Présence du père Thomas Rosica c.s.b. à la Messe de l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal

« La gratitude est le cœur de la mémoire »

Vous trouverez ci-dessous le vidéo de réflexion du père Thomas Rosica c.s.b.pour la Fête de l’Action de Grâce au Canada (10 octobre 2016)

 

Réflexion de Terre Sainte: la Dernière Cène

L’équipe Sel + Lumière a fait un pèlerinage sur les pas de Jésus pendant le Carême. Chacun nous offre une réflexion sur un lieu saint en Terre Sainte.

Dans cette méditation on se rencontre au Cénacle à Jérusalem où Jésus a partagé un dernier repas avec ses amis. Pendant ce repas nous sommes confrontés à l’humilité du Christ. Elle pointe vers son humiliation totale à l’heure de sa Passion. Mais c’est dans cet abaissement qu’il montre le « vrai visage » de Dieu, comme l’a déjà souligné le pape François, un visage d’amour et de miséricorde.

Les béatitudes, modèle de sainteté

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Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour la Solennité de la Toussaint (dimanche 26 octobre 2015)

Les paroles de Mgr Angelo Amato, s.d.b., préfet de la Congrégation pour la cause des saints, prononcées l’année dernière lors du Synode sur La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église, résonnent encore dans mon esprit et mon cœur en ce jour de la Solennité de la Toussaint :

Jésus dit: “Je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes” (Mt 11, 29). Pendant deux millénaires, des hommes et des femmes, grands et petits, savants et ignorants, en Orient comme en Occident, se sont mis à l’école du Seigneur Jésus, qui a fait résonner dans leur esprit et dans leur cœur un commandement sublime : “soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait” (Mt 5, 48).

Leur savoir était composé essentiellement par la vie et par la Parole de Jésus : heureux les pauvres, heureux les affligés, heureux les doux, heureux les affamés et assoiffés de la justice, heureux les miséricordieux, heureux les cœurs purs, heureux les artisans de paix, heureux les persécutés. Les saints, comprenant que les béatitudes sont l’essence de l’Évangile et le portrait même de Jésus, l’ont ainsi imité.

Les béatitudes, modèle de sainteté

Les béatitudes énumérées par le Christ dans son Sermon sur la Montagne (Matthieu 5,1-12) sont la recette de sainteté extrême. Comme plusieurs l’ont souligné auparavant, le Mont des Béatitudes est réellement le sommet le plus élevé au monde même s’il se retrouve quelque dizaine de pieds en dessous du niveau de la mer. Sur cette montagne sacrée de la Galilée, Jésus a proclamé la nouvelle loi; une expression de la sainteté du Christ. Il faut préciser qu’il ne s’agit pas d’un code de conduite abstrait. Jésus est pauvre d’esprit, doux, persécuté et artisan de la paix. Il représente plutôt le nouveau « code de sainteté » qui doit être étampé dans nos cœurs et contemplé par les actes de l’Esprit Saint. Sa mort et sa passion sont le couronnement de sa sainteté.

La sainteté est un mode de vie qui implique l’engagement et le passage à l’acte. À l’opposé, elle n’est pas une tentative passive, mais plutôt une série de choix continus qui visent à approfondir son lien à Dieu pour ensuite permettre à cette relation de diriger nos gestes en société. La sainteté nécessite un changement radical dans sa façon de voir les choses et dans son attitude. Lorsqu’on accepte l’appel à la sainteté, Dieu devient l’objectif final de chaque aspect de notre vie.

En observant Jésus, on peut voir la définition même de ce qui est pauvreté de cœur, douceur et compassion, attristement et préoccupation pour la justice, cœur pur, artisan de paix et persécuté. C’est pourquoi il a le droit de dire à chacun, « Viens, suis-moi! » Jésus ne dit pas simplement, « Fais ce que je dis. » Il dit plutôt, « Viens, suis-moi. » 

Faire le point sur la multitude des saints

Les saints et les bienheureux sont nos compagnons de voyage sur le chemin de la vie lors des moments de joie comme ceux de misère. Ils sont des hommes et des femmes qui ont écrit une page nouvelle dans la vie de tellement de gens. Cette pensée fut au cœur du message de Jean-Paul II à l’humanité : la sainteté n’est pas un don réservé à certains. Nous pouvons tous aspirer à la sainteté, car c’est un objectif à notre portée, une grande leçon réaffirmée par le Concile Vatican II et son appel à la sainteté universelle (Lumen Gentium).

Aujourd’hui, la solennité de la Toussaint est une occasion formidable pour l’Église entière de faire le point sur la façon dont le serviteur de Dieu, le pape Jean-Paul II, a changé notre façon de voir les saints et les bienheureux. En presque 27 ans de pontificat, le pape Jean-Paul II a confié 1 338 bienheureux et 482 saints à l’Église.

Jean-Paul II nous a rappelé que les héros et les héroïnes de ce monde offerts aux jeunes d’aujourd’hui sont viciés à la base. Ils nous laissent avec un vide intérieur. Les « vedettes » réelles de son pontificat sont les saints et les bienheureux qui n’ont pas cherché à être considérés comme des héros, à choquer ou à provoquer. Si l’on veut véritablement croire que la grandeur est accessible, nous avons besoin de bons modèles à émuler. Nous avons désespérément besoin de vrais héros et héroïnes qui sont à la fois des exemples à suivre et les témoins de la foi et de la vertu. Ce sont les « vedettes » que les mondes du sport, du cinéma, des sciences et de la musique n’arrivent pas à offrir à la société.

Se placer à l’extrême centre

Plusieurs pensent que la sainteté est réservée aux privilégiés. En fait, devenir saint est la tâche de tout chrétien et on irait même jusqu’à dire la fonction de tous. Nous pensons souvent que les saints sont tout simplement des « excentriques » que le Christ élève comme modèle à émuler, c’est-à-dire plus au moins des personnes qui forment l’exception et qui ne sont pas en phase avec la réalité humaine. Ce qui est certainement le cas des hommes et des femmes qui étaient littéralement « excentriques », c’est-à-dire qu’ils déviaient du juste milieu, de la pratique habituelle, des façons de faire dites ordinaires, de la méthode usuelle. Sous un autre angle, les saints se sont placés à « l’extrême centre ».

Devenez les saints du nouveau millénaire

Jean Paul II, le serviteur de Dieu, a beaucoup parlé aux jeunes de l’appel à la sainteté et de la vocation de sainteté. Dans son message de la Journée mondiale de la jeunesse 2000 à Rome, il s’adressa aux jeunes du monde entier par ses paroles inoubliables qui sont devenues le cri de ralliement pour la plus grande célébration du jubilé:

Jeunes de tous les continents, n’ayez pas peur d’être les saints du nouveau millénaire! Soyez contemplatifs et aimant la prière, cohérents avec votre foi et généreux au service de vos frères, membres actifs de l’Église et artisans de paix. Pour réaliser cet projet de vie engageant , restez à l’écoute de sa Parole, prenez des forces dans les Sacrements, spécialement l’Eucharistie et la Pénitence. Le Seigneur vous veut apôtres intrépides de son Évangile et constructeurs d’une nouvelle humanité.

Deux ans plus tard, en 2002, lors de notre Journée mondiale de la jeunesse au Canada, Jean-Paul II a soulevé encore une fois le thème de la sainteté et des saints dans son message :

De même que le sel donne de la saveur aux aliments et que la lumière éclaire les ténèbres, de même la sainteté donne le sens plénier à la vie, en en faisant un reflet de la gloire de Dieu. Combien de saints, même parmi les jeunes, compte l’histoire de l’Église ! Dans leur amour pour Dieu, ils ont fait resplendir leurs vertus héroïques à la face du monde, devenant des modèles de vie que l’Église a présentés en vue de leur imitation par tous. Chers jeunes, par l’intercession de cette foule immense de témoins, je prie le Dieu trois fois saint de vous rendre saints, les saints du troisième millénaire. [Read more…]

Annoncer la Parole de Dieu avec autorité

Capernaum croppedRéflexion biblique pour le 4e dimanche du temps ordinaire B

Au début du récit de Marc à propos du Fils de Dieu, nous lisons le récit de vocation des premiers disciples (Marc 1, 16-20) et la confrontation avec le mal (Marc 1, 21-28). Ces appels, influencés par ceux, impérieux, des prophètes (Isaïe 6, 1-13; Jérémie 1, 14-19), sont des modèles d’attitude de disciple. Jésus n’est pas un prophète solitaire, mais un prophète qui appelle des compagnons à «  être avec lui  ». Il entre dans la vie de quatre personnes engagées dans leurs occupations ordinaires, il leur dit simplement  : «  Suis-moi  », et immédiatement, elles laissent tout pour le suivre.

Le récit de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm inaugure les premiers jours de son ministère, fait d’exorcismes et de guérisons. L’histoire reflète la pensée juive contemporaine qui soutenait que la venue du Royaume de Dieu marquerait la défaite du mal, personnifié dans un déploiement de démons et d’esprits impurs. La parole de Jésus est si puissante que les gens abandonnent leurs occupations et le suivent, et même les puissances démoniaques sont impuissantes devant sa parole. Jésus somme les gens de changer leur cœur, de jeter un nouveau regard sur leurs vies et de faire confiance à la bonne nouvelle. Ceci n’est pas seulement une histoire du passé, mais une histoire qui continue de parler puissamment et prophétiquement aux gens d’aujourd’hui.

En ce quatrième dimanche du temps ordinaire, la première lecture (Deutéronome 18, 15-20) et l’évangile (Marc 1, 21-28) soulève tous deux la question de l’autorité de ceux qui annonce la Parole de Dieu. Les prophètes authentiques enseignaient avec autorité parce que Dieu mettait ses propres mots dans leurs bouches. Dans la première lecture, Moïse dit au peuple que Dieu enverra un prophète issu de la lignée des Israélites. Dieu ordonne à tous d’écouter ce prophète, que nous reconnaissons comme étant Jésus. [Read more…]

Se réjouir et attendre avec Jean le Baptiste

Baptista croppedRéflexion pour le troisième dimanche de l’Avent A
par le Père Thomas Rosica, c.s.b.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean (1, 6-8.19-28)

Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage. Et voici quel fut le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il le reconnut ouvertement, il déclara : « Je ne suis pas le Messie. » Ils lui demandèrent : « Qui es-tu donc ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Non. – Alors es-tu le grand Prophète ? » Il répondit : « Ce n’est pas moi. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : «Je suis la voix qui crie à travers le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe.» Or, certains des envoyés étaient des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Si tu n’es ni le Messie, ni Élie, ni le grand Prophète, pourquoi baptises-tu ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Tout cela s’est passé à Béthanie-de-Transjordanie, à l’endroit où Jean baptisait.

L’Avent est la saison des prophètes. Les lectures des semaines précédant Noël nous aident à préciser notre vision et approfondir notre attente du Messie. La figure de Jean le Baptiste apparaît de nouveau dans l’histoire du salut en ce troisième dimanche de l’Avent. La mission d’ensemble de Jean fut une préparation à la venue du messie. Le temps venu, Jean conduisit ses propres disciples à Jésus et leur indiqua le Messie, la véritable lumière et l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Jean lui-même n’était   pas la lumière. Il vint pour témoigner de la lumière. Il la laissa simplement briller sur lui. [Read more…]

Jean Baptiste: le prophète de l’Avent

John the Baptist croppedRéflexion biblique pour le 2e dimanche de l’Avent
par le père Thomas Rosica, c.s.b.

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc (1, 1-8)

Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu. Il était écrit dans le livre du prophète Isaïe :
Voici que j’envoie mon messager devant toi, pour préparer la route. A travers le désert, une voix crie :
Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.
Et Jean le Baptiste parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Toute la Judée, tout Jérusalem, venait à lui. Tous se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en reconnaissant leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins, et il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

L’une des grandes vedettes des récits de l’Avent et du temps de noël, Jean le Baptiste, fait aujourd’hui son apparition sur la scène biblique. Considérons ensemble quelques détails de la vie de Jean et voyons à quel point il est un bon modèle pour nous. Jean Baptiste ne mâchait pas ses mots. Il allait droit au but et disait ce qu’il fallait dire. Il nous parlerait certainement avec des paroles aussi crues : avec des mots qui viseraient directement les points faibles de nos vies. Jean Baptiste prêchait le repentir avec crédibilité parce qu’il avait d’abord aimé les paroles de Dieu qu’il avait entendu au désert.

Il a écouté, expérimenté et vécu la parole libératrice de Dieu au désert. C’est parce que sa vie et son message ne faisait qu’un qu’il annonçait cette parole aux autres avec une telle efficacité. La duplicité est l’une des choses les plus décourageantes auxquelles il nous faut faire face. Combien de fois nos paroles, nos pensées et nos gestes ne sont pas cohérents. Le véritable prophète d’Israël nous aide dans notre lutte contre toute forme de duplicité. [Read more…]

L’univers se joue sur un verre d’eau donné aux petits

Miguel-Pro-croppedSolennité du Christ Roi de l’Univers

Ézékiel 34,11-12.15-17
1 Corinthiens 15,20-26.28
Matthieu 25,31-46

Pendant mes études de doctorat à l’Institut biblique pontifical de Rome à la fin des années 1980, j’ai eu plusieurs fois le privilège d’enseigner l’Écriture sainte aux Missionnaires de la charité, à leur maison de formation dans la banlieue romaine.  Assez souvent, alors que je travaillais avec les sœurs, Mère Teresa est venue visiter la communauté de formation. Je n’oublierai jamais  la silhouette courbée de cette petite femme d’origine albanaise assise sur le plancher de la chapelle tandis que j’animais pour les sœurs une réflexion biblique.   J’étais intimidé d’exposer l’Écriture sainte devant quelqu’un que déjà à l’époque plusieurs tenaient pour une sainte  : quelqu’un qui, sans connaître les langues anciennes ou les techniques de l’exégèse, avait de la Parole de Dieu une compréhension bien supérieure à celle que je pourrais jamais avoir.   Un soir que j’avais terminé mon exposé et que je ramassais mes papiers pour rentrer au Collège canadien, la Mère vint me parler. À la fin de notre échange, je lui demandai  : « Comment arrivez-vous à vivre tout cela jour après jour? Comment faites-vous avec les foules de gens qui essaient de vous voir dès que vous êtes en public? »  Elle leva la main et l’ouvrit devant mes yeux en écartant les doigts.  «Cinq mots, dit-elle, cinq mots  : You did it to me, c’est à moi que vous l’avez fait. »

« C’est à moi que vous l’avez fait. »

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, connu aussi sous le nom de Solennité du Christ Roi, on nous présente le grand tableau du jugement dernier (Matthieu 25, 31-46), qui ne se trouve que dans l’Évangile de Matthieu. Le jugement dernier accompagnera la parousie (la seconde venue du Christ) et il fait l’objet du dernier enseignement de Jésus avant qu’il ne monte à Jérusalem affronter sa crucifixion et sa mort. Le refrain lancinant de l’Évangile d’aujourd’hui tient précisément dans ces quelques mots  : « C’est à moi que vous l’avez fait.» [Read more…]

De la blessure de son cœur jaillit la grande vague de la miséricorde

Divine-Mercy-croppedDeuxième dimanche de Pâques

Actes 2,42-47
1 Pierre 1,3-9
Jean 20,19-31

Le nom de « Thomas » désigne encore aujourd’hui celui qui n’accepte de croire que ce qu’il a vu de ses yeux, l’incrédule, le « sceptique ». « Thomas l’incrédule » renvoie évidemment à l’un des Douze, dont le nom figure dans toutes les listes d’apôtres que donnent les évangiles. Thomas est appelé « Didyme », forme grecque d’un terme araméen qui désigne « le jumeau ». Quand Jésus annonça qu’il avait l’intention de retourner en Judée visiter Lazare, Thomas dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui » (Jean 11,16). C’est encore Thomas qui, pendant le grand discours qui suivit la dernière Cène, souleva une objection : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin? » (Jean 14,5)

Le Nouveau Testament ne nous en apprend pas beaucoup plus sur l’apôtre Thomas; néanmoins, à cause du passage tiré aujourd’hui de l’évangile de Jean (Jean 20,19-31), sa personnalité nous est plus familière que celle de plusieurs des Douze. Thomas aura reçu l’enseignement de Jésus et il aura sûrement été bouleversé par sa mort. Le soir de Pâques, quand le Seigneur apparut aux disciples, Thomas n’y était pas. Quand on lui dit que Jésus était vivant et qu’il s’était manifesté, Thomas déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas » (Jean 20,25). Huit jours plus tard, Thomas fit son acte de foi et se mérita une observation de Jésus : « Parce que tu m’as vu, tu crois; heureux ceux qui croiront sans avoir vu ».

Le vrai Thomas

L’apôtre Thomas est l’un des plus grands amis et l’un des plus honnêtes disciples de Jésus, non pas l’éternel sceptique, l’entêté crâneur qu’en a fait souvent la tradition chrétienne. Ce jeune apôtre s’est retrouvé devant la croix, incapable de trouver un sens à l’horreur de l’événement. Tous ses rêves, tous ses espoirs pendaient à cette croix. C’est au sein de la communauté croyante des apôtres et des disciples que Thomas a redécouvert sa foi. Voilà une chose qu’il ne faut jamais oublier, surtout à une époque où tant de gens prétendent qu’on peut arriver à la foi et à la vie spirituelle sans vivre l’expérience de la communauté ecclésiale. Nous ne croyons pas chacune, chacun pour soi, en individus isolés; non, par le baptême, nous devenons membres de la grande famille de l’Église. C’est précisément la foi professée par la communauté que nous appelons l’Église qui vient renforcer notre foi personnelle. Chaque dimanche à la messe, nous professons ensemble notre foi soit selon la formule du credo de Nicée, soit avec les mots du symbole des Apôtres. Ce faisant, nous sommes préservés du danger de croire en un dieu qui ne serait pas celui que le Christ nous a révélé. [Read more…]

L’écoute obéissante de Dieu et de Jésus

DeGelder-Abraham-croppedDeuxième dimanche de Carême

Genèse 12,1-4a
2 Timothée 1,8b-10
Matthieu 17,1-9 

Abraham, notre père dans la foi

Abraham était un homme investi d’une mission et nous pourrions fort bien voir en lui le missionnaire par excellence. Il est vénéré par les fidèles de trois grandes religions : le christianisme, le judaïsme et l’islam. Le nom du fondateur de la nation d’Israël est mentionné 308 fois dans l’Ancien et le Nouveau Testament. La vie de cet homme a changé le cours de l’histoire. Dans la première lecture d’aujourd’hui, Genèse 12, 1-4a, la parole de Dieu à Abram commence par un ordre : « Quitte ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père. » Dieu ordonne à Abram de couper les liens avec son pays, avec le clan auquel il appartient et même avec sa famille immédiate, la maison de son père [v.1].  Dieu appelle Abram à une loyauté et à un engagement qui dépassent même ses liens familiaux, les relations les plus importantes qui soient dans le monde ancien. Mais son commandement s’accompagne d’une grande promesse. Dieu promet à Abram « le pays que je te montrerai ». Puis Dieu promet de faire de la descendance d’Abram une grande nation, ce qui suppose une longue lignée de descendants. Et troisièmement, Dieu promet de « bénir » Abram. La bénédiction comprend la fécondité, la vie, la réussite, le bien-être et une bonne réputation.

Nous apprenons de cette première lecture, comme d’ailleurs de toute l’histoire d’Abraham, que les élus de Dieu ne vivent pas dans la solitude. Ils sont appelés à une mission bien plus vaste que le seul souci de leur propre préservation. Jamais ils ne sont autorisés à s’approprier de manière exclusive la sollicitude de Dieu. Dieu reste engagé envers toute la création et envers toute l’humanité.  De son vivant, Abraham incarne la bénédiction et le secours aux autres nations : par l’aide qu’il apporte à son neveu Lot, par son intercession audacieuse en faveur des villes de Sodome et de Gomorrhe [Genèse 18,22-33] et par l’alliance qu’il conclut avec le roi Abimélek [Genèse 21,22-34].

N’oublions pas non plus le contexte de l’épisode d’aujourd’hui. Dans cette bénédiction, Dieu promet à Abram de « rendre grand son nom ». Remarquons que les constructeurs de la tour de Babel en Genèse 11, 1-9 avaient lancé leur projet pour travailler à leur renommée [v. 4].  Leur stratégie égoïste et ambitieuse a sombré dans la confusion et provoqué leur dispersion. Mais Dieu promet à Abram de lui donner un grand nom si bien, dit-il, que « tu deviendras une bénédiction » [v. 3].  Les amis d’Abraham seront bénis, et ses ennemis frappés de malédiction. [Read more…]