Ouvrir les portes de la tendresse: les leçons de Solanus et d’André

Ouvrir les portes de la tendresse:
Les leçons de Solanus et d’André,
deux humbles et saints portiers

Ce samedi, accompagné du père Richard Fragomeni, j’aurai le privilège d’être l’un des commentateurs de la Messe de béatification du frère capucin Solanus Casey au Stade Ford de Détroit. Plus de 70 000 personnes sont attendues à l’occasion de cette célébration historique où sera honoré l’un des prêtres les plus aimés des États-Unis. La première fois que j’ai entendu parler de la vie du frère Solanus c’était dans les années 80 alors que j’habitais à Détroit pour mon noviciat chez les basiliens. Je n’oublierai jamais nos visites au monastère Saint-Bonaventure et au Centre Père Sonalus de Détroit-Est. La paix que l’on ressentait dans la chapelle et au centre m’a toujours frappé. On pourrait décrire cet endroit comme étant une oasis spirituelle au milieu d’un quartier très dur. Je ne peux oublier les longues files de citoyens pauvres de Détroit attendant leur repas quotidien à la « Soupe populaire ».  J’ai commencé à lire sur la vie de ce remarquable frère capucin qui a passé sa vie au service des pauvres. Frère Solanus Casey était un humble portier de monastère, accueillant les gens de tous âge, grandeur, couleur, religion et situation de vie. Solanus était prêt à écouter quiconque et à n’importe quelle heure du jour. J’ai réalisé que sa réputation ou, en d’autres termes, son « odeur de sainteté » était déjà bien répandue. Au fil des années, j’ai rencontré beaucoup de personnes qui ont connu personnellement le frère Solanus. Tous m’ont fait le même portrait d’un humble capucin qui, par son travail de portier, a démontré qu’une personne ordinaire pouvait vivre une vie de foi extraordinaire. Il voyait toutes les personnes comme étant aimées de Dieu et appelées à participer à sa vie divine.

Qui était cet homme ?

Solanus est né le 25 novembre 1870 sur une ferme non loin d’Oak Grove au Wisconsin. Baptisé du nom de Bernard Francis Casey, il fut le sixième enfant d’une famille immigrante irlandaise composée de dix garçons et six filles. Bernard quitta la ferme pour travailler un peu partout au Wisconsin et au Minnesota. Il occupa à cette époque plusieurs postes tels que bûcheron, infirmier, conducteur de tramway et gardien de prison. À l’âge de 21 ans, Bernard fit son entrée au Séminaire Saint-François de Milwaukee pour y faire des études en vue de la prêtrise. Cinq années plus tard, il discerna sa vocation de prêtre dans un ordre religieux. Investi dans l’ordre des capucins de Détroit en 1897, il reçut le nom de Solanus. Durant ses études, il eut beaucoup de difficultés puisque les cours étaient donnés en allemand, langue qu’il ne connaissait pas bien. Le 24 juillet 1904, à l’âge de 33 ans, Solanus Casey fut ordonné prêtre en l’église Saint-François-d’Assise de Milwaukee. Suite à l’évaluation de ses supérieurs et formateurs qui considéraient qu’il n’avait pas suffisamment de bons résultats académiques, Casey fut ordonné sacerdos simplex, un degré de prêtrise qui l’empêchait d’entendre les confessions ou de prêcher des sermons à caractère doctrinal.

Durant les 14 années où il servit à la paroisse Sacré-Cœur de Yonkers dans l’état de New York, Solanus s’est affairé non seulement aux tâches de sacristain et de portier mais il était également directeur de la Sodalité des Jeunes Filles, directeur des servants de Messe et en plus d’être occupé à diverses fonctions pastorales. Fr. Solanus édifiait les paroissiens par sa présence priante à la Messe, par sa grande charité auprès des malades, des enfants, des non catholiques et des pauvres. Les malades avaient tous très hâte à la visite du prêtre et aux consolations qu’il apportait. Son ministère auprès des malades et des pauvres s’est, bien entendu, poursuivi partout où il se rendait. En 1918, il fut envoyé à la paroisse Notre-Dame des douleurs de New York et en 1921, il dut se rendre à la paroisse Notre-Dame des anges d’Harlem.

En 1924 il fut enfin envoyé au Couvent capucin de Saint-Bonaventure de Détroit où il est resté 20 ans. Le frère Solanus s’y est fait connaître et aimer de tous. Son ministère de charité et de réconfort fut spécialement remarqué durant la Grande Dépression de 1929 puisque c’est alors que son souci des pauvres inspira le couvent capucin de Détroit à fonder une « soupe populaire », un service charitable qui continue encore aujourd’hui. Cette œuvre fut établie lors de la Grande Dépression de 1929 (période de dévastation et de pauvreté nationale) lorsque des milliers de pauvres de Détroit cognèrent aux portes du Couvent Saint-Bonaventure pour quêter leur pain quotidien.

« Ils ont faim, trouvez-leur de la soupe et des sandwichs » a-t-il exhorté ses confrères. Durant les mois qui suivirent, la file des pauvres augmenta jusqu’à atteindre 2 000 personnes par jour attendant de recevoir un seul repas. Frère Solanus saluait chaque personne à la porte en accueillant les sans-abris et les affamés aussi dans son cœur. Il nourrissait non seulement leur corps mais également leurs esprits.

La rencontre de deux saints portiers

Durant l’été 1935, deux saints portiers se rencontrèrent à Détroit. Ce fut une rencontre historique avec le frère André Bessette qui avait voyagé de Montréal jusqu’en Ontario, traversant cette province et le pont « Ambassador ». André avait entendu parler d’un autre saint portier de l’Est de Détroit. À cette époque, frère Solanus avait 65 ans et le frère André en avait 90. Les deux religieux avaient déjà travaillé de nombreuses années comme portier, aidant les personnes venues les visiter dans leur monastère respectif ; l’un étant à Montréal sur le Mont-Royal, l’autre au centre-ville de Détroit. Tous les deux ont travaillé de longues journées à accueillir quiconque voulait les rencontrer pour raconter leurs histoires, leurs blessures, leurs échecs, leurs abandons ou leurs pertes et, ce, peu importe l’heure de la journée ou de la nuit. Plus-tard, les pères de Sainte-Croix construisirent une chapelle pour le frère André sur l’un des plus hauts sommets du Mont-Royal. Ils espéraient que les milliers de personnes attirées par André en seraient dissuadées à cause de la côte accidentée. Ils ne le furent pas et des milliers s’y rendirent chaque année.

S’il existe deux personnes qui étaient en droit de se plaindre du traitement qui leur était réservé par les directeurs de leur communauté religieuse respective, ce furent certainement frère Solanus et André, frère de Sainte-Croix. Ironiquement, les deux hommes consacrés mirent leur propre communauté religieuse sur la carte (au moins en Amérique du Nord) puisque grâce à eux, celles-ci reçurent attention, intérêt et vocations. Il n’existe pas d’extraits vidéo ou de photos de cette rencontre historique des deux portiers à Détroit. Comme j’aurais aimé être là pour être témoin et pourquoi pas couvrir l’événement pour la télévision ! La rencontre eut lieu sans tambours ni trompettes si bien que personne ne put vraiment se rendre compte de ce qui se passait alors même qu’ils se faisaient l’accolade et priaient ensemble. Quelques rares témoins oculaires affirmèrent qu’ils parlèrent quelque peu ensemble et qu’ils prièrent et se bénirent réciproquement en latin. Le frère André est retourné à Montréal où il mourut deux ans plus tard en 1937. Il fut proclamé saint par le pape Jean-Paul II en 1982 et canonisé par le pape Benoît XVI en 2010.

Après avoir rencontré le frère André en 1935, Solanus allait continuer à travailler pendant plus de 20 ans. Durant les années 1941 à 1945, frère Solanus conseilla et pria pour de nombreuses familles désireuses de voir revenir leurs enfants sains et saufs de la deuxième guerre mondiale. Dans les dernières années de sa vie, les supérieurs capucins de Solanus désirant lui donner une retraite bien méritée l’envoyèrent au couvent de Saint-Félix de Huntington en Indiana au printemps 1946. C’est là qu’il passa beaucoup de temps en prière et auprès des malades et autres personnes en difficultés jusqu’à ce que ses propres infirmités le ramènent à Détroit pour recevoir des soins médicaux spécialisés.  Au cours de ce qui allait être sa dernière maladie, il affirma : « J’offre mes souffrances afin que tous soient un. Si au moins je pouvais voir la conversion du monde entier !». Sa dernière action concrète fut de s’asseoir et de s’exclamer « Je donne mon âme à Jésus-Christ ». Le frère Solanus mourut le 31 juillet 1957 à l’âge de 86 ans. Il est enterré au couvent de Détroit.

La cause en canonisation du frère Solanus a été ouverte en 1982. En 1995, le pape Jean-Paul II le déclarait vénérable, deuxième étape sur le chemin de la sainteté. Plusieurs guérisons miraculeuses sont associées à l’intercession du frère Solanus et, ce, avant et après sa mort. Des pèlerins du monde entier continuent de faire le pèlerinage jusqu’à sa tombe.

Deux funérailles solennelles pour deux grands portiers

Les frères André et Solanus ont tous deux eu des funérailles qui peuvent être considérées comme épiques. Non seulement eurent-ils chacun droit aux hommages de milliers de personnes qui attribuaient leur guérison à leurs prières mais également des milliers de personnes étaient présentes (près d’un million dans le cas du frère André) parce qu’elles avaient entendu parler d’eux. Non seulement des trains furent ajoutés par les autorités des chemins de fers, mais même aux États-Unis, spécialement sur la côte Est, on ajouta des autobus afin d’accommoder les personnes endeuillées qui voulaient se rendre à Montréal pour les funérailles du frère André.

André et Solanus vinrent en ce monde sans tambours ni trompettes. Malgré leur don de thaumaturge, tous deux continuèrent à vivre simplement durant toute leur vie. Toutefois, à cause de leur humilité, Dieu leur donna les dons que même les plus riches d’entre nous leur envient : le don de guérison. Grâce à cela, ils nous enseignent que l’humilité et l’obéissance, qualités peu considérées par notre temps, sont pour Dieu une très grande joie.

André Besette et Solanus Casey furent des porteurs, des portiers et des guides. Ils ouvrirent des portes aux gens. Solanus fut un homme et un prêtre simple. Même s’il écrivait à l’occasion des poèmes, il n’était ni un homme de lettres ni un grand bachelier. Il a atteint par contre une grande profondeur spirituelle. Comme un prophète, il portait un message pour notre temps. Il vécut avec le souci du peuple de Dieu, souffrant et travaillant à la conversion des pécheurs. Son message fut toujours celui de la foi et de la confiance en Dieu, en Celui qui encourage et console. Ce samedi 18 novembre prochain, dans l’un des plus grands stades de sport de Détroit, l’humble prêtre Solanus Casey sera proclamé « Bienheureux » franchissant ainsi une étape cruciale sur le chemin de la sainteté.

De saints portiers

C’est à propos de personnes humbles comme André Bessette et Solanus Casey que le pape François s’exprimait utilisant ces puissantes paroles dans Évangelii Gaudium (no 47) :

« L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close. Mais il y a d’autres portes qui ne doivent pas non plus se fermer. Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est “ la porte”, le Baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles.[51] Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile. »[1]

À son époque, frère Solanus fut lui aussi un portier de l’Est de Détroit. Aujourd’hui, il est au ciel et joue toujours le rôle de gardien. Il nous a laissé un exemple de la façon d’accueillir l’étranger, le sans-abri, le pauvre, le malade et l’affamé de nos communautés. Certains viendront à nos portes remplis de joie, d’autres auront peur, certains seront en santé et d’autres viendront pour être guéris. La chose importante c’est que nous puissions ouvrir nos portes et construire des ponts avec ceux qui viendront et non pas construire des murs, des barrières ou d’autres obstacles.

J’aimerais tant être présent lorsque Solanus et André se feront l’accolade au ciel samedi prochain! Je ne peux qu’imaginer la tendresse de cette rencontre et la profondeur de cet échange entre ces deux remarquables et saints portiers d’Amérique du Nord alors qu’ils renouvelleront leur amitié et partageront leurs histoires sur la manière dont Dieu les a utilisés pour bénir, nourrir, aimer, pardonner, encourager et guérir des millions de personnes.

Saint André de Montréal et bienheureux Solanus de Détroit : Priez pour nous !

Église en sortie 10 novembre 2017


Cette semaine à Église en sortie, on vous présente un reportage sur le Monastère et la Communauté des religieuses hospitalières des augustines de Québec. Dans la deuxième partie d’émission, Francis Denis reçoit en entrevue l’historien et auteur Éric Bédard et qui nous parle de son tout dernier livre « Survivance: Histoire et mémoire du XIXe siècle canadien-français ».

Église en sortie 3 novembre 2017

Cette semaine à Église en sortie, on reçoit le père Jean-Guy Vincent c.s.c. qui nous parle de la Communauté des religieux de Sainte-Croix. On vous présente un reportage sur le Musée de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec le père Claude Grou c.s.c. sur le thème de l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal.

Recherchés: des révolutionnaires de la sainteté: Réflexion pour la Fête de la Toussaint

Recherchés: des révolutionnaires de la sainteté
Réflexion pour la Fête de la Toussaint
Père Thomas Rosica, csb

Y’a-t-il de la place pour Dieu dans notre monde aujourd’hui? Y-a-t-il de la place pour des révolutionnaires de la sainteté dans notre culture? La réponse est un ‘oui’ fort!  Pourquoi les chrétiens et les catholiques de ce pays devraient-ils être réticents de se déclarer chrétien, catholique, ou révolutionnaire de la sainteté? Pourquoi devrions-nous nous comporter comme si notre message pouvait être dangeureux ou comme si nous avions une Parole et une histoire mais ne savions pas comment l’annoncer? Avons-nous peur de l’indifférence, de l’hostilité ou d’être ridiculisés? Si tel est le cas, laissez-moi vous rappeler la réponse de la jeune Bernadette Soubirous au commissaire de police de Lourdes qui lui disait qu’elle ne l’avait pas convaincu des événements qui avaient eu lieu à la grotte près de la rivière. Bernadette lui dit : « La Dame ne m’a pas dit de vous convaincre, mais de vous dire ses paroles. »

L’espérance était toujours au cœur de la proclamation des saints et bienheureux, même au milieu des périodes les plus sombres de l’histoire. Le cœur de notre propre annonce doit aussi être l’espérance. «Spe salvi », dans l’espérance nous sommes sauvés, dit saint Paul aux Romains, et aussi à nous (Rom 8, 24). Lorsque l’Église se trouv dans des périodes creuses, Dieu élève des saints extraordinaires pour ramener l’Église à sa véritable mission, comme si la lumière du Christ était encore plus brillante en ces périodes de noirceur. Nous vivons l’une de ces périodes, et le Seigneur accepte toujours des candidats pour prendre cette forme extrême de sainteté.

Nous avons grand besoin des successeurs de saints Jean de Brébeuf, Noël Chabanel, Antoine Daniel, Charles Garnier, Isaac Jogues, Gabriel Lalemant, René Goupil and Jean de Lalande. Nous recherchons de nouveaux agents qui prendront la vision et le travail de saintes Marguerite d’Youville, Marguerite Bourgeoys, saint André de Montréal, Kateri Tekakwitha, Marie de l’Incarnation, François de Laval, et leur équipe gagnante de bienheureux:  André Grasset, Élisabeth Turgeon, Marie-Rose Durocher, Marie-Léonie Paradis, Louis-Zéphirin Moreau, Frédéric Janssoone, Catherine de Saint-Augustin, Dina Bélanger, Marie-Anne Blondin, Émilie Tavernier Gamelin, Nykyta Budka, Basil Velychkovsky.

Nous devons aujourd’hui rendre grâce au Seigneur pour avoir donné à l’Église au Canada des fondateurs et des modèles aussi impressionants. Ces modèles nous mettent au défi d’entreprendre aujourd’hui une nouvelle évangélisation. Ils nous encouragent par leur dévouement au Christ, et aussi par leur zèle et leur prière tout au long de l’autoroute qui mène vers le ciel. Ces martyrs, saints et bienheureux nous rappellent que nous sommes seulement et toujours en chemin sur cette route. Lorsque nous pensons la sainteté en ces termes, comme une direction, un chemin, et non comme une destination, nous sentons que ce qui nous unit aux saints, nos compagnons de voyage, est beaucoup plus profond que ce qui nous sépare.

Bonne Fête à vous tous aujourd’hui!

La fête de la Toussaint nous offre une belle opportunité de réflechir sur notre héritage des saints et des bienheureux dans notre tradition catholique.  Ces hommes et femmes sont des artistes qui ont jugé et fait la critique du monde avec différentes donnés, informations et différents savoirs. Leurs normes se trouvaient dans les imprimés bleus intitulés les « Béatitudes» et pas dans les bibliotèques d’universités ou dans les centres de hautes recherches, et ils ont tenté chacun, en leur temps propre et de leurs façons uniques, de s’approprier cette extraordinaire vision de l’Evangile et de l’amener au monde. Le grand auteur G.K. Chesterton anglais a dit que «de telles personnes ont mis en lumière ce que le monde et l’Eglise avaient oublié». Parfois de tels individus sont appelés des fous, des insensés, des irréalistes, des rêveurs. Dans notre Eglise, nous les appelons des Saints.

En cette fête de la sainteté, nous célébrons tous ceux qui ont témoigné de leur attachement radical au Christ, tous les saints, ceux qui sont au calendrier, ceux qui n’y sont plus, ceux qui n’y sont pas encore.  Dans l’évangile de cette fête, [Mt 5, 1-12] chacune des béatitudes nous indique une voie de sainteté : la pauvreté de cœur, la douceur, le combat pour la justice, la pureté du cœur, le travail pour que grandisse la paix, la miséricorde. On est loin des miracles et des autres signes spectaculaires que les hagiographies se plaisent à raconter. Ces béatitudes sont plus un projet de vie, une invitation à y puiser une vraie intensité de vie, que la reconnaissance du mérite de ceux « qui y sont arrivés » ! Cette sainteté-là est vraiment pour tous, pour peu que nous y travaillions, bien sûr.

Je suis convaincu que le monde d’aujourd’hui, et particulièrement les jeunes, ont un besoin croissant pour les vies fascinantes des Saints. Durant son Pontificat, le Pape Jean Paul II nous a certainement aidé à redécouvrir ces héros et héroïnes dans nos traditions-en fait, il a béatifié 1338 femmes et hommes, et canonisé 482 personnes.  La proclamation de tant de Bienheureux et de Saints de notre époque a été d’une aide étonnante pour renouveler les espoirs de longues haleines et en stimuler de nouveaux.  Quelle nuée de témoins, quelle école des artistes des Béatitudes pour nous consoler, nous fortifier, nous encourager, nous stimuler, nous émouvoir et nous élever alors que nous essayons de les imiter ici-bas!

Comment la grâce serait-elle vraiment gracieuse, vraiment gratuite si elle venait comme le bon point et les félicitations avec la bonne note ? La grâce n’a trouvé en nous aucun mérite, mais c’est elle qui nous rend capables de mérite. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisis… », dit Jésus. Comme le dit saint Augustin, en commentant ce passage de l’Évangile de Jean : « Dieu ne choisit pas ceux qui sont bons, mais il rend bons ceux qu’il a choisis. » Nous ne pourrions être bons et faire quelque bien en ce monde, si nous ne l’avions reçu de l’amour incroyable du Créateur qui nous a donné la liberté, le désir et l’intelligence de reconnaître ses dons.

Laissons-nous saisir par la beauté de ces hommes et femmes, et laissons nous combler du désir de devenir des saints pendant ce mois de novembre qui est dédié aux artistes de l’evangile!  Dieu sait combien nous en avons besoin de tels artistes aujourd’hui!

Le Pape François loue la figure de sainte Françoise-Xavière Cabrini

« Les grandes migrations d’aujourd’hui ont besoin d’un accompagnement plein d’amour et d’intelligence comme ce qui caractérise le charisme cabrinien, en vue d’une rencontre des peuples qui enrichisse tout le monde et génère union et dialogue et non séparation et hostilité.» Le Pape François rend hommage à la mémoire de sainte Françoise-Xavière Cabrini, patronne des migrants, et fondatrice des Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus, à l’occasion du centenaire de sa mort.

Il a envoyé le 29 août 2017 une lettre, rendue publique seulement ce mardi 19 septembre, à la Supérieure générale de la congrégation à l’occasion de l’assemblée générale qui se tient à Chicago jusqu’au 23 septembre. Dans ce message, le Pape revient sur le parcours et l’œuvre de cette Italienne, née en 1850 en Lombardie, envoyée aux États-Unis par Léon XIII pour y assister les émigrés italiens. Elle meurt en 1917 dans son pays d’adoption dont elle deviendra la première sainte, en 1946.

Un charisme singulier

« Former et envoyer dans le monde entier des femmes consacrées, avec un horizon missionnaire sans limites, pas simplement comme des auxiliaires d’instituts religieux ou de missionnaires hommes, mais avec son propre charisme de consécration féminine, tout en étant pleinement et totalement disponibles à collaborer avec les Églises locales et les différentes congrégations qui se consacraient à l’annonce de l’Évangile ad gentes » : c’est ainsi que le Pape François décrit la vocation de sainte Françoise-Xavière Cabrini.

Il salue le nombre et l’importance des œuvres lancées durant sa vie en Italie, en France, en Espagne, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Amérique centrale, en Argentine et au Brésil. Aujourd’hui, « les déplacements conséquents de populations, et les tensions qu’ils génèrent inévitablement, font de Mère Cabrini une figure singulièrement actuelle ». François loue le lien qu’elle a su instituer entre l’attention aux situations de pauvreté et de fragilité, et la sensibilité culturelle qui a permis de raviver chez les émigrés la tradition chrétienne.

Le Pape apprécie aussi la manière dont, à travers ce retour à la religion, la sainte a su ouvrir des routes pour que les émigrés puissent s’intégrer pleinement dans la culture des pays d’accueil. « Les émigrés italiens furent accompagnés des Mères missionnaires pour être pleinement italiens et pleinement américains » écrit-il notamment. « La vitalité humaine et chrétiennes des émigrés devint ainsi un don pour les Églises et les peuples qui accueillent ». La vocation universelle de sainte Françoise-Xavière est ainsi la vocation de « chaque chrétien et de chaque communauté des disciples de Jésus ».

Source: http://fr.radiovaticana.va/news/2017/09/19/le_pape_fran%C3%A7ois_loue_la_figure_de_sainte_fran%C3%A7oise-xavi%C3%A8re/1337649

« Verso l’Alto » par le Bienheureux Pier Giorgio Frassati

Le 4 juillet est la fête (mémoire) du Bienheureux Pier Giorgio Frassati. Le texte qui suit est l’homélie du Père Thomas Rosica csb. telle que prononcée le lundi 14 juillet 2008 à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse de Sydney. Elle fut prononcée durant la vigile de prière et d’adoration eucharistique où était présent le corps de Pier Giorgio Frassati dans la cathédrale St. Mary’s de Sydney en Australie.

Comme à Sydney, la dépouille de Pier Giorgio Frassati a été transportée de Turin à Rio de Janeiro pour les JMJs au Brésil.

« Chers amis,

Chères Wanda et Giovanna,

Nièces du bienheureux Pier Giorgio Frassati.

Quel honneur et quel privilège d’être avec vous ici ce soir à la cathédrale St. Mary de Sydney en Australie ! Conduits par un groupe de jeunes canadiens de CCO (Catholic Christian Outreach), l’un des mouvements étudiants catholiques les plus remarquables de notre nation, nous nous sommes rassemblés pour adorer Jésus, don de Dieu pour la vie du monde. Des jeunes du monde entier viennent aussi ici pour prier autour de la dépouille mortelle du bienheureux Pier Giorgio Frassati au cours des Journées mondiales de la jeunesse 2008.

Nous venons d’entendre quel est le projet pour le christianisme dans ce magnifique texte des Béatitudes de l’Évangile de Matthieu (5, 1-12). Les Béatitudes dans le sermon du Christ sur la montagne sont une recette pour la sainteté extrême. Chaque crise que l’Église affronte, chaque crise à laquelle le monde doit faire face, est une crise de la sainteté, est une crise de saints.

S’il y a une époque où les jeunes hommes et femmes ont besoin d’authentiques héros, c’est la nôtre. L’Église croit que les saints et les bienheureux, leurs prières et leurs vies, sont pour les personnes sur la terre; que la sainteté, comme un honneur terrestre n’est pas convoitée par les saints et les bienheureux eux-mêmes.

Qu’est-ce qui fait que le bienheureux Pier Giorgio Frassati est si unique et si spécial ? Il est né en 1901, au tournant du siècle dernier à Turin, en Italie. Le 4 juillet 2008 a marqué le 83ème anniversaire de l’entrée de Pier Giorgio Frassati dans la vie éternelle. Athlétique, plein de vie, toujours entouré d’amis qu’il inspirait par sa vie, Pier Giorgio n’a pas choisi de devenir prêtre ou religieux, préférant donner témoignage à l’évangile comme laïc. Il n’a jamais fondé un ordre religieux ou initié un nouveau mouvement ecclésial. Il n’a pas dirigé d’armée et n’a jamais été élu à un poste public. La mort est venue avant qu’il ait pu recevoir son diplôme universitaire. (Le diplôme lui a été remis à titre posthume en 2001). Il n’a jamais eu la chance de commencer une carrière ; en fait, il n’avait pas même découvert ce que sa vocation pouvait être. C’était simplement un jeune homme amoureux de sa famille et de ses amis, amoureux des montagnes et de la mer, mais surtout amoureux de Dieu. [Read more…]

Le saint patron du Canada: un héritage caché

Saint Joseph avec l’Enfant Jésus de Guido Reni (1640). Source : le Musée des beaux-arts de Houston, la Collection Renzi, cadeau de M. et Mme Harris Masterson III.

Le Canada célèbre ses 150 ans ! Mais qu’est-ce que nous célébrons au juste pour ce 150e anniversaire ? Quelles histoires devrions-nous raviver ? Le pape François nous dirait : « L’absence de mémoire historique est un sérieux défaut de notre société. Il s’agit de la mentalité immature du « c’est du passé ». Connaître et pouvoir prendre position face aux événements passés est l’unique possibilité de construire un avenir qui a un sens. On ne peut éduquer sans mémoire » (Amoris Laetitia, 193).

En tant qu’organisation catholique canadienne, nous nous rappelons le jour heureux où nous sommes devenus la première télévision catholique au Canada en 2002, née du souffle des  Journées mondiales de la jeunesse, à Toronto avec la bénédiction du pape Jean Paul II. Nous nous tenions sur les épaules d’un géant, Gaetano Gagliano, canadien d’origine italienne et,  père fondateur de l’une des plus grandes entreprises au Canada, St. Joseph Communications, qui porte le nom du saint patron de notre pays.

Mais qu’est-ce que tout cela a à voir avec le 150e du Canada ? Pour TV Sel + Lumière, voilà où se trouve la clé pour comprendre une partie de notre histoire. Au cœur de nos bureaux se dresse une chapelle consacrée à la mémoire de Gaetano et de son épouse Giuseppina. Et à l’intérieur de cette même chapelle, une statue de saint Joseph, cadeau de Gaetano… qui était un homme d’affaires dévoué, un mari et un père fidèle. Homme d’une grande vision, il s’est consacré à trouver un moyen de communiquer sa foi de manière efficace.

En se rappelant Gaetano, on se souvient de ce qui lui tenait le plus à cœur : la transmission de la foi catholique, la famille, l’aide aux personnes dans le besoin et, un regard tourné vers l’avenir avec espoir. Certes, plusieurs choses peuvent être attribuées aux principes de base de la vie de Gaetano, mais il semble qu’ils pourraient trouver leur racine dans sa profonde dévotion pour saint Joseph.

Saint Joseph, en tant que saint patron du Canada, est connu comme le gardien de Jésus, de Marie et de la Sainte Famille. Il est aussi connu comme un homme qui craignait Dieu, un homme passionné par son travail, un époux et père de toute tendresse. En 1984, quand le pape Jean Paul II a visité l’Oratoire St-Joseph, il s’est adressé aux membres du clergé. À la fin de son discours, il leur a dit: « Tous ici, dans cet Oratoire où tant de grâces ont été obtenues, nous demandons l’intercession de saint Joseph. Il a eu aux côtés de Jésus et de Marie un rôle humble de serviteur, vivant continuellement dans l’intimité avec le Fils de Dieu. Nous sommes avant tout des serviteurs du Fils de Dieu ».  

Cet Oratoire, aujourd’hui le plus grand sanctuaire dédié au père terrestre de Jésus dans le monde, a été construit grâce à l’inspiration et aux prières de saint frère André Bessette. Sa dévotion de toute une vie au charpentier pourrait se résumer à ce qu’il a dit, un jour, concernant les miracles et les guérisons qui se manifestaient à cause de son intercession : « Je ne suis rien… qu’un simple instrument entre les mains de la Providence, un humble instrument au service de saint Joseph ».

La piété populaire entourant saint Joseph s’est accrue au fil des années et ce n’est pas surprenant de voir des hommes et des femmes, à l’image de Gaetano, lui confier leur travail et leur famille. Mais si nous retrouvons saint Joseph au sein de la piété catholique au Canada, cela remonte aux premiers missionnaires qui se sont établis en Nouvelle-France.

En 1624, le père Joseph Le Caron, un Récollet, est l’un des premiers à y mettre les pieds. Son premier réflexe est de confier la Nouvelle-France à la protection de saint Joseph. Dans une lettre adressée à son supérieur en France, il explique : « Nous avons fait une grande solennité où tous les habitants se sont trouvés… par un voeu que nous avons fait à saint Joseph, que nous avons choisi pour notre patron du pays et protecteur de cette église naissante ».

Cette fête a été soulignée le 19 mars 1624. À cette époque la dévotion à saint Joseph était encore à ses débuts. En confiant ce nouveau pays à saint Joseph, les missionnaires n’avaient qu’un seul espoir : faire connaître Jésus et rendre la foi catholique accessible à tous.  

Nous nous appuyons sur les épaules de ses grands de notre histoire ! Ainsi, Sel + Lumière veut répondre à l’appel du Pape Jean Paul II de devenir des « servants du Fils de Dieu », d’être gardiens de notre foi catholique et, faire en sorte qu’elle soit partagée de manière efficace partout au Canada.

Prière à Saint Joseph, protecteur de l’Église 

Brave Joseph, associé au projet de Dieu sur notre humanité, votre tendresse entoure la nouvelle Église naissante. Tout comme Marie et Jésus reconnaissent en vous la protection du Père, ainsi la communauté de foi se place sous votre garde.

Soutenez-nous par l’Esprit qui anime le foyer de Nazareth et conduisez nos pas sur la route vers le Royaume. Accompagnez-nous dans notre mission. Faites que nous soyons lumière du monde afin que, de l’humanité transfigurée dans le Christ, jaillisse la famille de Dieu.

Communiquez-nous la force de poursuivre l’option de Dieu en faveur des pauvres et des faibles. Guidez-nous dans nos actions pastorales afin que nos gestes s’ajustent à la Bonne Nouvelle.

Amen.

Source: L’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal

Homélie du pape François pour la Solennité des saints Pierre et Paul

Vous trouverez ci-dessous l’homélie du pape François telle que prononcée ce matin sur la Place Saint-Pierre pour la Solennité des saints Pierre et Paul:

La liturgie de ce jour nous offre trois mots essentiels pour la vie de l’Apôtre : confession, persécution, prière.

La confession est celle de Pierre dans l’Evangile, quand la question du Seigneur, de générale devient particulière. En effet, Jésus demande d’abord : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » (Mt 16, 13). Chez la plupart des gens, il émerge de ce “sondage” que le peuple considère Jésus comme un prophète. Alors le Maître pose aux disciples la question vraiment décisive : « Et vous ? Que dites-vous? Pour vous qui suis-je ? » (v.15). A ce moment seul Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (v. 16). Voilà la confession: reconnaître en Jésus le Messie attendu, le Dieu vivant, le Seigneur de sa propre vie.

Cette question vitale, Jésus l’adresse aujourd’hui à nous, à nous tous, en particulier à nous pasteurs. C’est la question décisive, devant laquelle il n’y a pas de réponses de circonstance, parce que la vie est en jeu : et la question de la vie demande une réponse de vie. Car si l’on ne confesse pas Jésus Seigneur par sa propre vie, connaître les articles de foi sert à peu de choses. Aujourd’hui il nous regarde dans les yeux et demande : « Qui suis-je pour toi ? » Comme pour dire : « Suis-je encore, moi, le Seigneur de ta vie, la direction de ton cœur, la raison de ton espérance, ta confiance indestructible ? » Avec saint Pierre, renouvelons aujourd’hui, nous aussi, notre choix de vie comme disciples et apôtres. Passons de nouveau de la première à la seconde question de Jésus, pour être « à lui » non seulement en paroles, mais dans les faits et dans la vie.

Demandons-nous si nous sommes des chrétiens de salon, qui bavardent sur la manière dont vont les choses dans l’Eglise et dans le monde, ou plutôt des apôtres en chemin, qui confessent Jésus par la vie parce qu’ils l’ont dans le cœur. Celui qui confesse Jésus sait qu’il est tenu non seulement de donner son opinion mais de donner la vie ; il sait qu’il ne peut pas croire de manière tiède mais qu’il est appelé à “brûler” d’amour ; il sait que dans la vie il ne peut “se laisser vivre” ou s’installer dans le bien être, mais qu’il doit risquer de prendre le large, renouvelant chaque jour le don de soi. Celui qui confesse Jésus fait comme Pierre et Paul : il le suit jusqu’à la fin ; non jusqu’à un certain point, mais jusqu’à la fin, et il le suit sur son chemin, non pas sur nos chemins. Son chemin est le chemin de la vie nouvelle, de la joie et de la résurrection, le chemin qui passe aussi par la croix et par les persécutions.

Voilà le second mot, persécutions. Ce ne sont pas seulement Pierre et Paul qui ont donné le sang pour le Christ, mais toute la communauté, au début, a été persécutée, comme le rappelle le Livre des Actes des Apôtres (cf. 12, 1). Aujourd’hui aussi, en diverses parties du monde, parfois dans un climat de silence – un silence souvent complice -, beaucoup de chrétiens sont marginalisés, calomniés, discriminés, faits l’objet de violences même mortelles, souvent en l’absence d’engagement de la part de ceux qui pourraient faire respecter leurs droits sacrosaints.

Mais je voudrais surtout souligner ce que l’Apôtre Paul affirme avant d’« être – comme il écrit – offert en sacrifice » (2Tm 4, 6). Pour lui, vivre c’était le Christ (cf. Ph 1, 21), et le Christ crucifié (cf. 1Co 2, 1), qui a donné sa vie pour lui (cf. Ga 2, 20). Ainsi, fidèle disciple, Paul a suivi le Maître en offrant lui aussi sa vie. Sans la croix il n’y a pas de Christ, mais sans la croix il n’y a pas non plus de chrétien. En effet, « c’est le propre de la vertu chrétienne, non seulement de faire le bien, mais aussi de savoir supporter les maux » (Augustin, Disc. 46, 13), comme Jésus. Supporter le mal, ce n’est pas seulement avoir de la patience et aller de l’avant avec résignation ; supporter, c’est imiter Jésus : c’est porter le poids, le porter sur ses épaules pour lui et pour les autres. C’est accepter la croix, allant de l’avant avec confiance parce que nous ne sommes pas seuls : le Seigneur crucifié et ressuscité est avec nous. Ainsi, avec Paul nous pouvons dire qu’ « en toute circonstance nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés; nous sommes déconcertés, mais non désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés » (2Co 4, 8-9).

Supporter, c’est savoir vaincre avec Jésus à la manière de Jésus, non pas à la manière du monde. Voilà pourquoi Paul – nous l’avons entendu – se considère comme un vainqueur qui va recevoir la couronne (cf. 2Tm 4, 8) et il écrit : « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (v. 7). L’unique conduite de son bon combat a été de vivre pour : non pour lui-même mais pour Jésus et pour les autres. Il a vécu “en courant”, c’est-à-dire sans s’épargner, mais au contraire en se consumant. Il dit avoir gardé une chose : non pas la santé, mais la foi, c’est-à-dire la confession du Christ. Par amour pour lui, il a vécu les épreuves, les humiliations et les souffrances, qu’il ne faut jamais rechercher mais accepter. Et ainsi, dans le mystère de la souffrance offerte par amour, en ce mystère que tant de frères persécutés, pauvres et malades incarnent encore aujourd’hui, resplendit la force salvifique de la croix de Jésus.

Le troisième mot est prière. La vie de l’Apôtre, qui jaillit de la confession et débouche en offrande, se déroule tous les jours dans la prière. La prière est l’eau indispensable qui nourrit l’espérance et fait grandir la confiance. La prière fait que nous nous sentons aimés et nous permet d’aimer. Elle nous fait aller de l’avant dans les moments sombres, car elle allume la lumière de Dieu. Dans l’Eglise c’est la prière qui nous soutient tous et nous fait surmonter les épreuves. Nous le voyons encore dans la première lecture : « Tandis que Pierre était ainsi détenu dans la prison, l’Eglise priait Dieu pour lui avec insistance » (Ac 12, 5). Une Eglise qui prie est gardée par le Seigneur et marche en sa compagnie. Prier c’est lui confier le chemin pour qu’il en prenne soin. La prière est la force qui nous unit et nous soutient, le remède contre l’isolement et l’autosuffisance qui conduisent à la mort spirituelle. Car l’Esprit de vie ne souffle pas si l’on ne prie pas, et sans prière les prisons intérieures qui nous retiennent captifs ne s’ouvrent pas.

Que les saints Apôtres nous obtiennent un cœur comme le leur, fatigué et pacifié par la prière : fatigué parce qu’il demande, frappe et intercède, chargé de beaucoup de personnes et de situations à confier ; mais en même temps pacifié, parce que l’Esprit apporte consolation et force quand on prie. Combien il est urgent dans l’Eglise d’avoir des maîtres de prière, mais avant tout d’être des hommes et des femmes de prière, qui vivent la prière !

Le Seigneur intervient quand nous prions, lui qui est fidèle à l’amour que nous lui avons confessé et qui nous est proche dans les épreuves. Il a accompagné le chemin des Apôtres et il vous accompagnera vous aussi, chers frères Cardinaux, ici réunis dans la charité des Apôtres qui ont confessé la foi par le sang. Il sera aussi proche de vous, chers frères Archevêques qui, en recevant le Pallium, serez confirmés à vivre pour le troupeau, en imitant le Bon Pasteur qui vous soutient en vous portant sur ses épaules. Que le Seigneur lui-même, qui désire ardemment voir tout son troupeau réuni, bénisse et garde aussi la Délégation du Patriarche Œcuménique, et le cher frère Bartholomée, qui l’a envoyée en signe de communion apostolique.

[01027-FR.01] [Texte original: Italien]

Le pallium est une sorte de large collier de laine. Orné de six croix noires, il comporte trois longues pièces lestées de morceaux de plomb dont deux pendent sur la poitrine et l’autre dans le dos.

La laine utilisée pour confectionner le pallium vient de deux agneaux offerts chaque année au Pape en la fête de sainte Agnès, le 21 janvier. Les agneaux sont d’abord conduits à l’église Ste-Agnès où ils sont bénis. Ils arrivent coiffés de deux couronnes de fleurs, l’une blanche et l’autre rouge. Celles-ci représentent la pureté d’Agnès, que les archevêques doivent tendre à imiter, et le martyre d’Agnès, que les archevêques doivent être prêts à subir. Les agneaux sont ensuite tondus et les pallia confectionnés. La veille de la solennité des grands apôtres Pierreet Paul (le 28 juin), les palliums sont déposés pour la nuit dans le cercueil d’argent qui siège au-dessus de la tombe de Pierre dans la crypte vaticane. Le lendemain (29 juin), les palliums sont remis aux nouveaux archevêques métropolitains. Cette cérémonie est la seule occasion où plus d’un évêque peut revêtir le pallium en même temps. De façon symbolique, le Pape partage avec les archevêques sa mission de « nourrir mes agneaux et mes brebis » confiée par Jésus à Pierre (voir Jean 21, 15-19). La laine sur les épaules évoque l’image de la brebis que le Bon Pasteur prend sur ses épaules. Elle rappelle également aux archevêques le poids de leurs fonctions. En conférant le pallium à chaque nouvel archevêque, le Saint-Père lui impose une part du poids et des responsabilités qu’il porte lui-même.

Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des Pauvres

Vous trouverez ci-dessou le Message du pape François pour la Journee Mondiale des Pauvres 33ème Dimanche du Temps Ordinaire 19 novembre 2017:

N’aimons pas en paroles, mais par des actes

1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). Ces paroles de l’apôtre Jean expriment un impératif dont aucun chrétien ne peut faire abstraction. La gravité avec laquelle le ‘‘disciple bien-aimé’’ transmet, jusqu’à nos jours, le commandement de Jésus s’accentue encore davantage par l’opposition qu’elle révèle entre les paroles vides qui sont souvent sur nos lèvres et les actes concrets auxquels nous sommes au contraire appelés à nous mesurer. L’amour n’admet pas d’alibi : celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple ; surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. La façon d’aimer du Fils de Dieu, par ailleurs, est bien connue, et Jean le rappelle clairement. Elle se fonde sur deux pierres angulaires : Dieu a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19) ; et il a aimé en se donnant tout entier, y compris sa propre vie (cf. 1 Jn 3, 16).

Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n’importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. De cette façon, la miséricorde qui jaillit, pour ainsi dire, du cœur de la Trinité peut arriver à mettre en mouvement notre vie et créer de la compassion et des œuvres de miséricorde en faveur des frères et des sœurs qui sont dans le besoin.

2. « Un pauvre crie ; le Seigneur l’entend » (Ps 33, 7). Depuis toujours, l’Église a compris l’importance de ce cri. Nous avons un grand témoignage dès les premières pages des Actes des Apôtres, où Pierre demande de choisir sept hommes « remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (6, 3), afin qu’ils assument le service de l’assistance aux pauvres. C’est certainement l’un des premiers signes par lesquels la communauté chrétienne s’est présentée sur la scène du monde : le service des plus pauvres. Tout cela lui était possible parce qu’elle avait compris que la vie des disciples de Jésus devait s’exprimer dans une fraternité et une solidarité telles qu’elles doivent correspondre à l’enseignement principal du Maître qui avait proclamé heureux et héritiers du Royaume des cieux les pauvres (cf. Mt 5, 3).

« Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac 2, 45). Cette expression montre clairement la vive préoccupation des premiers chrétiens. L’évangéliste Luc, l’auteur sacré qui, plus que tout autre, a réservé une large place à la miséricorde, ne fait pas de rhétorique lorsqu’il décrit la pratique de partage de la première communauté. Au contraire, en la recommandant, il entend s’adresser aux croyants de toute génération, et donc à nous aussi, pour nous soutenir dans le témoignage et susciter notre action en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin. Le même enseignement est donné avec autant de conviction par l’apôtre Jacques, qui, dans sa Lettre, utilise des expressions fortes et incisives : « Écoutez, donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? […] Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : ‘‘Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !’’ sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (2, 5-6.14-17).

3. Il y a eu, cependant, des moments où les chrétiens n’ont pas écouté jusqu’au bout cet appel, en se laissant contaminer par la mentalité mondaine. Mais l’Esprit Saint n’a pas manqué de leur rappeler de maintenir le regard fixé sur l’essentiel. Il a fait surgir, en effet, des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres. Que de pages d’histoire, en ces deux mille ans, ont été écrites par des chrétiens qui en toute simplicité et humilité, et par la généreuse imagination de la charité, ont servi leurs frères plus pauvres !

Parmi ceux-ci, se détache l’exemple de François d’Assise, qui a été suivi par de nombreux hommes et femmes saints au cours des siècles. Il ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. Lui-même a vu dans cette rencontre le tournant de sa conversion : « Comme j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je fis miséricorde avec eux. Et en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps » (Test. 1-3 : SF 308). Ce témoignage manifeste la force transformante de la charité et le style de vie des chrétiens.

Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêques Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).

Nous sommes appelés, par conséquent, à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude. Leur main tendue vers nous est aussi une invitation à sortir de nos certitudes et de notre confort, et à reconnaître la valeur que constitue en soi la pauvreté.

4. N’oublions pas que pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation à suivre Jésus pauvre. C’est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit à la béatitude du Royaume des cieux (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20). Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur. C’est la pauvreté, plutôt, qui crée les conditions pour assumer librement les responsabilités personnelles et sociales, malgré les limites de chacun, comptant sur la proximité de Dieu et soutenu par sa grâce. La pauvreté, ainsi entendue, est la mesure qui permet de juger de l’utilisation correcte des biens matériels, et également de vivre de manière non égoïste et possessive les liens et affections (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 25-45).

Faisons nôtre, par conséquent, l’exemple de saint François, témoin de l’authentique pauvreté. Précisément parce qu’il avait les yeux fixés sur le Christ, il a su le reconnaître et le servir dans les pauvres. Si, par conséquent, nous voulons offrir une contribution efficace pour le changement de l’histoire, en promouvant un vrai développement, il est nécessaire d’écouter le cri des pauvres et de nous engager à les faire sortir de leur condition de marginalisation. En même temps, je rappelle aux pauvres qui vivent dans nos villes et dans nos communautés de ne pas perdre le sens de la pauvreté évangélique qu’ils portent imprimé dans leur vie.

5. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !

De nos jours, malheureusement, tandis qu’émerge toujours davantage la richesse insolente qui s’accumule dans les mains de quelques privilégiés et souvent est accompagnée de l’inégalité et de l’exploitation offensant la dignité humaine, l’expansion de la pauvreté à de grands secteurs de la société dans le monde entier fait scandale. Face à cette situation, on ne peut demeurer inerte et encore moins résigné. À la pauvreté qui inhibe l’esprit d’initiative de nombreux jeunes, en les empêchant de trouver un travail ; à la pauvreté qui anesthésie le sens de responsabilité conduisant à préférer la procuration et la recherche de favoritismes ; à la pauvreté qui empoisonne les puits de la participation et restreint les espaces du professionnalisme en humiliant ainsi le mérite de celui qui travaille et produit ; à tout cela, il faut répondre par une nouvelle vision de la vie et de la société.

Tous ces pauvres – comme aimait le dire le Pape Paul VI – appartiennent à l’Église par « droit évangélique » (Discours d’ouverture de la 2ème session du Concile Œcuménique Vatican II, 29 septembre 1963) et exigent l’option fondamentale pour eux. Bénies, par conséquent, les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et pour les secourir : ce sont des mains qui apportent l’espérance. Bénies, les mains qui surmontent toutes les barrières de culture, de religion et de nationalité en versant l’huile de consolation sur les plaies de l’humanité. Bénies, les mains qui s’ouvrent sans rien demander en échange, sans ‘‘si’’, sans ‘‘mais’’ et sans ‘‘peut-être’’ : ce sont des mains qui font descendre sur les frères la bénédiction de Dieu.

6. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes Prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion.

7. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33ème dimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant. La royauté du Christ, en effet, émerge dans toute sa signification précisément sur le Golgotha, lorsque l’Innocent cloué sur la croix, pauvre, nu et privé de tout, incarne et révèle la plénitude de l’amour de Dieu. Son abandon complet au Père, tandis qu’il exprime sa pauvreté totale, rend évident la puissance de cet Amour, qui le ressuscite à une vie nouvelle le jour de Pâques.

En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.

8. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Père est la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissentcomme frères. Le Notre Père est une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.

9. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvres s’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.
Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.
Du Vatican, le 13 juin 2017 Mémoire de saint Antoine de Padoue

FRANÇOIS

[00907-FR.01] [Texte original: Italien]

Allocution du Pape aux malades et handicapés à Fatima

CNS/Paul Haring

Chers frères et sœurs malades,
Comme je l’ai dit dans l’homélie, le Seigneur nous précède toujours : quand nous passons par quelque croix, il y est déjà passé. Dans sa Passion, il a pris sur lui toutes nos souffrances. Jésus sait ce que signifie la souffrance, il nous comprend, il nous console, et il nous donne la force, comme il a fait pour saint François Marto et sainte Jacinthe, pour les saints de tous les temps et de partout. Je pense à l’Apôtre Pierre, enchaîné dans la prison de Jérusalem, alors que toute l’Eglise priait pour lui. Et le Seigneur a consolé Pierre. Voilà le mystère de l’Eglise : l’Eglise demande au Seigneur de consoler les affligés et il vous console, même de manière cachée ; il vous console dans l’intimité du cœur et il vous console par sa force.

Chers pèlerins, nous avons devant les yeux Jésus caché mais présent dans l’Eucharistie, comme nous avons Jésus caché mais présent dans les blessures de nos frères et sœurs malades et souffrants. Sur l’autel, nous adorons la chair de Jésus ; en ces frères, nous trouvons les plaies de Jésus. Le chrétien adore Jésus, le chrétien cherche Jésus, le chrétien sait reconnaître les plaies de Jésus. Aujourd’hui la Vierge Marie nous répète à tous la question qu’elle a posée, il y a cent ans, aux pastoureaux : « Voulez-vous vous offrir à Dieu ? ». La réponse – « Oui, nous le voulons ! » – nous permet de comprendre et d’imiter leur vie. Ils l’ont vécue, avec tout ce qu’elle comportait de joie et de souffrance, dans une attitude d’offrande au Seigneur.

Chers malades, vivez votre existence comme un don et dites à la Vierge, comme les pastoureaux, que vous voulez vous offrir à Dieu de tout votre cœur. Ne vous considérez pas seulement comme des bénéficiaires de la solidarité caritative, mais sentez-vous pleinement participants de la vie et de la mission de l’Eglise. Votre présence silencieuse mais plus éloquente que beaucoup de paroles, votre prière, l’offrande quotidienne de vos souffrances unies à celles de Jésus crucifié pour le salut du monde, l’acceptation patiente et même joyeuse de votre condition sont une ressource spirituelle, un patrimoine pour chaque communauté chrétienne. N’ayez pas honte d’être un trésor précieux de l’Eglise.

Jésus passera près de vous dans le Saint Sacrement pour vous manifester sa proximité et son amour. Confiez-lui vos douleurs, vos souffrances, votre fatigue. Comptez sur la prière de l’Eglise, qui de partout monte vers le ciel pour vous et avec vous. Dieu est Père et il ne vous oublie jamais.