Catéchèse intensive en plein midi

Troisième dimanche de Carême, Année A – 19 mars 2017

Exode 17,3-7
Romains 5,1-2.5-8
Jean 4,5-42

Pour bien saisir le sens de la première lecture d’aujourd’hui (Exode 17, 3-7), il faut se rappeler les événements du chapitre précédent. Le petit troupeau de Dieu connaît la disette et proteste auprès de Moïse. De même que le Seigneur avait entendu le cri de son peuple opprimé dans la servitude (Exode 3,7), Dieu entend maintenant le cri des affamés et leur fournit de la nourriture : la manne et les cailles. Si on a pu ainsi remédier à la pénurie de nourriture au chapitre 16, le passage que nous lisons aujourd’hui évoque un nouveau danger, non moins menaçant : le manque d’eau potable.

En 17,1, le narrateur rapporte simplement les faits pour annoncer le différend entre le peuple et Moïse. Peut-être sous l’influence de l’expérience précédente, Moïse interprète la querelle du peuple avec lui comme une mise en accusation de Dieu (17,2). Il a fait la même chose en Exode 16,8 : « Nous (Aaron et moi), que sommes-nous ? Ce n’est pas nous mais bien le Seigneur que vos murmures atteignent. » Tandis que Moïse réagit au conflit, la réaction de Dieu est toute sous le signe de la compassion. Le Dieu d’Israël ne condamne jamais les Hébreux qui récriminent; il demande simplement à Moïse de réunir les anciens, de les conduire à un rocher du mont Horeb, qu’il frappera avec le bâton dont il s’est servi pour opérer tant d’autres miracles en Égypte. Dieu donne à Moïse l’assurance de la Présence divine : « Moi, je serai là devant toi » (v. 6). Par le don de la manne, pain venu du ciel, précédemment, et maintenant par le don de l’eau (jaillie d’un rocher terrestre), Dieu pourvoit aux besoins de son peuple et manifeste son pouvoir sur la création.

Les deux noms de Massa et de Mériba seront désormais synonymes de mise à l’épreuve du Dieu d’Israël : « Vous ne mettrez pas le Seigneur votre Dieu à l’épreuve comme vous l’avez mis à l’épreuve à Massa » (Deutéronome 6,16; Psaume 81,7). Quand le peuple met Dieu à l’épreuve, il faut comprendre qu’il a besoin de sa présence tangible à ses côtés. Le geste du peuple qui met Dieu à l’épreuve est interprété au verset 7b comme un manque de foi en la présence de Dieu avec lui. Dès que la situation devient difficile, le peuple réagit en mettant en doute la présence de Dieu.

Une rencontre ironique

Le thème de la soif et de l’eau revient dans le récit fascinant et évocateur de l’Évangile d’aujourd’hui : celui de la rencontre en plein midi entre la Samaritaine et Jésus (Jean 4,5-42) ! La Samaritaine fait l’objet de la catéchèse la plus soignée et la plus intense de tout l’Évangile de Jean. Le récit d’aujourd’hui comporte plusieurs pointes d’ironie et on relève plusieurs éléments déplacés dans cette scène au puits de Jacob en plein cœur du pays samaritain. Tout d’abord, le puits est un espace public accessible aux hommes comme aux femmes mais ils ne sont pas censés s’y retrouver en même temps. Pourquoi cette femme vient-elle au puits en plein midi ? Probablement parce que les femmes de l’endroit l’évitent à cause de son comportement éhonté. Elle a eu cinq maris et l’homme avec lequel elle vit maintenant n’est pas son mari (v. 16-18). On se croirait à Hollywood !

Il était déjà très louche pour un homme d’adresser la parole à une femme qui n’était pas chaperonnée. En outre, les Juifs tenaient les Samaritaines pour rituellement impures; il était donc interdit aux Juifs de boire d’un récipient qu’auraient touché ces femmes. Les disciples sont renversés (encore une fois) par le comportement de Jésus.

Surprise, la femme demande à Jésus s’il se croit plus grand « que notre père Jacob qui nous a donné ce puits et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes » (v. 12). La pause comique dans le récit se termine abruptement avec le deuxième ordre que donne Jésus : « Va, appelle ton mari. » Dans la suite du dialogue avec la Samaritaine, Jésus se révèle plus grand que le patriarche Jacob : Jésus inaugure en effet une nouvelle alliance, un culte nouveau et une révélation nouvelle.

Quand Jésus offre à la femme « de l’eau vive », elle répond qu’il n’a même pas de seau pour puiser. Elle pense à l’eau de source, qui est tellement plus désirable que l’eau stagnante d’une citerne. Mais quand elle entend parler d’une eau qui deviendra source jaillissante pour la vie éternelle, elle en sait assez pour demander : « Seigneur, donne-la moi, cette eau… » C’est l’eau de la vie, l’eau vive, c’est-à-dire la révélation qu’apporte Jésus. Jésus invite son interlocutrice à voir la réalité à un tout autre niveau : il y a l’eau et l’eau vive, le pain et la nourriture qu’est la volonté de Dieu; Jacob et Jésus; le Messie promis et Jésus; les idées sur le culte et le culte véritable; et on pourrait prolonger la liste. Le culte de Jésus « en esprit et en vérité » (v. 23) ne fait pas référence à un culte que chacun célébrerait en son for intérieur, dans son esprit à lui ou à elle. L’Esprit dont il s’agit est l’Esprit donné par Dieu, qui révèle la vérité et permet de rendre à Dieu le culte qui convient (Jean 14, 16-17).

La femme à qui Jésus révèle la vérité de sa vie, laisse là sa cruche et retourne à la ville chercher les gens pour qu’ils viennent voir Jésus : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? » N’est-ce pas une attitude qui nous convienne à nous aussi, qui sentons notre foi vaciller, de temps à autre, quoi que nous fassions pour persuader les autres d’aller à Lui, d’aller à la Source ?

Qui sont aujourd’hui les Samaritaines ?

Permettez-moi de reprendre le récit de la Samaritaine et de l’appliquer à quelques situations concrètes de notre temps. Dans l’évangile provocant d’aujourd’hui, Jésus renverse les barrières culturelles pour traiter en égale une Samaritaine anonyme. Les femmes comme elle sont marginalisées dans plusieurs sociétés patriarcales. Des femmes comme elle continuent de faire ce travail harassant qui consiste à aller chercher l’eau pour leur famille et pour leurs bêtes. Nous les voyons si souvent, aux informations, sur des photos et des illustrations qui nous lancent un cri depuis le tiers-monde. Ces femmes portent la responsabilité d’un dur travail domestique.

D’une certaine façon, la requête que présente la Samaritaine en demandant de l’eau vive, dans l’Évangile d’aujourd’hui, peut aussi être interprétée de manière symbolique comme exprimant une soif, une aridité, un sentiment de vide à combler. L’échange profond qu’a la Samaritaine avec Jésus transforme complètement sa vie. À la fin, elle laisse sa cruche – le vide, l’aridité, la soif – et va trouver les gens dont elle se cachait. Elle leur partage sa rencontre libératrice avec Jésus le messie. Marginalisée, exclue peut-être, elle a soif d’inclusion et d’acceptation. Elle a trouvé en Jésus l’acceptation et, du même coup, le sens de sa vie et la dignité qu’elle recherchait depuis si longtemps !

Il y a aujourd’hui bien des « Samaritaines » qui de diverses façons aspirent à être libérées du fardeau de leur existence. Elles ont soif de compréhension, elles ont soif d’être acceptées pour ce qu’elles sont dans la société. Pensons aux victimes de la traite des personnes, en particulier aux femmes et aux petites filles, qui ont besoin de gens comme Jésus pour les écouter, leur parler et les décriminaliser. Nombreux sont ceux qui voient en elles des criminelles, des parias; elles sont marginalisées parce qu’elles se font immigrantes illégales en quête d’un bon emploi à l’étranger pour pouvoir faire vivre leur famille au pays. Quelle sorte de situation à la maison les oblige à partir ainsi à l’aventure ? Quels sacrifices acceptent-elles pour ceux qu’elles aiment ? Il faut les aider à reconquérir la dignité que Dieu leur a donnée.

L’histoire de la Samaritaine est une métaphore de notre propre vie : vécue souvent dans l’aridité de l’aliénation, du péché, du désespoir. Pendant le Carême, en particulier, nous languissons après les eaux désaltérantes du repentir, du pardon et de l’intégrité. Nous repentir, c’est reconnaître notre besoin de vie au milieu du désert, le besoin que nous avons d’abattre les barrières qui nous séparent, le besoin que nous avons de l’eau vive qui apaisera vraiment notre soif. Le Carême nous invite à nous unir à la Samaritaine de l’Évangile d’aujourd’hui et à toutes les Samaritaines de notre monde qui ont désespérément besoin de vie. Que le Seigneur nous donne le courage de leur tendre la main, de les écouter, de les nourrir et de partager avec elles les eaux vives.

Dans son Message pour le Carême 2011, le pape Benoît a écrit:

« Donne-moi à boire » (Jn 4,7). Cette demande de Jésus à la Samaritaine, qui nous est rapportée dans la liturgie du troisième dimanche, exprime la passion de Dieu pour tout homme et veut susciter en notre cœur le désir du don de « l’eau jaillissant en vie éternelle » (v.14): C’est le don de l’Esprit Saint qui fait des chrétiens de « vrais adorateurs », capables de prier le Père « en esprit et en vérité » (v.23). Seule cette eau peut assouvir notre soif de bien, de vérité et de beauté ! Seule cette eau, qui nous est donnée par le Fils, peut irriguer les déserts de l’âme inquiète et insatisfaite « tant qu’elle ne repose en Dieu », selon la célèbre expression de saint Augustin.

Vivre le Carême cette semaine

1. Vous demandez la question : de quoi avez-vous soif en ce temps du Carême ? Qui cherchez-vous ?

2. Réfléchissez à ces paroles de Jean Vanier, à la lumière de l’Évangile de la Samaritaine:

Nous sommes brisés. Par cette blessure la pleine puissance de Dieu peut pénétrer notre être et nous transfigurer en Dieu. La solitude n’est pas quelque chose qu’il faut fuir mais plutôt le lieu d’où nous pouvons crier vers Dieu, le lieu où Dieu nous trouvera et où nous trouverons Dieu. Oui, c’est par nos blessures que la puissance de Dieu peut nous pénétrer et se faire fleuves d’eau vive pour irriguer la terre aride en nous. Ainsi pourrons-nous à notre tour irriguer la terre aride chez d’autres personnes afin que renaissent l’espérance et l’amour.

3. Lisez les paragraphes #97-98, « Parole de Dieu et témoignage chrétien », dans l’Exhortation post-synodale Verbum Domini :

  1. Les horizons immenses de la mission ecclésiale, la complexité de la situation présente demandent aujourd’hui des modalités nouvelles pour communiquer de façon efficace la Parole de Dieu. L’Esprit Saint, premier agent de toute évangélisation, ne manquera jamais de guider l’Église du Christ dans cette action. Il est important toutefois que chaque forme d’annonce soit structurée par la relation intrinsèque entre communication de la Parole de Dieu et témoignage chrétien. De cela dépend la crédibilité même de l’annonce. D’une part, la Parole est nécessaire pour communiquer ce que le Seigneur lui-même nous a dit ; d’autre part, il est indispensable de donner crédibilité à cette parole par le témoignage afin qu’elle n’apparaisse pas comme une belle philosophie ou une utopie, mais plutôt comme une réalité que l’on peut vivre et qui fait vivre. Cette réciprocité entre Parole et témoignage rappelle la manière par laquelle Dieu lui-même s’est communiqué dans l’incarnation de son Verbe. La Parole de Dieu rejoint les hommes « à travers la rencontre avec des témoins qui la rendent présente et vivante ». En particulier, les nouvelles générations ont besoin d’être initiées à la Parole de Dieu « à travers la rencontre et le témoignage authentique de l’adulte, l’influence positive des amis et la grande compagnie de la communauté ecclésiale ».Il y a un rapport étroit entre le témoignage de l’Écriture, comme attestation que la Parole de Dieu donne d’elle-même, et le témoignage de vie des croyants. L’un implique l’autre et y conduit. Le témoignage chrétien communique la Parole attestée dans les Écritures. Les Écritures, à leur tour, expliquent le témoignage que les chrétiens sont appelés à donner dans leur propre vie. Ceux qui rencontrent des témoins crédibles de l’Évangile sont ainsi amenés à constater l’efficacité de la Parole de Dieu chez ceux qui l’accueillent.
  1. Dans ce va-et-vient entre le témoignage et la Parole, nous comprenons l’affirmation du Pape Paul VI dans l’Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi. Notre responsabilité ne se limite pas à proposer au monde des valeurs communes ; il faut arriver à l’annonce explicite de la Parole de Dieu. C’est seulement ainsi que nous serons fidèles à la mission du Christ : « La Bonne Nouvelle, proclamée par le témoignage de la vie, devra donc être tôt ou tard proclamée par la Parole de vie. Il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, ne sont pas annoncés ».Le fait que l’annonce de la Parole de Dieu demande le témoignage de la vie personnelle est bien présent dans la conscience chrétienne depuis l’origine. Le Christ lui-même est le témoin fidèle et vrai (cf. Ap 1, 5 ; 3, 14), témoin de la Vérité (cf. Jn 18, 37). Je voudrais ici me faire le porte-parole des innombrables témoignages que nous avons eu la grâce d’entendre durant l’Assemblée synodale. Nous avons été profondément touchés par les récits de ceux qui ont su vivre leur foi et donner un témoignage lumineux de l’Évangile y compris sous des régimes hostiles au Christianisme ou dans des situations de persécution.Tout ceci ne doit pas nous faire peur. Jésus a dit lui-même à ses disciples « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi » (Jn 15, 20). Je désire donc élever vers Dieu avec toute l’Église un hymne de louange pour le témoignage de tant de frères et sœurs qui, encore à notre époque, ont donné leur vie pour communiquer la vérité de l’amour de Dieu révélé dans le Christ crucifié et ressuscité. J’exprime également la gratitude de toute l’Église aux chrétiens qui ne capitulent pas devant les obstacles et les persécutions à cause de l’Évangile. En même temps, nous nous tournons avec une affection profonde et solidaire vers les fidèles de toutes ces communautés chrétiennes, en Asie et en Afrique en particulier, qui, aujourd’hui, risquent leur vie ou la marginalisation sociale à cause de la foi. Nous voyons ainsi réalisé l’esprit des Béatitudes de l’Évangile pour ceux qui sont persécutés à cause du Seigneur Jésus (cf. Mt 5, 11). En même temps, nous ne cessons pas d’élever notre voix pour que les gouvernants des nations garantissent à tous la liberté de conscience et de religion, tout comme celle de pouvoir témoigner publiquement de sa propre foi.

4. Cette semaine, en plein midi, tendez la main à quelqu’un qui vit dans la marge; peut-être pas à un puits mais dans un café, en prenant un verre, à votre table de cuisine, ou alors dans un centre commercial ou sur une place publique. Écoutez l’histoire de blessure, de souffrance, d’aliénation ou de peur que cette personne a besoin de raconter. Laissez l’eau vive de la compassion du Christ couler à travers vous pour irriguer le désert de la vie de quelqu’un d’autre.

La destination illumine le chemin

Une réflexion pour le deuxième dimanche du carême

Qu’est-ce qui nous rend plus forts dans les moments difficiles ? Qu’est-ce qui inspire notre espérance quand la situation est morne ? Qu’est-ce qui nous amène à persévérer quand il serait si facile d’abandonner ?

Dans l’Évangile du deuxième dimanche du carême, nous voyons Jésus monter le mont Thabor avec les plus proches de Ses disciples – Pierre, Jacques, et Jean. Là Il s’est transfiguré devant leurs yeux et ils Le contemplent dans toute Sa gloire. Son visage brille comme le soleil ; Ses vêtements deviennent blancs comme la lumière. Il est difficile d’imaginer combien cette vue serait merveilleuse: être témoin de la lumière de Dieu !

Quel est le sens d’un tel évènement pour nous en cette saison du carême? Quel est la signification de ce témoignage de la gloire de Jésus avant de voir Son agonie dans quelques semaines ? La transfiguration est un avant-goût de la gloire de Dieu. Elle nous donne un aperçu de la résurrection de Jésus que nous nous préparons à célébrer. Elle nous montre que Jésus est Dieu. Elle nous rappelle que lorsque nous suivons Jésus, nous ne suivons pas un homme comme les autres, ni un sage maître, ni même un grand philosophe. À la suite de Jésus, nous sommes véritablement à la suite de Dieu.

Le chemin de Dieu n’est pas toujours glorieux. Pierre, Jacques, et Jean découvriront cela lorsqu’ils vivront personnellement la crucifixion de Jésus sur le Golgotha. Prisonnier de ses peurs, Pierre reniera Jésus trois fois. Au pied de la Croix, Jean verra la mort atroce de son Seigneur. Jacques abandonnera Jésus comme les autres apôtres. Quel contraste cruel entre la lumière du Thabor et la brutalité du Golgotha. Aucun parmi eux ne se souvenait ce qu’ils avaient vécu au sommet ?

La transfiguration de Jésus nous montre qu’il y a quelque chose au-delà de la Croix. La gloire qui rayonnait sur le mont Thabor nous élève dans nos moments de ténèbres vers le destin qui nous attend. La destination illumine le chemin. Nous ne nous sentons pas pareils lorsque nous allons à des funérailles et lorsque nous accourons réclamer le montant d’un billet de loto gagnant. Ce vers quoi nous nous dirigeons a des conséquences sur notre attitude, notre perspective, et nos actions. Qu’est-ce que cela change en nous si notre destination s’agit du paradis ? Si notre destination est la gloire de Dieu que Pierre, Jacques, et Jean ont vue sur le Mont Thabor ? Si même lorsque nous vivons la Croix nous sommes faits pour la gloire ?

Parfois on peut penser que croire au paradis c’est prendre ses désirs pour des réalités. Que le paradis est quelque chose que les petits enfants apprennent au catéchisme. Mais si c’est notre vrai destin ? Si ce n’est pas seulement l’« opiat de la foule » ni un vœu pieux, mais la réalisation véritable de tous nos espoirs et de nos désirs les plus profonds – pas seulement une fantaisie que nous avons créée mais la raison pour laquelle nous avons été faits ?

Comme le soldat inspiré par l’espérance de la victoire ! Comme la maman qui souffre lors de l’accouchement avant d’accueillir dans la joie son bébé ! Comme l’athlète qui persiste à s’entraîner et persévère dans l’espoir de gagner la médaille olympique ! La victoire de la vie c’est le paradis. Le travail de la vie mène à la joie éternelle. La médaille c’est de participer à la gloire de Dieu. Comment changerait-elle nos vies si nous permettons à cette destination d’illuminer notre chemin ? À quoi ressemble le Golgotha si nous nous souvenons du Thabor ? Endurons-nous nos souffrances différemment quand nous savons qu’il y a de la lumière au bout du tunnel, et quand cette lumière brille déjà ici et maintenant ? Même lors de la journée la plus pluvieuse, le soleil rayonne brillamment au-dessus. Même lors des moments les plus noirs sur terre, la gloire du ciel brille merveilleusement.

Si nous nous dirigeons vers le ciel, le ciel imprègnera aussi ce que nous vivons ici-bas. Le Royaume de Dieu n’est pas seulement là où nous espérons l’atteindre un jour ; il est le Règne de Dieu présent dans notre vie quotidienne. C’est le règne de la paix, de la miséricorde, de la justice, de la compassion, de l’unité, et de l’amour. C’est nous tous ensemble comme frères et sœurs avec Jésus et notre Père unique. C’est le règne du soin donné aux uns et aux autres, de l’espérance donnée, de la persévérance soutenue. Notre destination éclaire les vraies épreuves que nous subissons sur le chemin de la vie. Le ciel illumine notre façon de vivre déjà ici sur terre.

La transfiguration de Jésus est la gloire de Dieu qui touche la vie de Pierre, de Jacques, et de Jean. C’est un moment qui révèle l’espérance qui survit même dans les ténèbres de la Croix. Laissons cette gloire entrer dans notre vie. Que nos combats soient illuminés par l’espérance qui nous élève. Comme il est grand de savoir, même sur nos propres golgothas, que la destination de notre chemin est la gloire de Dieu !

L’écoute obéissante de Dieu et de Jésus

Deuxième dimanche du Carême, Année A – 12 mars 2017

Genèse 12,1-4a
2 Timothée 1,8b-10
Matthieu 17,1-9

Abraham, notre père dans la foi

Abraham était un homme investi d’une mission et nous pourrions fort bien voir en lui le missionnaire par excellence. Il est vénéré par les fidèles de trois grandes religions : le christianisme, le judaïsme et l’islam. Le nom du fondateur de la nation d’Israël est mentionné 308 fois dans l’Ancien et le Nouveau Testament. La vie de cet homme a changé le cours de l’histoire. Dans la première lecture d’aujourd’hui, Genèse 12, 1-4a, la parole de Dieu à Abram commence par un ordre : « Quitte ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père. » Dieu ordonne à Abram de couper les liens avec son pays, avec le clan auquel il appartient et même avec sa famille immédiate, la maison de son père [v.1]. Dieu appelle Abram à une loyauté et à un engagement qui dépassent même ses liens familiaux, les relations les plus importantes qui soient dans le monde ancien. Mais son commandement s’accompagne d’une grande promesse. Dieu promet à Abram « le pays que je te montrerai ». Puis Dieu promet de faire de la descendance d’Abram une grande nation, ce qui suppose une longue lignée de descendants. Et troisièmement, Dieu promet de « bénir » Abram. La bénédiction comprend la fécondité, la vie, la réussite, le bien-être et une bonne réputation.

Nous apprenons de cette première lecture, comme d’ailleurs de toute l’histoire d’Abraham, que les élus de Dieu ne vivent pas dans la solitude. Ils sont appelés à une mission bien plus vaste que le seul souci de leur propre préservation. Jamais ils ne sont autorisés à s’approprier de manière exclusive la sollicitude de Dieu. Dieu reste engagé envers toute la création et envers toute l’humanité. De son vivant, Abraham incarne la bénédiction et le secours aux autres nations : par l’aide qu’il apporte à son neveu Lot, par son intercession audacieuse en faveur des villes de Sodome et de Gomorrhe [Genèse 18,22-33] et par l’alliance qu’il conclut avec le roi Abimélek [Genèse 21,22-34].

N’oublions pas non plus le contexte de l’épisode d’aujourd’hui. Dans cette bénédiction, Dieu promet à Abram de « rendre grand son nom ». Remarquons que les constructeurs de la tour de Babel en Genèse 11, 1-9 avaient lancé leur projet pour travailler à leur renommée [v. 4]. Leur stratégie égoïste et ambitieuse a sombré dans la confusion et provoqué leur dispersion. Mais Dieu promet à Abram de lui donner un grand nom si bien, dit-il, que « tu deviendras une bénédiction » [v. 3]. Les amis d’Abraham seront bénis, et ses ennemis frappés de malédiction.

En écoutant la belle histoire archétypale d’Abraham, notre père dans la foi, demandons-nous si nous sommes des hommes et des femmes de mission. Abraham a écouté avec attention la voix de Dieu, les ordres de Dieu et les invitations de Dieu. Savons-nous écouter Dieu et son Fils, Jésus Christ ? Avoir la foi, c’est prendre Dieu au sérieux, le prendre au mot et quitter Our pour la Terre promise. La plus grande aventure que nous puissions vivre commencera à l’instant même où nous dirons oui à l’appel que Dieu nous adresse. Dieu ne nous demande rien de plus que ce qu’il a demandé à Abraham: de l’écouter, de croire en sa Parole et d’agir. Notre foi est peut-être faible mais nous sommes certains que Dieu, lui, est fort. Même si nous ne distinguons pas la route devant nous, Dieu qui sait tout a déjà établi notre itinéraire et va nous faire quitter Our pour la Terre promise. Mais pour que ce processus s’enclenche, il nous faut écouter la Parole de Dieu, lui faire confiance et lui obéir.

Voir la gloire du Christ

Dans son message du Carême en 2011, le pape Benoît XVI a résumé admirablement le récit de la Transfiguration dans l’Évangile d’aujourd’hui [Matthieu 17,1-9] :

L’Évangile de la Transfiguration du Seigneur nous fait contempler la gloire du Christ qui anticipe la résurrection et annonce la divinisation de l’homme. La communauté chrétienne découvre qu’à la suite des apôtres Pierre, Jacques et Jean, elle est conduite « dans un lieu à part, sur une haute montagne » (Mt 17,1) afin d’accueillir d’une façon nouvelle, dans le Christ, en tant que fils dans le Fils, le don de la Grâce de Dieu: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le » (v.5). Ces paroles nous invitent à quitter la rumeur du quotidien pour nous plonger dans la présence de Dieu: Il veut nous transmettre chaque jour une Parole qui nous pénètre au plus profond de l’esprit, là où elle discerne le bien et le mal (cf. He 4,12) et affermit notre volonté de suivre le Seigneur.

On ne peut que spéculer sur ce qui se cache derrière le récit de la Transfiguration, une des visions les plus mystérieuses et les plus impressionnantes de l’évangile [Marc 9,2-8; Matthieu 17,1-8; Luc 9,28-36]. Pierre, Jacques et Jean ont fait sur la montagne une expérience qui les dépasse. Sous leurs yeux, le Jésus qu’ils avaient connu et accompagné sur les routes a été transfiguré. Son visage est devenu brillant comme le soleil et ses vêtements émettaient une lumière blanche. À ses côtés, enveloppés par une nuée lumineuse, se tenaient Moïse, le puissant libérateur qui avait arraché Israël à l’esclavage, et Élie, le plus grand de tous les prophètes d’Israël. Ils conversaient avec Jésus de sa mort et de sa résurrection, qui devaient avoir lieu à Jérusalem. Les disciples étaient frappés de stupeur et de confusion. Pierre cherchait ses mots. « Seigneur, il fait si bon ici; plantons-y trois tentes : pour toi, pour Moïse et pour Élie. » Mais voici que de la nuée retentit une voix semblable au tonnerre, la voix de Dieu : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. »

Les détails du récit de la Transfiguration chez Matthieu

Arrêtons-nous à quelques points que souligne Matthieu dans ce passage particulièrement solennel. Le récit de la Transfiguration chez Matthieu [17,1-9] confirme que Jésus est le Fils de Dieu [v. 5] et annonce l’accomplissement de la prédiction selon laquelle il reviendra à la fin de cet âge dans la gloire de son Père [16,27]. Certains ont expliqué qu’il s’agirait d’une apparition du ressuscité, ramenée par anticipation à l’époque du ministère de Jésus, mais ce n’est guère probable car il manque à ce récit plusieurs éléments qui se retrouvent habituellement dans les récits d’apparition du ressuscité. Le récit qu’offre Matthieu de la transfiguration au sommet d’une haute montagne emprunte plutôt des motifs à l’Ancien Testament et aux textes juifs apocalyptiques non canoniques qui utilisent divers symboles pour suggérer la présence du céleste et du divin (lumière éclatante, vêtements blancs, nuée en surplomb, par exemple).

On a parfois supposé que la haute montagne pourrait être le Tabor ou l’Hermon mais il est plus probable que l’évangéliste et sa source marcienne n’avaient pas en vue de montagne particulière [Matthieu 9,2]. La montagne a ici un sens plus théologique que géographique, peut-être pour évoquer la révélation à Moïse sur le mont Sinaï [Exode 24,12-18] et à Élie au même endroit [1 Rois 19,8-18; où l’Horeb est identique au Sinaï].

Le visage de Jésus

Matthieu dit que le visage de Jésus devint brillant comme le soleil, un peu comme en Daniel 10,6. Les vêtements de Jésus, « blancs comme la lumière » rappellent Daniel 7,9 où les vêtements de Dieu sont « blancs comme neige ». [Les vêtements blancs des autres habitants du ciel sont aussi mentionnés en Apocalypse 4,4; 7,9; 19,14]. Au verset 4, on nous parle de trois tentes – il s’agit des cabanes de branchage dans lesquelles allaient vivre les Israélites pendant la fête des Tabernacles [voir Jean 7,2]. Ces tentes rappelaient aux Juifs le type d’habitat de leurs ancêtres au désert pendant le long périple qui les conduisit d’Égypte en Terre promise [Lévitique 23,39-42]. Quand Matthieu parle de la nuée qui projette une ombre sur les apôtres au sommet de la montagne [v. 5], il évoque la nuée qui recouvrait la tente de réunion de l’Ancien Testament, pour indiquer la présence du Seigneur au milieu de son peuple [Exode 40,34-35]. La nuée est également venue se poser sur le Temple de Jérusalem au moment de sa dédicace [I Rois 8,10].

La voix venue du ciel

La voix de Dieu entendue au sommet de la montagne répète la proclamation faite au moment du baptême de Jésus [3,17], en y ajoutant le commandement « écoutez-le », qui renvoie à Deutéronome 18,15 où les Israélites reçoivent l’ordre d’écouter le prophète semblable à Moïse que Dieu leur enverra. Le commandement d’écouter Jésus est général mais, dans le présent contexte, il s’applique probablement d’une manière particulière aux prédictions qui précèdent concernant sa passion et sa résurrection [16,21] ainsi que sa venue [16,27. 28]. Le plus important dans la déclaration de la voix venue du ciel c’est qu’ici, comme dans l’Ancien Testament, la « Parole » a préséance sur la « vision ». L’expérience mystique des réalités célestes sous la forme d’images visuelles a certainement sa place mais, avec un sain réalisme, on met ici avant tout l’accent sur la volonté de Dieu communiquée par la Parole de Dieu. Matthieu est le seul à parler de « vision » [v. 9] pour décrire la transfiguration. Voir Jésus transfiguré au sommet du mont Tabor n’a de sens et de valeur que si l’expérience conduit les apôtres et les disciples à écouter dans l’obéissance son enseignement validé par Dieu.

Témoins de la gloire et de l’agonie

Pierre, Jacques et Jean sont avec Jésus en cette heure de gloire sur le Tabor. Ils réapparaissent avec Jésus au jardin de Gethsémani quand leur maître lutte et se débat contre sa destinée. Ceux qui sont témoins de sa gloire céleste doivent aussi assister à son agonie terrestre. Si les disciples de Jésus veulent partager sa gloire à venir, ils doivent être prêts à partager sa souffrance.

Ce récit stupéfiant de la Transfiguration nous fait nous demander de quelle façon nous écoutons la Parole de Dieu dans notre vie. Comment donner suite concrètement à ce que nous avons entendu ? Comment nos propres expériences au sommet d’une montagne éclairent-elles la part d’ombre et de ténèbres dans l’existence ? Que seraient nos vies sans de telles expériences ? Revenons-nous souvent à ces expériences, aussi importantes que peu fréquentes, pour y puiser force, courage et perspective ?

L’événement et le souvenir stupéfiants de la Transfiguration allaient devenir pour les apôtres et les disciples de Jésus un réservoir de grâce, de consolation et de paix pour le jour où, à Jérusalem, au somment d’une autre colline, ils contempleraient ce même visage souillé de sang et de crachats, ces vêtements éclatants partagés et tirés au sort par des soldats chasseurs de souvenirs. Le visage de Jésus ne resplendissait pas de lumière sur la croix. Peut-être nous demandons-nous pourquoi Dieu a caché toute la gloire sur le mont Tabor, où personne ne pouvait la voir ? Pourquoi Dieu n’a-t-il pas gardé cette gloire pour la croix ?

Il faut vivre les deux montagnes – le Golgotha et le Tabor – pour contempler la gloire de Dieu. Regardons la Transfiguration comme la célébration de la présence du Christ qui prend charge de tout ce qu’il y a en nous et qui transfigure jusqu’à ce qui nous inquiète et nous désole en nous-mêmes. Dieu pénètre jusqu’à ces régions endurcies, incrédules voire troublantes de notre être, jusqu’à cette part de nous-mêmes dont nous ne savons trop quoi faire. Dieu les pénètre de la vie de l’Esprit et agit sur elles pour leur donner son propre visage, sa consolation et sa paix.

Vivre le Carême cette semaine

1. Méditer sur le mystère de la Transfiguration : Quels sont les moments de Tabor et de Golgotha dans votre propre vie ?

2. À la lumière des textes d’aujourd’hui, poursuivre la lecture de l’exhortation post-synodale Verbum Domini du pape Benoît XVI sur « la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », en nous demandant comment nous pouvons laisser la Bible inspirer nos activités pastorales (#73).

L’animation biblique de la pastorale

Dans cette ligne, le Synode a invité à un engagement pastoral particulier pour faire ressortir la place centrale de la Parole de Dieu dans la vie ecclésiale, recommandant « d’intensifier “la pastorale biblique” non en la juxtaposant à d’autres formes de la pastorale, mais comme animation biblique de toute la pastorale ». Il ne s’agit donc pas d’ajouter quelques rencontres dans la paroisse ou dans le diocèse, mais de s’assurer que, dans les activités habituelles des communautés chrétiennes, dans les paroisses, dans les associations et dans les mouvements, on ait vraiment à cœur la rencontre personnelle avec le Christ qui se communique à nous dans sa Parole. Ainsi, si « l’ignorance des Écritures est ignorance du Christ », l’animation biblique de toute la pastorale ordinaire et extraordinaire conduira à une plus grande connaissance de la personne du Christ, Révélateur du Père et plénitude de la Révélation divine.

J’exhorte donc les Pasteurs et les fidèles à tenir compte de l’importance de cette animation: ce sera aussi la meilleure façon de faire face à certains problèmes pastoraux mis en évidence au cours de l’Assemblée synodale liés, par exemple, à la prolifération des sectes qui répandent une lecture déformée et instrumentalisée de la Sainte Écriture. Là où les fidèles ne se forment pas à une connaissance de la Bible selon la foi de l’Église dans le creuset de sa Tradition vivante, on laisse de fait un vide pastoral dans lequel des réalités comme les sectes peuvent trouver un terrain pour prendre pied. C’est pourquoi il est nécessaire de pourvoir aussi à une préparation adéquate des prêtres et des laïcs afin qu’ils puissent instruire le Peuple de Dieu dans une approche authentique des Écritures.

En outre, comme cela a été souligné durant les travaux synodaux, il est bon que dans l’activité pastorale soit favorisé le développement de petites communautés, « composées de familles, enracinées dans les paroisses ou liées aux divers mouvements ecclésiaux ou nouvelles communautés », dans lesquelles seront encouragées la formation, la prière et la connaissance de la Bible selon la foi de l’Église.

3. Prier pour Mondo X, communauté de laïcs qui tiennent maintenant la maison de retraites au sommet du mont Tabor, au centre le l’État d’Israël. Cette admirable communauté italienne, fondée par un Franciscain, le père Eligio, en 1967, accueille depuis des années des hommes qui se remettent d’épreuves et de tragédies personnelles. J’ai visité cette communauté à plusieurs reprises, à l’endroit même où Jésus fut transfiguré, et j’ai vu la présence transformatrice du Christ ramener des gens à la vie, les guérir, leur permettre de se rétablir, et redonner beaucoup d’espoir à ceux qui sont seuls, brisés, souffrants et sans la foi.

4. Prier d’une manière toute spéciale pour les peuples a travers le monde frappe par la peine et la souffrance. Prier pour les chrétiens et pour les catholiques qui ont perdu la vie de manière tragique, et pour ceux et celles qui pleurent leur disparition. Puisse la puissance transformatrice du Seigneur apporter la consolation et la paix à ceux et celles qui souffrent, qui pleurent, et qui sont en deuil.

Les Sept dernières paroles du Christ: 2e Réflexion de carême

Deuxième parole
« Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
LUC 23, 39-42

1.Jésus est mort au milieu de sa communauté. Parmi ceux qui le suivirent jusqu’à la croix, il y avait ceux qui se moquaient et faisaient des blagues à son sujet, incluant les criminels cruci és avec lui. Quelle est ma propre réaction devant la souffrance ? Suis-je tenté de m’en distraire avec humour ou par tout autre réponse inappropriée ? Durant ce carême, comment serais-je plus en harmonie avec la souffrance des autres ?

2.Méditez sur les raisons pour lesquelles Jésus fut condamné. Par la suite, parcourez les récits des Écritures dans lesquels on retrouve Jésus mangeant avec les pécheurs, touchant les intouchables, réanimant les morts, venant en aide aux femmes. Quel est votre rapport avec ces histoires ?

3.Selon vous, en quoi les attitudes de ces deux criminels sont-elles diamétralement opposées ? Pourquoi Jésus af rme-t-Il : « aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » ?

4.Le pape François a af rmé dans son homélie du Jeudi Saint 2016 que Dieu « nous fait passer directement de la honte la plus honteuse à la dignité la plus haute sans étapes intermédiaires ». À quel moment de votre vie avez-vous l’occasion de faire la même chose pour les autres ?

5.Le pape François poursuit : « Notre réponse au pardon surabondant du Seigneur devrait consister à nous maintenir toujours dans cette saine tension entre une honte digne et une dignité qui sait avoir honte. » Que cela signi e-t-il ?

6.Dismas, le criminel pardonné, a fait le choix d’admettre sa propre « misère » à Jésus. Quelle est cette misère que j’ai besoin d’avouer à Jésus ?

Vous pouvez vous procurer le livre « Les Sept dernières paroles du Christ » du père Thomas Rosica c.s.b. en ligne:

http://seletlumieretv.org/sept-paroles/

Vous pouvez également consulter le guide d’étude du carême 2017 au lien suivant:

http://saltandlighttv.org/seven-last-words/pdf/seven_last_words_studyguide_fr.pdf

 

Les Sept dernières paroles du Christ: 1ère réflexion de carême

Qu’est-ce que les “Sept dernières paroles du Christ”

Aujourd’hui, nous commençons une série de réflexions quotidiennes sur les Sept dernières paroles du Christ. Nous explorerons l’Écriture par des réflexions sur les “Sept dernières paroles du Christ”. Chaque jour, nous incluerons une question, une prière et une résolution pour mettre notre foi en pratique. Vous êtes invités à considérer les sept dernières paroles que Jésus-Christ a prononcées dans les trois dernières heures de Sa vie alors qu’il était suspendu à la croix. Nous prions avec ces paroles afin que nous puissions approfondir notre relation avec le Seigneur et notre Sauveur.

« Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Luc 23, 33-34

« Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Luc 23, 39-43

« Femme, voici ton fils. »[…] « Voici ta mère. »
Jean 19, 25-27

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Mathieu 27, 45-46

« J’ai soif. »
Jean, 19, 28

« Tout est accompli. »
Jean 19, 29-30

« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
Luc 23, 44-46

 

Quels sont vos espoirs pour votre propre vie spirituelle durant le carême ?

http://seletlumieretv.org/sept-paroles/

La fidélité et la loyauté sans faille du Fils de Dieu

Premier dimanche du Carême, Année A – 5 mars 2017

Genèse 2,7-9 ; 3,1-7a
Romains 5,12-19
Matthieu 4,1-11 

Les textes de l’Écriture pour le premier dimanche du Carême de l’année A nous font entrer d’emblée au cœur du Carême. Les lectures et le psaume d’aujourd’hui, le Psaume 51, jouent en ouverture les grands thèmes que nous allons entendre et que nous allons vivre pendant les six prochaines semaines. En réfléchissant à la première lecture, tirée de la Genèse [2,7-9; 3,1-7], il faut garder à l’esprit la forme littéraire et le message théologique des premières pages de la Bible. Comme beaucoup de récits des onze premiers chapitres de la Genèse, le conte de l’Éden est un récit étiologique – une histoire qui veut traiter de questions importantes au sujet des réalités fondamentales de notre vie. Pourquoi enfante-t-on dans la douleur ? Pourquoi la terre est-elle si dure à labourer ? Pourquoi les serpents rampent-ils sur le sol ?…

Genèse 2-3 suggère que la connaissance, chose nécessaire à la vie humaine, ne s’acquiert que péniblement. L’ignorance est peut-être bienheureuse mais elle n’est certainement pas le fait d’une personne adulte. Quand les êtres humains comprennent finalement ce que c’est que d’être pleinement humain, quand ils arrivent à la pleine connaissance, les réalités de la vie leur apparaissent dans toute leur complexité et leur difficulté. Il est à la fois lumineux et pénible de savoir.

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour

Le Psaume 51 – le Miserere – est l’une des prières les plus connues du Psautier, le plus intense et le plus souvent utilisé des psaumes pénitentiels. C’est un chant de faute et de pardon et une méditation des plus profondes sur la culpabilité et la grâce. Cette très belle prière adressée à un Dieu riche en miséricorde monte depuis des siècles au cœur des fidèles juifs et chrétiens en signe de repentir et d’espérance.

La tradition juive met le psaume sur les lèvres de David, sommé de se repentir par la dure invective du prophète Nathan [v. 1-2; 2 Samuel 11-12], qui lui reprocha son adultère avec Bethsabée et l’assassinat d’Urie, le mari de Bethsabée. Mais le Miserere s’est enrichi au fil des siècles de la prière de bien d’autres pécheurs qui ont repris, éclairés par les enseignements de Jérémie et d’Ézéchiel, les thèmes du « cœur nouveau » et de « l’Esprit » de Dieu envoyé aux hommes et aux femmes qui ont fait l’expérience de la rédemption [v. 12; Jérémie 31,31-34; Ézéchiel 11,19; 36,24-28].

Quand nous confessons notre péché, la justice salvifique de Dieu est prête à nous purifier radicalement. Le Seigneur n’agit pas que négativement, en éliminant le péché, mais il recrée l’humanité pécheresse par son Esprit vivifiant; Dieu infuse en nous un « cœur » pur et neuf, c’est-à-dire une conscience renouvelée, et il nous ouvre ainsi l’accès à une foi limpide et à un culte qui soit agréable à Celui qui nous a faits à son image et à sa ressemblance. Dans cette magnifique prière du Miserere, il y a la profonde conviction que le pardon divin « efface, lave, purifie » le pécheur [v. 3-4] et peut finalement le transformer en une créature nouvelle, dotée d’un esprit, d’une langue, de lèvres et d’un cœur transfigurés [v. 14-19]. La miséricorde divine est plus forte que notre misère.

Surpasser la productivité du péché

Dans la deuxième lecture du jour, tirée de la lettre de saint Paul à la communauté de Rome, [5,12-19] Paul réfléchit sur le péché d’Adam [Genèse 3,1-13] à la lumière du mystère rédempteur du Christ. Le péché, lorsque Paul emploie le terme au singulier, désigne la puissance terrible qui a empoigné l’humanité, maintenant en révolte contre le Créateur et obsédée par l’exaltation de ses désirs et de ses intérêts. Mais personne n’a le droit de dire : « c’est la faute d’Adam » car tous sont coupables [Romains 5,12]: les Gentils du fait des exigences de la loi inscrite dans leur cœur [Romains 2,14-15] et les Juifs en vertu de l’alliance mosaïque.

Sous l’impact de la loi de l’Ancien Testament, le péché (la corruption) de l’humanité, qui était agissant depuis l’origine [Romans 5,13], s’est trouvé stimulé de sorte que des péchés ont été commis en plus grand nombre. D’après Romains 5,15-21, l’action de Dieu dans le Christ s’oppose radicalement aux effets désastreux du virus du péché qui a envahi l’humanité avec le crime d’Adam. La consolation que nous apporte la deuxième lecture vient de ce que Paul déclare que la grâce surpasse la productivité du péché. Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé d’autant plus. Paul affirme sans ambages que la grâce l’emporte sur la productivité du péché.

Soumettre Jésus à la grande épreuve

Jésus, proclamé Fils de Dieu à son baptême, est soumis à une triple tentation dans l’Évangile d’aujourd’hui, premier dimanche du Carême [Matthieu 4,1-11]. Les quarante jours et quarante nuits du verset 2 nous rappellent non seulement le jeûne de Moïse [Exode 34,28; Deutéronome 9,9.18] mais aussi les quarante années d’Israël au désert. Les réponses de Jésus aux tentations sont toutes tirées du livre du Deutéronome [8,3; 6,16; 6,13]. Les trois tentations du récit de Matthieu correspondent, selon l’ordre chronologique, aux trois épreuves qu’a dû affronter Israël. Mais alors qu’Israël, que Dieu appelle son « fils » [Osée 11,1; Deutéronome 8,5], a échoué chaque fois, Jésus manifeste sa constance et sa persévérance et se montre digne d’être le Fils de Dieu en réagissant à chacune des épreuves par une fidélité sans partage et une loyauté totale.

La mise à l’épreuve et la tentation de Jésus après quarante jours et quarante nuits répondent à un double but. Premièrement, elles s’inspirent en partie du type de tentations auxquelles fut soumis Jésus durant son ministère : elles illustrent ainsi comment la proclamation du royaume de Dieu aurait pu être biaisée au profit d’un royaume qui se serait conformé aux normes de ce monde. Deuxièmement, les tentations nous préparent à l’opposition constante de Satan, qui voit dans la proclamation du royaume par Jésus une menace à son propre pouvoir et à son propre royaume.

L’Esprit qui est descendu sur Jésus au Jourdain, au moment de son baptême, le conduit maintenant au désert dans le but précis de le soumettre à un affrontement réel avec le diable. Marc nous fait voir Jésus qui se bat contre la puissance de Satan, seul et silencieux dans les étendues arides et désolées. Chez Matthieu et chez Luc, par contre, le dialogue est soutenu car le prince des ténèbres essaie de détourner Jésus de la foi et de l’intégrité qui sont au cœur de sa mission messianique. Les tentations préfigurent la victoire finale; car une fois que Jésus a démontré qu’il est vraiment le Fils de Dieu, totalement engagé au service de la volonté de Dieu, le diable le quitte et les anges s’empressent de venir le servir [4,11]. Israël avait échoué au désert, mais Jésus ne faiblit pas. La loyauté qui l’unit à son Père est trop forte pour que même les démons du désert arrivent à l’entamer.

Ce n’est pas seulement de pain dont nous vivons

La première tentation du récit de Matthieu correspond à la famine qui frappe Israël avant qu’il ne reçoive le don du pain du ciel [Exode 16,1-4]. S’il est vrai que la grâce de Dieu a prévalu sur la rigueur de la justice dans le don de la manne, les murmures d’Exode 3 témoignent d’un manque de foi patent; le fils de Dieu qu’est Israël ne fait pas confiance au Tout-puissant et trahit ainsi l’alliance qui exige la foi en Yahvé, la conviction que le partenaire de l’alliance voudra et saura respecter ses engagements [Genèse 15,6]. À l’inverse, le Fils de Dieu qu’est Jésus refuse de céder à la méfiance, en exploitant la puissance de l’Esprit pour se procurer lui-même du pain à partir des pierres du désert, au lieu d’attendre avec confiance le pain du ciel [v.11]. Jésus se rappelle dans la foi qu’il dépend entièrement de Dieu. Nous n’avons pas la vie pour consommer du pain mais simplement et seulement parce que c’est la volonté de Dieu que nous vivions. Les disciples de Jésus ne peuvent devenir dépendants des choses de ce monde. Quand nous dépendons ainsi des choses matérielles, et non de Dieu, nous cédons à la tentation et au péché.

Mettre Dieu à l’épreuve

La deuxième tentation est au cœur du récit de Deutéronome 6,16 : « Vous ne mettrez pas Yahvé votre Dieu à l’épreuve comme vous l’avez fait à Massa. » Rebelle, le peuple qui manque de foi et de confiance en Dieu, met Dieu au défi de respecter les clauses de l’alliance. Jésus, par contre, refuse de faire la démonstration de la présence de Dieu en lui en se précipitant du pinacle du Temple. Jésus refuse de sauter parce que l’hommage rendu à Dieu exclut toute forme de manipulation, et notamment le fait de mettre Dieu à l’épreuve. Si nous honorons vraiment Dieu, nous n’avons rien à prouver à personne ! À la fin de l’histoire de Jésus dans l’Évangile, le Fils de Dieu va réellement plonger dans l’abîme de la mort parce qu’il est absolument convaincu que telle est la volonté de Dieu [Mt 26, 39.53; 27, 46].

La loyauté sans partage de Jésus

La troisième tentation porte entièrement sur l’idolâtrie : le culte des faux dieux. Encore une fois, l’épisode suit de près le Deutéronome : « C’est Yahvé ton Dieu que tu craindras, lui que tu serviras, c’est par son nom que tu jureras. Ne suivez pas d’autres dieux, d’entre les dieux des nations qui vous entourent » [Deutéronome 6,13-14]. Mais Israël n’a pas entendu ces paroles est « s’est prostituée » à d’autres dieux (c’est le verbe hébreu qu’emploie l’Ancien Testament).

Le lien entre la troisième tentation et l’idolâtrie est difficile à saisir aujourd’hui pour plusieurs d’entre nous. D’abord parce que les Juifs tenaient les dieux du panthéon gréco-romain pour des démons [1 Corinthiens 10,20] et pour les forces armées de Satan ! Ensuite, parce que l’idolâtrie était une vraie tentation pour nombre de Juifs qui souhaitaient s’engager pleinement dans les rouages politiques et économiques de la machine gréco-romaine. S’il paraît bien improbable que Jésus ait pu être tenté de cette façon, les premiers auditeurs et lecteurs de l’évangile de Matthieu, eux, avaient parfaitement conscience des compromis qu’il fallait faire pour exercer une charge publique, fût-ce avec les meilleures intentions. La troisième tentation nous assure entièrement de la loyauté sans partage de Jésus. Tout au début de la campagne qu’entreprend Jésus pour ce monde et pour chacune et chacun de nous, le Fils unique de Dieu affronte l’ennemi. Il entreprend son combat en recourant au pouvoir de l’Écriture dans une nuit de doute, de confusion et de tentation. Rappelons-nous l’exemple de Jésus, pour ne pas nous laisser séduire par la duplicité du diable.

Vivre le Carême cette semaine

1) Récitez le Psaume 51 lentement et avec attention pendant la semaine. Trouvez un mot ou une expression qui vous frappe. Fermez les yeux et prenez le temps d’y réfléchir longuement. Faites-en une prière d’intercession ou de bénédiction pour votre communauté, votre église ou quelqu’un que vous aimez.

Est-ce que des épisodes de votre passé continuent de vous inquiéter ? Comment le Miserere vous aide-t-il à vous tourner de nouveau vers l’avenir avec une espérance paisible ? Vous est-il arrivé, pendant la dernière année, de ressentir un profond désir de fuir la réalité de votre vie ? Pourquoi ? Avez-vous jamais eu l’impression que Dieu vous avait abandonné(e) ? Vous arrive-t-il de crier vers Dieu dans votre détresse, d’implorer la miséricorde de Dieu ?

2) Lisez, dans la lettre aux Hébreux (4,14 –5,10), le récit émouvant du combat de Jésus et de sa victoire sur la tentation et les ténèbres. Ici, l’Église primitive nous présente en Jésus un grand-prêtre plein de compassion qui peut nous aider dans nos combats.

3) Lisez cette semaine le message du pape pour ce carême.

4) Repensez cette semaine à votre sens de la loyauté. Faute de loyauté, on n’arrive pas à trouver d’unité et de paix dans une vie active. La vraie loyauté est un dévouement sans partage à des réalités qui dépassent notre moi égoïste. La réalité nous dépasse largement et nul ne peut réussir sa vie et être vraiment heureux s’il ne vit que pour lui-même. Êtes-vous une personne vraiment loyale ? Voici un petit test : faites la liste des choses simples auxquelles presque tout le monde croit : la famille, la communauté, l’église, le pays et l’employeur. Demandez-vous si votre façon de vivre a fait en sorte que ces cinq réalités sont aujourd’hui plus fortes, meilleures, plus belles à cause de vous. Si vous pouvez sincèrement répondre « oui », vous savez que vous comprenez le vrai sens de la loyauté et, du même coup, le secret du bonheur véritable. C’est aussi le chemin de la sainteté.

(Image : La tentation de Jésus par James Tissot)

Si vous pensez que la vie ne rime à rien, courage !

Huitième dimanche du Temps ordinaire, Année A – 26 février 2017

Isaïe 49, 14-15
1 Corinthiens 4,1-5
Matthieu 6,24-34

Dans la lecture d’aujourd’hui, tirée de l’Évangile de Matthieu (6,25-34), Jésus ne nie pas la réalité des besoins humains (v. 32) mais il interdit d’en faire l’objet d’une préoccupation angoissée et, en fait, de s’y asservir. On ne peut vraiment connaître le Seigneur, le Père céleste révélé par Jésus, et s’inquiéter de cette façon. Les disciples se doivent de pourvoir à leurs besoins et à ceux des personnes dont ils sont responsables, mais les soucis de cette nature doivent passer après le respect de la règle de Dieu et de la « justice » (v. 33) qu’elle prescrit.

Le verset 25 de l’Évangile d’aujourd’hui renvoie à deux grandes sources de préoccupation pour l’être humain : la subsistance (la nourriture et la boisson) nécessaire à la vie, et le vêtement. Ces deux domaines sont abordés — la nourriture (v. 26-27), le vêtement (v. 28-30) – dans un développement qui se fonde sur une logique typique du Nouveau Testament. Si Dieu prend un tel soin des oiseaux du ciel en voyant à ce qu’ils aient à manger, et s’il veille à ce que les lys des champs soient si élégamment vêtus, comment notre Père céleste ne se mettra-t-il pas en peine d’éviter que ses disciples se trouvent démunis, car ils sont bien plus précieux à ses yeux que les oiseaux du ciel et les fleurs des champs ? En prenant cette comparaison, Jésus n’est pas en train d’énoncer un principe de morale : il parle à notre imagination.

Vivre comme les oiseaux …

Le grand écrivain et apologiste chrétien C.S. Lewis était un homme d’une grande piété mais il a avoué que, sa vie durant, il n’a cessé de s’inquiéter. En pensant à l’Évangile d’aujourd’hui (Matthieu 6,25-34), Lewis écrivait souvent à ses amis que : « si Dieu avait voulu que nous vivions comme les oiseaux du ciel, il aurait bien fait de nous doter d’une constitution qui ressemble un peu plus à la leur ! »

Jésus ne semble pas avoir été quelqu’un qui s’inquiétait beaucoup; il menait sa vie en se fondant sur le principe de la confiance à son Père céleste et il tentait d’apprendre à ses disciples à en faire autant. Le refrain qui traverse l’Évangile d’aujourd’hui contient les mots « ne vous faites pas tant de souci » (v. 25, 27, 28, 31 et deux fois au v. 34). On pourrait traduire de façon plus précise : « ne vous agitez pas » ou « ne vous laissez pas angoisser par… ». Les disciples peuvent avoir des soucis légitimes au sujet des biens matériels mais si ces soucis se chargent d’insécurité et engendrent de nouvelles formes d’asservissement à la richesse, ils poussent inévitablement les gens à servir deux maîtres différents. Nous sommes appelés à servir Dieu et Dieu seul, au sens le plus profond du terme, afin de goûter la liberté authentique.

La Providence de Dieu pour nous

Les trois textes de l’Écriture de la liturgie d’aujourd’hui nous invitent à réfléchir au soin providentiel que Dieu prend de nous. Quand nous parlons de la « divine Providence », nous faisons référence au nom de Dieu, et notamment à Dieu en tant que Père et Créateur, qui donne un sens à toute la dynamique de l’existence humaine. On parle souvent de la Providence comme d’un plan pour l’univers où tout est ordonné en fonction des lys et des moineaux. Même si mot de « Providence » n’est appliqué à Dieu que trois fois dans l’Écriture (Eccl. 5,5; Sagesse 14,3; Judith 9,5), et une fois à la Sagesse (Sg 6,17), l’enseignement sur la Providence se retrouve constamment dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament. La volonté de Dieu régit toutes choses. Dieu aime tout le monde, il désire le salut de chacune et de chacun, et la Providence paternelle de Dieu s’étend à toutes les nations.

Dieu ne souhaite pas la mort du pécheur mais son repentir; car Dieu est d’abord et avant tout un Dieu miséricordieux, un Dieu d’une grande compassion. Dieu nous récompense selon nos œuvres, nos pensées et nos projets. Dieu seul peut tirer le bien du mal.

Vous valez plus que les oiseaux

Jésus parle du souci et de la Providence de Dieu pour ses enfants; il enseigne que nous ne devons pas nous angoisser pour l’avenir (« qui d’entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ? »). Jésus invite ses disciples d’alors et de maintenant à « regarder les oiseaux du ciel: ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? ») Ce qui est vrai de la nourriture vaut aussi des vêtements et des autres nécessités de la vie (« Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’eux. »)

Ceux qui voient la réalité traversée par la Providence de Dieu grandissent peu à peu en sagesse. Leur sérénité, fruit du temps et de la grâce, devient évidente pour ceux qui les observent ou qui les croisent. La beauté terrible de la terre, avec ses accalmies et ses tempêtes, ses douces brises et ses ouragans, sa vie nouvelle et ses morts, semble habiter la personne qui vit en croyant et en ayant confiance en la Providence de Dieu.

De quoi faut-il avoir peur ?

Dans tous l’Ancien Testament, les êtres humains sont les principaux sujets de la peur. Les raisons d’avoir peur ne manquent pas : la guerre, la mort, l’asservissement, la perte d’une épouse, d’une enfant, un cataclysme ou même un endroit particulier. La confiance en Dieu libère de la peur. La peur surgit aussi quand on est en présence de personnes qui ont une relation spéciale à Dieu, comme Moïse (Ex 34,30), Josué (Jos 4,14) ou Samuel (1S 12,18).

Combien de fois, dans les Évangiles, n’entendons-nous pas Jésus dire aux gens : « N’ayez pas peur ! » Jaïre n’a pas à craindre (Mc 5,36); les disciples sont rassurés (Mc 6,50); les trois apôtres au sommet du mont Tabor peuvent lever les yeux (Mt 17,7); la peur des femmes cède la place à la proclamation et à la foi en la résurrection (Mt 28,10); les personnes qui reçoivent la visite d’anges dans les évangiles de l’enfance se font dire de ne pas craindre (Lc 1,13.30; 2,10); et, dans une vision, Pierre et Paul se font tous les deux recommander par le Seigneur de ne pas avoir peur, dans un contexte relié à la vie du disciple et au service de la parole (Lc 5,10 et Ac 18,9).

De quoi vaut-il la peine d’avoir peur ? De quoi faut-il avoir peur ? Jésus met en garde ses disciples contre tout ce qui s’attaque à l’âme. À quoi cela s’applique-t-il aujourd’hui ? Aux personnes ou aux situations qui peuvent déshydrater l’esprit, l’écraser et le vider de sa sève, qui tuent les espoirs et les rêves, qui détruisent la foi et la joie. Souvent, les personnes qui déshydratent ainsi l’esprit et qui tuent l’espoir et la joie ne sont pas de « mauvaises » gens ! En fait, ce sont souvent des gens très bien, et même, oui, des gens « d’église », des personnes « religieuses » ! Nous nous attaquons souvent à l’âme des autres par notre cynisme, par notre mesquinerie, par notre étroitesse d’esprit et de cœur; par notre manque de foi, d’espérance et de joie. Combien de fois avons-nous renié Jésus par notre réticence à parler de lui et à témoigner de lui, par crainte d’en exclure d’autres ?

Il est consolant, de temps à autre, de savoir que nos épreuves et nos tribulations, nos douleurs et nos angoisses ne sont pas vaines. La prochaine fois que nous serons assaillis par la peur, que nous aurons l’impression que notre vie ne rime à rien, reprenons courage et songeons que nous pouvons faire confiance au Père qui prend soin de nous.

Dans les mains d’une Providence miséricordieuse

À ce propos, je me permets de vous rappeler aujourd’hui les paroles émouvantes qu’a prononcées le pape Jean-Paul II à New York, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, le 5 octobre 1995.

Ce qu’il dit de « l’humanité rayonnante du Christ » et de la destinée du monde « dans les mains d’une Providence miséricordieuse » continue de me toucher et de m’inspirer encore aujourd’hui.

  1. C’est pourquoi l’espérance chrétienne à l’égard du monde et de son avenir concerne toute personne humaine: il n’est rien d’authentiquement humain qui ne trouve un écho dans le cœur des chrétiens. La foi au Christ ne nous pousse pas à l’intolérance; au contraire, elle nous oblige à entretenir avec les autres hommes un dialogue respectueux. L’amour pour le Christ ne nous empêche pas de nous intéresser aux autres; il nous invite plutôt à nous préoccuper des autres, sans exclure personne et en privilégiant les plus faibles et ceux qui souffrent. C’est pourquoi, alors que nous nous approchons du bimillénaire de la naissance du Christ, l’Église ne demande rien d’autre que de pouvoir proposer avec respect ce message du salut et promouvoir la solidarité de toute la famille humaine dans un esprit de charité et de service.

    Mesdames, Messieurs, je suis devant vous, comme mon prédécesseur le Pape Paul VI voici juste trente ans, non comme quelqu’un qui a une puissance temporelle – ce sont ses propres termes -, ni comme un chef religieux qui demande des privilèges particuliers pour sa communauté. Je suis ici devant vous en témoin, témoin de la dignité de l’homme, témoin de l’espérance, témoin de la conviction que le destin de toutes les nations se trouve dans les mains d’une Providence miséricordieuse.

  1. Nous devons vaincre notre peur de l’avenir. Mais nous ne pourrons la vaincre entièrement qu’ensemble. La « réponse » à cette peur, ce n’est pas la coercition ni la répression, ni un « modèle » social unique imposé au monde entier. La réponse à la peur qui obscurcit l’existence humaine au terme du vingtième siècle, c’est l’effort commun pour édifier la civilisation de l’amour, fondée sur les valeurs universelles de la paix, de la solidarité, de la justice et de la liberté. Et l’ « âme » de la civilisation de l’amour, c’est la culture de la liberté: la liberté des individus et des nations, vécue dans un esprit oblatif de solidarité et de responsabilité.

    Nous ne devons pas avoir peur de l’avenir. Nous ne devons pas avoir peur de l’homme. Ce n’est pas par hasard que nous nous trouvons ici. Toute personne a été créée à « l’image et à la ressemblance » de Celui qui est à l’origine de tout ce qui existe. Nous sommes capables de sagesse et de vertu. Avec ces dons et avec l’aide de la grâce de Dieu, nous pouvons construire dans le siècle qui est sur le point d’arriver et pour le prochain millénaire une civilisation digne de la personne humaine, une vraie culture de la liberté. Nous pouvons et nous devons le faire ! Et, en le faisant, nous pourrons nous rendre compte que les larmes de ce siècle ont préparé la voie d’un nouveau printemps de l’esprit humain.

La Parole de Dieu et la sauvegarde de la création

En poursuivant notre réflexion sur Verbum Domini, examinons le paragraphe n° 108 de l’Exhortation post-synodale sur « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église ».

L’engagement dans le monde, que requiert la Parole divine, nous pousse à regarder avec des yeux nouveaux le cosmos tout entier, créé par Dieu et qui porte déjà en lui les traces du Verbe, par lequel tout a été fait (cf. Jn 1, 2). En effet, nous avons aussi, comme Chrétiens et messagers de l’Évangile une responsabilité vis-à-vis de la création. Si, d’un côté, la Révélation nous fait connaître le dessein de Dieu sur le cosmos, de l’autre, elle nous amène aussi à dénoncer les attitudes erronées de l’homme, quand il ne reconnaît pas toutes les choses comme l’empreinte du Créateur, mais comme une simple matière à manipuler sans scrupules. De cette manière, l’homme manque de l’humilité essentielle qui lui permet de reconnaître la création comme un don de Dieu qu’il doit accueillir et utiliser selon son dessein. Au contraire, l’arrogance de l’homme qui vit ‘comme si Dieu n’existait pas’, le porte à exploiter et à défigurer la nature, en ne reconnaissant pas en elle une œuvre de la Parole créatrice. À partir de cette vision théologique, je désire répéter les affirmations des Pères synodaux, qui ont rappelé « qu’accueillir la Parole de Dieu témoignée dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition vivante de l’Église, engendre une nouvelle manière de voir les choses, en promouvant une authentique écologie, qui plonge sa racine la plus profonde dans l’obéissance de la foi […], en développant une sensibilité théologique renouvelée à la bonté de toutes les choses créées dans le Christ ». L’homme a besoin d’être à nouveau éduqué à l’émerveillement et à reconnaître la beauté authentique qui se manifeste dans les choses créées.

(Image : Peinture par Richard Johnson)

« Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. »

Septième dimanche du Temps ordinaire, Année A – 19 février 2017

Lévitique 19,1-2.17-18
1 Corinthiens 3,16-23
Matthieu 5,38-48

Les trois lectures d’aujourd’hui nous lancent trois appels : à être saints comme le Seigneur notre Dieu est saint; à ne pas nous laisser abuser par la sagesse de ce monde; à aimer nos ennemis et à prier pour ceux qui nous persécutent. Commençons notre réflexion, cette semaine, en considérant le passage du Lévitique (19, 1-2.17-18.) Dieu est le Saint et le Créateur de la vie humaine, et l’être humain est à la foi béni et lié par la parfaite sainteté de Dieu. C’est pourquoi toute vie humaine est sainte, sacrée et inviolable. D’après Lévitique 19,2, la sainteté de Dieu constitue un impératif incontournable du comportement moral: « Vous devrez être saints parce que moi, le Seigneur votre Dieu, je le suis ! » Cet énoncé lourd de conséquences décrit admirablement la vocation de chaque homme et de chaque femme comme aussi toute la mission de l’Église à travers l’histoire : c’est l’appel à la sainteté.

Soyez saints…

La sainteté est une vérité qui imprègne toute l’ancienne alliance: Dieu est saint et appelle tout le monde à la sainteté. La loi mosaïque disait: « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. » La sainteté réside en Dieu et ce n’est que de Dieu qu’elle peut se communiquer au sommet de la création de Dieu : l’être humain. Nous sommes faits à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la sainteté de Dieu, son « altérité absolue » a laissé son empreinte en chacune et chacun de nous. Les êtres humains deviennent les véhicules et les instruments de la sainteté de Dieu pour le monde. Cette sainteté est le feu de la Parole de Dieu, qui doit vivre dans nos cœurs et les embraser. C’est ce feu, ce dynamisme, qui va consumer le mal en nous et autour de nous, et faire éclater la sainteté en guérissant et en transformant la société et la culture qui nous entourent. Il n’y a que la sainteté pour éradiquer le mal ; la dureté n’y arrive pas. La sainteté inscrit dans la société une semence de guérison et de transformation.

La sainteté est un mode de vie qui comporte engagement et activité. Loin de se cantonner dans la passivité, la sainteté consiste à choisir constamment d’approfondir sa relation à Dieu et à laisser ensuite cette relation privilégiée inspirer notre action dans le monde. La sainteté exige un changement radical de mentalité et d’attitude. En acceptant l’appel à la sainteté, nous faisons de Dieu l’objectif ultime de chaque aspect de notre vie. L’orientation fondamentale vers Dieu enveloppe et sous-tend notre rapport aux autres êtres humains. Soutenus par une vie de vertu et confirmés par les dons de l’Esprit Saint, nous sommes de plus en plus attirés par Dieu et par le moment où nous Le verrons face à face dans l’au-delà et où nous goûterons l’union parfaite avec Lui. Ici et maintenant, nous accédons à la sainteté en travaillant de notre mieux, en élevant patiemment nos enfants et en cultivant des relations constructives à la maison, à l’école et au travail. Si nous intégrons tout cela à notre réponse à l’amour de Dieu, nous sommes engagés sur la route de la sainteté.

La révolution de la sainteté

Les mots du Lévitique dans la première lecture d’aujourd’hui [19,2] prennent vie chez les saints et les bienheureux de notre tradition catholique. Cette multitude d’hommes et de femmes à travers l’histoire sont les vrais « révolutionnaires de la sainteté », comme l’a si bien dit le pape Benoît à la Journée mondiale de la Jeunesse 2005, à Cologne en Allemagne :

C’est le grand cortège des saints – connus ou inconnus –, par lesquels le Seigneur, tout au long de l’histoire, a ouvert devant nous l’Évangile et en a fait défiler les pages; c’est la même chose qu’il est en train de faire maintenant. Dans leur vie, comme dans un grand livre illustré, se dévoile la richesse de l’Evangile. Ils sont le sillon lumineux de Dieu, que Lui-même, au long de l’histoire, a tracé et trace encore… Les saints, avons-nous dit, sont les vrais réformateurs. Je voudrais maintenant l’exprimer de manière plus radicale encore: c’est seulement des saints, c’est seulement de Dieu que vient la véritable révolution, le changement décisif du monde.

La planification pastorale

Dans sa Lettre apostolique Novo Millennio Ineunte publiée lors de la clôture du Grand Jubilé de l’an 2000, le pape Jean-Paul II invitait l’Église à « placer la programmation pastorale sous le signe de la sainteté », à exprimer (n° 31) :

… La conviction que, si le Baptême fait vraiment entrer dans la sainteté de Dieu au moyen de l’insertion dans le Christ et de l’inhabitation de son Esprit, ce serait un contresens que de se contenter d’une vie médiocre, vécue sous le signe d’une éthique minimaliste et d’une religiosité superficielle… Il est temps de proposer de nouveau à tous, avec conviction, ce « haut degré » de la vie chrétienne ordinaire: toute la vie de la communauté ecclésiale et des familles chrétiennes doit mener dans cette direction.

L’Église est « le foyer de la sainteté » et la sainteté est notre image la plus vraie, notre carte de visite la plus authentique et le meilleur cadeau que nous fassions au monde. C’est elle qui décrit le mieux ce que nous sommes et ce que nous nous efforçons de devenir.

La vraie sagesse

Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui (1 Corinthiens 3,16-23), saint Paul, qui continue de réprimander les Corinthiens pour leurs divisions (v.1-4), rappelle à la communauté que les églises du Christ doivent demeurer pures et humbles (v.16-17). Se faire une haute opinion de sa propre sagesse, c’est se flatter; et se flatter, c’est se condamner à se leurrer. Ils se font illusion, ceux qui se flattent d’être des temples de l’Esprit Saint sans se soucier de leur sainteté personnelle ou de la paix et de la pureté de l’église.

Si les Corinthiens étaient vraiment sages (v.18-20), ils auraient un point de vue tout à fait différent et ils percevraient les véritables relations entre tout ce qui existe dans le monde et toutes les personnes avec qui ils sont en rapport dans l’église. Paul attribue à toutes les personnes incluses dans l’univers théologique une position sur une échelle: Dieu, le Christ, les membres de l’église, les responsables de l’église. Lue de haut en bas, l’échelle exprime la propriété; lue de bas en haut, elle traduit l’obligation de servir. Ce tableau doit être complété par des énoncés analogues en 1 Co 8,6 et 1 Co 15,20-28. Les chrétiennes et les chrétiens sont saints par profession, et ils se doivent d’être purs et sans tache, dans leur cœur comme dans leur conversation.

« Tu aimeras ton prochain… »

Si nous réfléchissons au texte de l’Évangile d’aujourd’hui (Matthieu 25,38-48), Jésus ne nous enseigne pas à rester passifs en face d’un danger physique. Jésus enseigne que la violence peut engendrer la violence. Et si la non-résistance peut faire honte à notre adversaire et l’inciter à faire la paix, c’est la solution la meilleure.

« Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant… » (Mt 5,38-39). En recourant à une métaphore, Jésus nous enseigne d’offrir l’autre joue, de donner non seulement notre tunique mais notre manteau, de ne pas répliquer violemment aux vexations d’autrui, et surtout, dit-il, « donne à qui te demande, ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter » (5,42). C’est le rejet radical de la loi tu talion dans la vie personnelle des disciples de Jésus, nonobstant le droit qu’a la société de protéger ses membres contre les méchants et de punir ceux qui ont porté atteinte aux droits des citoyens et à ceux de l’État.

Jésus enseigne la dernière étape dans la quête de la perfection, celle qui représente le foyer dynamique de toutes les autres: « Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis: aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes… » (5,43-45). En contraste avec l’interprétation habituelle de l’ancienne loi, qui identifiait le prochain à l’Israélite, et même à l’Israélite pieux, Jésus formule l’interprétation authentique du commandement de Dieu. Il y ajoute une dimension religieuse en faisant référence à la clémence et à la miséricorde du Père céleste qui traite bien tout le monde et qui est donc le modèle et l’exemple suprême de l’amour universel.

Jésus conclut : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (5,48). Il demande à ses disciples la perfection de l’amour. L’amour est la synthèse de la loi nouvelle qu’il apporte. Cet amour va nous permettre de surmonter dans nos rapports à autrui l’opposition classique ami-ennemi. Né dans le cœur humain, il aura tendance à se transformer en diverses formes correspondantes de solidarité sociale, politique et même institutionnalisée.

Le fruit de la non-violence, c’est l’amour

Il y a des tas de gens mesquins qui n’ont jamais enfreint la loi, mais peuvent-ils vraiment servir de modèles aux chrétiens ? Vous courrez toujours le risque de vous faire exploiter si vous vous montrez généreux. Si nous nous ouvrons à l’amour, nous pouvons fort bien nous faire blesser. Si nous partageons nos biens matériels, il se peut qu’on nous manipule. En aucun cas, nous n’avons l’obligation de nous laisser blesser ou manipuler; mais ça arrive à l’occasion. La seule façon de s’en prémunir absolument, c’est de se montrer méfiant, radin, cynique et égoïste. Mais rien de tout ça ne va avec l’amour, évidemment. Le fruit de la non-violence, c’est l’amour. Cet amour s’épanouit partout où des personnes se rencontrent, et, chaque fois, il révèle son origine divine. Cet amour renverse tous les obstacles. Il rapproche les étrangers et franchit les distances. Il comble les vides, guérit les malades et ressuscite les morts.

Brisons, en nous-mêmes et dans notre collectivité, les modèles qui mènent à la violence, à la destruction et au non-amour. Si la violence nous paraît une option raisonnable, inventons-nous une autre logique. Si la violence est une machine qui dispose mécaniquement des gens que nous n’aimons pas, prions pour avoir le courage de saboter cette machine. Et si la violence est une chaîne dont nous sommes un maillon, soyons le premier maillon à céder.

Les passages « obscurs » de la Bible

En poursuivant notre réflexion sur Verbum Domini à la lumière du riche enseignement de l’Évangile d’aujourd’hui, arrêtons-nous au paragraphe n° 42 de l’Exhortation post-synodale consacrée à « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église » :

Dans le contexte de la relation entre l’Ancien et le Nouveau Testament, le Synode a aussi abordé le thème des pages de la Bible qui se révèlent obscures et difficiles en raison de la violence et de l’immoralité qu’elles contiennent parfois. À ce sujet, il faut avant tout tenir compte du fait que la Révélation biblique est profondément enracinée dans l’histoire. Le dessein de Dieu s’y manifeste progressivement et se réalise lentement à travers des étapes successives, malgré la résistance des hommes. Dieu choisit un peuple et l’éduque avec patience. La Révélation s’adapte au niveau culturel et moral d’époques lointaines et rapporte par conséquent des faits et des usages, par exemple des manœuvres frauduleuses, des interventions violentes, l’extermination de populations, sans en dénoncer explicitement l’immoralité. Cela s’explique par le contexte historique, mais peut surprendre le lecteur moderne, surtout lorsqu’on oublie les nombreux comportements « obscurs » que les hommes ont toujours eus au long des siècles, et cela jusqu’à nos jours. Dans l’Ancien Testament, la prédication des prophètes s’élève vigoureusement contre tout type d’injustice et de violence, collective ou individuelle, et elle est de cette façon l’instrument d’éducation donné par Dieu à son Peuple pour le préparer à l’Évangile. Il serait donc erroné de ne pas considérer ces passages de l’Écriture qui nous apparaissent problématiques. Il faut plutôt être conscient que la lecture de ces pages requiert l’acquisition d’une compétence spécifique, à travers une formation qui lit les textes dans leur contexte historico-littéraire et dans la perspective chrétienne qui a pour ultime clé herméneutique « l’Évangile et le Commandement nouveau de Jésus-Christ accompli dans le Mystère pascal ». J’exhorte donc les chercheurs et les Pasteurs à aider tous les fidèles à s’approcher aussi de ces pages à travers une lecture qui fasse découvrir leur signification à la lumière du Mystère du Christ.

« La dame ne m’a pas demandé de vous convaincre mais de vous le dire »

Réflexion du père Thomas Roscia c.s.b. pour la Fête de Notre-Dame de Lourdes, 11 février 2017

Cette année, alors que nous célébrons la Fête de Notre-Dame de Lourdes le 11 février, nous commémorons également la 25e Journée Mondiale des malades. Mes premiers souvenirs remontent à ma première visite au très fameux sanctuaire de Lourdes, l’un des sites catholiques parmi les plus vénérés et visités du monde entier, situé tout près des Pyrénées à la limite de la frontière franco-espagnole. Cette visite remonte, en effet, à 1978 lorsque j’étais étudiant à l’université et que je terminais un stage d’été en Bretagne où j’avais travaillé bénévolement comme « brancardier » c’est-à-dire une de ces personnes qui accueillent les personnes malades d’un « Accueil » ou d’un hospice jusqu’à la grotte puis dans les bains. J’y ai découvert une histoire extraordinaire qui demeure encore aujourd’hui inconnue pour beaucoup de gens. Il y a peu de lieux de pèlerinage sur terre qui permettent de toucher le Mystère de la Croix et la valeur rédemptrice de la souffrance avec autant d’intensité ; qui permettent, en effet, de faire l’expérience du cœur de la vie chrétienne.

Le 11 février 1858, une petite fille du coin nommée Bernadette Soubirous âgée de 14 ans affirme que Notre-Dame lui est apparue lorsqu’elle se trouvait dans la grotte de Massabielle aux périphéries de la ville de Lourdes dans le sud-ouest de la France. Marie s’est révélée en ces mots à cette petite paysanne : « Que soy era Immaculada Conceptiou ». Exprimée dans le dialecte de la petite Bernadette (ni français, ni espagnol mais provençal), cette phrase signifie « Je suis l’Immaculée Conception ». Dans les mois qui ont suivi, la Vierge lui apparut 18 fois.

Le dogme de l’Immaculée Conception est complexe et a davantage intéressé les théologiens que le commun des fidèles. Encore aujourd’hui, beaucoup se trompent en croyant que l’Immaculée Conception se réfère à la conception du Christ. Ce dogme se réfère plutôt à la croyance selon laquelle Marie, par une grâce spéciale et du moment de sa conception, ne fut pas entachée par le péché originel.

Or, l’une des pierres d’achoppement pour beaucoup de catholiques est le péché originel. Aujourd’hui, nous sommes de moins en moins conscients de la réalité du péché originel. Or, s’il n’y a pas de péché originel, l’Immaculée Conception n’a pas de sens. Par l’entremise du dogme de l’Immaculée Conception, Dieu était présent dans la vie de Marie depuis ses tous premiers moments. La Grâce de Dieu est plus grande que le péché, elle surpasse le péché et la mort.

Lorsque nous honorons la Mère de Dieu sous le titre d’« Immaculée Conception », nous reconnaissons en elle un modèle de pureté, d’innocence, de confiance, de curiosité enfantine, de révérence et de respect; elle qui avait également une conscience mature et apte à comprendre que la vie n’est pas toujours simple. Il est rare de trouver en une même personne révérence et sophistication, idéalisme et réalisme, pureté, innocence et passion tels que nous les trouvons en Marie. Quelque chose en nous cherche cette innocence, cette pureté, cette fraîcheur et cette confiance. Lorsque nous les perdons, nous nous retrouvons cyniques et désillusionnés avec un sentiment malheureux qui vient précisément du fait d’avoir « fait le tour », d’avoir ouvert nos yeux ou, en d’autres termes, d’avoir une connaissance sans innocence. Nous devons garder cette innocence en gardant un équilibre entre les deux. Par ce titre d’« Immaculée Conception » nous avons l’image d’une humanité et d’une divinité qui se rencontrent dans la chaleur d’un foyer. Dieu est confortable en notre présence et nous le sommes également en Lui.

Journée mondiale des malades

Chaque année, le Pape publie un message spécial pour la Journée mondiale des malades  célébrée, d’une manière on ne peut plus appropriée le 11 février, Fête de Notre-Dame de Lourdes. Le thème de cette année est « Émerveillement pour tout ce que Dieu accomplit : 
« Le Puissant fit pour moi de grandes choses … » (Lc 1,49)[1]. Comme le pape François le mentionne dans son message, cette journée fut instituée par Saint Jean-Paul II en 1992 et fut célébrée pour la première fois le 11 février 1993. Elle est l’occasion de réfléchir en particulier pour les besoins des malades, mais plus généralement, pour tous ceux qui souffrent. C’est également l’occasion pour ceux qui assistent si généreusement les malades, dont les membres de la famille, les travailleurs du domaine de la santé, les bénévoles, de remercier Dieu pour leur vocation d’accompagnateurs de nos frères et sœurs handicapés.

Continuant son propos, le pape François affirme : « Comme sainte Bernadette, nous sommes sous le regard de Marie. L’humble jeune fille de Lourdes raconte que la Vierge, qu’elle a appelée “la Belle Dame”, la regardait comme on regarde une personne. Ces simples paroles décrivent la plénitude d’une relation. Bernadette, pauvre, analphabète et malade, se sent regardée par Marie comme une personne. La Belle Dame lui parle avec grand respect, sans prendre un air supérieur. Cela nous rappelle que chaque malade est et reste toujours un être humain, et doit être traité comme tel. Les infirmes, comme les porteurs de handicaps même très lourds, ont leur inaliénable dignité et leur mission dans la vie, et ne deviennent jamais de simples objets, même si parfois ils peuvent sembler seulement passifs, mais en réalité, ce n’est jamais ainsi ».

Après ce passage à la Grotte, grâce à la prière, Bernadette a transformé sa fragilité en support pour les autres. Grâce à son amour, elle fut capable d’enrichir son prochain mais, surtout, elle a pu offrir sa vie pour le salut de l’humanité. Le fait que la Dame d’Amour lui demanda de prier pour les pécheurs nous rappelle que les infirmes et les souffrants n’ont pas seulement besoin de soins corporels mais également de vivre une vie chrétienne authentique, au point de s’offrir comme disciples missionnaires du Christ. Marie a donné à Bernadette la vocation de servir les malades en devenant une Sœur de la Charité. Vocation qu’elle porta d’une manière exemplaire au point de devenir un modèle pour tous les travailleurs des soins de la santé. « Demandons donc à l’Immaculée Conception la grâce de savoir nous mettre toujours en relation avec le malade comme avec une personne qui, certainement, a besoin d’aide, parfois aussi pour les choses les plus élémentaires, mais qui porte en elle un don personnel à partager avec les autres. »

Le pape François a également inclus cette prière dans son message annuel :

O Marie, notre Mère, qui, dans le Christ, accueille chacun de nous comme un enfant,
Soutiens l’attente confiante de notre cœur,
Secours-nous dans nos infirmités et nos souffrances,
Guide-nous vers le Christ ton fils et notre frère,
et aide-nous à nous confier au Père qui accomplit de grandes choses.

Bien que caché dans un coin reculé de la France, Lourdes a une vocation universelle envers l’humanité et, ce, depuis 1858. Au cours des années, j’ai souvent réfléchi à l’expérience et à la souffrance de Bernadette alors qu’elle essayait de partager l’histoire de sa rencontre avec la « Belle Dame » avec ceux qui l’entouraient. Même le scepticisme des autorités locales de l’Église envers son histoire a pu servir comme temps de purification afin que le grand message de Lourdes puisse continuer à résonner dans le monde entier. La foi simple et la confiance en Dieu de Bernadette m’inspire et a inspiré plusieurs à ne pas avoir peur de partager les histoires de leurs expériences et convictions religieuses avec ceux qui les entourent. Avons-nous peur de l’indifférence, de l’hostilité, d’être mis de côté ou d’être ridiculisés ? Je prends courage dans la réponse de Bernadette au chef de police de Lourdes qui lui disait qu’elle ne l’avait pas convaincu des événements qu’elle racontait s’être produits dans la grotte près de la rivière : «  La dame ne m’a pas demandé de vous convaincre mais de vous le dire  ».

Prions pour ne jamais nous fatiguer de raconter à ceux qui nous entourent les grandes choses que Dieu a faites pour nous et pour l’humanité.

Présence du père Thomas Rosica c.s.b. à la Messe de l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal