La famille: une priorité pour l’Église

CNS/L’Osservatore Romano

Comme nous l’avons vu la semaine dernière, la vision ecclésiale de la famille comme « ciment de la société » manifeste, non seulement, son rôle irremplaçable pour toute société mais également les coûts humains et sociaux qu’entraîne sa détérioration. Quel rôle l’Église peut-elle jouer pour aider les familles à réaliser pleinement ce qu’elles sont appelées à être ? C’est l’un des thèmes abordés par le pape François lors de son allocution au Stade Croke Park de Dublin pour la Rencontre Mondiale des familles. En effet, pour le Saint-Père, « L’Église est la famille des enfants de Dieu […] parce que Dieu notre Père a fait de nous tous ses enfants dans le Baptême ». Le baptême peut donc être considéré comme une nouvelle naissance et l’élargissement de notre propre cercle familial.

Naissance dans l’Esprit

Pour le pape François, il est important « d’encourager les parents à faire baptiser les enfants dès que possible » puisqu’il « est nécessaire d’inviter chacun à la fête, même le petit enfant ! ». Le thème de la « fête » est récurrent dans la pensée du Saint-Père. Pour lui, il est nécessaire d’inviter la communauté entière à se réjouir des réussites et des joies des membres de l’Église. Cela fait même partie de sa définition d’une « Église en sortie » (no24). Une Église cohérente avec le Mystère qu’elle porte, n’attend donc pas avant d’accueillir ses enfants.

« de même que nous laissons la nature dicter le moment de la naissance naturelle, laissons le cycle de la vie sacramentelle rythmer l’éclosion de la vie surnaturelle. »

Un autre argument convainc le pape François de « baptiser rapidement » les enfants. Il s’explique : « Faisons une comparaison : un enfant sans le Baptême, parce que les parents disent : « Non, quand il sera grand » ; et un enfant avec le Baptême, avec l’Esprit Saint en lui : celui-là est plus fort parce qu’il a en lui la force de Dieu ! ». Privé volontairement un enfant du don que Dieu désire ardemment lui transmettre équivaut à l’empêcher d’atteindre son plein épanouissement. Ainsi, de même que nous laissons la nature dicter le moment de la naissance naturelle, laissons le cycle de la vie sacramentelle rythmer l’éclosion de la vie surnaturelle.

La force d’une relation indestructible

Qu’elle est donc cette nouvelle force reçue au baptême et quels en sont les effets sur la vie concrète du baptisé ? Pour le pape François, « si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. » (No 49). Nous pourrions facilement écrire plusieurs traités tant la densité du contenu de cette expression est riche. Je ne m’attarderai qu’à en souligner deux grands traits.

D’abord, puisque le baptême fait de nous des enfants de Dieu, frères et sœurs de Jésus, il imprime en nous un caractère nouveau et indélébile. De la même manière que la famille dans laquelle nous naissons a un impact sur notre vie, la relation vitale avec Dieu créée par l’action du baptême sur notre âme influence l’ensemble de notre existence. Cette amitié a la caractéristique d’être indestructible et indéfectible, à condition que nous ne coupions pas les ponts. Ainsi, comme nous pouvons être certains de l’appui et de la consolation de notre famille, nous pouvons être assurés de la Présence constante de Dieu dans notre vie.

« Créée pour l’Infini, comment des êtres finis, aussi nobles soient-ils, peuvent-ils nous satisfaire ? »

Cette nouvelle relation ne fait pas que nous soutenir lorsque nous tombons, elle nous éclaire et ouvre un horizon indépassable pour notre vie. De fait, nous faisons constamment l’expérience de notre insatisfaction permanente des réalités de ce monde. Nourriture, divertissement, connaissances, succès, technologies, etc., ces réalités ne peuvent satisfaire ce qui apparaît comme un manque insatiable. Ce désir présent en toute personne provient de notre nature créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Créée pour l’Infini, comment des êtres finis, aussi nobles soient-ils, peuvent-ils nous satisfaire ? Ne leur demandons donc pas l’impossible et adressons-nous plutôt au seul Être capable de nous assouvir c’est-à-dire Dieu. C’est ce que le baptême nous offre quelques semaines après notre naissance.

Le baptême : expérience inépuisable

Nos sociétés sont de plus en plus fragmentées et les personnes de moins en moins capables de s’engager dans des relations durables. Or le remède adapté à la situation nous est confié. En nous laissant transformer par la grâce divine présente dans le baptême et les invitations à l’engagement charitable, nos communautés ont tout ce qu’il faut pour offrir à nos contemporains, la famille dont ils ont toujours rêvé. Cherchons donc à nous réjouir de ce cadeau comme une vraie famille et invitons toute personne à recevoir ce don gratuit. Notre société entière ne manquera pas de profiter de cet apport non négligeable.

L’Évangile de la famille pour une Église en crise

CNS/Paul Haring

Du 22 au 26 août avait lieu la 9e Rencontre des Familles à Dublin en Irlande. Durant trois jours, se sont succédés conférences, panels et prières centrés sur le thème « L’Évangile de la famille : joie pour le monde ». Le clou de cette rencontre internationale fut la visite du pape François en Irlande et où il a pu participer au Festival des Familles et célébrer une Messe à Phoenix Park comme l’avait fait avant lui le saint pape Jean-Paul II en 1979. Même si les circonstances n’étaient pas favorables à la diffusion médiatique de la beauté de la vie familiale aujourd’hui, je crois que cette Rencontre mondiale des familles de Dublin a su tout de même montrer au monde la fierté des catholiques du monde entier envers le Pape et le trésor de la foi qu’ils portent en leur cœur. Cependant, j’aimerais commencer mon analyse de cette 9e édition de la RMF par une réflexion sur le choix d’angle de couverture que nous avons choisi en tant que média catholique.

Un contexte très complexe

L’environnement médiatique entourant cet événement d’envergure a bien entendu été gravement obscurci par les scandales d’abus sexuels survenus aux États-Unis, en Irlande ainsi qu’en de nombreux pays. En effet, les révélations entourant l’ancien cardinal McCarrick, celles du Pensilvania Grand Jury Report et la plaie ouverte que représente l’histoire récente en Irlande prédestinaient cette Rencontre Mondiale des Famille à un flop monumental. Ce ne fut cependant pas le cas puisque quelque 37 000 personnes ont participé au Congrès tandis que la visite du Pape a, elle, permis de franchir une nouvelle étape dans les relations entre le peuple irlandais et l’Église dans un horizon de réconciliation.

Combattre le cléricalisme

De notre côté à Sel et Lumière, nous avons choisi d’offrir une couverture en accord avec l’objectif de la Rencontre Mondiale des familles telle que la voulait son saint fondateur c’est-à-dire de « renforcer les liens entre les familles, et témoigner de l’importance cruciale du mariage et de la famille pour la société entière ». Selon la Constitution dogmatique du Concile Vatican II Lumen Gentium, « Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. » (No 10). En ce sens, concentrer le traitement médiatique de l’Église sur les abus sexuels d’une minorité du clergé revient à encourager le cléricalisme puisqu’elle met de côté la vaste majorité du peuple de Dieu. Au contraire, offrir une couverture médiatique centrée sur la beauté de la vie familiale aujourd’hui signifie aussi refuser le prisme réducteur hérité du cléricalisme.

Une couverture au service du Peuple de Dieu

Comme le disait le pape François dans une lettre adressée au Cardinal Marc Ouellet : « Le cléricalisme conduit à une homologation du laïcat ; en le traitant comme un « mandataire », il limite les différentes initiatives et efforts et, si j’ose dire, les audaces nécessaires pour pouvoir apporter la Bonne Nouvelle de l’Évangile dans tous les domaines de l’activité sociale et surtout politique ». En ce sens, bien que ce contexte de crise ait, sans contredit, éclipsé l’annonce de la beauté de la vie familiale aujourd’hui, le père Thomas Rosica, Matteo Cioffi, moi-même et l’ensemble de l’équipe de Sel et Lumière avons travaillé intensément à vous transmettre et manifester la réalité telle qu’elle s’est vécue sur le terrain, au-delà du prisme réducteur de la crise institutionnelle de l’Église. Que ce soit par les dizaines d’entrevues avec des couples et des responsables de l’Église, nos blogues ou la diffusion des différentes étapes du voyage du pape François, nous avons tenté de vous présenter une perspective centrée sur les défis propres et le rôle de la foi dans des familles catholiques aujourd’hui. Dans les prochaines semaines, nous aurons l’occasion de revisiter ensemble les différents gestes et discours du pape François en Irlande. D’ici-là, je vous invite à revoir et consulter l’ensemble de notre couverture de la Rencontre Mondiale des Familles 2018 de Dublin.

Capsules quotidiennes: Rencontre Mondiale des Familles -Dublin 2018

Vous trouverez ci-dessous les 4 rapports quotidiens de notre journaliste Francis Denis en provenance de la Rencontre Mondiale des Familles Dublin 2018 avec la participation spéciale du pape François:

Pape François en Irlande: Discours préparé lors du Festival des familles au Croke Park

Le samedi 25 août 2018, le pape François a participé au Festival des familles au Croke Park à Dublin, en Irlande, dans le cadre de la Rencontre mondiale des familles. Des milliers de personnes ont rempli le stade. Après avoir entendu le témoignage de plusieurs familles, le Saint Père leur a adressé la parole. Vous trouverez, ci-dessous, le texte complet du discours qu’il avait préparé:

Cher frères et sœurs, bonsoir!

Je vous remercie de votre accueil chaleureux. C’est bon d’être ici! C’est bon de célébrer, parce que cela nous rend plus humains et plus chrétiens. Cela nous aide aussi à partager la joie de savoir que Jésus nous aime, nous accompagne dans le voyage de la vie et nous attire chaque jour plus près de lui.

Dans chaque célébration familiale, nous sentons la présence de tous: pères, mères, grands- parents, neveux, oncles et tantes, cousins, de ceux qui n’ont pas pu venir et qui vivent trop loin. Aujourd’hui, à Dublin nous sommes rassemblés pour une célébration familiale d’action de grâce à Dieu pour ce que nous sommes : une seule famille en Christ, répandue sur toute la terre. L’Église est la famille des enfants de Dieu. Une famille dans laquelle on se réjouit avec ceux qui sont dans la joie et dans laquelle on pleure avec ceux qui sont dans la souffrance ou qui se sentent jetés à terre par la vie. Une famille dans laquelle on prend soin de chacun, parce que Dieu notre Père a fait de nous tous ses enfants dans le Baptême. C’est pourquoi je continue à encourager les parents à faire baptiser les enfants dès que possible, pour qu’ils fassent partie de la grande famille de Dieu. Il est nécessaire d’inviter chacun à la fête !

Vous, chères familles, vous êtes la grande majorité du Peuple de Dieu. A quoi ressemblerait l’Église sans vous ? C’est pour nous aider à reconnaître la beauté et l’importance de la famille, avec ses lumières et ses ombres, que j’ai écrit l’Exhortation Amoris laetitia sur la joie de l’amour, et que j’ai voulu que le thème de cette Rencontre Mondiale des Familles soit l’Évangile de la famille, joie pour le monde ». Dieu désire que chaque famille soit un phare qui rayonne la joie de son amour dans le monde. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu’après avoir rencontré l’amour de Dieu qui sauve, nous essayons, avec ou sans parole, de le manifester à travers des petits gestes de bonté dans la routine du quotidien et dans les moments plus simples de la journée.

Cela veut dire sainteté. J’aime parler des saints « de la porte d’à côté », de toutes ces personnes ordinaires qui reflètent la présence de Dieu dans la vie et dans le monde (Cf. Ex. Ap. Gaudete et exsultate, nn.6-7). La vocation à l’amour et à la sainteté n’est pas quelque chose de réservé à quelques privilégiés. Même maintenant, si nous avons des yeux pour voir, nous pouvons l’apercevoir autour de nous. Elle est silencieusement présente dans les cœurs de toutes ces familles qui offrent l’amour, le pardon et la miséricorde quand elles voient qu’il y en a besoin, et qui le font tranquillement, sans sonneries de trompettes. L’Évangile de la famille est vraiment joie pour le monde, du moment que là, dans nos familles, Jésus peut toujours être trouvé ; là il demeure dans la simplicité et la pauvreté, comme il l’a fait dans la maison de la Sainte Famille de Nazareth.

Le mariage chrétien et la vie familiale sont compris dans toute leur beauté et leur attrait, s’ils sont ancrés à l’amour de Dieu qui nous a créés à son image, pour que nous puissions lui rendre gloire comme icônes de son amour et de sa sainteté dans le monde. Papas et mamans, grands-pères et grands- mères, enfants et petits-enfants : tous appelés à trouver, dans la famille, l’accomplissement de l’amour. La grâce de Dieu aide chaque jour à vivre avec un seul cœur et une seule âme. Même les belles-mères et les belles-filles ! Personne ne dit que ce soit facile. C’est comme pour préparer un thé : c’est facile de faire bouillir l’eau, mais une bonne tasse de thé demande du temps et de la patience ; il faut laisser infuser ! Ainsi jour après jour, Jésus nous réchauffe avec son amour en faisant en sorte qu’il pénètre tout notre être. Du trésor de son Sacré Cœur, il répand sur nous la grâce dont nous avons besoin pour guérir nos infirmités et ouvrir notre esprit et notre cœur pour nous écouter, nous comprendre et nous pardonner les uns aux autres.

Nous avons écouté à l’instant les témoignages de Félicité, d’Isaac et de Ghislain qui viennent du Burkina Faso. Ils nous ont raconté une histoire émouvante de pardon en famille. Le poète disait que « se tromper est humain, pardonner est divin ». Et c’est vrai : le pardon est un don spécial de Dieu qui guérit nos blessures et nous rapproche des autres et de lui. Des petits et simples gestes de pardon, renouvelés chaque jour, sont le fondement sur lequel se construit une solide vie familiale chrétienne. Ils nous obligent à dépasser l’orgueil, la distance et la gêne et à faire la paix. C’est vrai, j’aime dire que dans les familles nous avons besoin d’apprendre trois paroles : « pardon », « s’il te plaît » et « merci ». Quand tu te disputes à la maison, assure-toi, avant d’aller au lit, d’avoir demandé pardon et d’avoir dit que tu es désolé. Même si tu es tenté d’aller dormir dans une autre chambre, seul et à l’écart, simplement frappe à la porte et dis : »s’il te plaît, puis-je entrer? ». Ce qu’il faut, c’est un regard, un baiser, une parole douce… Et tout revient comme avant! Je dis cela parce que, quand les familles le font, elles résistent. Il n’existe pas une famille parfaite ; sans l’habitude du pardon, la famille grandit malade et s’écroule graduellement.

Pardonner signifie donner quelque chose de soi. Jésus nous pardonne toujours. Avec la force de son pardon, nous aussi nous pouvons pardonner aux autres, si nous le voulons vraiment. N’est-ce pas ce pour quoi nous prions, quand nous disons le Notre Père? Les enfants apprennent à pardonner quand ils voient que les parents se pardonnent entre eux. Si nous comprenons cela, nous pouvons apprécier la grandeur de l’enseignement de Jésus à propos de la fidélité dans le mariage. Loin d’être une obligation juridique froide, il s’agit surtout d’une promesse puissante de la fidélité de Dieu lui- même à sa parole et à sa grâce sans limites. Le Christ est mort pour nous, pour que nous puissions, à notre tour, nous pardonner et nous réconcilier les uns les autres. De cette façon, comme personnes et comme familles, nous apprenons à comprendre la vérité de ces paroles de Saint Paul : alors que tout passe, « l’amour ne passera jamais » (1 Co 13,8).

Merci Nisha et Ted pour votre témoignage venu de l’Inde, où vous enseignez à vos enfants à être une vraie famille. Vous nous avez aidés aussi à comprendre que les médias sociaux ne sont pas nécessairement un problème pour les familles, mais qu’ils peuvent contribuer à construire un « réseau » d’amitié, de solidarité et de soutien mutuel. Les familles peuvent se connecter par internet et en tirer avantage. Les médias sociaux peuvent être bénéfiques s’ils sont utilisés avec modération et prudence. Par exemple, vous qui participez à cette Rencontre Mondiale des Familles, vous formez un « réseau » spirituel et d’amitié, et les médias sociaux peuvent vous aider à maintenir ce lien et à l’élargir à d’autres familles dans de nombreuses parties du monde. Il est important, toutefois, que ces moyens ne deviennent jamais une menace pour les vrais réseaux de relations de chair et de sang, en nous emprisonnant dans une réalité virtuelle et en nous isolant des relations authentiques qui nous stimulent à donner le meilleur de nous-mêmes en communion avec les autres. Peut-être que l’histoire de Ted et Nisha peut aider toutes les familles à s’interroger sur la nécessité de réduire le temps qu’elles dépensent pour ces moyens technologiques, et de dépenser plus de temps de qualité entre elles et avec Dieu.

Nous avons entendu de la part d’Enass et de Sarmaad comment l’amour et la foi dans la famille peuvent être sources de force et de paix, même au milieu de la violence et de la destruction, causées par la guerre et la persécution. Leur histoire nous ramène aux situations tragiques que subissent quotidiennement tant de familles obligées d’abandonner leurs maisons, à la recherche de sécurité et de paix. Mais Enass et Sarmaad nous ont montré comment, à partir de la famille et grâce à la solidarité manifestée par beaucoup d’autres familles, la vie peut être reconstruite et l’espérance renaître. Nous avons vu ce soutien dans la vidéo de Rammy et de son frère Meelad, dans laquelle Rammy a exprimé sa profonde reconnaissance pour l’encouragement et pour l’aide que leur famille a reçue de la part de tant d’autres familles chrétiennes du monde entier, qui leur ont rendu possible de retourner dans leurs villages. Dans chaque société, les familles engendrent la paix, parce qu’elles enseignent l’amour, l’accueil et le pardon, les meilleurs antidotes contre la haine, le préjugé et la vengeance qui empoisonnent la vie des personnes et des communautés.

Comme un bon prêtre irlandais l’a enseigné, « la famille qui prie ensemble reste ensemble », et irradie la paix. Une telle famille peut être un soutien particulier pour d’autres familles qui ne vivent pas en paix. Après la mort du Père Ganni, Enass, Sarmaad et leur famille ont choisi le pardon et la réconciliation plutôt que la haine et la rancune. Ils ont vu, à la lumière de la Croix, que l’on peut combattre le mal seulement par le bien et surmonter la haine seulement par le pardon. De manière presqu’incroyable, ils ont été capables de trouver la paix dans l’amour du Christ, un amour qui fait toutes choses nouvelles. Ce soir, ils ont partagé cette paix avec nous.

L’amour du Christ qui renouvelle toute chose est ce qui rend possible le mariage et un amour conjugal caractérisé par la fidélité, l’indissolubilité, l’unité et l’ouverture à la vie. C’est ce que j’ai voulu faire ressortir dans le quatrième chapitre d’Amoris laetitia. Nous avons vu cet amour chez Mary et Damian et dans leur famille avec dix enfants. Merci pour vos paroles et pour votre témoignage d’amour et de foi ! Vous avez fait l’expérience de la capacité de l’amour de Dieu à transformer complètement votre vie et à vous bénir avec la joie d’une belle famille. Vous nous avez dit que la clef de votre vie familiale est la sincérité. Nous comprenons de votre récit combien il est important de continuer à aller à cette source de la vérité et de l’amour qui peut transformer notre vie : Jésus, qui a inauguré son ministère public à une fête de noces. Là, à Cana, il a changé l’eau en un vin nouveau et doux qui a permis de poursuivre merveilleusement la joyeuse célébration. Il en est ainsi avec l’amour conjugal. Le vin nouveau commence à fermenter durant le temps des fiançailles, nécessaire mais passager, et il mûrit tout au long de la vie matrimoniale dans un mutuel don de soi, qui rend les époux capables de devenir, de deux, « une seule chair ». Et d’ouvrir à leur tour leurs cœurs à celui qui a besoin d’amour, en particulier à celui qui est seul, abandonné, faible et, en tant que vulnérable, souvent mis de côté par la culture du déchet.

Les familles sont partout appelées à continuer à grandir et à aller de l’avant, même au milieu des difficultés et des limites, tout comme l’ont fait les générations passées. Nous faisons tous partie d’une grande chaîne de familles, qui remonte au commencement des temps. Nos familles sont des trésors vivants de mémoire, avec les enfants qui, à leur tour, deviennent parents, puis grands-parents. D’eux nous recevons l’identité, les valeurs et la foi. Nous l’avons vu chez Aldo et Marissa, mariés depuis plus de cinquante ans. Leur mariage est un mémorial à l’amour et à la fidélité ! Leurs petits- enfants les maintiennent jeunes ; leur maison est pleine de gaieté, de bonheur et de danse. Leur amour mutuel est un don de Dieu, un don qu’ils transmettent avec joie à leurs enfants et petits-enfants.

Une société qui ne met pas en valeur les grands-parents est une société sans avenir. Une Église qui n’a pas à cœur l’alliance entre les générations finira par manquer de ce qui compte vraiment, l’amour. Nos grands-parents nous enseignent le sens de l’amour conjugal et parental. Eux-mêmes ils ont grandi dans une famille et ils ont connu l’affection de fils et de filles, de frères et de sœurs. Pour cela ils constituent un trésor d’expérience et de sagesse pour les nouvelles générations. C’est une grave erreur de ne pas demander aux anciens leur expérience ou de penser que parler avec eux est une perte de temps. A cet égard, je voudrais remercier Missy pour son témoignage. Elle nous a dit que, parmi les nomades, la famille a toujours été une source de force et de solidarité. Son témoignage nous rappelle que, dans la maison de Dieu, il y a une place à table pour tous. Personne ne doit être exclus ; notre amour et notre attention doivent s’étendre à tous.

Il est tard et vous êtes fatigués ! Mais laissez-moi vous dire une dernière chose. Vous, familles, vous êtes l’espérance de l’Église et du monde ! Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, a créé l’humanité à son image pour la faire participer à son amour, pour qu’elle soit une famille des familles et jouisse de cette paix que lui seul peut donner. Avec votre témoignage de l’Évangile, vous pouvez aider Dieu à réaliser son rêve. Vous pouvez contribuer à faire se rapprocher tous les enfants de Dieu, pour qu’ils grandissent dans l’unité et apprennent ce que signifie pour le monde entier vivre en paix comme une grande famille. Pour cette raison, j’ai désiré remettre à chacun de vous un exemplaire d’Amoris laetitia, que j’ai écrite pour qu’elle soit une sorte de guide pour vivre avec joie l’Évangile de la famille. Que Marie notre Mère, Reine de la famille et de la paix, vous soutienne tous dans le voyage de la vie, de l’amour et du bonheur !

Et maintenant, en conclusion de notre soirée, nous allons réciter la prière de cette Rencontre des Familles.

Prière et bénédiction,

Bonne nuit, dormez bien! A demain!

Couverture spéciale S+L: Rencontre Mondiale des Familles -Dublin 2018-

CNS photo/Paul Haring

Du 21 au 26 août prochains, se tiendra à Dublin la 9e édition de la Rencontre Mondiale des familles. Mise sur pied par le saint pape Jean-Paul II en 1994, l’événement a pour but de « contribuer à renforcer les liens entre les familles, et témoigner de l’importance cruciale du mariage et de la famille pour la société entière ». C’est donc par la prière, des catéchèses et des célébrations que les participants provenant des quatre coins de la planète pourront se rassembler auprès du saint Père pour, à la fois remercier Dieu du don de la famille et  réfléchir sur les différents défis auxquels font face les familles constituant le Peuple de Dieu de ce début de XXIe siècle. Le thème de la rencontre de cette année, « L’Évangile de la famille : joie pour le monde », se déploiera en deux grandes parties. Dans un premier temps, se tiendra un congrès de trois jours où se succéderont catéchèses, conférences et tables rondes de spécialiste et hauts responsables de l’Église sur différents sujets liés à la famille et la foi catholique. Le point d’orgue de la semaine sera certainement la visite du pape François en Irlande.

Un congrès aux couleurs d’Amoris Laetitia

La théologie de la famille du pape François telle qu’exprimée dans l’exhortation apostolique Amoris Laetitia est d’une extraordinaire richesse. Long d’environ 120 pages,  ce document a évidemment besoin d’être approfondi et discuté. C’est pourquoi des spécialistes des questions reliées à la famille s’exprimeront sur les différentes dimensions de cette entité que l’on appelle « l’église domestique ».  Par exemple, le cardinal Christoph Schönborn offrira une catéchèse sur la question du comment « célébrer la famille dans la tradition judéo-chrétienne ». Des personnalités de chez-nous seront également présentes. C’est le cas de l’archevêque de Québec, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix qui présentera une conférence intitulée « Regard sur Jésus : présenter l’engagement du mariage comme chemin de joie pour notre temps ».

Sur trois jours, j’ose croire que l’ensemble des participants auront donc tous les éléments nécessaires pour faire la promotion de la famille et de la joie de porter ces profonds enseignements dans la vie quotidienne, une fois de retour à la maison. Toutefois, les personnes qui, pour une raison ou pour un autre, ne peuvent se rendre à Dublin, pourront suivre l’événement de l’intérieur puisque Sel et Lumière sera sur place afin de vous faire vivre la RMF 2018 dans le confort de votre foyer. Vous pourrez, par l’entremise de mes reportages quotidiens, approfondir votre connaissance de la réalité des familles catholiques aujourd’hui. Ainsi, les 22, 23 et 24 août prochains, restez l’écoute de S+L pour tout savoir sur cet événement incontournable de la vie de l’Église universelle.

Une visite très attendue

Il est clair que l’annonce de la venue du pape François à la Rencontre Mondiale des Familles fut accueillie avec grand enthousiasme par les organisateurs et le peuple catholique d’Irlande. Pour bien comprendre l’importance de cette visite apostolique nous devons tenir compte du contexte actuel en Irlande.

En effet, depuis la crise des abus sexuels du clergé qui ont gravement touché l’île gaélique, l’Église ne tient plus le rôle central qu’elle a pu jouer à travers son histoire. Son attractivité et sa crédibilité étant grandement affaiblies, il sera intéressant de voir à quel point la visite du pape François aura un impact positif de réconciliation entre l’Église et la société irlandaise dans son ensemble. Un deuxième élément à surveiller est lié à la récente légalisation de l’avortement suite à un référendum. Ayant mis sur pied ce référendum et étant ouvertement en faveur de cette légalisation, le gouvernement actuel d’Irlande a donc, à l’heure actuelle, sur la famille et les questions dites « sociétales » des points de vue en opposition directe avec l’Église. Il sera donc intéressant de suivre les échanges du pape avec les autorités civiles et politiques irlandaises.

La visite du pape François ne sera toutefois pas que diplomatique. De fait, la raison principale de sa présence est sa participation à la Rencontre Mondiale des Familles 2018. Comme ce fut le cas à Philadelphie, lors de la précédente édition de l’événement, le pape participera au « Festival des familles » le samedi soir. On se souvient encore de la magnifique prise de parole qu’il avait eu devant des milliers de personnes réunies pour entendre une allocution presque humoristique ! Suivant une visite au Sanctuaire de Knock le dimanche matin, le Saint-Père présidera la Messe de clôture de la Rencontre Mondiale des Familles « qui regroupera des personnes et des familles venues du monde entier, en action de grâce et en communion. La Messe marquera la conclusion de la Rencontre Mondiale des Familles 2018 à Dublin, et le prochain diocèse hôte de l’événement, en collaboration avec le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, sera alors annoncé ». Vous pourrez évidemment visionner l’intégralité des moments forts de cette visite du pape François en Irlande sur nos ondes.

La famille un enjeu pour l’Église et pour le monde

Que ce soit par la qualité des intervenants du congrès, la richesse des témoignages ou la profondeur spirituelle qui s’en dégagera pour le monde entier, cette édition de la Rencontre Mondiale des familles s’inscrira très certainement comme une édition incontournable de l’histoire de cet événement mondial. Comme c’est notre habitude depuis notre création, il y a maintenant quinze ans, Sel et Lumière sera de la partie. Pour tout savoir sur notre couverture consultez notre site web ou notre page Facebook et Twitter. À très bientôt !