L’impact des JMJ sur la vie des jeunes catholiques

Voici des extraits d’une interview au cours de laquelle le père Rosica a partagé ses réflexions sur l’impact de la JMJ de Toronto sur l’Église au Canada et sur les jeunes.

 

Quelles ont été les retombées des JMJ de Toronto pour l’Église canadienne et en particulier pour les jeunes?
le père Thomas Rosica
Nous devons être honnêtes et reconnaître que les Journées mondiales de la jeunesse ne constituent pas une panacée ni une solution rapide aux problèmes de notre époque ou aux défis qui se posent à l’Église présentement, tandis qu’elle cherche à se rapprocher des jeunes. Ce type d’événement nous fait voir l’Église et le monde sous un autre angle, nous permettant de construire un futur commun. Une chose est certaine : personne n’a pu quitter Toronto, Cologne ou Sydney en pensant qu’il était possible de compartimenter sa foi ou de la réduire à quelques règles et observances dominicales.

Toutes les Journées Mondiales de la Jeunesse y compris celles de Toronto ont été une surprise pour les prêtres et les évêques ; elles ont dépassé toutes les estimations !  Je suis convaincu que les jeunes (et moins-jeunes) de notre pays ont pris conscience du profond enseignement du Saint Père, Jean-Paul II partagé avec nous dans ses discours, homélies, messages pendant les JMJ de Toronto.  Le Pape a centré son message sur Jésus Christ en tant que Seigneur et sauveur unique de tous afin que tous les croyants aient un rapport profond et personnel avec Jésus. Le Christianisme, le catholicisme et les sacrements ne sont pas des idées ou des symboles, ce sont une seule personne et son nom est Jésus. Il doit être le centre de tout ce que nous faisons. Tout doit commencer par lui. Les nouveaux programmes pastoraux de théologie et le New Age, politiquement correct, ne nous sauveront pas. Jésus, lui, nous sauvera.

 

Est-ce qu’elles ont changé la manière d’être jeune catholique au Canada ? la manière pour l’Église de s’adresser aux jeunes ?

Une personne peut décrire son expérience aux Journées mondiales de la jeunesse comme un événement qui a apporté de la lumière et rompu la monotonie de la vie lors d’un glorieux moment dans l’histoire. On pourrait, toutefois, adopter une autre perspective. L’Évangile invite constamment les chrétiens à adopter l’hymne de louange et de remerciement de Marie pour les moyens que prend Dieu Tout-Puissant pour intervenir dans l’histoire humaine d’ici et maintenant. Autrement dit, la vie chrétienne ne se nourrit pas que de souvenirs, aussi bons et beaux soient-ils. La résurrection de Jésus n’est pas un souvenir rappelant un événement du lointain passé, mais plutôt la Bonne Nouvelle qui continue à se répandre et se réaliser.

L’Église au Canada s’est rendu compte d’une jeunesse solide dans notre pays, une jeunesse qui a faim et soif de la Parole de Dieu, de l’enseignement clair de l’Église.  L’Église s’est rendu compte aussi de tant de jeunes qui veulent s’offrir aux grands projets de l’Église en tant qu’acteurs et protagonistes et non seulement des spectateurs et consommateurs.

 

Est-ce qu’elles ont été un laboratoire pour la nouvelle évangélisation ? Beaucoup de nouveaux outils ont-ils été inventés à Toronto ou après?

La préparation en vue des Journées mondiales de la jeunesse procure à l’Église d’intenses moments nous a permis d’approfondir la piété et la dévotion chrétiennes. Tous à travers le Canada se souviendront des puissantes images de la croix des JMJ lors de son pèlerinage historique en 2002.  Cette croix a traversé plus de 350 villes et villages d’un océan à l’autre. Par la suite, lors des Journées elles-mêmes à Toronto, la magnifique présentation du Chemin de croix a constitué un pénétrant témoignage de l’histoire chrétienne en marche au cœur d’une cité moderne.

Les jeunes ont découvert et redécouvert l’importance de la lecture biblique, des catéchèses, du sacrement du pardon, l’adoration du Saint-Sacrement, et les vocations au sacerdoce et à la vie religieuse.

Pour moi, les JMJ ont vraiment constitué une retraite. Mais quelle somme énorme de travail ! Et la plus grande surprise des JMJ, à mes yeux, c’est ce qui a suivi. Jamais je n’aurais cru que le plus beau fruit des JMJ au Canada, un fruit visible et de longue durée, allait être un projet avec le thème des JMJ : Sel et Lumière !  Notre chaine nationale de télévision catholique, guidée par les jeunes adultes eux-mêmes, est un beau fruit des JMJ.  Sel et Lumière est au service de l’Église, ce n’est pas l’Église qui est au service de Sel et Lumière ! Nous sommes là pour confirmer le message, pour rejoindre les personnes qui, souvent, ne franchissent pas la porte de l’église. Le nombre de téléspectateurs monte jour après jour. Nous sommes présents dans plus de 2 500 000 maisons d’abonnés, mais plusieurs personnes habitent dans chaque maison !  Dieu seul sait combien de gens nous suivent à travers notre grand site web : www.seletlumieretv.org ou www.saltandlighttv.org.

 

Est-ce que, depuis, les jeunes catholiques canadiens ont pris davantage conscience que leur Église est mondialisée?

Face au cynisme, au désespoir et au vide de sens si répandus dans le monde aujourd’hui, la nouvelle évangélisation qui est au cœur des enseignements de Jean-Paul II infuse de l’espoir et de la vitalité dans l’Église. Le pape savait très bien que le monde se caractérise souvent par la séparation, la fragmentation et la solitude. Grâce aux Journées mondiales de la jeunesse, il a offert à une multitude de gens de très bonnes occasions de devenir des porteurs d’espérance, des agents de changement au sein de leur communauté et des instruments d’une globalisation morale.

 

Les JMJ sont-elles devenues pour les jeunes catholiques canadiens comme un rite de passage, aussi incontournable que la première communion ou la confirmation ?

La mission et l’objectif des Journées mondiales de la jeunesse sont une sorte d’instantané de la joie, l’espérance et l’unité auxquelles l’Église est appelée. Comme l’a indiqué pour sa part le pape Benoît XVI lors de son homélie inaugurale, en 2005, « [L’] Église est vivante. Et l’Église est jeune. Elle porte en elle l’avenir du monde et c’est pourquoi elle montre aussi à chacun de nous le chemin vers l’avenir. » Les Journées mondiales de la jeunesse sont là pour nous rappeler cette vérité.

Troisièmement, Jean-Paul II nous a aidés à nous rendre compte que l’Église se mourait dans les endroits politiquement corrects où l’Évangile est prêché comme simple option de vie dans un supermarché des spiritualités, sans l’engagement d’appartenir à l’Église. L’Église prospère là où l’Évangile est prêché avec clarté, charité, piété et dévotion dans sa pleine intégralité.

 

Est-ce qu’elles ont marqué la redécouverte d’une exigence spirituelle?

Pendant les JMJ, Jean-Paul II et puis Benoît XVI nous a enseigné l’aventure de l’orthodoxie : le défi de la fidélité, de l’intégrité, de l’authenticité et de la solidarité est ce qui attire les jeunes d’aujourd’hui. Pour des jeunes qui ne veulent pas vivre dans un monde qui constamment flatte bassement la jeunesse, ou une Église provocante qui compromet la vérité avec la charité et la pastorale, ces propositions sont très attrayantes. Combien de fois Jean-Paul II a-t-il parlé aux jeunes en leur rappelant que la famille est l’endroit privilégié pour l’accomplissement de la personne et de la société, et que le futur du monde et de l’Église passe par elle ?

Beaucoup de jeunes prêtres et de jeunes religieux ont dit « oui » à leur vocation précisément en raison du témoignage de Jean-Paul II, qui les a exhortés : « N’ayez pas peur ! » Beaucoup de jeunes hommes et de jeunes femmes, qui ont trouvé un sens dans sa théologie du corps, sont dès lors entrés dans le mariage animés d’une foi et d’une conviction profondes. Et beaucoup de gens ordinaires ont réalisé des choses extraordinaires grâce à son influence, ses enseignements et même ses gestes.

Or le formidable impact qu’a eu Jean-Paul II sur les jeunes générations se poursuit avec son successeur. Dans ses remarques prononcées lors de la messe de clôture des Journées mondiales de la jeunesse 2008, le cardinal George Pell, de Sydney, a remercié le pape Benoît XVI dans ces mots : « Votre Sainteté, les Journées mondiales de la jeunesse ont été l’invention du pape Jean-Paul le Grand. Celles de Cologne avaient déjà été annoncées avant votre élection. Vous avez décidé de poursuivre la tradition et de tenir celles qui prennent fin ici aujourd’hui, à Sydney. Nous sommes profondément reconnaissants pour cette décision, qui montre que le concept n’appartient pas à un seul pape ou même à une seule génération, mais qu’il fait plutôt partie intégrante de la vie de l’Église. La génération Jean-Paul II — les jeunes comme les moins jeunes — est fière d’être également les fils et les filles du pape Benoît XVI. »

 

Est-ce que le regard sur le pape a changé ?

Jean-Paul II a eu une très grande crédibilité auprès des jeunes catholiques. Aux Journées Mondiales de la Jeunesse à Rome en 2000, il a appelé tous les jeunes du monde « sa joie et sa couronne ». En Juillet 2002 à Toronto, il nous a montré la même chose. Les jeunes d’aujourd’hui traversent une crise de paternité. Je suis convaincu qu’ils s’en remettent à lui parce que dans beaucoup de cas, il était le père qu’ils n’ont jamais eu et le grand-père dont l’absence s’est fait ressentir dans de nombreuses vies. Jean-Paul II était à la fois un roc, une boussole et un ami exigeant. Il nous a fait découvrir à tous, notre jeunesse, notre générosité et notre joie pendant qu’il nous invitait à devenir le sel et la lumière dans un monde, une société ou une culture qui est si cynique, si insipide et si souvent exempte de la saveur et de la joie de l’Évangile, et de la lumière et de l’espoir du Christ.

Une des leçons les plus profondes que nous pouvons retenir du crépuscule de son pontificat, est que chacun doit souffrir, même le Vicaire du Christ. Plutôt que de cacher ses infirmités, comme le font la plupart des hommes publics, il a laissé le monde entier voir par où il est passé. Le dépassement de ce Pape n’a pas eu lieu en secret mais devant les caméras de télévision du monde entier. À la toute fin de sa vie, l’athlète a été immobilisé, sa voix distincte et éclatante s’est amoindrie et cette main qui a produit de si nombreux encycliques n’a plus été capable d’écrire. La dernière homélie de Jean-Paul II était une icône des derniers mots de son maître galiléen Simon Pierre : « « en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu nouais ta ceinture, et tu allais où tu voulais ; lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains, et un autre nouera ta ceinture, et il te conduira là où tu ne voudrais pas aller. » […] et après cette parole il lui dit : « Suis-moi. » » [Jean 21, 18-19]

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