris le pain de nos vies et le joint au sien. Jésus bénit le pain. Il nous a ainsi bénis par sa vie. Notre baptême fut le premier moment de cette bénédiction. Chaque autre moment avec Jésus-Christ approfondit cette bénédiction.

Jésus rompit le pain. Comme lui, notre vie est faite de moments difficiles. Nous sommes blessés, brisés, perdus, découragés, désillusionnés, vides, rejetés, sans énergie ni espoir. Nous sommes semblables à Élie sous le buisson, attendant que notre vie s’achève. Pourtant, même dans ces moments pénibles, le Seigneur Jésus est présent.

Jésus donna le pain. Il donna son temps et un peu, beaucoup, de lui-même. Il donna une parole et un pain qui nourrissent. Il donna pleinement en faisant le don de sa vie. Il donna jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à donner, déclarant son œuvre et sa vie accomplies par ces paroles: «Tout est accompli» (Jn 19, 30). Baissant la tête, il rendit l’esprit, ce même esprit qu’il nous donna lorsqu’il apparut ressuscité des morts (cf. 20, 23).  

Par sa vie, sa mort et sa résurrection, Jésus nous a donné un exemple profond et nous invite à faire comme lui. «Allez et faites de même» est à la fois un défi et un envoi. Un envoi, une commande, à vivre le mystère d’être pain béni, rompu et donné pour les autres. Lorsque nos vies s’écroulent en morceaux, souvenons-nous de ce Pain qui a été rompu pour nous. Il ne peut être rompu sans qu’on le tienne fermement dans nos deux mains. Fraction du pain ou de nos vies: les deux portent le défi du mystère de la foi.

Prions afin que notre partage du pain et du vin eucharistiques nous transforme toujours plus en ce que nous mangeons et buvons, et que nous devenions ainsi véritable pain vivant, rompu et partagé pour tous et avec tous.

(Les lectures de ce dimanche sont 1 Rois 19, 4-8; Éphésiens 4, 30-5, 2 et Jean 6, 41-51)