« La seule chose dont vous avez besoin: une étoile et un cœur pur »

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour la solennité de l’Epiphanie C – dimanche 3 janvier 2015

Le terme épiphanie signifie «montrer», «faire connaître» ou «révéler». La fête de l’Épiphanie tire son origine de l’Église d’Orient. À Jérusalem, près de Bethléem, la fête avait une référence spéciale à la Nativité. Aujourd’hui, dans les églises orthodoxes d’Orient, cette fête porte surtout sur le rayonnement et la révélation de Jésus-Christ comme Messie et seconde personne de la Sainte Trinité, au moment de son baptême. Habituellement appelée Fête de la Théophanie, elle est l’une des grandes fêtes de l’année liturgique. «Théophanie» vient du grec et signifie «Dieu resplendissant. »

L’Épiphanie en Occident

L’Occident a pris cette fête orientale de janvier, conservant toutes ses caractéristiques principales, mais en attachant une importance prépondérante, avec le temps, à la visite des rois mages qui apportent des présents et visitent l’enfant Jésus, et donc «révèlent» Jésus au monde en tant que Seigneur et Roi. La fête est observée comme un temps pour se concentrer sur la mission de l’Église ad gentes en « montrant » que Jésus est le Sauveur de tous les peuples. Le futur rejet de Jésus par Israël et son acceptation par les païens sont mis en lumière dans cette scène du récit de Matthieu.

Les détails particuliers de Matthieu

Le roi Hérode a régné de l’an 37 à 4 avant notre ère. « Mages » étaient une désignation de la caste sacerdotale perse et le mot a été par la suite utilisé pour désigner ceux considérés comme ayant des connaissances dépassant le savoir humain. Les Mages de Matthieu sont des astrologues. Quant à l’étoile dans le récit, elle correspond à une ancienne croyance commune qui veut qu’une nouvelle étoile apparaisse au moment de la naissance du souverain. Matthieu s’appuie aussi sur le récit de Balaam dans l’Ancien Testament, qui avait prophétisé qu’«une étoile se lève, issue de Jacob» [Nombres 24,17], bien que dans ce cas l’étoile ne signifie pas un phénomène astral, mais le roi lui-même.

L’acte d’adoration des Rois mages, qui correspondait à la bénédiction de Siméon selon laquelle l’enfant Jésus serait « une lumière pour éclairer les nations » [Lc 2, 32], était l’un des premiers signes que Jésus était venu pour tous les peuples, toutes les nations, toutes les races, et que le travail de Dieu dans le monde ne serait pas limité seulement à un petit nombre.

Chez eux dans leur pays lointain, les Mages avaient tout le confort d’une vie princière, mais quelque chose leur manquait, ils étaient inquiets et insatisfaits. Ils étaient disposés à tout risquer pour trouver ce que leur vision promettait. À la différence des pauvres bergers, les Rois Mages ont dû parcourir une longue route, ont dû affronter l’adversité pour atteindre leur objectif. Les bergers connaissaient aussi l’adversité, et elle les avait préparés à accepter le message des anges. Mais une fois qu’ils eurent surmonté leur peur, ils durent simplement passer à Bethléem, tout près d’où ils se trouvaient, pour voir l’Enfant Jésus. C’était tout sauf une ambiance romantique, du pèlerinage sentimental que l’on voit souvent dans nos crèches!

Les Mages d’Orient, étrangers dans tous les sens du terme, ont été guidés non seulement par leur propre sagesse et leur connaissance des astres, mais ont été aidés par les Écritures hébraïques qui constituent aujourd’hui l’Ancien Testament. La signification de cela est importante – le Christ appelle les gens de toutes les nations, Gentils comme Juifs, à le suivre. Nous pourrions dire que Jérusalem et l’Ancien Testament servent de nouveau point de départ pour ces pèlerins de la gentilité sur leur chemin de foi en Jésus. Le peuple de la grande ville, et même Hérode, ont joué un rôle dans la conduite des Mages vers le Christ!

Une histoire tragique pour adultes

L’évangile de Matthieu nous montre que dès le début de l’histoire de Jésus, celui qui doit gouverner Israël est accueilli par les applaudissements des chefs des prêtres et des scribes du peuple qui étaient conseillers du sinistre Hérode. On pourrait croire qu’ils ne font que répondre à une question théologique. Matthieu veut certainement signifier autre chose. En premier lieu, eux aussi avaient été troublés par la parole des Mages au sujet de la naissance du Messie. Sachant que Hérode était paranoïaque face à toute menace à son trône, les Mages durent comprendre qu’il ne verrait pas d’un bon œil un nouveau-né, «roi des Juifs».

En divulguant à Hérode le lieu de la naissance du Messie, les conseillers du roi sont devenus, en effet, les collaborateurs de ses mauvaises intentions. En fait ce sont eux, et non Hérode, qui entraînèrent la mort du « roi des Juifs. » Ce sont les « chefs des prêtres et les anciens du peuple » qui complotèrent pour faire arrêter et tuer Jésus [Matthieu 26, 3-5, 47; 27,1-2,12, 20]; «les scribes» sont mentionnés dans 26,57 et 27,41. Il était une menace contre Hérode et contre eux: le trône de l’un, l’empire religieux des autres.

La réaction négative d’Hérode et de ses conseillers, les chefs des prêtres et les scribes, transforme le récit de l’enfance en un véritable évangile. Si nous lisons l’histoire attentivement, nous constatons que loin d’être un conte pour enfants, ce récit est une histoire tragique pour adultes. Déjà, à Noël, nous avons un aperçu de la mort sacrificielle inévitable de ce «roi nouveau-né » – le schisme entre une idéologie du monde et une idéologie divine. Le champ de bataille est prêt, les forces sont en place. L’évangile de Matthieu nous montre que dès le début de l’histoire de Jésus, celui qui doit gouverner Israël est accueilli par les applaudissements des uns et la fureur apeurée des autres. Pour ceux qui sont attentifs aux signes des temps et des lieux, la venue de Jésus est une invitation aux risques et à l’engagement dans une démarche de foi.

 

Trouver le Christ aujourd’hui

Un enfant est né en même temps que règne un tyran meurtrier. Le roi Hérode cherche à convaincre les sages de trahir le but de leur voyage, de mettre fin à leur engagement pour l’avenir et pour une nouvelle vie. Au centre de tout ce récit de contrastes saisissants se trouve un bébé qui est la joie. Hérode a peur de cette « grande joie pour tous les peuples. » Nos sociétés et nos cultures ont de plus en plus peur de la vie humaine – la plus grande joie pour tous les peuples! Nous devons ainsi nous engager de nouveau pour la vie, sa préservation, son maintien, la bénir et rendre grâce à Dieu pour le don qu’elle est pour nous!

Certains d’entre nous sont destinés à trouver le Christ enfant seulement après un long et pénible voyage, comme celui des Rois mages. Pour y parvenir, notre sagesse du monde et des moyens terrestres et nos façades ecclésiastiques doivent disparaître. Il faut faire des sacrifices pour trouver notre sens le plus profond et notre paix qui est le Christ. La plupart des personnes sages ont besoin de faire un long bout de chemin si elles souhaitent trouver un sens profond et durable à l’existence. Les gens simples peuvent généralement trouver le Seigneur en traversant un champ comme les bergers; ils apportent leur pauvreté, leur humilité et leur simple ouverture. Au contraire la connaissance, la sagesse, la puissance, le prestige et le manque d’humilité conduisent souvent au désespoir. Les gens qui croient posséder la vérité et la clairvoyance définitives sur tout sont souvent conduits vers des avenues sombres, sans issue ou bien restent perdus dans le désert de la solitude, de l’autosuffisance,  de l’égoïsme et du désespoir.

En fin de compte, les Mages allèrent par leur propre chemin, et parce qu’ils refusaient de se laisser séduire par le cynisme, parce qu’ils se sont laissés surprendre par cette grande joie, l’étoile pour laquelle ils s’étaient engagés est réapparue. Ceci n’est pas qu’une description de l’époque où Jésus est né, mais elle parle aussi de notre temps. Quand nous avons trouvé le bonheur durable au milieu de la grisaille qui nous entoure, du cynisme, du désespoir et de l’indifférence, la seule chose à faire est de se mettre à genoux et adorer.

Si nous sommes vraiment sages, faisons ce que les sages astrologues ont fait. Lorsque nous entendons la voix du vieux roi de la mort, de la peur et du cynisme, ayons le courage de suivre notre propre chemin… dans la joie. L’étoile qui ouvre le chemin nous poussera vers l’avant, par de nouveaux sentiers, pour être en présence de l’Enfant de la Lumière et Prince de la Paix, qui est l’accomplissement des espoirs et des désirs les plus profonds de l’humanité pour la lumière, la justice, l’amour et la paix.

Le voyage des rois mages se poursuit

Les paroles du grand écrivain catholique français Georges Bernanos [1888-1948] parlent magnifiquement de la signification de cette grande fête de nos jours:

Dès le commencement, mon Église a été ce qu’elle est encore (c’est sans doute le Seigneur qui est supposé parler), ce qu’elle sera jusqu’au dernier jour, le scandale des esprits forts, la déception des esprits faibles, l’épreuve et la consolation des âmes intérieures, qui n’y cherchent que moi.

Oui, frère Martin, qui m’y cherche m’y trouve, mais il faut m’y trouver, et j’y suis mieux caché qu’on le pense, ou que certains de mes prêtres prétendent vous le faire croire – plus difficile encore à découvrir que dans la petite étable de Bethléem, pour ceux qui ne vont pas humblement vers moi, derrière les Mages et les Bergers. Car c’est vrai qu’on m’a construit des palais, avec des galeries et des péristyles sans nombre, magnifiquement éclairés jour et nuit, peuplés de gardes et de sentinelles, mais pour me trouver là, comme sur la vieille route de Judée, ensevelie sous la neige, le plus malin n’a encore qu’à me demander ce qui lui est seulement nécessaire: une étoile et un cœur pur.

Homélie du pape François pour la Messe de minuit

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Vous trouverez ci-dessous l’homélie du pape François lors de la Messe de la veille de Noël en la Basilique Saint-Pierre de Rome:

En cette nuit, resplendit une « grande lumière » (Is 9, 1) ; sur nous tous brille la lumière de la naissance de Jésus. Comme les paroles du prophète Isaïe que nous avons écoutées sont vraies et actuelles : « Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse » (9, 2) ! Notre cœur était déjà rempli de joie par l’attente de ce moment, mais maintenant, ce sentiment est multiplié et surabonde, parce que la promesse s’est accomplie, finalement elle s’est réalisée. Joie et allégresse nous assurent que le message contenu dans le mystère de cette nuit vient vraiment de Dieu. Il n’y a pas de place pour le doute ; laissons-le aux sceptiques qui, pour interroger seulement la raison, ne trouvent jamais la vérité. Il n’y a pas de place pour l’indifférence qui domine dans le cœur de celui qui ne réussit pas à aimer parce qu’il a peur de perdre quelque chose. Toute tristesse est bannie, parce que l’Enfant Jésus est le véritable consolateur du cœur.

Aujourd’hui, le Fils de Dieu est né : tout change. Le Sauveur du monde vient pour se faire participant de notre nature humaine ; nous ne sommes plus seuls ni abandonnés. La Vierge nous offre son Fils comme principe d’une vie nouvelle. La lumière vient éclairer notre existence, souvent enfermée dans l’ombre du péché. Aujourd’hui découvrons d’une façon nouvelle qui nous sommes ! En cette nuit, nous est rendu manifeste le chemin à parcourir pour rejoindre le but. Maintenant, toute peur et toute frayeur doivent cesser, parce que la lumière nous indique la route vers Bethléem. Nous ne pouvons demeurer inertes. Il ne nous est pas permis de rester arrêtés. Nous devons aller voir notre Sauveur déposé dans une mangeoire. Voilà le motif de la joie et de l’allégresse : cet Enfant est « né pour nous », il nous est « donné à nous », comme l’annonce Isaïe (cf. 9, 5). À un peuple qui depuis deux mille ans parcourt toutes les routes du monde pour rendre chaque homme participant de cette joie, est confiée la mission de faire Capture d’écran 2015-12-24 à 16.18.00connaître le « Prince de la paix » et devenir son instrument efficace au milieu des nations.

Et donc, quand nous entendons parler de la naissance du Christ, restons en silence et laissons parler cet Enfant ; imprimons dans notre cœur ses paroles sans détourner notre regard de son visage. Si nous le prenons dans nos bras et si nous nous laissons embrasser par lui, il nous apportera la paix du cœur qui n’aura jamais de fin. Cet Enfant nous enseigne quelle est la chose vraiment essentielle dans notre vie. Il naît dans la pauvreté du monde, parce qu’il n’y a pas de place à l’hôtellerie pour lui et sa famille. Il trouve abri et soutien dans une étable, et il est déposé dans une mangeoire pour animaux. Pourtant, de ce rien, émerge la lumière de la gloire de Dieu. À partir de là, pour les hommes au cœur simple, commence le chemin de la libération véritable et du rachat éternel. De cet Enfant, qui porte imprimés sur son visage les traits de la bonté, de la miséricorde et de l’amour de Dieu le Père, jaillit pour nous tous, ses disciples, comme l’enseigne l’apôtre Paul, l’engagement à « renoncer à l’impiété » et à la richesse du monde, pour vivre « de manière raisonnable, avec justice et piété » (Tt 2, 12).

Dans une société souvent éprise de consommation et de plaisir, d’abondance et de luxe, d’apparence et de narcissisme, Lui nous appelle à un comportement sobre, c’est-à-dire simple, équilibré, cohérent, capable de saisir et de vivre l’essentiel. Dans un monde qui est trop souvent dur avec le pécheur et mou avec le péché, il faut cultiver un fort sens de la justice, de la recherche et de la mise en pratique de la volonté de Dieu. Dans une culture de l’indifférence qui finit souvent par être impitoyable, que notre style de vie soit au contraire plein de piété, d’empathie, de compassion, de miséricorde, puisées chaque jour au puits de la prière.

Comme pour les bergers de Bethléem, que nos yeux puissent aussi être pleins d’étonnement et d’émerveillement, contemplant dans l’Enfant-Jésus le Fils de Dieu. Et, devant Lui, que jaillisse de nos cœurs l’invocation : « Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde, et donne-nous ton salut » (Ps 85, 8).

[02277-FR.01] [Texte original: Français]

L’avenir de l’humanité passe par la famille

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour la Fête de la Sainte Famille (27 décembre 2015)

Dans la foulée de la fête de Noël, l’Église célèbre la fête de la Sainte Famille en invitant les fidèles à réfléchir sur le don et le mystère de la vie, et en particulier sur la bénédiction qu’est la famille.

Le récit de l’évangile pour cette fête (Luc 2, 41-52) rapporte un incident de la jeunesse de Jésus qui est unique dans le Nouveau Testament. Le récit de l’enfance, tout en donnant peu de détails concernant la première partie de la vie de Jésus, mentionne que «les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem à la fête de la Pâque (2, 41), » une indication de leur piété, leur fidélité à la loi et à la tradition d’Israël.

Quand il eut douze ans, ils firent le pèlerinage suivant la coutume. Comme ils s’en retournaient à la fin de la semaine, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions (2, 42-43.46)

Les paroles mystérieuses de Jésus à ses parents semblent maîtriser leur joie de le trouver: «Comment se fait-il que vous me cherchiez? Ne saviez-vous pas que je dois être chez mon Père? (2, 49). Cette phrase peut aussi être traduite: «Je dois être immergé dans le travail de mon Père. » Dans les deux traductions, Jésus réfère à Dieu comme son Père. Sa filiation divine et son obéissance à la volonté de son Père céleste prennent le pas sur ses liens avec sa famille.

En dehors de cet événement, toute la période de l’enfance et de la jeunesse de Jésus est passée sous silence dans l’Evangile. C’est l’époque de sa «vie cachée», résumée par Luc dans deux déclarations simples: Jésus «est descendu avec [Marie et Joseph] et vint à Nazareth, et il leur était soumis (Luc 2, 51). » «Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes (Luc 2, 52). » Avec cet épisode, le récit de l’enfance se termine comme il a commencé, dans le cadre du temple de Jérusalem.

Nous apprenons des Évangiles que Jésus vécut dans sa propre famille, dans la maison de Joseph, qui avait pris la place d’un père à l’égard du fils de Marie en aidant et en protégeant, et peu à peu en le formant au métier de menuisier. Les gens de la ville de Nazareth le considéraient comme «le fils du charpentier» (Matthieu 13, 55). Lorsqu’il commença à enseigner, ses concitoyens demandèrent avec surprise: «N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie? » (Marc 6, 3). Outre sa mère, ils ont évoqué également ses «frères» et ses «sœurs», qui vécurent à Nazareth. Ce sont eux qui, comme l’évangéliste Marc le mentionne, cherchèrent à détourner Jésus de son activité d’enseignement (Marc 3, 21). Évidemment, ils n’ont rien trouvé en lui qui justifiait le début d’une telle activité. Ils pensaient que Jésus était comme n’importe quel autre israélite, et devrait le rester.

 École de Nazareth

Les paroles du pape Paul VI prononcées à Nazareth le 5 janvier 1964 constituent une belle réflexion sur le mystère de Nazareth et de la Sainte Famille. Ses paroles nous inspirent tous à imiter la famille de Dieu dans leurs belles valeurs du silence, de vie familiale et professionnelle.

Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus: l’école de l’Evangile. Ici on apprend à regarder, à écouter, à méditer et à pénétrer la signification, si profonde et si mystérieuse, de cette très simple, très humble et très belle manifestation du Fils de Dieu. Peut-être apprend-on même insensiblement à imiter. Ici on apprend la méthode qui nous permettra de comprendre qui est le Christ. Ici on découvre le besoin d’observer le cadre de son séjour parmi nous: les lieux, les temps, les coutumes, le langage, les pratiques religieuses, tout ce dont s’est servi Jésus pour se révéler au monde.

Une leçon de silence d’abord. Que renaisse en nous l’estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit; en nous qui sommes assaillis par tant de clameurs, de tracas et de cris dans notre vie moderne bruyante et hypersensibilisée. Oh silence de Nazareth, enseigne-nous le recueillement, l’intériorité, la disposition à écouter les bonnes inspirations et les paroles des vrais maîtres; enseigne-nous le besoin et la valeur des préparations, de l’étude, de la méditation, de la vie personnelle et intérieure, de la prière que Dieu seul voit dans le secret.

Une leçon de vie familiale. Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable; apprenons de Nazareth comment la formation qu’on y reçoit est douce et irremplaçable; apprenons quel est son rôle primordial sur le plan social.

Une leçon de travail. Nazareth, ô maison du «fils du charpentier», c’est ici que nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain; ici rétablir la conscience de la noblesse du travail; ici rappeler que le travail ne peut pas être une fin en lui-même, mais que sa liberté et sa noblesse lui viennent, en plus de sa valeur économique, des valeurs qui le finalisent. [Read more…]

Discours du pape François à l’occasion de la présentation des voeux de Noël à la Curie romaine

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Chers frères et sœurs,

Je vous demande de m’excuser de ne pas parler debout, mais depuis quelques jours je suis sous l’influence de la grippe et je ne me sens pas très fort. Avec votre permission, je vous parle assis.

Je suis heureux de vous adresser mes vœux les plus cordiaux de saint Noël et d’heureuse nouvelle année, que j’étends à tous les collaborateurs, aux Représentants pontificaux et particulièrement à ceux qui, au cours de l’année passée, ont terminé leur service pour avoir atteint la limite d’âge. Nous nous souvenons aussi des personnes qui ont été rappelées à Dieu. Ma pensée et ma gratitude vont à vous tous et à vos proches.

Dans ma première rencontre avec vous, en 2013, j’ai voulu souligner deux aspects importants et inséparables du travail curial : le professionnalisme et le service, indiquant la figure de saint Joseph comme modèle à imiter. Par contre, l’an passé, pour nous préparer au Sacrement de la Réconciliation, nous avons affronté quelques tentations et “maladies” – le “catalogue des maladies curiales” – aujourd’hui au contraire je devrais parler des “antibiotiques curiaux”–qui pourraient frapper chaque chrétien, curie, communauté, congrégation, paroisse et mouvement ecclésial. Maladies qui demandent prévention, vigilance, soin et, malheureusement dans certains cas, interventions douloureuses et prolongées.

Certaines de ces maladies se sont manifestées au cours de cette année, causant beaucoup de douleur à tout le corps et blessant beaucoup d’âmes avec aussi du scandale.

Il semble juste d’affirmer que cela a été – et le sera toujours – l’objet d’une sincère réflexion et de mesures déterminantes. La réforme ira de l’avant avec détermination, lucidité et résolution, parce que Ecclesia semper reformanda.

Toutefois, les maladies et même les scandales ne pourront pas cacher l’efficacité des services que la Curie romaine avec effort, avec responsabilité, avec engagement et dévouement, rend au Pape et à toute l’Église, et cela est une vraie consolation. Saint Ignace enseignait que « c’est le propre du mauvais esprit de tourmenter, de causer de la tristesse, d’élever des obstacles, de troubler par de fausses raisons, afin d’empêcher de progresser; au contraire, c’est le propre du bon esprit de donner courage et forces, consolations et larmes, inspirations et sérénité, diminuant et écartant toute difficulté, afin d’avancer sur le chemin du bien »1.

Ce serait une grande injustice de ne pas exprimer une vive gratitude et un juste encouragement à toutes les personnes saines et honnêtes qui travaillent avec dévouement, dévotion, fidélité et professionnalisme, offrant à l’Église et au Successeur de Pierre le réconfort de leur solidarité et de leur obéissance ainsi que de leurs prières généreuses.

De plus, les résistances, les fatigues et les chutes des personnes et des ministres sont aussi des leçons et des occasions de croissance, et jamais de découragement. Ce sont des opportunités pour revenir à l’essentiel qui consiste à faire le point avec la conscience que nous avons de nous- mêmes, de Dieu, du prochain, du sensus Ecclesiae et du sensus fidei.

De ce revenir à l’essentiel je Capture d’écran 2015-12-21 à 09.04.40voudrais vous parler aujourd’hui alors que nous sommes au début du pèlerinage de l’Année Sainte de la Miséricorde, ouverte par l’Église il y a peu de temps, et qui représente pour elle et pour nous tous un fort appel à la gratitude, à la conversion, au renouveau, à la pénitence et à la réconciliation.

En réalité, Noël est la fête de la Miséricorde infinie de Dieu. Saint Augustin d’Hippone dit : « Quelle miséricorde saurait l’emporter pour des malheureux sur celle qui a fait descendre du ciel le Créateur du ciel, qui a revêtu d’un corps de terre le Fondateur de la terre, égalé à nous dans notre nature mortelle Celui qui demeure l’égal de son Père dans son éternelle nature, donné une nature d’esclave au Maître du monde, condamné le Pain même à avoir faim, la Plénitude à avoir soif, réduit la Puissance à la faiblesse, la Santé à la souffrance, la Vie à la mort; et cela pour apaiser en nous la faim, étancher la soif, soulager nos souffrances, éteindre l’iniquité, enflammer la charité? »2.

Donc, dans le contexte de cette Année de la Miséricorde et de la préparation à Noël, désormais à nos portes, je voudrais vous présenter une aide pratique pour pouvoir vivre fructueusement ce temps de grâce. Il s’agit d’un “catalogue des vertus nécessaires” non-exhaustif, pour qui prête service à la Curie et pour tous ceux qui veulent rendre féconde leur consécration ou leur service à l’Église.
J’invite les Chefs de Dicastères et les Supérieurs à l’approfondir, à l’enrichir et à le compléter. C’est une liste qui part d’une analyse acrostiche de la parole « Misericordia », afin qu’elle soit notre guide et notre phare :

1. Le caractère Missionnaire et pastoral. Le caractère missionnaire est ce qui rend, et montre la curie fructueuse et féconde ; elle est la preuve de la vigueur, de l’efficacité et de l’authenticité de notre action. La foi est un don, mais la mesure de notre foi se prouve aussi par la capacité que nous avons de la communiquer 3. Chaque baptisé est missionnaire de la Bonne Nouvelle avant tout par sa vie, par son travail et par son témoignage joyeux et convaincu. Le caractère pastoral sain est une vertu indispensable spécialement pour chaque prêtre. C’est l’engagement quotidien à suivre le Bon Pasteur qui prend soin de ses brebis et donne sa vie pour sauver la vie des autres. C’est la mesure de notre activité curiale et sacerdotale. Sans ces deux ailes nous ne pourrons jamais voler et ni atteindre la béatitude du serviteur fidèle (cf. Mt 25, 14-30).

2. Aptitude [Idoneità] et sagacité. L’aptitude demande l’effort personnel d’acquérir les qualités nécessaires et requises pour exercer au mieux ses propres tâches et activités, avec l’intelligence et l’intuition. Elle s’oppose aux recommandations et aux faveurs. La sagacité est la rapidité d’esprit à comprendre et à affronter les situations avec sagesse et créativité. Aptitude et sagacité représentent aussi la réponse humaine à la grâce divine, quand chacun de nous suit ce célèbre dicton : “Tout faire comme si Dieu n’existait pas et, ensuite, laisser tout à Dieu comme si je n’existais pas”. C’est le comportement du disciple qui s’adresse au Seigneur tous les jours avec ces paroles de la très belle Prière universelle attribuée au Pape Clément XI : « Guide-moi par ta sagesse, soutiens-moi par ta justice… encourage-moi par ta bonté, protège-moi par ta puissance. Je t’offre, ô Seigneur : mes pensées, pour qu’elles soient dirigées vers toi ; mes paroles, pour qu’elles soient de toi ; mes actions, pour qu’elles soient selon toi ; mes tribulations, pour qu’elles soient pour toi »4.

3. Spiritualité et humanité. La spiritualité est la colonne vertébrale de tout service dans l’Église et dans la vie chrétienne. Elle est ce qui nourrit toute notre conduite, la soutient et la protège de la fragilité humaine et des tentations quotidiennes. L’humanité est ce qui incarne la véridicité de notre foi. Celui qui renonce à son humanité renonce à tout. L’humanité est ce qui nous rend différents des machines et des robots qui n’entendent pas et ne s’émeuvent pas. Quand il nous est difficile de pleurer sincèrement ou de rire franchement – ce sont deux signes – , alors notre déclin a commencé ainsi que
notre processus de transformation d’“hommes” en autre chose. L’humanité c’est savoir montrer tendresse et familiarité, courtoisie avec tous (cf. Ph 4, 5). Capture d’écran 2015-12-21 à 09.04.15Spiritualité et humanité, tout en étant des qualités innées, sont toutefois des potentialités à réaliser entièrement, à atteindre continuellement et à manifester quotidiennement.

4. Exemplarité et fidélité. Le Bienheureux Paul VI a rappelé à la Curie – en 63 – « sa vocation à l’exemplarité »5. Exemplarité pour éviter les scandales qui blessent les âmes et menacent la crédibilité de notre témoignage. Fidélité à notre consécration, à notre vocation, rappelant toujours les paroles du Christ : « Qui est fidèle en très peu de chose est fidèle aussi en beaucoup, et qui est malhonnête en très peu est malhonnête aussi en beaucoup » (Lc 16, 10). Et « Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être englouti en pleine mer. Malheur au monde à cause des scandales ! Il est fatal, certes, qu’il arrive des scandales, mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! » (Mt 18, 6-7).

5. Rationalité et amabilité. La rationalité sert à éviter les excès émotifs et l’amabilité à éviter les excès de la bureaucratie et des programmations et planifications. Ce sont des talents nécessaires pour l’équilibre de la personnalité : « L’ennemi – et je cite saint Ignace une autre fois, excusez-moi – considère attentivement si une âme est grossière, ou si elle est délicate. Si elle est grossière, il tâche de la rendre délicate à l’extrême pour la jeter plus facilement dans le trouble et l’abattre »6. Tout excès est l’indice de quelque déséquilibre, aussi bien l’excès de rationalité que d’amabilité.

6. Innocuité et détermination. L’innocuité qui nous rend prudents dans le jugement, capables de nous abstenir d’actions impulsives et précipitées. C’est la capacité de faire émerger le meilleur de nous-mêmes, des autres et des situations en agissant avec attention et compréhension. C’est faire aux autres ce que tu voudrais qu’il te soit fait (cf. Mt 7, 12 et Lc 6, 31). La détermination c’est agir avec une volonté résolue, avec une vision claire et dans l’obéissance à Dieu, et seulement pour la loi suprême de la salus animarum (cf. CIC, can. 1725).

7.Charité et vérité. Deux vertus indissolubles de l’existence chrétienne : « Faire la vérité dans la charité et vivre la charité dans la vérité » (cf. Ep 4, 15)7 ; au point que la charité sans vérité devient idéologie d’un “bonnisme” destructeur et la vérité sans charité devient justice aveugle.

8.Honnêteté [Onestà] et maturité. L’honnêteté est la rectitude, la cohérence et le fait d’agir avec sincérité absolue avec soi-même et avec Dieu. Celui qui est honnête n’agit pas avec droiture seulement sous le regard du surveillant ou du supérieur ; celui qui est honnête ne craint pas d’être surpris, parce qu’il ne trompe jamais celui qui lui fait confiance. Celui qui est honnête ne se comporte jamais en maître sur les personnes ou sur les choses qui lui ont été confiées à administrer, comme le “mauvais serviteur” (Mt 24, 48). L’honnêteté est la base sur laquelle s’appuient toutes les autres qualités. La maturité vise à atteindre l’harmonie entre nos capacités physiques, psychiques et spirituelles. Elle est le but et l’aboutissement d’un processus de développement qui ne finit jamais et qui ne dépend pas de l’âge que nous avons.

Capture d’écran 2015-12-21 à 09.07.329.Déférence [Rispetto] et humilité. La déférence est le talent des âmes nobles et délicates ; des personnes qui cherchent toujours à montrer un respect authentique envers les autres, envers leur propre rôle, envers les supérieurs, les subordonnés, les dossiers, les papiers, le secret et la confidentialité ; les personnes qui savent écouter attentivement et parler poliment. L’humilité, de son côté, est la vertu des saints et des personnes remplies de Dieu qui, plus elles acquièrent de l’importance, plus grandit en elles la conscience de n’être rien et de ne rien pouvoir faire sans la grâce de Dieu (cf. Jn 15, 8).

10.Générosité [Doviziosità] et attention. – j’ai le vice des néologismes – et attention. Plus nous avons confiance en Dieu et dans sa providence plus nous sommes généreux d’âme et plus nous sommes ouverts à donner, sachant que plus on donne plus on reçoit. En réalité il est inutile d’ouvrir toutes les Portes Saintes de toutes les basiliques du monde si la porte de notre coeur est fermée à l’amour, si nos mains sont fermées à donner, si nos maisons sont fermées à héberger, si nos églises sont fermées à accueillir. L’attention c’est soigner les détails et offrir le meilleur de nous-mêmes, et ne jamais baisser la garde sur nos vices et nos manques. Saint Vincent de Paul priait ainsi : “Seigneur aide-moi à m’apercevoir tout de suite : de ceux qui sont à côté de moi, de ceux qui sont inquiets

11.Impavidité et promptitude. Être impavide signifie ne pas se laisser effrayer face aux difficultés comme Daniel dans la fosse aux lions, comme David face à Goliath ; cela signifie agir avec audace et détermination et sans tiédeur « comme un bon soldat » (2 Tm 2, 3-4) ; cela signifie savoir faire le premier pas sans tergiverser, comme Abraham et comme Marie. De son côté, la promptitude c’est savoir agir avec liberté et agilité sans s’attacher aux choses matérielles provisoires. Le Psaume dit : « Aux richesses quand elles s’accroissent n’attachez pas votre coeur » (61, 11). Être prompt veut dire être toujours en chemin, sans jamais s’alourdir en accumulant des choses inutiles et en se fermant sur ses propres projets et sans se laisser dominer par l’ambition.

12.Fiabilité [Affidabilità] et sobriété. Celui qui est fiable est celui qui sait maintenir ses engagements avec sérieux et crédibilité quand il est observé mais surtout quand il se trouve seul ; c’est celui qui répand autour de lui un climat de tranquillité parce qu’il ne trahit jamais la confiance qui lui a été accordée. La sobriété – dernière vertu de cette liste, mais pas en importance – est la capacité de renoncer au superflu et de résister à la logique consumériste dominante. La sobriété est prudence, simplicité, concision, équilibre et tempérance. La sobriété c’est regarder le monde avec les yeux de Dieu et avec le regard des pauvres et de la part des pauvres. La sobriété est un style de vie8, qui indique le primat de l’autre comme principe hiérarchique et exprime l’existence comme empressement et service envers les autres. Celui qui est sobre est une personne cohérente et essentielle en tout, parce qu’elle sait réduire, récupérer, recycler, réparer, et vivre avec le sens de la mesure.

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Visage de Charité et Miséricorde dans les Bidonvilles du Monde: Mère Teresa de Calcutta sera proclamée sainte

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Teresa-Calcutta-window-detailJeudi 17 décembre, le jour de son anniversaire, le Pape François a signé quatre décrets, reconnaissant les vertus héroïques d’un laïc du 19° siècle, Enrico Hahn, d’un prêtre combonien italien, Giuseppe Ambrosoli, d’un religieux espagnol, Leonardo Lanzuela Martínez, tous deux décédés à la fin du 20° siècle. Mais la nouvelle qui a fait le tour du monde est ce décret par lequel le Pape François a reconnu le miracle attribué à l’intercession de Mère Teresa, la petite sœur au sari blanc et bleu. Il a ainsi ouvert la voie à la canonisation de la bienheureuse albanaise qui a consacré sa vie aux pauvres vivant à Calcutta, mégalopole du nord de l’Inde.

Il y a déjà 18 ans que Mère Teresa est morte d’une crise cardiaque à l’âge de 87 ans, le 5 septembre 1997 à Calcutta. Le lendemain de sa mort, elle devait présider un service de prières à Calcutta pour son amie, Diana, Princesse de Galles, tragiquement tuée dans un accident de voiture une semaine auparavant.

J’ai présenté un commentaire à l’occasion de ces funérailles pour plusieurs chaînes de télévision nationales au Canada. C’était ma première expérience devant les caméras de la télévision! La pompe, la précision et la sombre majesté de l’adieu londonien à la Princesse Diana, présenté une semaine avant, était presque invisible comparativement aux scènes chaotiques du passage du cercueil de bois de Mère Teresa transporté sur un attelage à canon à travers les rues affairées et encombrées par les foules lors de ses funérailles d’État.

La vie de Mère Teresa n’était pas ordinaire, c’était plutôt une métaphore d’altruisme et de sainteté. Ses célèbres œuvres débutèrent en 1950 avec l’inauguration à Calcutta de la première maison pour les personnes mourantes et les démunis appelée Nirmal Hriday (Cœur tendre). Les paroles de Mère Teresa demeurent inscrites sur les murs de cette maison : « De nos jours l’épidémie la plus horrible n’est pas la lèpre, ni la tuberculose. C’est le sentiment d’être indésirable, rejeté, abandonné par tous. »

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Il existe des critiques au sein de l’Église, et bon nombre de religieux et de religieuses, qui disent que Mère Teresa personnifiait une vue « préconciliaire» de la foi et n’adressait pas les maux systémiques. Ils la critiquent et critiquent ses disciples pour leur condamnation acharnée de l’avortement.

Certains ont dit qu’il n’y avait pas d’élément de critique prophétique dans l’enseignement et le train de vie de Mère Teresa, comme s’ils avaient vraiment compris ce qu’est le prophétisme biblique! Plutôt que d’agir raisonnablement en soumettant des demandes pour recevoir des dons du gouvernement afin de créer des programmes pour l’éradication de la pauvreté, Mère Teresa et ses sœurs emménagèrent dans des quartiers01 Teresa of Calcutta où elles se liaient d’amitié avec les gens. Leurs maisons devenaient souvent des oasis d’espérance et de paix, comme celles du Canada et spécialement celle du Centre Ville de Toronto. Lorsque Mère Teresa parle du « partage de la pauvreté », elle défie la logique des institutions qui préfèrent les agendas pour les pauvres au lieu de la communion avec les individus démunis. Les agents et les instruments de communion sont
 souvent jugés hors propos par le monde.

Bien qu’elle ait quitté ce monde il y a 18 ans, cette petite religieuse a encore fait la une il y a plusieurs années, avec la publication de ses lettres. Beaucoup de journalistes, d’éditeurs de magazines, des présentateurs de télévision ainsi que des bloggeurs avaient mal compris l’histoire en publiant leurs manchettes sensationnelles : « La vie secrète de Mère Teresa : crise et obscurité, » ou « La Sainte de Calcutta était une athée, » ou encore « La Mère et l’Absente. » Certains commentateurs écrivaient : « Elle a perdu sa foi et l’Église la récompense. » Ces gens semblent ne pas être au courant du fait que les personnes qui avaient préparé sa béatification en 2003 avaient cité les lettres comme preuve de sa foi exceptionnelle, et non pas l’absence de cette dernière.

Mère Teresa nous explique dans ses messages intimement personnels qu’il lui est arrivé de sentir la puissante présence de Dieu et d’avoir entendu Jésus parler avec elle. Ce que Mère Teresa vécut par la suite c’était la foi dénuée de toute consolation émotionnelle. À la fin, elle devait dépendre de la foi brute, de l’espérance et de la charité. Telles sont les vertus de tous les chrétiens, non seulement de l’élite spirituelle. Après tout, elle était l’une de nous.

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Des années auparavant, durant la période de mes études à Rome, j’ai rencontré Mère Teresa de Calcutta plusieurs fois alors que j’enseignais à ses sœurs dans un bidonville qui se trouve dans la banlieue de la Ville Éternelle. À la fin de sa première visite, elle bénit mon front avant de placer dans ma main une de ces fameuses cartes d’affaires. Sur un côté de la carte figuraient les mots suivants :

« Le fruit du silence est la PRIÈRE. Le fruit de la prière est la FOI. Le fruit de la foi est L’AMOUR. Le fruit de l’amour est le SERVICE. Le fruit du service est la PAIX. Que Dieu te bénisse. – Mère Teresa. »

Je porte toujours cette carte sur moi. Il n’y avait ni adresse, ni numéro de téléphone, pas d’e-mail, de twitter ou de numéro de fax. On sait aujourd’hui que la bienheureuse et bientôt sainte Mère Teresa de Calcutta n’en avait tout simplement pas besoin. En effet, nous n’avons pas besoin de ces informations pour la contacter puisqu’elle est tout le temps disponible et qu’elle est présente avec nous tous par la communion des saints. Tout le monde sait où elle se trouve et comment entrer en contact avec elle. Elle a toujours les mains pleines de nos demandes!

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Mère Teresa a été proclamée bienheureuse par un de ses amis, saint Jean-Paul II le 19 octobre 2003. Un des cadeaux qui couronneront ce Jubilé de la miséricorde sera la canonisation de Mère Teresa par le pape François en 2016. Demandons à cette grande femme de foi d’intercéder pour notre monde en guerre, pour les nations remplies de peur, de terreur et de crainte. Puisse cette femme de petite taille, mais néanmoins géante de la vie spirituelle, nous aider à ouvrir les portes de nos nations, de nos communautés, de nos maisons et de nos cœurs pour accueillir les étrangers et offrir amour et hospitalité à tous. Que la bientôt sainte Teresa de Calcutta prie pour nous et nous enseigne comment aimer Dieu et notre prochain dans l’unité et l’harmonie. Qu’elle nous enseigne comment être des signes de la miséricorde et de la charité dans notre monde d’aujourd’hui.

Mère Teresa, priez pour nous!

Découvrir la possibilité de l’impossible

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 4e dimanche de l’Avent C

Le récit de l’enfance de l’évangile de Luc contient certaines des scènes bibliques les plus touchantes et les mieux connues du Nouveau Testament. Non seulement l’annonce des débuts du Baptiste précède celle de Jésus (1, 5-24), mais la naissance de Jean le Baptiste précède la naissance de Jésus (1, 26-38). L’annonce à Marie de la naissance de Jésus (Lc 1, 39-45) est parallèle à l’annonce à Zacharie de la naissance de Jean. Dans les deux histoires, l’ange Gabriel apparaît à l’un des parents qui est troublé par la vision (Luc 1, 11-12, 26-29), puis l’ange dit de ne pas avoir peur (Luc 1, 13, 30). Après l’annonce (Luc 1, 14-17, 31-33), le parent fait une objection (Luc 1, 18, 34) et un signe est donné afin de confirmer l’annonce (Luc 1, 20, 36). Le focus de l’annonce de la naissance de Jésus porte sur son identité de Fils de David (Luc 1, 32-33) et Fils de Dieu (Luc 1, 32, 35).

Dans la scène très intime de la visitation de Marie à Élisabeth (1, 39-45), le Précurseur et le Seigneur sont cachés l’un de l’autre, ils ne peuvent se voir. Pourtant, avant même que les deux femmes s’embrassent, Jean tressaillit d’allégresse dans le ventre de sa mère, ayant reconnu la présence du Seigneur et du Messie dans le sein de Marie. Les deux naissances sont saluées par deux beaux cantiques: le Benedictus chanté par Zacharie, père de Jean-Baptiste à la naissance de son fils (1, 68-79) et le Nunc Dimittis proclamé par Siméon, l’homme «juste et pieux» dans le temple de Jérusalem, alors qu’il prend l’enfant Jésus dans ses bras (2, 22-35).

Les deux femmes enceintes de l’évangile de ce dernier dimanche de l’Avent, Marie et Élisabeth, reconnurent des signes de Dieu chez l’une et l’autre. Pour expliquer à Marie sa conception virginale, l’ange Gabriel lui offrit l’exemple d’Élisabeth: «Sache que ta cousine Élisabeth va concevoir un fils dans sa vieillesse, elle qui était considérée comme stérile est maintenant à son sixième mois, car rien n’est impossible à Dieu» (Luc 1, 36). Par le mouvement de l’enfant dans son ventre à l’arrivée de Marie, Elisabeth saisit aussi que quelque chose d’extraordinaire se passait. « Qui suis-je pour que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi? » Chacune des femmes expérimente en elle la possibilité de l’impossible.

La visitation de Marie à Elisabeth s’est avérée être une visitation divine, l’arche de Dieu qui n’apporte pas la terreur mais la bénédiction qu’il a faite de la maison d’Obed-Edom de Gath (I Samuel 6, 9-11). Contrairement à Sarah, qui avait ri à l’idée qu’elle pourrait concevoir et mettre au monde un enfant d’Abraham dans sa vieillesse (Genèse 18, 12) et, contrairement à Zacharie, son mari, qui avait été frappée de stupeur pour mettre en doute la puissance de Dieu dans cette affaire ( Luc 1:8-20), Élisabeth rend grâce à Dieu et demeure confiante en sa providence: « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, lorsqu’il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes. » (Luc 1, 25). Marie, pour sa part, mérite d’être acclamée par Élisabeth comme « celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Bien que Marie soit louée pour être la mère du Seigneur et à cause de sa foi, elle réagit comme le serviteur d’un psaume de louange, le Magnificat. Le « Magnificat » célèbre les merveilles de la grâce de Dieu dans la vie non seulement de ces deux femmes de l’Avent, mais de tous ceux pour qui « le Puissant a fait des merveilles » (Luc 1:49).

Il y a deux aspects de la scène de la Visitation à considérer. Le premier est que tout intérêt personnel de Marie ou d’Élisabeth est mis de côté. Toutes deux avaient de bonnes raisons d’être très préoccupées par leur grossesse et tout ce qu’apporte une nouvelle vie. Les deux femmes avaient le droit de se concentrer sur elles-mêmes pendant un certain temps alors qu’elles apportaient des ajustements radicaux à leur vie quotidienne. Marie tend la main vers sa cousine pour l’aider et être aidée par elle. Ces deux grandes femmes bibliques se sont consolées entre elles, ont partagé leurs histoires, au moment où elles firent l’expérience d’une vie nouvelle en elles : Élisabeth après ses longues années de stérilité avec cette grossesse subite, et Marie, après sa rencontre avec le messager céleste, créant une situation maritale et une grossesse toutes deux « irrégulières ».

Le deuxième point à considérer est la réponse et la rapidité de Marie. Luc nous raconte qu’elle s’est engagée «en hâte» pour un long et périlleux voyage de Nazareth à un village situé dans les montagnes de Judée. Elle savait bien ce qu’elle voulait et rien ni personne ne pouvait l’arrêter. Dans son commentaire de l’Evangile de Luc, saint Ambroise de Milan décrit cette précipitation avec une expression latine complexe, « nescit tarda molimina Spiritus Sancti gratia » qui pourrait signifier: «la grâce de l’Esprit Saint ne connaît pas les efforts que l’on reporte sans cesse» ou
«les efforts reportés sont étrangers à la grâce de l’Esprit Saint ». Le choix libre de Marie d’aller de l’avant reflète une décision prise au plus profond de son cœur, suivie d’une action immédiate.

Combien de choses dans notre vie avons-nous rêvé de faire, aurions-nous dû faire, et n’avons jamais faites – des lettres à écrire, des rêves qui auraient dû être réalisés, la gratitude qui n’a pas été exprimée, l’affection qui n’a jamais été montrée, des mots qui auraient dû être prononcés? Les reports et les retards nous pèsent, nous fatiguent et nous découragent. Ils nous rongent. Combien est vraie la parole de saint Ambroise lorsqu’il décrit l’empressement de Marie: l’Esprit s’empara complètement de la Vierge fille de Nazareth, et l’obligea à agir.

L’histoire de la Visitation nous enseigne une leçon importante: quand le Christ se développe à l’intérieur de nous, nous sommes conduits vers des personnes, des lieux et des situations dont nous n’avons jamais rêvé. Nous allons porter des paroles de consolation et d’espérance qui ne sont pas les nôtres. Dans l’acte même de consoler les autres, nous serons consolés. Nous serons en paix, recueillis, car nous savons qu’aussi insignifiants que puissent nous paraître notre vie et nos problèmes, le Christ se sert d’eux pour prendre forme en nous. [Read more…]

Un Jubilé extraordinaire pour tous!

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(Photo: Catholic News Service)

Vous êtes certainement au courant que mardi dernier en la fête de l’Immaculée Conception, le pape François a procédé à l’ouverture solennelle de la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre de Rome procédant ainsi à l’annonce du Jubilé extraordinaire de la miséricorde qu’il avait ouvert officiellement lors de son voyage en République Centrafricaine. Ce n’est pas un hasard si le Pape a voulu tenir cette cérémonie le jour de la Solennité de l’Immaculée Conception. Pour lui, il était important d’entrer dans cette année sous la protection de la Sainte Vierge puisque c’est par elle que le Royaume des cieux est entré dans notre histoire. En d’autres termes, c’est par elle que le Verbe a pris chair, adoptant notre condition humaine et répandant sur le monde entier les trésors de la miséricorde divine.

Ainsi, comme Marie, nous devons accepter ce don et cette invitation à redécouvrir le visage miséricordieux du Père, à s’en émerveiller et à laisser son action rédemptrice prendre toute la place dans notre vie. Comme l’affirme le pape François dans l’homélie : « La fête de l’Immaculée Conception exprime la grandeur de l’amour de Dieu. Il est non seulement celui qui pardonne le péché, mais en Marie, il va jusqu’à prévenir la faute originelle, que tout homme porte en lui en entrant dans ce monde. » En ce sens, l’année sainte doit être considérée comme un don de la Grâce de Dieu que l’on met au-devant de nos actes pour nous assurer que, même si nous tombons en court de route, Dieu sera toujours présent à nos côtés, prêt à nous pardonner les fautes que nous avons même pas encore commises !

Cette vérité fondamentale de la foi chrétienne avait peut-être été laissée de côté pendant un temps mais il semble bien que le Pape François en ait fait sa priorité absolue. Pour lui, la Porte Sainte et les différentes portes de la miséricorde qui seront ouvertes dans chaque diocèse doivent nous aider à sentir, j’irais jusqu’à dire, en notre chair, la grandeur du mystère de l’amour de Dieu. Le passage de la porte sainte aura donc un double effet : « 1) l’abandon de toutes formes de peur et de crainte, parce que cela ne sied pas à celui qui est aimé » ; et 2) « la naissance en nous de la joie de la rencontre avec la grâce qui transforme tout ».

Ce samedi et dans les semaines à venir nous aurons l’occasion tous et toutes de nous rendre dans nos cathédrales respectives pour célébrer l’ouverture de cette année de la miséricorde. Nous pouvons dire que nous sommes privilégiés puisque nous avons déjà eu la chance d’avoir une Porte Sainte ouverte durant une année entière en la cathédrale Notre-Dame de Québec. Certains ont même pensé que cette expérience positive avait fait naître l’idée dans la tête du pape François d’universaliser l’initiative. Certes, nous aurons tous le cœur rempli de candeur lorsque renouvelés par cette contemplation de la beauté de notre Dieu, nous inviterons parents et amis à traverser notre porte de la miséricorde. En ce sens, ce Jubilé donnera un deuxième souffle à notre élan missionnaire.

Si vous ne pouvez pas vous déplacer, sachez que S+L diffusera la messe d’ouverture de la Porte Sainte de la Cathédrale Notre-Dame de Québec samedi prochain le 12 décembre à 16h30. Notre journaliste Emilie Callan sera sur place pour vous faire vivre cet événement exceptionnel. Sachez aussi que S+L sera présent du côté de Montréal afin de vous permettre de revoir l’ouverture de la Porte de la miséricorde du Diocèse de Montréal en la basilique Marie-Reine-du-Monde qui aura lieu samedi le 12 décembre à 19h30. Cette coproduction S+L et l’Église catholique à Montréal sera disponible dès la semaine prochaine.

Au nom de toute l’Équipe de S+L, nous vous souhaitons une joyeuse et sainte année de la miséricorde !

« L’Église, mère des vocations »: Message du pape François pour la 53e Journée mondiale de prière pour les vocations

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Le 17 avril 2016, le 4e dimanche de Pâques, l’Église va célébrer la 53e Journée mondiale de prière pour les vocations. Le thème de cette année: « L’Église, Mère des vocations ». Ci-dessous vous trouvez le texte complet du message du Saint-Père:

Chers frères et sœurs,

Comme je voudrais, au cours du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, que tous les baptisés puissent expérimenter la joie d’appartenir à l’Église ! Puissent-ils redécouvrir que la vocation chrétienne, ainsi que les vocations particulières, naissent au sein du peuple de Dieu et sont des dons de la miséricorde divine. L’Église est la maison de la miséricorde, et constitue le « terreau » où la vocation germe, grandit et porte du fruit.

Pour cette raison, je vous invite tous, en cette 53ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, à contempler la communauté apostolique, et à être reconnaissants pour le rôle que joue la communauté dans le parcours vocationnel de chacun. Dans la Bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, j’ai fait mémoire des paroles de saint Bède le Vénérable concernant la vocation de saint Matthieu : « Miserando atque eligendo » (« Jésus regarda Matthieu avec un amour miséricordieux, et le choisit ») (Misericordiae Vultus, n. 8). L’action miséricordieuse du Seigneur pardonne nos péchés et nous ouvre à la vie nouvelle qui se concrétise dans l’appel à sa suite et à la mission. Toute vocation dans l’Église a son origine dans le regard plein de compassion de Jésus. La conversion et la vocation sont comme les deux faces d’une même médaille et elles se rappellent sans cesse à nous, dans notre vie de disciple missionnaire.

Dans son Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi, le Bienheureux Paul VI a décrit les étapes du processus d’évangélisation. L’une d’entre elles est l’adhésion à la communauté chrétienne (cf. n. 23), dont on reçoit le témoignage de la foi et la proclamation explicite de la miséricorde du Seigneur. Cette incorporation communautaire comprend toute la richesse de la vie ecclésiale, particulièrement les sacrements. Et l’Église n’est pas seulement un lieu où l’on croit, mais elle est aussi objet de notre foi ; pour cela, dans le Credo, nous disons : « Je crois en l’Église… ».

L’appel de Dieu nous arrive à travers la médiation de la communauté. Dieu nous appelle à faire partie de l’Église et, après un certain temps de maturation en elle, il nous donne une vocation spécifique. Le parcours vocationnel se fait avec les frères et les sœurs que le Seigneur nous donne : c’est une con-vocation. Le dynamisme ecclésial de l’appel est un antidote à l’indifférence et à l’individualisme. Il établit cette communion dans laquelle l’indifférence a été vaincue par l’amour, parce qu’il exige que nous sortions de nous-mêmes, en mettant notre existence au service du dessein de Dieu et en faisant nôtre la situation historique de son peuple saint. En cette journée consacrée à la prière pour les vocations, je désire exhorter tous les fidèles à prendre leurs responsabilités dans le souci et le discernement des vocations. Quand les apôtres cherchèrent quelqu’un pour remplacer Judas Iscariote, saint Pierre rassembla cent-vingt frères (cf.Ac 1,15) ; et, pour le choix des sept diacres, tout le groupe des disciples fut convoqué (cf. Ac 6,2).

Saint Paul donna à Tite des critères spécifiques pour le choix des Anciens (Tt 1,5-9). Également aujourd’hui, la communauté chrétienne est toujours présente à la germination des vocations, à la formation de ceux qui sont appelés et à leur persévérance (cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 107).

La vocation naît dans l’Église. Dès le début de l’éveil d’une vocation, un ‘sens’ adéquat de l’Église est nécessaire. Personne n’est appelé uniquement pour une région déterminée, ou pour un groupe ou un mouvement ecclésial, mais pour l’Église et pour le monde. « Un signe clair de l’authenticité d’un charisme est son ecclésialité, sa capacité de s’intégrer harmonieusement dans la vie du peuple saint de Dieu, pour le bien de tous » (ibid., n. 130). En répondant à l’appel de Dieu, le jeune voit s’élargir son horizon ecclésial ; il peut découvrir les multiples charismes et réaliser ainsi un discernement plus objectif. De cette manière, la communauté devient la maison et la famille où naît la vocation. Le candidat regarde alors, dans la gratitude, cette médiation communautaire comme un élément auquel il ne peut renoncer pour son avenir. Il apprend à connaître et à aimer ses frères et sœurs qui parcourent un chemin différent du sien ; et ces liens renforcent en tous la communion.

La vocation grandit dans l’Église. Durant le processus de formation, les candidats aux diverses vocations ont besoin de connaître toujours mieux la communauté ecclésiale, en dépassant la vision limitée que nous avons tous au départ. À cette fin, il est opportun de faire des expériences apostoliques en compagnie d’autres membres de la communauté, par exemple : communiquer le message chrétien aux côtés d’un bon catéchiste ; faire l’expérience de l’évangélisation des périphéries avec une communauté religieuse ; découvrir le trésor de la contemplation en passant un temps dans un monastère ; mieux connaître la mission ad gentes (« aux nations ») au contact de missionnaires ; et, avec des prêtres diocésains, approfondir l’expérience de la pastorale en paroisse et dans le diocèse. Pour ceux qui sont déjà en formation, la communauté ecclésiale demeure toujours le milieu éducatif fondamental, objet de toute notre gratitude.

La vocation est soutenue par l’Église. Le parcours vocationnel dans l’Église ne s’arrête pas après l’engagement définitif, mais il continue dans la disponibilité au service, dans la persévérance et par la formation permanente. Celui qui a consacré sa vie au Seigneur est disposé à servir l’Église là où elle en a besoin. La mission de Paul et de Barnabé est un exemple de cette disponibilité ecclésiale. Envoyés en mission par l’Esprit Saint et par la communauté d’Antioche (cf.Ac 13,1-4), ils retournèrent dans cette même communauté et racontèrent ce que le Seigneur avait fait par eux (cf. Ac 14,27). Les missionnaires sont accompagnés et soutenus par la communauté chrétienne qui demeure une référence vitale, en tant que patrie visible offrant sécurité à ceux qui accomplissent leur pèlerinage vers la vie éternelle.

Parmi les opérateurs pastoraux, les prêtres revêtent une importance particulière. À travers leur ministère, se rend présente la parole de Jésus qui a dit : « Je suis la porte des brebis […] Je suis le bon pasteur » (Jn 10, 7.11). Le souci pastoral des vocations est une part fondamentale de leur ministère pastoral. Les prêtres accompagnent ceux qui sont à la recherche de leur vocation, comme aussi ceux qui ont déjà offert leur vie au service de Dieu et de la communauté.

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Ceux qui veillent dans l’attente du Christ

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Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour le premier dimanche de l’Avent, année liturgique C ( 29 novembre 2015)

Nous avons parfois l’impression que le monde s’écroule autour de nous. Nos problèmes nous paraissent insurmontables. Lorsque je me trouve dans cet était,  je me remémore avec gratitude des paroles des héros de la Révolution de velours qui ont contribué à la chute du communisme, à la fin des années quatre-vingts. Je chéris les paroles d’espérance de l’ancien président tchèque Vaclav Havel durant son emprisonnement.

Ces paroles ont capté l’imaginaire de tant de gens alors qu’ils étaient enfin témoins de la dissolution du régime communiste :

L’Espoir est totalement distinct de l’optimisme. Ce n’est pas la conviction qu’une chose aura une issue favorable, mais la certitude que cette chose a un sens, quoi qu’il advienne. En somme, je pense que l’espoir, dans son sens fort profond, est la seule chose qui puisse nous garder la tête hors de l’eau et nous inciter à accomplir de bonnes œuvres. Puis elle est la seule véritable source de cette dimension étonnante de l’esprit humain et ses efforts surgissent comme s’ils étaient « d’ailleurs ».

Je m’intéresse également aux sections des vertus théologales du Catéchisme de l’Église Catholique  particulièrement les paragraphes sur l’espérance. J’ai été particulièrement touché par les pensées énoncées au nº 1818 du Catéchisme :

La vertu d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des hommes; elle les purifie pour les ordonner au Royaume des cieux; elle protège du découragement; elle soutient en tout délaissement ; elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude éternelle. L’élan de l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur de la charité.

Les adeptes au quotidien de Jésus

De telles réflexions sont importantes pour nous cette année alors que nous entamons la saison de l’Avent avec grand éclat par l’extrait de Luc sur la fin des temps. Dans l’Évangile d’aujourd’hui (21, 25-28; 34-36) nous pouvons voir, entendre et ressentir le discours eschatologique de Marc 13. La véritable destruction de Jérusalem par les Romains en 70 av. J.-C. vers laquelle se retourne Luc et sa communauté (Lc 21, 20-24) leur offre un certain confort, car l’annonce de la rédemption finale sera réalisée tout comme la prédiction de Jésus de la destruction de Jérusalem (21,27 -28).

Luc l’évangéliste a apporté des changements importants aux descriptions de la fin des temps de Marc. Luc maintient les premières prédictions de la fin des temps, mais se faisant avec une attention particulière à travers l’Évangile sur l’adhésion quotidienne à Jésus et la réinterprétation du sens attribué à certains signes de la fin  des temps dans Marc 13, il se réconcilie avec la situation qui semblait  être le retard de la Parousia (deuxième avènement) à la communauté chrétienne des origines. En ce qui concerne la persécution des disciples (21, 12-19) et la destruction de Jérusalem (21,20-24), Luc souligne les signes eschatologiques déjà accomplis.

L’essentiel du message du Christianisme ne réside pas dans la connaissance de tous les détails de la fin du monde. En fait, il y a très peu de détails précis sur l’avenir dans les prédications de Jésus sauf le fait que Dieu atteindra son but ultime et il le fera par Jésus. Lorsque mes étudiants me posaient des questions au sujet du deuxième avènement, je leur disais toujours que je m’attendais à une grande surprise comme l’était le premier. Mais cela se trouve entre les mains de Dieu. Il fera advenir son Royaume et c’est bien ce qui importe.

Irréprochable dans la sainteté

Dans la deuxième lecture de la première lettre de Saint-Paul aux Thessaloniciens (3, 12 – 4, 2), nous observons Paul, quelque 20 ans après la mort et la résurrection de Jésus, qui tente de renforcer les convictions de ses convertis thessaloniciens envers leur nouvelle foi.  Pour Paul, la Parousia ou le second avènement est essentiel au message chrétien. Sans cette venue, le récit du salut demeurerait incomplet. Paul croyait que la Parousie était imminente, mais elle nécessitait une préparation. Paul a demandé deux choses : (1) une augmentation de l’amour mutuel et universel et (2) l’accomplissement de l’objectif chrétien. Ce but étant la sainteté par l’expression d’un intérêt par amour l’un pour l’autre. Cette sainteté peut-être atteinte par des gestes ordinaires de bonté, de gentillesse, de charité et d’espérance posés au quotidien. [Read more…]

Sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte…

Apocalypse cropped

Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 33e dimanche du temps ordinaire B (15 novembre 2015)

L’évangile de ce dimanche est tiré du plus difficile chapitre de l’évangile de Marc (13, 24-32) et est souvent interprété comme une annonce de la fin du monde. Marc 13 est appelé parfois la « petite apocalypse ». Comme Daniel 7-12 et le livre de l’Apocalypse, il est centré sur les persécutions. Nous pouvons voir que, en étudiant ce chapitre dans son ensemble, nous sommes plutôt dans le registre du sens que de la chronologie.

La prédiction de Jésus de la destruction du temple (Mc 13, 2) souleva tant de questions que les quatre disciples l’interrogèrent en privé au sujet de l’heure et des signes qui annonceraient la fin du monde (Mc 13, 3-4). Jésus répond à leurs questions par un discours eschatologique à la veille de sa mort. Il contient des instructions et des encouragements, exhortant les disciples et l’église à la foi, l’obéissance à travers les épreuves auxquelles ils seraient confrontés. (Mc 13, 5-13). Le signe est la présence d’une abomination (Mc 13, 14 et Daniel 9, 27), c’est-à-dire du pouvoir romain qui profane le temple. On presse les gens de fuir de Jérusalem plutôt que de  défendre la ville par l’intermédiaire d’un espoir messianique mal guidé. (Mc 13, 14-23). Une intervention aura lieu seulement après la destruction (Mc 13, 24-27), qui arrivera avant la fin de la première génération de chrétiens (Mc 13, 28-31).

Personne sauf le Père ne connait l’heure précise ou celle de la parousie (Mc 13, 32). Dès lors, il est nécessaire de veiller constamment (Mc 13, 33-37). Luc parle de la parousie pour une date ultérieure, après « Le temps des païens » (Luc 21, 24). Voir aussi les notes sur Matthieu 24,1 – 25,46.

Le Fils de l’Homme

Les paroles de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui portent sur deux réalités : Jésus lui-même va accomplir les textes des Écritures de l’Ancien Testament à la fin des temps et les disciples ne doivent pas se soucier de l’heure précise du retour de Jésus.  Quand nous lisons le verset 26, nous savons que Jésus est cet être céleste qui viendra dans la puissance et la gloire. Comme le Fils de l’Homme de Daniel, le Jésus de Marc reviendra et rassemblera ses élus « des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel » (Mc 13,  27). Quand Jésus parlait, il ne brossait pas le tableau d’un futur étincelant pour ses disciples. Il parlait de l’ère dans laquelle les premiers lecteurs de Marc vivaient et en vérité, dans laquelle nous vivons nous-mêmes. Jésus prévoyait les guerres, les tremblements de terre, les famines, et les identifie comme « le début de grands bouleversements » : les événements prophétisés annoncent l’avènement douloureux d’un temps nouveau, qui survient même si les forces des temps anciens luttent pour l’en empêcher.

Jésus décrit au peuple de ce temps toutes les choses qui éveilleraient la peur des gens d’aujourd’hui: guerres, persécution, catastrophes, scandales et peuples dans la misère. Jésus utilise ces prédictions de détresse comme fondement de l’espoir. Nous sommes invités à fixer notre regard sur lui ! Ces paroles de Jésus dans cet évangile (v 29-31) me réconforte particulièrement: « Lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. »

L’épreuve eschatologique

L’épreuve eschatologique se présentera sous diverses formes. La première, il y aura les trahisons. Comme Jésus qui a été trahi et livré aux mains des pécheurs pour être éprouvés, de même les lecteurs de Marc seront trahis ou livrés aux conseils, frappés dans les synagogues et appelés à donner leurs témoignages devant les gouverneurs et les rois. Ils seront trahis et livrés à mort non seulement par leurs ennemis mais aussi par leurs parents et enfants, leur propre chair !

La deuxième forme de l’épreuve, des faux christs et des faux prophètes feront leur apparition, pour détourner les gens du droit chemin. Ces trompeurs promettront la délivrance et feront des signes et des merveilles pour faire abandonner au peuple leur foi en Jésus.

Troisièmement viendront des épreuves ou des tentations même pour ceux qui jouissent d’une paix relative et stable. Jésus parle au sujet de la dernière sorte d’épreuve en concluant la parabole au chapitre 13, au sujet d’un homme qui part en voyage, ayant chargé ses serviteurs et son intendant « de veiller et de rester éveillés ». La parabole suggère que les lecteurs de Marc sont en danger lorsqu’ils manquent à leur devoir de veilleurs. Ils sont menacés par « les soucis du monde, et l’appât  des richesses », Ailleurs, Jésus les avertit que la semence peut être étouffée  avant qu’elle n’arrive à maturité. [Read more…]