Les béatitudes, modèle de sainteté

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Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour la Solennité de la Toussaint (dimanche 26 octobre 2015)

Les paroles de Mgr Angelo Amato, s.d.b., préfet de la Congrégation pour la cause des saints, prononcées l’année dernière lors du Synode sur La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église, résonnent encore dans mon esprit et mon cœur en ce jour de la Solennité de la Toussaint :

Jésus dit: “Je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes” (Mt 11, 29). Pendant deux millénaires, des hommes et des femmes, grands et petits, savants et ignorants, en Orient comme en Occident, se sont mis à l’école du Seigneur Jésus, qui a fait résonner dans leur esprit et dans leur cœur un commandement sublime : “soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait” (Mt 5, 48).

Leur savoir était composé essentiellement par la vie et par la Parole de Jésus : heureux les pauvres, heureux les affligés, heureux les doux, heureux les affamés et assoiffés de la justice, heureux les miséricordieux, heureux les cœurs purs, heureux les artisans de paix, heureux les persécutés. Les saints, comprenant que les béatitudes sont l’essence de l’Évangile et le portrait même de Jésus, l’ont ainsi imité.

Les béatitudes, modèle de sainteté

Les béatitudes énumérées par le Christ dans son Sermon sur la Montagne (Matthieu 5,1-12) sont la recette de sainteté extrême. Comme plusieurs l’ont souligné auparavant, le Mont des Béatitudes est réellement le sommet le plus élevé au monde même s’il se retrouve quelque dizaine de pieds en dessous du niveau de la mer. Sur cette montagne sacrée de la Galilée, Jésus a proclamé la nouvelle loi; une expression de la sainteté du Christ. Il faut préciser qu’il ne s’agit pas d’un code de conduite abstrait. Jésus est pauvre d’esprit, doux, persécuté et artisan de la paix. Il représente plutôt le nouveau « code de sainteté » qui doit être étampé dans nos cœurs et contemplé par les actes de l’Esprit Saint. Sa mort et sa passion sont le couronnement de sa sainteté.

La sainteté est un mode de vie qui implique l’engagement et le passage à l’acte. À l’opposé, elle n’est pas une tentative passive, mais plutôt une série de choix continus qui visent à approfondir son lien à Dieu pour ensuite permettre à cette relation de diriger nos gestes en société. La sainteté nécessite un changement radical dans sa façon de voir les choses et dans son attitude. Lorsqu’on accepte l’appel à la sainteté, Dieu devient l’objectif final de chaque aspect de notre vie.

En observant Jésus, on peut voir la définition même de ce qui est pauvreté de cœur, douceur et compassion, attristement et préoccupation pour la justice, cœur pur, artisan de paix et persécuté. C’est pourquoi il a le droit de dire à chacun, « Viens, suis-moi! » Jésus ne dit pas simplement, « Fais ce que je dis. » Il dit plutôt, « Viens, suis-moi. » 

Faire le point sur la multitude des saints

Les saints et les bienheureux sont nos compagnons de voyage sur le chemin de la vie lors des moments de joie comme ceux de misère. Ils sont des hommes et des femmes qui ont écrit une page nouvelle dans la vie de tellement de gens. Cette pensée fut au cœur du message de Jean-Paul II à l’humanité : la sainteté n’est pas un don réservé à certains. Nous pouvons tous aspirer à la sainteté, car c’est un objectif à notre portée, une grande leçon réaffirmée par le Concile Vatican II et son appel à la sainteté universelle (Lumen Gentium).

Aujourd’hui, la solennité de la Toussaint est une occasion formidable pour l’Église entière de faire le point sur la façon dont le serviteur de Dieu, le pape Jean-Paul II, a changé notre façon de voir les saints et les bienheureux. En presque 27 ans de pontificat, le pape Jean-Paul II a confié 1 338 bienheureux et 482 saints à l’Église.

Jean-Paul II nous a rappelé que les héros et les héroïnes de ce monde offerts aux jeunes d’aujourd’hui sont viciés à la base. Ils nous laissent avec un vide intérieur. Les « vedettes » réelles de son pontificat sont les saints et les bienheureux qui n’ont pas cherché à être considérés comme des héros, à choquer ou à provoquer. Si l’on veut véritablement croire que la grandeur est accessible, nous avons besoin de bons modèles à émuler. Nous avons désespérément besoin de vrais héros et héroïnes qui sont à la fois des exemples à suivre et les témoins de la foi et de la vertu. Ce sont les « vedettes » que les mondes du sport, du cinéma, des sciences et de la musique n’arrivent pas à offrir à la société.

Se placer à l’extrême centre

Plusieurs pensent que la sainteté est réservée aux privilégiés. En fait, devenir saint est la tâche de tout chrétien et on irait même jusqu’à dire la fonction de tous. Nous pensons souvent que les saints sont tout simplement des « excentriques » que le Christ élève comme modèle à émuler, c’est-à-dire plus au moins des personnes qui forment l’exception et qui ne sont pas en phase avec la réalité humaine. Ce qui est certainement le cas des hommes et des femmes qui étaient littéralement « excentriques », c’est-à-dire qu’ils déviaient du juste milieu, de la pratique habituelle, des façons de faire dites ordinaires, de la méthode usuelle. Sous un autre angle, les saints se sont placés à « l’extrême centre ».

Devenez les saints du nouveau millénaire

Jean Paul II, le serviteur de Dieu, a beaucoup parlé aux jeunes de l’appel à la sainteté et de la vocation de sainteté. Dans son message de la Journée mondiale de la jeunesse 2000 à Rome, il s’adressa aux jeunes du monde entier par ses paroles inoubliables qui sont devenues le cri de ralliement pour la plus grande célébration du jubilé:

Jeunes de tous les continents, n’ayez pas peur d’être les saints du nouveau millénaire! Soyez contemplatifs et aimant la prière, cohérents avec votre foi et généreux au service de vos frères, membres actifs de l’Église et artisans de paix. Pour réaliser cet projet de vie engageant , restez à l’écoute de sa Parole, prenez des forces dans les Sacrements, spécialement l’Eucharistie et la Pénitence. Le Seigneur vous veut apôtres intrépides de son Évangile et constructeurs d’une nouvelle humanité.

Deux ans plus tard, en 2002, lors de notre Journée mondiale de la jeunesse au Canada, Jean-Paul II a soulevé encore une fois le thème de la sainteté et des saints dans son message :

De même que le sel donne de la saveur aux aliments et que la lumière éclaire les ténèbres, de même la sainteté donne le sens plénier à la vie, en en faisant un reflet de la gloire de Dieu. Combien de saints, même parmi les jeunes, compte l’histoire de l’Église ! Dans leur amour pour Dieu, ils ont fait resplendir leurs vertus héroïques à la face du monde, devenant des modèles de vie que l’Église a présentés en vue de leur imitation par tous. Chers jeunes, par l’intercession de cette foule immense de témoins, je prie le Dieu trois fois saint de vous rendre saints, les saints du troisième millénaire. [Read more…]

L’héroïsme de la vie quotidienne

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Les parents de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, Louis et Zélie Martin, sont les premiers parents d’une sainte à être béatifiés. Ils furent aussi les premiers époux de l’histoire de l’Église dont la canonisation fut proposée en tant que couple et dont la béatification conjointe eut lieu le 19 octobre 2008 à Lisieux en France. Ils seront proclamés saints par le pape François, ce dimanche 18 octobre 2015 au Vatican.

Les Martin ont travaillé fort pour élever une grande famille. Quoiqu’il vivait dans la France du 19e siècle, ce couple a surmonté plusieurs défis auxquels nous faisons face encore aujourd’hui au 21e siècle : bien s’occuper des enfants, chercher l’excellence professionnelle, être en charge d’une entreprise qui a du succès, prendre soin de parents âgés, éduquer un enfant aux besoins particuliers, trouver du temps pour prier et pour être actifs dans la communauté paroissiale.

En 1877, Zélie décédait suite à un cancer du sein, laissant Louis seul avec cinq filles à élever. Plus tard, Louis, diagnostiqué comme souffrant d’artériosclérose cérébrale,  passa trois ans dans un hôpital psychiatrique. La vie continuait d’une manière imprévue comme c’est le cas pour nous tous. Impossible de prévenir les tragédies : la guerre Franco-prussienne durant laquelle le couple dut héberger neuf soldats allemands, la mort prématurée de quatre de leurs neuf enfants dont un décès causé par une mauvaise nourrice, des maladies douloureuses et la mort prématurée de Zélie. Tous deux ne pouvaient pas laisser tomber leurs nombreuses responsabilités comme propriétaires d’entreprise, aidants naturels, époux et parents.

Maria & Luigi Beltrame-Quattrocchi

Zélie et Louis n’ont pas été déclarés « bienheureux », et ne seront pas proclamés saints grâce à leur fille Thérèse. C’est plutôt Thérèse qui est devenue sainte grâce à eux puisqu’ils lui ont donné un environnement où elle a pu grandir en sainteté. Elle a répondu librement à l’invitation qu’ils lui ont faite. Lorsque l’Église a reconnu Louis et Zélie comme un couple bienheureux, elle a mentionné le mystère de leur vocation au mariage. Ce mode de vie auquel la plupart des personnes sont appelés pour atteindre le but ultime de tous les chrétiens : la sainteté.

En pensant aux Martin, on ne peut pas oublier les mots de Saint Jean-Paul II : « l’héroïsme doit devenir quotidien, et le quotidien doit devenir héroïque ». Leurs reliques étaient présentes et disponibles à la vénération lors du Synode extraordinaire sur la famille en 2014 et sont également présentes cette année pour le Synode des évêques 2015.

Les reliques d’un autre couple saint, Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi, sont aussi présentes pour la vénération durant le Synode. Ces deux époux ont vécu à Rome durant la première moitié du 20e siècle et furent proclamés bienheureux par saint Jean-Paul II le 21 octobre 2001. Dans l’homélie prononcée lors de leur cérémonie de béatification à Rome, le pape Jean-Paul II a déclaré :

« Ces époux ont vécu, dans la lumière de l’Évangile et avec une grande intensité humaine, l’amour conjugal et le service à la vie. Ils ont assumé de façon pleinement responsable la tâche de collaborer avec Dieu dans la procréation, en se consacrant généreusement à leurs enfants pour les éduquer, les guider, les orienter à la découverte de son dessein d’amour. De ce terrain spirituel si fertile sont nées des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, qui démontrent combien le mariage et la virginité, à partir de leur enracinement commun dans l’amour sponsal du Seigneur, sont intimement liés et s’illuminent réciproquement ».

Suivant la parole de Dieu et le témoignage des saints, le bienheureux couple a vécu une vie ordinaire d’une manière extraordinaire. Parmi les joies et les anxiétés de la vie familiale, ils ont su vivre des vies spirituelles extrêmement riches. Au centre de leur vie se trouvait l’Eucharistie quotidienne et une grande dévotion mariale par la récitation du rosaire et la consultation de brillants directeurs spirituels. De cette façon, ils purent accompagner leurs enfants dans leur discernement spirituel, leur apprenant à reconnaître tout ce qui était « au-delà du toit de leur maison » comme ils aimaient le dire.

Les Martin et les Quattrocchis sont des héros de la vie quotidienne. Leurs témoignages, mémoires ainsi que leurs reliques sont pour nous une bénédiction et une invitation à imiter leur héroïsme de tous les jours.

 

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Reliques des bienheureux Louis et Zélie Martin, parents de Sainte Thérèse de Lisieux présentes durant les synodes 2014-2015.

Père Thomas Rosica, c.s.b

Comment recevoir la vie éternelle

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 28e dimanche du temps ordinaire année liturgique B (11 octobre 2015)

Le récit de la rencontre entre Jésus et l’homme qui cherche la vie éternelle est essentiellement le récit d’un appel (Mc 10, 17-30). Il s’agit du seul récit de Marc où l’individu interpellé ne répond pas positivement à l’invitation de Jésus plutôt, il s’en va. On trouve ce récit dans les trois évangiles synoptiques. Matthieu (19, 16-22) nous dit que l’homme était jeune. Seul Luc (18, 18-23) nous informe qu’il était un notable. Les trois évangélistes s’entendent pour dire que l’homme était riche, la seule description que nous donne Marc. L’homme riche veut « recevoir la vie éternelle en partage. »

Considérons quelques aspects de ce que nous présente Marc dans cet épisode de l’évangile. D’abord, Jésus répudie le terme « bon » pour lui-même et le dirige plutôt vers Dieu, la source de toute bonté qui seul peut accorder le don de la vie éternelle.

Est-ce que cette directive à cet homme avec de grands biens est une exigence pour tous ceux et celles qui veulent recevoir la vie éternelle? Est-il vrai que Jésus n’a pas demandé à d’autres disciples de vendre leurs biens (1 Tm 6, 17-19)? Pierre n’a-t-il pas pu conserver sa maison et son bateau pour une courte période de temps (Mc 1, 29; Jn 21, 3)? Les femmes de Galilée n’ont-elles pas continué à accéder à leurs ressources matérielles personnelles (Mc 15, 41), tout comme Joseph d’Arimathie (15, 43)?

Il semble que Jésus fait une invitation très personnelle pour cet homme qui avait de grands biens, et ce pour des raisons très spécifiques. Pourquoi cet homme trouve-t-il l’enseignement de Jésus si difficile à accepter? Dans l’Ancien Testament, la richesse et les biens matériels sont considérés des signes de la faveur de Dieu (Job 1, 10; Psaume 128, 1-2; Isaïe 3, 10). Les Juifs fervents croyaient que la richesse était un signe de bénédiction divine. Les riches étaient perçus comme ceux que Dieu avait bénis alors que les pauvres étaient maudits de Dieu.

Un enseignement sur le pouvoir des biens matériels

Les paroles de Jésus dans Marc 10, 23-25 provoquent la stupéfaction des disciples parce qu’elles semblent contredire le concept de l’Ancien Testament (Mc 10, 24. 26). Puisque la richesse, le pouvoir et le mérite génèrent un faux sentiment de sécurité, Jésus les rejette catégoriquement comme des éléments pou réclamer une place dans le Royaume. Le résultat négatif de la décision de l’homme de s’en aller dénote un certain réalisme. Il rappelle aussi le pouvoir particulier des biens matériels qui empêchera plusieurs chrétiens d’être de véritables disciples. Jésus se sert du départ de l’homme riche pour enseigner à ses disciples que les biens terrestres, le succès et la prospérité peuvent être de dangereux pièges. Un détachement complet de ses biens est exigé de chaque disciple authentique. Jésus voyait les dangers des biens matériels. Ils peuvent détourner notre cœur vers le monde et nous faire voir tout en terme de prix et non en terme de valeur.

Jésus essayait de renverser complètement ce que les apôtres et tous les bons juifs avaient appris. Son enseignement sur la richesse était toutefois incompréhensible pour son auditoire. Lorsque Jésus dit, « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu, » l’évangile nous dit, «De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : ‘Mais alors, qui peut être sauvé ? » (v. 26).

N’importe qui d’entre nous poserait naturellement la même question! Jésus leur a rappelé que le salut est pur don de Dieu. La Grâce est un don de Dieu et seul ceux dont les bras et les mains sont vidés d’eux-mêmes peuvent s’ouvrir pour recevoir le don de la grâce. L’accomplissement du salut est au-delà du la capacité humaine et dépend uniquement de la bonté de Dieu qui l’offre comme un don (Mc 10, 27).

Un défi pour chaque chrétien

Dans plusieurs sociétés, la richesse est encore un signe de l’approbation de Dieu alors que la pauvreté et les épreuves sont le contraire. Chaque chrétien est mis au défi par l’enseignement de Jésus et par les valeurs de la société selon laquelle seuls les biens matériels ont une véritable valeur, par exemple par le nombre de voitures que nous possédons, la grandeur de notre maison, le montant de nos investissements en bourse.

Lorsque des systèmes capitalistes sont menés que par les lois du marché, sans cœur et matérialiste, ils contredisent les enseignements de Jésus dans l’évangile. L’évangile de Jésus met au défi la mentalité de ‘l’évangile de la prospérité’. Jésus ne parlent pas contre la richesse matérielle, mais condamnent que l’on soit esclave de ou enchaîné à la richesse. Elle devient une bénédiction lorsqu’elle est partagée avec d’autres et elle devient un obstacle et une prison pour ceux qui n’ont pas la sagesse de la partager avec d’autres.

En regardant le jeune homme riche, Jésus regardait chacun de nous avec amour. Il nous rappelle qu’il faut faire ce « petit effort de plus. » Nous sommes invités à laisser cet amour pénétrer nos cœurs et, contrairement au jeune homme, nous devons être ouvert à l’idée de transformer nos vies et réarranger nos priorités.

Lorsque, considérant son langage trop exigent, plusieurs disciples quittèrent Jésus, ce dernier demanda à ceux qui restaient : « « Voulez-vous partir, vous aussi ? »

Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 67-68). Et ils choisirent de demeurer avec lui. Ils sont restés parce que le Maître avait ‘les paroles de la vie éternelle’, des paroles qui étaient promesse d’éternité et qui donnaient un sens à la vie sur terre. [Read more…]

Homélie du pape François lors des vêpres avec les prêtres, religieux et religieuses de New York

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Vous trouverez ci-dessous l’homélie de Sainteté le Pape François lors des vêpres avec les prêtres et les religieux à la cathédrale Saint Patrick de New York le 24 Septembre 2015:

Deux sentiments m’habitent aujourd’hui à l’égard de mes frères musulmans. D’abord, je leur adresse mes salutations en cette journée du sacrifice. J’aurais voulu que mes salutations fussent plus chaleureuses. Mon deuxième sentiment est celui de ma proximité devant la tragédie que votre peuple a souffert aujourd’hui à la Mecque. En ce moment de prière, je m’unis à vous, nous nous unissons dans l’invocation de Dieu, notre Père tout-puissant et miséricordieux.

« Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu temps encore, par toutes sortes d’épreuves » (1P 1, 6). Ces paroles de l’Apôtre nous rappellent une chose essentielle. Notre vocation est à vivre dans la joie.

Cette magnifique Cathédrale Saint Patrick, construite durant des années grâce aux sacrifices de nombreux hommes et femmes, peut servir de symbole du travail des générations de prêtres, religieux et laïcs américains, qui ont aidé à bâtir l’Eglise aux Etats-Unis. Rien que dans le domaine de l’éducation, que de prêtres et de religieux dans ce pays ont joué un rôle central, en aidant les parents à donner à leurs enfants l’aliment qui les nourrit pour la vie ! Beaucoup l’ont fait au prix d’un sacrifice extraordinaire et avec une charité héroïque. Je pense par exemple à Sainte Elisabeth Anne Seton, qui a fondé la première Ecole Catholique gratuite pour les filles en Amérique, ou bien à Saint Jean Neumann, le fondateur du premier système de l’Education Catholique aux Etats-Unis.

Ce soir, chers frères et sœurs, je suis venu me joindre à vous pour prier afin que toutes nos vocations continuent de construire le grand édifice du Royaume de Dieu dans ce pays. Je sais que, en tant que presbyterium au sein du peuple de Dieu, vous avez beaucoup souffert dans un passé récent, en prenant sur vous la honte de certains de vos frères qui ont porté préjudice à l’Eglise et l’ont scandalisée dans les plus vulnérables de ses membres…. Pour emprunter les paroles du livre de l’Apocalypse, je sais bien que vous « venez de la grande épreuve » (Ap 7, 14). Je vous accompagne en ce moment de peine et de difficulté, et je remercie Dieu pour votre Capture d’écran 2015-09-24 à 19.11.08
service fidèle de son peuple. En espérant vous aider à persévérer sur le chemin de la fidélité à Jésus Christ, je voudrais vous offrir deux brèves réflexions.

La première concerne l’esprit de gratitude. La joie des hommes et des femmes qui aiment Dieu attire d’autres ; les prêtres et les religieux sont appelés à trouver et à rayonner d’une satisfaction durable dans leur vocation. La joie jaillit d’un cœur reconnaissant. En vérité, nous avons beaucoup reçu, tant de grâces, tant de bénédictions, et nous nous en réjouissons. Cela nous fera du bien de penser à nos vies avec la grâce de la mémoire. Mémoire du moment où nous avons reçu le premier appel, mémoire du chemin parcouru, mémoire des grâces reçues… et, par-dessus tout, mémoire de notre rencontre avec Jésus Christ si souvent au long du parcours. Mémoire de l’émerveillement que notre rencontre avec Jésus suscite dans nos cœurs. Chercher la grâce de la mémoire de manière à grandir dans l’esprit de gratitude. Peut-être avons-nous besoin de nous demander : sommes-nous bons pour compter les bénédictions reçues ?

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Lettre du Souverain Pontife à Mgr Rino Fisichella

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Lettre du Souverain Pontife au président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, Mgr Rino Fisichella, chargé de l’organisation du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde:

A mon vénéré frère
Mgr Rino Fisichella
président du Conseil pontifical
pour la promotion de la nouvelle évangélisation

L’approche du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde me permet de me concentrer sur certains points sur lesquels je considère qu’il est important d’intervenir afin de permettre que la célébration de l’Année Sainte soit pour tous les croyants un véritable moment de rencontre avec la miséricorde de Dieu. Je désire en effet que le Jubilé soit une expérience vivante de la proximité du Père, permettant presque de toucher du doigt sa tendresse, afin que la foi de chaque croyant se renforce et que le témoignage devienne ainsi toujours plus efficace.

Ma pensée va, en premier lieu, à tous les fidèles qui, dans chaque diocèse ou comme pèlerins à Rome, vivront la grâce du Jubilé. Je désire que l’indulgence jubilaire soit pour chacun une expérience authentique de la miséricorde de Dieu, qui va à la rencontre de tous avec le visage du Père qui accueille et pardonne, oubliant entièrement le péché commis. Pour vivre et obtenir l’indulgence, les fidèles sont appelés à accomplir un bref pèlerinage vers la Porte Sainte, ouverte dans chaque Cathédrale ou dans les églises établies par l’évêque diocésain, ainsi que dans les quatre basiliques papales à Rome, comme signe du désir profond de véritable conversion. De même, j’établis que l’on puisse obtenir l’indulgence  dans les sanctuaires où est ouverte la Porte de la Miséricorde et dans les églises qui sont traditionnellement identifiées comme jubilaires. Il est important que ce moment soit uni, avant tout, au Sacrement de la Réconciliation et à la célébration de la sainte Eucharistie par une réflexion sur la miséricorde. Il sera nécessaire d’accompagner ces célébrations par la profession de foi et par la prière pour ma personne et pour les intentions que je porte dans mon cœur pour le bien de l’Eglise et du monde entier.

Je pense, en outre, à ceux qui, pour divers motifs, n’auront pas la possibilité de se rendre à la Porte Sainte, en premier lieu les malades et les personnes âgées et seules, que leurs conditions empêchent souvent de sortir de chez eux. Pour ces personnes, il sera d’une grande aide de vivre la maladie et la souffrance comme expérience de proximité au Seigneur qui, dans le mystère de sa passion, mort et résurrection, indique la voie maîtresse pour donner un sens à la douleur et à la solitude. Vivre avec foi et espérance joyeuse ce moment d’épreuve, en recevant la communion ou en participant à la Messe et à la prière communautaire, également à travers les divers moyens de communication, sera pour elles la façon d’obtenir l’indulgence jubilaire. Ma pensée va aussi aux détenus, qui font l’expérience de la restriction de leur liberté. Le Jubilé a toujours constitué l’opportunité d’une grande amnistie, destinée à toucher de nombreuses personnes qui, bien que méritant une peine, ont toutefois pris conscience de l’injustice qu’elles ont commise, et désirent sincèrement s’insérer à nouveau dans la société  en apportant leur contribution honnête. Qu’à toutes ces personnes parvienne de façon concrète la miséricorde du Père qui désire être proche de ceux qui ont le plus besoin de son pardon. Dans les chapelles des prisons, elles pourront obtenir l’indulgence et, chaque fois qu’elles passeront par la porte de leur cellule, en adressant leur pensée et leur prière au Père, puisse ce geste signifier pour elles le passage de la Porte Sainte, car la miséricorde de Dieu, capable de transformer les cœurs, est également en mesure de transformer les barreaux en expérience de liberté.

J’ai demandé que l’Eglise redécouvre en ce temps jubilaire la richesse contenue dans les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle. L’expérience  de la miséricorde, en effet, devient visible dans le témoignage de signes concrets comme Jésus lui-même nous l’a enseigné. Chaque fois qu’un fidèle vivra l’une ou plusieurs de ces œuvres en première personne, il obtiendra certainement l’indulgence jubilaire. D’où l’engagement à vivre de la miséricorde pour obtenir la grâce du pardon complet et total en vertu de la force de l’amour du Père qui n’exclut personne. Il s’agira donc d’une indulgence jubilaire plénière, fruit de l’événement lui-même qui est célébré et vécu avec foi, espérance et charité.

Enfin, l’indulgence jubilaire peut être obtenue également pour les défunts. Nous sommes liés à eux par le témoignage de foi et de charité qu’ils nous ont laissé. De même que nous les rappelons dans la célébration eucharistique, ainsi, nous pouvons, dans le grand mystère de la communion des Saints, prier pour eux afin que le visage miséricordieux du Père les libère de tout résidu de faute et puisse les accueillir dans ses bras, dans la béatitude qui n’a pas de fin.

L’un des graves problèmes de notre temps est sans aucun doute le changement du rapport à la vie. Une mentalité très répandue a désormais fait perdre la sensibilité personnelle et sociale adéquate à l’égard de l’accueil d’une vie nouvelle. Le drame de l’avortement est vécu par certains avec une conscience superficielle, qui semble ne pas se rendre compte du mal très grave qu’un tel acte comporte. Beaucoup d’autres, en revanche, bien que vivant ce moment comme un échec, considèrent ne pas avoir d’autres voies à parcourir. Je pense, en particulier, à toutes les femmes qui ont eu recours à l’avortement. Je connais bien les conditionnements qui les ont conduites à cette décision. Je sais qu’il s’agit d’un drame existentiel et moral. J’ai rencontré de nombreuses femmes qui portaient dans leur cœur la cicatrice de ce choix difficile et douloureux. Ce qui a eu lieu est profondément injuste; pourtant, seule sa compréhension dans sa vérité peut permettre de ne pas perdre l’espérance. Le pardon de Dieu à quiconque s’est repenti ne peut être nié, en particulier lorsqu’avec un cœur sincère, cette personne s’approche du Sacrement de la Confession pour obtenir la réconciliation avec le Père. C’est également pour cette raison que j’ai décidé, nonobstant toute chose contraire, d’accorder à tous les prêtres, pour l’Année jubilaire, la faculté d’absoudre du péché d’avortement tous ceux qui l’ont provoqué et qui, le cœur repenti, en demandent pardon. Que les prêtres se préparent à cette tâche importante en sachant unir des paroles d’authentique accueil à une réflexion qui aide à comprendre le péché commis, et indiquer un itinéraire de conversion authentique pour pouvoir obtenir le pardon véritable et généreux du Père qui renouvelle tout par sa présence.

Une dernière considération s’adresse aux fidèles qui, pour diverses raisons, désirent fréquenter les églises où les offices sont célébrés par les prêtres de la Fraternité Saint Pie X. Cette Année jubilaire de la Miséricorde n’exclut personne. Certains confrères évêques m’ont fait part en plusieurs occasions de leur bonne foi et pratique sacramentelle, unie toutefois à la difficulté de vivre une situation pastorale difficile. J’espère que dans un proche avenir, l’on pourra trouver les solutions pour retrouver une pleine communion avec les prêtres et les supérieurs de la Fraternité. Entre temps, animé par l’exigence de répondre au bien de ces frères, j’établis, par ma propre disposition, que ceux qui, au cours de l’Année Sainte de la Miséricorde, s’approcheront, pour célébrer le Sacrement de la Réconciliation, des prêtres de la Fraternité Saint Pie X recevront une absolution valide et licite de leurs péchés.

M’en remettant à l’intercession de la Mère de la Miséricorde, je confie à sa protection la préparation de ce Jubilé extraordinaire.

Du Vatican, le 1er septembre 2015

Jésus nous envoie pour enseigner et guérir

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Réflexion biblique pour le 15e dimanche du temps ordinaire B, 12 juillet 2015

Lorsque les évangiles nous rapportent l’appel lancé par Jésus à ces jeunes disciples et apôtres, cet appel est toujours fait avec compassion. Jésus veille sur ceux qu’il appelle, il les aime, les met au défi et les incite à être quelque chose qu’ils n’auraient jamais pu imaginer!

L’évangile de ce dimanche (Marc 6, 7-13) porte sur la formation de ceux qui éventuellement propageront l’Évangile aux quatre coins du monde. Marc perçoit l’enseignement et le travail des apôtres comme un prolongement de l’enseignement et de l’œuvre de Jésus. Dans le récit de Marc, cet appel des Douze est vu dans l’invitation de Jésus à devenir pêcheur d’hommes (Mc 1, 16-20), puis des Douze choisis pour être avec Jésus et recevoir l’autorité pour prêcher et expier les démons (3, 13-19). On leur donne maintenant la mission spécifique d’exercer cette autorité en paroles et en actes comme représentants de Jésus.

Dans ce récit de l’appel, Jésus n’interdit pas la visite de territoire païen ou l’entrée de ville de Samarie. Ces différences indiquent une certaine adaptation aux conditions à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine et suggère, d’après le récit de Marc, une activité tardive dans l’Église. Du reste, Jésus exigeait de ses apôtres une dépendance totale à Dieu pour la nourriture et l’abri (Cf. Mc 6, 35-44; 8, 1-9). Logeant dans une même demeure en tant qu’invité (6,10), au lieu d’aller dans un lieu plus confortable évitait toute impression de chercher des avantages pour soi et déshonorer son hôte. Pourquoi Jésus dit-il à ses apôtres de ‘voyager léger’ avec peu ou pas de provision? Il veut que ses disciples dépendent de lui et non d’eux-mêmes. Il promet d’œuvrer à travers et en chaque personne appelée à sa gloire. Secouer la poussière de ses pieds servait de témoignage contre ceux qui rejetait l’appel au repentir.

Aide ou obstacle?

L’ignorance des disciples est l’un des thèmes récurant de l’évangile de Marc. En lisant l’évangile au complet, nous constatons que les disciples sont à la fois un obstacle et une aide pour Jésus. Ils ne comprennent pas ces paroles ni ne l’appuie dans sa mission. À maintes reprises, Jésus les blâme pour leur incapacité à comprendre et pour leur dureté de cœur. Mais lorsque les disciples comprennent mal Jésus et le laisse tomber, ils font plus qu’exercer sa patience. Ils servent de cobayes. Ceux qui ‘songent aux choses du monde’ plutôt qu’aux choses de Dieu ne peuvent comprendre que le chemin étroit qui se trouve devant Jésus doit nécessairement se terminer à la croix. Ainsi ils agissent d’une manière qui risque de détourner Jésus de sa voie.

Nous nous demandons souvent: «Pourquoi Marc a-t-il présenté les disciples sous un mauvais jour? » Les lecteurs de Marc de l’époque eux, auraient porté leur attention non pas sur le stratagème littéraire de l’auteur mais sur les événements dépeints dans le récit. Ils se seraient demandés quelque chose comme: «Comment comprendre que des disciples, que nous savons de grands leaders, soient si faibles et agissent de façon aussi honteuse?» La réponse à cette question aurait été évidente: Dieu avait ouvert les yeux des disciples et les avait transformés. D’hommes qui ne comprenaient pas et qui passaient Jésus au test, ils étaient devenus des serviteurs dignes et mêmes des leaders qui ne craignaient rien! Il y a donc de l’espoir pour nous ! Les chrétiens se sont souvenus des récits de ces appels, conscients de leurs propres faiblesses et de leurs propres échecs, mais aussi confiants en la présence du Seigneur qui triomphe de la peur. [Read more…]

N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie?

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Réflexion biblique pour le 14e dimanche du temps ordinaire B  -5 juillet 2015

Nous connaissons bien l’Évangile d’aujourd’hui, même trop bien! Il en relevait de traditions que Jésus aille à la synagogue chaque semaine durant le Sabbat et une fois son tour, il devait lire les écritures sacrées au cours de la célébration du Sabbat. Les habitants de sa ville natale écoutaient encore plus attentivement ses enseignements, car ils étaient tous au courant des miracles accomplis dans les autres villes. De quels signes le gars du village pourrait-il s’occuper sur son propre territoire?

Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus a surpris son propre peuple, car il semble rebuter la croyance qu’aucun prophète de Dieu ne puisse être honoré parmi son peuple. Les habitants de Nazareth se sont offusqués et ont refusé d’écouter ce qu’il avait à dire. Ils méprisaient son message, car il était de la classe ouvrière, un charpentier, un simple laïc de même qu’ils le méprisaient en raison de sa famille. Jésus  ne pouvait pas accomplir des actes dignes de sa puissance en leur présence, car ils étaient fermés et ne croyaient pas en lui. Si des personnes se regroupent dans les buts de haine et du refus de comprendre, ils seront incapables de percevoir d’autres points de vue et ils refuseront d’aimer  et d’accepter les autres. Est-ce un scénario connu? Combien de fois nous sommes-nous retrouvés dans une situation similaire?

 

N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie?

Nous pensons souvent que Luc est le seul évangéliste qui a répertorié les visites de Jésus à Nazareth « où il avait grandi » et ce récit structuré de la synagogue de Nazareth (Lc 4, 16). Marc et Matthieu font également allusion à cet épisode, sans toutefois mentionner la ville, mais tout simplement « son pays» ou « sa ville natale » (Mc 6,1; Mt 13,54). Cependant, les versions de Luc comportent plusieurs éléments différents de celles de Marc et de Matthieu. Dans les Évangiles de Marc et de Matthieu, certains prennent en considération le passé modeste de Jésus qui était « le charpentier »  (Mc 6,3), « le fils du charpentier » (Mt 13,55) afin de remettre en question l’importance de sa mission. À l’opposé, Luc ne fait aucune mention des origines modestes de Jésus.

Dans l’Évangile de Marc,  on ne fait pas le récit de la visite de Jésus dans sa ville natale au début de son ministère, mais à la suite d’une longue période durant laquelle il prêche l’Évangile et procure des guérisons et même après, les discussions au sujet des paraboles (Mc 4, 1-34) et la résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5, 21-43). Dans Matthieu, Jésus a également déjà prononcé son discours sur la mission aux « douze apôtres » (10, 2-42).

Quel est la signification des questions portant sur Jésus dans l’Évangile selon Marc (6, 1-6) faisant partie de l’Évangile de ce dimanche?  « “N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ?” Et ils étaient profondément choqués à cause de lui. »
« Pour qui te prends-tu? » ils semblaient lui demander. Jésus reconnait que les questions à son sujet correspondent à une profonde attitude possessive : n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie et ainsi, comme nous? Tu es à nous et c’est pourquoi tu dois faire tout ce que tu peux pour nous. Tu nous appartiens!

« Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. » Malgré l’attitude possessive dont manifeste son peuple, Jésus ne cède pas aux influences. Les habitants de la ville natale de Jésus étaient affligés d’une forme particulière d’aveuglement, c’est-à-dire la même qui nous touche parfois. Jésus refuse de donner ses dons aux services de son propre peuple offrant ainsi les avantages à des étrangers.

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Le lent progrès de l’accroissement du Royaume de Dieu

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Réflexion biblique pour le 11e dimanche du temps ordinaire (année B)

La croissance des plantes, des arbres, des fleurs et du gazon se produit tranquillement et silencieusement, sans que nous nous en rendions compte. Cette réalité imprègne l’ensemble des lectures de ce dimanche (Ézéchiel 17, 22-24; Psaume 92; Marc 4, 26-34). Regardons chacun de ces textes en appliquant l’image de la croissance des plantes à celle du Royaume de Dieu au milieu de nous.

La première lecture, tirée du livre d’Ézéchiel (17, 22-24), est une partie d’une plus large allégorie combinant des fables sur la nature avec des jugements concrets sur l’histoire. Cela permet ainsi au prophète d’inclure la promesse d’une restauration future dans le contexte historique de l’expérience de Juda. Au sein du grand exil d’Israël, Ezéchiel sait que Dieu accomplit l’inattendu, soit faire grandir le petit arbre et rapetisser le grand. Le grand cèdre représente le roi de Juda et les trois autres arbres, les rois des nations des alentours. Dieu plantera sur le Mont de Sion à Jérusalem, un jeune et tendre brin de cèdre provenant du sommet du même grand cèdre. Cela fait référence au dernier roi ou Messie qui surgira de la maison de David. Ce roi sera couronné à Jérusalem, au sommet de la plus grande montagne d’Israël (2 Samuel 7,13). Plusieurs autres nations viendront et trouveront refuge auprès de ce nouveau royaume.

Le Dieu d’Israël accomplit toujours l’inattendu, il fait grandir le petit arbre et rapetisse le grand. Dieu fait fleurir des régions désertiques et fait flétrir ce qui semble superficiellement florissant (Ézéchiel 17, 24). Dieu restaure les cœurs brisés et les espoirs perdus. Quoi que les mots du prophète Ézéchiel se réfèrent en premier lieu, aux espoirs de l’ancien Israël, ils résonnent toujours au milieu de nous aujourd’hui. Bien que la dynastie terrestre de David disparaîtra, les espoirs de David se réaliseront d’une manière plus glorieuse que ce qu’il n’aurait jamais pu imaginer!

Nous croyons que la réalisation du royaume de Dieu se trouve en Jésus de Nazareth, Fils d’Abraham et Fils de David, qui est venu pour établir son royaume au milieu de nous. Le Royaume de Dieu en Jésus grandit d’une manière mystérieuse et cachée, indépendamment de nos efforts humains. Les mots du prophète Ézéchiel remuent nos cœurs et nos esprits en nous rappelant la fidélité constante de Dieu, spécialement lorsque la croissance semble subir quelques délais ou semble tout à fait impossible : « Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai » (Ez 17, 24). [Read more…]

Une prière pour le Jubilée de la Miséricorde

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La semaine dernière, le Conseil Pontifical pour la promotion de la Nouvelle Évangélisation a publié plusieurs informations importantes sur le Jubilée de la Miséricorde qui commencera le 8 décembre prochain par l’ouverture de la Porte Sainte à la Basilique Saint-Pierre de Rome et de toutes les autres portes saintes du monde. Vous trouverez toutes les informations sur le tout nouveau site internet de l’année du Jubilée de la Miséricorde.

Outre le dévoilement officiel du logo de cette année de la Miséricorde, le Pape a fait connaître une prière écrite par lui spécialement pour cette année. Vous trouverez ci-dessous cette magnifique prière qui nous éclaire grandement sur la vision pastorale globale du pontificat du pape François.

La première partie de cette prière est tout à fait en conformité avec le texte de la Relatio synodi qui fut publié au terme du dernier synode sur la famille. Dans les deux cas, on accorde beaucoup d’importance à la contemplation du visage du Christ comme source d’inspiration des divers changements pastoraux voulus par le Pape. C’est en regardant Jésus que l’Église pourra devenir véritablement missionnaire. Cette prière manifeste donc bien le rôle central de la relation au Christ pour la vie de l’Église.

Or, pour contempler le visage du Christ, il faut d’abord le rencontrer ! C’est dans ce sens qu’est orientée la deuxième partie de cette prière. Comment présenter le Christ aux gens les plus éloignées, qui sont dans les périphéries, voilà la grande question ? Pour le Pape, c’est la Miséricorde qui est le visage le plus universel de Dieu. À partir de son souci pour les « brebis égarées », tous peuvent reconnaître en Dieu leur désir le plus profond. À l’imitation du Maître, c’est dans cet humble abaissement que le Peuple de Dieu qu’est l’Église pourra rayonner de la bonté de Dieu. Cette supplique manifeste bien l’attention du pape envers ceux qui sont le plus loin de Dieu. C’est par le pardon Incarné qu’est Jésus qui est le « visage visible du père invisible ». Manifester ce pardon à toute la création, voilà le rôle du chrétien dans le monde.

Une telle mission est cependant trop grande pour nos seules forces humaines. C’est pourquoi, cette prière contient une troisième partie consistant en une requête à l’Esprit Saint qui seul peut nous rendre capables d’une telle conversion à Dieu et nous donner l’humilité nécessaire pour pardonner à ceux qui nous font du tort. Lui seul peut nous apporter la véritable libération que nous recherchons tous, souvent bien maladroitement à travers des bonheurs illusoires. En ce sens, la conclusion nous montre comment notre Mère du ciel et Mère de Miséricorde peut nous apprendre à suivre son Fils et à intercéder auprès de Dieu pour nous obtenir toutes les grâces de conversion dont cette Année de la Miséricorde sera l’occasion miraculeuse.

Prière pour l’Année de la Miséricorde :

 Seigneur Jésus-Christ,

toi qui nous a appris à être miséricordieux comme le Père céleste,

et nous a dit que te voir, c’est Le voir,

Montre-nous ton visage, et nous serons sauvés.

Ton regard rempli d’amour a libéré Zachée et Matthieu de l’esclavage de l’argent,

la femme adultère et Madeleine de la quête du bonheur à travers les seules créatures ;

tu as fais pleurer Pierre après son reniement,

et promis le paradis au larron repenti.

Fais que chacun de nous écoute cette parole dite à la Samaritaine

comme s’adressant à nous :

Si tu savais le don de Dieu !

Tu es le visage visible du Père invisible,

du Dieu qui manifesta sa toute-puissance par le pardon et la miséricorde :

fais que l’Église soit, dans le monde, ton visage visible,

toi son Seigneur ressuscité dans la gloire.

Tu as voulu que tes serviteurs soient eux aussi habillés de faiblesse

pour ressentir une vraie compassion à l’égard de ceux

qui sont dans l’ignorance et l’erreur :

fais que quiconque s’adresse à l’un d’eux se sente

attendu, aimé, et pardonné par Dieu.

Envoie ton Esprit et consacre-nous tous de son onction

pour que le Jubilé de la Miséricorde soit une année de grâce du Seigneur,

et qu’avec un enthousiasme renouvelé,

ton Église annonce aux pauvres la bonne nouvelle

aux prisonniers et aux opprimés la liberté,

et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue.

Nous te le demandons par Marie, Mère de la Miséricorde,

à toi qui vis et règnes avec le Père et le Saint Esprit, pour les siècles des siècles.

Amen.

Présentation du logo et de la devise du Jubilé de la miséricorde

Logo Jubilee de MisericordeDans l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium qui demeure comme la carte de programmation du pontificat du Pape François, une expression est symptomatique pour saisir le sens du Jubilée extraordinaire qui a été proclamé le 11 avril dernier : »l’Eglise vit un désir inépuisable d’offrir la miséricorde, fruit de l’expérimentation de l’infinie miséricorde du Père et de sa force de diffusion.(Eg 24). C’est à partir de ce souhait qu’il faut relire la Bulle d’indiction du Jubilé Misericordiae vultus où le Pape trace le finalités de l’Année Sainte. Comme on le sait, les deux dates indicatives seront le 8 décembre 2015, la solennité de l’Immaculée Conception, marquant l’ouverture de la Porte Sainte à la Basilique Saint- Pierre, et le 20 novembre 2016, la solennité de Jésus –Christ, Seigneur de l’Univers qui est la conclusion de cette Année Sainte. Il est bon d’affirmer d’abord, pour éviter des malentendus, que le Jubilé de la Miséricorde n’est pas et il ne veut pas être, le Grand Jubilé de l’An 2000. Toute comparaison est, donc, sans signification étant donné que chaque Année Sainte apporte ses caractéristiques et ses finalités. Le Pape souhaite que ce Jubilé se déroule à Rome autant que dans les Eglises locales, ce qui demande une attention particulière à la vie de toute Eglise, ainsi qu’a leurs exigences, afin que les initiatives ne se superposent au calendrier mais, en revanche, que soient plutôt complémentaires. Pour la première fois en outre, dans l’histoire des Jubilés, il y aura la possibilité d’ouvrir la Porte Sainte la- Porte de la Miséricorde aussi dans chacun des Diocèses, tout spécialement dans la Cathédral, ou bien dans une Eglise de signification particulière, ainsi que dans un Sanctuaire important pour les pèlerins. De même, il est facile de saisir dans la Bulle d’indiction, d’autres caractéristiques qui le rendent unique. D’abord, l’appel à la miséricorde brise, de toute manière, les schémas traditionnels. L’histoire des Jubilés est caractérisée par l’échéance de 50 ans et de 25 ans. Les deux Jubilés extraordinaires ont respecté l’échéance de l’anniversaire de la rédemption accomplie par le Christ (1933-1983).Celui-ci, en revanche, est un Jubilé thématique. Il appuie sa force sur le contenu central de la foi, en se proposant d’appeler de nouveau l’Eglise à sa mission prioritaire, celle d’être le signe et le témoignage de la miséricorde en tous les aspects de sa vie pastorale. Je pense, aussi, à l’appel du Pape François au judaïsme et à l’Islam dans le but de retrouver, justement sur le thème de la miséricorde, la voie du dialogue et du franchissement des difficultés de notoriété publique. Il ne faut même pas oublier un autre trait original offert, de la part des Missionnaires de la Miséricorde: Pape François leur donnera le mandat le Mercredi des Cendres pendant la Célébration à Saint Pierre. Les Missionnaires devront être des prêtres patients, aptes à comprendre les limites des hommes, mais prêts à exprimer le souffle du Bon Pasteur, aussi bien dans leur prédication que dans la confession. Je ne veux pas m’arrêter trop sur des questions générales, afin d’entrer davantage dans le sujet de l’organisation de l’Année Sainte. [Read more…]