« Voulez-vous partir, vous aussi? »

Réflexion biblique pour le 21e dimanche du temps ordinaire B

Dans l’évangile de ce dimanche (Jean 6, 60-69), nous entendons les diverses réactions des disciples au discours de Jésus entendu au cours des dernières semaines: le discours sur le Pain de vie.  Jésus offre du pain, mais ce pain n’est pas comme la manne que Dieu a donnée au peuple au désert; ce pain, c’est lui-même, sa vie même, et ceux qui en mangent « vivront éternellement. » Comme c’est souvent le cas dans l’évangile de Jean, des mots simples comme pain et vie débordent de sens théologique. Des siècles de théologie de l’eucharistie et de réflexions nous offrent une clé pour comprendre ces mots. Il faut toutefois savoir que ces paroles, prononcées à l’origine, ont causé bien des maux de tête et ont probablement offensé certaines gens. Saisissant bien l’humeur de son auditoire, Jésus dit : « Cela vous heurte? »

Le défi lancé par Jésus marque un point tournant du quatrième évangile. Non seulement nous dit-on que l’un de ceux qui suivaient Jésus allait le trahir, on apprend également que « beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. » Le groupe devient plus petit alors que les enjeux deviennent plus importants. Malgré l’explication de Jésus, certain choisissent de s’en aller et ainsi révoquent leur loyauté. Jean se sert ici du mot disciples  pour ceux qui tournent leur dos. Ceux-ci n’étaient pas que de simples auditeurs de Jésus : ils étaient des disciples qui le connaissaient et étaient, fort probablement, connus de lui.

« Voulez-vous partir, vous aussi? »

Alors Jésus appelle les Douze et leur lance directement la question : « Voulez-vous partir, vous aussi? » Pierre agit ici comme porte-parole, comme il le fait dans les autres évangiles: « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Bien que les paroles soient différentes, cet échange est pareil à la confession de Pierre à Césarée de Philippe. À cet endroit, Jésus demande: « Pour vous, qui suis-je? » – ce à quoi Pierre répond : « Tu es le Messie » (Marc 8, 27-30). Dans les deux cas, le miracle de la multiplication sert de toile de fond à la question cruciale : qui est vraiment Jésus?

Les paroles difficiles de Paul au sujet du mariage

Il faut regarder attentivement la relation entre le Christ et l’Église pour comprendre ce que devrait être la relation d’un homme et d’une femme dans le mariage selon la Bible. Dans la deuxième lecture de ce dimanche tirée de la lettre à la communauté d’Éphèse, Paul exhorte les chrétiens mariés à un amour mutuel fort. À l’origine et au centre de chaque mariage chrétien, il doit y avoir l’amour : « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré pour elle. » Si l’enseignement de Paul sur le mariage chrétien était difficile à cette époque, il ne l’est pas moins aujourd’hui.

S’appuyant sur Genèse 2, 24 à l’effet que le mariage est une institution divine (Eph 5, 31), Paul voit le mariage chrétien prendre un nouveau sens, un sens symbolique de la relation d’amour entre le Christ et l’Église. La femme devrait servir son mari dans le même esprit que l’Église est au service du Christ (Eph 5, 22-24), et le mari devrait prendre soin de sa femme avec le même dévouement du Christ pour l’Église (Eph 5, 25-30). Paul donne le plus haut sens au passage de la Genèse, à la lumière de l’union du Christ et de l’Église, de laquelle la fidélité et le dévouement dans le mariage chrétien sont le reflet (Eph 5, 31-33). 

Certains éléments de cette lettre aux Éphésiens peuvent être problématiques de nos jours, spécialement ce passage « femmes, soyez soumises à vos maris », souvent pris hors contexte. Certains se sont même servis de cette phrase (verset 22) pour justifier les abus envers un conjoint. Ils ont tenté de justifier leur mauvais comportement, mais le passage (versets 21-23) réfère à la soumission mutuelle des époux par amour pour le Christ. Le mari doit aimer sa femme comme son propre corps, comme le Christ aime l’Église.

Les Écritures ne peuvent servir à justifier aucune forme de violence ni aucun abus d’un être humain. L’évangile nous appelle tous à manifester notre respect et notre attention les uns pour les autres. Ces éléments doivent être au cœur d’un mariage sain comme de toute autre relation qui requiert un engagement. Cet amour mutuel et ce respect doivent aussi s’étendre aux relations entre les nations et les divers groupes de personnes. Ils doivent imbiber des règles et structures qui régissent notre société. Mutualité, amour et service désintéressé sont les clés d’un mariage d’amour authentique et de relations justes.

Le mariage et la famille comme fondements de la société

Dans sa dernière encyclique, Caritas in Veritate, le pape Benoît XVI écrit :

Continuer à proposer aux nouvelles générations la beauté de la famille et du mariage, la correspondance de ces institutions aux exigences les plus profondes du cœur et de la dignité de la personne devient ainsi une nécessité sociale, et même économique. Dans cette perspective, les États sont appelés à mettre en œuvre des politiques qui promeuvent le caractère central et l’intégrité de la famille, fondée sur le mariage entre un homme et une femme, cellule première et vitale de la société, prenant en compte ses problèmes économiques et fiscaux, dans le respect de sa nature relationnelle. » (No 44)

Bien que l’on présente souvent Caritas in Veritate comme une réponse à la crise économique actuelle, l’encyclique est bien plus que cela. Une défense de la famille, du caractère sacré de la vie, un avertissement à ne pas réduire l’importance de la dignité humaine : le Saint-Père explore prudemment chacun des sujets, les développant chacun avant d’établir leur rapport à l’économie. Sans tenir compte de quelconque aspect économique, la sagesse des propos sur ces sujets parle d’elle-même. Ils peuvent nous être utiles alors que nous œuvrons pour un développement humain authentique. Il ne s’agit pas d’enseignements poussiéreux ni de réminiscences d’un passé lointain. Il s’agit du fondement vivant du présent et du futur de l’humanité. Et comme ce fut le cas avec plusieurs paroles de Jésus, certains seront offensés et vont ‘s’en aller’.

Sans les personnes mariées, nous ne pouvons bâtir l’avenir de la société et de l’Église. Je suis convaincu au-delà de tout doute que des familles solides naîtront des vocations à servir l’Église. La ‘crise des vocations’ dans plusieurs régions du monde est due en grande partie à la dissolution du tissus familial, à la destruction des familles.

L’enseignement de Jésus continue de faire scandale

La profondeur et l’importance du message du Christ et de l’enseignement de l’Église, scandalisent, au sens où ce message est souvent une pierre d’achoppement pour l’incroyant et un test pour le croyant. Dans le Nouveau Testament, le thème du scandale est lié à la foi, comme acceptation libre du mystère du Christ. Nous ne pouvons demeurer indifférents, tièdes ou évasifs face à l’Évangile : le Seigneur nous appelle personnellement et nous demande d’être à lui (voir Mt 10, 32-33).

Lorsque nous sommes confrontés aux enseignements exigeants de Jésus et de l’Église, voulons-nous nous aussi nous en aller? N’est-il pas vrai que souvent, à cause de la complexité des enjeux et de la pression de la société autour de nous, nous voulons ‘nous en aller?’

La réponse de Pierre à la question de Jésus, « Voulez-vous partir, vous aussi? » dans l’évangile de ce dimanche, est frappante.  Il ne dit pas « Oui, bien sûr », mais il ne dit pas non, non plus. Au lieu de ça, dans le pur style des évangiles, il répond par une autre question : « Vers qui pourrions-nous aller? » Cette réponse n’est pas la plus flatteuse au monde, mais au moins elle est honnête. Pierre et les autres restent avec Jésus précisément parce qu’il avait été une source de vie pour eux. Jésus les avait libérés et leur avait donné une vie nouvelle.

Suivre Jésus et l’enseignement de l’Église n’est peut-être pas toujours facile, ou agréable, ou même totalement compréhensible, mais lorsqu’il est question de vie éternelle, les alternatives sont peu nombreuses. Au cours de la semaine, souvenons-nous des paroles de Jésus : « Celui qui me mangera vivra par moi. » Rendons témoignage de notre foi et du plan de Dieu dans l’union sacrée d’un homme et d’une femme dans le mariage et la famille comme fondement de la société.

Heureux sommes-nous si ces paroles ne nous offusquent pas mais nous conduisent plutôt vers la vie en abondance.

Les lectures pour ce dimanche sont Josué 24, 1-2a.15-17.18b, Éphésiens 5, 21-32 et Jean 6, 60-69)