Discours du Pape François au clergé égyptien

Après la Messe, le pape François a rencontré le clergé et les séminaristes d’Égypte au séminaire Saint-Léon le Grand au Caire. Voici le discours préparé du Pape dans son intégralité:

Al Salamò Alaikum! / La paix soit avec vous!

”Voici le jour qu’a fait le Seigneur, en lui, réjouissons-nous! Le Christ a vaincu la mort pour toujours, en lui, réjouissons-nous!”

Je suis heureux d’être parmi vous en ce lieu où sont formés les prêtres et qui représente le cœur de l’Eglise Catholique en Egypte. Je suis heureux de saluer en vous, prêtres, personnes consacrées du petit troupeau catholique en Egypte, le “levain” que Dieu prépare pour cette terre bénie, afin que, avec nos frères orthodoxes, son Royaume y grandisse (cf. Mt 13,11).

Je veux d’abord vous remercier pour votre témoignage et pour tout le bien que vous faites chaque jour, œuvrant au milieu de tant de défis et, souvent, peu de consolations. Je veux aussi vous encourager ! N’ayez pas peur du poids du quotidien, du poids des situations difficiles que certains d’entre vous doivent traverser. Nous vénérons la Sainte Croix, instrument et signe de notre salut. Qui échappe à la Croix échappe à la Résurrection!

«Sois sans crainte petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32).

Il s’agit donc de croire, de témoigner de la vérité, de semer et de cultiver sans attendre la récolte. En réalité, nous recueillons les fruits d’une foule d’autres personnes, consacrées ou non, qui ont généreusement travaillé dans la vigne du Seigneur: votre histoire en est pleine!

Et au milieu de tant de raisons de se décourager, et parmi tant de prophètes de destruction et de condamnation, au milieu de tant de voix négatives et désespérées, soyez une force positive, soyez la lumière et le sel de cette société; soyez la locomotive qui tire le train en avant, droit vers le but; soyez des semeurs d’espérance, des bâtisseurs de ponts et des artisans de dialogue et de concorde.

Cela est possible si le consacré ne cède pas aux tentations qu’il rencontre chaque jour sur sa route. Je voudrais en relever quelques-unes, parmi les plus significatives.

  1. La tentation de se laisser entraîner au lieu de guider. Le Bon Pasteur a le devoir de guider le troupeau (cf. Jn 10,3-4), de le conduire jusqu’à l’herbe fraîche et à la source d’eau (cf. Ps 22). Il ne peut se laisser entraîner par la déception et par le pessimisme : “Qu’est-ce que je peux faire ?” Il est toujours plein d’initiatives et de créativité, comme une source qui jaillit même quand elle est asséchée ; il a toujours la caresse de consolation même quand son cœur est accablé ; il est un père quand les enfants le traitent avec gratitude mais surtout quand ils ne lui sont pas reconnaissants (cf. Lc 15,11-32). Notre fidélité au Seigneur ne doit jamais dépendre de la gratitude humaine : « Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6,4.6.18).
  2. La tentation de se plaindre continuellement. Il est facile d’accuser toujours les autres pour les manquements des supérieurs, pour les conditions ecclésiales ou sociales, pour les faibles possibilités… Mais le consacré est celui qui, par l’onction de l’Esprit, transforme tout obstacle en opportunité et non pas toute difficulté en excuse ! Celui qui se plaint toujours est, en fait, quelqu’un qui ne veut pas travailler. C’est pour cela que le Seigneur, s’adressant aux Pasteurs, dit : « Redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent » (He 12,12 ; cf. Is 35,3).
  3. La tentation du bavardage et de la jalousie. Le danger est sérieux quand le consacré, au lieu d’aider les petits à grandir et de se réjouir du succès de ses frères et de ses sœurs, se laisse dominer par la jalousie et devient quelqu’un qui blesse les autres par son bavardage. Quand, au lieu de de s’efforcer de grandir, il commence par détruire ceux qui sont en train de grandir; au lieu de suivre les bons exemples, il les juge et diminue leur valeur. La jalousie est un cancer qui ruine n’importe quel corps en peu de temps: «Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut pas tenir. Si les gens d’une même maison se divisent entre eux, ces gens ne pourront pas tenir» (Mc 3, 24-25). En effet, «c’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde» (Sg 2,24). Et le bavardage en est le moyen et l’arme.
  4. La tentation de se comparer aux autres. La richesse est dans la diversité et dans l’unicité de chacun de nous. Nous comparer à ceux qui sont meilleurs nous porte souvent à tomber dans la rancœur; nous comparer à ceux qui sont pires nous porte souvent à tomber dans l’orgueil et dans la paresse. Celui qui tend à se comparer toujours aux autres finit par se paralyser. Apprenons des saints Pierre et Paul à vivre la diversité des caractères, des charismes et des opinions dans l’écoute et dans la docilité à l’Esprit Saint.
  5. La tentation du “pharaonisme”, c’est-à-dire de durcir le cœur et de le fermer au Seigneur et aux frères. C’est la tentation de se sentir au-dessus des autres et donc de les soumettre à soi par vaine gloire; d’avoir la présomption de se faire servir au lieu de servir. C’est une tentation commune, depuis le début, parmi les disciples, qui – dit l’Evangile- « en chemin, avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand» (Mc 9,34). L’antidote de ce venin est : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9,35).
  6. La tentation de l’individualisme. Comme dit le dicton égyptien bien connu: “Après moi le déluge”. C’est la tentation des égoïstes qui, chemin faisant, perdent le but et, au lieu de penser aux autres, pensent à eux-mêmes, n’en éprouvent aucune honte, au contraire, s’en justifient. L’Eglise est la communauté des fidèles, le Corps du Christ, où le salut d’un membre est lié à la sainteté de tous (cf. 1Co 12,12-27 ; Lumen gentium, 7). L’individualiste, au contraire, est motif de scandale et de conflit.
  7. La tentation de marcher sans boussole et sans but. Le consacré perd son identité et commence à être“ni chair ni poisson”. Il vit le cœur partagé entre Dieu et la mondanité. Il oublie son premier amour (cf. Ap 2,4). En réalité, sans avoir une identité claire et solide, le consacré marche sans orientation et, au lieu de guider les autres, il les disperse. Votre identité d’enfants de l’Eglise est celle d’être coptes – c’est-à-dire enracinés dans vos nobles et antiques racines – et d’être catholiques – c’est-à-dire partie de l’Eglise une et universelle : comme un arbre qui est d’autant plus haut dans le ciel qu’il est enraciné dans la terre !

Chers consacrés, il n’est pas facile de résister à ces tentations mais c’est possible si nous sommes greffés sur Jésus: «Demeurez en moi comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi» (Jn 15,4). Plus nous sommes enracinés dans le Christ, plus nous sommes vivants et féconds! C’est ainsi seulement que le consacré peut conserver l’étonnement, la passion de la première rencontre, l’attraction et la gratitude dans sa vie avec Dieu et dans sa mission. La qualité de notre consécration dépend de la qualité de notre vie spirituelle.

L’Egypte a contribué à enrichir l’Eglise du trésor inestimable de la vie monastique. Je vous exhorte, par conséquent, à puiser à l’exemple de Saint Paul l’ermite, de Saint Antoine, des Saints Pères du désert, des nombreux moines qui, par leur vie et leur exemple, ont ouvert les portes du ciel à tant de frères et de sœurs ; et ainsi, vous aussi pouvez être lumière et sel, c’est-à-dire cause de salut pour vous-mêmes et pour tous les autres, croyants ou non, et spécialement pour les derniers, ceux qui sont dans le besoin, les abandonnés et les marginalisés.

Que la Sainte Famille vous protège et vous bénisse tous, votre pays et tous ses habitants. Du plus profond de mon cœur je souhaite à chacun de vous tout le bien possible, et à travers vous je salue les fidèles que Dieu a confiés à vos soins. Que le Seigneur vous accorde les fruits de son Saint Esprit : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5,22).

Vous serez toujours présents dans mon cœur et dans ma prière. Courage et en avant avec l’Esprit Saint! ”Voici le jour qu’a fait le Seigneur, en lui, réjouissons-nous”. Et s’il vous plaît, ne vous découragez pas de prier pour moi !

Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal sur S+L

EN EXCLUSIVITÉ sur les ondes de Sel et Lumière, voyez la télé diffusion de la Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal le vendredi 21 avril prochain à 19h30. Cette Messe célébrée à la magnifique chapelle du Grand Séminaire de Montréal sera présidée par S.Exc. Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal. L’animation de cette Messe est confiée à la chorale jeunesse de Notre-Dame-d’Afrique ainsi qu’aux séminaristes étudiants au Grand Séminaire de Montréal.

Veuillez noter que cette Messe sera également disponible en direct sur la chaîne web (En Direct) de Sel et Lumière ainsi qu’en Facebooklive dès 19h30. Un rendez-vous à ne pas manquer!

Vous trouverez ci-dessous le feuillet de prière de cette célébration:
Feuillet Messe vocationnelle 21 Avril 2017 V. 19 avril 2017

Les Sept dernières paroles du Christ: 7e réflexion de carême

Septième parole
« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
Luc 23, 44-46

  1. Cette dernière parole est tirée du Psaume 31. Pourquoi Luc met-il les paroles de ce psaume sur les lèvres de Jésus et non pas le psaume 22 tel que nous le retrouvons dans le récit de Mathieu et de Marc ?
  2. Qu’est-ce que ces dernières paroles nous disent sur le désir de Jésus pour nous et sur notre relation à Dieu ?
  3. De quelle manière « cultiver une attitude intérieure d’abandon total et inconditionnel envers Dieu ? »
  4. Nous sommes tous pécheurs. Qu’est-ce que Dieu veut pour nous en tant que pécheurs ?
  5. Avant son élection comme pape Jean-Paul 1er, le cardinal Albino Luciani écrit une lettre à Jésus dans laquelle il exprimait son insuf sance de mots et d’expressions que nous ressentons tous alors que nous nous adressons à Jésus. Cette Semaine Sainte, pouvez-vous prendre le temps d’écrire votre propre lettre à Jésus ?
  6. Lors des Journées mondiales de la Jeunesse 2016, le pape François s’exprimait ainsi :
    « Le Chemin de la croix est celui du bonheur de suivre le Christ jusqu’au bout, dans des circonstances souvent dramatiques de la vie quotidienne ; […] C’est un chemin d’espoir, un chemin pour le futur ». Alors que nous acceptons d’entrer dans cette démarche que nous propose le Chemin de Croix de ce Vendredi Saint, comment apporterons-nous ce chemin d’espoir dans notre famille, notre milieu de travail et dans notre cœur ?

Église en sortie 24 mars 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec le père Timothy Scott c.s.b. sur l’implication de la Conférence religieuse dans les relations de l’Église avec les peuples autochtones du Canada. On vous présente un reportage sur la Journée de rencontre avec les premières nations organisée à l’Institut pastoral des dominicains de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Josianne Gauthier, directrice des programmes à Développement et paix sur l’engagement de l’organisme dans le cercle Notre-Dame-de-Guadalupe.

Église en sortie 3 mars 2017

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis reçoit en studio Mgr Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-Longueuil et vice-président de la Conférence des évêques catholiques du Canada dans un entretien sur les priorités pastorales de la CECC pour l’année 2017 et sur son plus récent voyage en Terre sainte. Et on vous présente un reportage sur l’histoire de l’Accueil Bonneau et sur la spiritualité de Sainte Marguerite D’Youville, laquelle fait toujours vivre la communauté des Sœurs grises du Québec.

http://www.cccb.ca/site/frc/
https://www.accueilbonneau.com

Église en sortie 24 février 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons un reportage sur le Musée Marguerite-Bourgeoys et la Chapelle Notre-Dame de Bon-Secours du Vieux-Montréal. Dans la deuxième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Mme Audrey Charland, agente de communications et de développement de la Presse Missionnaire MIC, au sujet du Centre virtuel de la mémoire historique missionnaire MIC.

http://pressemic.org/fr/accueil/

http://www.marguerite-bourgeoys.com/fr/musee/musee.asp

 

L’Église et les jeunes: un discernement à double sens

 

CNS photo/Max Rossi, Reuters

Il y a quelques semaines, le Secrétariat de la 15e Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques publiait un document préparatoire ainsi qu’un questionnaire sur le thème « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » pour les diocèses du monde entier. Suivant la même méthodologie que les précédents synodes sur la famille, ce document a pour but d’amorcer la réflexion en vue des discussions qui auront lieu à Rome en octobre prochain. Ce texte subdivisé en trois parties manifeste non seulement la richesse doctrinale, humaine et pastorale qui fait de l’Église, selon les mots du bienheureux Paul VI, une « experte en humanité » (no 13) mais également sa volonté d’inclure les jeunes dans cette démarche de réflexion qui vise à mieux les accompagner dans leur processus de discernement vocationnel. Ainsi donc, la conversion demandée à toute l’Église est déjà mise en pratique dans le processus même du synode !

À chacun sa vocation

Tout être humain a une vocation, c’est-à-dire un appel à l’amour qui prend « une forme concrète dans la vie quotidienne à travers une série de choix, qui allie état de vie (mariage, ministère ordonné, vie consacrée, etc.), profession, modalité d’engagement social et politique, style de vie, gestion du temps et de l’argent, etc. » (Intro). L’Homme étant un être social, il ne pourra découvrir le sens de sa vie que par l’entremise d’autres personnes qui l’aideront à déployer son plein potentiel tout au long de sa vie. La qualité de ce « parcours “ réflexif ” » (no3) dépendra donc énormément du milieu dans lequel les jeunes évoluent, d’où l’importance d’une approche adaptée à notre monde et à leur destinée intemporelle.

Un double discernement

Pour être en mesure d’aider les jeunes à grandir, à gagner en maturité et à faire les choix qui s’imposent dans tout discernement vocationnel, l’Église doit se mettre à leur portée dans un processus d’accompagnement qui tient compte du monde dans lequel ces jeunes vivent. Pour ce faire, une réflexion profonde sur les grandes dynamiques actuelles qui sont également opportunités et défis doit avoir lieu.

L’une des constatations du document est que la jeunesse ne représente pas un bloc monolithique. Nous avons affaire à « une pluralité de mondes des jeunes (no 1), ce qui demande une attention particulière aux subtilités culturelles, économiques, sociales, politiques, artistiques et j’en passe. Loin de vouloir faire une analyse exhaustive de ces différences, le document cherche à souligner quelques grands courants qui influencent les jeunes de toute société.

Par exemple, on souligne cette énergie de la jeunesse à vouloir s’impliquer, « sa disponibilité à participer et à se mobiliser pour des actions concrètes, où l’apport personnel de chacun peut être une occasion de reconnaissance identitaire ». Elle pourra trouver en l’Église le catalyseur de cette volonté d’engagement total tout en la préservant des différentes dérives de notre temps, qu’elles soient consuméristes ou idéologiques.

Cependant, l’Église doit se départir des attitudes qui pourraient infantiliser les jeunes et les porter à cette « insatisfaction envers des milieux où les jeunes ressentent, à tort ou à raison, qu’ils ne trouvent pas leur place ou dont ils ne reçoivent pas de stimuli ». Ainsi, une transformation missionnaire « d’une Église qui accompagne » (Evangelii Gaudium, no 24) les jeunes dans leur discernement lui permettra également d’exercer un examen de conscience sur ses propres pratiques. En ce sens, lorsque le Pape affirme : « Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. », cela signifie aussi donner des responsabilités aux jeunes sachant que, comme tout le monde, ils feront des erreurs mais qu’au bout du compte, ils seront à la hauteur des responsabilités que nous leur confierons.

La semaine prochaine, nous continuerons l’analyse de ce document important sur le processus de transformation missionnaire de l’Église tel que voulu par le pape François.

 

« Prendre Jésus dans nos bras…»

Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour la Fête de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem. (2 février 2017)

Hébreux 2, 14-18
Luc 2, 22-40

C’est en 1997 que saint Jean-Paul II a fait coïncider la journée mondiale de la vie consacrée avec la Fête de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem (2 février). Le Pape a donné trois raisons justifiant le choix du 2 février comme journée dédiée aux hommes et femmes consacrés. D’abord, pour rendre grâce à Dieu pour ce don de la vie consacrée. Deuxièmement, pour en faire la promotion et manifester l’appréciation de tout le Peuple de Dieu envers ces hommes et femmes. Troisièmement, afin d’inviter tous ceux qui ont dédié leur vie à la cause de l’Évangile à célébrer les merveilles que le Seigneur accomplit à travers eux.

Les lectures spéciales de cette fête sont (Ml 3,1-4; Ps 24, 14-18; Hb 2, 14-18; Luc 2, 22-40).

Selon la loi mosaïque (Lv 12, 2-8), une femme qui donnait naissance à un garçon était, pour des raisons légales liées à l’impureté, proscrite de toucher quoi que ce soit de sacré ou d’entrer dans la zone entourant le temple et ce, pendant quarante jours. À la fin de cette période, la nouvelle mère devait offrir un agneau d’un an, une colombe ou un pigeon en holocauste pour l’expiation des péchés. La femme qui ne pouvait se permettre de donner un agneau offrait deux colombes ou deux jeunes pigeons, ce que firent Marie et Joseph dans l’Évangile de ce dimanche. Ils emmenèrent donc Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur (Luc 2, 7). Il fut consacré au Seigneur tel que la loi le prescrivait (Exode 13, 2, 12), mais il n’y avait aucune prescription affirmant que cela devait se faire au Temple. Le concept de la présentation au Temple trouve probablement ses origines au premier livre de Samuel (1 Sam 1, 24-28), où Anne offre l’enfant Samuel pour le service du Sanctuaire. La loi stipulait également (Nombre, 3, 47-48) que le fils premier-né devait être sauvé par les parents par l’entremise d’une offrande de cinq Shekels à un membre d’une famille sacerdotale. Luc ne fait cependant pas mention de cette prescription légale.

Réfléchissons maintenant sur cette scène émouvante de l’Évangile de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple que nous trouvons au chapitre 2 des récits de l’enfance de l’évangéliste Luc (Lc 2, 22-38). Dans cette scène touchante, nous rencontrons quatre personnes qui embrassent la nouvelle vie de Jésus en le tenant dans leurs bras : Siméon fidèle et avancé en âge, la vieille et sage prophétesse Anne et le jeune couple Marie et Joseph qui, par fidèle obéissance, offre leur enfant au Seigneur. Luc écrit : « Au moment où les parents présentaient l’Enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait Siméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu » (Lc 2, 27-28). À ce moment, l’évangéliste place sur les lèvres de Siméon le cantique Nunc Dimittis – cette belle prière est vraiment une anthologie des prières de l’ancien Israël. La liturgie nous la fait répéter tous les jours durant les complies : « mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » (Lc 2, 30-32).

Le Saint Esprit était à l’œuvre en Siméon mais également dans la vie de la prophétesse Anne qui, étant restée veuve depuis sa jeunesse, « ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière » (Lc 2, 37). Elle était une femme consacrée à Dieu et elle était capable, à la lumière de l’Esprit de Dieu, d’entrevoir les plans de Dieu et d’interpréter ses commandements. « Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. » (Lc 2, 38). Comme Siméon, elle fut sans aucun doute touchée par le Saint Esprit lors de sa rencontre avec Jésus.

Les paroles prophétiques d’Anne et de Siméon n’annoncent pas seulement la venue du Sauveur dans le monde et sa présence au cœur du peuple d’Israël mais également son sacrifice rédempteur. Cette seconde partie de la prophétie était spécialement adressée à Marie, mère du Sauveur : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. » (Lc 2, 14-35).

De ce touchant épisode de l’Évangile, nous pouvons dégager deux orientations liées à la vie consacrée. D’abord, la Présentation du fils de Dieu dans le majestueux temple de Jérusalem prend place au milieu des allées et venues de différentes personnes, occupées par leur travail parmi lesquels des prêtres, des lévites faisant chacun leurs devoirs aussi bien que des foules de pèlerins anxieux de rencontrer le Dieu d’Israël dans sa maison terrestre de Jérusalem. Cependant, aucun d’entre eux ne surent reconnaître la scène unique qui se déroulait devant leurs yeux. Ce qui nous fait dire que Jésus était un enfant comme les autres, un fils premier-né très simple, humble avec ses saints parents.

Même les prêtres du temple furent incapables de reconnaître les signes de cette nouvelle présence du Messie et Sauveur.  Au lieu de cela, ce fut deux personnes âgées, Anne et Siméon, qui furent capables de découvrir cette grande nouveauté présente dans la personne de l’Enfant Jésus. Parce qu’ils étaient conduits par l’Esprit Saint, Anne et Siméon ont pu trouver dans cet enfant la réalisation de leurs plus grandes attentes ainsi que de leur fidèle vigilance. Au delà de la vision de cet enfant, Anne et Siméon ont compris qu’Il était Celui longuement attendu. Qu’Il était la réalisation de tous leurs espoirs et de leurs plus grands rêves.

Dans les personnes de Siméon, d’Anne et de la sainte famille, se révèle la profonde humanité de cette rencontre. Le vieil homme tient l’enfant dans ses bras comme pour représenter la flamme de la vie couvrant deux générations de Juifs fidèles. En tenant cet enfant dans ses bras, il sait qu’il tient tout près de son cœur son propre futur. Quelle joie de savoir qu’il peut embrasser la continuité de sa propre vie ! Siméon a espéré, il a cru et maintenant son espérance se réalise dans un enfant, plein de vitalité et rempli de promesses. Le vieil homme se réjouit de voir que d’autres vont continuer son travail. Il est heureux de ce que dans son propre déclin, se perçoit un réveil, une renaissance, un futur qui est en train de s’ouvrir.

Anne aussi n’a pas peur de bénir la nouveauté et le défi que cet enfant apporte avec Lui. Ce n’est pas facile pour la personne âgée qui habite en chacun de nous d’accueillir la nouveauté, d’accepter de prendre le bébé dans ses bras. Il y a toujours la peur que l’enfant ne survive pas, que le nouveau-né ne partage pas nos idéaux, qu’il les trahisse et, ainsi, nous mette de côté en prenant notre place. Bien qu’avancés en âge, Anne et Siméon ont su incarner une vision jeune et pleine d’espérance.

Cette histoire s’est jouée toutes les fois que j’ai visité des confrères plus âgés dans nos différentes maisons de retraite et infirmeries. D’un côté, il y a ceux qui, comme Anne et Siméon, se réjouissent de voir des jeunes frères, parce qu’ils voient que nous continuons de porter la flamme. De l’autre, il y a ceux qui craignent que nous ne survivions pas, que nous trahissions leurs idéaux sans faire attention à eux, simplement parce qu’ils sont plus âgés. Si nous espérons être des hommes et des femmes consacrés portant une vision à l’Église d’aujourd’hui, c’est parce que nous nous appuyons sur les épaules de géants c’est-à-dire de ceux qui sont venus avant nous. Nous ne devons jamais oublier ce fait. Toute les fois que nous avons voulu aller de l’avant en oubliant ceux qui sont venus avant nous, nous l’avons payé très cher.

La deuxième orientation qui émerge du récit de la Présentation de l’Évangile de Luc est la question du comment présenter le Christ au monde. Si nos congrégations religieuses, nos communautés locales, nos institutions scolaires, nos structures paroissiales, nos apostolats divers n’apportent pas Jésus au monde et ne parlent pas de Lui ouvertement, eh bien nous ne réalisons pas bien la mission qui nous a été confiée par Dieu et l’Église.

La nouveauté, l’efficacité, la puissance de la proclamation et de nos efforts pastoraux et éducationnels ne consistent pas d’abord dans l’utilisation de méthodes ou de techniques originales ou éblouissantes, quoiqu’elles ont sans aucun doute une certaine efficacité, mais dans le fait d’être remplis de l’Esprit Saint et de se laisser guider par Lui.  La nouveauté d’une authentique proclamation de la Bonne Nouvelle réside dans le fait de s’immerger dans le Mystère du Christ, dans l’assimilation de sa Parole et dans sa présence eucharistique ; de telle sorte qu’Il puisse Lui-même agir à travers les pauvres instruments que nous sommes.

Le Pape François est un merveilleux exemple de cette nouvelle évangélisation. Il parle si souvent de cette « culture de la rencontre » qui nous porte à côtoyer davantage les autres. Si vous voulez savoir à quoi ressemble l’évangélisation, ce que ça sent, ce que cela fait ressentir, regardez François, un homme âgé qui vit la joie de l’Évangile. Le Pape François n’a pas perdu sa vision de jeunesse pleine d’espérance.

Au paragraphe no 88 de sa récente Exhortation Apostolique « Evangelii Gaudium », l’Évêque de Rome écrit : « Beaucoup essaient de fuir les autres pour une vie privée confortable, ou pour le cercle restreint des plus intimes, et renoncent au réalisme de la dimension sociale de l’Évangile. Car, de même que certains voudraient un Christ purement spirituel, sans chair ni croix, de même ils visent des relations interpersonnelles seulement à travers des appareils sophistiqués, des écrans et des systèmes qu’on peut mettre en marche et arrêter sur commande. Pendant ce temps-là, l’Évangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec sa souffrance et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps à corps. La foi authentique dans le Fils de Dieu fait chair est inséparable du don de soi, de l’appartenance à la communauté, du service, de la réconciliation avec la chair des autres. Dans son incarnation, le Fils de Dieu nous a invité à la révolution de la tendresse 

Un moment de Kairos

Lorsque Marie et Joseph arrivèrent au Temple de Jérusalem avec l’Enfant Jésus dans leurs bras, ce n’était pas simplement une journée ordinaire dans la vie d’un vieux prêtre et d’une fidèle prophétesse en devoir à ce moment-là. Il s’agissait du moment choisi par Dieu. Le temps ordinaire, en grec « chronos » fut transformé en un moment de Dieu, en grec « kairos ».

Parce que nous vivons dans ce même kairos ou, en d’autres termes, le temps et l’heure choisis par Dieu dans l’histoire, nous ne pouvons pas parler simplement du futur de l’Église, du futur de notre paroisse, du futur de nos diocèses et de nos congrégations religieuses, du futur de nos activités d’éducation et d’évangélisation, du futur de n’importe quoi finalement! La seule question pertinente pour nous est Jésus et le futur de l’Église, Jésus et le futur de nos paroisses, Jésus et le futur de notre système d’éducation et nos programmes pastoraux, Jésus et le futur de tout ! Trop souvent notre regard vers le futur est simplement scientifique ou sociologique, sans référence à Jésus, l’Évangile ou l’action de l’Esprit dans l’histoire et dans l’Église.

En cette journée toute spéciale, nous remercions Dieu pour la vie consacrée. Nous devons nous demander une question très importante. Pourquoi certains de nos contemporains – des frères ou sœurs dans la vie religieuse voient et trouvent le Christ, tandis que d’autres ne le trouvent pas ? Qu’est-ce qui ouvre les yeux du cœur ? Qu’est-ce qui manque chez ceux qui demeurent indifférents ? Est-ce que notre confiance en nous, notre prétention à connaître la réalité, notre présomption à avoir formulé un jugement définitif sur tout, ne nous enferment pas et ne rendent pas nos cœurs insensibles à la nouveauté de Dieu ? Combien de fois sommes-nous absolument certains de l’idée que nous nous sommes fait du monde, de l’Église, de la vie consacrée, au lieu de nous laisser interpeller par la curiosité et l’intimité d’une aventure avec Dieu qui veut nous rencontrer et nous rapprocher de Lui ?

Combien de fois ne mettons-nous pas notre confiance en nous-mêmes plutôt que dans l’enfant de Bethlehem ? Combien de fois ne croyons-nous pas possible que Dieu puisse être si grand qu’il se réduise pour se faire proche de nous ? Comment se peut-il que la gloire et la puissance de Dieu se révèlent dans la vulnérabilité d’un bébé ?

La Présentation de Jésus au Temple et les paroles choisies avec soin dans la prière de Siméon nous invitent à l’adoration et la contemplation de la Parole faite chair, qui habite puissamment parmi nous. Nous vivons tous des vies occupées. Nous effectuons tous un important travail. Beaucoup de nos vies sont profondément empêtrées dans les institutions et les entreprises que nous servons.

Ne sommes-nous pas parfois tellement occupés par les aléas de la vie que nous ne sommes plus en mesure de remarquer la présence de Jésus dans notre existence ? De ce Jésus, qui vient à nous dans le pénible déguisement du pauvre, du déséquilibré, de la personne en colère, triste ou confuse qui composent notre monde ? De ce Jésus, qui vient à nous à travers nos simples, humbles et saints parents qui ne peuvent souvent faire plus que d’être là lorsque nous en avons besoin? Se pourrait-il que nous, hommes et femmes consacrés, soyons souvent incapables de reconnaître les signes de cette présence nouvelle et spéciale du Messie et Sauveur ? Et lorsque nous rencontrons cette radicale nouveauté qu’est Jésus, allons-nous tenir ce bébé dans nos bras, l’accueillir et lui faire de la place dans nos vies ? Est-ce que la nouveauté qu’il apporte entrera réellement dans nos vies ou bien tenterons-nous de mettre la nouveauté de côté, espérant que cette nouveauté de Dieu ne cause qu’un minimum de dérangement ?

Comment voyons-nous la gloire de Dieu dans nos vies? Sommes-nous assoiffés de justice et de paix? Quelles sont les nouvelles situations et qui sont les nouvelles personnes qui sont entrées dans nos vies récemment ? Y a-t-il de nouvelles réalités devant lesquelles nous avons peur? Tentons-nous de les éviter, parfois même jusqu’à la rébellion? Comment sommes-nous véritablement lumière et salut pour d’autres personnes? Quelle est notre capacité de réchauffer les cœurs par notre vie? Est-ce que nous rayonnons la joie ou est-ce que nous annonçons plutôt le désespoir? Bref, vivons-nous vraiment l’Évangile de la joie?

Je conclus avec ces paroles dérangeantes d’un grand théologien et professeur du deuxième siècle, Origène (185-223) provenant d’une de ses homélies sur le récit de la Présentation de Jésus au Temple de l’Évangile de Luc :
« Siméon savait que personne ne pouvait libérer un homme de la prison du corps avec l’espoir de la vie à venir, excepté Celui enveloppé dans ses bras. Ainsi, il lui dit : «  Maintenant tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix » (Lc 8, 44). Puisque, tant que mes bras n’eurent pas tenu le Christ, tant que mes bras ne l’eurent pas enveloppé, j’étais emprisonné et incapable d’échapper à mes liens ». Cela n’est pas seulement vrai pour Siméon mais pour toute la race humaine. Quiconque quitte ce monde, quiconque est délivré de la prison et de la maison des enchaînés pour aller devant et régner devrait prendre Jésus dans ses bras. Il devrait l’envelopper avec ses bras et le serrer fort contre lui. Ainsi, il pourra aller dans la joie là où il doit s’en aller… »

Le Père Thomas Rosica, C.S.B., est PDG de la Fondation Catholique Sel et Lumière Média.

La vie dans la résurrection et le Royaume de Dieu

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Réflexion biblique pour le 32e dimanche ordinaire C – 6 novembre 2016

Maccabées 7,1-2.9-14

Thessaloniciens 2, 16 – 3, 5

Luc 20, 27-38

La foi chrétienne en la résurrection a rencontré l’incompréhension et l’opposition dès le commencement. Aucun autre point de la foi chrétienne ne rencontre autant d’opposition que la résurrection du corps. La question de la résurrection est vitale non seulement pour la foi chrétienne, mais pour tous les gens qui méditent la vie et la mort.

Le judaïsme n’a jamais été monolithique, et de dire « les Juifs croyaient » c’est d’être mal informés et  désinformer. Dans l’évangile de ce dimanche (Lc 20, 27-38) nous rencontrons les Sadducéens, l’une des nombreuses branches ou groupes au sein du judaïsme. Les Sadducéens faisaient partie de la classe sacerdotale, beaucoup d’entre eux étaient des aristocrates, riches, et théologiquement conservateurs. L’Écriture pour eux se résumait uniquement aux cinq livres de Moïse. Aucun enseignement n’était autorisé s’il ne figurait pas dans le Pentateuque, et ils n’ont trouvé aucune doctrine de la résurrection dans les livres de Moïse.

Ces chefs religieux de Jérusalem ou leurs représentants tentent d’incriminer Jésus avec les Romains et de le discréditer auprès du peuple. Leur but est d’argumenter, d’embarrasser, de classer Jésus dans une école de pensée, ou peut-être juste de diviser le public. Il n’existe parmi eux aucun esprit d’enquête ou désir d’apprendre. Ils sont tout simplement en train d’appâter Jésus avec une de leurs suppositions classiques, une conjecture sur laquelle leur esprit s’était fixé il y a longtemps: il n’y a pas de résurrection des morts (v 27; Actes 23, 08).

La croyance en la resurrection

Les pharisiens et bon nombre de contemporains du Seigneurespèrent la résurrection. Ils ne se sont pas contentés seulement d’inclure les prophètes et les écrits dans leurs Ecritures, mais ils croyaient aussi en l’autorité de la tradition orale de Moïse. On a retrouvé la base de la croyance en la résurrection dans cette tradition orale. Le sujet a été âprement débattu entre Pharisiens et Sadducéens, un fait dont Paul a fait usage pour détourner l’attention de lui-même lors de son procès devant le Conseil juif [Actes 23, 6-10].

Les Sadducéens ne croyaient pas en la résurrection. Leur question dans l’évangile d’aujourd’hui, fondée sur la loi du lévirat transcrite dans Deut 25, 5-10, détaille le devoir d’un homme envers un frère décédé. Le Pharisiens ridiculisent l’idée de la résurrection. Jésus rejette leur compréhension naïve de la résurrection (vv 35-36), puis fait valoir la résurrection des morts sur la base de la loi écrite que les Sadducéens agréent (37-38).

La réponse de Jésus est double. La première partie (34-36) se contente simplement de signaler l’inadéquation de la question, compte tenu de la différence entre la vie de cet âge et celledes temps à venir. En ce temps-là, le fait de la mort rend essentiels le mariage et la perpétuation de la vie. Toutefois, dans les temps à venir, la mort n’existe pas, mais ceux qui atteignent à la résurrection s’équipollent aux anges, ils sont enfants de Dieu.

Dans la deuxième partie de sa réponse, Jésus se fonde sur la Bible propres aux Sadducéens, le livre de Moïse (37-40). Jésus leur répond par Exode 3, 6: Dieu est un Dieu des vivants et non des morts. Si suit alors, dit Jésus, que Abraham, Isaac et Jacob sont vivants, pas mort.

Les deux parties de la réponse de Jésus aux Sadducéens constituent un argument fondé sur laraison (les conditions de cette vie ne constituent pas une preuve de celles à venir) et l’Écriture (Ex 3, 6) pour la croyance en la résurrection des morts. Dans cette croyance Jésus était en accord avec les Pharisiens. L’argumentation concerne la résurrection de Jésus, et non pas une doctrine de la résurrection en général.

« Connaître quelqu’un » et vraiment le connaître

Au temps de Jésus, les Pharisiens et les Sadducéens étaient extérieurement familiers avec Jésus, ils avaient appris ses enseignements et connaissaient beaucoup de détails sur lui, mais ils ne le connaissaient pas dans sa vérité. Les membres de ces groupes ou partis le connaissent, mais superficiellement, ils savent plusieurs choses de lui, mais ils ne le connaissent par vraiment.

D’autre part, les douze apôtres ont au moins compris en substance et commencé à découvrir qui est Jésus. Cette manière différente de connaître existe encore aujourd’hui: il ya des gens instruits qui connaissent beaucoup de détails au sujet de Jésus et qui ne sont jamais parvenus à vraiment le connaître et l’aimer. Un grand nombre parmi de ces personnes a même étudié la théologie! Il existe aussi des gens simples, non instruits qui n’ont aucune connaissance desdits détails, mais qui ont connu Jésus dans la plénitude de sa vérité et sa beauté.

Le don et le mystère du mariage et du célibat

Le mariage a pour finalité naturelle la procréation d’enfants, il assure la continuation de la race humaine et la création de nouveaux êtres, puisque les êtres humains sont destinés à mourir et ont besoin d’assurer leur postérité. Combien de fois le Serviteur de Dieu, St-Jean Paul II nous a-t-il répété, «L’avenir de l’humanité passe par la famille. » ?

Le célibat consacré et la chasteté sont des signes de la résurrection et du royaume de Dieu qui s’approche, car dans la résurrection et le royaume il n’y aura ni mariage ni contrat de mariage. Le célibat et la chasteté dans l’Eglise attirent l’attention sur le nouvel ordre de l’Évangile. Ils se rapportent à la résurrection des morts ; ils sont des signes de l’éternité, de l’incorruptibilité et de vie.

Le célibat est un signe du monde à venir, que nous autres prêtres de rite latin nous efforçons de vivre avec toute notre existence en tant que disciples de Jésus-Christ, dans le ministère de l’Évangile, dans la prière contemplative aux pieds du Maître, en proclamant l’avènement du Règne de Dieu, et en offrant le sacrifice de l’Eucharistie, qui résume l’intégralité de notre sacerdoce. C’est ce que le Christ a voulu lors de la fondation de l’état du célibat délibéré et de la chasteté «pour la cause du royaume des cieux»: l’établissement d’une ressemblance au Christ, qui est non seulement spirituelle mais aussi physique et pratique. Le célibat délibéré et la chasteté librement choisie constituent un état particulièrement adapté au service du royaume. Comme Jésus, le prêtre peut se consacrer entièrement – spirituellement et humainement – pour le ministère et le service. Nous ne sommes pas célibataire et chaste de manière à être plus pacifique et plus libre de faire ce que nous voulons, nous le sommes pour ressembler au Christ dans son engagement envers le royaume.

La raison pour le célibat

Permettez-moi d’appliquer l’évangile d’aujourd’hui à ma vie comme prêtre ordonné et religieux consacré. Le monde se demande aujourd’hui: «Pourquoi l’Église continuera à défendre une pratique qui semble si peu naturelle, qui est inutile, voire, cruelle? » « La vie conjugale est-elle spirituellement suspecte ?» «Les prêtres sont-ils des athlètes spirituels irréprochables? Serait-ce la raison pour laquelle nous, les prêtres ne devons pas être mariés?

La Genèse nous dit que Dieu vit une grande bonté dans ce qu’il a créé et aimât sa création. Mais il y a plus à la doctrine de la création qu’une affirmation de la bonté du monde. Cette distinction entre Dieu et le monde constitue la base pour le principe d’anti idolâtrie qui est répété du commencement et à la fin de la Bible: Ne faites pas de Dieu une chose qui lui est moindre. La doctrine de la création implique à la fois un grand «oui» et un grand «non» à l’univers. Le détachement est le refus de faire un principe organisateur ou le centre de la vie de n’importe quelle chose qui est moindre à Dieu. Tout dans ce monde – y compris le sexe et l’amitié intime – est bon, mais de manière éphémère et imparfaite.

Dans les récits bibliques de l’Ancien Testament, lorsque Dieu a voulu manifester une certaine vérité à son peuple, il a souvent choisi un prophète et lui a confié d’actualiser cette vérité, de l’incarner concrètement. Par exemple, Dieu dit à Osée d’épouser l’infidèle Gomer pour sacramentaliser la fidélité de Dieu à un Israël hésitant et pécheur. Ainsi, la vérité de la non-ultimité de l’acte sexuel, de la famille et des relations mondaines peut et doit être proclamée par la parole, mais il faut croire que lorsque les gens peuvent le voir en chair et en sang.

Je crois vraiment que c’est pourquoi Dieu choisit certaines personnes à être célibataires. Notre mission est de témoigner d’une forme transcendante de l’amour, de la façon dont nous vivrons l’amour dans le ciel. Dans notre vie avec Dieu, nous ferons l’expérience d’une communion (corporelle et spirituelle) comparées à laquelle même les formes les plus intenses de communion terrestre blêmissent dans l’insignifiance. Les célibataires rendent cette vérité indubitablement réelle pour un monde qui subjugué à l’immédiat, au visible, au tangible, et au maintenant. Bien que nous soyons en mesure d’y articuler des raisons pratiques, le célibat n’est finalement logique que dans le contexte eschatologique. C’est une question pour le monde encore à venir!

Plus je vis mon sacerdoce, et ma vie en tant religieux consacré, plus je suis convaincu que la qualité incontestable de la prêtrise n’est pas une question de célébrité superficielle, de maitriser l’administration, de compétences cléricales, de maitrise de l’art oratoire, d’agilité de la jeunesse ou de charme diplomatique. C’est quelque chose de beaucoup plus mystérieux, plus profond, et même mystique. Il s’agit d’une fascination pour quelque chose que nous ne pouvons pas encore comprendre ni percevoir clairement. C’est une question profonde du cœur, un vrai « cor ad cor loquitur » d’après les paroles du bienheureux John Henry Newman. En définitive, c’est une question de connaître et d’aimer Jésus-Christ, d’être totalement saisi par lui, de devenir un véritable « témoin de sa Résurrection. » Les rencontres avec le Christ ressuscité caractérisent l’espérance chrétienne en la Résurrection. Nous ressusciterons comme le Christ, avec lui, et à travers lui. Voilà une raison de nous réjouir en ces jours moribonds de novembre.

Une prière pour nous cette semaine

Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même et Dieu notre Père, qui nous a aimés et nous a donnés l’encouragement éternel et l’espérance par sa grâce, encourager nos cœurs et les renforcent dans chaque bonne action et parole. Notre Seigneur est fidèle ; il va nous renforcer et nous protéger du mal. Puisse-t-il diriger nos cœurs à l’amour de Dieu et à l’endurance du Christ. (Thes 2, 16-3, 5)

Le jour viendra, Seigneur, où je m’éveillerai en ta présence (…)
Garde-moi comme la prunelle de tes yeux;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi.
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.
(Ps 17, 1, 5-6, 8, 15)

Église en sortie 3 juin 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec l’abbé Louis-André Naud, prêtre du diocèse de Québec et directeur de l’Office national de liturgie à la CECC. On participe à la procession de la Fête-Dieu dans les rues de Montréal.  Enfin, dans la troisième partie de l’émission nous rencontrons Mgr Yvon Joseph Moreau, évêque du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière au Québec et président de la Commission épiscopale pour la liturgie et les sacrements de la CECC pour le secteur francophone qui nous entretient de l’importance de la liturgie dans la vie missionnaire de l’Église.