Tu nous as ouvert le ciel…

Le dernier numéro Signes, dans sa rubrique Témoins du Seigneur offre une entrevue avec le Père Thomas Rosica, csb, notre directeur. Il évoque son cheminement spirituel et l’expérience inoubliable des JMJ de Toronto. Nous avons le privilège de la publier dans sa version intégrale.

« Tu nous as ouvert le ciel… »

« Dans la pénombre de la crypte, le Père Rosica est plongé dans la prière. En ce 21 septembre 2010, alors que la Télévision Sel + Lumière — dont il est le Directeur général — ouvrira dans quelques heures une antenne à Montréal, il revoit toutes les visites qu’il a faites à l’Oratoire Saint-Joseph, endroit très marquant de sa vie. Il se rappelle tout particulièrement la première : « Je suis venu ici pour la première fois, à 16 ans. J’avais l’idée d’une vocation, à ce moment-là, et j’ai prié à ce sujet : ‹Frère André, aide-moi ! Saint Joseph, aide-moi !› Chaque fois que je reviens, c’est pour moi un retour aux sources ! »

Au service de l’éducation

Prêtre de la congrégation de saint Basile, le Père Rosica a 51 ans et célébrera son 25e anniversaire de sacerdoce le 19 avril de cette année. Né à Rochester, NY, dans une famille italo-américaine bien catholique, il est l’aîné de six enfants. Il a complété un baccalauréat ès arts en langue italienne et en littérature française à St. John Fisher College, en 1980.

Il a eu la grâce d’étudier à Rome, puis à Jérusalem : « Imaginez, j’ai vécu quatre ans en Terre Sainte ! Presque quatre ans et demi à Jérusalem, dans la vieille ville ! Ça a été une période très marquante pour moi. » Puis, il a été envoyé diriger le Centre Newman (l’aumônerie catholique de l’Université de Toronto) et enseigner l’Écriture Sainte.

Le Père Rosica s’est spécialisé dans l’étude du Nouveau Testament, surtout dans l’évangile de saint Luc et les Actes des Apôtres et il a investi une bonne partie de son temps d’études sur les disciples d’Emmaüs. « Ma thèse en lecture biblique portait sur eux, et celle que j’ai rédigée à l’École biblique avait pour sujet Philippe et l’eunuque éthiopien (Ac 8, 26-40), qui est le parallèle des disciples d’Emmaüs. »

Pourquoi donc Emmaüs ? « Parce que c’est l’histoire de la vie chrétienne : souvent, le Seigneur chemine avec nous sans que l’on en soit conscient. À travers ses questions, son enseignement, sa présence douce et affable, on le découvre, ça réchauffe le cœur, qui devient brûlant. C’est un peu le thème de ma vie, car j’ai souvent été comme les deux disciples tout tristes sur le chemin : ils ont reconnu le Seigneur ! »

Le pasteur en lui est rejoint par ce passage évangélique : « J’espère aussi être souvent comme le Seigneur, qui rejoint les personnes où elles sont et chemine avec elles. De petites questions comme : ‹ Pourquoi es-tu triste ? ›, ‹ Qu’est-il arrivé ? ›, ‹ Qu’est-ce que tu fais ici ? › suscitent une ouverture, et les personnes sont confirmées dans leur foi. Emmaüs est un évangile très important pour moi. »

Directeur général des JMJ

En mai 1999, les Évêques du Canada demandent au Père Rosica de prendre en main les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui se dérouleront à Toronto trois ans plus tard. « Ce n’est pas le genre de choses qu’on sollicite ! » Troisième candidat convoqué à Ottawa par la CECC, le religieux précise sa pensée aux Évêques : « Excellences, dit-il, si vous voulez que ce soit un concert d’un soir, un grand spectacle, un grand show, choisissez une autre personne ! Je veux que ce soit vraiment une retraite pour le pays ; ce doit être une profonde expérience de foi. » Même si, au début, ils ne savent pas trop à quoi s’attendre, les Évêques décident de lui faire confiance.

Les JMJ sont un immense bateau, et le Père Rosica reçoit toutes sortes de mises en garde : « Le gouvernement va être un problème. Les autres groupes religieux vont vous casser les pieds… ». Pourtant, le problème majeur était ailleurs : « Pour moi, ce n’étaient pas les forces extérieures qui étaient gênantes ou problématiques, c’était l’indifférence à l’intérieur de l’Église. Ça, c’était le défi le plus grand ! » Quelle solution trouve-t-il ? La prière. « J’ai beaucoup prié ! »

À peine apprend-il la nouvelle de sa nomination que le Père Rosica quitte son bureau du Centre Newman et prend le train pour Montréal. Dès son arrivée, il se rend à l’Oratoire Saint-Joseph. « Je voulais confier les JMJ au frère André ; je les ai mises à ses pieds. » Au tombeau de l’humble portier du Collège Notre-Dame, il prie ardemment : « Aide-moi à ouvrir les portes. » Ensuite il va au tombeau de Mère Marie-Rose Durocher, chez les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, et lui dit qu’il a besoin d’elle aussi. « Je crois à l’efficacité de ces gestes, j’accorde beaucoup de crédit à l’aide des saints ! » Le Père Rosica est convaincu que cet événement va constituer un réveil pour le pays.

Le travail et les grâces

Quelle somme de travail il lui faut abattre ! « Nous avons énormément souffert, durant la préparation. Il y avait des défis monstres : le 11 septembre, les abus sexuels et les graves scandales aux États-Unis, l’indifférence, la maladie de Jean-Paul II… » Pourtant, lors de la Vigile des JMJ, le samedi soir, il obtient sa récompense : « J’étais là, regardant la foule de 600 000 personnes, le Nonce Apostolique, Mgr Luigi Ventura, était à côté de moi. J’avais les larmes aux yeux et une profonde consolation dans mon cœur.

« Je me répétais les paroles prononcées par Jean-Paul II à New York, lors de sa visite à l’ONU, en 1995 : ‹ Nous ne devons pas avoir peur de l’avenir. Nous ne devons pas avoir peur de l’homme. Ce n’est pas par hasard que nous nous trouvons ici. …nous pouvons construire, dans le siècle qui est sur le point d’arriver et pour le prochain millénaire, une civilisation digne de la personne humaine, une vraie culture de la liberté. Nous pouvons et nous devons le faire ! Et, en le faisant, nous pourrons nous rendre compte que les larmes de ce siècle ont préparé la voie d’un nouveau printemps de l’esprit humain. › Ces paroles m’ont profondément marqué. Ce soir-là, le 27 juillet 2002, j’ai fait une nouvelle profession de foi en la Providence divine. Voilà la beauté… que nous avons vécue à travers cette expérience ! »

« Et que dire du passage de la croix des jeunes à travers notre vaste pays ! C’est le Canada qui a développé le sens du pèlerinage de la croix. Ils l’avaient fait avant, mais jamais d’une manière aussi coordonnée, en lui donnant un sens profond. » Des livrets sont publiés pour accompagner la croix. « Et même si, pour une raison ou une autre, on avait dû annuler les JMJ, s’il avait fallu y renoncer à cause des problèmes mondiaux, j’étais persuadé que, déjà, le Canada les avait vécues à travers le pèlerinage de la croix. » Cette croix a même été transportée à Ground zero, à New York. « Voilà un autre moment extrêmement touchant et profond ! » Ce moment de grâce, le Père Rosica l’a raconté au Pape : « Après notre visite à Ground Zero, j’ai expliqué au Saint-Père les émotions que nous avons tous vécues dans cet abîme de violence et haine. Le Pape pleurait. »

À mes yeux, les JMJ ont vraiment constitué une retraite. Et la plus grande surprise des JMJ, pour moi, c’est ce qui a suivi. Jamais je n’aurais cru que le plus beau fruit des JMJ au Canada, un fruit visible et de longue durée, allait être un projet avec le thème des JMJ : Télévision Sel + Lumière !

Des JMJ à la télévision

Après l’effervescence des JMJ, « moi, je voulais terminer le projet, quitter le bureau et reprendre l’enseignement à l’Université. » Or, en novembre 2002, « on me convoque à une réunion chez Mgr Nicola De Angelis, un des évêques auxiliaires de Toronto, pour me proposer l’idée de la télévision. J’ai refusé. » Mais cette rencontre est suivie d’une série d’événements et de coïncidences qui remettent en question le religieux.

Dès le lendemain, il partait pour Rome avec Mgr Berthelet, Mgr Lapierre et le cardinal Ambrozic. « Nous avions été invités à déjeuner avec le Pape pour faire le bilan des JMJ.  Je garde un souvenir vif de toute cette journée-là. C’était le jour où le Pape avait nommé Mgr Marc Ouellet Archevêque de Québec.»

« Nous avons été à table avec le Pape pendant deux heures. C’était si agréable, un moment mémorable ! » À la fin du repas, au moment de quitter la salle à manger, le Pape retient le Père Rosica. « Il m’a remercié pour les JMJ, il a blagué un peu, et m’a demandé : ‹ Qu’est-ce que vous allez faire ? Qu’est-ce qu’ils vous ont proposé de faire, maintenant ? › — « Je veux retourner à l’enseignement de l’Écriture Sainte, vous savez que j’étais professeur d’Écriture Sainte. »

Mais, pendant le repas : « J’avais raconté à son secrétaire, Mgr Dziwisz — qui était à côté de moi à table —, en rigolant un peu, ce qui m’avait été demandé : ‹ Il y a des gens qui veulent que je fasse de la télévision, maintenant ! Ça ne m’intéresse pas ! › Il avait ri, lui aussi. » Or, quand il a entendu le Pape poser sa question, Mgr Dziwisz dit au Père Rosica : « Dites au Saint-Père ce qu’ils vous ont proposé. » Le religieux avoue au Pape : « Padre Santo (je parlais en italien), il y a des gens qui m’ont proposé de lancer une chaîne de télévision catholique au Canada. » Le Pape le regarde, « il me prend par le bras, et me dit : ‹ La televisione cattolica ! › Je dis : ‹ Oui, oui, la télévision catholique. › Il me dit d’une voix forte : — ‹ Mais, il faut l’accepter, parce que vous vivez dans un pays de mission ! Alors, c’est très important ! › Il disait ça avec un grand sourire, comme en blaguant. Ce n’était pas de l’ordre de l’obéissance.

« Son secrétaire me dit : ‹ Avez-vous entendu le Pape ? › — ‹ Oui, oui, oui. › — ‹ Écoutez le Saint-Père ! › Je me suis mis à rire en moi-même, en disant : ‹ C’est la dernière chose que je voulais entendre aujourd’hui, que le Pape me confirme et qu’il dise : ‹ Accepte la télévision › ! » Dans les jours suivants, des conversations avec le Secrétaire d’État du Vatican, avec le Père Lombardi, avec le docteur Joaquín Navarro-Valls continuent de le faire réfléchir.

De Rome, le Père Rosica va passer quelques jours à Paris avec le cardinal Lustiger, son grand ami et mentor. « Il m’a beaucoup aidé pour les JMJ ; il a été un vrai père pour moi, un frère. » Pendant le dîner, le Cardinal lui demande ce qu’il entend faire. — « Éminence, ils m’ont proposé la télévision catholique. » — « C’est magnifique ! La même chose m’est arrivée à Paris, et après les JMJ, on a lancé KTO en France. Alors, on va t’aider avec tout ce que tu vas faire ! Demain, on va ensemble à KTO ! » Le lendemain, dans les bureaux de KTO, le cardinal Lustiger présente le Père Rosica : « Voilà le nouveau Directeur de la télévision catholique au Canada, qui est née après les JMJ. » Celui-ci est embarrassé : « Éminence, ne dites pas ça, parce que rien n’est public, je n’ai même pas parlé avec mes Supérieurs ! » L’Archevêque répond simplement : « C’est très important ! » Le Père Rosica reconnaît là un appel du Seigneur : « Il y a eu une série de signes, et tout cela m’a amené à reconsidérer ma décision. »

Un pasteur ardent

Étonnamment, les JMJ ne constituent pas l’expérience pastorale qui a le plus profondément frappé le Père Rosica. « L’épisode le plus pénétrant, le plus profond, de toute mon expérience pastorale reste un projet vécu avec les étudiants au moment où j’étais aumônier d’Université. »

À son arrivée au Centre Newman, le Père Rosica a fait de la lettre apostolique Tertio millenio ad­veniente — que le Pape venait de publier en préparation au Jubilé de l’an 2 000 — son plan pastoral pour les six années suivantes. « C’était le plan catéchétique le plus grand, le plus noble et le plus audacieux jamais lancé par l’Église, un plan de six ans ! » Pendant ces années où il a beaucoup travaillé à l’aumônerie de la plus grande institution universitaire catholique du Canada, il met l’accent sur la vie des saints.

« Chaque année, nous présentions aux étudiants de nouveaux saints, des bienheureux et des bienheureuses. »

Or, lors de la construction de la chapelle universitaire, des vitraux avaient été prévus, mais les moyens financiers manquant, on n’avait pu mettre que des fenêtres. « J’ai proposé aux jeunes que nous fassions une levée de fonds pour remplacer quelques fenêtres par d’authentiques vitraux représentant les nouveaux saints et les bienheureux de notre époque et, pourquoi pas, ceux qui sont en attente de béatification. J’en avais trois en tête : Teresa de Calcutta, Thérèse Bénédicte de la Croix (Édith Stein) et Thérèse de Lisieux. »

On rassemble tellement d’argent que, finalement, 12 fenêtres sont remplacées par de très beaux vitraux ! « Pour la fête de la Toussaint 1999, une magnifique cérémonie a réuni 1 000 personnes venues inaugurer les nouveaux vitraux. C’était un moment très important pour moi, le fruit d’une longue catéchèse et du choix des étudiants. » Des groupes d’étude avaient été organisés et, « dans mes prédications, j’avais mis l’accent sur certains saints ou serviteurs de Dieu très inspirants, dont : Pier Giorgio Frassatti, Gianna Beretta Molla, Franz Jägerstätter1, un martyr de la Deuxième Guerre mondiale que personne ne connaissait (il est maintenant béatifié), Kateri Tekakwitha, le pape Jean XXIII, Mère Teresa de Calcutta, le prêtre polonais Jerzy Popieluszko, le frère André et Oscar Romero. Les étudiants ont voté.

« Cette cérémonie-là a été pour moi très emblématique de mon travail pastoral à l’Université de Toronto, et peut-être de tout mon sacerdoce, parce que nous avons présenté aux jeunes les nouveaux héros et héroïnes de notre époque. C’était une inspiration d’une grande clairvoyance, car c’est parmi ce groupe que Jean-Paul II a choisi ensuite les patrons donnés pour modèles aux jeunes de la JMJ de Toronto. »

Un des jeunes présents à cette époque — il faisait son doctorat et enseigne maintenant la physique à l’Université d’Ottawa — lui a écrit, deux ou trois jours après la célébration : « Ce jour-là, tu nous as ouvert le ciel, et tu nous aS fait connaître nos amis, qu’on ignorait avant. » Le Père Rosica conserve précieusement cette lettre. « Si, à la fin de ma vie, on juge mon travail, j’espère qu’on pourra dire : ‹ Il a présenté aux jeunes leurs amis, des amis qui ne déçoivent pas. › »

1          Franz Jägerstätter est né le 20 mai 1907 à Sankt Radegund, près de Salzbourg, et mort le 9 août 1943 à Berlin. Il était un objecteur de conscience autrichien, béatifié le 26 octobre 2007.

Depuis toujours, Thomas Rosica croit que « le monde présente les héros du spectacle, du théâtre, de la musique, du sport, et ce sont souvent des types abominables, des types qui déçoivent : un jour ils sont célèbres, le lendemain, ils sont en prison. Tandis qu’en faisant connaître les saints, on offre aux jeunes leurs vrais amis ! »

Travailler à la nouvelle évangélisation

La Télévision Sel + Lumière joue un rôle très important au niveau de la nouvelle évangélisation. « Elle est au service de l’Église, ce n’est pas l’Église qui est au ser­vice de Sel + Lumière ! Nous sommes là pour con­firmer le message, pour re­joindre les personnes qui, souvent, ne franchissent pas la porte de l’église. »

Le nombre de téléspecta­teurs augmente jour après jour. « Nous sommes pré­sents dans plus de 2 500 000 maisons d’abonnés, mais­ plusieurs personnes habi­tent dans chaque maison ! Dieu seul sait combien de personnes nous suivent à travers notre site web. » (www.seletlumieretv.org ou www.saltandlighttv.org)

L’expression « Sel + Lu­mière » est inspirante. « Elle est très biblique, parce qu’il faut très peu de sel et très peu de lumière pour faire la différence. Vous savez ce que c’est quand un mets manque de sel : comme italien, je sais que le sel est primordial ! Si le sel manque, insipide est le repas, mais un peu de sel donne du goût. Donc, c’est le goût de l’Évangile, et c’est aussi ce qui préserve, qui conserve la vie. Et puis, quand il n’y a pas de lumière, vous pouvez vous casser la figure. Mais la plus petite lumière rompt les ténèbres et change toute l’atmosphère. »

Sel + Lumière, présente un message contraire à celui de la société contemporaine. « Il est toujours orienté vers les nouvelles familles, vers les jeunes adultes. C’est un instrument privilégié, providentiel, pour changer un peu notre culture, pour répondre aux grands besoins de la foi, de la culture catholique, et pour être un peu la présence de Dieu. Les milliers de lettres reçues – j’ai une table pleine de lettres et de messages –  ne proviennent pas seulement de personnes âgées.

Le défi de la durée

Évidemment, le plus grand défi matériel reste le financement. L’argent est nécessaire. « Ce qui m’agace, ce qui est très difficile à avaler, c’est quand les gens di­sent : ‹ Laissez payer l’Église. Le Pape va payer pour ça ! Les Évêques vont payer pour ça ! › Je dis : ‹ Vous êtes l’Église ! Vous êtes responsables de l’Église ! Vous pouvez vous plaindre tant que vous voulez du manque de formation. Mais vous avez maintenant entre vos mains, laïcs, un instrument privilégié, qui n’est pas guidé par les prêtres ni par la Curie, mais par de jeunes adultes solides dans leur foi, et convaincants. Alors, aidez-nous ! »

Jusqu’à présent, la Providence a pourvu aux besoins de Sel + Lumière. « Beaucoup de communautés religieuses du Québec nous ont énormément aidés. Des sœurs qui veulent rester inconnues, silencieuses. Des congrégations qui sont en train de mourir, mais qui voient, dans notre projet, la possibilité de la vie nouvelle et la confirmation de la foi des jeunes. Je leur serai éternellement reconnaissant. »

L’autre défi, c’est l’indifférence des catholiques. Des croyants demandent au Père Rosica : « À quoi ça sert ? On n’a pas besoin de ça ! Pourquoi êtes-vous positif sur l’Église ? Est-ce que vous croyez ce que vous dites à la télévision ? » Triste réaction ! « Je n’ai jamais dit à la télévision une chose à laquelle je ne crois pas ! Ce magnifique projet ne tourne pas autour de moi, ce sont les jeunes qui rendent témoignage. Ce sont les jeunes adultes du Canada qui sont les chevilles ouvrières de la production de Sel + Lumière. J’espère que, peu à peu, les gens vont se rendre compte que c’est vraiment l’espérance que nous présentons aux autres. Pour moi, tout ce qui compte, c’est d’aider les personnes à croire en Jésus, à le connaître davantage, c’est de contribuer à ce que l’Église soit plus aimée. C’est ça qui compte ! »

Propos recueillis par Diane POIRIER

Créée à l’automne 1966 par le Père Ludger Brien, jésuite, la revue Signes s’adresse particulièrement (mais pas exclusivement) aux laïcs. Elle veut transmettre, dans un langage accessible au plus grand nombre, la pensée authentique de l’Église et fournir à toute personne de bonne volonté une «manne» spirituelle substantielle qui l’aide à être  » à la face du monde, un témoin de la résurrection et de la vie du Seigneur Jésus et un signe du Dieu vivant « (Lumen Gentium). Signes comporte des articles traitant divers sujets à la lumière de l’Évangile, et de courtes méditations quotidiennes inspirées de la liturgie du jour.

Messe chrismale en la basilique St Pierre de Rome

Homélie du Saint-Père durant la messe Chrismale, ce matin jeudi 21 avril en la basilique St Pierre de Rome
Le Pape a rappelé la signification des trois huiles saintes.
Chers frères et sœurs,
Au centre de la liturgie de ce matin, se trouve la bénédiction des huiles saintes – de l’huile pour l’onction des catéchumènes, de celle pour l’onction des malades et du chrême pour les grands Sacrements qui confèrent l’Esprit Saint : la Confirmation, l’Ordination sacerdotale et l’Ordination épiscopale. Dans les Sacrements, le Seigneur nous touche au moyen des éléments de la création. L’unité entre la création et la rédemption se rend visible. Les Sacrements sont l’expression de la corporéité de notre foi qui embrasse corps et âme, l’homme entier. Le pain et le vin sont fruits de la terre et du travail de l’homme. Le Seigneur les a choisis comme porteurs de sa présence. L’huile est le symbole de l’Esprit Saint et, en même temps, elle nous renvoie au Christ : la parole « Christ » (Messie) signifie « l’Oint ». L’humanité de Jésus, à travers l’unité du Fils et du Père, est insérée dans la communion avec l’Esprit Saint et ainsi, elle est « ointe » de manière unique, elle est pénétrée par l’Esprit Saint. Ce qui, dans les rois et dans les prêtres de l’Ancienne Alliance s’était produit de manière symbolique lors de l’onction avec l’huile, avec laquelle ils étaient institués dans leur ministère, se produit en Jésus dans toute sa réalité : son humanité est pénétrée par la force de l’Esprit Saint. Il ouvre notre humanité par le don de l’Esprit Saint. Plus nous sommes unis au Christ, plus nous sommes remplis de son Esprit, de l’Esprit Saint. Nous nous appelons « chrétiens » : « oints » – personnes qui appartiennent au Christ et pour cela participent à son onction, sont touchées par son Esprit. Je ne veux pas seulement m’appeler chrétien, mais je veux aussi l’être, a dit saint Ignace d’Antioche. Laissons justement ces huiles saintes, qui vont être consacrées maintenant, nous rappeler la tâche intrinsèque du mot « chrétien » et prions le Seigneur pour que, toujours plus, non seulement nous nous appelions chrétiens, mais nous le soyons aussi.
Au cours de la Liturgie de ce jour, comme nous l’avons déjà dit, trois huiles sont bénies. Dans cette triade s’expriment trois dimensions essentielles de l’existence chrétienne, sur lesquelles nous voulons réfléchir à présent. Il y a tout d’abord l’huile des catéchumènes. Cette huile indique en quelque sorte une première manière d’être touchés par le Christ et par son Esprit – un toucher intérieur par lequel le Seigneur attire les personnes à lui. Par cette première onction, qui est faite encore avant le Baptême, notre regard se tourne donc vers les personnes qui se mettent en chemin vers le Christ – vers celles qui sont à la recherche de la foi, à la recherche de Dieu. L’huile des catéchumènes nous dit : ce ne sont pas seulement les hommes qui cherchent Dieu. Dieu Lui-même s’est mis à notre recherche. Le fait que lui-même se soit fait homme et soit descendu dans les abîmes de l’existence humaine, jusque dans la nuit de la mort, nous montre combien Dieu aime l’homme, sa créature. Poussé par l’amour, Dieu s’est mis en marche vers nous. « Me cherchant, Tu t’es assis, fatigué… qu’un tel effort ne soit pas vain ! » prions-nous dans le Dies Irae. Dieu est à ma recherche. Est-ce que je veux le reconnaître ? Est-ce que je veux qu’il me connaisse, qu’il me trouve ? Dieu aime les hommes. Il va au devant de l’inquiétude de notre cœur, de l’inquiétude de nos questions et de nos recherches, avec l’inquiétude de son propre cœur, qui le pousse à accomplir l’acte extrême pour nous. L’inquiétude envers Dieu, – le fait d’être en chemin vers lui pour mieux le connaître, pour mieux l’aimer –, ne doit pas s’éteindre en nous. En ce sens, nous devrions toujours rester des catéchumènes. « Recherchez sans relâche sa face », dit un psaume (105, 4). Augustin a commenté à ce propos : Dieu est tellement grand qu’il dépasse infiniment toute notre connaissance et tout notre être. La connaissance de Dieu ne s’épuise jamais. Toute l’éternité, nous pouvons, avec une joie grandissante, continuer sans cesse à le chercher, pour le connaître toujours plus et l’aimer toujours plus. « Notre cœur est inquiet, tant qu’il ne repose en toi », a dit Augustin au début de ses Confessions. Oui, l’homme est inquiet, car tout ce qui est temporel est trop peu. Mais sommes-nous vraiment inquiets à son égard ? Ne nous sommes-nous pas résignés à son absence et ne cherchons-nous pas à nous suffire à nous-mêmes ? Ne permettons pas de telles réductions de notre être humain ! Restons continuellement en marche vers lui, ayant la nostalgie de lui, accueillant de manière toujours nouvelle connaissance et amour !
Ensuite, il y a l’huile pour l’Onction des malades. Nous avons devant nous la multitude des personnes qui souffrent : les affamés et les assoiffés, les victimes de la violence sur tous les continents, les malades avec toutes leurs douleurs, leurs espérances et leurs désespoirs, les persécutés et les opprimés, les personnes au cœur brisé. À propos du premier envoi des disciples par Jésus, saint Luc raconte : « Il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons » (9, 2). Guérir est une tâche primordiale confiée par Jésus à l’Eglise, suivant l’exemple donné par lui-même alors qu’il parcourait les routes du pays en guérissant. Certes, la tâche principale de l’Eglise est l’annonce du Royaume de Dieu. Mais justement cette annonce elle-même doit être un processus de guérison : «… guérir ceux qui ont le cœur brisé », a-t-il été dit aujourd’hui dans la première Lecture du prophète Isaïe (61, 1). L’annonce du Royaume de Dieu, de la bonté infinie de Dieu, doit susciter avant tout ceci : guérir le cœur blessé des hommes. L’homme, de par sa propre essence, est un être en relation. Toutefois, si la relation fondamentale, la relation avec Dieu, est perturbée, alors tout le reste aussi est perturbé. Si notre rapport à Dieu est perturbé, si l’orientation fondamentale de notre être est erronée, nous ne pouvons pas non plus vraiment guérir dans le corps et dans l’âme. Pour cela, la guérison première et fondamentale advient dans la rencontre avec le Christ qui nous réconcilie avec Dieu et guérit notre cœur brisé. Mais en plus de cette tâche centrale, la guérison concrète de la maladie et de la souffrance fait aussi partie de la mission essentielle de l’Eglise. L’huile pour l’Onction des malades est l’expression sacramentelle visible de cette mission. Depuis les débuts, l’appel à guérir a muri dans l’Eglise, ainsi que l’amour prévenant envers les personnes tourmentées dans le corps ou dans l’âme. C’est là une occasion de remercier pour une fois les sœurs et les frères qui dans le monde entier portent aux hommes un amour qui guérit, sans tenir compte de leur position ou de leur confession religieuse. Depuis Elisabeth de Thuringe, Vincent de Paul, Louise de Marillac, Camille de Lellis jusqu’à Mère Teresa – pour ne rappeler que quelques noms – le monde est traversé par un sillon lumineux de personnes, qui tire son origine de l’amour de Jésus pour les souffrants et les malades. C’est pourquoi nous remercions maintenant le Seigneur. C’est pourquoi, nous remercions tous ceux qui, en vertu de leur foi et de leur amour, se mettent aux côtés des souffrants, apportant ainsi, en fin de compte, un témoignage de la propre bonté de Dieu. L’huile pour l’Onction des malades est un signe de cette huile de la bonté du cœur, que ces personnes – avec leur compétence professionnelle – portent aux personnes qui souffrent. Sans parler du Christ, elles le manifestent.
En troisième lieu, il y a enfin la plus noble des huiles ecclésiales, le chrême, une mixture d’huile d’olive et de parfums végétaux. C’est l’huile de l’onction sacerdotale et de l’onction royale, onctions qui se rattachent aux grandes traditions d’onction dans l’Ancienne Alliance. Dans l’Eglise, cette huile sert surtout pour l’onction lors de la Confirmation et lors des Ordinations sacrées. La liturgie d’aujourd’hui associe à cette huile les paroles de promesse du prophète Isaïe : « Vous serez appelés ‘prêtres du Seigneur’, on vous nommera ‘ministres de notre Dieu’ » (61, 6). Le prophète reprend par là la grande parole de charge et de promesse, que Dieu avait adressée à Israël au Sinaï : « Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte » (Ex 19, 6). Dans le vaste monde et pour le vaste monde qui, en grande partie, ne connaissait pas Dieu, Israël devait être comme un sanctuaire de Dieu pour la totalité, il devait exercer une fonction sacerdotale pour le monde. Il devait conduire le monde vers Dieu, l’ouvrir à lui. Saint Pierre, dans sa grande catéchèse baptismale, a appliqué ce privilège et cette tâche d’Israël à l’entière communauté des baptisés, proclamant : « Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis pour proclamer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, vous qui, jadis, n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu » (1 P 2, 9 s.). Le Baptême et la Confirmation constituent l’entrée dans ce peuple de Dieu, qui embrasse le monde entier ; l’onction du Baptême et de la Confirmation est une onction qui introduit dans ce ministère sacerdotal en faveur de l’humanité. Les chrétiens sont un peuple sacerdotal pour le monde. Les chrétiens devraient rendre visible au monde le Dieu vivant, en témoigner et conduire à Lui. Quand nous parlons de notre charge commune, en tant que baptisés, nous ne devons pas pour autant en tirer orgueil. C’est une question qui, à la fois, nous réjouit et nous préoccupe : sommes-nous vraiment le sanctuaire de Dieu dans le monde et pour le monde ? Ouvrons-nous aux hommes l’accès à Dieu ou plutôt ne le cachons-nous pas ? Ne sommes-nous pas, nous – peuple de Dieu –, devenus en grande partie un peuple de l’incrédulité et de l’éloignement de Dieu ? N’est-il pas vrai que l’Occident, les Pays centraux du christianisme sont fatigués de leur foi et, ennuyés de leur propre histoire et culture, ne veulent plus connaître la foi en Jésus Christ ? Nous avons raison de crier vers Dieu en cette heure : Ne permets-pas que nous devenions un non-peuple ! Fais que nous te reconnaissions de nouveau ! En effet, tu nous as oints de ton amour, tu as posé ton Esprit Saint sur nous. Fais que la force de ton Esprit devienne à nouveau efficace en nous, pour que nous témoignions avec joie de ton message !
Malgré toute la honte que nous éprouvons pour nos erreurs, nous ne devons pas oublier cependant qu’il existe aussi aujourd’hui des exemples lumineux de foi ; qu’il y a aussi aujourd’hui des personnes qui, par leur foi et leur amour, donnent espérance au monde. Quand le 1er mai prochain sera béatifié le Pape Jean Paul II, nous penserons à lui, pleins de gratitude,  comme à un grand témoin de Dieu et de Jésus Christ à notre époque, comme à un homme rempli d’Esprit Saint. Avec lui, nous pensons au grand nombre de ceux qu’il a béatifiés et canonisés et qui nous donnent la certitude que la promesse de Dieu et sa charge ne tombent pas aujourd’hui dans le vide.
Je m’adresse enfin à vous, chers confrères dans le ministère sacerdotal. Le Jeudi Saint est de façon particulière notre jour. A l’heure de la Dernière Cène, le Seigneur a institué le sacerdoce du Nouveau Testament. « Consacre-les dans la vérité » (Jn 17, 17) a-t-il prié le Père – pour les Apôtres et pour les prêtres de tous les temps. Avec beaucoup de gratitude pour notre vocation et avec humilité pour tous nos manquements, renouvelons maintenant notre « oui » à l’appel du Seigneur : Oui, je veux m’unir intimement au Seigneur Jésus – renonçant à moi-même… poussé par l’amour du Christ. Amen.

La résurrection de Jésus, empreinte historique pointant vers l’au-delà

Réflexion biblique pour la Résurrection du Seigneur – Dimanche de Pâques A.
 
Quand on lit dans les quatre évangiles les chapitres sur la résurrection, les différences sautent aux yeux. Aucun des évangélistes ne décrit la résurrection elle-même. C’est là un événement qui s’accomplit dans le mystère de Dieu, entre Jésus et le Père. De par sa nature même, l’événement de la résurrection se situe en dehors de l’expérience humaine. Quelles leçons pouvons-nous tirer de chacun des témoignages des évangiles, et en particulier de celui de Matthieu que nous entendons proclamer aujourd’hui?
Le récit de Marc
 
Dans le récit évangélique le plus ancien, celui de Marc (chapitre 16), la dernière scène est étonnante… car voici comment l’histoire se termine (v. 8) : « [Les femmes] sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »  Le plus frappant dans la conclusion de Marc, c’est que nous ne rencontrons jamais le Seigneur ressuscité. Au lieu de cela, nous avons un tableau terrifiant, presque sinistre. De grand matin, les femmes arrivent au tombeau pour accomplir une tâche pratiquement impossible. Ces femmes sont les seules à avoir suivi Jésus jusqu’au pied de la croix et jusqu’au tombeau. Elles trouvent le tombeau ouvert et vide, et sont saluées par un personnage céleste qui leur confie un message : « Allez dire à ses disciples et à Pierre : il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit. » (v. 7).  Chez Marc, le récit de la résurrection veut troubler le lecteur chrétien, secouer le confort qui lui fait oublier que l’appel à suivre Jésus est un appel à la croix. Les lecteurs du récit de Marc sont invités à relire leur vie à l’ombre de la croix.
Le récit de Matthieu
 
Matthieu raconte la résurrection en quatre tableaux; l’expérience des femmes au tombeau (28, 1-7); leur brève rencontre avec le Seigneur ressuscité (v. 8-10); la tentative que font les dirigeants juifs pour étouffer l’affaire (v. 11-15); l’apparition aux disciples en Galilée (v. 16-20).  La scène finale qui se termine par l’envoi en mission (v. 19-20) forme un tout et le programme qu’elle propose sert de conclusion à l’ensemble de l’évangile.  Les femmes qui apparaissent dans le chapitre que Matthieu consacre à la résurrection n’assistent pas à la résurrection elle-même. Elles vivent le tremblement de terre, l’apparition de l’ange et le tombeau vide, autant de signes ou de traces de l’activité divine qui a provoqué ces bouleversements.
Dans le dernier tableau de son évangile, Matthieu met littéralement Jésus en scène sur la montagne où il avait fait dire à ses disciples de se rendre (28, 16-20).  La fin de l’évangile de Matthieu nous renvoie au premier grand sermon de Jésus sur la montagne de Galilée (5,1-7,21).  Le Jésus doux et humble de Matthieu est à la fois maître et modèle de douceur et d’humilité. En révisant l’évangile de Marc, Matthieu retouche délibérément la façon de présenter Jésus et la vie chrétienne. Au sombre tableau de l’invitation à la croix et à la figure de Jésus mort il ajoute un Jésus vivant et présent, dont les paroles, nourries de la réflexion sur les Écritures d’Israël, ouvrent un chemin de consolation, une « voie » que peuvent apprendre les disciples disposés à se mettre à son école. Matthieu lance un appel à apprendre du doux et humble Jésus.
Le récit de Luc
 
Le chapitre pascal de l’évangile de Luc (ch. 24), telle une belle symphonie, nous présente une pratique pastorale d’inspiration biblique et un modèle de vie chrétienne distinctif : dans le premier mouvement (v. 1-12), Dieu, et Dieu seul, vient résoudre une situation sans issue. Dans le deuxième mouvement, l’admirable récit de la rencontre entre Jésus et les disciples sur le chemin d’Emmaüs (v. 13-35), Dieu, dans la personne de Jésus, accompagne les personnes dans leur cheminement et les aide à surmonter le désespoir. Les récits du troisième mouvement (v. 36-53) guident les fidèles vers une expérience communautaire.
Le récit de Jean
 
Jean nous parle des apparitions du Seigneur ressuscité à Jérusalem et en Galilée. Les récits de résurrection du quatrième évangile sont une série de rencontres entre Jésus et ses disciples, qui présentent différentes réactions dans la foi. Qu’il s’agisse de Simon Pierre et du Disciple bien-aimé, de Marie-Madeleine, des disciples ou de Thomas, le scénario nous rappelle chaque fois qu’il y a différents degrés de disponibilité dans la foi et qu’il existe différents facteurs qui amènent les gens à croire.
La nature de la résurrection de Jésus
Le pape Benoît XVI aborde « la nature de la résurrection de Jésus et sa signification historique » dans Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection ).  Je me permets de rapporter ici plusieurs idées que développe le pape Benoît dans ce grand livre.
« Jésus n’est pas simplement revenu à la vie biologique normale comme l’aurait fait quelqu’un qui, selon les lois de la biologie, devrait mourir de nouveau. »
« Jésus n’est pas un fantôme (un ‘esprit’). Autrement dit, il n’appartient pas au monde des morts; il est en mesure, d’une certaine façon, de se manifester dans le monde des vivants. »
« … les rencontres avec le Seigneur ressuscité ne sont pas du même ordre que les expériences mystiques dans lesquelles l’esprit humain est temporairement arraché à lui-même et perçoit le monde du divin et de l’éternel, mais pour revenir ensuite à l’horizon normal de son existence. L’expérience mystique est une suspension temporaire des limites spatiales et cognitives de l’âme. »
Le pape continue : « [La résurrection] est un événement historique mais qui fait éclater les dimensions de l’histoire et la transcende. Peut-être pouvons-nous recourir ici à une analogie, inadéquate à bien des égards, mais qui peut tout de même ouvrir une piste qui aide à comprendre : comme nous l’avons déjà suggéré dans la première partie du présent chapitre, nous pourrions regarder la résurrection comme quelque chose d’apparenté à un « saut évolutif », dans lequel apparaît une nouvelle dimension de la vie, une nouvelle dimension de l’existence humaine. »
« La résurrection déborde de l’histoire et la transcende mais elle n’en survient pas moins dans l’histoire et, jusqu’à un certain point, continue d’en faire partie. Nous pourrions peut-être formuler la chose comme suit : la résurrection de Jésus nous renvoie au-delà de l’histoire mais elle a laissé une empreinte dans l’histoire. Elle peut donc être attestée par des témoins comme un événement d’une nature tout à fait nouvelle. »
Sonder la résurrection aujourd’hui
 
Dans notre univers de haute technologie, la réalité de la résurrection devient de plus en plus difficile à approfondir. Nombreux sont ceux qui passent leur vie à essayer d’en nier la réalité au lieu d’en sonder le mystère. Et ils tentent de le faire tout seuls, coupés de la communauté croyante des chrétiens, enfermés dans la prison de leur moi et de leurs idées, bloqués devant leur écran d’ordinateur en s’efforçant de pénétrer ce qui s’est produit au matin de Pâques.  Certaines personnes diront carrément que toute cette histoire est simplement dépassée. Mais la résurrection n’est pas une affaire cérébrale, une question de théorie et d’idées; c’est une affaire de cœur, une réalité qu’on ne peut vivre et apprendre qu’au sein d’une communauté, en contexte cultuel et liturgique.  Pour pouvoir vivre et saisir la résurrection, il faut l’environnement d’une musique sublime, la fumée et l’encens, le pain et le vin, les salutations chuchotées et les cris de joie, des couleurs éclatantes et, surtout, les corps en trois dimensions de vraies personnes, y compris ces gens qui ne sont pas des pratiquants « réguliers » mais qui viennent participer chaque année à la proclamation pascale.
Il ne s’agit pas de s’asseoir à l’ordinateur et de taper les mots « Jésus est ressuscité ». La proclamation doit être mise en œuvre, traduite en actes. Si la résurrection avait dû être un événement vérifiable objectivement selon les canons de l’histoire, Dieu ne l’aurait pas accomplie de nuit et sans témoins. La résurrection fut un événement transigé entre Dieu le Père et Dieu le Fils par la puissance de Dieu le Saint-Esprit. Aucun des évangiles ne nous décrit ce qui est arrivé. Nous ne savons pas à quoi le Christ  ressemblait quand il n’a plus été mort, s’il a bondi hors du tombeau dans la gloire du soleil levant ou si, comme Lazare, il s’est lentement dégagé du suaire en admirant du coin de l’œil l’aube du matin de Pâques dans un jardin de Jérusalem.
Le cadre qui convient à la résurrection
 
Comment trouver les mots pour la résurrection? Comment arriver à exprimer la victoire sur la mort, l’écrasement de l’enfer et la purification qui nous a réunis à la vie de Dieu? Il n’y a pas de mots – il n’y a que des termes équivoques – des métaphores, des enchaînements d’images, des icônes verbales – qui nous invitent à entrer dans un mystère au-delà des mots.
J’ai vécu quatre ans dans la ville sainte de Jérusalem et j’y ai visité des centaines de fois les restes de l’église qui se dresse à l’emplacement du Calvaire et du Saint Sépulcre. C’est vraiment un lieu sacré pour les chrétiens et je n’y suis jamais allé sans émotion. Ce vieil édifice est vraiment un microcosme de notre propre vie, de notre cœur et de notre Église. Au milieu de cette Basilique du Saint-Sépulcre, vieille, sale et chaotique, se trouve le tombeau de Jésus, sanctuaire consacré au Christ ressuscité. Mais lui, il n’est pas là. Tout autour du tombeau, on peut observer les restes de 2000 ans d’horrible corruption humaine. Ce n’en est pas moins le lieu saint et le sanctuaire le plus important pour les chrétiens. Le Christ est ressuscité des morts!
Au Calvaire, et ailleurs en Terre sainte, la corruption paraît endémique… mais Dieu va triompher parce qu’à 70 pieds du Calvaire il y a un tombeau vide. D’ailleurs, il y a une autre chose étonnante à propos de cette Église et des événements qu’elle commémore : c’est que chacune, chacun de nous porte en soi un sanctuaire au Christ ressuscité. Ce sanctuaire, c’est notre premier amour pour lui et lui seul. Jésus Christ est ressuscité des morts. Vivons-nous vraiment en enfants de lumière, en fils et filles du Vivant? La résurrection de Jésus est le signe que Dieu va finir par remporter la victoire.
Au milieu du chaos qu’on remarque dans l’église du Saint-Sépulcre, j’ai découvert que si je m’agenouillais assez longtemps dans un recoin de l’édifice, à côté de ces groupes religieux qui ont l’air d’être en guerre les uns contre les autres, le malaise disparaissait. Et il m’est souvent arrivé de goûter une paix étrange et une joie profonde, une vraie consolation, à cause de la résurrection de cet homme qui était le Fils de Dieu et notre Sauveur. La seule façon de discerner, de détecter et de découvrir la présence du Seigneur ressuscité, c’est à genoux, au milieu du chaos de l’Église et du monde.
La victoire de Jésus sur la mort fait partie de la vie pastorale et sacramentelle de l’Église et de sa mission dans le monde. L’Église est la communauté de ceux et celles qui ont la compétence pour reconnaître en Jésus le Seigneur ressuscité. Elle est spécialisée dans le discernement du Ressuscité. Tant que nous demeurons en dialogue avec Jésus, nos ténèbres ne peuvent que céder la place à l’aurore, et nous ne pouvons que devenir « compétents » pour témoigner. À une époque qui accorde tant d’importance à la compétence, nous ferons bien de nous concentrer de temps à autre sur notre compétence pour discerner la résurrection.
Qu’est-ce que la résurrection?  Le pape Benoît l’explique très bien dans son livre Jésus de Nazareth –  De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection.
« Dieu agit doucement, Dieu édifie graduellement son histoire au sein de la grande histoire de l’humanité; cela fait partie de son mystère. Il se fait homme pour être négligé de ses contemporains et des forces décisives de l’histoire; il souffre et il meurt et, ressuscité, il choisit de ne venir à l’humanité qu’à travers la foi des disciples à qui il se manifeste; il continue de frapper doucement à la porte de notre cœur et doucement il nous ouvre les yeux pour peu que nous choisissions de lui ouvrir la porte. Mais après tout – n’est-ce pas là la seule façon d’agir vraiment divine? Non pas écraser par la force mais donner la liberté, offrir et provoquer l’amour. Car à bien y penser, n’est-ce pas ce qui paraît tout petit qui est vraiment grand? »
Sur la Toile:
Le site Web de la chaîne de télé catholique Sel et Lumière:
http://www.saltandlighttv.org
http://www.saltandlighttv.org/blog
Dimanche de Pâques
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/62/IQyLyOQA8D8
Deuxième dimanche de Pâques
Reste avec nous
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/95/ZpBnPekgH04
Quatrìeme dimanche de Pâques: Le Bon Berger
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/94/rGsGRpF3FRY
Ascension (français)
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/search/0/TmPOauZxN8A
La Pentecôte: La plus profonde assurance que l’Esprit…
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/89/oFHURxot-_4
La Fête-Dieu – « Sans le dimanche nous ne pouvons pas vivre
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/86/eRJFaSAnL9M
Fête de la Sainte Trinité
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/88/gG8VmJEC0Wk
Merci, Jean-Paul II
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/search/0/tN8SflZ0uR4
Merci, Jean-Paul II (version un peu plus longue que la version You Tube)

 Images: CNS/BPK/Bayerische Staatsgemälde-Sammlungen/Art Resource — An angel and three women are shown at the empty tomb of Christ in this depiction of Easter morning by German painter  Peter von Cornelius. CNS/Eric Lessing/Art Resource — The resurrection of Christ is depicted in a 16th-century painting.

Célébrations du triduum pascal au Vatican

Messe chrismale retransmise de la basilique St Pierre présidée par le pape Benoît XVI
Jeudi 8h
Messe de la Cène

Jeudi Saint 15h30 (en direct 11h30 en anglais ; 20h en anglais)
Chemin de Croix
Une procession aux flambeaux, autour du Colisée de Rome, ponctuée par la méditation des stations du chemin de Croix Vendredi Saint à 17h (en direct 11h en anglais; 20h en anglais)
Vigile Pascale
Samedi Saint 20h (en direct 15h en anglais)
Messe de la résurrection du Christ suivie de la bénédiction Urbi et Orbi
Dimanche de Pâques 15h (10h en anglais)
Bonne fête de Pâques !

Sacramentum et exemplum: le don et la tâche

Réflexion biblique pour le Jeudi saint.

Le Jeudi saint termine officiellement le temps du Carême.
Ce soir-là, nous entrons dans le  Triduum au cœur de l’année liturgique et, en fait, de la foi chrétienne. Les textes de l’Écriture nous renvoient profondément à nos racines juives : célébration de la Pâque avec le peuple juif (Exode 12, 1-8.11-14); réception de la tradition transmise à saint Paul (1 Corinthiens 11, 23-26), à savoir l’Eucharistie, et contemplation directe de Jésus qui s’agenouille devant nous pour nous laver les pieds avec l’humilité d’un serviteur (Jean 13, 1-15).  La commémoration est au cœur de cette célébration.
Ce soir, le Seigneur nous invite à retourner avec lui au cénacle, pour nous aider à pénétrer les profondeurs de son mystère pascal. La veille de sa mort, il nous a laissé deux grands signes que la célébration liturgique renouvelle chaque année. Dans le premier, Jésus lave les pieds des apôtres et donne ainsi à ses amis un exemple d’amour qui s’exprime dans un service aussi humble que concret. Dans le deuxième, Jésus consacre le pain et le vin comme sacrement de son corps et de son sang, donnés en sacrifice pour notre salut.
Une nuit de commémoration

Considérons le mémorial qu’est l’Eucharistie. Dans le livre de l’Exode, nous lisons : « Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob » (Exode 2,24). Le livre du Deutéronome prescrit : « Souviens-toi du Seigneur ton Dieu » (8,18). « Rappelle-toi donc ce qu’a fait le Seigneur ton Dieu » (7,18).  Le souvenir de Dieu et celui des hommes et des femmes forment dans la Bible un élément fondamental de la vie du peuple de Dieu. Cependant, ce souvenir n’est pas le simple rappel de quelque chose qui s’est produit il y a longtemps mais plutôt ce que l’hébreu appelle « zikkaron », c’est-à-dire un « mémorial ». C’est la proclamation des hauts faits que Dieu a accomplis pour nous au fil des âges et qu’il continue d’accomplir pour nous aujourd’hui. Dans la célébration liturgique, ces événements deviennent d’une certaine façon présents et actuels (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1363). Le mémorial rappelle le lien d’une alliance indéfectible : « Le Seigneur se souvient de nous, il nous bénira » (Psaume 115, 12). La foi biblique authentique comporte le souvenir fructueux de la geste de notre salut.
Dans l’Ancien Testament, le « mémorial » par excellence des œuvres de Dieu dans l’histoire était la liturgie pascale de l’Exode. Chaque fois que le peuple d’Israël célébrait la Pâque, Dieu lui offrait le don de la liberté et du salut. Dans la célébration de la Pâque, les deux souvenirs se recoupaient, celui de Dieu et celui des hommes – la grâce salvifique et le témoignage de la foi : « Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage… Ce rite vous tiendra lieu de signe sur la main et de mémorial sur le front, afin que la loi du Seigneur soit toujours sur vos lèvres car c’est le Seigneur qui, par sa force, vous a fait sortir d’Égypte. » (Exode 12,14; 13,9)
Au cœur de l’Eucharistie : la commémoration

Cette rencontre entre la mémoire de Dieu et celle des êtres humains est au foyer de l’Eucharistie, qui est le « mémorial » par excellence de la Pâque chrétienne. Le souvenir est au cœur de la célébration du sacrifice du Christ. Nous nous rappelons le sacrifice du Christ, cet événement unique, accompli « une fois pour toutes » (Hébreux 7,27; 9,12.26; 10,12), et dont nous continuons de recevoir les grâces à travers l’histoire. « Car chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Corinthiens 11,26). L’Eucharistie est donc le mémorial de la mort du Christ mais aussi la présence de son sacrifice et l’anticipation de son avènement glorieux. Nos pouvons certainement comprendre l’exhortation de Paul à Timothée : « Souviens-toi de Jésus Christ le descendant de David : il est ressuscité d’entre les morts » (2 Timothée 2,8). Ce souvenir vit et opère d’une façon spéciale dans l’Eucharistie.
Se rappeler, c’est d’un côté recentrer son cœur sur le souvenir et l’affection mais c’est aussi célébrer une présence qui est toujours avec nous. L’Eucharistie suscite en nous le souvenir de l’amour du Christ. Dans l’Eucharistie, les chrétiens nourrissent l’espérance de la rencontre finale avec leur Seigneur. L’Eucharistie est le mémorial au sens plein du terme : le pain et le vin, par l’action de l’Esprit Saint, deviennent vraiment le corps et le sang du Christ, qui se donne lui-même en nourriture aux hommes et aux femmes pour leur pèlerinage terrestre. Pour rester fidèle à ce mandat, pour demeurer en lui tels les sarments unis à la vigne et pour aimer comme il a aimé, il faut se nourrir de son corps et de son sang. En disant aux apôtres, « vous ferez cela en mémoire de moi », le Seigneur liait l’Église au mémorial vivant de sa Pâque.
La nouvelle Pâque

Dans un maître livre, Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection , le pape Benoît XVI prend soin de bien expliquer ce que fut vraiment la dernière Cène. « Une chose ressort clairement de l’ensemble de la tradition, écrit-il : essentiellement, ce repas d’adieu n’était pas l’ancienne Pâque mais la nouvelle, que Jésus accomplissait dans ce contexte. Même si le repas que Jésus a partagé avec les Douze n’était pas un repas pascal conforme aux prescriptions rituelles du judaïsme, néanmoins, rétrospectivement, le lien intime de tout cet événement avec la mort et la résurrection de Jésus ressortait clairement. C’était la Pâque de Jésus. Et en ce sens, on peut dire à la fois qu’il a célébré et qu’il n’a pas célébré la Pâque : les anciens rites n’ont pu être célébrés – quand vint le moment de les accomplir, Jésus était déjà mort. Mais il s’était donné lui-même et, de la sorte, il avait vraiment célébré la Pâque avec eux. L’ancienne Pâque n’était pas abolie ; elle était simplement  portée à la plénitude de son sens. »
Le lavement des pieds

Le pape Benoît parle admirablement du lavement des pieds, qui est au cœur de l’Évangile du Jeudi saint (Jean 13,1-15).  « Revenons, écrit le Pape, au chapitre 13 de l’Évangile de saint Jean. ‘Vous êtes purs’, dit Jésus à ses disciples. Le don de la pureté est un acte divin. L’homme ne peut de lui-même se rendre acceptable à Dieu, quel que soit le système de purification qu’il suive. ‘Vous êtes purs’ – l’admirable simplicité des paroles de Jésus résume en quelque sorte la grandeur du mystère du Christ, qui est que Dieu vient à nous pour nous purifier. La pureté est un don. »
« Mais une objection vient à l’esprit. Quelques versets plus loin, Jésus déclare : ‘Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.’ (Jean 13,14–15). Cela ne suggère-t-il pas une conception purement morale du christianisme? »
Sacramentum et exemplum

« Les Pères ont exprimé la différence entre ces deux aspects, ainsi que leur relation mutuelle, en utilisant les catégories de sacramentum et d’exemplum: par sacramentum ils n’entendent pas désigner un sacrement en particulier mais plutôt l’ensemble du mystère du Christ – sa vie et sa mort – par lequel il vient à nous, entre en nous par son Esprit et nous transforme. Mais précisément parce que ce sacramentum nous ‘purifie’ vraiment, nous renouvelle de l’intérieur, il déclenche la dynamique d’une vie nouvelle. Le commandement de ‘faire comme Jésus a fait’ n’est pas seulement un supplément moral au mystère, encore moins une antithèse au mystère. Il découle de la dynamique interne du don par lequel le Seigneur nous renouvelle et nous attire dans sa réalité. »
« Le don — le sacramentum – devient exemplum, un exemple, tout en demeurant don. Être chrétien est avant tout un don, qui se déploie ensuite selon une dynamique de vie et d’action qui procède du don. »
En conclusion de sa réflexion sur le lavement des pieds, le pape Benoît écrit : « … En revenant sur l’ensemble du chapitre du lavement des pieds, nous pouvons dire que dans ce geste d’humilité, qui exprime l’ensemble du ministère de la vie et de la mort de Jésus, le Seigneur se tient devant nous comme le serviteur de Dieu – celui qui pour nous s’est fait celui qui sert, qui porte notre fardeau et qui nous accorde la vraie pureté, la capacité d’approcher Dieu. Dans le deuxième chant du serviteur souffrant, en Isaïe, il y a une expression qui annonce d’une certaine façon la théologie johannique de la Passion : Le Seigneur m’a dit, ‘Tu es mon serviteur, Israël, en qui je me glorifierai’. »
Le Jeudi saint et le sacerdoce ministériel

Au moment d’écrire ce texte pour la Semaine sainte 2011, je vais célébrer cette semaine mon 25e anniversaire d’ordination sacerdotale.  Pendant ces 25 ans, je suis revenu d’innombrables fois à l’Évangile du Jeudi saint puiser la force et l’inspiration pour être ce que je m’efforce d’être chaque jour : un ministre ordonné qui garde vivant le souvenir de Jésus chez les gens et qui sert la communauté comme préposé au lavement des pieds. Quel incroyable modèle de sacerdoce nous offre l’Évangile de ce soir : le Seigneur et Sauveur du monde à genoux devant nous pour nous laver les pieds dans un geste d’humilité et de service!
La véritable nature de l’Eucharistie suppose un lien avec Dieu et avec la communauté. Nos destinées sont entrecroisées. C’est ce « tissage » qui est au cœur du sacerdoce de Jésus Christ et de notre sacerdoce. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous avons part à celui qui se fait nourriture et boisson pour les autres. Ainsi doit-il en être de nous qui recevons le corps et le sang du Seigneur : notre vie, elle aussi, doit devenir le banquet des pauvres. Nous devons, nous aussi, devenir nourriture et boisson pour ceux et celles qui ont faim.
Par toute sa vie, Jésus est un modèle sacerdotal de compassion. Personne sacerdotale, il a vécu pour les autres, il a offert chaque personne et chaque chose au Dieu qui l’aimait. C’était alors et c’est toujours aujourd’hui la seule forme de sacerdoce qui change les choses, la seule qui compte. Le contraire du prêtre, c’est le consommateur : celui qui achète et qui accumule des choses.  Une personne sacerdotale, c’est quelqu’un qui se dépense avec plaisir pour les autres. La célébration, ce soir, du repas du Seigneur nous invite à examiner ce que nous avons fait de notre baptême, et à nous demander en quoi nous sommes un peuple eucharistique et sacerdotal.  Nous devons scruter notre propre sacerdoce, que ce soit le sacerdoce des baptisés ou le sacerdoce ministériel, et nous demander pour qui nous vivons réellement et qui nous aimons vraiment. Nous dépensons-nous avec plaisir pour les autres?
Si je suis ministre ordonné et qu’on m’appelle « Père », ce n’est pas simplement parce que j’ai fait de longues études universitaires, parce que j’ai une bonne formation, un titre, ou une position privilégiée dans la société ou dans l’Église. Les crises qui affectent la prêtrise aujourd’hui dans le monde nous rappellent la futilité du prestige, des privilèges, du rang ou de la mobilité ascendante. Tout n’est en réalité qu’humble service et prière d’intercession pour ceux et celles que le Seigneur nous a confiés.
On est prêtre, en fin de compte, pour être serviteur. C’est dire que j’essaie de donner ma vie publiquement pour la communauté. Le titre de « Père » exprime la relation qui existe entre les prêtres et les personnes qu’ils servent.  C’est là une relation aussi belle qu’intimidante et même terrifiante mais qui, dans le meilleur des cas, engendre la vie et communique l’amour. Jésus nous enseigne, dans ce grand récit de l’Évangile du Jeudi saint, que la vraie source de l’autorité dans l’Église vient de ce qu’on mène une vie de serviteur, de ce qu’on donne sa vie pour ses amis. La seule autorité, le seul pouvoir de la prêtrise, c’est l’autorité évangélique qui vient de ce qu’on vit le mystère pascal. Ce soir, en particulier, moi-même et tous les ministres ordonnés, nous devons nous demander : est-ce que j’agis vraiment comme celui qui garde vivant le souvenir de Jésus dans la communauté; comme quelqu’un qui fait naître l’acte de foi chez les gens; comme quelqu’un qui construit la communauté de Dieu qu’est l’Église?  Sommes-nous des serviteurs, des préposés au lavement des pieds? Suivons-nous l’exemple de la vie et de la mort de Jésus Christ, le prêtre éternel de la compassion et du service?
Je rends grâce à Dieu d’une manière toute spéciale pour le privilège que j’ai depuis trois ans, en particulier, de rompre la Parole de Dieu pour le monde par le truchement des ces réflexions hebdomadaires. Merci pour les nombreux messages que je reçois chaque semaine de personnes, un peu partout à travers le monde, qui tirent profit de ces réflexions.  Oremus pro invicem. [Prions les uns pour les autres.]
Le Jeudi saint en bref

Voici quelques grandes idées à retenir sur le Jeudi saint; elles sont inspirées du Catéchisme de l’Église catholique.
De quelle façon le Christ s’est-il offert lui-même au Père? (voir #620)
Toute la vie du Christ a été une libre offrande au Père pour accomplir son dessein de salut. Le Christ a donné « sa vie en rançon pour la multitude » (Marc 10,45) et réconcilié ainsi toute l’humanité avec Dieu. Sa souffrance et sa mort ont manifesté comment son humanité était l’instrument libre et parfait de l’amour divin qui désire le salut du genre humain.
Comment l’offrande de Jésus s’est-elle exprimée à la dernière Cène? (Voir #621)
À la dernière Cène avec ses apôtres, la veille de sa passion, Jésus a anticipé, c’est-à-dire qu’il a à la fois symbolisé et rendu présent le libre don de sa personne : « Ceci est mon corps livré pour vous » (Luc 22,19), « Ceci est mon sang répandu… »  (Matthieu 26,28). Ainsi a-t-il à la fois institué l’Eucharistie comme « mémorial » (1 Corinthiens 11,25) de son sacrifice et institué ses apôtres comme prêtres de la nouvelle alliance.
Qu’est-il arrivé à l’agonie au jardin de Gethsémani? (Voir #621)
Malgré l’horreur que représentait la mort pour la sainte humanité de Jésus qui est « le chef des vivants » (Actes 3,15), la volonté humaine du Fils de Dieu est restée fidèle à la volonté du Père pour notre salut. Jésus a accepté la tâche de porter nos péchés dans son corps, « se faisant obéissant jusqu’à la mort » (Philippiens 2,8).
Quelles sont les conséquences du sacrifice du Christ sur la croix? (voir #622-623)
Jésus a offert sa vie librement en sacrifice d’expiation, c’est-à-dire qu’il a fait réparation pour nos péchés par la totale obéissance de son amour jusqu’à la mort. Cet amour du Fils de Dieu « jusqu’au bout » (Jean 13,1) a réconcilié toute l’humanité avec le Père. Le sacrifice pascal du Christ rachète donc l’humanité d’une manière qui est unique, parfaite et définitive; et il rétablit pour elle la communication avec Dieu.
Sur la Toile:
Le site Web de la chaîne de télé catholique Sel et Lumière: www.seletlumieretv.org http://seletlumieretv.org/index.html
Dimanche de Pâques
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/62/IQyLyOQA8D8
Deuxième dimanche de Pâques
Reste avec nous
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/95/ZpBnPekgH04
Quatrième dimanche de Pâques: Le Bon Berger
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/94/rGsGRpF3FRY
Ascension (français)
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/search/0/TmPOauZxN8A
La Pentecôte: La plus profonde assurance que l’Esprit…
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/89/oFHURxot-_4
La Fête-Dieu – « Sans le dimanche nous ne pouvons pas vivre
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/86/eRJFaSAnL9M
Fête de la Sainte Trinité
http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/88/gG8VmJEC0Wk
« Merci, Jean-Paul II »

Image: CNS photo/Gregory A. Shemitz, Long Island Catholic — Painting of the Last Super at Sacred Hearts of Jesus and Mary Church in Southampton, New York.

Homélie du pape Benoît XVI dimanche des Rameaux

La Semaine Sainte a débuté par la célébration des Rameaux avec la procession des Rameaux place St Pierre. Cette procession signifie que nous sommes en marche avec Jésus-Christ.

Le pape Benoît XVI dans son homélie a rappelé que le Christ nous invite à le suivre dans cette montée vers le Dieu Vivant.

Voici la totalité de son homélie

Homélie du pape Benoît XVI lors de la messe des Rameaux

Chers frères et sœurs,
Chers jeunes !
Chaque année, le dimanche des Rameaux, nous sommes à nouveau émus de gravir avec Jésus le mont vers le sanctuaire, et de l’accompagner tout au long de ce chemin vers le haut. En ce jour, sur toute la face de la terre et à travers tous les siècles, jeunes et personnes de tout âge l’acclament en criant : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
Mais que faisons-nous vraiment lorsque nous nous insérons dans une telle procession – parmi la foule de ceux qui montaient avec Jésus à Jérusalem et l’acclamaient comme roi d’Israël ? Est-ce quelque chose de plus qu’une cérémonie, qu’une belle coutume ? Cela a-t-il quelque chose à voir avec la véritable réalité de notre vie, de notre monde ? Pour trouver la réponse, nous devons avant tout clarifier ce que Jésus lui-même a, en réalité, voulu et fait. Après la profession de foi, que Pierre avait faite à Césarée de Philippe, à l’extrême nord de la Terre Sainte, Jésus s’était mis en route, en pèlerin, vers Jérusalem pour les fêtes de la Pâque. Il est en chemin vers le Temple dans la Cité Sainte, vers ce lieu qui, pour Israël, garantissait de façon particulière la proximité de Dieu à l’égard de son peuple. Il est en chemin vers la fête commune de la Pâque, mémorial de la libération d’Égypte et signe de l’espérance dans la libération définitive. Il sait qu’une nouvelle Pâque l’attend et qu’il prendra lui-même la place des agneaux immolés, s’offrant lui-même sur la Croix. Il sait que, dans les dons mystérieux du pain et du vin, il se donnera pour toujours aux siens, il leur ouvrira la porte vers une nouvelle voie de libération, vers la communion avec le Dieu vivant. Il est en chemin vers la hauteur de la Croix, vers le moment de l’amour qui se donne. Le terme ultime de son pèlerinage est la hauteur de Dieu lui-même, à laquelle il veut élever l’être humain. [Read more...]

Aujourd’hui à Perspectives un nouveau venu !

Aujourd’hui à Perspectives un nouveau venu !

Cyprien Fusco présentera notre capsule quotidienne.

Étudiant en communications à Paris, il sera en stage parmi nous pendant quelques mois.

Sel + Lumière accueille donc son deuxième stagiaire tout aussi curieux et enthousiaste de découvrir l’Église au Canada au sein de notre équipe.

Dans la liberté, chercher la vérité: Chrétiens et Bouddhistes vivent en paix.

A l’occasion du Vesakh/Hanamatsuri. fête de la commémoration de la naissance, l’éveil et la mort de Siddhartha Gautama dit Bouddha, le président du Conseil pontifical pour le dialogue Interreligieux, le cardinal  Jean-Louis Tauran adresse ses vœux aux bouddhistes comme tous les ans.
Cette année,  son message s’intitule « Dans la liberté, chercher la vérité: Chrétiens et Bouddhistes vivent en paix. Et est centré sur la quête d’une paix authentique, dont la condition nécessaire est l’engagement à chercher la vérité:  je cite   »Cette tension humaine vers la vérité offre, à ceux qui suivent différentes religions, l’opportunité d’une rencontre en profondeur et de croître dans l’estime des dons de chacun. Il fait référence aussi au message du pape Benoit XVI du 1er janvier de la journée mondiale de la paix  ou le pape dit que « pour l’Église, le dialogue entre les fidèles des diverses religions représente un instrument important pour collaborer au bien commun avec toutes les communautés religieuses» Le message dans son intégralité se trouve sur notre blogue

A l’occasion du Vesakh/Hanamatsuri,  fête de la commémoration de la naissance, l’éveil et la mort de Siddhartha Gautama dit Bouddha, le président du Conseil pontifical pour le dialogue Interreligieux, le cardinal  Jean-Louis Tauran adresse ses vœux aux bouddhistes comme tous les ans. Cette année,  Il s’intitule Dans la liberté, chercher la vérité: Chrétiens et Bouddhistes vivent en paix.

Ce message est centré sur la quête d’une paix authentique, dont la condition nécessaire est l’engagement à chercher la vérité:     »Cette tension humaine vers la vérité offre, à ceux qui suivent différentes religions, l’opportunité d’une rencontre en profondeur et de croître dans l’estime des dons de chacun. « 

Les diocèses de Montréal et de Québec ont ouvert leur nouveau site web

Après le diocèse de Saint-Jean-Longueuil, pionnier du Web 2.0, les diocèses de Montréal et de Québec innovent en renouvelant leur site web et ont créé leur propre page Facebook, poursuivant ainsi leur ouverture aux réseaux sociaux.

Vous pouvez naviguer sur les nouveaux sites, par l’intermédiaire des mêmes liens, qui restent inchangés.
www.diocesemontreal.org
www.eglisecatholiquedequebec.org ou www.ecdq.org

Les pages Facebook sont accessibles à :

http://www.facebook.com/diocesemontreal

http://www.facebook.com/pages/Église-catholique-de-Québec/198397466859211

René Laprise, nouveau directeur des relations medias à la Conférence des évêques catholiques du Canada

Hier, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a annoncé la nomination de M. René Laprise au poste de directeur des relations avec les medias. Les nouvelles fonctions de M. Laprise seront effectives dès le 2 mai prochain.

M. Laprise possède une feuille de route étoffée en termes de communication dans l’Eglise, notamment grâce aux postes qu’il a occupé pour l’archidiocèse de Gatineau ainsi que chez Communications et Société. De 2001 à 2002, M. Laprise a travaillé dans le service des communications pour la Journée Mondiale de la Jeunesse à Toronto.

Nous souhaitons bon courage et bonne chance à Christine Choury, qui occupait ce poste antérieurement, et à René Laprise pour les nouvelles fonctions qu’il va occuper très bientôt!

Vous pouvez de plus visiter directement le site internet des évêques catholiques du Canada sur le lien suivant : www.cecc.ca