La mort n’est pas une fin mais une transition

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La mort n’est pas une fin mais une transition

Confronter la réalité de l’Euthanasie

À l’ombre de la très triste et troublante décision de la Cour Suprême du Canada renversant ce qui était jusqu’à présent la loi canadienne interdisant l’euthanasie, je transmets ces mots à nos lecteurs.

Les médias ont causé beaucoup de confusion au sujet de l’euthanasie et ont été extrêmement fallacieux dans leur représentation de la souffrance humaine et de la compassion. Les personnes, qui pensent que l’euthanasie et le suicide assisté devraient être légalisés, ne voient pas le problème dans son ensemble. Ils pensent en terme d’autonomie personnelle et de choix. Ils pensent à ce qu’ils ressentiraient s’ils devenaient soudainement impotents et considèrent une telle vie comme indigne et, donc, comme ne valant pas la peine d’être vécue. Peut-être considèrent-ils les personnes handicapées comme des personnes n’ayant aucune qualité de vie. Notre dignité et notre qualité de vie ne viennent pas de ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire. La dignité et la qualité de vie ne sont pas une question d’efficacité, de compétence ou de productivité. Elles découlent d’une réalité plus profonde, de ce que nous sommes et de nos relations avec les autres.

La possibilité que l’euthanasie et/ou suicide assisté puisse être une réalité pour nous au Canada devrait être un appel à tous les Canadiens. Pas seulement parce que la vie est une réalité sacrée qui doit être respectée depuis la conception jusqu’à la mort naturelle mais, plus simplement, parce qu’une telle loi affecterait les plus vulnérables : les malades chroniques qui ont besoin du système de santé, les personnes âgées qui ont été abandonnées et qui n’ont personne pour parler en leur nom et qui sentent qu’elles sont un poids pour les autres, les handicapés qui doivent se battre tous les jours pour maintenir leur intégrité et leur dignité.

Notre société a perdu le sens du caractère sacré de la nature et de la vie humaine. Comme chrétiens catholiques, nous sommes dédiés à la protection de la vie à partir de ses premiers moments jusqu’aux derniers. Aujourd’hui, lorsque les gens parlent d’une « bonne mort », ils font généralement référence à une tentative de mettre fin à leurs jours allant jusqu’à demander l’assistance d’un médecin pour se suicider ou être euthanasiés. La notion chrétienne de la bonne mort, cependant, n’est pas celle d’une bonne fin mais d’une bonne transition qui demande foi, acceptation et promptitude.

Ce qui est mal avec l’avortement, la sélection embryonnaire, les recherches utilisant les embryons ne se trouve pas dans les intentions sous-jacentes de ceux qui font de tels actes. Très souvent, les motifs sont, si nous restons en surface, compatissants comme, par exemple, pour protéger un enfant non voulu, pour éliminer la souffrance et la douleur, pour aider un enfant avec une maladie incurable. Toutefois, dans tous ces cas, la terrible vérité est que c’est le fort qui décide de la destinée du faible. C’est ainsi que des êtres humains deviennent des instruments dans les mains d’autres humains.

Saint Jean-Paul II nous a appris comment respecter les plus faibles et vulnérables. Il y a 9 ans, lorsqu’il mourrait devant les yeux du
monde entier, Jean-Paul II nous a montré la vraie dignité devant la mort. Plutôt que de cacher ses infirmités, comme la plupart des figures publiques le font, il a laissé le monde entier regarder l’épreuve à travers laquelle il passait durant la dernière période de sa vie. Il nous a offert alors une image paradoxale du bonheur. Qui pourrait dire que sa vie ne portait pas de fruits lorsque son corps était capable d’escalader des montagnes enneigées ou lorsqu’il prenait du repos sur Strawberry Island au lac Simcoe en 2002 ? Qui n’a pas senti l’influence paradoxale de sa présence, lorsque sa voix changeait ?

Nous ne devons jamais perdre de vue les atrocités faites aux enfants non encore nés et les souffrances et les angoisses rarement exprimées de ceux qui sont impliqués dans l’avortement. D’un autre côté, nous ne pouvons pas ignorer l’autre grand défi auquel l’humanité fait face aujourd’hui : la question sérieuse du meurtre par « compassion » ou de l’euthanasie (comme on le dit souvent) ne se trouvant plus seulement dans des cas abstraits ou dans des théories. Cette nouvelle réalité est arrivée jusqu’à nous et a envahi nos vies.

J_PII1Cette question touche le centre même de ce que nous sommes et ce en quoi nous croyons. Même lorsqu’il est motivé par le refus de
prendre sur soi la vie d’une personne qui souffre, l’euthanasie doit même dans ce cas être nommée comme une fausse compassion. La
vraie compassion prend sur soi la souffrance d’autrui. Elle ne tue pas l’autre pour éviter d’avoir à prendre sur soi la souffrance de l’autre. La meilleure façon de savoir si nous sommes toujours une société chrétienne c’est de regarder la manière dont nous traitons les plus vulnérables d’entre nous, de ceux qui ne réclament rien sur la place publique, de ceux qui sont ni beaux, ni forts ni intelligents.

La vie et la dignité humaine rencontrent beaucoup d’obstacles dans le monde aujourd’hui, spécialement en Amérique du Nord. Lorsque la vie n’est pas respectée, devrions-nous être surpris par la suite si d’autres droits sont menacés? Si nous regardons avec attention le grand drame du siècle passé, nous remarquons que de la même manière que le libre marché a fait tomber le Communisme, l’exagération du consumérisme et du matérialisme infiltre notre société et nos cultures. Spécialement en Occident, un haut pourcentage de la population âgée et une population active de plus en plus petite sont en train de se transformer en une force poussant vers l’euthanasie. Comme Jean-Paul II a écrit : « un droit à l’euthanasie va inévitablement mener au devoir de mourir ».

Dans un très fort message divulgué à l’Académie pontificale pour la vie en février dernier, le pape François affirmait à propos d’un sujet cher à notre Église. «  Dans notre société, il y a une domination tyrannique d’une logique économique qui exclut et parfois en vient à tuer, au point qu’aujourd’hui nous trouvons beaucoup de victimes, en commençant par les personnes âgées ». Il affirmait également l’existence de la culture du déchet dans laquelle ceux qui sont exclus ne sont pas uniquement les exploités mais aussi les rejetés et les mis de côté.

Devant cette discrimination, le pape François considère la question anthropologique de la valeur de l’homme et de ce qui est le fondement de cette même valeur. « La santé est sans doute une valeur importante mais elle ne détermine pas la valeur d’une personne. De plus, la santé n’est pas en soi une garantie de bonheur puisque, au contraire, des personnes en mauvaise santé physique peuvent faire l’expérience du bonheur. Ainsi, il ajoutait : « une santé précaire ou un handicap ne sont jamais une bonne raison pour exclure ou, pire encore, éliminer une personne; et la pire des dépravations dont les personnes âgées sont victimes aujourd’hui ne provient pas de leur dégénérescence physique et ses conséquences mais du fait qu’ils sont abandonnés, exclus et qu’ils manquent d’amour ».

Le Pape soulignait ainsi l’importance d’écouter la jeunesse et les personnes plus âgées lorsque nous voulons comprendre les signes des temps et avançait qu’« une société est vraiment accueillante lorsqu’elle reconnaît la valeur des personnes âgées, avec des handicaps, gravement malades même en phase terminale; lorsqu’elle enseigne que l’appel à la réalisation humaine n’exclut pas ceux qui souffrent mais, au contraire, enseigne comment voir chez le malade un don pour toute la communauté, une présence qui appelle à la solidarité et à la responsabilité ».

En tant que chrétiens et catholiques, nous avons la responsabilité de combattre l’introduction de l’euthanasie dans notre société, spécialement si nous voulons rencontrer notre obligation morale de soigner les personnes dans le besoin et notre responsabilité civile de protéger ceux qui n’ont pas la capacité d’exprimer leur volonté mais qui sont toujours des humains et qui désirent la protection de la loi. Il ne pourra pas y avoir de paix sans que la vie soit défendue et promue.

Père Thomas Rosica, CSB

PDG, Fondation catholique Sel et Lumière média

Consultant, Conseil Pontifical pour les Communications Sociales