« Jeune homme, jeune femme, lève-toi ! Revis ! Aime à nouveau ! »

Treizième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 1 juillet 2018

La semaine dernière, nous avons été témoins de la puissance divine agissant sur les forces de la nature (Marc 4, 37-41). Aujourd’hui, les récits de l’Évangile en ce 13e dimanche du temps ordinaire, nous révèlent son autorité envers  le mal et la mort. Dans ces récits forts, Jésus nous rappelle de l’importance de la foi. Rien n’est possible sans la foi. En se rendant à la maison  de Jaïre (Marc 5), Jésus est confronté à des pannes, des délais et même des obstacles sur la route. Les personnages de Marc (5) transmettent leur impureté à Jésus et à chacun, Jésus leur accorde la plénitude de Dieu qui purifie. Prenons un moment pour revoir chaque situation.

La femme souffrante d’hémorragies

La guérison miraculeuse, par Jésus, de cette femme  qui souffrait d’hémorragies depuis douze ans est décrite dans trois  des quatre Évangiles (Mt 9, 20-22; Mc 5, 25-34; Lc 8, 43-48). Selon la loi juive, trois formes d’impuretés étaient assez graves pour valoir l’exclusion sociale : la lèpre, les souillures causées par des écoulements corporels et les impuretés au contact d’un mort (Nb 5, 2-4). Dans l’Évangile selon Marc (verset 5), la femme était affligée d’une maladie qui la rendait rituellement impure (Lévitique 15, 25-27), ce qui l’aurait exclue de contacts sociaux et de la pratique religieuse au temple. Elle souhaitait désespérément la guérison par  Jésus, mais elle savait que d’après la loi juive, il serait ainsi rituellement impur au contact de son sang.

Tous ceux qui souffraient d’une des maladies devenaient impurs. Toute chose ou personne touchée par le malade devenait impure. Tous ceux qui étaient impurs souffraient également d’une séparation avec les autres et avec Dieu. Toute chose impure était inapte ou indigne de la présence d’un Dieu qui était saint. Ceux que l’on jugeait impurs devaient se soumettre à un rite de purification ou d’épuration afin d’être accueillis à nouveau en société et dans la présence de Dieu.

La femme s’impose audacieusement dans l’espace personnel de Jésus et touche ses vêtements. Ce geste rend Jésus impur et aurait pu le détourner. Au contraire, Jésus a non seulement guéri la femme, mais il a rétabli son lien avec Dieu. Il établit également un lien interdit avec cette femme lorsqu’il l’appelle « ma fille ».

La fille de Jaïre

Le récit très touchant de Jaïre est «inséré» dans celui de la femme souffrante d’hémorragies. Jaïre, chef élu de la synagogue locale, était également le responsable de la supervision du service religieux hebdomadaire, de la gestion de l’école et de l’entretien de l’immeuble. D’autres chefs de synagogue ont mis pression sur Jaïre pour qu’il oppose Jésus, mais Jaïre n’a pas cédé aux influences. Jaïre s’est prosterné devant Jésus et a exprimé sa détresse : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Ce geste posé par Jaïre était significatif de même qu’un acte audacieux de respect et d’adoration.

L’histoire continue: « Il saisit la main de l’enfant, et il dit : “Talitha Koum”, ce qui signifie : “Jeune fille, je te le dis, lève-toi!” Aussitôt, la jeune fille se leva et se mit à marcher » (5,41-42). En disant « jeune fille », il établit avec elle le même lien que Jaïre avec sa fille.

Dans chaque cas, la sainteté de Jésus transmue l’impureté de la personne. Ainsi, l’écoulement du sang s’arrête. La femme est guérie. Le cadavre est ressuscité. La jeune fille sort de son lit. Jésus élève chaque personne à son niveau confiant à l’individu le mérite de la présence de Dieu.

Jésus, le guérisseur

Dans de nombreux récits de guérison, Jésus atteste sa puissance d’accorder la santé, la guérison, et même, la résurrection des morts. Souvenons-vous du jeune homme de Naïm (Luc 7) qui était mort. Jésus a dit, « “Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi.” Alors, le mort se redressa, s’assit et se mit à parler. » Jésus a répondu aux pleurs du lépreux qui le supplia : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Ému de compassion, Jésus prononça ensuite un ordre digne de Dieu et non pas d’un simple être humain : « “Je le veux, sois purifié.” À l’instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié. » (cf. Mc 1, 40-42) Comment pourrait-on oublier le cas du paralysé qui fut descendu d’une ouverture découverte au toit de la maison, Jésus dit, « Lève-toi, prends ton brancard, et rentre chez toi. » (cf. Mc 2, 1-12)

L’histoire de Jésus se continue dans l’Acte des apôtres lorsque l’on nous raconte que des gens « allai[en]t jusqu’à sortir les malades sur les places, en les mettant sur des lits et des brancards : ainsi, quand Pierre passerait, il toucherait l’un ou l’autre de son ombre. » (Actes 5,15) Les apôtres ont accompli ces « signes et miracles » non  pas en leur propre nom, mais en celui du Christ et c’est pourquoi ils sont des signes supplétifs de sa puissance divine.

« Talitha koum »

Le récit de la fille de Jaïre nous parle non seulement de la mort d’un enfant et de la résurrection d’une fillette, mais également de la mort du cœur et de l’esprit, un mal qui afflige actuellement de nombreux jeunes. Ces mots forts porteurs de sens : « Talitha koum », jeune fille, lève-toi, s’adressent non seulement à la fillette du récit de Marc, mais également à beaucoup de jeunes, même à chacun d’entre nous. Combien de jeunes enfants vivent avec la crainte et la tristesse causés par des situations de familles désunies, de tragédies et de pertes! Combien de jeunes sont aux prises d’un cercle vicieux de la mort, c’est-à-dire les drogues, l’avortement, la pornographie, la violence, les gangs et le suicide. De nos jours, les jeunes souffrent d’angoisses, de découragements et d’autres maladies psychologiques et même physiques graves, voire de façon alarmante. Plusieurs ne savent plus ce que veut réellement dire la joie, l’amour, l’espoir et la vérité.

La tristesse, le pessimisme, le cynisme, le vide de sens, le désire prendre fin à la vie ne sont jamais des choses positives, mais de voir ou d’entendre des jeunes les transmettre nous rend d’autant plus le cœur gros et attristé. Puisque j’habite dans une grande ville comme Toronto, j’ai eu l’occasion de faire la rencontre de nombreux jeunes. Puis lorsque j’entends leur histoire de ruptures, de tristesses et de désespoirs, je me rends compte de l’énormité du travail à faire de la part des églises afin de faire revivre ces jeunes.

Actuellement, Jésus continue de ramener à la vie ces jeunes morts. Il le fait par ses mots et également, en envoyant ses disciples qui, en son nom puis son amour même, répètent aux jeunes d’aujourd’hui l’appel: «Talitha koum», «jeune homme, jeune femme, lève-toi! Revis! Aime à nouveau! Tu es aimé!»

« Alive » à Darlinghurst

En réfléchissant à l’Évangile d’aujourd’hui et ces mots forts de Jésus, « Talitha Koum », je me rappelle très bien d’un moment exceptionnel du pape Benoît XVI au cours de la Journée mondiale de la jeunesse 2008. Le Saint-Père s’est rendu à la chapelle Sacred Heart de Darlinghurst (Sydney) où il s’est entretenu avec des jeunes, ayant des antécédents de dépendance aux drogues et d’autres difficultés, qui participaient au programme «Alive». Le Pape se réfère alors aux paroles de Moïse dans l’Ancien Testament: « Je te propose de choisir entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu […] c’est là que se trouve la vie.

«Ce qu’ils avaient à faire était clair, » expliqua le Pape, « ils devaient se détourner des autres dieux et adorer le vrai Dieu qui s’était révélé à Moïse et ils devaient obéir à ses commandements. Vous pourriez penser qu’il est peu probable que, dans le monde d’aujourd’hui, les gens adorent d’autres dieux. Mais il arrive que les gens adorent « d’autres dieux » sans s’en rendre compte. Les faux « dieux » […] sont presque toujours liés à l’adoration de trois réalités : les biens matériels, l’amour possessif, le pouvoir. »

L’amour authentique est certainement quelque chose de bon » ajouta le Pape. « Quand nous aimons, nous devenons plus pleinement nous-mêmes, nous devenons plus pleinement humains. Mais […] Souvent, les gens pensent aimer alors qu’en réalité, ils tendent à posséder l’autre ou à le manipuler. Parfois, les gens traitent les autres comme des objets pour satisfaire leurs propres besoins. […] Comme il est facile d’être trompés par les nombreuses voix qui, dans notre société, défendent une approche permissive de la sexualité, sans prêter attention à la pudeur, au respect de soi et aux valeurs morales qui confèrent aux relations humaines leurs qualités !

Chers amis, je vois en vous des ambassadeurs de l’espérance pour tous ceux qui se trouvent dans des situations semblables. Vous pouvez les convaincre de la nécessité de choisir le chemin de la vie et de renoncer au chemin de la mort, parce que vous parlez d’expérience. Dans tous les Évangiles, ce sont ceux qui ont opéré des choix erronés qui sont particulièrement aimés de Jésus, parce que, quand ils se sont rendu compte de leur erreur, ils se sont ouverts plus que les autres à sa parole de guérison. En vérité, Jésus fut souvent critiqué par des soi-disant justes, parce qu’ils passaient trop de temps en leur compagnie. “ Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? ” demandaient-ils. Et lui répondait : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades… Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. » (cf. Mt 9,11-13)

C’était ceux qui désiraient reconstruire leur vie qui se montraient les plus disponibles à écouter Jésus et à devenir ses disciples. Vous pouvez suivre leurs traces ; vous aussi vous pouvez vous approcher particulièrement de Jésus précisément parce que vous avez choisi de retourner à Lui. Vous pouvez être certains que, comme le père dans la parabole de l’enfant prodigue, Jésus vous accueille à bras ouverts. Il vous offre son amour inconditionnel : et c’est dans l’amitié profonde avec lui que se trouve la plénitude de la vie.

Je suis certain que Jésus fixait Benoît d’un grand sourire de même que cette rencontre formidable à Sydney ce juillet dernier. Les mots de Jésus : « Talitha koum » ont été réentendu aux antipodes alors que le pape Benoît XVI invitait les jeunes à s’élever, à revivre et à aimer de nouveau.

(Image : Filha Jairo par Polenov)

“Je ne suis pas Lui, je prépare Son chemin”

Solennité de la Nativité de Saint Jean Baptiste – dimanche 24 juin 2018

Isaïe 49,1-6 ;
Actes 13,22-26 ;
Luc 1,57-66.80

Aujourd’hui l’Église célèbre la grande fête de la nativité de celui qui était le « Précurseur », l’« Ami du Marié », « la voix de celui qui crie dans le désert » : Jean le Baptiste. La première lecture est la deuxième des quatre chansons du « Serviteur du Seigneur » du prophète Isaïe (49.1-6). Il portrait exquisément le rôle du Baptiste. Il était véritablement le Serviteur prêt à prêcher la Parole de Dieu. Jean était identifié avec le peuple d’Israël et sa vocation n’était pas seulement la restauration d’Israël mais d’ailleurs la conversion du monde. Jean était l’épée tranchante qui a indiqué la vraie lumière des nations, l’un dont le salut atteindrait la fin du monde.

Saint Paul, dans la lecture d’aujourd’hui des Actes des Apôtres (13.22-26) a parle de Jean qui a annoncé sa venue en proclamant un baptême de repentance à tout le peuple d’Israël. Paul relate que lorsque Jean achevait son discours, il disait : « Je ne suis pas celui que vous pensez ; mais voici, après moi vient celui des pieds duquel je ne suis pas digne de délier les souliers » (13.25).

Il n’y a aucun Évangile qui commence l’histoire du ministère publique de Jésus sans d’abord raconter la vie et la mission de Jean Baptiste. Le fait que Jean précédait Jésus est clairement fixé dans la narration chrétienne. Marc et Luc introduit le Baptiste avant introduire Jésus. Jésus est introduit à travers Jean. Le rôle de Jean dans l’histoire de salut et dans la proclamation de la venue du Messie est merveilleusement décrit dans la préface d’Avent dans la liturgie Romaine, lorsqu’elle réfère a Jésus en tant que : « Celui dont Jean Baptiste a proclamé la venue et révélé la présence au milieu des hommes ».

Jean Baptiste était un homme du désert et a commencé sa prédication là-bas, en proclamant : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers » (Mc 1.3 ; Mt 3.3). Ses années longues dans le désert avant son apparition en tant que prêcheur et enseigneur de repentance (Lc 1.80) étaient une occasion de croissance, pleine des expériences. Il faut être le même pour tout ceux et celles qui suivent Jésus. Chaque ministère et service dans le Royaume de Dieu qui implique la communication avec les autres exige un période de préparation dans la solitude et nos propres déserts humains. Seulement dans ces moments de solitude que nous pouvons être attentifs à la Parole de Dieu dans nos vies. Prenons-nous du temps pour écouter la Parole de Dieu ? Où trouvons-nous la terre sainte dans nos vies où la Parole de Dieu est dénoué et complètement libre d’être entendue et vécue ? Permettons-nous les déserts de nous parler et nous former ?

Lorsque l’heure est arrivée, Jean a conduit ses propres disciples à Jésus et les a indiqué le Messie, la Vraie Lumière, et l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Le témoignage que Jésus rend à Jean fait le Baptiste le plus grand de tous les héros d’Israël (Mt 11.7-19 ; Lc 7.24-35). Jésus affirme la grandeur de Jean en lui appelant un « témoin à la vérité, une lampe qui brûle et qui luit » (Jn 5.33-56). Jean ne pourrait pas sauver, mais il a donné aux autres une expérience profonde du pardon, ainsi les permettant de rencontrer Dieu sur le chemin de leurs vies. Il a considéré lui-même moins qu’un esclave face à Jésus, « Au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas, qui vient après moi ; je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers » (Jn 1.26-27). Lorsque les disciples de Jean lui approchaient, troublés par le baptême par Jésus dans le Jourdain, il leur a répondu avec assurance : « Un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du ciel ». Jean a dit qu’il est justement l’Ami du Marié, celui qui doit diminuer lorsque son Maitre croisse (Jn 3.25-30). Le Baptiste a défini son humanité en termes de ses limitations.

Jean Baptiste est finalement emprisonné par Hérode Antipas puisque son reproche publique du tétrarque pour son mariage adultère et incestueux avec Hérodiade (Mt 4.12 ; Mc 1.14 ; Lc 9.7-9). Jean était exécuté puisqu’une promesse ridicule faite par Hérode lors d’une débauche d’ivrogne (Mt 14.1-2 ; Mc 6.14-28 ; Lc 9.7-9). Ainsi que le Baptiste et le Messie sont liés dans leurs naissances, leurs sorts sont également étroitement entrecroisés.

L’Esprit de Dieu a permis les prophètes de se sentir avec le Seigneur. Ils étaient capables de partager ses attitudes, ses valeurs, ses sentiments, et ses émotions. Cela les permettait de voir les évènements de leurs époques comme Dieu les a vus, et de sentir dans la même façon qu’il sent. Ils ont partagé la colère de Dieu, la tristesse de Dieu, la déception de Dieu, la révulsion de Dieu, la sensibilité de Dieu pour son peuple, et le sérieux de Dieu. Ils non pas partager ces choses en abstrait ; ils partageaient les sentiments de Dieu dans les évènements concrets de leurs époques.

L’image de Jean Baptiste est souvent représenter avec sont doigt montrant celui qui vient : Jésus Christ. Si nous prenons le rôle de Jean en préparant la voie dans le monde aujourd’hui, nos vies seront aussi des doigts des témoins vivants qui montrent que Jésus peut être trouvé est qu’Il est proche. Jean a donné au gens de son époque l’expérience du pardon et du salut, en pleine connaissance qu’il n’était lui-même le Messie, Celui avec la pouvoir à sauver. Est-ce que nous permettons les autres d’avoir des expériences de Dieu, de pardon, de salut ?

Jean Baptiste est venu afin de nous enseigne qu’il existe un chemin hors de l’obscurité et la tristesse du monde et la condition humaine, et que ce chemin est Jésus lui-même. Le Messie vient pour nous sauver des puissances des ténèbres et de la mort, et de nous mettre encore sur le chemin de la paix et la réconciliation afin que nous puissions trouver la voie qui nous ramène à Dieu. Celui n’est pas le Baptiste, mais il prépare Son chemin.

Le défunt théologien jésuite, P. Karl Rahner, a écrit :

Nous devons écouter la voix de celui qui crie dans le désert, même lorsqu’elle confesse : « Je ne suis pas Lui. » On ne peut pas choisir de ne pas écouter cette voix « car elle est juste la voix d’un homme ». Ainsi, on ne peut pas mettre de côté le message de l’Église, car l’Église, « n’est pas digne de délier la courroie des souliers » de son Seigneur qui la procède.

 

 

Le lent progrès de l’accroissement du Royaume de Dieu

Réflexion biblique pour le 11e dimanche du temps ordinaire (année B)

La croissance des plantes, des arbres, des fleurs et du gazon se produit tranquillement et silencieusement, sans que nous nous en rendions compte. Cette réalité imprègne l’ensemble des lectures de ce dimanche (Ézéchiel 17, 22-24; Psaume 92; Marc 4, 26-34). Regardons chacun de ces textes en appliquant l’image de la croissance des plantes à celle du Royaume de Dieu au milieu de nous.

La première lecture, tirée du livre d’Ézéchiel (17, 22-24), est une partie d’une plus large allégorie combinant des fables sur la nature avec des jugements concrets sur l’histoire. Cela permet ainsi au prophète d’inclure la promesse d’une restauration future dans le contexte historique de l’expérience de Juda. Au sein du grand exil d’Israël, Ezéchiel sait que Dieu accomplit l’inattendu, soit faire grandir le petit arbre et rapetisser le grand. Le grand cèdre représente le roi de Juda et les trois autres arbres, les rois des nations des alentours. Dieu plantera sur le Mont de Sion à Jérusalem, un jeune et tendre brin de cèdre provenant du sommet du même grand cèdre. Cela fait référence au dernier roi ou Messie qui surgira de la maison de David. Ce roi sera couronné à Jérusalem, au sommet de la plus grande montagne d’Israël (2 Samuel 7,13). Plusieurs autres nations viendront et trouveront refuge auprès de ce nouveau royaume.

Le Dieu d’Israël accomplit toujours l’inattendu, il fait grandir le petit arbre et rapetisse le grand. Dieu fait fleurir des régions désertiques et fait flétrir ce qui semble superficiellement florissant (Ézéchiel 17, 24). Dieu restaure les cœurs brisés et les espoirs perdus. Quoi que les mots du prophète Ézéchiel se réfèrent en premier lieu, aux espoirs de l’ancien Israël, ils résonnent toujours au milieu de nous aujourd’hui. Bien que la dynastie terrestre de David disparaîtra, les espoirs de David se réaliseront d’une manière plus glorieuse que ce qu’il n’aurait jamais pu imaginer!

Nous croyons que la réalisation du royaume de Dieu se trouve en Jésus de Nazareth, Fils d’Abraham et Fils de David, qui est venu pour établir son royaume au milieu de nous. Le Royaume de Dieu en Jésus grandit d’une manière mystérieuse et cachée, indépendamment de nos efforts humains. Les mots du prophète Ézéchiel remuent nos cœurs et nos esprits en nous rappelant la fidélité constante de Dieu, spécialement lorsque la croissance semble subir quelques délais ou semble tout à fait impossible : « Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai » (Ez 17, 24).

Le juste grandira aussi grand que le palmier

Le psaume 92 est un psaume vantant la grandeur de la providence divine. Deux images dominantes se trouvent dans ce psaume : le cèdre et le dattier. Alors que le dattier peut porter du fruit, il lui manque la force et l’endurance du cèdre. Le cèdre est puissant mais il ne peut porter de fruit. En terre biblique, le palmier et l’imposant cèdre du Liban suggèrent force, justice, rigueur et beauté. Tous deux, le dattier et le cèdre sont plantés délibérément dans la maison du Seigneur. C’est là, dans le sanctuaire de la Loi, qu’ils trouvent leurs racines. C’est de là qu’ils tirent toute leur vigueur et leur force. Les deux arbres sont présentés comme des modèles pour ceux qui désirent vivre des vies de droiture et de justice, solidement plantés dans la présence de Dieu.

Notre terre natale, c’est le Seigneur

C’est en parlant du mystère de notre union avec la mort et la résurrection du Christ (2 Cor 5, 6-10) que Saint Paul introduit le thème des prophéties d’Ézéchiel. Paul fait face à la peur de sa propre mort et admet sa difficulté à réconcilier ses désirs apparemment contradictoires « d’être uni à son corps et loin du Seigneur » ou « loin de son corps et à la maison avec le Seigneur ». Sa confiance émerge de sa foi. Dans cette vie, nous sommes séparés du Christ. C’est pour cette raison que Paul préfèrerait la mort en étant « séparé de mon corps, à la maison avec le Seigneur ». En ce sens, nous sommes présentement comme des citoyens en exil, loin de notre maison. Le Seigneur est notre lointaine terre natale, crue mais non pas vue (7). Paul affirme sa confiance en comparant ce qui a une valeur permanente de ce qui ne fait que passer. Paul en arrive au point de considérer que les souffrances du temps présent ne sont pas des raisons valables pour abandonner l’apostolat puisque la vraie maison de tous les croyants est ailleurs.

Cela vaut aussi pour nous. Dieu nous attire mystérieusement vers notre maison du ciel. De la demeure terrestre, nous préparons notre arrivée au paradis. Nous avançons constamment, instillant en nous un profond désir d’être avec le Seigneur alors qu’étant toujours ici-bas, nous sommes toujours faits de chair. Le message de Paul parle à chacun de nous puisque c’est dès aujourd’hui que nous nous préparons pour notre maison du ciel. En effet, notre manière de vivre ici et maintenant notre relation avec le Seigneur est une bonne indication du comment nous passeront l’éternité avec Lui.    

L’assurance de la récolte

Dans ce récit très connu du semeur de l’Évangile, Jésus annonce l’accomplissement des espoirs d’Ézéchiel, bien que la réalisation de ce royaume fut produit d’une manière qu’Ézéchiel aurait pu difficilement imaginer. En effet, ce royaume ne serait pas enraciné dans une réalité géographique ou politique mais plutôt dans le cœur des hommes. Dans la parabole du semeur (Mc 4, 26-34), Marc fait le lien entre deux paraboles de Jésus en utilisant, pour parler du royaume de Dieu, l’image de la semence qui pousse. Dans la parabole de la semence qui grandit (26-29), Marc compare la relative inactivité du fermier avec l’assurance de la récolte. Le semeur a seulement besoin d’une chose : attendre que la récolte atteigne la maturité pour ensuite moissonner. Seul Marc fait référence à la parabole de la semence qui grandit (26-29). Semeur et moissonneur sont pareils. L’emphase est mise sur le pouvoir qu’a la semence de grandir par elle-même indépendamment de l’intervention humaine (27). Mystérieusement, la semence produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi (28). Ainsi, le royaume de Dieu qui a commencé par Jésus qui proclame la parole se développe tranquillement mais sûrement jusqu’à ce qu’il soit totalement établi au jugement dernier (29).

La graine de moutarde

La deuxième parabole est plus connue. Jésus utilise l’image de la graine de moutarde pour montrer le commencement du royaume en exagérant, à la fois, la petitesse de la graine de moutarde et la grandeur du plant de moutarde. La graine de moutarde n’est vraiment pas la plus petite graine et son plant n’est qu’un arbuste! Jésus utilise cette image pour montrer que le royaume va grandir et fleurir même si le commencement semble être très petit et insignifiant. La semence qui se trouve dans les mains de Jésus est petite, simple et n’impressionne personne. Mais voilà à quoi le royaume de Dieu ressemble.

De ces petites graines vont jaillir de grands succès pour le royaume de Dieu et pour la Parole de Dieu. Puisque la récolte symbolise le jugement dernier, il est possible que la parabole s’occupe aussi de la question brûlante du lent progrès de la croissance du royaume de Dieu, spécialement lorsque cette croissance est empêchée par les persécutions, les échecs, ou par le péché. La patience est toujours démise devant d’humbles commencements. Jésus rassure la foule en lui disant que la croissance va venir mais ce n’est qu’à la moisson que le fermier va réapparaître. La croissance du royaume de Dieu est le résultat de la puissance de Dieu, pas de la nôtre. Comme la petite graine de moutarde, le royaume de Dieu est quelque chose qui commence petitement.

Le Seigneur utilise l’image vive de la graine de moutarde pour parler de notre foi. Lorsque nous avons la foi, le Seigneur accomplit de grandes choses en nous. Lorsque nous nous prenons nous-mêmes et nos efforts trop au sérieux, cherchant par nos plans et nos programmes à « mettre de l’avant le royaume de Dieu », nous partons frustrés et tristes. Nous ne devons jamais oublier que c’est le Seigneur qui sème, qui nourrit et qui moissonne la récolte.

Nous ne sommes que des servants de la vigne. Prions le Seigneur de bien vouloir bénir le désir qu’Il a Lui-même planté profondément dans nos cœurs. Comme la graine de moutarde grandit au point de donner refuge aux oiseaux, que nos familles et nos communautés chrétiennes soient le signe du Royaume et qu’ainsi chaque personne de nos communautés soit protégée, respectée et aimée.

L’agrandissement silencieux mais vigoureux de l’Église

Je fus très surpris par le pape Benoît XVI lorsqu’il a utilisé l’image de la graine de moutarde lors d’une entrevue avec des journalistes dans l’avion en direction de Madrid en Espagne pour les Journées Mondiales de la Jeunesse, le 18 août 2011. En effet, on avait alors demandé au Saint-Père comment les fruits des JMJ pouvaient être assurés pour le futur? Est-ce que les Journées mondiales de la jeunesse produisent des fruits qui durent plus longtemps qu’un simple éclat d’enthousiasme momentané ? Le pape Benoît avait répondu à cette question par ces paroles :

« Dieu sème toujours en silence. Cela n’apparaît pas tout de suite dans les statistiques. Le grain que le Seigneur met en terre avec les JMJ est comme celui dont parle l’Évangile: quelque chose tombe sur la route et se perd, quelque chose tombe sur la pierre et se perd, quelque chose tombe dans les ronces et se perd, mais quelque chose tombe dans de la bonne terre et porte beaucoup de fruits.

Il en est de même avec les JMJ aussi: beaucoup se perd et cela est humain. Pour reprendre d’autres paroles du Seigneur, le grain de sénevé est petit mais grandit et devient un grand arbre. En d’autres termes encore, il est évident que l’on perd beaucoup, on ne peut pas dire tout de suite qu’une grande croissance de l’Église reprendra dès demain. Dieu n’agit pas ainsi. Mais la croissance — une grande croissance — se fait en silence. Je sais que les autres JMJ ont fait naître de grandes amitiés, des amitiés pour la vie; beaucoup de nouvelles expériences de la présence de Dieu. Nous avons confiance en cette croissance silencieuse. Nous croyons, même si les statistiques n’en parleront pas beaucoup, que la semence du Seigneur grandit vraiment et sera pour un très grand nombre de personnes le début d’une amitié avec Dieu et avec les autres, d’une universalité de la pensée, d’une responsabilité commune qui montre vraiment que ces journées portent du fruit »

À ces paroles je dis AMEN ! Alléluia !

Questions de réflexion :

    • À quel moment récemment Dieu a-t-il agi dans ma vie en y apportant des résultats inattendus?
    • Quelles sont les conditions nécessaires pour que la Parole de Dieu soit entendue?
    • Quand ai-je été déçu du faible accroissement du Royaume de Dieu? Et pourquoi ?
    • Quelle est mon expérience des Journées Mondiales de la Jeunesse ou d’autres grands événements de l’Église catholique ?

Le Royaume exige que nous fassions la volonté de Dieu

Dixième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 10 juin 2018

L’épisode évangélique d’aujourd’hui, celui des scribes incrédules venus de Jérusalem et qui attribuent à Béelzéboul les pouvoirs de Jésus (Marc 3,20-35), s’inscrit à l’intérieur de la visite des parents de Jésus. « Béelzéboul » est un nom divin cananéen qui désigne ici le prince des démons. On trouve dans le Nouveau Testament un certain nombre de passages où on tente d’établir un lien entre Jésus et Satan (Matthieu 9,34; 10,25; 12,24.27; Jean 7.20; 8.48.52). Ces incidents ne remontent pas seulement à la vie de Jésus mais reflètent probablement aussi les tensions entre l’Église primitive et la synagogue. Quand Jésus demande : comment Satan peut-il expulser Satan (v. 23b), il affirme simplement que toute entité qui se divise est vouée à disparaître, qu’il s’agisse d’un royaume, d’une famille ou de Satan lui-même. Jésus n’a aucun lien de parenté avec Satan; il en est l’ennemi redouté.

Les liens de parenté

En plein milieu de cette controverse, Jésus apprend que sa mère et ses frères et sœurs viennent d’arriver (v. 32). Pendant toute la vie terrestre de Jésus, deux groupes se sont sentis particulièrement proches de lui : d’abord, le cercle immédiat de sa famille à Nazareth, qui pensait l’avoir perdu au profit des Douze; puis le groupe des Douze, sa famille spirituelle. Il y eut plusieurs moments de tension voire d’hostilité entre les deux groupes. Ni l’un ni l’autre n’a saisi la véritable identité de Jésus.

Jésus enseigne à ses proches que ses disciples lui sont indispensables et qu’ils sont essentiels à son nouveau ministère. Mais ce nouveau groupe représente une menace pour sa parenté (v. 33-35). Quand la famille de Jésus dit de lui qu’il a perdu la tête, elle laisse entendre qu’il est possédé. C’est ce qu’affirment explicitement les scribes venus de Jérusalem: « il est possédé par Béelzéboul ».

La famille de Jésus a de bonnes raisons de le tenir pour excentrique et de penser qu’il a « perdu la tête » car sa vie est axée sur autre chose que ce autour de quoi tourne l’existence de sa famille ou celle des gens de son époque. Ce qui est au centre de la vie de Jésus apparaît au verset 35: c’est de faire la volonté de Dieu. Faire la volonté de Dieu, voilà ce qu’exige le royaume; les liens de parenté sont secondaires. La bonne nouvelle de l’évangile, avec sa promesse et ses exigences, c’est que quiconque fait la volonté de Dieu n’est pas seulement le frère, la sœur et la mère de Jésus mais devient par le fait même profondément et authentiquement lui-même.

Le péché impardonnable contre l’Esprit Saint

L’esprit qui opère en Jésus, celui par lequel il chasse les démons, c’est le Saint-Esprit de Dieu. Le texte de l’évangile d’aujourd’hui contient aussi une mystérieuse allusion au péché ou au blasphème contre l’Esprit Saint (v. 29). Pourquoi le blasphème contre l’Esprit Saint est-il impardonnable? Le blasphème, ce n’est pas insulter l’Esprit Saint en paroles; c’est en fait refuser d’accepter le salut que Dieu nous offre par l’Esprit Saint, qui agit par la puissance du Christ crucifié. Si Jésus dit que le blasphème contre l’Esprit Saint ne peut être pardonné ni en cette vie ni dans l’autre, c’est que le non-pardon est lié à la non-repentance, au refus radical de la conversion. Seuls ceux qui se ferment au pardon en sont exclus.

Si nous nous enfermons dans le péché, fermant ainsi la porte à notre conversion et donc au pardon des péchés, qui ne nous importe pas, nous entrons dans un état de perte et de destruction spirituelle. Le blasphème contre l’Esprit Saint nous empêche d’échapper à l’enfermement que nous nous sommes imposé et d’accéder ainsi à la purification de la conscience et au pardon des péchés.

Faire la volonté de Dieu

L’axe central de la vie pour Jésus, c’est de faire la volonté du Père. C’est ce qu’exige le royaume. La volonté de Dieu est avant tout le projet global de Dieu pour l’univers et pour l’histoire. C’est le plan merveilleux en vertu duquel le Père « nous a prédestinés à être pour lui des enfants adoptifs par Jésus le Christ, selon le bon plaisir de sa volonté » (Éphésiens 1,5). La formule « que ta volonté soit faite » peut aussi renvoyer à toute expression particulière de la volonté de Dieu. Cette « volonté » doit être faite avant tout par Dieu lui-même; c’est Dieu qui accomplit son dessein de salut pour le monde.

Loin de désigner une résignation passive et démunie au destin ou aux circonstances, la « volonté de Dieu » dépasse nos rêves les plus fous et révèle l’immense sollicitude de Dieu, sa providence miséricordieuse pour chacune et chacun de nous. Laisser s’accomplir en nous la volonté de Dieu exige de notre part un oui conscient et résolu, un « fiat » et un lâcher-prise suave, parfois doux-amer, afin que quelque chose de grand puisse s’accomplir en nous, par nous, à cause de nous voire en dépit de nous.

Dans l’homélie-programme qu’il a prononcée le 24 avril 2005 lors de son intronisation au siège de saint Pierre, Benoît XVI a déclaré : « Chers amis ! En ce moment, je n’ai pas besoin de présenter un programme de gouvernement… Mon véritable programme de gouvernement est de ne pas faire ma volonté, de ne pas poursuivre mes idées, mais, avec toute l’Église, de me mettre à l’écoute de la parole et de la volonté du Seigneur, et de me laisser guider par lui, de manière que ce soit lui-même qui guide l’Église en cette heure de notre histoire. »

Représentez-vous Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI, un des plus grands esprits et des plus grands théologiens de l’Église, en train d’annoncer à l’Église et au monde qu’il n’est pas venu faire sa volonté mais se mettre à l’écoute, avec toute l’Église, de la parole et de la volonté du Seigneur, se laisser guider par le Seigneur pour que ce soit le Seigneur lui-même qui dirige l’Église à cette heure de notre histoire! Paroles puissantes que chacune, chacun devrait méditer!

Les saints sont des excentriques

Combien de fois n’avons-nous pas pensé que les saints ne sont que des « excentriques » dont l’Église fait des modèles, des personnes bien peu représentatives et coupées de l’expérience humaine. Il est certainement vrai que ces hommes et ces femmes font été des « excentriques » au sens littéral du mot : ils ont dévié du centre, de l’usage commun, des façons de faire habituelles, des méthodes reçues. Mais on peut aussi comprendre que les saintes et les saints ont occupé le « centre radical ». Loin d’être mesurée ou modérée, la réponse des saints à l’amour extravagant de Dieu est tout aussi immodérée : elle se caractérise par une fidélité et un engagement total. G. K. Chesterton disait: « ces gens-là ont exagéré ce que le monde et l’Église ont oublié ».

La réalité qui explique toute la réalité

Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la seconde lettre de saint Paul à la communauté de Corinthe (4,13-5,1), Paul proclame sa foi : il affirme la vie éternelle qui croit en lui lorsqu’il marche vers sa mort. Paul imagine que Dieu le présente à Jésus avec les fidèles de Corinthe au moment de la parousie et du jugement. Aux versets 16-18, Paul explique la portée de sa foi en la vie. La vie n’est pas seulement déjà présente et en train de se révéler mais elle va dépasser l’expérience d’affliction et de mort qu’il connaît actuellement : elle est éternelle. Pour Paul, le fait de mourir et de ressusciter avec le Christ est la réalité qui explique toute la réalité, la réalité qui révèle le vrai visage de Dieu. Le Dieu de Jésus crucifié s’est révélé non pas dans un spectacle extérieur de puissance et de splendeur mais dans la merveille de ce qui ne semble que faiblesse et fragilité humaine.

Réconciliation et pénitence

Dans le contexte de l’évangile d’aujourd’hui, lisez le paragraphe n° 17 de l’exhortation apostolique post-synodale de Jean-Paul II sur la Réconciliation et la Pénitence (1984).

« Dans une autre page du Nouveau Testament, plus précisément dans l’Évangile de Matthieu, Jésus lui-même parle d’un « blasphème contre l’Esprit Saint » qui « ne sera pas remis », parce qu’il consiste, dans ses diverses manifestations, à refuser avec obstination la conversion à l’amour du Père des miséricordes.

Il s’agit, bien entendu, d’expressions extrêmes et radicales: le refus de Dieu, le refus de sa grâce et, par conséquent, l’opposition au principe même du salut ; par là l’homme semble volontairement s’interdire la voie de la rémission. Il faut espérer que très peu d’hommes aient la volonté de s’obstiner jusqu’à la fin dans cette attitude de révolte ou de défi ouvert contre Dieu, lequel, par ailleurs, comme nous l’enseigne encore saint Jean, « est plus grand que notre cœur » dans son amour miséricordieux et peut vaincre toutes nos résistances psychologiques et spirituelles, si bien que, comme l’écrit saint Thomas d’Aquin, «il ne faut désespérer du salut de personne en cette vie, en raison de la toute-puissance et de la miséricorde de Dieu ».

Mais, face à ce problème de la rencontre d’une volonté rebelle avec Dieu infiniment juste, on ne peut pas ne pas nourrir des sentiments de «crainte et tremblement» salutaires, comme le suggère saint Paul ; tandis que l’avertissement de Jésus à propos du péché « qui ne peut être remis » confirme l’existence de fautes qui peuvent attirer sur le pécheur la peine de la «mort éternelle ».

A la lumière de ces textes de la sainte Écriture et d’autres, les docteurs et les théologiens les maîtres spirituels et les pasteurs ont distingué entre les péchés mortels et les péchés véniels. Saint Augustin, notamment, parlait de letalia ou de mortifera crimina, les opposant à venialia, levia ou quotidiana. Le sens qu’il a donné à ces qualificatifs influencera ultérieurement le Magistère de l’Église. Après lui, saint Thomas d’Aquin formulera dans les termes les plus clairs possible la doctrine devenue constante dans l’Église.

En établissant cette distinction entre les péchés mortels et les péchés véniels, et en les définissant, la théologie du péché de saint Thomas et de ceux qui la continuent ne pouvait ignorer la référence biblique et, par conséquent, le concept de mort spirituelle. Selon le Docteur angélique, pour vivre selon l’Esprit, l’homme doit rester en communion avec le principe suprême de la vie, Dieu même, en tant que fin ultime de tout son être et de tout son agir. Or le péché est un désordre provoqué par l’homme contre ce principe vital. Et quand, «par le péché, l’âme provoque un désordre qui va jusqu’à la séparation d’avec la fin ultime – Dieu – à laquelle elle est liée par la charité, il y a alors un péché mortel; au contraire, toutes les fois que le désordre reste en-deçà de la séparation d’avec Dieu, le péché est véniel». Pour cette raison, le péché véniel ne prive pas de la grâce sanctifiante, de l’amitié avec Dieu, de la charité, ni par conséquent de la béatitude éternelle, tandis qu’une telle privation est précisément la conséquence du péché mortel.

En outre, considérant le péché sous l’aspect de la peine qu’il entraîne, saint Thomas avec d’autres docteurs appelle mortel le péché qui, s’il n’est pas remis, fait contracter une peine éternelle; véniel, le péché qui mérite une peine simplement temporelle (c’est-à-dire partielle et qui peut être expiée sur terre ou au purgatoire). »

Nourriture fabuleuse et boisson pour la route

Solennité du Corps et du Sang du Christ – dimanche 3 juin 2018

L’évangile de ce jour (Marc 14, 12-16; 22-26) associe la mort de Jésus avec la grande fête de libération d’Israël. A la première Pâque, le sang sur les portes avait pour but de préserver les premiers-nés de la mort. Le pain rompu au Dernier Repas symbolise le partage des disciples dans l’offrande de Jésus. Boire la coupe de sang crée un lien commun nouveau et dynamique. Le sang de Jésus sanctifie et revitalise chacun de nous. L’eucharistie a quelque chose qui la distingue de tout autre mémorial. C’est à la fois un mémorial et une présence, même si elle est cachée sous les signes du pain et du vin.

Notre liturgie eucharistique proclame le seul lien de vie entre Dieu et son peuple. A la manière du sang qui coule du cœur et unit tous les membres dans un seul flot de vie, ainsi sommes-nous unis intimement avec Dieu à travers le corps et le sang de Jésus. La vraie nature de l’Eucharistie implique un lien avec Dieu et avec la communauté. Nos destinées sont entremêlées avec la propre vie de Dieu. Nous ne pouvons pas être seuls, car le sang est notre lien commun.

En célébrant la fête du Corps et du Sang du Seigneur cette année, nous réalisons deux choses.  Cette fête est quotidienne et pourtant, nous avons fixé un jour dans l’année pour célébrer la fête des fêtes que nous célébrons chaque jour. Non seulement célébrons-nous le pain et le vin qui deviennent le corps et le sang du Seigneur, nous célébrons aussi la nouvelle identité donnée à ceux qui partagent entre eux le corps et le sang de Jésus et deviennent alors ce qu’ils mangent et boivent.

La foi en la résurrection de Jésus peut être une idéologie dangereuse et improductive si elle ne nous stimule pas réellement à partager le pain avec nos frères et sœurs qui ont faim. Nous ne nous engageons pas dans une action politique ou sociale mais dans une célébration sacramentelle, un mémorial ou une commémoration : le souvenir de la vie et de la mort de Jésus, dans la foi en la résurrection comme Seigneur, siégeant à la place d’honneur de Dieu comme avocat du pauvre, de l’opprimé qui n’a pas de pain. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous participons à Celui qui devient nourriture et boisson pour les autres. Chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, réalisons-nous que le Christ Eucharistique est réellement présent comme pain pour le pauvre?

La chrétienté, le catholicisme, les sacrements, spécialement l’Eucharistie ne sont pas des concepts théologiques, des cours, des choses, des idées, des fantaisies passagères, des symboles – ils sont une personne vivante qui a pour nom Jésus.

Se souvenir du Congrès eucharistique international de Québec en 2008

Dans les nombreux moments de crises et de troubles de l’histoire chrétienne, le Seigneur a confirmé sa présence réelle dans le Saint Sacrement de façons miraculeuses. La plupart de ces miracles eucharistiques ont eu des manifestations dans lesquelles l’Hostie s’était transformée en chair humaine et en sang. Les miracles à Bolsena et Orvieta en Italie viennent très vite à l’esprit tout comme bien sûr,  l’histoire du miracle eucharistique de Lanciano en Italie. Ces histoires semblent être loin de nos propres expériences et sont souvent assez difficiles à croire. Plus récemment, de telles histoires de miracles ont été qualifiées de piété et de dévotion excentrique.

En tant que catholiques nous croyons que l’hostie consacrée est le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de notre Seigneur, sous les apparences du pain et du vin. Cependant Jésus à travers les miracles eucharistiques, simplement manifester sa Présence d’une façon très tangible. Certains nous disent que nous n’avons pas réellement besoin des manifestations extraordinaires pour confirmer ce que nous connaissons et croyons déjà. Ils disent que les miracles extraordinaires ne sont pas l’essence de la vraie dévotion et compréhension eucharistique.

J’aimerais réfléchir à un événement eucharistique extraordinaire qui a marqué profondément l’Église au Canada et a touché de nombreuses parties du monde aussi.

Pendant une semaine du 15 au 22 juin 2008, j’ai redécouvert ce que des miracles eucharistiques pouvaient être, seulement cette fois-ci ce n’était pas dans les églises de la vieille Europe. Avec 15 000 autres personnes de tout le Canada et de 75 autres pays, j’ai vu l’Eucharistie devenir vivante d’une manière très puissante dans cette arène de hockey du Colisée Pepsi.

Dans son homélie d’ouverture du Congrès, un cardinal slovaque âgé de 84 ans, Jozef Tomko, légat du pape pour cet événement, a dit que Jésus est le don de Dieu, l’aliment qui nous nourrit, nous remplit et nous fait accéder à la vie éternelle. L’Eucharistie est une personne, pas un objet ni un cadeau mort. Peut-être ne devrions-nous pas nous demander qu’est-ce que l’Eucharistie, mais qui est l’Eucharistie? » La réponse à cette question, d’après Tomko, est Jésus dans la forme sacramentelle du pain et du vin « pour indiquer qu’il a voulu devenir notre nourriture et soutenir notre vie »

Une des catéchèses les plus mémorables et profondes du Congrès de Québec fut sur le thème “l’Eucharistie, vie du Christ dans nos vies” donnée par Mgr Louis Tagle, évêque d’Imus aux Philippines et actuellement archevêque de Manille. Mgr Tagle a parlé de l’adoration eucharistique hors de la messe : «Devant Jésus, nous recevons et nous sommes transformés par le mystère que nous adorons. L’adoration eucharistique c’est comme se tenir au pied de la croix de Jésus, en étant témoin du sacrifice de sa vie et en étant renouvelés par lui. »

Mgr Tagle a pris l’exemple du centurion romain qui a gardé Jésus sur la croix comme “un modèle d’adoration”.

Nous apprenons du centurion à regarder Jésus, à rester fixé sur Lui, à être devant Lui, à le contempler.  Le centurion a d’abord passé des heures à regarder Jésus et il a fini par le contempler en vérité. Qu’a vu le centurion? Nous pouvons penser qu’il a vu l’horreur de la souffrance qui a précédé la mort de Jésus. Mais je crois aussi que le centurion a vu l’amour incroyable qui émanait de Jésus, l’amour pour le Dieu qui n’a pas réussi à éloigner de lui cette coupe de souffrance, et l’amour du prochain.

(…) Je souhaite que l’adoration eucharistique nous conduise à connaître davantage Jésus comme le compagnon plein de compassion des personnes crucifiées aujourd’hui. Adorons Jésus qui offre sa vie comme un cadeau au Père pour nous pécheurs. Adorons-le pour nous-mêmes, pour le pauvre, pour la terre, pour l’Église et pour la vie du monde.

Le Congrès Eucharistique International de Québec fut une occasion privilégiée pour le Canada de réactualiser le patrimoine historique et culturel de sainteté et d’engagement social de l’Église qui tire ses racines du mystère eucharistique.

Un jour durant le congrès à Québec, la pluie quotidienne m’incita à prendre un taxi pour me rendre au Colisée Pepsi. Le jeune conducteur, algérien musulman, me demanda d’où je venais, puis il me parla au sujet du Congrès, ayant rencontré tant de délégués dans les rues de Québec. Quand il apprit que j’étais du Canada anglais, il a bondi! « Que donnez-vous tous les jours aux gens à manger? » me demanda-t-il. Je le regardai étonné, et lui demandai de m’expliquer ; il le fit dans un accent impeccable en anglais! Il dit : « Je n’ai jamais vu autant de personnes heureuses à Québec depuis 10 ans que je suis là. Il doit y avoir quelque chose dans la nourriture et la boisson. Cela doit être fabuleux! »

En 2003, le pape Jean-Paul II écrivait dans son encyclique “Ecclesia de Eucharistia”: “L’Eucharistie construit l’Église et l’Église fait l’Eucharistie”. Le Congrès Eucharistique International à Québec l’a réalisé en 2008.

Rapports aux autres et communauté : deux éléments importants aux yeux de Dieu

Fête de la Sainte Trinité – dimanche 27 juin 2018

Une des plus importantes dimensions de notre Dieu Trinitaire est la communauté d’amour et de personnes modelées pour nous dans le mystère de la Sainte Trinité. Pour les chrétiens, la Trinité est le premier symbole d’une communauté qui se tient grâce à sa diversité interne. Si notre foi est fondée sur le mystère de la Trinité qui est fondamentalement un mystère de communauté, alors tous nos efforts humains, toutes nos activités, doivent contribuer à la construction de la communauté humaine, reflet de la vie trinitaire de Dieu.

Le passage d’aujourd’hui du Deutéronome (4, 32-34, 39-40) est un excellent point de départ pour sonder les profondeurs du mystère de la Trinité. Considérez un moment les paroles de Moïse encourageant et exhortant le peuple d’Israël :

Alors, de là-bas, vous rechercherez le SEIGNEUR ton Dieu ; tu le trouveras si tu le cherches de tout ton cœur, de tout ton être. Quand tu seras dans la détresse, quand tout cela t’arrivera, dans les jours à venir, tu reviendras jusqu’au Seigneur ton Dieu, et tu écouteras sa voix. Car le Seigneur ton Dieu est un Dieu miséricordieux ; il ne te délaissera pas, il ne te détruira pas, il n’oubliera pas l’alliance jurée à tes pères.

Le passage tout entier parle de la relation privilégiée  entre Dieu et Israël, liant l’unicité de la vocation d’Israël avec l’unicité du Dieu d’Israël.

Puis, dans une série de questions plus rhétoriques, Moïse, sachant très bien que le Seigneur seul est Dieu, met les habitants du peuple d’Israël «sur la sellette» et  demande au sujet de leur Dieu:

Interroge les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu de la flamme, et qui soit resté en vie ?  Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, par la force de sa main et la vigueur de son bras, et par des exploits terrifiants – comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ?  Il t’a été donné de voir tout cela pour que tu saches que le Seigneur est Dieu, et qu’il n’y en a pas d’autre (4, 32-35).

Le grand ouvrage Trinitaire de Matthieu

A la fin de l’Évangile de Matthieu la scène majestueuse du départ (28,16-20) nous rapporte les derniers moments de Jésus sur terre et nous rappelle la grande tâche de l’Église : “Allez donc! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit et apprenez-leur tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. (v. 19-20).

L’envoie apostolique implique un service qui est pastoral: «Allez donc! De toutes les nations, faites des disciples…», liturgique: «baptisez-les» et prophétique: «apprenez-leur tous les commandements que je vous ai donnés,» garanti par la conclusion du Seigneur, jusqu’à la fin du monde. La scène donne un avant-goût de la venue ultime du Fils de l’Homme (Mt 26,64). Alors, son triomphe sera manifeste aux yeux de tous; mais pour l’heure, seuls les disciples reçoivent cette révélation, eux qui ont la tâche de l’annoncer à toutes les nations, amener le monde à croire en Jésus et à obéir à ses commandements. Depuis, le pouvoir universel appartient à Jésus ressuscité (Mt 28,18), il donne aux onze une mission qui est vraiment universelle: faire des disciples de toutes les nations.

Le baptême signifie l’entrée dans la communauté du ressuscité, l’Église. «Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit»: il s’agit peut-être de l’expression la plus claire de la foi Trinitaire dans le Nouveau Testament. Cela peut avoir été la formule baptismale de l’église de Matthieu, mais en premier lieu,  ces mots désignent l’effet du baptême, l’union des personnes baptisées dans le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Le langage trinitaire

Le langage du Père et du Fils est un  langage de relation et nous rappelle que pour Dieu, comme pour nous créés à l’image de Dieu, les rapports aux autres et la communauté sont premiers. Dieu ne peut être défini par ce qu’il fait, il en est de même pour nous. Dieu est un Être et non un Faire, aussi sommes-nous des êtres humains et non des « faires » humains. C’est une question de théologie, mais aussi, comme avec toute bonne théologie, une question pratique. Définir la vie intérieure de Dieu dans la Trinité en termes d’activités de Dieu conduit à définir les humains, créés à l’image de Dieu, de la même façon. Ceux qui choisissent de dire: «Au nom du Créateur, du Rédempteur et du Supporteur» s’égarent en définissant Dieu en tant que fonction et non comme personne. Dieu est un être vivant qui existe dans une relation intime avec nous.

Dieu n’est pas immobile. Dieu n’est pas seul. Dieu est communication entre le Père, le Fils et le Saint Esprit. C’est ce mystère profond que la liturgie de la fête de la Sainte Trinité nous rappelle: la réalité indicible de Dieu et la manière par laquelle le mystère nous est communiqué. La Trinité célèbre la paix et l’unité des personnes divines dans lesquelles la danse circulaire de l’amour, « perichoresis » en Grec, continue. Cette unité de vie et de relations est comme une danse, englobant tous les aspects de la vie humaine. Nous devons constamment tendre vers l’unité et la paix de Dieu, de Jésus et de l’Esprit donneur de vie, une paix que la controverse théologique ne peut donner. Bien que la théologie soit absolument nécessaire, nous ferions mieux de prier et d’aimer Dieu davantage que d’essayer d’expliquer notre Dieu Trinitaire! Voilà une belle consolation: il n’est pas nécessaire de tout comprendre pour aimer.

Lisons la prière bien connue de sainte Catherine de Sienne tirée de son Dialogue sur la Divine Providence:

Dieu, Trinité éternelle! Qui, par l’union de votre nature divine, avez donné un si grand prix au sang du Christ ! Vous êtes une mer profonde où plus je me plonge, plus je vous trouve, et plus je vous trouve, plus je vous cherche. Vous êtes inépuisable, et en rassasiant l’âme dans vos profondeurs, vous ne la rassasiez jamais; elle est toujours affamée de vous, éternelle Trinité ; elle désire vous voir avec la lumière dans votre lumière…

L’amour ne peut jamais empêcher la croissance de sa fascination avec les aspects séparés de l’aimé. C’est notre approche du mystère de la Trinité. Nous devons aimer Dieu davantage. En cette fête, prions pour que nous soyons entraînés dans le travail de l’Esprit de Dieu d’unification et de réconciliation de monde les uns avec les autres. La gloire croissante de Dieu est cette révélation progressive de la Trinité. Combien de fois durant nos vies, nous expérimentons cette révélation et la présence de Dieu Trinitaire à travers la profondeur de l’amour, la communication et l’amour pour tout le monde. Ce Dieu nous dit ce que la vie dynamisante trinitaire est: communication, relation et affection. L’imitation de la vie intérieure de la Trinité est la base de la qualité de notre vie chrétienne.

Le fondement de notre foi Trinitaire est dialogue, communication et «danse de la vie». Même si nous pouvons avoir des difficultés à comprendre la Sainte Trinité, nous pouvons néanmoins la prendre dans nos mains chaque fois que nous traçons sur nous-mêmes le signe de la croix. Les paroles prononcées une fois lors de notre baptême deviennent les paroles avec lesquelles nous nous bénissons nous-mêmes, au nom de la Trinité. C’est là que réside le sens de ce Dieu unique en Trois Personnes.

Je vous offre cette prière pour la fête d’aujourd’hui et la semaine qui vient :

Gloire à toi, Père,
Qui par le pouvoir de ton amour,
Créa le monde et nous forma à ta propre image et bonté.
Gloire à toi, Fils unique,
Qui dans ta sagesse a assumé notre condition humaine
Pour nous conduire au Royaume.
Gloire à toi, Saint-Esprit,
Qui dans ta miséricorde nous a sanctifiés par le baptême.
Tu travailles en faisant de nous une nouvelle création chaque jour.
Gloire à toi, Sainte Trinité,
Tu es de toujours, étais et sera également grande jusqu’à la fin des temps.
Nous t’adorons, te louons, te remercions
Parce que nous sommes heureux de révéler la profondeur de ton mystère aux humbles et aux tout-petits.
Donne-nous de pouvoir marcher dans la foi et l’espérance joyeuse jusqu’au jour ou ce sera nous qui vivrons dans la plénitude de ton amour et contemplerons pour toujours ce que nous croyons:
Dieu qui est Père, Fils et Esprit! Gloire à Toi!

Puisse la Sainte Trinité de Dieu – indicible bonté et mystère – nous apprendre et nous guider dans la vie qui est nôtre, et puissions-nous grandir dans «l’amour de Dieu répandu en nos cœurs par l’Esprit qui nous est donné (Rm 5,5).»

Libérez les dons de l’Esprit !

Solennité de la Pentecôte – dimanche 20 mai 2018

La théologie chrétienne du Saint-Esprit est enracinée dans le judaïsme. Le terme Esprit est traduit par le mot hébreu (ruah) et même dans sa prononciation nous détectons le vent et la respiration de Dieu.  Le vent de Dieu, la respiration de Dieu sont des chemins qui se référent à la présence de Dieu. L’expression « Saint-Esprit » est utilisée seulement sept fois dans l’Ancien Testament, tandis que les termes « Esprit de Dieu » ou « Esprit du Seigneur » reviennent 67 fois dans les écritures hébraïques. Dans la première ligne du livre de la Genèse  1,1, l’Esprit de Dieu planait sur les premières eaux attendant le moment opportun de mettre de l’ordre dans ce chaos.

Jésus lui-même utilise l’image sensorielle du vent lors de sa conversation mystérieuse et nocturne avec Nicodème. Il parle au sujet de l’Esprit comme le vent qui souffle où il veut (cf. Jean 3). C’est aussi la première fonction de l’Esprit dans les Écritures : être la présence mystérieuse de Dieu dans l’histoire,  non réductible à la logique humaine ou terrestre.

La deuxième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est de mettre les choses en ordre. Le récit de la création de la Genèse (chapitre 1) révèle un Esprit descendant sur ce monde sans forme et sa descente produit le miracle de la création, la transformation du chaos en cosmos, du désordre en ordre, de l’anonymat en communauté.

La troisième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est donneuse de vie. Nous lisons dans Genèse 2,7: « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » Comme résultat de cette respiration divine, la créature humaine est transformée en un être vivant, pas pour être simplement une créature mais un partenaire fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, avec qui et à qui Dieu parle et confie la responsabilité pour le monde.

La quatrième fonction du Saint-Esprit est d’être guide. Nous lisons dans Isaïe 11 « sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et crainte du Seigneur. ». La crainte du Seigneur n’est pas quelque chose  qui fait peur aux personnes mais peut être comprise comme notre capacité de s’exclamer « wow! » « merveilleux! » devant l’œuvre et la création de Dieu.

La cinquième fonction de l’Esprit est de guérir, exprimée si puissamment dans la prophétie d’Ézéchiel, 36, 26-27: «Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements et vous y serez fidèles»  L’Esprit entre, recrée, restaure la santé et terrasse le péché.

La sixième fonction du Saint-Esprit est d’être le principe universel. Nous lisons dans Joël 3,1-2 : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, vos jeunes gens auront des visions. Même sur les serviteurs et les servantes, en ce temps-là je répandrai mon Esprit. » Le jour viendra où toute l’humanité sera vraiment possédée par l’Esprit et ce jour coïncidera avec l’ère messianique ardemment attendue dont parle le prophète. C’était ce principe qui a été le moteur de l’activité et le ministère de Jésus d’une manière remarquable.

La septième fonction du Saint-Esprit intervient à la fête de la Pentecôte quand les disciples furent remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler d’autres langues. La venue de l’Esprit Saint signale le début d’une mission dans le monde entier pour les chrétiens au-delà de leurs frontières géographiques d’Israël, d’abord d’Israël à Rome, et puis de Rome aux extrémités de la terre. C’est une mission qui surmonte les obstacles humains et a, pour force conductrice, l’Esprit. L’universalité du salut n’est pas apparue à l’humanité sans douleur ni confusion.

L’expérience catholique

Le Saint-Esprit rend l’expérience chrétienne vraiment catholique et universelle, ouverte à toute expérience humaine.  Être catholique c’est être universel et ouvert au monde. Pas seulement au Canada et en Amérique du Nord ou en Asie, ou dans une partie connue du monde ou à un certain milieu dans la société, mais c’est d’être ouvert à tous, à chaque personne.  L’esprit du Christ n’a pas l’intention d’avoir une mentalité sélective pour quelques-uns mais il a comme perspective le monde renouvelé et sauvé.  En effet, tout le Nouveau Testament peut être compris précisément comme l’émergence du fait catholique, de l’universel, dans la vie chrétienne. Si le christianisme n’était pas sorti de son lieu particulier et petit, il aurait été une simple modification de l’expérience juive, une nouvelle branche de la piété juive qui tournait toujours autour de Jérusalem et le retour d’un royaume d’Israël, au sens littéral du terme.  Les deux premières générations de chrétiens ont découvert que la chrétienté ne pouvait se limiter à cela. Parce qu’ils avaient reçu l’Esprit Saint, qui est le principe universel, leurs yeux s’ouvrirent et les poussa à porter la vérité chrétienne au-delà des frontières et à travers cette rencontre avec des non-Juifs qui avaient reçu le même Esprit.

Les artistes du Moyen Age ont souvent joué sur les contrastes de la Tour de Babel avec la «Tour» de la Chambre Haute. Babel symbolise les divisions des personnes causées par le péché. La Pentecôte représente l’espérance que les séparations ne sont pas une nécessité tragique.  La cacophonie de Babel n’est pas comparable avec l’unité sincère de la foule de la Pentecôte. Babel était  une foule disparate.  La Pentecôte était  une communauté. Un peuple sans Dieu a perdu la capacité de communiquer. Un peuple insufflé de l’Esprit parlait en cœur-à-cœur.

À la Pentecôte, le sens complet de la vie et du message de Jésus fut répandue dans nos cœurs par l’Esprit vivant dans la communauté. Le Nouveau Testament semble dire que – pour un très bref moment – les nations de la terre ont observé une pause dans leurs conflits habituels et fait l’expérience d’une communauté réunie par  Dieu. Ce bref moment de la Pentecôte nous illumine et continue de nous encourager jusqu’à ce jour.

L’Esprit Saint à la Journée Mondiale de la Jeunesse à Sydney

L’un des plus beaux et récents enseignements sur le Saint-Esprit fut celui prononcé durant la veillée de prière à la Journée Mondiale de la Jeunesse à Sydney en 2008. La veillée de prière du samedi 19 juillet soir à l’hippodrome de Randwick commença dans l’obscurité, illuminée progressivement par les torches portées par les danseurs sur le podium, représentant l’ouverture à l’Esprit Saint.

« Ce soir, nous fixons notre attention sur la manière de devenir des témoins. » C’est dans ces termes que Benoît XVI s’est adressé aux jeunes. « Vous savez déjà que notre témoignage de chrétien est offert à un monde qui, par beaucoup d’aspects, est fragile. L’unité de la création de Dieu est affaiblie par des blessures qui s’approfondissent quand les relations sociales se brisent ou quand l’esprit humain est presque totalement écrasé par l’exploitation ou l’abus des personnes. De fait, la société contemporaine subit un processus de fragmentation en raison d’un mode de pensée qui, par sa nature, a la vue courte, parce qu’il néglige l’horizon de la vérité – de la vérité concernant Dieu et nous concernant. En soi, le relativisme ne parvient pas à embrasser l’ensemble de la réalité. Il ignore les principes mêmes qui nous rendent capables de vivre et de grandir dans l’unité, l’ordre et l’harmonie. »

Benoît XVI continua:

« De telles tentatives pour bâtir l’unité, en fait, la minent ! Séparer l’Esprit saint du Christ présent dans la structure institutionnelle de l’Église compromettrait l’unité de la communauté chrétienne, qui est précisément un don de l’Esprit ! Cela trahirait la nature de l’Église en tant que Temple vivant de l’Esprit saint … Malheureusement, la tentation d’« aller de l’avant tout seul » persiste. Certains parlent de leur communauté locale comme d’une réalité séparée de la soi-disant Église institutionnelle, décrivant la première comme souple et ouverte à l’Esprit, et la seconde comme rigide et privée de l’Esprit.

« Invoquons l’Esprit saint : c’est lui l’artisan des œuvres de Dieu. Laissez-vous façonner par ses dons ! Comme l’Église accomplit le même voyage avec l’humanité tout entière, de même, vous aussi, soyez appelés à exercer les dons de l’Esprit parmi les vicissitudes de la vie quotidienne. Faites en sorte que votre foi mûrisse à travers vos études, le travail, le sport, la musique, l’art. Faites en sorte qu’elle soit soutenue par la prière et nourrie par les Sacrements… En réalité, la vie ne consiste pas simplement à accumuler, et elle est bien plus que le succès. Être vraiment vivants c’est être transformés intérieurement, c’est être ouverts à la force de l’amour de Dieu. En accueillant la puissance du Saint-Esprit, vous pouvez vous aussi transformer vos familles, les communautés, les nations. Libérez ces dons ! Faites en sorte que la sagesse, l’intelligence, la force morale, la science et la piété soient les signes de votre grandeur ! »

Viens Esprit Saint!

Nous lisons dans les Évangiles “Celui que le Père vous enverra en mon nom vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit »
Jean 14, 26. Cette action de se souvenir est prescrite très clairement dans le Catéchisme de l’Église Catholique (no 1099) « L’Esprit saint est la mémoire vivante de l’Église ».  En cette solennité et naissance de l’Église, prions pour recevoir le don de la mémoire et du courage pour passer du mystère puissant de la Chambre Haute à la réalité de la vie quotidienne.

Viens Esprit saint remplir les cœurs de tes fidèles
et allume en nous le feu de ton amour !
Seigneur, envoie-nous ton Esprit,
qu’il renouvelle la face de la terre….
la face de notre Église, la face de nos communautés,
nos propres faces, nos propres cœurs. Amen.

Le départ de Jésus nous donne le pouvoir de réaliser le rêve de l’Évangile

Ascension du Seigneur – dimanche 13 mai 2018

Les paroles de l’ange aux «hommes de Galilée» dans la première lecture des Actes des Apôtres en la fête de l’Ascension du Seigneur (1,1-11) nous frappent de plein fouet et laissent peu de place au malentendu. «Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?  Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel». Les disciples de Jésus reçoivent un dernier enseignement. « Ne restez pas à regarder fixement le futur. Ne vous souciez pas trop de l’heure de son retour.» Nous ne devons pas rester à contempler le ciel et ruminer le passé, au sujet duquel nous ne pouvons rien faire, sauf l’enterrer profondément dans les mains et le cœur de Dieu! Le Seigneur sera glorifié et il s’ensuit que ses disciples partageront aussi sa gloire.

Lorsque Jésus disparut, il ne s’est pas simplement dissout dans l’air. Le jour de son Ascension, certains ont pu conclure qu’il s’est enlevé de lui-même dans une nouvelle forme d’exclusion divine. C’est exactement le cas inverse. En Dieu, Jésus est «ici» d’une nouvelle et spécifique manière.  C’est seulement dans la séparation physique de la scène historique que peut s’accomplir son union spirituelle avec tout le monde, en tout temps. Jésus a quitté le monde, à un moment donné, pour être disponible à tous,  pour toujours.  Il dut dissoudre les liens établis avec ses amis, pour être disponible à  tous. En Jésus, le futur a déjà commencé!

L’Ascension selon Marc

Il existe des similitudes dans les récits de l’Ascension de Jésus dans les évangiles synoptiques – Marc, Matthieu et Luc. Dans chaque cas, Jésus donne à ses disciples la tâche de proclamer le message de l’Évangile au monde entier. Chez Marc et Matthieu, les disciples sont envoyés par Jésus pour baptiser et prêcher. Cependant chez Luc, l’engagement de baptiser n’y est pas mentionné.  A la place, Jésus commande aux disciples de retourner à Jérusalem pour attendre l’accomplissement de sa promesse d’envoyer l’Esprit Saint. Seuls les évangiles de Marc et de Luc rapportent l’Ascension de Jésus au ciel. L’Évangile de Matthieu se conclut avec la promesse de Jésus de rester avec ses disciples pour toujours.

Cette année, le texte d’évangile de l’Ascension (Marc 16, 15-20) est tiré de la conclusion de l’Évangile de Marc. Ce dernier chapitre de Marc contient plusieurs irrégularités évidentes pour de nombreux lecteurs. Le matin de Pâques de l’année B nous entendons proclamer l’histoire de la découverte du tombeau vide par les femmes, et la frayeur qui accompagne ces premiers témoins de la résurrection. Le verset 8 arrive comme conclusion abrupte alors que les femmes, saisies de frayeur, ne disent rien à personne. Cela peut très bien être la fin originale de l’Évangile de Marc, mais il est aussi possible que la fin plus complète ait été perdue.

Quelques manuscrits de l’évangile de Marc incluent ce que des exégètes ont appelé la « finale courte ». Cette fin indique que les femmes ont partagé leur récit aux compagnons de Pierre. Un nombre signifiant d’exégètes croit que cette fin n’est pas de Marc. Ils pensent que cette fin a été ajoutée par les copistes qui cherchaient à résoudre la fin abrupte de ce verset 8.

D’autres manuscrits écrits plus tôt inclurent une “finale plus longue” que les exégètes croient aussi avoir été écrite par quelqu’un d’autre. Cependant des citations de cette «finale plus longue» ont été trouvées dans les écrits des Pères de l’Église, et cette fin fut acceptée au sein l’Évangile canonique de Marc lors du Concile de Trente. Notre évangile pour la célébration de cette année de la fête de l’Ascension est tiré de cette « finale plus longue».

Même si cette fin de l’évangile de Marc a été écrite par quelqu’un d’autre que l’évangéliste, on découvre plusieurs éléments qui sont typiques de l’évangile de Marc, entre autres dans la mission que Jésus confie à ses disciples. On comprend que ceux qui croient en Jésus auront le pouvoir de faire ce que Jésus lui-même a fait.

Au cours de son ministère, Jésus a envoyé ses disciples prêcher, guérir et chasser les esprits impurs. Ils sont maintenant de nouveau envoyés à faire ces actions et encore plus.  De sa place au ciel avec son Père, Jésus a aidé ses disciples et il continue de nous aider lorsque nous essayons de vivre comme ceux qui le suivaient.

Seul l’Évangile de Marc note que Jésus siège à la droite de Dieu. En notant cela, Marc enseigne que l’ascension de Jésus démontre la gloire que Jésus a reçue de Dieu après sa mort et sa résurrection.

Le désir des réalités célestes…

Comme le Seigneur ressuscité a mis lui-même sa confiance dans les mains de personnes combien pathétiques, brisées qui étaient avec lui, il fait de même avec nous.  Nos propres brisures et péchés sont si tenaces que nous oublions que cet envoie en mission est possible, même pour les pauvres, les faibles gens ordinaires comme nous! Que de fois nous émerveillons-nous du fait que le Christ puisse vraiment habiter en nous et agir à travers nos corps, esprits et cœurs et oui, même à travers l’Église!

Nous savons que nous allons vers le ciel dans la mesure où nous nous approchons de Jésus. Nous sommes assurés qu’il n’a jamais cessé d’être présent avec nous en tout temps.  La fête mystérieuse de l’Ascension nous rappelle que le Christ accepte notre manque de confiance en nous-mêmes. Il accepte les zones d’ombre et d’obscurité de notre humanité. Il accepte notre capacité de déception, de trahison, de convoitise et de pouvoir. Et nous ayant acceptés, il nous appelle, nous donne l’éternel mission d’être son peuple et nous envoie pour le servir et l’aimer, malgré nous-mêmes et à cause de nous-mêmes. Le cardinal John Henry Newman l’a dit si bien :

Il nous appelle encore et encore, pour nous justifier encore et encore-
encore et encore, et de plus en plus,
pour nous sanctifier et nous glorifier.
Ce serait bien si nous comprenions;
mais nous sommes lents à intégrer cette vérité extraordinaire,
que le Christ, comme cela était,
marche au milieu de nous et nous appelle à le suivre, par sa main, son regard ou sa voix.

Allons et portons au monde un morceau de ciel. C’est la signification de la Résurrection et de l’Ascension de notre Seigneur, pas un morceau d’abandon divin pour la cause humaine, mais de la puissance divine pour le rêve de  l’Évangile! Puisse le Christ mort et ressuscité nous déplacer pour faire habiter sur terre la gloire de Dieu. Puisse notre espoir pour le futur nous inspirer un respect pour le moment présent. Puisse le désir pour les réalités célestes ne nous fasse pas négliger notre travail sur terre.

Marcher pour une défense claire, ferme et passionnée de toute vie humaine

Être Pro-vie est l’une des plus profondes expressions de notre baptême : nous nous tenons debout devant les pouvoirs tels des fils et des filles de lumière, vêtus de l’humilité et de la charité, remplis de conviction, parlant avec fermeté, assurance et détermination le langage de la vérité et, ce, sans jamais perdre la joie et l’espoir. Être Pro-vie n’est pas l’exclusivité d’un parti politique ou d’un côté ou l’autre de l’échiquier politique. C’est une obligation pour tous qu’on soit de gauche, de droite ou du centre! Si nous sommes Pro-vie, nous ne devons pas diaboliser mais plutôt nous impliquer dans la culture qui nous entoure. Nous devons voir les autres avec le regard de Jésus. Nous devons donc aimer même ceux qui nous sont opposés. Marcher pour la vie à Ottawa, Washington ou dans n’importe quelle autre ville du monde signifie que nous soutenons la dignité de toute vie humaine. Cela signifie aussi que nous soutenons une vision globale de la cause pour la vie. Être Pro-vie aujourd’hui est un engagement véritablement prophétique et fait partie du combat pour un développement et l’établissement d’une véritable paix pour notre monde.

Les sujets brûlants d’actualité entourant la protection et la promotion de la vie, de la conception à la mort naturelle, doivent être une priorité pour toute personne quel que soit le côté de l’échiquier politique où elle se trouve. Cela n’est pas uniquement l’apanage de l’extrême droite. Plusieurs personnes, aveuglées par leur zèle et leur propre satisfaction ont fini par nuire à la cause qui leur était si chère. Cette cause que devons tous défendre de toutes nos forces jusqu’à épuisement. Ce qui est mal avec l’avortement, l’euthanasie, la sélection embryonnaire et la recherche illégitime sur les embryons ne sont pas les raisons qui motivent ceux qui les pratiquent. Bien souvent, ces motivations sont, du moins en apparence, la compassion; par exemple, pour protéger un enfant de naître dans un environnement hostile, mettre fin à la douleur ou bien venir en aide à un enfant souffrant d’une maladie incurable. Dans tous ces cas, la terrible vérité est que c’est le fort qui décide de la destinée du plus faible; des êtres humains deviennent des instruments entre les mains d’autres êtres humains.

Nous vivons, aujourd’hui, au milieu d’une culture qui nie la solidarité humaine et prend la forme d’une véritable « culture de la mort ». Cette culture est mise de l’avant par des puissants courants culturels, économiques et politiques qui encouragent l’idée d’une société exclusivement centrée sur l’efficacité. Il s’agit d’une guerre des forts contre les faibles. Il n’y a pas de place en ce monde pour celui qui, comme les enfants non encore nés et les mourants, est un élément faible de la structure sociale. Celui qui apparaît complètement dépendant des autres ou ne peut communiquer que par le langage de l’affection se voit bien souvent dépouillé de sa propre dignité. La vie humaine est sacrée puisqu’elle a une valeur religieuse mais cette valeur ne concerne pas que les croyants. Il ne fait aucun doute que l’avortement est la plus sérieuse blessure, non seulement pour les personnes et les familles qui devraient être le sanctuaire de la vie mais aussi pour la société entière et la culture, qui devraient en être les promoteurs et les défenseurs. Les questions d’immigration sont également des enjeux Pro-vie qui sont cruciaux pour notre époque. Le sort des 800 000 « Dreamers » aux États-Unis fait aussi partie de la cause Pro-vie. La séparation des familles à la frontière des États-Unis fait aussi partie de la cause Pro-vie. L’incarcération illégale de dizaines de milliers de jeunes dans des prisons situées le long de la frontière du Mexique fait aussi partie de la cause Pro-vie. La protection de l’environnement, sujet également crucial, est une cause Pro-vie.

Dans sa plus récente Exhortation apostolique « Gaudete et Exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, le pape François met au défi tous ceux qui se considèrent Pro-vie. Parlant des dangereuses idéologies qui peuvent nous détourner dans nos efforts pour la vie, il affirme (no 101):

« Est également préjudiciable et idéologique l’erreur de ceux qui vivent en suspectant l’engagement social des autres, le considérant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de laïcisant, d’immanentiste, de communiste, de populiste. Ou bien, ils le relativisent comme s’il y avait d’autres choses plus importantes ou comme si les intéressait seulement une certaine éthique ou une cause qu’eux-mêmes défendent. La défense de l’innocent qui n’est pas encore né, par exemple, doit être sans équivoque, ferme et passionnée, parce que là est en jeu la dignité de la vie humaine, toujours sacrée, et l’amour de chaque personne indépendamment de son développement exige cela. Mais est également sacrée la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans la misère, l’abandon, le mépris, la traite des personnes, l’euthanasie cachée des malades et des personnes âgées privées d’attention, dans les nouvelles formes d’esclavage, et dans tout genre de marginalisation[84]. Nous ne pouvons pas envisager un idéal de sainteté qui ignore l’injustice de ce monde où certains festoient, dépensent allègrement et réduisent leur vie aux nouveautés de la consommation, alors que, dans le même temps, d’autres regardent seulement du dehors, pendant que leur vie s’écoule et finit misérablement. »

Le 10 mai prochain, des dizaines de milliers de gens, dont beaucoup de jeunes et de femmes, se rendront à Ottawa pour la Marche pour la vie. N’oublions jamais de réfléchir à ce que nous faisons concrètement comme personne et comme communauté pour la défense de la vie, TOUTE vie humaine. Construire une culture de la vie et mettre fin à l’avortement est le devoir et l’obligation de chaque personne. Cependant, manifester dans les grandes villes du monde n’est pas la seule façon de montrer notre attachement à la vie. Le plus grand test est ce que nous faisons pour la vie lors des 364 autres jours de l’année et quels sont nos petits et grands efforts pour nous opposer constamment et systématiquement à tout type de meurtres, de génocides, d’avortements, d’euthanasies ou toutes formes d’autodestruction, de coercition et violation contre la dignité humaine. Comment défendons-nous les personnes qui vivent dans des conditions de vie sous-humaines, qui sont emprisonnées arbitrairement, déportées, réduites en esclavage, obligées de se prostituer, victimes de trafic humain, qui subissent des conditions de travail inhumaines ou qui sont soumises à des lois d’immigration injustes ? Toutes ces pratiques et d’autres sont de véritables poisons pour nos sociétés. Nous devons lutter pour une forte et consistante éthique de la vie.

Notre maison commune est devenue le lieu de conflits violents, de haine, d’atrocités brutales commises même au nom de Dieu et de la religion. Durant sa brève visite pastorale en Suède en octobre 2016[2], lors de la Solennité de la Toussaint, le pape François a proposé six nouvelles béatitudes pour notre monde contemporain :

« Bienheureux ceux qui supportent avec foi les maux que d’autres leur infligent et pardonnent du fond du cœur »

« Bienheureux ceux qui regardent dans les yeux les rejetés et les marginalisés en leur manifestant de la proximité »

« Bienheureux ceux qui reconnaissent Dieu dans chaque personne et luttent pour que d’autres Le découvrent aussi »

« Bienheureux ceux qui protègent et sauvegardent la maison commune »

« Bienheureux ceux qui renoncent à leur propre bien-être pour le bien d’autrui »

« Bienheureux ceux qui prient et travaillent pour la pleine communion des chrétiens »

Que ces paroles puissantes du pape François soient pour nous un guide et une source d’apprentissage, d’inspiration, de consolation et d’espoir pour les citoyens de notre pays qui marchent pour la vie et la défendent de la conception à la mort naturelle. Que les béatitudes nous émeuvent et nous portent à travailler avec courage et audace alors que nous accueillons, aimons et protégeons les plus pauvres, les plus faibles et les plus vulnérables de nos sociétés.

Père Thomas Rosica, c.s.b.

PDG, Fondation catholique Sel et Lumière média

La bonté de Corneille et l’amitié de Jésus et Benoît

Sixième dimanche de Pâques, Année B – 6 mai 2018

En ce 6e dimanche de Pâques, je souhaite offrir quelques réflexions sur la première lecture des Actes d’Apôtres (10, 25-26; 34-35; 44-48) et puis des pensées sur l’amitié à partir de l’évangile de Jean (15,9-17) et l’enseignement du pape Benoît XVI.

La profonde bonté de Corneille et de sa maisonnée

Le christianisme exige que le croyant ne saisisse pas seulement pas simplement les principaux dogmes de la foi avec sa tête mais qu’il agisse aussi en fonction de ceux-ci, dans sa vie quotidienne. L’extraordinaire histoire de la conversion de Corneille, dans la première lecture illustre bien ce message. Il s’agit du plus long récit individuel des Actes des Apôtres. Le thème de ce récit est la compulsion divine : Pierre est le moins préparé à accepter Corneille dans la communauté chrétienne et il refuse même deux fois de l’admettre. Pierre doit se convertir avant qu’il puisse convertir Corneille. Il réalisa que les dons de Dieu sont pour ceux qui suivent la Parole de Dieu. Sa question : «Quelqu’un peut-il empêcher de baptiser par l’eau ces gens qui tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint?» (10,47) en écho à la question de l’Éthiopien et la réponse de Philippe dans l’histoire plus récente. «Qu’est-ce  qui empêche que je reçoive le baptême? (8,36)»

Les actions de Pierre avec Corneille ont eu des implications plus lointaines. D’abord frappé par la sincérité exceptionnelle, l’hospitalité et la profonde bonté de Corneille et de sa maisonnée, Pierre s’exclama spontanément: «Mais, à moi, Dieu vient de me faire comprendre qu’il ne fallait déclarer immonde ou impur aucun homme… Dieu n’est pas partial.»

Cette affirmation a brisé les coutumes des siècles et même théologiques qu’Israël, seul peuple choisi par Dieu, séparé des autres nations comme sa part personnelle (cf. Dt 7,6-8 ; Ex 19, 5-6). Pierre dut baptiser la maisonnée de Corneille et il fut critiqué pour son approche «œcuménique» mais il répondit à ceux qui le critiquèrent : « Qui suis-je pour empêcher Dieu d’agir (11, 17) ? A ces mots ils se sont tus et commencèrent à glorifier Dieu (11,18).»

Paul, aussi, a trouvé la même manifestation spontanée de la foi au milieu des gentils et a ainsi délaré: «Maintenant, nous nous tournons vers les Gentils.» La controverse sur la loi allait persister pour un long moment si bien que Paul dédia à ce sujet son travail théologique le plus complet: la lettre aux Romains.

Je vous appelle amis…

Dans ce texte de l’évangile de St Jean (15,15) nous entendons les paroles puissantes: «Je ne vous appelle plus serviteurs … je vous appelle amis.» Nous ne sommes plus des serviteurs inutiles mais des amis! Le Seigneur nous appelle amis, il nous fait ses amis; il nous donne son amitié.

Jésus définit l’amitié de deux façons. Il n’y a pas de secrets entre amis. Le Christ nous transmet ce qu’il entend du Père; il nous donne sa pleine confiance et aussi la connaissance. Il nous révèle son visage, son cœur. Il montre sa tendresse pour nous, son amour passionné qui mène à la folie de la Croix.

Si nous avions à nommer un des plus fréquents et importants thèmes de l’enseignement de Benoît  XVI et de sa prédication depuis les quatre dernières années, ce serait certainement son invitation à être un ami de Jésus. Ce thème était clairement annoncé durant la messe « pour l’élection du Pontife Romain » dans la basilique St Pierre, avant le conclave. «Adulte et mature, c’est une foi profondément enracinée dans l’amitié avec Christ. Cette amitié nous ouvre a tout ce qui est bon et nous donne la mesure pour discerner entre ce qui est vrai et ce qui est faux, entre la dissimulation et la vérité.»

Je me souviens combien j’avais été ému en entendant l’homélie du Saint-Père au début de son ministère pétrin d’évêque de Rome le 24 avril 2005. A trois reprises durant cette homélie mémorable, le pape Benoît  XVI a parlé de l’importance de l’«amitié» avec Jésus:

L’Église dans son ensemble, et les Pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers Celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude. » A plusieurs reprises il a évoqué l’image de l’amitié : « Il n’y a rien de plus beau que de le connaître et de communiquer aux autres l’amitié avec lui.

Et il conclue: «Dans cette amitié seulement s’ouvrent tout grand les portes de la vie. Dans cette amitié seulement se dévoilent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. Dans cette amitié seulement nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère. »

Huit mois plus tard, lors de l’Angélus du 15 janvier 2006 Benoît  XVI disait:

L’amitié avec le Maître assure à l’âme une paix profonde et la sérénité, même dans les moments sombres et dans les épreuves les plus difficiles. Lorsque la foi connaît des nuits obscures, dans lesquelles on ne “sent” plus et on ne “voit” plus la présence de Dieu, l’amitié de Jésus est l’assurance qu’en réalité rien ne pourra jamais nous séparer de son amour (cf. Rm 8, 39).

A nouveau le dimanche 26 août 2007, le thème de l’amitié était central:

La véritable amitié avec Jésus s’exprime dans la façon de vivre: elle s’exprime à travers la bonté du cœur, l’humilité, la douceur et la miséricorde, l’amour pour la justice et la vérité, l’engagement sincère et honnête pour la paix et la réconciliation. Telle est, pourrions-nous dire, la “carte d’identité” qui nous qualifie comme ses “amis” authentiques; tel est le “passeport” qui nous permettra d’entrer dans la vie éternelle.

Comment comprenons-nous l’extraordinaire don de l’amitié dans nos vies ? L’amitié est une affaire de cœur.

Pendant de nombreuses années, j’ai considéré la vie et les écrits du Cardinal John Henry Newman (1801-1890) comme un brillant modèle d’amitié. Newman parle vraiment de cœur à cœur –”cor ad cor loquitur”, phrase qu’il choisit comme devise. Il n’y avait rien de superficiel dans la manière de Newman d’être en relation avec des gens si différents. Il les regardait et les aimait pour ce qu’ils étaient. Puisque le bien-aimé Cardinal anglais est maintenant bienheureux, considérons un instant quelques propos pour comprendre l’amitié selon Newman. Le cardinal Newman avait une grande considération de la noblesse des vertus humaines évidentes dans la littérature et l’histoire de la Grèce et de la Rome anciennes. En même temps, les saints qu’il a le plus admirés, St Paul, les Pères de l’Eglise, son Père spirituel Philippe de Néri, et St François de Sales, pourraient être tous décrits comme humainement attirants.

Newman avait une capacité extraordinaire et un don pour l’amitié, qui s’est souvent traduit dans son leadership. Personne ne pouvait le décrire comme extraverti ou frivole. Regardons seulement les nombreux volumes de ses lettres et journaux, ou l’index de noms dans ses travaux autobiographique, pour voir qu’il a partagé, durant sa vie, de profondes amitiés avec des centaines de personnes. Cette influence personnelle s’est propagée très puissamment sur des millions de personnes qui ont lu ses travaux et découvert la signification de l’amitié.

Entretenir l’amitié authentique

Je ne pourrais pas écrire au sujet de l’amitié sans faire une mise en garde aux nombreux hommes et femmes qui la cherchent tous les jours. Le grand succès des sites de réseau d’amitié en ligne comme MySpace et Facebook mérite une attention particulière, une réflexion et un examen minutieux. On a dit que si Facebook était un pays, il serait le 8e du monde!

Nous devons poser les questions suivantes: «Qu’est-ce que cela nous fait?» Ces outils nous aident à réunir les gens et à améliorer les réseaux sociaux. Par exemple, les personnes coincées à la maison, les infirmes, les malades chroniques et les gens âgés peuvent être branchés à d’autres dans la même situation et faire naître de nombreux liens de solidarité.

Mais il y a aussi les questions annexes «Qu’est-ce que cela nous fait?» «Qu’est ce que cela change à notre sens des limites sociales ? À notre sens de l’individualisme?» «À nos amitiés?» L’amitié dans ces espaces virtuels est  bien différente de la «vraie» amitié. L’amitié est une relation qui implique le partage d’intérêts communs, de réciprocité, de confiance et la révélation de détails intimes dans des contextes spécifiques. L’amitié authentique dépend des révélations mutuelles et peut seulement fleurir dans les limites modestes de la vie privée.

Cependant, sur ces sites de réseaux de socialisation, il existe un concept d’amitié publique qui n’est pas l’amitié dont parlent Jésus dans l’évangile, ni le pape Benoît  XVI dans ses merveilleux écrits, ni le cardinal Newman dans ses lettres. La distance et l’abstraction de nos amitiés et de nos relations en ligne peuvent mener à une sorte de désensibilisation systémique si nous ne sommes pas sages, prudents et attentifs à ces nouvelles réalités. Nous exposons quelque chose mais sentons-nous quelque chose ? Ce genre d’amitiés, ou plutôt de connaissances sont très différentes du « cor ad cor loquitur » si ardemment désiré et expérimenté par Jésus avec ses disciples, ou par un Pierre impétueux, un officier romain nommé Corneille, un cardinal britannique appelé John Henry et un pape allemand, Benoît,  qui ont modelé leurs vies sur le Bon Berger et l’Ami plein de confiance pour chaque être humain.