Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des Pauvres

Vous trouverez ci-dessou le Message du pape François pour la Journee Mondiale des Pauvres 33ème Dimanche du Temps Ordinaire 19 novembre 2017:

N’aimons pas en paroles, mais par des actes

1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). Ces paroles de l’apôtre Jean expriment un impératif dont aucun chrétien ne peut faire abstraction. La gravité avec laquelle le ‘‘disciple bien-aimé’’ transmet, jusqu’à nos jours, le commandement de Jésus s’accentue encore davantage par l’opposition qu’elle révèle entre les paroles vides qui sont souvent sur nos lèvres et les actes concrets auxquels nous sommes au contraire appelés à nous mesurer. L’amour n’admet pas d’alibi : celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple ; surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. La façon d’aimer du Fils de Dieu, par ailleurs, est bien connue, et Jean le rappelle clairement. Elle se fonde sur deux pierres angulaires : Dieu a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19) ; et il a aimé en se donnant tout entier, y compris sa propre vie (cf. 1 Jn 3, 16).

Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n’importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. De cette façon, la miséricorde qui jaillit, pour ainsi dire, du cœur de la Trinité peut arriver à mettre en mouvement notre vie et créer de la compassion et des œuvres de miséricorde en faveur des frères et des sœurs qui sont dans le besoin.

2. « Un pauvre crie ; le Seigneur l’entend » (Ps 33, 7). Depuis toujours, l’Église a compris l’importance de ce cri. Nous avons un grand témoignage dès les premières pages des Actes des Apôtres, où Pierre demande de choisir sept hommes « remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (6, 3), afin qu’ils assument le service de l’assistance aux pauvres. C’est certainement l’un des premiers signes par lesquels la communauté chrétienne s’est présentée sur la scène du monde : le service des plus pauvres. Tout cela lui était possible parce qu’elle avait compris que la vie des disciples de Jésus devait s’exprimer dans une fraternité et une solidarité telles qu’elles doivent correspondre à l’enseignement principal du Maître qui avait proclamé heureux et héritiers du Royaume des cieux les pauvres (cf. Mt 5, 3).

« Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac 2, 45). Cette expression montre clairement la vive préoccupation des premiers chrétiens. L’évangéliste Luc, l’auteur sacré qui, plus que tout autre, a réservé une large place à la miséricorde, ne fait pas de rhétorique lorsqu’il décrit la pratique de partage de la première communauté. Au contraire, en la recommandant, il entend s’adresser aux croyants de toute génération, et donc à nous aussi, pour nous soutenir dans le témoignage et susciter notre action en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin. Le même enseignement est donné avec autant de conviction par l’apôtre Jacques, qui, dans sa Lettre, utilise des expressions fortes et incisives : « Écoutez, donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? […] Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : ‘‘Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !’’ sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (2, 5-6.14-17).

3. Il y a eu, cependant, des moments où les chrétiens n’ont pas écouté jusqu’au bout cet appel, en se laissant contaminer par la mentalité mondaine. Mais l’Esprit Saint n’a pas manqué de leur rappeler de maintenir le regard fixé sur l’essentiel. Il a fait surgir, en effet, des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres. Que de pages d’histoire, en ces deux mille ans, ont été écrites par des chrétiens qui en toute simplicité et humilité, et par la généreuse imagination de la charité, ont servi leurs frères plus pauvres !

Parmi ceux-ci, se détache l’exemple de François d’Assise, qui a été suivi par de nombreux hommes et femmes saints au cours des siècles. Il ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. Lui-même a vu dans cette rencontre le tournant de sa conversion : « Comme j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je fis miséricorde avec eux. Et en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps » (Test. 1-3 : SF 308). Ce témoignage manifeste la force transformante de la charité et le style de vie des chrétiens.

Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêques Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).

Nous sommes appelés, par conséquent, à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude. Leur main tendue vers nous est aussi une invitation à sortir de nos certitudes et de notre confort, et à reconnaître la valeur que constitue en soi la pauvreté.

4. N’oublions pas que pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation à suivre Jésus pauvre. C’est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit à la béatitude du Royaume des cieux (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20). Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur. C’est la pauvreté, plutôt, qui crée les conditions pour assumer librement les responsabilités personnelles et sociales, malgré les limites de chacun, comptant sur la proximité de Dieu et soutenu par sa grâce. La pauvreté, ainsi entendue, est la mesure qui permet de juger de l’utilisation correcte des biens matériels, et également de vivre de manière non égoïste et possessive les liens et affections (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 25-45).

Faisons nôtre, par conséquent, l’exemple de saint François, témoin de l’authentique pauvreté. Précisément parce qu’il avait les yeux fixés sur le Christ, il a su le reconnaître et le servir dans les pauvres. Si, par conséquent, nous voulons offrir une contribution efficace pour le changement de l’histoire, en promouvant un vrai développement, il est nécessaire d’écouter le cri des pauvres et de nous engager à les faire sortir de leur condition de marginalisation. En même temps, je rappelle aux pauvres qui vivent dans nos villes et dans nos communautés de ne pas perdre le sens de la pauvreté évangélique qu’ils portent imprimé dans leur vie.

5. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !

De nos jours, malheureusement, tandis qu’émerge toujours davantage la richesse insolente qui s’accumule dans les mains de quelques privilégiés et souvent est accompagnée de l’inégalité et de l’exploitation offensant la dignité humaine, l’expansion de la pauvreté à de grands secteurs de la société dans le monde entier fait scandale. Face à cette situation, on ne peut demeurer inerte et encore moins résigné. À la pauvreté qui inhibe l’esprit d’initiative de nombreux jeunes, en les empêchant de trouver un travail ; à la pauvreté qui anesthésie le sens de responsabilité conduisant à préférer la procuration et la recherche de favoritismes ; à la pauvreté qui empoisonne les puits de la participation et restreint les espaces du professionnalisme en humiliant ainsi le mérite de celui qui travaille et produit ; à tout cela, il faut répondre par une nouvelle vision de la vie et de la société.

Tous ces pauvres – comme aimait le dire le Pape Paul VI – appartiennent à l’Église par « droit évangélique » (Discours d’ouverture de la 2ème session du Concile Œcuménique Vatican II, 29 septembre 1963) et exigent l’option fondamentale pour eux. Bénies, par conséquent, les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et pour les secourir : ce sont des mains qui apportent l’espérance. Bénies, les mains qui surmontent toutes les barrières de culture, de religion et de nationalité en versant l’huile de consolation sur les plaies de l’humanité. Bénies, les mains qui s’ouvrent sans rien demander en échange, sans ‘‘si’’, sans ‘‘mais’’ et sans ‘‘peut-être’’ : ce sont des mains qui font descendre sur les frères la bénédiction de Dieu.

6. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes Prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion.

7. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33ème dimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant. La royauté du Christ, en effet, émerge dans toute sa signification précisément sur le Golgotha, lorsque l’Innocent cloué sur la croix, pauvre, nu et privé de tout, incarne et révèle la plénitude de l’amour de Dieu. Son abandon complet au Père, tandis qu’il exprime sa pauvreté totale, rend évident la puissance de cet Amour, qui le ressuscite à une vie nouvelle le jour de Pâques.

En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.

8. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Père est la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissentcomme frères. Le Notre Père est une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.

9. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvres s’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.
Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.
Du Vatican, le 13 juin 2017 Mémoire de saint Antoine de Padoue

FRANÇOIS

[00907-FR.01] [Texte original: Italien]

Allocution du Pape aux malades et handicapés à Fatima

CNS/Paul Haring

Chers frères et sœurs malades,
Comme je l’ai dit dans l’homélie, le Seigneur nous précède toujours : quand nous passons par quelque croix, il y est déjà passé. Dans sa Passion, il a pris sur lui toutes nos souffrances. Jésus sait ce que signifie la souffrance, il nous comprend, il nous console, et il nous donne la force, comme il a fait pour saint François Marto et sainte Jacinthe, pour les saints de tous les temps et de partout. Je pense à l’Apôtre Pierre, enchaîné dans la prison de Jérusalem, alors que toute l’Eglise priait pour lui. Et le Seigneur a consolé Pierre. Voilà le mystère de l’Eglise : l’Eglise demande au Seigneur de consoler les affligés et il vous console, même de manière cachée ; il vous console dans l’intimité du cœur et il vous console par sa force.

Chers pèlerins, nous avons devant les yeux Jésus caché mais présent dans l’Eucharistie, comme nous avons Jésus caché mais présent dans les blessures de nos frères et sœurs malades et souffrants. Sur l’autel, nous adorons la chair de Jésus ; en ces frères, nous trouvons les plaies de Jésus. Le chrétien adore Jésus, le chrétien cherche Jésus, le chrétien sait reconnaître les plaies de Jésus. Aujourd’hui la Vierge Marie nous répète à tous la question qu’elle a posée, il y a cent ans, aux pastoureaux : « Voulez-vous vous offrir à Dieu ? ». La réponse – « Oui, nous le voulons ! » – nous permet de comprendre et d’imiter leur vie. Ils l’ont vécue, avec tout ce qu’elle comportait de joie et de souffrance, dans une attitude d’offrande au Seigneur.

Chers malades, vivez votre existence comme un don et dites à la Vierge, comme les pastoureaux, que vous voulez vous offrir à Dieu de tout votre cœur. Ne vous considérez pas seulement comme des bénéficiaires de la solidarité caritative, mais sentez-vous pleinement participants de la vie et de la mission de l’Eglise. Votre présence silencieuse mais plus éloquente que beaucoup de paroles, votre prière, l’offrande quotidienne de vos souffrances unies à celles de Jésus crucifié pour le salut du monde, l’acceptation patiente et même joyeuse de votre condition sont une ressource spirituelle, un patrimoine pour chaque communauté chrétienne. N’ayez pas honte d’être un trésor précieux de l’Eglise.

Jésus passera près de vous dans le Saint Sacrement pour vous manifester sa proximité et son amour. Confiez-lui vos douleurs, vos souffrances, votre fatigue. Comptez sur la prière de l’Eglise, qui de partout monte vers le ciel pour vous et avec vous. Dieu est Père et il ne vous oublie jamais.

Reconnaissance des vertus héroïques du Cardinal Van Thuan

CNS photo/L’Osservatore Romano via EPA

Nguyen Van Thuan

Prisonnier politique du régime communiste pendant 13 ans, dont 9  en confinement, l’expérience de François Xavier Nguyen Van Thuan est un témoignage puissant de foi en l’Eucharistie, du pouvoir du pardon et de la valeur rédemptrice de la croix. Les textes spirituels du cardinal Van Thuan, spécialement ceux qu’il a écrits en prison où il célébrait la Messe en secret avec une goutte de vin dans la paume de sa main, ont fait le tour du monde et ont donné de l’espoir à des millions de personnes. Qui peut oublier les mots de saint Jean-Paul II à son propos  concluant  la retraite du carême de la Curie romaine en 2001 retraite  prêchée par le Cardinal Van Thuan lui-même :

« Avec la simplicité et le souffle de l’inspiration divine, il nous a guidés sur le chemin de l’approfondissement de notre vocation de témoins de l’espoir évangélique en ce début de troisième millénaire. Témoin de la croix durant ses longues années d’emprisonnement au Vietnam, il nous a fréquemment fait le récit de ses souffrances lorsqu’il était en prison et, ainsi, il nous a renforcés dans cette certitude consolante selon laquelle, lorsque tout s’écroule autour de nous, et même en nous, le Christ est notre support indéfectible. »

Au mois de septembre 2007, la cause de béatification du Cardinal Van Thuan fut ouverte à Rome. Comme prisonnier, il fut victime des pires tortures et d’une déshumanisation la plus complète. Toutefois, Van Thuan n’a jamais cessé d’aimer ses gardes de prison qui pourtant abusaient de lui. Certains des gardiens furent si touchés par son exemple qu’ils se convertirent plus tard au christianisme. Van Thuan écrit : « ni les armes, ni les menaces mais seul l’amour chrétien peut changer les cœurs… c’est l’amour qui prépare le chemin de l’annonce de l’Évangile. Omnia Vincit Amor, « L’amour peut tout conquérir ».

Télévision Sel + Lumière a produit un documentaire touchant sur la vie de ce saint homme dont la première mondiale a eu lieu au Congrès Eucharistique international de Québec en 2008. Ce film a contribué à répandre le message d’amour et d’espérance du cardinal Van Thuan. Dès lors que le pape François a signé le décret reconnaissant les vertus héroïques de cet extraordinaire homme de foi, François Xavier Nguyen Van Thuan, mort en 2002 à Rome,  est actuellement sur le chemin de la béatification et de la canonisation.

Réflexion sur le Centenaire des apparitions au Portugal

Qu’est-ce que Fatima signifie ?

Réflexion sur le Centenaire des apparitions au Portugal

 Le 17 mai de cette année, nous célébrerons le centième anniversaire des apparitions de Notre Dame aux trois petits enfants de Fatima, au Portugal, en 1917. Leurs noms étaient : Bienheureux Francisco Marto (1908-1919), Bienheureuse Jacinta Marto (1910-1920) et Sr. Lucia dos Santos (1907-2005). Lucia était la plus vieille des trois mais la plus jeune parmi ses sept frères et sœurs. Après la mort de son cousin Francisco, à l’âge de 14 ans, elle fut envoyée au couvent des Sœurs de Sainte Dorothée de Vilar où elle devint religieuse. En 1946, elle décide d’entrer au Carmel de Coimbra et prit le nom de sœur Maria Lucia du Cœur Immaculé. Après sa mort en 2005 à l’âge de 97 ans, le pape Benoît XVI en 2008 décide de lever la période de 5 ans requise avant d’initier le procès en vue de sa canonisation.

Il y eut six apparitions de Marie aux enfants qui s’étalèrent du 13 mai au 13 octobre 1917. Toutes eurent lieu le treizième jour du mois à l’exception de l’apparition du mois d’août.

 13 mai 1917

Les enfants, alors qu’ils prenaient soin de leurs moutons près de la Cova da Iria à Fatima à quelques kilomètres de leur maison, une belle jeune femme vêtue de blanc leur apparut au-dessus d’un chêne. La dame leur dit qu’elle venait du ciel et qu’elle désirait qu’ils reviennent au même endroit et à la même heure chaque treize  de chaque mois pour les six mois suivants. Elle leur demanda également de prier le chapelet tous les jours.

13 juin 1917

Notre Dame demanda de nouveau aux enfants de prier le chapelet chaque jour et demanda à Lucie d’apprendre à lire et à écrire. Elle révéla également que Jacintha et Francisco mourraient prochainement mais que Lucia vivrait plus longtemps. Elle révéla ensuite que Dieu désirait établir dans le monde une dévotion au Cœur Immaculé puisqu’ainsi son cœur deviendrait le refuge et un chemin pour porter les âmes vers Dieu.

13 juillet 1917

La Dame dévoile un secret en trois parties aux jeunes enfants

19 août 1917

Les enfants manquèrent leur rendez-vous avec la dame ce jour-là. Ils furent retenus par les autorités anticléricales de l’époque. Ils furent emprisonnés puis relâchés le 15 août lors de la fête de l’Assomption. La Femme apparut alors aux enfants le 19 août et leur demanda de continuer de venir à la Cova da Iria à tous les treizièmes jours de chaque mois et de prier le chapelet chaque jour. Elle leur annonça qu’elle ferait un miracle le dernier mois des apparitions en octobre.

13 septembre 1917

La Dame demanda aux enfants de prier le chapelet tous les jours jusqu’à la fin de la guerre. Elle leur révéla que Jésus et Saint Joseph apparaîtraient également en octobre.

13 octobre 1917

L’apparition la plus spectaculaire eut lieu le 13 octobre 1917. Les autorités sur place évaluèrent la foule à quelque 55 000 personnes réunies sous une pluie battante tout près de la Cova da Iria au moment où eut lieu le « miracle du soleil ». À ce nombre doivent être ajoutées 20 000 autres personnes qui se trouvaient dans un rayon d’environ 30 kilomètres et qui furent témoins de ce miracle où le soleil se mit à tourner dans le ciel devenant de plus en plus gros et donnant l’impression qu’il allait littéralement s’écraser sur la terre. Ensuite, les témoins ont remarqué que leurs vêtements étaient complètement secs, bien qu’ils furent restés sous la pluie durant plusieurs heures. On trouva en première page du journal local le titre suivant : « Comment le soleil a dansé à l’heure du midi à Fatima ».

Pendant que l’attention des gens était concentrée sur le miracle solaire, les trois enfants eurent plusieurs apparitions. Saint Joseph se trouvait avec l’enfant Jésus qui semblait bénir le monde. Marie était vêtue de blanc et d’un manteau bleu. Apparaissant d’abord comme Notre Dame des Douleurs et ensuite comme Notre Dame du Mont Carmel, elle révéla son identité en tant que « Notre Dame du Rosaire ». Elle leur demanda de prier le chapelet tous les jours et de construire une chapelle sur la Cova da Iria, site des apparitions.

Les apparitions de Fatima ont eu lieu durant une période critique de l’histoire du Portugal et du monde. Le message de Fatima mettait l’emphase sur les vérités et les dévotions centrales de la foi catholique : la Bienheureuse Trinité, l’Eucharistie, la pénitence, le chapelet et les sacrifices pour la conversion des pécheurs.

En 2002, le saint pape Jean-Paul II ajoutait la fête de « Notre Dame de Fatima » au calendrier liturgique. Le 13 mai 1981 fut la journée où saint Jean-Paul II survécut à la tentative d’assassinat contre lui alors qu’il se trouvait sur la Place Saint-Pierre. La balle provenant du fusil de l’assassin n’avait alors manqué les organes vitaux que de quelques centimètres. Elle se trouve aujourd’hui dans la couronne de Notre Dame du sanctuaire de Fatima. On relie également ces apparitions à la chute du régime communiste soviétique. Après l’attentat contre sa vie, le 13 mai 1981, saint Jean-Paul II autorisa le dévoilement du troisième secret de Fatima au même moment que la cérémonie de béatification de Francisco et de Jacinta Marto, le 13 mai 2000.

On estime aujourd’hui le nombre de pèlerins au sanctuaire de Fatima entre 4 et 5 millions de personne chaque année. Le nombre devrait être encore plus important pour le centenaire qui inclura une visite pastorale du pape François qui s’y rendra pour ce centième anniversaire.

Père Thomas Rosica c.s.b.

PDG, Fondation catholique Sel et Lumière média

 

 

Église en sortie 28 avril 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous recevons Louise Boisvert, Directrice de l’Office de l’éducation à la foi de l’archidiocèse de Montréal qui nous parle de l’Institut Notre-Dame de vie. On vous présente un montage des moments forts de la cérémonie de béatification du père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, fondateur de l’Institut Notre-Dame de vie. Puis en troisième partie, Francis Denis s’entretient avec l’abbé Claude Sarrasin sur le thème de la spiritualité chrétienne et de ses conséquences dans la vie quotidienne, spécialement pour les familles.

La maison de Joseph, le Juste de Nazareth

Nutrition

Une réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour la fête de Saint Joseph, 20 mars 2017 (Traduction: Francis Denis)

Un des événements les plus marquants de notre récent pèlerinage en Terre Sainte fut le temps que nous avons passé à Nazareth et la visite des fouilles archéologiques sous le couvent des sœurs de Nazareth. Bien que la ville de Nazareth soit connue pour son imposante Basilique de l’Annonciation, construite au-dessus de la grotte où eut lieu l’Annonciation à Marie et dont l’entretien est entre les mains des Franciscains de la Custodie de Terre Sainte, les excavations sous le couvent des sœurs de Nazareth qui se trouve de l’autre côté de la rue face à la Basilique sont tout aussi fascinantes. Ce site relativement peu connu permet de voir une maison datant du premier siècle. Aujourd’hui, on croit qu’il s’agit de l’endroit où Jésus a été élevé par Marie et Joseph. La maison est faite de murs en pierre et en mortier partiellement encastrée dans une colline rocheuse. Ces fouilles commencent tranquillement à être reconnues comme la « maison et l’église de la nutrition » (endroit ou la Sainte Famille s’est installée et a vécu) ainsi qu’un lieu à proximité de la tombe du Juste de Nazareth, saint Joseph.

Les premières excavations au couvent datent de 1984. À cette époque, les sœurs faisaient des réparations dans une citerne de leur cellier lorsqu’elles découvrirent d’anciennes pierres travaillées qui s’avérèrent être une chambre dotée d’une voute. Les sœurs et des jeunes filles de leur école, avec quelques hommes de construction, creusèrent plus profondément et tirèrent de la terre d’autres structures de pierre, incluant deux tombeaux taillées dans la pierre. En 1936, le père jésuite Henri Senès, qui était architecte avant de devenir prêtre, a visité le site et a enregistré les détails des structures découvertes par les sœurs dans leur sous-sol. Son travail n’avait jamais été publié et, donc, personne ne connaissait ce lieu sinon les sœurs et les personnes qui avaient visité ce couvent. L’archéologue franciscain italien bien connu, p. Bellarmino Bagatti (1905-1990), qui avait fait une enquête sur place en 1937, pensait que tout le complexe était une tombe. C’était l’opinion de la plupart des experts de l’époque. Or, il était impensable qu’une tombe ait pu être construite à proximité d’une maison juive puisque les lois juives sur la pureté l’auraient formellement interdit.

En 2006, les sœurs ont permis au groupe Projet archéologique Nazareth le plein accès au site et mirent également à sa disposition les dessins et les notes du père Senès qu’elles avaient précieusement gardés. Dirigée par Ken Dark, professeur à l’Université de Reading au Royaume-Unis, une équipe d’archéologues étudia le site. Combinant les analyses du père Senès, les notes des excavations précédentes des sœurs, avec leurs propres recherches, cette équipe reconstitua l’historique du développement du site depuis le premier siècle jusqu’à nos jours. Ainsi, les archéologues datèrent la maison au premier siècle et l’identifièrent comme étant un endroit où des gens qui, bien qu’ayant vécu des siècles après le temps de Jésus, croyaient qu’il s’agissait de la maison où Jésus avait grandi avec Joseph et Marie. « Était-ce la maison où Jésus a grandi ? Scientifiquement parlant c’est impossible à affirmer » déclarait le professeur Dark dans son article écrit dans le magazine Biblical Archaeology Review. Toutefois, ajoutait-il, « il n’y pas non plus de raison archéologique pour qu’une telle affirmation soit complètement écartée ».

Le professeur Dark et son équipe ont découvert des preuves de l’existence d’une église de l’époque des croisades ainsi qu’une autre de l’ère Bizantine, toutes deux construites sur cette structure de pierre du premier siècle. Ils découvrirent que, des siècles après la vie de Jésus, l’église de la Nutrition fut construite autour de cette maison et des deux tombes adjacentes, mais elle cessa d’être utilisée au 8e siècle. Elle fut reconstruite au 12e siècle lorsque les croisés contrôlaient la région mais elle fut brûlée au 13e siècle. Les tombes ainsi que la maison ont été décorées par des mosaïques durant la période byzantine, suggérant qu’elles étaient d’une importance particulière et possiblement vénérées par des pèlerins.

Le professeur Dark est convaincu que cette structure était vénérée comme la maison de la Sainte Famille. Il découvrit également que les tombes étaient taillées dans les murs de la maison et ont été construites après avoir été abandonnées. Cette pratique ne serait donc pas entrée en conflit avec les lois juives. En effet, Dark a trouvé que les tombes de pierre de chaque côté de la structure s’harmonisaient particulièrement avec le récit d’Arculf, un évêque français qui, lors d’un pèlerinage, avait visité l’église de la Nutrition aux alentours de 670. Dans son récit, il fait mention d’une église « bâtie sur le lieu de la maison où le Seigneur avait été nourri durant son enfance ». Cela a mené Dark à croire qu’il s’agissait de la même église que dans le récit de Arculf.

Tomb

La tombe adjacente à la maison du premier siècle est aujourd’hui communément appelée « la tombe du Juste » et certainement vénérée à l’époque des Croisades. Peut-être croyaient-ils qu’il s’agissait de la tombe de saint Joseph. [Read more…]

Église en sortie 24 février 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons un reportage sur le Musée Marguerite-Bourgeoys et la Chapelle Notre-Dame de Bon-Secours du Vieux-Montréal. Dans la deuxième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Mme Audrey Charland, agente de communications et de développement de la Presse Missionnaire MIC, au sujet du Centre virtuel de la mémoire historique missionnaire MIC.

http://pressemic.org/fr/accueil/

http://www.marguerite-bourgeoys.com/fr/musee/musee.asp

 

« Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. »

Septième dimanche du Temps ordinaire, Année A – 19 février 2017

Lévitique 19,1-2.17-18
1 Corinthiens 3,16-23
Matthieu 5,38-48

Les trois lectures d’aujourd’hui nous lancent trois appels : à être saints comme le Seigneur notre Dieu est saint; à ne pas nous laisser abuser par la sagesse de ce monde; à aimer nos ennemis et à prier pour ceux qui nous persécutent. Commençons notre réflexion, cette semaine, en considérant le passage du Lévitique (19, 1-2.17-18.) Dieu est le Saint et le Créateur de la vie humaine, et l’être humain est à la foi béni et lié par la parfaite sainteté de Dieu. C’est pourquoi toute vie humaine est sainte, sacrée et inviolable. D’après Lévitique 19,2, la sainteté de Dieu constitue un impératif incontournable du comportement moral: « Vous devrez être saints parce que moi, le Seigneur votre Dieu, je le suis ! » Cet énoncé lourd de conséquences décrit admirablement la vocation de chaque homme et de chaque femme comme aussi toute la mission de l’Église à travers l’histoire : c’est l’appel à la sainteté.

Soyez saints…

La sainteté est une vérité qui imprègne toute l’ancienne alliance: Dieu est saint et appelle tout le monde à la sainteté. La loi mosaïque disait: « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. » La sainteté réside en Dieu et ce n’est que de Dieu qu’elle peut se communiquer au sommet de la création de Dieu : l’être humain. Nous sommes faits à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la sainteté de Dieu, son « altérité absolue » a laissé son empreinte en chacune et chacun de nous. Les êtres humains deviennent les véhicules et les instruments de la sainteté de Dieu pour le monde. Cette sainteté est le feu de la Parole de Dieu, qui doit vivre dans nos cœurs et les embraser. C’est ce feu, ce dynamisme, qui va consumer le mal en nous et autour de nous, et faire éclater la sainteté en guérissant et en transformant la société et la culture qui nous entourent. Il n’y a que la sainteté pour éradiquer le mal ; la dureté n’y arrive pas. La sainteté inscrit dans la société une semence de guérison et de transformation.

La sainteté est un mode de vie qui comporte engagement et activité. Loin de se cantonner dans la passivité, la sainteté consiste à choisir constamment d’approfondir sa relation à Dieu et à laisser ensuite cette relation privilégiée inspirer notre action dans le monde. La sainteté exige un changement radical de mentalité et d’attitude. En acceptant l’appel à la sainteté, nous faisons de Dieu l’objectif ultime de chaque aspect de notre vie. L’orientation fondamentale vers Dieu enveloppe et sous-tend notre rapport aux autres êtres humains. Soutenus par une vie de vertu et confirmés par les dons de l’Esprit Saint, nous sommes de plus en plus attirés par Dieu et par le moment où nous Le verrons face à face dans l’au-delà et où nous goûterons l’union parfaite avec Lui. Ici et maintenant, nous accédons à la sainteté en travaillant de notre mieux, en élevant patiemment nos enfants et en cultivant des relations constructives à la maison, à l’école et au travail. Si nous intégrons tout cela à notre réponse à l’amour de Dieu, nous sommes engagés sur la route de la sainteté.

La révolution de la sainteté

Les mots du Lévitique dans la première lecture d’aujourd’hui [19,2] prennent vie chez les saints et les bienheureux de notre tradition catholique. Cette multitude d’hommes et de femmes à travers l’histoire sont les vrais « révolutionnaires de la sainteté », comme l’a si bien dit le pape Benoît à la Journée mondiale de la Jeunesse 2005, à Cologne en Allemagne :

C’est le grand cortège des saints – connus ou inconnus –, par lesquels le Seigneur, tout au long de l’histoire, a ouvert devant nous l’Évangile et en a fait défiler les pages; c’est la même chose qu’il est en train de faire maintenant. Dans leur vie, comme dans un grand livre illustré, se dévoile la richesse de l’Evangile. Ils sont le sillon lumineux de Dieu, que Lui-même, au long de l’histoire, a tracé et trace encore… Les saints, avons-nous dit, sont les vrais réformateurs. Je voudrais maintenant l’exprimer de manière plus radicale encore: c’est seulement des saints, c’est seulement de Dieu que vient la véritable révolution, le changement décisif du monde.

La planification pastorale

Dans sa Lettre apostolique Novo Millennio Ineunte publiée lors de la clôture du Grand Jubilé de l’an 2000, le pape Jean-Paul II invitait l’Église à « placer la programmation pastorale sous le signe de la sainteté », à exprimer (n° 31) :

… La conviction que, si le Baptême fait vraiment entrer dans la sainteté de Dieu au moyen de l’insertion dans le Christ et de l’inhabitation de son Esprit, ce serait un contresens que de se contenter d’une vie médiocre, vécue sous le signe d’une éthique minimaliste et d’une religiosité superficielle… Il est temps de proposer de nouveau à tous, avec conviction, ce « haut degré » de la vie chrétienne ordinaire: toute la vie de la communauté ecclésiale et des familles chrétiennes doit mener dans cette direction.

L’Église est « le foyer de la sainteté » et la sainteté est notre image la plus vraie, notre carte de visite la plus authentique et le meilleur cadeau que nous fassions au monde. C’est elle qui décrit le mieux ce que nous sommes et ce que nous nous efforçons de devenir.

La vraie sagesse

Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui (1 Corinthiens 3,16-23), saint Paul, qui continue de réprimander les Corinthiens pour leurs divisions (v.1-4), rappelle à la communauté que les églises du Christ doivent demeurer pures et humbles (v.16-17). Se faire une haute opinion de sa propre sagesse, c’est se flatter; et se flatter, c’est se condamner à se leurrer. Ils se font illusion, ceux qui se flattent d’être des temples de l’Esprit Saint sans se soucier de leur sainteté personnelle ou de la paix et de la pureté de l’église.

Si les Corinthiens étaient vraiment sages (v.18-20), ils auraient un point de vue tout à fait différent et ils percevraient les véritables relations entre tout ce qui existe dans le monde et toutes les personnes avec qui ils sont en rapport dans l’église. Paul attribue à toutes les personnes incluses dans l’univers théologique une position sur une échelle: Dieu, le Christ, les membres de l’église, les responsables de l’église. Lue de haut en bas, l’échelle exprime la propriété; lue de bas en haut, elle traduit l’obligation de servir. Ce tableau doit être complété par des énoncés analogues en 1 Co 8,6 et 1 Co 15,20-28. Les chrétiennes et les chrétiens sont saints par profession, et ils se doivent d’être purs et sans tache, dans leur cœur comme dans leur conversation.

« Tu aimeras ton prochain… »

Si nous réfléchissons au texte de l’Évangile d’aujourd’hui (Matthieu 25,38-48), Jésus ne nous enseigne pas à rester passifs en face d’un danger physique. Jésus enseigne que la violence peut engendrer la violence. Et si la non-résistance peut faire honte à notre adversaire et l’inciter à faire la paix, c’est la solution la meilleure.

« Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant… » (Mt 5,38-39). En recourant à une métaphore, Jésus nous enseigne d’offrir l’autre joue, de donner non seulement notre tunique mais notre manteau, de ne pas répliquer violemment aux vexations d’autrui, et surtout, dit-il, « donne à qui te demande, ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter » (5,42). C’est le rejet radical de la loi tu talion dans la vie personnelle des disciples de Jésus, nonobstant le droit qu’a la société de protéger ses membres contre les méchants et de punir ceux qui ont porté atteinte aux droits des citoyens et à ceux de l’État.

Jésus enseigne la dernière étape dans la quête de la perfection, celle qui représente le foyer dynamique de toutes les autres: « Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis: aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes… » (5,43-45). En contraste avec l’interprétation habituelle de l’ancienne loi, qui identifiait le prochain à l’Israélite, et même à l’Israélite pieux, Jésus formule l’interprétation authentique du commandement de Dieu. Il y ajoute une dimension religieuse en faisant référence à la clémence et à la miséricorde du Père céleste qui traite bien tout le monde et qui est donc le modèle et l’exemple suprême de l’amour universel.

Jésus conclut : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (5,48). Il demande à ses disciples la perfection de l’amour. L’amour est la synthèse de la loi nouvelle qu’il apporte. Cet amour va nous permettre de surmonter dans nos rapports à autrui l’opposition classique ami-ennemi. Né dans le cœur humain, il aura tendance à se transformer en diverses formes correspondantes de solidarité sociale, politique et même institutionnalisée.

Le fruit de la non-violence, c’est l’amour

Il y a des tas de gens mesquins qui n’ont jamais enfreint la loi, mais peuvent-ils vraiment servir de modèles aux chrétiens ? Vous courrez toujours le risque de vous faire exploiter si vous vous montrez généreux. Si nous nous ouvrons à l’amour, nous pouvons fort bien nous faire blesser. Si nous partageons nos biens matériels, il se peut qu’on nous manipule. En aucun cas, nous n’avons l’obligation de nous laisser blesser ou manipuler; mais ça arrive à l’occasion. La seule façon de s’en prémunir absolument, c’est de se montrer méfiant, radin, cynique et égoïste. Mais rien de tout ça ne va avec l’amour, évidemment. Le fruit de la non-violence, c’est l’amour. Cet amour s’épanouit partout où des personnes se rencontrent, et, chaque fois, il révèle son origine divine. Cet amour renverse tous les obstacles. Il rapproche les étrangers et franchit les distances. Il comble les vides, guérit les malades et ressuscite les morts.

Brisons, en nous-mêmes et dans notre collectivité, les modèles qui mènent à la violence, à la destruction et au non-amour. Si la violence nous paraît une option raisonnable, inventons-nous une autre logique. Si la violence est une machine qui dispose mécaniquement des gens que nous n’aimons pas, prions pour avoir le courage de saboter cette machine. Et si la violence est une chaîne dont nous sommes un maillon, soyons le premier maillon à céder.

Les passages « obscurs » de la Bible

En poursuivant notre réflexion sur Verbum Domini à la lumière du riche enseignement de l’Évangile d’aujourd’hui, arrêtons-nous au paragraphe n° 42 de l’Exhortation post-synodale consacrée à « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église » :

Dans le contexte de la relation entre l’Ancien et le Nouveau Testament, le Synode a aussi abordé le thème des pages de la Bible qui se révèlent obscures et difficiles en raison de la violence et de l’immoralité qu’elles contiennent parfois. À ce sujet, il faut avant tout tenir compte du fait que la Révélation biblique est profondément enracinée dans l’histoire. Le dessein de Dieu s’y manifeste progressivement et se réalise lentement à travers des étapes successives, malgré la résistance des hommes. Dieu choisit un peuple et l’éduque avec patience. La Révélation s’adapte au niveau culturel et moral d’époques lointaines et rapporte par conséquent des faits et des usages, par exemple des manœuvres frauduleuses, des interventions violentes, l’extermination de populations, sans en dénoncer explicitement l’immoralité. Cela s’explique par le contexte historique, mais peut surprendre le lecteur moderne, surtout lorsqu’on oublie les nombreux comportements « obscurs » que les hommes ont toujours eus au long des siècles, et cela jusqu’à nos jours. Dans l’Ancien Testament, la prédication des prophètes s’élève vigoureusement contre tout type d’injustice et de violence, collective ou individuelle, et elle est de cette façon l’instrument d’éducation donné par Dieu à son Peuple pour le préparer à l’Évangile. Il serait donc erroné de ne pas considérer ces passages de l’Écriture qui nous apparaissent problématiques. Il faut plutôt être conscient que la lecture de ces pages requiert l’acquisition d’une compétence spécifique, à travers une formation qui lit les textes dans leur contexte historico-littéraire et dans la perspective chrétienne qui a pour ultime clé herméneutique « l’Évangile et le Commandement nouveau de Jésus-Christ accompli dans le Mystère pascal ». J’exhorte donc les chercheurs et les Pasteurs à aider tous les fidèles à s’approcher aussi de ces pages à travers une lecture qui fasse découvrir leur signification à la lumière du Mystère du Christ.

« La dame ne m’a pas demandé de vous convaincre mais de vous le dire »

Réflexion du père Thomas Roscia c.s.b. pour la Fête de Notre-Dame de Lourdes, 11 février 2017

Cette année, alors que nous célébrons la Fête de Notre-Dame de Lourdes le 11 février, nous commémorons également la 25e Journée Mondiale des malades. Mes premiers souvenirs remontent à ma première visite au très fameux sanctuaire de Lourdes, l’un des sites catholiques parmi les plus vénérés et visités du monde entier, situé tout près des Pyrénées à la limite de la frontière franco-espagnole. Cette visite remonte, en effet, à 1978 lorsque j’étais étudiant à l’université et que je terminais un stage d’été en Bretagne où j’avais travaillé bénévolement comme « brancardier » c’est-à-dire une de ces personnes qui accueillent les personnes malades d’un « Accueil » ou d’un hospice jusqu’à la grotte puis dans les bains. J’y ai découvert une histoire extraordinaire qui demeure encore aujourd’hui inconnue pour beaucoup de gens. Il y a peu de lieux de pèlerinage sur terre qui permettent de toucher le Mystère de la Croix et la valeur rédemptrice de la souffrance avec autant d’intensité ; qui permettent, en effet, de faire l’expérience du cœur de la vie chrétienne.

Le 11 février 1858, une petite fille du coin nommée Bernadette Soubirous âgée de 14 ans affirme que Notre-Dame lui est apparue lorsqu’elle se trouvait dans la grotte de Massabielle aux périphéries de la ville de Lourdes dans le sud-ouest de la France. Marie s’est révélée en ces mots à cette petite paysanne : « Que soy era Immaculada Conceptiou ». Exprimée dans le dialecte de la petite Bernadette (ni français, ni espagnol mais provençal), cette phrase signifie « Je suis l’Immaculée Conception ». Dans les mois qui ont suivi, la Vierge lui apparut 18 fois.

Le dogme de l’Immaculée Conception est complexe et a davantage intéressé les théologiens que le commun des fidèles. Encore aujourd’hui, beaucoup se trompent en croyant que l’Immaculée Conception se réfère à la conception du Christ. Ce dogme se réfère plutôt à la croyance selon laquelle Marie, par une grâce spéciale et du moment de sa conception, ne fut pas entachée par le péché originel.

Or, l’une des pierres d’achoppement pour beaucoup de catholiques est le péché originel. Aujourd’hui, nous sommes de moins en moins conscients de la réalité du péché originel. Or, s’il n’y a pas de péché originel, l’Immaculée Conception n’a pas de sens. Par l’entremise du dogme de l’Immaculée Conception, Dieu était présent dans la vie de Marie depuis ses tous premiers moments. La Grâce de Dieu est plus grande que le péché, elle surpasse le péché et la mort.

Lorsque nous honorons la Mère de Dieu sous le titre d’« Immaculée Conception », nous reconnaissons en elle un modèle de pureté, d’innocence, de confiance, de curiosité enfantine, de révérence et de respect; elle qui avait également une conscience mature et apte à comprendre que la vie n’est pas toujours simple. Il est rare de trouver en une même personne révérence et sophistication, idéalisme et réalisme, pureté, innocence et passion tels que nous les trouvons en Marie. Quelque chose en nous cherche cette innocence, cette pureté, cette fraîcheur et cette confiance. Lorsque nous les perdons, nous nous retrouvons cyniques et désillusionnés avec un sentiment malheureux qui vient précisément du fait d’avoir « fait le tour », d’avoir ouvert nos yeux ou, en d’autres termes, d’avoir une connaissance sans innocence. Nous devons garder cette innocence en gardant un équilibre entre les deux. Par ce titre d’« Immaculée Conception » nous avons l’image d’une humanité et d’une divinité qui se rencontrent dans la chaleur d’un foyer. Dieu est confortable en notre présence et nous le sommes également en Lui.

Journée mondiale des malades

Chaque année, le Pape publie un message spécial pour la Journée mondiale des malades  célébrée, d’une manière on ne peut plus appropriée le 11 février, Fête de Notre-Dame de Lourdes. Le thème de cette année est « Émerveillement pour tout ce que Dieu accomplit : 
« Le Puissant fit pour moi de grandes choses … » (Lc 1,49)[1]. Comme le pape François le mentionne dans son message, cette journée fut instituée par Saint Jean-Paul II en 1992 et fut célébrée pour la première fois le 11 février 1993. Elle est l’occasion de réfléchir en particulier pour les besoins des malades, mais plus généralement, pour tous ceux qui souffrent. C’est également l’occasion pour ceux qui assistent si généreusement les malades, dont les membres de la famille, les travailleurs du domaine de la santé, les bénévoles, de remercier Dieu pour leur vocation d’accompagnateurs de nos frères et sœurs handicapés.

Continuant son propos, le pape François affirme : « Comme sainte Bernadette, nous sommes sous le regard de Marie. L’humble jeune fille de Lourdes raconte que la Vierge, qu’elle a appelée “la Belle Dame”, la regardait comme on regarde une personne. Ces simples paroles décrivent la plénitude d’une relation. Bernadette, pauvre, analphabète et malade, se sent regardée par Marie comme une personne. La Belle Dame lui parle avec grand respect, sans prendre un air supérieur. Cela nous rappelle que chaque malade est et reste toujours un être humain, et doit être traité comme tel. Les infirmes, comme les porteurs de handicaps même très lourds, ont leur inaliénable dignité et leur mission dans la vie, et ne deviennent jamais de simples objets, même si parfois ils peuvent sembler seulement passifs, mais en réalité, ce n’est jamais ainsi ».

Après ce passage à la Grotte, grâce à la prière, Bernadette a transformé sa fragilité en support pour les autres. Grâce à son amour, elle fut capable d’enrichir son prochain mais, surtout, elle a pu offrir sa vie pour le salut de l’humanité. Le fait que la Dame d’Amour lui demanda de prier pour les pécheurs nous rappelle que les infirmes et les souffrants n’ont pas seulement besoin de soins corporels mais également de vivre une vie chrétienne authentique, au point de s’offrir comme disciples missionnaires du Christ. Marie a donné à Bernadette la vocation de servir les malades en devenant une Sœur de la Charité. Vocation qu’elle porta d’une manière exemplaire au point de devenir un modèle pour tous les travailleurs des soins de la santé. « Demandons donc à l’Immaculée Conception la grâce de savoir nous mettre toujours en relation avec le malade comme avec une personne qui, certainement, a besoin d’aide, parfois aussi pour les choses les plus élémentaires, mais qui porte en elle un don personnel à partager avec les autres. »

Le pape François a également inclus cette prière dans son message annuel :

O Marie, notre Mère, qui, dans le Christ, accueille chacun de nous comme un enfant,
Soutiens l’attente confiante de notre cœur,
Secours-nous dans nos infirmités et nos souffrances,
Guide-nous vers le Christ ton fils et notre frère,
et aide-nous à nous confier au Père qui accomplit de grandes choses.

Bien que caché dans un coin reculé de la France, Lourdes a une vocation universelle envers l’humanité et, ce, depuis 1858. Au cours des années, j’ai souvent réfléchi à l’expérience et à la souffrance de Bernadette alors qu’elle essayait de partager l’histoire de sa rencontre avec la « Belle Dame » avec ceux qui l’entouraient. Même le scepticisme des autorités locales de l’Église envers son histoire a pu servir comme temps de purification afin que le grand message de Lourdes puisse continuer à résonner dans le monde entier. La foi simple et la confiance en Dieu de Bernadette m’inspire et a inspiré plusieurs à ne pas avoir peur de partager les histoires de leurs expériences et convictions religieuses avec ceux qui les entourent. Avons-nous peur de l’indifférence, de l’hostilité, d’être mis de côté ou d’être ridiculisés ? Je prends courage dans la réponse de Bernadette au chef de police de Lourdes qui lui disait qu’elle ne l’avait pas convaincu des événements qu’elle racontait s’être produits dans la grotte près de la rivière : «  La dame ne m’a pas demandé de vous convaincre mais de vous le dire  ».

Prions pour ne jamais nous fatiguer de raconter à ceux qui nous entourent les grandes choses que Dieu a faites pour nous et pour l’humanité.

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. sur saint André de Montréal

Vous trouverez ci-dessous la réflexion du père Thomas Rosica c.s.b., Directeur général, Fondation catholique Sel et Lumière média, sur sur saint André de Montréal:

Le dimanche 17 octobre prochain, parmi les nouveaux canonisés par le pape Benoît XVI sera un Canadien de la Congrégation de Sainte-Croix, frère André Bessette. Pendant près de quarante ans, le frère André va travailler comme portier du Collège Notre-Dame dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal. Commentant plus tard la tâche qu’on lui avait confiée il dit : « On m’a mis à la porte et j’y suis resté toute ma vie. »

En tant que portier du Collège, le frère André loge dans une petite pièce près de l’entrée, pièce qui est aussi son bureau. Il presse les gens qui viennent le voir, de prier avec confiance et persévérance, tout en demeurant ouverts à la volonté de Dieu. Il les incite à prendre le chemin de la guérison avec foi et humilité, en allant se confesser et en recevant les sacrements de l’Église. Il encourage les malades à consulter un médecin. Pour lui, la souffrance trouve un sens lorsqu’elle est jointe à la souffrance du Christ. Il était attentif et présent à la tristesse et à la douleur des autres, mais était toujours de nature joyeuse avec un bon sens de l’humour. On raconte l’avoir vu pleurer avec les visiteurs qui lui confiaient leurs difficultés et leur peine. La rumeur de guérisons obtenues à la suite de ses prières, se répand. Alors que sa renommée de guérisseur dépasse les frontières, lui-même insiste toujours plus : « Je ne suis rien… qu’un simple instrument entre les mains de la Providence, un humble instrument au service de saint Joseph. »

Le frère André est décédé à Montréal le 6 janvier 1937 sans voir la fin de son rêve. On estime que plus d’un million de visiteurs de partout en Amérique sont venus lui rendre un dernier hommage dans les jours qui suivirent sa mort. Il fut béatifié par le pape Jean-Paul II le 23 mai 1982 à Rome. Le 17 octobre 2010, le frère André sera canonisé et deviendra le premier saint homme natif du Canada.

Grâce aux efforts, aux souffrances et à la foi du frère André, d’une petite chapelle sur le Mont Royal s’est élevée une grande basilique qui domine désormais Montréal et le paysage spirituel de tout un pays. L’Oratoire Saint-Joseph est le plus grand sanctuaire au monde dédié à saint Joseph, grâce au rêve du frère André Bessette. La puissance et la grandeur de Dieu se sont révélées à travers un humble frère de Sainte-Croix. « Pauper, servus et umilis » forme l’inscription latine au-dessus de son tombeau à l’Oratoire : pauvre, obéissant et humble serviteur. Ce sont les mêmes mots qui sont chantés dans le Panis Angelicus, ce magnifique hymne eucharistique. Qui peut dire pourquoi André a été choisi? Dans sa magnifique lettre circulaire à la famille Sainte-Croix plus tôt cette année, l’ancien supérieur général, le père Hugh Cleary, csc, déclarait : Peut-être qu’André a été choisi, tout comme Marie et Joseph, parce qu’il n’était rien aux yeux de ce monde ; il n’avait rien, rien ne le possédait. (…) Dieu l’a possédé en lui donnant ce qui lui importait le plus, lui accordant la réalisation de l’aspiration la plus profonde de son cœur.

Adulte, le frère André faisait à peine 1,50 mètre. Malgré cela, il était un géant de foi et de spiritualité, et son ombre veille toujours sur Montréal et sur le Canada. Il nous montre ce qu’il est possible de réaliser par la foi et l’amour. Pour reprendre les mots de l’humble portier : « L’artiste, c’est avec les plus petits pinceaux qu’il peint les plus beaux tableaux. »

Le Christ est la porte vers le Père, qui frappe à la porte de nos cœurs, de nos maisons, de notre Église. L’Église, et en particulier l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal, est la porte du salut, la porte du Royaume de Dieu. Le frère André était le portier de cet endroit béni. Le Seigneur est passé par ses doutes, ses infirmités, ses forces, sa persévérance et son ingéniosité pour construire une église et construire l’Église.

Nous franchissons chaque jour plusieurs portes sans même nous en apercevoir. Nous nous souvenons tous de l’époque où nos parents ou grands-parents « ne fermaient jamais à clé. » Nous vivons aujourd’hui à une époque de serrures et de systèmes d’alarme. Finis les jours où les portes de nos maisons s’ouvraient sans difficulté aux proches, aux amis, aux voisins. Les portes de nos maisons et de nos églises ne semblent plus s’ouvrir aussi facilement ou aussi souvent qu’avant. Il est urgent de trouver des manières d’ouvrir les portes de nos maisons, de nos églises et de nos cœurs à tous ceux qui ont besoin de nous.

À son époque, le frère André était le Portier de Montréal et est désormais l’un des gardiens spéciaux de la porte du Ciel. Il nous montre l’importance d’accueillir chaque personne comme le Seigneur lui-même. Certains viendront à nous dans la joie, d’autres seront effrayés, certains viendront guéris et d’autres viendront chercher la guérison. Saint André nous montre à être sensible et accueillant à tous ceux et celles qui frappent à nos portes. Puisse-t-il continuer à nous inspirer à ouvrir des portes et bâtir des ponts vers les personnes que le Seigneur met sur notre route chaque jour, spécialement celles qui sont malades, pauvres, seules et éprouvées. Aujourd’hui, puisse saint André de Montréal faire de nous des instruments de paix, de joie, d’amitié et de guérison.