Annoncer la Parole de Dieu avec autorité

Quatrième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 28 janvier 2018

Au début du récit de Marc à propos du Fils de Dieu, nous lisons le récit de vocation des premiers disciples (Marc 1, 16-20) et la confrontation avec le mal (Marc 1, 21-28). Ces appels, influencés par ceux, impérieux, des prophètes (Isaïe 6, 1-13; Jérémie 1, 14-19), sont des modèles d’attitude de disciple. Jésus n’est pas un prophète solitaire, mais un prophète qui appelle des compagnons à « être avec lui ». Il entre dans la vie de quatre personnes engagées dans leurs occupations ordinaires, il leur dit simplement : « Suis-moi », et immédiatement, elles laissent tout pour le suivre.

Le récit de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm inaugure les premiers jours de son ministère, fait d’exorcismes et de guérisons. L’histoire reflète la pensée juive contemporaine qui soutenait que la venue du Royaume de Dieu marquerait la défaite du mal, personnifié dans un déploiement de démons et d’esprits impurs. La parole de Jésus est si puissante que les gens abandonnent leurs occupations et le suivent, et même les puissances démoniaques sont impuissantes devant sa parole. Jésus somme les gens de changer leur cœur, de jeter un nouveau regard sur leurs vies et de faire confiance à la bonne nouvelle. Ceci n’est pas seulement une histoire du passé, mais une histoire qui continue de parler puissamment et prophétiquement aux gens d’aujourd’hui.

En ce quatrième dimanche du temps ordinaire, la première lecture (Deutéronome 18, 15-20) et l’évangile (Marc 1, 21-28) soulève tous deux la question de l’autorité de ceux qui annonce la Parole de Dieu. Les prophètes authentiques enseignaient avec autorité parce que Dieu mettait ses propres mots dans leurs bouches. Dans la première lecture, Moïse dit au peuple que Dieu enverra un prophète issu de la lignée des Israélites. Dieu ordonne à tous d’écouter ce prophète, que nous reconnaissons comme étant Jésus.

Jésus stupéfie les gens dans la synagogue de Capharnaüm avec ses enseignements et son autorité. Il enseignait avec autorité parce qu’il est la Parole de Dieu vivante. Nous sommes tous des témoins de cette Parole vivante qu’est Jésus. Nous n’avons en nous-même aucune autorité; nous ne faisons que proclamer sa Parole. Chaque membre de l’Église, en vertu de son baptême et de sa confirmation, porte un rôle prophétique et est écho de la Parole de Dieu lui-même, à la fois par les mots et par l’exemple. Nos bottines doivent suivre nos babines!

Deux des mots les plus mal utilisés et mal compris de nous jours sont « prophète » et « prophétique ». Dans l’esprit populaire, les prophètes tombent dans les stéréotypes surannés, toujours à l’écart et en train de protester contre le système. Ils peuvent être vêtus médiocrement, criant et faisant honte à ceux qui sont polis et aux élites! Pour plusieurs prophètes de ce genre, la colère semble être une émotion « signature ».

Pourtant dans la Bible, prophétiser semble souvent fort différent. Il y a eu bien sûr les prophètes solitaires comme Élisée et Jean le Baptiste, mais plus souvent les prophètes étaient pleinement intégrés aux « systèmes » et aux « structures » de leurs temps. Pensez à Jérémie qui provenait de la maison de prêtres déchus d’Élie; Ézéchiel, Zacharie et Isaïe étaient également prêtres et prophètes à la cour. Les prophètes paraissaient à la cour des rois d’Israël. Dans la touchante histoire du roi David, le prophète Nathan réprimande le roi pour adultère et meurtre, mais il est aussi capable de manœuvrer discrètement dans ses efforts pour mettre Salomon sur le trône!

Les prophètes authentiques étaient des opposants stridents au statut quo. Ils reconnaissaient et ressentaient l’injustice que les rois et les prêtres et les faux prophètes voulaient voir blanchie. Ils partageaient les plaintes des pauvres opprimés, des veuves, des orphelins et des dépossédés, et ils articulaient ces plaintes en des cris de malheur. Ils dénonçaient le système, mais ils dénonçaient un système dont ils faisaient partie intégrante. Ils ressentaient profondément ce qui n’allait pas dans ce système et faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour susciter au sein du système un changement.

C’est bien trop facile de dénoncer à distance. Les gestes de répudiation et de condamnation coûtent si peu et y ajouter le terme « prophétique » peut conférer une aura de piété, d’importance et de bon sens à la réputation et aux œuvres d’une personne. Mais ils n’accomplissent pas leur but de provoquer la conversion, la transformation et le renouveau.

Les prophètes dans la Bible ne peuvent pas se permettre simplement des gestes. Ils sont appelés à proclamer la Parole du Seigneur au sein de la cour, causant des ravages ce faisant! Les prophètes authentiques disaient la vérité en face aux personnes au pouvoir, ils parlaient à des hommes et à des femmes puissants qu’ils connaissaient intimement, souvent en raison de leur propre position de force. Fréquemment, ces prophètes étaient à l’emploi de ceux qu’ils défiaient!

Finalement, un mot sur not propre efforts « prophétiques » pour susciter au sein de l’Église du changement. Je serai éternellement reconnaissant à feu le cardinal jésuite Avery Dulles pour m’avoir inculqué ces idées dans mon esprit et dans mon cœur il y a des années. Le père Dulles disait que les réformateurs devraient parler prophétiquement. Cela peut s’avérer véridique en autant que la nature de la fonction de prophétie soit bien comprise. Le père disait que saint Thomas d’Aquin avait fait une distinction essentielle entre prophétiser comme cela se fait dans l’Ancien Testament et prophétiser comme cela se fait dans l’Église. Les anciens prophètes ont été envoyés pour deux raisons : « pour établir la foi et pour rectifier le comportement. À notre époque, » poursuit le père Dulles, « la foi a déjà été fondée, puisque les choses promises dans l’ancien temps ont été accomplies en Christ. Mais prophétiser dans le but de rectifier les comportements, cela ne cesse pas, ni ne cessera jamais. »

De quelle façon annonçons-nous la Parole de Dieu avec autorité aujourd’hui? Comment utilisons-nous notre autorité pour l’avancement du Royaume de Dieu? De quelles façons nos paroles, nos gestes, nos messages et nos vies sont-ils prophétiques aujourd’hui, dans l’Église et dans le monde?