« Jeune homme, jeune femme, lève-toi! Revis! Aime à nouveau! »

Réflexion biblique du 13e dimanche du temps ordinaire B
 
La semaine dernière, nous avons été témoins de la puissance divine agissant sur les forces de la nature (Marc 4, 37-41). Aujourd’hui, les récits de l’Évangile en ce 13e dimanche du temps ordinaire, nous révèlent son autorité envers  le mal et la mort. Dans ces récits forts, Jésus nous rappelle de l’importance de la foi. Rien n’est possible sans la foi. En se rendant à la maison  de Jaïre (Marc 5), Jésus est confronté à des pannes, des délais et même des obstacles sur la route. Les personnages de Marc (5) transmettent leur impureté à Jésus et à chacun, Jésus leur accorde la plénitude de Dieu qui purifie. Prenons un moment pour revoir chaque situation.

La femme souffrante d’hémorragies

La guérison miraculeuse, par Jésus, de cette femme  qui souffrait d’hémorragies depuis douze ans est décrite dans trois  des quatre Évangiles (Mt 9, 20-22; Mc 5, 25-34; Lc 8, 43-48). Selon la loi juive, trois formes d’impuretés étaient assez graves pour valoir l’exclusion sociale : la lèpre, les souillures causées par des écoulements corporels et les impuretés au contact d’un mort (Nb 5, 2-4). Dans l’Évangile selon Marc (verset 5), la femme était affligée d’une maladie qui la rendait rituellement impure (Lévitique 15, 25-27), ce qui l’aurait exclue de contacts sociaux et de la pratique religieuse au temple. Elle souhaitait désespérément la guérison par  Jésus, mais elle savait que d’après la loi juive, il serait ainsi rituellement impur au contact de son sang.

Tous ceux qui souffraient d’une des maladies devenaient impurs. Toute chose ou personne touchée par le malade devenait impure. Tous ceux qui étaient impurs souffraient également d’une séparation avec les autres et avec Dieu. Toute chose impure était inapte ou indigne de la présence d’un Dieu qui était saint. Ceux que l’on jugeait impurs devaient se soumettre à un rite de purification ou d’épuration afin d’être accueillis à nouveau en société et dans la présence de Dieu.

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“Puiser avec joie aux sources du salut…”

 

Le mois de juin est traditionnellement pour les catholiques le “mois du Sacré Coeur”.  Faisons un “pèlerinage aux sources” de cette tradition, à Paray le Monial, en France, lieu des révélations du Coeur du Christ à sainte Marguerite Marie Alacoque au XVIIe siècle. C’est en effet dans cette petite ville de Bourgogne que le Christ est apparu à Sainte Marguerite-Marie (1647-1690), religieuse de la Visitation, et lui a révélé l’amour miséricordieux de son Coeur pour les hommes.

Le siècle de Marguerite-Marie est celui de l’éclatement de l’hérésie janséniste condamnée au siècle suivant.  Cette hérésie présente volontiers un Dieu terrible et sévère en opposition au Dieu d’Amour et de Miséricorde. Le message d’amour du Coeur de Jésus arrive donc à point nommé, il aura d’ailleurs un autre apôtre, dans le même siècle, en la personne de Saint Jean-Eudes.  Marguerite-Marie rentre donc chez les visitandines de Paray-le-Monial, c’est là que le Seigneur lui fait savoir son désir de faire connaître au plus grand nombre l’amour de son Coeur. 

Jésus lui apparaît de nombreuses fois, alors qu’elle était en prière devant le Saint-Sacrement. L’essentiel de son message est regroupé dans trois de ces révélations.  Peu à peu, le «message du Coeur de Jésus » a touché l’ensemble du monde chrétien, et a donné naissance, à partir de 1873, à de grands pèlerinages qui se poursuivent aujourd’hui. 

Ce Message “« Je vous donnerai un coeur nouveau » avait été annoncé par le prophète Ezéchiel. Ces paroles résonnent à Paray le Monial avec force. Celui qui est venu pour révéler son Coeur transpercé est Celui-là même en qui tous peuvent venir puiser à la source de la miséricorde :  «Venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté, et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. Celui qui a vu rendra témoignage- son témoignage est véritable et celui-là sait qu’il dit vrai – pour que vous aussi, vous croyiez. » (Jean 19,33-35)  [Read more…]

Nourriture fabuleuse et boisson pour la route

Réflexion biblique pour la Solennité du Corps et du Sang du Christ
 
L’évangile de ce jour (Marc 14, 12-16; 22-26) associe la mort de Jésus avec la grande fête de libération d’Israël. A la première Pâque, le sang sur les portes avait pour but de préserver les premiers-nés de la mort. Le pain rompu au Dernier Repas symbolise le partage des disciples dans l’offrande de Jésus. Boire la coupe de sang crée un lien commun nouveau et dynamique. Le sang de Jésus sanctifie et revitalise chacun de nous. L’eucharistie a quelque chose qui la distingue de tout autre mémorial. C’est à la fois un mémorial et une présence, même si elle est cachée sous les signes du pain et du vin. 
 
Notre liturgie eucharistique proclame le seul lien de vie entre Dieu et son peuple. A la manière du sang qui coule du cœur et unit tous les membres dans un seul flot de vie, ainsi sommes-nous unis intimement avec Dieu à travers le corps et le sang de Jésus. La vraie nature de l’Eucharistie implique un lien avec Dieu et avec la communauté. Nos destinées sont entremêlées avec la propre vie de Dieu. Nous ne pouvons pas être seuls, car le sang est notre lien commun.
 
En célébrant la fête du Corps et du Sang du Seigneur cette année, nous réalisons deux choses.  Cette fête est quotidienne et pourtant, nous avons fixé un jour dans l’année pour célébrer la fête des fêtes que nous célébrons chaque jour. Non seulement célébrons-nous le pain et le vin qui deviennent le corps et le sang du Seigneur, nous célébrons aussi la nouvelle identité donnée à ceux qui partagent entre eux le corps et le sang de Jésus et deviennent alors ce qu’ils mangent et boivent. [Read more…]

Rapports aux autres et communauté : deux éléments importants aux yeux de Dieu

Réflexion biblique pour la Fête de la Sainte Trinité

Une des plus importantes dimensions de notre Dieu Trinitaire est la communauté d’amour et de personnes modelées pour nous dans le mystère de la Sainte Trinité. Pour les chrétiens, la Trinité est le premier symbole d’une communauté qui se tient grâce à sa diversité interne. Si notre foi est fondée sur le mystère de la Trinité qui est fondamentalement un mystère de communauté, alors tous nos efforts humains, toutes nos activités, doivent contribuer à la construction de la communauté humaine, reflet de la vie trinitaire de Dieu.

Le passage d’aujourd’hui du Deutéronome (4, 32-34, 39-40) est un excellent point de départ pour sonder les profondeurs du mystère de la Trinité. Considérez un moment les paroles de Moïse encourageant et exhortant le peuple d’Israël :

Alors, de là-bas, vous rechercherez le SEIGNEUR ton Dieu ; tu le trouveras si tu le cherches de tout ton cœur, de tout ton être. Quand tu seras dans la détresse, quand tout cela t’arrivera, dans les jours à venir, tu reviendras jusqu’au Seigneur ton Dieu, et tu écouteras sa voix. Car le Seigneur ton Dieu est un Dieu miséricordieux ; il ne te délaissera pas, il ne te détruira pas, il n’oubliera pas l’alliance jurée à tes pères.

Le passage tout entier parle de la relation privilégiée  entre Dieu et Israël, liant l’unicité de la vocation d’Israël avec l’unicité du Dieu d’Israël.

Puis, dans une série de questions plus rhétoriques, Moïse, sachant très bien que le Seigneur seul est Dieu, met les habitants du peuple d’Israël «sur la sellette» et  demande au sujet de leur Dieu:

Interroge les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu de la flamme, et qui soit resté en vie ?  Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, par la force de sa main et la vigueur de son bras, et par des exploits terrifiants – comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ?  Il t’a été donné de voir tout cela pour que tu saches que le Seigneur est Dieu, et qu’il n’y en a pas d’autre (4, 32-35).  

Le grand ouvrage Trinitaire de Matthieu

A la fin de l’Évangile de Matthieu la scène majestueuse du départ (28,16-20) nous rapporte les derniers moments de Jésus sur terre et nous rappelle la grande tâche de l’Église : “Allez donc! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit et apprenez-leur tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. (v. 19-20). [Read more…]

Libérez les dons de l’Esprit !

pentecoteLa théologie chrétienne du Saint-Esprit est enracinée dans le judaïsme. Le terme Esprit est traduit par le mot hébreu (ruah) et même dans sa prononciation nous détectons le vent et la respiration de Dieu.  Le vent de Dieu, la respiration de Dieu sont des chemins qui se référent à la présence de Dieu. L’expression « Saint-Esprit » est utilisée seulement sept fois dans l’Ancien Testament, tandis que les termes « Esprit de Dieu » ou « Esprit du Seigneur » reviennent 67 fois dans les écritures hébraïques. Dans la première ligne du livre de la Genèse  1,1, l’Esprit de Dieu planait sur les premières eaux attendant le moment opportun de mettre de l’ordre dans ce chaos.

Jésus lui-même utilise l’image sensorielle du vent lors de sa conversation mystérieuse et nocturne avec Nicodème. Il parle au sujet de l’Esprit comme le vent qui souffle où il veut (cf. Jean 3). C’est aussi la première fonction de l’Esprit dans les Écritures : être la présence mystérieuse de Dieu dans l’histoire,  non réductible à la logique humaine ou terrestre.

La deuxième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est de mettre les choses en ordre. Le récit de la création de la Genèse (chapitre 1) révèle un Esprit descendant sur ce monde sans forme et sa descente produit le miracle de la création, la transformation du chaos en cosmos, du désordre en ordre, de l’anonymat en communauté.

La troisième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est donneuse de vie. Nous lisons dans Genèse 2,7: « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » Comme résultat de cette respiration divine, la créature humaine est transformée en un être vivant, pas pour être simplement une créature mais un partenaire fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, avec qui et à qui Dieu parle et confie la responsabilité pour le monde.

La quatrième fonction du Saint-Esprit est d’être guide. Nous lisons dans Isaïe 11 « sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et crainte du Seigneur. ». La crainte du Seigneur n’est pas quelque chose  qui fait peur aux personnes mais peut être comprise comme notre capacité de s’exclamer « wow! » « merveilleux! » devant l’œuvre et la création de Dieu.

La cinquième fonction de l’Esprit est de guérir, exprimée si puissamment dans la prophétie d’Ézéchiel, 36, 26-27: «Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements et vous y serez fidèles»  L’Esprit entre, recrée, restaure la santé et terrasse le péché. [Read more…]

Le départ de Jésus nous donne le pouvoir de réaliser le rêve de l’évangile

Réflexion biblique pour la fête de l’Ascensionascension-du-seigneur

Les paroles de l’ange aux «hommes de Galilée» dans la première lecture des Actes des Apôtres en la fête de l’Ascension du Seigneur (1,1-11) nous frappent de plein fouet et laissent peu de place au malentendu. «Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel?  Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel». Les disciples de Jésus reçoivent un dernier enseignement. « Ne restez pas à regarder fixement le futur. Ne vous souciez pas trop de l’heure de son retour.» Nous ne devons pas rester à contempler le ciel et ruminer le passé, au sujet duquel nous ne pouvons rien faire, sauf l’enterrer profondément dans les mains et le cœur de Dieu! Le Seigneur sera glorifié et il s’ensuit que ses disciples partageront aussi sa gloire. 

Lorsque Jésus disparut, il ne s’est pas simplement dissout dans l’air. Le jour de son Ascension, certains ont pu conclure qu’il s’est enlevé de lui-même dans une nouvelle forme d’exclusion divine. C’est exactement le cas inverse. En Dieu, Jésus est «ici» d’une nouvelle et spécifique manière.  C’est seulement dans la séparation physique de la scène historique que peut s’accomplir son union spirituelle avec tout le monde, en tout temps. Jésus a quitté le monde, à un moment donné, pour être disponible à tous,  pour toujours.  Il dut dissoudre les liens établis avec ses amis, pour être disponible à  tous. En Jésus, le futur a déjà commencé!

L’ Ascension selon Marc

Il existe des similitudes dans les récits de l’Ascension de Jésus dans les évangiles synoptiques – Marc, Matthieu et Luc. Dans chaque cas, Jésus donne à ses disciples la tâche de proclamer le message de l’Évangile au monde entier. Chez Marc et Matthieu, les disciples sont envoyés par Jésus pour baptiser et prêcher. Cependant chez Luc, l’engagement de baptiser n’y est pas mentionné.  A la place, Jésus commande aux disciples de retourner à Jérusalem pour attendre l’accomplissement de sa promesse d’envoyer l’Esprit Saint. Seuls les évangiles de Marc et de Luc rapportent l’Ascension de Jésus au ciel. L’Évangile de Matthieu se conclut avec la promesse de Jésus de rester avec ses disciples pour toujours.

Cette année, le texte d’évangile de l’Ascension (Marc 16, 15-20) est tiré de la conclusion de l’Évangile de Marc. Ce dernier chapitre de Marc contient plusieurs irrégularités évidentes pour de nombreux lecteurs. Le matin de Pâques de l’année B nous entendons proclamer l’histoire de la découverte du tombeau vide par les femmes, et la frayeur qui accompagne ces premiers témoins de la résurrection. Le verset 8 arrive comme conclusion abrupte alors que les femmes, saisies de frayeur, ne disent rien à personne. Cela peut très bien être la fin originale de l’Évangile de Marc, mais il est aussi possible que la fin plus complète ait été perdue.

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La bonté de Corneille et l’amitié de Jésus et Benoît

Réflexion biblique pour le 6e dimanche de Pâques

En ce 6e dimanche de Pâques, je souhaite offrir quelques réflexions sur la première lecture des Actes d’Apôtres (10, 25-26; 34-35; 44-48) et puis des pensées sur l’amitié à partir de l’évangile de Jean (15,9-17) et l’enseignement du pape Benoît XVI.

La profonde bonté de Corneille et de sa maisonnée

Le christianisme exige que le croyant ne saisisse pas seulement pas simplement les principaux dogmes de la foi avec sa tête mais qu’il agisse aussi en fonction de ceux-ci, dans sa vie quotidienne. L’extraordinaire histoire de la conversion de Corneille, dans la première lecture illustre bien ce message. Il s’agit du plus long récit individuel des Actes des Apôtres. Le thème de ce récit est la compulsion divine : Pierre est le moins préparé à accepter Corneille dans la communauté chrétienne et il refuse même deux fois de l’admettre. Pierre doit se convertir avant qu’il puisse convertir Corneille. Il réalisa que les dons de Dieu sont pour ceux qui suivent la Parole de Dieu. Sa question : «Quelqu’un peut-il empêcher de baptiser par l’eau ces gens qui tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint?» (10,47) en écho à la question de l’Éthiopien et la réponse de Philippe dans l’histoire plus récente. «Qu’est-ce  qui empêche que je reçoive le baptême? (8,36)»

Les actions de Pierre avec Corneille ont eu des implications plus lointaines. D’abord frappé par la sincérité exceptionnelle, l’hospitalité et la profonde bonté de Corneille et de sa maisonnée, Pierre s’exclama spontanément: «Mais, à moi, Dieu vient de me faire comprendre qu’il ne fallait déclarer immonde ou impur aucun homme… Dieu n’est pas partial.»

Cette affirmation a brisé les coutumes des siècles et même théologiques qu’Israël, seul peuple choisi par Dieu, séparé des autres nations comme sa part personnelle (cf. Dt 7,6-8 ; Ex 19, 5-6). Pierre dut baptiser la maisonnée de Corneille et il fut critiqué pour son approche «œcuménique» mais il répondit à ceux qui le critiquèrent : « Qui suis-je pour empêcher Dieu d’agir (11, 17) ? A ces mots ils se sont tus et commencèrent à glorifier Dieu (11,18).»

Paul, aussi, a trouvé la même manifestation spontanée de la foi au milieu des gentils et a ainsi délaré: «Maintenant, nous nous tournons vers les Gentils.» La controverse sur la loi allait persister pour un long moment si bien que Paul dédia à ce sujet son travail théologique le plus complet: la lettre aux Romains.

Je vous appelle amis…

Dans ce texte de l’évangile de St Jean (15,15) nous entendons les paroles puissantes: «Je ne vous appelle plus serviteurs … je vous appelle amis.» Nous ne sommes plus des serviteurs inutiles mais des amis! Le Seigneur nous appelle amis, il nous fait ses amis; il nous donne son amitié.

Jésus définit l’amitié de deux façons. Il n’y a pas de secrets entre amis. Le Christ nous transmet ce qu’il entend du Père; il nous donne sa pleine confiance et aussi la connaissance. Il nous révèle son visage, son cœur. Il montre sa tendresse pour nous, son amour passionné qui mène à la folie de la Croix. [Read more…]

Faire notre demeure en Jésus

Réflexion Biblique pour le cinquième dimanche de Pâques

Dans l’évangile de Jean (15,1-8) que nous lisons pour ce 5e dimanche de Pâques, on nous présente l’image de la vigne et des sarments pour exprimer la relation entre le Christ et ses disciples. À prime abord, cela nous paraît bien simple, mais en regardant de plus près, nous sommes soudainement remplis d’un sentiment de mystère, d’émerveillement et de beauté, nous laissant toujours l’envie d’en vouloir plus.

Les sarments d’une vigne ont une relation intime avec le vin, dépendant de lui à tout moment et ne formant qu’un seul organisme avec lui. Le vin qui peut être un produit un peu étranger dans nos climats du Nord, est un aliment naturel pour toute personne du Moyen- Orient, où beaucoup de familles possèdent une vigne, un figuier ou des oliviers dans leurs jardins.

Jésus raconte aux personnes qui le suivent qu’il est la vigne véritable et qu’elles sont les sarments dont le devoir est de porter du fruit en partageant sa vie:

«Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Demeurez en moi, comme moi en vous. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.»

Bien que les images du Christ comme roi et seigneur, enseignant, berger et juge ont leur propre importance car elles nous montrent comment nous sommes reliés au Christ, il est besoin de présenter d’autres images comme la vigne qui intègre le disciple dans la vie du Christ et le Christ dans la vie du disciple, dans une unité intime et une proximité que les autres images ne peuvent pas toujours apporter.

Le passage d’aujourd’hui est une des descriptions classiques de la spiritualité chrétienne authentique. L’image de la vigne, en nous invitant à approfondir notre vie spirituelle, situe cette quête personnelle dans le contexte plus grand de la famille de Dieu, s’étendant, à travers le temps, d’Abraham à l’époque actuelle et au-delà, à travers l’espace du Moyen Orient du premier siècle aux quatre coins de la terre aujourd’hui.

Si Jésus est la vigne, nous sommes appelés à «demeurer», à «vivre», à faire notre maison «en lui». Le texte de l’évangile nous met au défi : comment maintenir l’intimité avec le Dieu Vivant lorsque nous essayons d’obéir à notre vocation de porter du fruit pour le monde? Que signifie «demeurer», «habiter» dans la vigne, être attaché intimement à Jésus?

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Jésus le beau et noble berger

Réflexion biblique pour le quatrième dimanche de Pâques 

Images bibliques du Berger

bon_bergerDans la Bible et l’ancien Proche Orient, «berger» était un titre politique qui sous-entendait l’obligation des rois à s’occuper de leurs sujets. Ce titre dénote le souci total et le dévouement aux autres. S’occuper d’un troupeau était l’un des éléments importants de l’économie palestinienne au temps de la bible. Dans l’ancien testament, Dieu est appelé le Berger d’Israël qui va devant le troupeau (Ps 67, 7), le guide (Ps 22, 3), le mène vers la nourriture et l’eau (Ps 22, 2), le protège (Ps 22, 4) et porte ses petits (Is 40, 11). Imprégnant ainsi la piété des croyants, la métaphore démontre que tout le peuple est sous la protection de Dieu.

L’auteur du psaume 22 nous parle du Seigneur comme son berger. L’image du berger comme hôte se trouve aussi dans ce psaume que nous chérissons. Berger et hôte sont deux images avec le désert en arrière-plan car le protecteur des brebis est aussi le protecteur des voyageurs du désert, celui qui offre l’hospitalité et la sécurité face aux ennemis. La baguette, un peu comme un fouet, sert à se défendre contre les animaux sauvages alors que le bâton est un instrument de support. Ils symbolisent le souci et la loyauté.

Le Nouveau Testament ne juge pas les bergers autrement : ils connaissent leurs brebis (Jn 10,3), cherchent celle qui s’est égarée (Lc 15, 4ss.), et sont prêts à risquer leur vie pour leur troupeau (Jn 10, 11-12). Le berger est donc une figure pour représenter Dieu lui-même (Lc 15, 4ss). Jésus connaissait des bergers et éprouvait de la sympathie à leur égard. Le Nouveau Testament ne qualifie jamais Dieu de berger et c’est seulement dans la parabole de la brebis perdue que l’auteur établit la comparaison (Lc 15, 4ss et Mt 18, 12ss). Dieu, comme l’heureux berger de la parabole, se réjouit du pardon et du rétablissement du pécheur. Le choix de l’image du berger reflète clairement le contraste entre l’amour de Jésus pour les pécheurs et le mépris des Pharisiens envers ces derniers. Nous pouvons dire en fait que le récit des disciples d’Emmaüs d’après Luc que nous avons lu la semaine dernière est un aspect de la mission de Jésus qui se continue : la poursuite des disciples entêtés était déjà préfigurée dans la parabole du berger qui va à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve et la ramène au troupeau (15, 3-7).

Le dimanche du Bon Berger

En ce quatrième dimanche de pâques,  nous retrouvons le Bon Berger qui est réellement le beau et le noble, d’après le sens grec du terme, et qui connaît intimement son troupeau. Jésus connaissait des bergers et avait beaucoup de sympathie pour eux. Il s’appuie donc sur l’une de ses métaphores préférées pour nous faire comprendre que nous pouvons avoir confiance en lui. Ceux qui ont entendu Jésus clamé ce titre y voyaient plus que de la tendresse et de la compassion. On y trouve un tel degré d’amour que le berger est près à donner sa vie pour son troupeau. [Read more…]

Vérité et pieds nus du Jeudi saint

Dernière Cène

Réflexion biblique pour le Jeudi saint
par le père Thomas Rosica, csb
9 avril 2009

Dans les deux traditions juive et chrétienne, manger et fêter sont beaucoup plus qu’une simple façon d’alimenter le corps, de goûter certains mets ou de célébrer un événement. Manger et festoyer sont devenus pour les deux traditions des rencontres avec des réalités transcendantes, une union avec le divin. Dans le Nouveau Testament, le propre ministère de Jésus se passe très souvent à table durant les repas. Certains disent que nous sommes toujours en train de manger avec Jésus dans les Évangiles!

Jésus assiste à de nombreux repas tout au long des 4 Évangiles: avec Lévis et ses collègues de bureau, avec Simon le Pharisien, avec Lazare et ses sœurs à Béthanie, avec Zachée et la foule à Jéricho, avec des parias et des centurions, avec des foules sur les collines de Galilée et chez ses disciples.

C’est finalement durant le dernier repas que Jésus nous laisse son cadeau le plus précieux: l’Eucharistie. La lecture des Écritures le Jeudi saint nous enracine profondément dans notre passé juif; célébrer la Pâque avec le peuple juif, recevant de saint Paul ce qui lui a été transmis, c’est-à-dire le banquet eucharistique tout en regardant Jésus carrément en face quand il s’agenouille devant nous pour nous laver les pieds en humble service. Au lieu de nous présenter l’un des récits de l’évangile synoptique de l’institution de l’Eucharistie, l’Église nous offre l’attitude dérangeante du Maître agenouillé devant ses amis, lavant leurs pieds en geste d’humilité et de service.

Imaginez la scène! Comme Jésus noue une serviette autour de sa taille, prend un pichet d’eau, s’abaisse et commence à laver les pieds des disciples, il enseigne à ses amis que la libération et la nouvelle vie s’atteignent non en présidant au-dessus des multitudes de trônes royaux, ni par la quantité de sacrifices sanglants offerts sur les autels du temps, mais en marchant avec le marginal et le pauvre et en les servant comme celui qui lave les pieds au cours du voyage.

Durant cette nuit sainte de l’« institution », lorsque Jésus but la coupe de son sang et s’abaissa pour laver les pieds, il instaura une nouvelle et dynamique alliance commune entre ses disciples et nous.  C’est comme si l’histoire entière du salut se terminait cette nuit, juste quand cela commence; avec les pieds nus et la voix de Dieu nous parlant à travers sa propre chair et sang: « Ce que j’ai fait pour vous, vous devez le faire aussi. » Le lavement des pieds est l’intégrale de la dernière Cène. C’est la manière de Jean de dire à ceux qui suivent Jésus tout au long des âges: « Vous devez vous souvenir de son sacrifice dans la messe, mais vous devez aussi vous souvenir de sa demande d’aller servir le monde. »

Au la dernière Cène, Jésus nous enseigne que la vraie autorité dans l’Église vient de l’acte de servir, de donner notre vie pour nos amis. Sa vie est une fête pour le pauvre et les pécheurs. Cela doit être la même chose pour ceux qui reçoivent le corps du Seigneur et son sang. Nous devenons ce que nous recevons dans ce repas et nous imitons Jésus dans ses actes de libération, ses mots de guérison et ses gestes d’humble service. De l’Eucharistie doit jaillir un certain style de vie communautaire, une authentique empathie pour nos voisins et pour les étrangers.

En définitive, la célébration de l’Eucharistie nous projette toujours vers l’avant, comme nous le professons dans l’anamnèse après la consécration durant la messe: « Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, jusqu’à ton retour dans la gloire. »

Le pouvoir transformateur d’un repas

Chaque année au moment du Jeudi saint, j’essaie de prendre le temps de regarder l’un de mes films préférés, Le Festin de Babette. C’est une histoire d’ouverture des cœurs dans une petite communauté puritaine sur la côte norvégienne grâce à la générosité d’une cuisinière française.

Le film dirigé par Gabriel Axel, a reçu le prix en 1986 pour le meilleur film étranger et sa fidèle adaptation de la nouvelle de 1958 d’Isaac Dinesen Babettes gæstebud. Il a été nommé « icône cinématographique de l’Eucharistie » parce qu’il explore l’amour et la générosité dans le contexte d’un repas ainsi que la capacité du repas à transformer les vies.

Voici l’intrigue. Au 19e siècle au Danemark, deux sœurs vivent dans un village isolé avec leur père, pasteur honorable d’une petite église protestante qui est pratiquement une secte tournée sur elle-même. Bien qu’elles aient, chacune leur tour, eu la possibilité de quitter le village, les sœurs ont choisi de rester avec leur père, de le servir ainsi que l’église.  Après quelques années, une jeune réfugiée, Babette, frappe à leur porte, les supplie de la prendre et s’engage à travailler pour elles comme servante, maîtresse de maison, cuisinière. Babette arrive avec une lettre d’un chanteur français qui avait passé du temps dans cette région, était tombé amoureux d’une des sœurs puis était parti, déçu. La lettre recommande Babette à ces « bonnes personnes » et mentionne qu’elle peut cuisiner. Durant une douzaine d’années, Babette cuisine très simplement des repas auxquels les sœurs sont accoutumées.

Au bout des 12 ans de service dans cette famille, Babette gagne à la loterie française, un prix de 10 000 francs. Au même moment, les sœurs planifient de célébrer les 100 ans de leur père, le fondateur de leur petite secte chrétienne. Elles s’attendent à ce que Babette les quitte avec son argent, au contraire à leur grande surprise, elle leur offre de cuisiner un repas pour cet anniversaire. Bien que les deux sœurs soient secrètement inquiètes au sujet de ce que Babette, une catholique et une étrangère, pourrait bien faire, elles l’autorisent à aller de l’avant. Babette utilise juste la petite ouverture, une modeste célébration, pour cuisiner une tempête et les dégâts du naufrage dans la vie des sœurs et avec leur communauté par une outrageuse générosité.

Dieu est toujours prêt, cherchant la plus petite ouverture, dans un sens, priant pour que nous le remerciions avec joie d’accepter son offrande! La vie du Christ commence avec le plus petit mouvement de notre part, juste l’allusion d’une ouverture et Dieu fait un pas et nous submerge par sa réponse. Quand nous acceptons, Dieu prend en main la cuisine, nous inondant de grâce sur grâce. Les plus grands mets français ne sont rien comparés aux cadeaux que Dieu nous a accordés, spécialement dans le don ultime de Lui-même dans l’Eucharistie.

À la fin, le festin de Babette produit des effets étonnants. Les membres de la communauté se sont réconciliés les uns avec les autres. Les invités au Festin de Babette ont rencontré le divin et reçu en plénitude à travers l’acte physique de manger. «Le festin de Babette » est un chef d’œuvre qui peut nous aider à explorer la divine générosité divine à travers l’image d’un repas, sa qualité transformante, ses gestes de service humble et aimant et ses fruits de réconciliation et de pardon qui prennent place autour de la table. Pas étonnant que ce film me rappelle un autre repas qui prit place dans une chambre haute à Jérusalem des siècles auparavant.

Les lectures pour ce Jeudi Saint: Exode 12,1-8, 11-14, Psaume 116, 1 Corinthiens 11, 23-26; Jean 13, 1-15