Les Sept dernières paroles du Christ: 7e réflexion de carême

Septième parole
« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
Luc 23, 44-46

  1. Cette dernière parole est tirée du Psaume 31. Pourquoi Luc met-il les paroles de ce psaume sur les lèvres de Jésus et non pas le psaume 22 tel que nous le retrouvons dans le récit de Mathieu et de Marc ?
  2. Qu’est-ce que ces dernières paroles nous disent sur le désir de Jésus pour nous et sur notre relation à Dieu ?
  3. De quelle manière « cultiver une attitude intérieure d’abandon total et inconditionnel envers Dieu ? »
  4. Nous sommes tous pécheurs. Qu’est-ce que Dieu veut pour nous en tant que pécheurs ?
  5. Avant son élection comme pape Jean-Paul 1er, le cardinal Albino Luciani écrit une lettre à Jésus dans laquelle il exprimait son insuf sance de mots et d’expressions que nous ressentons tous alors que nous nous adressons à Jésus. Cette Semaine Sainte, pouvez-vous prendre le temps d’écrire votre propre lettre à Jésus ?
  6. Lors des Journées mondiales de la Jeunesse 2016, le pape François s’exprimait ainsi :
    « Le Chemin de la croix est celui du bonheur de suivre le Christ jusqu’au bout, dans des circonstances souvent dramatiques de la vie quotidienne ; […] C’est un chemin d’espoir, un chemin pour le futur ». Alors que nous acceptons d’entrer dans cette démarche que nous propose le Chemin de Croix de ce Vendredi Saint, comment apporterons-nous ce chemin d’espoir dans notre famille, notre milieu de travail et dans notre cœur ?

Les Sept dernières paroles du Christ: 6e réflexion de carême

Sixième parole
« Tout est accompli. »
Jean 19, 29-30

  1. Quel est le sens plénier du mot « accompli » dans le contexte du récit de la Passion de Jean ?
  2. Pour l’évangéliste Jean, pourquoi le Vendredi Saint est-il une première Pentecôte ?
  3. Lorsque nous xons notre regard sur Jésus cruci é, que voyons-nous ?
  4. Est-ce qu’une personne dans notre vie fut un point d’ancrage pour nous ?
  5. « La mort ne peut empêcher les personnes importantes dans nos vies de devenir des points d’ancrage pour nous ». Est-ce qu’une personne aimée défunte fut un point d’ancrage pour moi ?
  6. Le Vendredi Saint, pourquoi prions-nous pour nos frères et sœurs d’autres confessions religieuses ?

Comme des fioles d’albâtre de nard…

Veillée Pascale – samedi 15 avril 2017

Genèse 1,1-2,2 ; Genèse 22,1-18
Exode 14,15-15,1
Isaïe 54,5-15 ; Isaïe 55,1-11
Baruch 3,9-15.32-4,2
Ézéchiel 36,16-17a.18-28
Romains 6,3-11
Matthieu 28,1-10

L’histoire tragique du Vendredi Saint ne se termine pas avec la mort de Jésus. Il y a une suite. Dieu élève Jésus des morts et écrit de ce fait un autre chapitre dans l’histoire du salut. Il y aura un lendemain parce que le tombeau n’est pas la fin. L’annonce, qui a changé la tristesse de ces femmes pieuses en joie, résonne avec une éloquence invariable dans toute l’Église au cours de la célébration de la Vigile Pascale.

Un tombeau à Jérusalem

Au milieu de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, on trouve le tombeau de Jésus, un sanctuaire au Christ ressuscité. Il n’est pas là. Il est parmi nous. Ayant vécu à Jérusalem pendant presque quatre ans, je vous assure que tout autour de ce tombeau, on peut voir les restes terriblement humains de plus de deux milles ans de discorde, de chaos et de corruption qui continuent jusqu’à ce jour. Néanmoins, il s’agit du sanctuaire et du lieu saint les plus importants pour les chrétiens. La résurrection de Jésus est le signe que Dieu va finalement gagner. Au Calvaire, et ailleurs dans l’Église, la corruption semble effrénée. En cette nuit où le Seigneur a brisé les chaînes de la mort, nous savons en bout de ligne que Dieu est victorieux. Je sais cela dans ma chair et dans mes os, dans mon cœur, parce qu’à soixante-dix pieds du Calvaire il y a un tombeau qui est maintenant vide. Dieu vaincra le péché et la mort. Dieu établira une société juste. Comme chrétiens, nous avons un message encore plus profond : non pas que Dieu va gagner, mais que nous, dans le Christ, allons gagner…

Les leçons des femmes de Pâques

Nous avons toujours des leçons profondes à apprendre des femmes qui ont couru au tombeau au premier matin de Pâques. Elles représentaient les femmes innombrables, inconnues et pourtant dévouées qui faisaient partie des foules auxquelles Jésus s’est adressé et dans les maisons qu’il a visitées. Elles étaient les femmes courageuses qui se sont précipitées dehors pour toucher la frange de son manteau. Elles ont crié après lui ; elles sont entrées dans les maisons qu’il visitait sans y être elles-mêmes invitées, elles ont versé le nard le plus cher et le plus parfumé sur ses pieds à la consternation des critiques. Certaines l’ont rencontré aux puits à midi. Elles l’ont attendu, et l’ont accompagné de Galilée à Samarie à Jérusalem.

Elles connaissaient la promesse qui leur avait été faite, elles l’ont accueilli, elles savaient, de part la manière dont il les traitait, l’impact de leur témoignage sur lui, et elles ne craignaient pas de lui montrer leur amour. En fin de compte, elles se sont tenues près de son corps mourant, alors que les hommes se cachaient par crainte des autorités. Ce sont des femmes qui ont moulu des épices pour l’ensevelir et elles avaient calculé comment rouler la pierre de son tombeau. Elles se sont occupées de ses affaires de son vivant et après sa mort. Elles ont été récompensées de leur fidélité en étant les premières destinataires de la bonne nouvelle de la résurrection.

Femmes au tombeau et femmes de l’Église

Toutes les fois que je lis cet évangile de Pâques, je ne peux que penser aux innombrables religieuses qui ont considérablement influencé ma vie, depuis mon enfance, et encouragé à être un chrétien et un prêtre. Je me rappelle avec gratitude les Religieuses du Sacré-Cœur et les Sœurs de Saint-Joseph de Rochester, mes premières enseignantes. Je me souviens avec émotion des Sœurs de la Sainte-Famille de Spoleto et les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie avec qui j’ai eu le privilège du travailler au cours de mes premières années de ministère pastoral au Canada. Les Sœurs de Sion, les Soeurs Salvatorienes d’El-Quebeibeh d’Emmaüs et de Nazareth et les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition m’ont montré comment aimer et imiter le Seigneur dans sa propre patrie pendant mes études supérieures.
Plus tard les Sœurs de Saint-Joseph de Toronto et de Hamilton et les Sœurs de la Miséricorde d’Irlande ont partagé avec moi des années très fructueuses du ministère au Centre Newman de Toronto et plus particulièrement pendant la Journée mondiale de la jeunesse 2002. La diminution des effectifs de plusieurs de ces congrégations religieuses au sein de l’Église est cause de tristesse, mais également de gratitude profonde. Je regrette que plusieurs générations de jeunes n’aient jamais la joie de connaître des femmes religieuses comme je les connaissais : enseignantes, agentes de pastorale, collègues et amies.

Bien que leurs « charismes » demeurent vivants à travers des institutions gérées dans bien des cas par des laïcs, rien ne pourra jamais remplacer leur présence dans la vie de l’Église et dans nos propres histoires personnelles. Leurs vies étaient des fioles d’albâtre de nard versées en service actif, dans des œuvres courageuses et prophétiques, et en présence attentive jusqu’à la fin. Leur action au nom de Jésus était remplie d’espérance, positive, courageuse, et sans ambiguïté. Leur foi active en lui et leur manière décisive de le suivre sont, en conclusion, la beauté et l’éloquence invariables de la vocation de l’Église. Quand je pense à cette première Pâques, dans un mystérieux jardin à l’extérieur des murs de Jérusalem, je ne peux que me rappeler des femmes fidèles dans ma vie qui ont porté le message de la résurrection aux extrémités de la terre.

« Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie ! Alléluia ! »

Crucifié non pas pour condamner mais pour sauver : le don de Vendredi saint

Une réflexion sur la Passion de notre Seigneur

Qu’est-ce que nous célébrons le Vendredi saint ? Pourquoi nous attardons-nous à la Passion du Christ chaque année au lieu de sauter directement dans la joie de la résurrection ? Ne savons-nous pas que Jésus est ressuscité ? Souffrons-nous d’ amnésie annuelle, en nous remémorant les mêmes évènements sans arrêt ?

Le Vendredi saint, nous nous rassemblerons en silence devant la Croix du Christ. Les prêtres et les diacres se prosterneront, face contre terre, solennels devant la souffrance de Jésus. Nous écouterons la lecture de la Passion selon Saint Jean. Nous nous agenouillerons silencieusement lorsque nous entendrons les dernières paroles de Jésus sur la Croix, « Tout est accompli ». Nous marquerons ce jour par un jeûne, nos cœurs contemplant la mort de Dieu aux mains des hommes pleins de haine. Nous serons sans voix devant la torture d’un homme innocent.

Quel est le sens de tout cela ?

Est-ce simplement pour aiguiser notre culpabilité ? Est-ce pour nous mettre mal à l’aise, en tant que membres d’une espèce qui a tué Dieu incarné quand Il est venu sur terre ? Est-ce pour engendrer la désespérance et la tristesse ?

Nous trouvons une clé pour répondre à ces questions dans la Lettre aux Hébreux, deuxième lecture du Vendredi saint, qui nous oriente vers la signification de ce que nous célébrons :

« En Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours » (Hébreux 4,14-16).

Sur la Croix, nous ne voyons pas un juge tyrannique. Nous ne voyons pas un censeur venu nous condamner. Nous ne voyons pas un Dieu qui est nerveux et amer. Nous voyons notre Sauveur. Nous voyons Jésus. Nous voyons un homme en train de souffrir volontairement pour notre salut. Nous voyons la miséricorde du Père donnée à chacun d’entre nous – pour chaque homme et femme de toute l’histoire humaine, pour vous et pour moi !

Voilà le mystère de la Croix. Voilà l’amour de Dieu. Voilà le don que nous célébrons le Vendredi saint. Nous ne sommes pas enthousiastes comme les foules du dimanche des Rameaux. Nous ne sommes pas fous de joie comme les disciples qui voient le tombeau vide le dimanche de Pâques. En silence et solennellement, nous recevons le don de Jésus offert à tous et chacun. Nous remercions Celui qui n’a rien retenu. Nous nous ouvrons à recevoir ce qu’Il est venu nous donner.

Le don de Jésus c’est pas la honte pour nos péchés. Il n’est pas venu nous accuser et nous laisser enchaînés dans notre culpabilité. Il est venu Se donner à nous. Rien d’autre ne pouvait nous sauver. Rien d’autre ne pouvait enlever ce qui nous sépare de Dieu. Rien d’autre ne pouvait libérer cette abondance de vie, maintenant et pour toujours. Il est venu nous rendre libres. Il est venu racheter nos péchés. Il est venu nous apporter un amour qui nous comble pleinement.

Voici l’amour de Dieu, qui S’est donné entièrement pour nous. Non pas afin de nous faire sentir coupables ou inconvenants, mais afin que nous puissions recevoir le don de Lui-même. De retour, Il ne veut pas notre désespérance, ni notre mélancolie, ni notre auto-condamnation. Il veut que nous Lui donnions nos péchés, afin de les surmonter, afin de les détruire, afin de les effacer, pour nous rendre libres, heureux, et en paix.

Jésus meurt sur la Croix, notre Sauveur miséricordieux. Jésus vient Se donner à nous, pour nous. Il ne cesse pas de Se donner jusqu’au « Tout est accompli ».

La résurrection de Jésus, empreinte historique pointant vers l’au-delà

Dimanche de Pâques – 16 avril 2017

Actes 10,34a.37-43
Colossiens 3,1-4 ou 1 Corinthiens 5,6b-8
Jean 20,1-9

Quand on lit dans les quatre évangiles les chapitres sur la résurrection, les différences sautent aux yeux. Aucun des évangélistes ne décrit la résurrection elle-même. C’est là un événement qui s’accomplit dans le mystère de Dieu, entre Jésus et le Père. De par sa nature même, l’événement de la résurrection se situe en dehors de l’expérience humaine. Quelles leçons pouvons-nous tirer de chacun des témoignages des évangiles, et en particulier de celui de Matthieu que nous entendons proclamer aujourd’hui ?

Le récit de Marc

Dans le récit évangélique le plus ancien, celui de Marc (chapitre 16), la dernière scène est étonnante… car voici comment l’histoire se termine (v. 8) : « [Les femmes] sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. » Le plus frappant dans la conclusion de Marc, c’est que nous ne rencontrons jamais le Seigneur ressuscité. Au lieu de cela, nous avons un tableau terrifiant, presque sinistre. De grand matin, les femmes arrivent au tombeau pour accomplir une tâche pratiquement impossible. Ces femmes sont les seules à avoir suivi Jésus jusqu’au pied de la croix et jusqu’au tombeau. Elles trouvent le tombeau ouvert et vide, et sont saluées par un personnage céleste qui leur confie un message : « Allez dire à ses disciples et à Pierre : il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit. » (v. 7). Chez Marc, le récit de la résurrection veut troubler le lecteur chrétien, secouer le confort qui lui fait oublier que l’appel à suivre Jésus est un appel à la croix. Les lecteurs du récit de Marc sont invités à relire leur vie à l’ombre de la croix.

Le récit de Matthieu

Matthieu raconte la résurrection en quatre tableaux; l’expérience des femmes au tombeau (28, 1-7); leur brève rencontre avec le Seigneur ressuscité (v. 8-10); la tentative que font les dirigeants juifs pour étouffer l’affaire (v. 11-15); l’apparition aux disciples en Galilée (v. 16-20). La scène finale qui se termine par l’envoi en mission (v. 19-20) forme un tout et le programme qu’elle propose sert de conclusion à l’ensemble de l’évangile. Les femmes qui apparaissent dans le chapitre que Matthieu consacre à la résurrection n’assistent pas à la résurrection elle-même. Elles vivent le tremblement de terre, l’apparition de l’ange et le tombeau vide, autant de signes ou de traces de l’activité divine qui a provoqué ces bouleversements.
Dans le dernier tableau de son évangile, Matthieu met littéralement Jésus en scène sur la montagne où il avait fait dire à ses disciples de se rendre (28, 16-20). La fin de l’évangile de Matthieu nous renvoie au premier grand sermon de Jésus sur la montagne de Galilée (5,1-7,21). Le Jésus doux et humble de Matthieu est à la fois maître et modèle de douceur et d’humilité. En révisant l’évangile de Marc, Matthieu retouche délibérément la façon de présenter Jésus et la vie chrétienne. Au sombre tableau de l’invitation à la croix et à la figure de Jésus mort il ajoute un Jésus vivant et présent, dont les paroles, nourries de la réflexion sur les Écritures d’Israël, ouvrent un chemin de consolation, une « voie » que peuvent apprendre les disciples disposés à se mettre à son école. Matthieu lance un appel à apprendre du doux et humble Jésus.

Le récit de Luc

Le chapitre pascal de l’évangile de Luc (ch. 24), telle une belle symphonie, nous présente une pratique pastorale d’inspiration biblique et un modèle de vie chrétienne distinctif : dans le premier mouvement (v. 1-12), Dieu, et Dieu seul, vient résoudre une situation sans issue. Dans le deuxième mouvement, l’admirable récit de la rencontre entre Jésus et les disciples sur le chemin d’Emmaüs (v. 13-35), Dieu, dans la personne de Jésus, accompagne les personnes dans leur cheminement et les aide à surmonter le désespoir. Les récits du troisième mouvement (v. 36-53) guident les fidèles vers une expérience communautaire.

Le récit de Jean

Jean nous parle des apparitions du Seigneur ressuscité à Jérusalem et en Galilée. Les récits de résurrection du quatrième évangile sont une série de rencontres entre Jésus et ses disciples, qui présentent différentes réactions dans la foi. Qu’il s’agisse de Simon Pierre et du Disciple bien-aimé, de Marie-Madeleine, des disciples ou de Thomas, le scénario nous rappelle chaque fois qu’il y a différents degrés de disponibilité dans la foi et qu’il existe différents facteurs qui amènent les gens à croire.

La nature de la résurrection de Jésus

Le pape Benoît XVI aborde « la nature de la résurrection de Jésus et sa signification historique » dans Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection).[1] Je me permets de rapporter ici plusieurs idées que développe le pape Benoît dans ce grand livre.
Jésus n’est pas simplement revenu à la vie biologique normale comme l’aurait fait quelqu’un qui, selon les lois de la biologie, devrait mourir de nouveau. […]
Jésus n’est pas un fantôme (un ‘esprit’). Autrement dit, il n’appartient pas au monde des morts; il est en mesure, d’une certaine façon, de se manifester dans le monde des vivants. […]
Les rencontres avec le Seigneur ressuscité ne sont pas du même ordre que les expériences mystiques dans lesquelles l’esprit humain est temporairement arraché à lui-même et perçoit le monde du divin et de l’éternel, mais pour revenir ensuite à l’horizon normal de son existence. L’expérience mystique est une suspension temporaire des limites spatiales et cognitives de l’âme.
Le pape continue :

[La résurrection] est un événement historique mais qui fait éclater les dimensions de l’histoire et la transcende. Peut-être pouvons-nous recourir ici à une analogie, inadéquate à bien des égards, mais qui peut tout de même ouvrir une piste qui aide à comprendre : comme nous l’avons déjà suggéré dans la première partie du présent chapitre, nous pourrions regarder la résurrection comme quelque chose d’apparenté à un « saut évolutif », dans lequel apparaît une nouvelle dimension de la vie, une nouvelle dimension de l’existence humaine. […]
La résurrection déborde de l’histoire et la transcende mais elle n’en survient pas moins dans l’histoire et, jusqu’à un certain point, continue d’en faire partie. Nous pourrions peut-être formuler la chose comme suit : la résurrection de Jésus nous renvoie au-delà de l’histoire mais elle a laissé une empreinte dans l’histoire. Elle peut donc être attestée par des témoins comme un événement d’une nature tout à fait nouvelle.

Sonder la résurrection aujourd’hui

Dans notre univers de haute technologie, la réalité de la résurrection devient de plus en plus difficile à approfondir. Nombreux sont ceux qui passent leur vie à essayer d’en nier la réalité au lieu d’en sonder le mystère. Et ils tentent de le faire tout seuls, coupés de la communauté croyante des chrétiens, enfermés dans la prison de leur moi et de leurs idées, bloqués devant leur écran d’ordinateur en s’efforçant de pénétrer ce qui s’est produit au matin de Pâques. Certaines personnes diront carrément que toute cette histoire est simplement dépassée. Mais la résurrection n’est pas une affaire cérébrale, une question de théorie et d’idées; c’est une affaire de cœur, une réalité qu’on ne peut vivre et apprendre qu’au sein d’une communauté, en contexte cultuel et liturgique. Pour pouvoir vivre et saisir la résurrection, il faut l’environnement d’une musique sublime, la fumée et l’encens, le pain et le vin, les salutations chuchotées et les cris de joie, des couleurs éclatantes et, surtout, les corps en trois dimensions de vraies personnes, y compris ces gens qui ne sont pas des pratiquants « réguliers » mais qui viennent participer chaque année à la proclamation pascale.

Il ne s’agit pas de s’asseoir à l’ordinateur et de taper les mots « Jésus est ressuscité ». La proclamation doit être mise en œuvre, traduite en actes. Si la résurrection avait dû être un événement vérifiable objectivement selon les canons de l’histoire, Dieu ne l’aurait pas accomplie de nuit et sans témoins. La résurrection fut un événement transigé entre Dieu le Père et Dieu le Fils par la puissance de Dieu le Saint-Esprit. Aucun des évangiles ne nous décrit ce qui est arrivé. Nous ne savons pas à quoi le Christ ressemblait quand il n’a plus été mort, s’il a bondi hors du tombeau dans la gloire du soleil levant ou si, comme Lazare, il s’est lentement dégagé du suaire en admirant du coin de l’œil l’aube du matin de Pâques dans un jardin de Jérusalem.

Le cadre qui convient à la résurrection

Comment trouver les mots pour la résurrection ? Comment arriver à exprimer la victoire sur la mort, l’écrasement de l’enfer et la purification qui nous a réunis à la vie de Dieu ? Il n’y a pas de mots – il n’y a que des termes équivoques – des métaphores, des enchaînements d’images, des icônes verbales – qui nous invitent à entrer dans un mystère au-delà des mots.

J’ai vécu quatre ans dans la ville sainte de Jérusalem et j’y ai visité des centaines de fois les restes de l’église qui se dresse à l’emplacement du Calvaire et du Saint Sépulcre. C’est vraiment un lieu sacré pour les chrétiens et je n’y suis jamais allé sans émotion. Ce vieil édifice est vraiment un microcosme de notre propre vie, de notre cœur et de notre Église. Au milieu de cette Basilique du Saint-Sépulcre, vieille, sale et chaotique, se trouve le tombeau de Jésus, sanctuaire consacré au Christ ressuscité. Mais lui, il n’est pas là. Tout autour du tombeau, on peut observer les restes de 2000 ans d’horrible corruption humaine. Ce n’en est pas moins le lieu saint et le sanctuaire le plus important pour les chrétiens. Le Christ est ressuscité des morts !

Au Calvaire, et ailleurs en Terre sainte, la corruption paraît endémique… mais Dieu va triompher parce qu’à 70 pieds du Calvaire il y a un tombeau vide. D’ailleurs, il y a une autre chose étonnante à propos de cette Église et des événements qu’elle commémore : c’est que chacune, chacun de nous porte en soi un sanctuaire au Christ ressuscité. Ce sanctuaire, c’est notre premier amour pour lui et lui seul. Jésus Christ est ressuscité des morts. Vivons-nous vraiment en enfants de lumière, en fils et filles du Vivant ? La résurrection de Jésus est le signe que Dieu va finir par remporter la victoire.

Au milieu du chaos qu’on remarque dans l’église du Saint-Sépulcre, j’ai découvert que si je m’agenouillais assez longtemps dans un recoin de l’édifice, à côté de ces groupes religieux qui ont l’air d’être en guerre les uns contre les autres, le malaise disparaissait. Et il m’est souvent arrivé de goûter une paix étrange et une joie profonde, une vraie consolation, à cause de la résurrection de cet homme qui était le Fils de Dieu et notre Sauveur. La seule façon de discerner, de détecter et de découvrir la présence du Seigneur ressuscité, c’est à genoux, au milieu du chaos de l’Église et du monde.

La victoire de Jésus sur la mort fait partie de la vie pastorale et sacramentelle de l’Église et de sa mission dans le monde. L’Église est la communauté de ceux et celles qui ont la compétence pour reconnaître en Jésus le Seigneur ressuscité. Elle est spécialisée dans le discernement du Ressuscité. Tant que nous demeurons en dialogue avec Jésus, nos ténèbres ne peuvent que céder la place à l’aurore, et nous ne pouvons que devenir « compétents » pour témoigner. À une époque qui accorde tant d’importance à la compétence, nous ferons bien de nous concentrer de temps à autre sur notre compétence pour discerner la résurrection.

Qu’est-ce que la résurrection ? Le pape Benoît l’explique très bien dans son livre Jésus de Nazareth – De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection.

Dieu agit doucement, Dieu édifie graduellement son histoire au sein de la grande histoire de l’humanité; cela fait partie de son mystère. Il se fait homme pour être négligé de ses contemporains et des forces décisives de l’histoire; il souffre et il meurt et, ressuscité, il choisit de ne venir à l’humanité qu’à travers la foi des disciples à qui il se manifeste; il continue de frapper doucement à la porte de notre cœur et doucement il nous ouvre les yeux pour peu que nous choisissions de lui ouvrir la porte. Mais après tout – n’est-ce pas là la seule façon d’agir vraiment divine ? Non pas écraser par la force mais donner la liberté, offrir et provoquer l’amour. Car à bien y penser, n’est-ce pas ce qui paraît tout petit qui est vraiment grand ?

[1] Note du traducteur. Les citations faites ici de Jésus de Nazareth sont donc une traduction libre faite à partir de l’édition américaine (San Francisco, Ignatius Press, 2011).

Souffrance et mort d’un berger

Vendredi saint – 14 avril 2017

Isaïe 52,13-53,12
Hébreux 4,14-16 ; 5,7-9
Jean 18,1-19,42

Pour notre réflexion du Vendredi saint, cette année, j’ai choisi de partager avec vous quelques considérations sur ce que nous a enseigné Saint Jean-Paul II à la fin de sa vie. Je ne peux célébrer le Vendredi saint sans me rappeler la figure de Jean-Paul II et, en particulier, son dernier Vendredi saint sur terre, en 2005. Les réflexions qui suivent sont tirées d’une communication que j’ai donnée au Musée des Chevaliers de Colomb à New Haven, dans le Connecticut, pour l’inauguration d’une exposition spéciale intitulée « Bienheureux » et consacrée à la vie de ce grand homme.

Sur la souffrance humaine

Quoique rarement cité, un des plus beaux textes qu’ait écrits Jean-Paul II est sa Lettre apostolique de 1984 Salvifici Doloris, « sur le sens chrétien de la souffrance humaine ». À la suite de l’apôtre Paul et de toute la tradition catholique, l’ancien pape a soutenu toute sa vie que c’est précisément par la souffrance que le Christ a montré sa solidarité avec l’humanité et que c’est par elle que nous pouvons grandir en solidarité avec le Christ qui est notre vie.

Dans Salvifici Doloris, la souffrance est la conséquence du péché, et le Christ assume cette conséquence au lieu de la répudier. En embrassant la souffrance, il la partage totalement, il prend sur lui et en lui la conséquence du péché. Il le fait par amour pour nous, non seulement parce qu’il veut nous racheter mais parce qu’il veut être-avec nous, partager notre lot, vivre ce que nous vivons. C’est cet amour partagé, cette souffrance partagée dans l’amour, qui vient compléter et parfaire la relation rompue par le péché et nous racheter du même coup.

Le pape Jean-Paul II nous a enseigné que le sens de la souffrance est fondamentalement transformé par l’Incarnation. Abstraction faite de l’Incarnation, la souffrance est la conséquence du péché. Elle offre des occasions de découverte de soi-même ou de croissance personnelle et peut susciter des gestes pratiques d’amour d’autrui, mais tout cela est secondaire. Du fait de l’Incarnation, par contre, nous devenons porteurs du Corps du Christ. Notre souffrance devient sa souffrance, et l’expression de l’amour rédempteur.

Parce qu’il était le chef d’un milliard de catholiques; parce que, premier pontife de l’ère des satellites et d’Internet, il rejoignait des milliards d’autres personnes; et parce qu’il était Jean-Paul II, à la tête de l’Église depuis plus de 26 ans – pour toutes ces raisons, l’expérience publique de sa souffrance devait acquérir un pouvoir énorme. Et il le savait certainement. En 1981, alors qu’il se remettait d’un attentat, place Saint-Pierre, qui avait failli lui coûter la vie, Jean-Paul II avait déclaré que la souffrance, en tant que telle, est l’un des messages les plus puissants du christianisme.

Pendant les dernières années de son pontificat, Jean-Paul II a rapatrié la souffrance à l’intérieur de l’existence humaine normale. Tout le monde a pu voir qu’il puisait une vraie force intérieure dans sa spiritualité – spiritualité qui permet de surmonter la peur, même la peur de la mort. Quelle incroyable leçon pour notre monde ! Son combat contre les séquelles physiques du vieillissement était aussi une leçon précieuse pour une société qui a du mal à accepter de vieillir et qui ne trouve dans la souffrance aucun gage de rédemption.

En 1994, quand l’âge et les infirmités commencèrent à lui imposer des handicaps, il annonça à ses collaborateurs qu’il avait entendu le message de Dieu et qu’il allait modifier sa façon de gouverner l’Église. « Il me faut la gouverner par la souffrance, dit-il. Le pape doit souffrir pour que chaque famille et le monde entier voient bien qu’il y a, pourrais-je dire, un évangile supérieur : l’évangile de la souffrance, grâce auquel on doit préparer l’avenir. »

Lettre de consolation à ses pairs

En 1999, en préparation pour le Grand Jubilé, le pape Jean-Paul II fait paraître sa « Lettre aux personnes âgées ». Après des lettres aux jeunes en 1985, aux familles en 1994, aux enfants en 1994, aux femmes en 1995 et aux artistes en 1999, sans parler des lettres qu’il a écrites aux prêtres chaque année, le Jeudi saint, depuis le début de son pontificat, c’est un message profondément émouvant et encourageant qu’apporte sa Lettre aux personnes âgées. Le pape ne craint pas de faire voir les limites et la fragilité que les années lui ont imposées. Il ne fait rien pour les cacher. En parlant aux jeunes, il dit spontanément : « je suis un vieux prêtre ». Jean-Paul II continue de remplir sa mission de successeur de Pierre, en regardant vers l’avenir avec le seul enthousiasme juvénile que l’âge n’arrive pas à miner, celui de l’Esprit, qui reste intact chez lui. La lettre a un ton très personnel, presque confidentiel, et n’a rien d’une dissertation sur le grand âge. C’est plutôt un dialogue très intime entre membres d’une même génération.

« L’écoulement du temps, écrit le pape, fait s’évanouir les contours des événements et en adoucit les côtés douloureux. » De plus, continue-t-il, les souffrances quotidiennes peuvent être atténuées avec la grâce du Seigneur. En outre, « nous sommes confortés par la pensée que, parce que nous avons une âme spirituelle, nous survivons à la mort elle-même. »

« Gardiens d’une mémoire collective », c’est le titre d’une des sections de la lettre du pape. Soulignant que « dans le passé, on nourrissait un grand respect pour les personnes âgées », le pape remarque que la vieillesse est respectée et valorisée dans de nombreuses cultures alors que « chez d’autres, elle l’est beaucoup moins à cause d’une mentalité qui prône l’utilité immédiate et la productivité de l’homme ». Il écrit :

Avec une insistance croissante, on va jusqu’à proposer l’euthanasie pour résoudre les situations difficiles. Malheureusement, ces derniers temps, le concept d’euthanasie a perdu peu à peu, pour beaucoup de gens, la connotation d’horreur qu’elle suscite naturellement lorsqu’on est sensible au respect de la vie.

A ce propos, il faut rappeler que la loi morale permet de renoncer à ce qu’on appelle l’acharnement thérapeutique et qu’elle réclame seulement les soins qui entrent dans les exigences normales de l’assistance médicale, laquelle est surtout destinée, dans les maladies incurables, à alléger la douleur. Mais tout autre est l’euthanasie, entendue comme provocation directe de la mort ! Malgré les intentions et les circonstances, elle demeure un acte intrinsèquement mauvais, une violation de la loi divine, une offense à la dignité de la personne humaine.

« L’homme a été fait pour la vie, » a-t-il continue, « tandis que la mort – comme nous l’explique la Sainte Écriture dès ses premières pages (cf. Gn 2-3) – n’était pas prévue dans le projet initial de Dieu, mais elle est survenue à la suite du péché. » « Quoique d’un point de vue biologique la mort soit compréhensible par la raison, il n’est pas possible de la vivre de manière « naturelle. » Nous nous posons la question : qu’y a-t-il derrière le mur d’ombre de la mort ? ». La réponse vient de la foi. « La foi éclaire ainsi le mystère de la mort et elle donne de la sérénité à la vieillesse, qui n’est plus considérée ni vécue comme l’attente passive d’un événement destructeur, mais comme la promesse de parvenir à la pleine maturité. »

La dernière section de la Lettre aux personnes âgées s’intitule « Un présage de vie » :

Je me sens poussé par un désir spontané, écrit le pape, à vous faire part en toute sincérité des sentiments qui m’animent en cette dernière étape de ma vie, après plus de vingt ans de ministère sur le Siège de Pierre […] Malgré les limitations qui surviennent avec l’âge, je conserve le goût de la vie. J’en rends grâce au Seigneur. Il est beau de pouvoir se dépenser jusqu’à la fin pour la cause du Royaume de Dieu ! J’éprouve une grande paix quand je pense au moment où le Seigneur m’appellera: de la vie à la vie ! […] « Ordonne-moi de venir à toi, » c’est là le désir le plus profond du cœur humain, même en celui qui n’en a pas conscience.

Quelle façon de laisser sa marque ! Jean-Paul II n’a pas seulement écrit cette lettre-témoignage mais il l’a mise en œuvre dans sa propre vie. Nous en avons été témoins.

La souffrance publique

Si pénible qu’ait pu devenir pour lui sa propre vie, le pape Jean-Paul II nous a enseigné que la vie est sacrée. Plutôt que de cacher ses infirmités, comme le font la plupart des personnalités choyées du public, le pape Jean-Paul II a laissé le monde entier voir ce qui lui arrivait. Au dernier acte de sa vie, l’athlète était immobilisé; la voix vibrante et vigoureuse était réduite au silence et la main qui avait rédigé de volumineuses encycliques ne pouvait plus écrire. La dernière homélie de Jean-Paul II s’inspirait des derniers mots du Galiléen son Maître à Simon Pierre : « En vérité, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller… Puis [Jésus] lui dit : Suis-moi. » (Jean 21, 18-19)

Nombre de catholiques et de non-chrétiens ont vu dans la souffrance du pape une épreuve analogue à l’agonie de Jésus lui-même; et de fait, ni Jean-Paul II ni son entourage n’ont désavoué ce genre de comparaisons. Quand on lui avait demandé, quelques années auparavant, s’il pourrait envisager de démissionner, Jean-Paul II aurait répondu par une question : « Le Christ est-il descendu de la croix ? » Ses proches collaborateurs disent que le débat sur la question de savoir s’il était en mesure d’administrer l’Église, comme s’il était le p.-d.-g. d’une grande société commerciale, passe à côté de la question. Le pape n’occupe pas un emploi, il remplit une mission divine, et la souffrance est au cœur de cette mission.

La soirée du dernier Vendredi saint

Un des souvenirs les plus forts que je conserve de la dernière semaine de vie de Jean-Paul II, c’est le Chemin de croix au Colisée, le soir du Vendredi saint 2005, auquel il a participé en suivant la cérémonie à la télévision dans sa chapelle privée. La caméra de télé installée dans sa chapelle était placée derrière lui pour qu’il puisse se concentrer sur la célébration à laquelle il avait toujours participé en personne. Pour la télédiffusion en anglais, Monseigneur John Foley assurait de Rome le commentaire et donnait lecture des méditations interpellantes préparées par un certain cardinal Joseph Ratzinger.

À un certain moment, vers la fin du Chemin de croix, quelqu’un a placé un assez grand crucifix sur les genoux du Saint Père; celui-ci regardait amoureusement la figure de Jésus. Quand furent prononcés les mots « Jésus meurt sur la croix », le pape Jean-Paul se saisit du crucifix, le pressa sur son cœur et l’embrassa. Je n’oublierai jamais la scène. Une homélie d’une telle puissance sans un seul mot ! Comme Jésus, le pape Jean-Paul II embrassait la croix; en fait, il embrassait Jésus Christ crucifié dans la nuit du Vendredi saint.

La mort d’un patriarche

Plusieurs heures avant sa mort, les dernières paroles audibles prononcées par le pape Jean-Paul furent : « Laissez-moi aller à la maison du Père ». Dans un climat de prière, pendant qu’une messe était célébrée au pied de son lit et qu’une foule de fidèles chantait sur la place Saint-Pierre, il mourut à 21h37, le 2 avril. Par sa passion, sa souffrance et sa mort publiques, ce saint prêtre, successeur des apôtres et Serviteur de Dieu, nous a fait voir le visage souffrant de Jésus d’une façon absolument remarquable.

Le pape de la sainteté

Karol Wojtyla fut lui-même un témoin extraordinaire qui, par son dévouement, ses efforts héroïques, ses longues souffrances et sa mort, a transmis la force du message de l’Évangile aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui. Dans une large mesure, le succès de son message vient de ce qu’il a été entouré par une incroyable nuée de témoins qui l’ont appuyé et l’ont soutenu pendant toute sa vie. Pour Jean-Paul II, l’appel à la sainteté n’exclut personne; ce n’est pas un privilège réservé à une élite spirituelle.

Lumen Gentium, la constitution dogmatique sur l’Église du Deuxième Concile du Vatican, souligne que la sainteté des chrétiens découle de celle de l’Église et la manifeste. La sainteté, dit le texte, « sous toutes sortes de formes, s’exprime en chacun de ceux qui tendent à la charité parfaite, dans leur ligne propre de vie, en édifiant les autres ». (LG, n° 39) Dans cette diversité de formes, « il n’y a qu’une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble et chargé de sa croix, pour mériter de devenir participants de sa gloire ». (LG, n° 41)

Quand la foule s’est mise à scander « Santo Subito » à la fin des funérailles du pape, le 8 avril 2005, qu’est-ce qu’elle voulait vraiment dire ? Elle criait qu’elle avait vu en Karol Wojtyla quelqu’un qui vivait avec Dieu et qui vivait avec nous. C’était un pécheur qui avait fait l’expérience de la miséricorde et du pardon de Dieu. Il aura été le maître prophétique qui prêche la parole à temps et à contretemps. Il nous regardait, nous touchait, nous guérissait et nous rendait l’espoir. Il nous apprenait à ne pas avoir peur. Il nous montrait à vivre, à aimer, à pardonner et à mourir. Il nous a enseigné à embrasser la croix aux heures les plus douloureuses de l’existence, en sachant que la croix n’est pas le dernier mot de Dieu.

Le fait de proclamer quelqu’un bienheureux ne lui confère pas un certificat de perfection. Cela ne veut pas dire que la personne ait été exempte de défauts, d’aveuglements, de surdité ou de péché. Ce n’est pas non plus un exercice d’évaluation du pontificat ou du Vatican. La béatification et la canonisation signifient qu’une personne a vécu sa vie avec Dieu, en se fiant complètement à la miséricorde infinie de Dieu, en s’appuyant sur la force et la puissance de Dieu, en croyant en l’impossible, en aimant ses ennemis et ceux qui l’ont persécutée, en pardonnant au milieu du mal et de la violence, en espérant contre toute espérance et en ayant une influence positive sur le monde. Cette personne a fait comprendre à ceux et celles qui l’entouraient que sa vie était inspirée par une force ou un esprit qui ne sont pas de ce monde mais du monde à venir. Une personne de cette trempe nous fait entrevoir la grandeur et la sainteté à laquelle nous sommes tous et toutes appelés, et nous montre le visage de Dieu sur la route de notre pèlerinage ici-bas.

Dans la vie de Karol Wojtyla, le petit garçon de Wadowice qui allait devenir prêtre, archevêque de Cracovie puis évêque de Rome et héros de dimensions historiques, la sainteté était contagieuse. Nous avons tous été touchés et transformés par elle. Le pape Jean-Paul II n’était pas seulement le « Saint Père » mais « un Père qui était et qui est saint ». Lors de la messe de ses funérailles, le 8 avril 2005, le cardinal Joseph Ratzinger expliqua au monde entier que le Saint Père nous regardait et nous bénissait « depuis la fenêtre de la Maison du Père ».

Apprenons de « Papa Wojtyla » à passer les seuils, à ouvrir les portes, à jeter des ponts, à embrasser la croix de la souffrance et à proclamer l’Évangile de vie au monde de notre temps. Oui, apprenons à vivre, à souffrir et à mourir avec le Seigneur. Demandons au Seigneur une petite part du témoignage fidèle de Pierre et de la proclamation audacieuse de Paul, si manifestes chez Karol Wojtyla, Saint Jean-Paul II. Qu’il intercède pour nous et pour tous ceux et celles qui souffrent dans leur corps et leur esprit, et puisse son exemple nous donner le désir de nous entraider à porter nos croix, à grandir dans la foi et à devenir des saints.

(CNS Photo)

Sacramentum et exemplum : le don et la tâche

Messe de la Cène du Seigneur, Jeudi saint – 13 avril 2017

Isaïe 61,1-3a.6a.8b-9
Apocalypse 1,5-8
Luc 4,16-21

Le Jeudi saint clôture officiellement le temps du Carême. Ce soir-là, nous entrons dans le Triduum au cœur de l’année liturgique et, en fait, de la foi chrétienne. Les textes de l’Écriture nous renvoient profondément à nos racines juives : célébration de la Pâque avec le peuple juif (Exode 12, 1-8.11-14); réception de la tradition transmise à saint Paul (1 Corinthiens 11, 23-26), à savoir l’Eucharistie, et contemplation directe de Jésus qui s’agenouille devant nous pour nous laver les pieds avec l’humilité d’un serviteur (Jean 13, 1-15). La commémoration est au cœur de cette célébration.

Ce soir, le Seigneur nous invite à retourner avec lui au cénacle, pour nous aider à pénétrer les profondeurs de son mystère pascal. La veille de sa mort, il nous a laissé deux grands signes que la célébration liturgique renouvelle chaque année. Dans le premier, Jésus lave les pieds des apôtres et donne ainsi à ses amis un exemple d’amour qui s’exprime dans un service aussi humble que concret. Dans le deuxième, Jésus consacre le pain et le vin comme sacrement de son corps et de son sang, donnés en sacrifice pour notre salut.

Une nuit de commémoration

Considérons le mémorial qu’est l’Eucharistie. Dans le livre de l’Exode, nous lisons : « Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob » (Exode 2,24). Le livre du Deutéronome prescrit : « Souviens-toi du Seigneur ton Dieu » (8,18). « Rappelle-toi donc ce qu’a fait le Seigneur ton Dieu » (7,18). Le souvenir de Dieu et celui des hommes et des femmes forment dans la Bible un élément fondamental de la vie du peuple de Dieu. Cependant, ce souvenir n’est pas le simple rappel de quelque chose qui s’est produit il y a longtemps mais plutôt ce que l’hébreu appelle « zikkaron », c’est-à-dire un « mémorial ». C’est la proclamation des hauts faits que Dieu a accomplis pour nous au fil des âges et qu’il continue d’accomplir pour nous aujourd’hui. Dans la célébration liturgique, ces événements deviennent d’une certaine façon présents et actuels (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1363). Le mémorial rappelle le lien d’une alliance indéfectible : « Le Seigneur se souvient de nous, il nous bénira » (Psaume 115, 12). La foi biblique authentique comporte le souvenir fructueux de la geste de notre salut.

Dans l’Ancien Testament, le « mémorial » par excellence des œuvres de Dieu dans l’histoire était la liturgie pascale de l’Exode. Chaque fois que le peuple d’Israël célébrait la Pâque, Dieu lui offrait le don de la liberté et du salut. Dans la célébration de la Pâque, les deux souvenirs se recoupaient, celui de Dieu et celui des hommes – la grâce salvifique et le témoignage de la foi : « Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage… Ce rite vous tiendra lieu de signe sur la main et de mémorial sur le front, afin que la loi du Seigneur soit toujours sur vos lèvres car c’est le Seigneur qui, par sa force, vous a fait sortir d’Égypte. » (Exode 12,14; 13,9)

Au cœur de l’Eucharistie : la commémoration

Cette rencontre entre la mémoire de Dieu et celle des êtres humains est au foyer de l’Eucharistie, qui est le « mémorial » par excellence de la Pâque chrétienne. Le souvenir est au cœur de la célébration du sacrifice du Christ. Nous nous rappelons le sacrifice du Christ, cet événement unique, accompli « une fois pour toutes » (Hébreux 7,27; 9,12.26; 10,12), et dont nous continuons de recevoir les grâces à travers l’histoire. « Car chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Corinthiens 11,26). L’Eucharistie est donc le mémorial de la mort du Christ mais aussi la présence de son sacrifice et l’anticipation de son avènement glorieux. Nos pouvons certainement comprendre l’exhortation de Paul à Timothée : « Souviens-toi de Jésus Christ le descendant de David : il est ressuscité d’entre les morts » (2 Timothée 2,8). Ce souvenir vit et opère d’une façon spéciale dans l’Eucharistie.

Se rappeler, c’est d’un côté recentrer son cœur sur le souvenir et l’affection mais c’est aussi célébrer une présence qui est toujours avec nous. L’Eucharistie suscite en nous le souvenir de l’amour du Christ. Dans l’Eucharistie, les chrétiens nourrissent l’espérance de la rencontre finale avec leur Seigneur. L’Eucharistie est le mémorial au sens plein du terme : le pain et le vin, par l’action de l’Esprit Saint, deviennent vraiment le corps et le sang du Christ, qui se donne lui-même en nourriture aux hommes et aux femmes pour leur pèlerinage terrestre. Pour rester fidèle à ce mandat, pour demeurer en lui tels les sarments unis à la vigne et pour aimer comme il a aimé, il faut se nourrir de son corps et de son sang. En disant aux apôtres, « vous ferez cela en mémoire de moi », le Seigneur liait l’Église au mémorial vivant de sa Pâque.

La nouvelle Pâque

Dans un maître livre, Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection,[1] le pape émérite Benoît XVI prend soin de bien expliquer ce que fut vraiment la dernière Cène :

Une chose ressort clairement de l’ensemble de la tradition, écrit-il : essentiellement, ce repas d’adieu n’était pas l’ancienne Pâque mais la nouvelle, que Jésus accomplissait dans ce contexte. Même si le repas que Jésus a partagé avec les Douze n’était pas un repas pascal conforme aux prescriptions rituelles du judaïsme, néanmoins, rétrospectivement, le lien intime de tout cet événement avec la mort et la résurrection de Jésus ressortait clairement. C’était la Pâque de Jésus. Et en ce sens, on peut dire à la fois qu’il a célébré et qu’il n’a pas célébré la Pâque : les anciens rites n’ont pu être célébrés – quand vint le moment de les accomplir, Jésus était déjà mort. Mais il s’était donné lui-même et, de la sorte, il avait vraiment célébré la Pâque avec eux. L’ancienne Pâque n’était pas abolie ; elle était simplement portée à la plénitude de son sens.

Le lavement des pieds

Benoît XVI parle admirablement du lavement des pieds, qui est au cœur de l’Évangile du Jeudi saint (Jean 13,1-15) :

Revenons au chapitre 13 de l’Évangile de saint Jean. « Vous êtes purs », dit Jésus à ses disciples. Le don de la pureté est un acte divin. L’homme ne peut de lui-même se rendre acceptable à Dieu, quel que soit le système de purification qu’il suive. « Vous êtes purs » – l’admirable simplicité des paroles de Jésus résume en quelque sorte la grandeur du mystère du Christ, qui est que Dieu vient à nous pour nous purifier. La pureté est un don.

Mais une objection vient à l’esprit. Quelques versets plus loin, Jésus déclare : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jean 13,14–15) Cela ne suggère-t-il pas une conception purement morale du christianisme ?

Sacramentum et exemplum

Les Pères ont exprimé la différence entre ces deux aspects, ainsi que leur relation mutuelle, en utilisant les catégories de sacramentum et d’exemplum : par sacramentum ils n’entendent pas désigner un sacrement en particulier mais plutôt l’ensemble du mystère du Christ – sa vie et sa mort – par lequel il vient à nous, entre en nous par son Esprit et nous transforme. Mais précisément parce que ce sacramentum nous « purifie » vraiment, nous renouvelle de l’intérieur, il déclenche la dynamique d’une vie nouvelle. Le commandement de « faire comme Jésus a fait » n’est pas seulement un supplément moral au mystère, encore moins une antithèse au mystère. Il découle de la dynamique interne du don par lequel le Seigneur nous renouvelle et nous attire dans sa réalité.

Le don – le sacramentum – devient exemplum, un exemple, tout en demeurant don. Être chrétien est avant tout un don, qui se déploie ensuite selon une dynamique de vie et d’action qui procède du don.

En conclusion de sa réflexion sur le lavement des pieds, Benoît XVI écrit :

… En revenant sur l’ensemble du chapitre du lavement des pieds, nous pouvons dire que dans ce geste d’humilité, qui exprime l’ensemble du ministère de la vie et de la mort de Jésus, le Seigneur se tient devant nous comme le serviteur de Dieu – celui qui pour nous s’est fait celui qui sert, qui porte notre fardeau et qui nous accorde la vraie pureté, la capacité d’approcher Dieu. Dans le deuxième chant du serviteur souffrant, en Isaïe, il y a une expression qui annonce d’une certaine façon la théologie johannique de la Passion : Le Seigneur m’a dit, « Tu es mon serviteur, Israël, en qui je me glorifierai ».

Le Jeudi saint et le sacerdoce ministériel

Pendant les plusieurs années de ma prêtrise, je suis revenu d’innombrables fois à l’Évangile du Jeudi saint puiser la force et l’inspiration pour être ce que je m’efforce d’être chaque jour : un ministre ordonné qui garde vivant le souvenir de Jésus chez les gens et qui sert la communauté comme préposé au lavement des pieds. Quel incroyable modèle de sacerdoce nous offre l’Évangile de ce soir : le Seigneur et Sauveur du monde à genoux devant nous pour nous laver les pieds dans un geste d’humilité et de service !

La véritable nature de l’Eucharistie suppose un lien avec Dieu et avec la communauté. Nos destinées sont entrecroisées. C’est ce « tissage » qui est au cœur du sacerdoce de Jésus Christ et de notre sacerdoce. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous avons part à celui qui se fait nourriture et boisson pour les autres. Ainsi doit-il en être de nous qui recevons le corps et le sang du Seigneur : notre vie, elle aussi, doit devenir le banquet des pauvres. Nous devons, nous aussi, devenir nourriture et boisson pour ceux et celles qui ont faim.

Par toute sa vie, Jésus est un modèle sacerdotal de compassion. Personne sacerdotale, il a vécu pour les autres, il a offert chaque personne et chaque chose au Dieu qui l’aimait. C’était alors et c’est toujours aujourd’hui la seule forme de sacerdoce qui change les choses, la seule qui compte. Le contraire du prêtre, c’est le consommateur : celui qui achète et qui accumule des choses. Une personne sacerdotale, c’est quelqu’un qui se dépense avec plaisir pour les autres. La célébration, ce soir, du repas du Seigneur nous invite à examiner ce que nous avons fait de notre baptême, et à nous demander en quoi nous sommes un peuple eucharistique et sacerdotal. Nous devons scruter notre propre sacerdoce, que ce soit le sacerdoce des baptisés ou le sacerdoce ministériel, et nous demander pour qui nous vivons réellement et qui nous aimons vraiment. Nous dépensons-nous avec plaisir pour les autres ?

Si je suis ministre ordonné et qu’on m’appelle « Père », ce n’est pas simplement parce que j’ai fait de longues études universitaires, parce que j’ai une bonne formation, un titre, ou une position privilégiée dans la société ou dans l’Église. Les crises qui affectent la prêtrise aujourd’hui dans le monde nous rappellent la futilité du prestige, des privilèges, du rang ou de la mobilité ascendante. Tout n’est en réalité qu’humble service et prière d’intercession pour ceux et celles que le Seigneur nous a confiés.

On est prêtre, en fin de compte, pour être serviteur. C’est dire que j’essaie de donner ma vie publiquement pour la communauté. Le titre de « Père » exprime la relation qui existe entre les prêtres et les personnes qu’ils servent. C’est là une relation aussi belle qu’intimidante et même terrifiante mais qui, dans le meilleur des cas, engendre la vie et communique l’amour. Jésus nous enseigne, dans ce grand récit de l’Évangile du Jeudi saint, que la vraie source de l’autorité dans l’Église vient de ce qu’on mène une vie de serviteur, de ce qu’on donne sa vie pour ses amis. La seule autorité, le seul pouvoir de la prêtrise, c’est l’autorité évangélique qui vient de ce qu’on vit le mystère pascal. Ce soir, en particulier, moi-même et tous les ministres ordonnés, nous devons nous demander : est-ce que j’agis vraiment comme celui qui garde vivant le souvenir de Jésus dans la communauté; comme quelqu’un qui fait naître l’acte de foi chez les gens; comme quelqu’un qui construit la communauté de Dieu qu’est l’Église ? Sommes-nous des serviteurs, des préposés au lavement des pieds ? Suivons-nous l’exemple de la vie et de la mort de Jésus Christ, le prêtre éternel de la compassion et du service ?

Je rends grâce à Dieu d’une manière toute spéciale pour le privilège que j’ai de rompre la Parole de Dieu pour le monde par le truchement des ces réflexions hebdomadaires. Merci pour les nombreux messages que je reçois de personnes, un peu partout à travers le monde, qui tirent profit de ces réflexions. Oremus pro invicem. Union de prière.

Le Jeudi saint en bref

Voici quelques grandes idées à retenir sur le Jeudi saint; elles sont tirées du Catéchisme de l’Église catholique.

De quelle façon le Christ s’est-il offert lui-même au Père ?

620. Toute la vie du Christ a été une libre offrande au Père pour accomplir son dessein de salut. Le Christ a donné « sa vie en rançon pour la multitude » (Marc 10,45) et réconcilié ainsi toute l’humanité avec Dieu. Sa souffrance et sa mort ont manifesté comment son humanité était l’instrument libre et parfait de l’amour divin qui désire le salut du genre humain.

Comment l’offrande de Jésus s’est-elle exprimée à la dernière Cène ?

621. À la dernière Cène avec ses apôtres, la veille de sa passion, Jésus a anticipé, c’est-à-dire qu’il a à la fois symbolisé et rendu présent le libre don de sa personne : « Ceci est mon corps livré pour vous » (Luc 22,19), « Ceci est mon sang répandu… » (Matthieu 26,28). Ainsi a-t-il à la fois institué l’Eucharistie comme « mémorial » (1 Corinthiens 11,25) de son sacrifice et institué ses apôtres comme prêtres de la nouvelle alliance.

Qu’est-il arrivé à l’agonie au jardin de Gethsémani ?

612. Malgré l’horreur que représentait la mort pour la sainte humanité de Jésus qui est « le chef des vivants » (Actes 3,15), la volonté humaine du Fils de Dieu est restée fidèle à la volonté du Père pour notre salut. Jésus a accepté la tâche de porter nos péchés dans son corps, « se faisant obéissant jusqu’à la mort » (Philippiens 2,8).

Quelles sont les conséquences du sacrifice du Christ sur la croix ?

622-623. Jésus a offert sa vie librement en sacrifice d’expiation, c’est-à-dire qu’il a fait réparation pour nos péchés par la totale obéissance de son amour jusqu’à la mort. Cet amour du Fils de Dieu « jusqu’au bout » (Jean 13,1) a réconcilié toute l’humanité avec le Père. Le sacrifice pascal du Christ rachète donc l’humanité d’une manière qui est unique, parfaite et définitive; et il rétablit pour elle la communication avec Dieu.

[1] Note du traducteur. Les citations faites ici de Jésus de Nazareth sont donc une traduction libre faite à partir de l’édition américaine (San Francisco, Ignatius Press, 2011).

Les Sept dernières paroles du Christ: 6e réflexion de carême

Sixième parole
« Tout est accompli. »
Jean 19, 29-30

1. Quel est le sens plénier du mot « accompli » dans le contexte du récit de la Passion de Jean ?

2. Pour l’évangéliste Jean, pourquoi le Vendredi Saint est-il une première Pentecôte ?

3. Lorsque nous xons notre regard sur Jésus cruci é, que voyons-nous ?

4. Est-ce qu’une personne dans notre vie fut un point d’ancrage pour nous ?

5. « La mort ne peut empêcher les personnes importantes dans nos vies de devenir des points d’ancrage pour nous ». Est-ce qu’une personne aimée défunte fut un point d’ancrage pour moi ?

6. Le Vendredi Saint, pourquoi prions-nous pour nos frères et sœurs d’autres confessions religieuses ?

Les Sept dernières paroles du Christ: 5e réflexion de carême

Cinquième parole
« J’ai soif. »
Jean 18, 28

    1. Cette semaine, méditez votre propre « soif » de Dieu. Êtes-vous en contact avec ce désir de tout être humain qui est si central pour notre foi ?
    2. En quoi la rencontre avec la Samaritaine était-elle convenable ? Cette semaine, lisez le quatrième chapitre de l’Évangile de Jean.
    3. Mère Teresa affectionnait particulièrement les paroles « J’ai soif », qu’elle plaçait sur les mûrs de chaque chapelle des sœurs Missionnaires de la Charité. Pourquoi ?
    4. « Que puis-je faire pour « désaltérer la soif de Jésus » ?
    5. « Nous nous attachons à nos propres plans ». Faisons-nous vraiment con ance à Dieu, à ce qu’Il prévoit pour nous ? Comment pouvons-nous lui faire plus pleinement con ance en nous détachant de nos propres plans ?
    6. Cette semaine, quelle étape puis-je franchir a n de désaltérer davantage cette soif de Jésus pour nous ? Comment puis-je prendre part à la croix de Jésus en agissant comme un disciple authentique envers ceux qui sont dans le besoin ?
Vous pouvez vous procurer le livre « Les Sept dernières paroles du Christ » du père Thomas Rosica c.s.b. en ligne:
Vous pouvez également consulter le guide d’étude du carême 2017 au lien suivant:

Hosanna ! Accueillons le Seigneur qui continue de venir à nous aujourd’hui !

Dimanche des Rameaux – 9 avril 2017

Isaïe 50,4-7
Philippiens 2,6-11
Matthieu 26,14-27,66

Pour me préparer à Pâques il y a quelques années, j’ai eu le privilège de faire une retraite, au début du Carême, sur les événements de la Semaine sainte : j’ai lu et médité le livre du pape Benoît XVI, Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection.[1] Ce livre devrait être une lecture obligée pour tous les évêques, les prêtres, les agents de pastorale et tous les catholiques sérieux qui veulent rencontrer Jésus de Nazareth et les mystères centraux de notre foi que nous célébrons cette semaine. Je ne peux concevoir de meilleure façon de se préparer à la Semaine sainte et à Pâques que de lire ce texte magistral. Je le recommande à tous ceux et celles qui ont trouvé utiles nos réflexions scripturaires hebdomadaires : il nourrira votre prière personnelle et vous aidera dans la prédication de la Parole de Dieu.

Chaque année pendant la Semaine sainte, nous accompagnons Jésus qui entre à Jérusalem au milieu des cris de la foule : « Hosanna ! » Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Une journée débordante de louanges exaltées et de jubilation tandis que se profile à l’horizon une vague de haine, de destruction et de mort. Nous aussi, nous sommes happés par la foule qui acclame son Messie et son Roi quand il descend du mont des Oliviers… Il n’arrive pas entouré d’une escorte motorisée ou d’un cortège princier mais chevauche une bête de somme. Images frappantes de royauté, d’humilité et de divinité conjuguées dans ce tableau paradoxal où Jésus entre dans sa ville ! Pleine d’enthousiasme, la foule lui fait un triomphe, le dimanche des Rameaux, car elle voit en lui de Roi de paix, porteur de l’espérance. Plein de haine, cinq jours plus tard, le peuple exigera son exécution sur la croix.

Les récits évangéliques de la Passion décrivent comment les péchés de certaines factions du peuple et de leurs chefs au temps de Jésus ont donné naissance au complot qui entraîna la Passion et la mort du Christ, ce qui est une façon de suggérer une vérité fondamentale, à savoir que nous sommes tous en cause. Ce sont leurs péchés et nos péchés qui conduisent le Christ à la croix, et Lui en porte le poids de plein gré. À nous de tirer les leçons de ce qui est arrivé à Jésus et de nous interroger non seulement sur l’identité de ceux qui l’ont jugé, condamné et exécuté autrefois mais aussi sur ce qui a tué Jésus et sur les spirales vicieuses de violence, de brutalité et de haine qui continuent de Le crucifier aujourd’hui dans ses frères et sœurs de la famille humaine.

Le récit de la Passion en Matthieu

Cette année, nous lisons le récit de la Passion selon Matthieu (Matthieu 26,14 –27,66). Matthieu suit de près la source que Marc est pour lui mais avec quelques omissions (par exemple, Marc 14, 51-52) et quelques additions (par exemple, Matthieu 27, 3-10.19). Certaines additions indiquent qu’il s’est servi de traditions qui lui venaient d’ailleurs; d’autres tiennent à sa propre perspective théologique (par exemple, Matthieu 26,28 « … en rémission des péchés »; Matthieu 27,52). Dans son travail de rédaction, Matthieu a aussi modifié Marc pour certains détails mineurs. Mais on n’a pas besoin de supposer qu’il connaissait un autre récit de la Passion que celui de Marc.

En écoutant le récit de Matthieu, nous sommes saisis par la rencontre entre Jésus et son destin, rencontre rendue inévitable par l’attachement profond de Jésus à la mission qu’il a reçue de Dieu et par la résistance farouche du pouvoir de la mort. Dans le premier chapitre de son ouvrage sur Jésus de Nazareth, intitulé « L’entrée à Jérusalem », Benoît XVI nous invite à nous arrêter à Zacharie 9,9, le texte que Matthieu et Jean citent explicitement pour éclairer le sens du « dimanche des Rameaux » : « Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme » (Mt 21,5; cf. Za 9,9; Jn 12,15). Benoît écrit (p. 4):

[Jésus] est un roi qui détruit les armes de guerre, un roi de paix et un roi de simplicité, un roi des pauvres. Finalement, nous avons vu qu’il règne sur un royaume qui s’étend de la mer à la mer et embrasse le monde entier. Les communautés qui rompent le pain en communion avec Jésus Christ nous ont rappelé que le nouveau royaume de Jésus, qui embrasse le monde entier de la mer à la mer, est le royaume de sa paix. À l’époque, on ne pouvait rien voir de tout cela…

Le sens d’Hosanna

Le mot « Hosanna » était à l’origine une formule de bénédiction des pèlerins que prononçaient les prêtres dans le Temple mais, une fois réuni à la deuxième partie de l’acclamation, « à celui qui vient au nom du Seigneur », il a pris un sens messianique. Il est devenu une façon de désigner celui que Dieu avait promis. La louange à Jésus devenait ainsi une salutation adressée à celui qui vient au nom du Seigneur, à celui qu’annonçaient et qu’acclamaient toutes les promesses.

Nous pouvons nous demander pourquoi le mot « hosanna » nous a été conservé en hébreu. Pourquoi les Évangiles ne l’ont-ils pas traduit en grec ? La traduction complète de l’ « hosanna » pourrait se lire ainsi : « À l’aide [ou : sauve-nous], de grâce, ô Fils de David. Béni au nom du Seigneur, celui qui vient. À l’aide [ou : sauve-nous], de grâce, ô Tout-puissant. » L’accueil que réserve la foule à Jésus aux cris de « hosanna », en appelant au secours, et le fait de brandir des branches de palmier évoquaient les formules rituelles de la fête de Soukkot, déjà politisée depuis qu’on s’en était servi pour le premier festival de l’Indépendance, la première Hanouka. L’utilisation de cette formule liturgique pour accueillir Jésus avait un but manifeste. L’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem sera suivie par la purification du Temple (Matthieu 21, 14-16). Ce scénario évoque la libération des Macchabée et ne peut que viser à fouetter les espoirs messianiques. La foule qui crie « hosanna » et brandit des rameaux sait parfaitement ce qu’elle fait.

Dans cette acclamation d’hosanna, nous voyons s’exprimer les émotions complexes des pèlerins qui accompagnaient Jésus et ses disciples : louange joyeuse de Dieu au moment de la procession d’entrée, espérance que l’heure du Messie soit arrivée et, en même temps, prière pour que soit rétablie la monarchie davidique et par conséquent la royauté de Dieu sur Israël (Jésus de Nazareth, p. 8-10).

« Hosanna », c’est un appel à l’aide urgent, une demande de salut d’une validité universelle. Ce cri n’a jamais cessé de convenir à la condition humaine. C’est d’un mot une prière qui a la faculté politique de déstabiliser les oppresseurs où qu’ils se trouvent, aujourd’hui comme autrefois, une prière qu’il faudrait donc traduire et comprendre.

Le prophète de Nazareth

Au commencement, quand les gens écoutaient le prophète de Nazareth, il ne semblait avoir aucune importance pour Jérusalem et les habitants de la ville sainte ne le connaissaient pas. La foule qui rend hommage à Jésus aux portes de la ville n’est pas celle qui réclamera plus tard sa crucifixion. Dans ce tableau en deux temps de l’échec à reconnaître Jésus – par une combinaison d’indifférence et de peur – Benoit XVI estime que nous entrevoyons quelque chose de la tragédie de la ville que Jésus avait évoquée à quelques reprises, et d’une façon particulièrement poignante dans son discours eschatologique.

Les accents uniques de la Passion selon Matthieu

Pour Matthieu, l’ultime point tournant de l’histoire de Jésus, c’est sa mort et sa résurrection. À l’instant même de la mort de Jésus, mort acceptée en fidélité à sa mission, une vie nouvelle éclate : la terre tremble, les rochers se fendent, les tombeaux s’ouvrent et les saints qui étaient morts ressuscitent pour entrer triomphalement dans la cité de Dieu. En écrivant ces paroles, Matthieu pense à la grande vision des ossements desséchés d’Ézéchiel 37. Dieu insuffle l’esprit aux ossements, et les morts ressuscitent pour former un peuple nouveau. Matthieu croit que de la mort de Jésus surgit une vie nouvelle pour le monde; de la mort apparente de la mission judéo-chrétienne à Israël, la communauté primitive ressuscite pour envelopper le monde méditerranéen et former un peuple nouveau de Juifs et de Gentils. La mort-résurrection n’est pas seulement le modèle du destin de Jésus, elle deviendra aussi le modèle du destin de la communauté elle-même au sein de l’histoire.

Le sens aujourd’hui

Qu’est-ce que la passion de Matthieu a à nous dire aujourd’hui ? Je suis convaincu qu’elle nous offre des lunettes bibliques à travers lesquelles observer le moment actuel de l’histoire de l’Église et du monde. Ce n’est pas seulement de l’Église mais aussi du monde dans lequel nous vivons que nous recevons notre ordre de marche et nos plans pastoraux pour la mission. Le drame biblique bouleversant que présente la passion de Matthieu nous enseigne que les événements que nous tenons souvent pour des « événements profanes », même ceux qui provoquent dommages et destruction, qui suscitent la terreur et l’aveuglement, nous guident en réalité vers l’avenir de Dieu pour nous, et plantent le décor de la révélation que Dieu nous fera de lui-même.

Acclamer le Seigneur dans l’Eucharistie

Je conclus en reprenant les propos du pape émérite Benoît sur la scène de ce dimanche des Rameaux (p.11) :

L’Église acclame le Seigneur dans la Sainte Eucharistie comme celui qui vient aujourd’hui, celui qui est entré chez elle. En même temps, elle l’acclame comme celui qui continue de venir, celui qui nous guide vers son avènement. Pèlerins, nous allons à lui ; pèlerin, il vient à nous et nous prend avec lui dans son ‘ascension’ vers la croix et la résurrection, vers la Jérusalem définitive qui grandit déjà au milieu de ce monde dans la communion qui nous unit à son corps.

[1] Note du traducteur. Les citations faites ici de Jésus de Nazareth sont donc une traduction libre faite à partir de l’édition américaine (San Francisco, Ignatius Press, 2011).