Homélie du pape François lors de la Messe de clôture des XXXIe Journée mondiale de la jeunesse à Cracovie

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Chers jeunes, vous êtes venus à Cracovie pour rencontrer Jésus. Et l’Évangile aujourd’hui nous parle justement de la rencontre entre Jésus et un homme, Zachée, à Jéricho (cf. Lc 19, 1-10). Là, Jésus ne se limite pas à prêcher, ou à saluer chacun, mais il veut – dit l’Évangéliste – traverser la ville (cf. v. 1). Jésus désire, en d’autres termes, s’approcher de la vie de chacun, parcourir notre chemin jusqu’au bout, afin que sa vie et notre vie se rencontrent vraiment.

Arrive ainsi la rencontre la plus surprenante, celle avec Zachée, le chef des “publicains”, c’est-à-dire des collecteurs d’impôts. Zachée était donc un riche collaborateur des occupants romains détestés ; c’était un exploiteur du peuple, quelqu’un qui, à cause de sa mauvaise réputation, ne pouvait même pas s’approcher du Maître. Mais la rencontre avec Jésus change sa vie, comme cela a été et peut être chaque jour pour chacun de nous. Zachée, cependant, a dû affronter certains obstacles pour rencontrer Jésus : au moins trois, qui peuvent nous dire quelque chose à nous aussi.

Le premier est la petite taille : Zachée ne réussissait pas à voir le Maître parce qu’il était petit. Aujourd’hui aussi nous pouvons courir le risque de rester à distance de Jésus parce que nous ne nous sentons pas à la hauteur, parce que nous avons une basse considération de nous-même. C’est une grande tentation, qui ne regarde pas seulement l’estime de soi, mais touche aussi la foi. Parce que la foi nous dit que nous sommes « enfants de Dieu et nous le sommes réellement » (1 Jn 3, 1) : nous avons été créés à son image ; Jésus a fait sienne notre humanité et son cœur ne se lassera jamais de nous ; l’Esprit Saint désire habiter en nous ; nous sommes appelés à la joie éternelle avec Dieu ! C’est notre “stature”, c’est notre identité spirituelle : nous sommes les enfants aimés de Dieu, toujours. Vous comprenez alors que ne pas s’accepter, vivre mécontents et penser en négatif signifie ne pas reconnaitre notre identité la plus vraie : c’est comme se tourner d’un autre côté tandis que Dieu veut poser son regard sur moi, c’est vouloir effacer le rêve qu’il nourrit pour moi. Dieu nous aime ainsi comme nous sommes, et aucun péché, défaut ou erreur ne le fera changer d’idée. Pour Jésus – l’Évangile nous le montre -, personne n’est inférieur et distant, personne n’est insignifiant, mais nous sommes tous préférés et importants : tu es important ! Et Dieu compte sur toi pour ce que tu es, non pour ce que tu as : à ses yeux ne vaut vraiment rien le vêtement que tu portes ou le téléphone portable que tu utilises : que tu sois à la mode ne lui importe pas, ce qui lui importe, c’est toi. Tu as de la valeur à ses yeux et ta valeur est inestimable.

Quand dans la vie, il nous arrive de viser en bas plutôt qu’en haut, cette grande vérité peut nous aider : Dieu est fidèle dans son amour pour nous, même obstiné. Cela nous aidera de penser qu’il nous aime plus que nous nous aimons nous-même, qu’il croit en nous plus que nous croyons en nous-même, qu’il “est toujours le supporter” pour nous comme le plus irréductible des supporters. Il nous attend toujours avec espérance, même lorsque nous nous refermons sur nos tristesses, ruminant sans cesse sur les torts reçus et sur le passé. Mais s’attacher à la tristesse n’est pas digne de notre stature spirituelle ! C’est même un virus qui infecte et bloque tout, qui ferme toute porte, qui empêche de relancer la vie, de recommencer. Dieu, au contraire est obstinément plein d’espoir : il croit toujours que nous pouvons nous relever et ne se résigne pas à nous voir éteints et sans joie. Parce que nous sommes toujours ses enfants bien-aimés. Rappelons-nous de cela au début de chaque journée. Cela nous fera du bien chaque matin de le dire dans la prière : “Seigneur, je te remercie parce que tu m’aimes; fais-moi aimer ma vie !”. Non pas mes défauts, qui se corrigent, mais la vie, qui est un grand don : c’est le temps pour aimer et pour être aimés.
Zachée avait un second obstacle sur le chemin de la rencontre avec Jésus : la honte qui paralyse.

Nous pouvons imaginer ce qui s’est passé dans le cœur de Zachée avant de monter sur ce sycomore, cela aura été une belle lutte : d’une part une bonne curiosité, celle de connaître Jésus ; de l’autre le risque de faire une terrible piètre figure. Zachée était un personnage public ; il savait qu’en essayant de monter sur l’arbre, il serait devenu ridicule aux yeux de tous, lui, un chef, un homme de pouvoir. Mais il a surmonté la honte, parce que l’attraction de Jésus était plus forte. Vous aurez fait l’expérience de ce qui arrive lorsqu’une personne devient si attirante au point d’en tomber amoureux : il peut arriver alors de faire volontiers des choses qui ne se seraient jamais faites. Quelque chose de semblable arrive dans le cœur de Zachée, quand il sentit que Jésus était si important qu’il aurait fait n’importe quoi pour lui, parce qu’il était le seul qui pouvait le tirer hors des sables mouvants du péché et du mécontentement. Et ainsi la honte qui paralyse n’a pas eu le dessus : Zachée – dit l’Évangile- « courut en avant », « grimpa » et ensuite quand Jésus l’appela, « il descendit vite » (vv. 4.6). Il a risqué et il s’est mis en jeu. Cela est aussi pour nous le secret de la joie : ne pas éteindre la belle curiosité, mais se mettre en jeu, parce que la vie ne s’enferme pas dans un tiroir. Devant Jésus on ne peut rester assis en attendant les bras croisés ; à Lui, qui nous donne la vie, on ne peut répondre par une pensée ou un simple “petit message”!

Chers jeunes, n’ayez pas honte de tout lui porter, spécialement vos faiblesses, vos peines et vos péchés dans la confession : Lui saura vous surprendre avec son pardon et sa paix. N’ayez pas peur de lui dire “oui” avec tout l’élan de votre cœur, de lui répondre généreusement, de le suivre ! Ne vous laissez pas anesthésier l’âme, mais visez l’objectif du bel amour, qui demande aussi le renoncement, et un “non” fort au doping du succès à tout prix et à la drogue de penser seulement à soi et à ses propres aises.

Après la basse stature et la honte qui paralyse, il y a un troisième obstacle que Zachée a dû affronter, non plus à l’intérieur de lui, mais autour de lui. C’est la foule qui murmure, qui l’a d’abord arrêté et puis l’a critiqué : Jésus ne devait pas entrer dans sa maison, la maison d’un pécheur ! Comme il est difficile d’accueillir vraiment Jésus, comme il est dur d’accepter un « Dieu, riche en miséricorde » (Ep 2, 4). Ils pourront vous empêcher, en cherchant à vous faire croire que Dieu est distant, raide et peu sensible, bon avec les bons et mauvais avec les mauvais. Au contraire, notre Père « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons » (Mt 5, 45) et il nous invite au vrai courage : être plus forts que le mal en aimant chacun, même les ennemis. Ils pourront rire de vous, parce que vous croyez dans la force douce et humble de la miséricorde. N’ayez pas peur, mais pensez aux paroles de ces jours : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7). Ils pourront vous juger comme des rêveurs, parce que vous croyez en une humanité nouvelle, qui n’accepte pas la haine entre les peuples, ne voit pas les frontières des pays comme des barrières et garde ses propres traditions sans égoïsmes ni ressentiments. Ne vous découragez pas : avec votre sourire et avec vos bras ouverts, prêchez l’espérance et soyez une bénédiction pour l’unique famille humaine, qu’ici vous représentez si bien !

La foule, ce jour-là, a jugé Zachée, elle l’a regardé de haut en bas ; Jésus au contraire, a fait l’inverse : il a levé son regard vers lui (v. 5). Le regard de Jésus va au-delà des défauts et voit la personne ; il ne s’arrête pas au mal du passé, mais il entrevoit le bien dans l’avenir ; il ne se résigne pas devant les fermetures, mais il recherche la voie de l’unité et de la communion ; au milieu de tous, il ne s’arrête pas aux apparences, mais il regarde le cœur. Avec ce regard de Jésus, vous pouvez faire croître une autre humanité, sans attendre qu’ils vous disent “bravo”, mais en cherchant le bien pour lui-même, heureux de garder le cœur intègre et de lutter pacifiquement pour l’honnêteté et la justice. Ne vous arrêtez pas à la superficie des choses et défiez-vous des liturgies mondaines du paraître, du maquillage de l’âme pour sembler meilleurs. Au contraire, installez bien la connexion la plus stable, celle d’un cœur qui voit et transmet le bien sans se lasser. Et cette joie que gratuitement vous avez reçu de Dieu, donnez-la gratuitement (cf. Mt 10, 8), parce que beaucoup l’attendent !

Enfin, écoutons les paroles de Jésus à Zachée, qui semblent dites spécialement pour nous aujourd’hui : « Descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison » (v. 5). Jésus t’adresse la même invitation : “Aujourd’hui, je dois demeurer dans ta maison”. Les JMJ, pourrions- nous dire, commencent aujourd’hui et continuent demain, à la maison, parce que c’est là que Jésus veut te rencontrer à partir de maintenant. Le Seigneur ne veut pas rester seulement dans cette belle ville ou dans de chers souvenirs, mais il désire venir chez toi, habiter ta vie de chaque jour : les études et les premières années de travail, les amitiés et les affections, les projets et les rêves. Comme il lui plaît que dans la prière, tout cela lui soit porté ! Comme il espère que parmi tous les contacts et les chat de chaque jour il y ait à la première place le fil d’or de la prière ! Comme il désire que sa Parole parle à chacune de tes journées, que son Évangile devienne tien, et qu’il soit ton “navigateur” sur les routes de la vie !

Pendant qu’il te demande de venir chez toi, Jésus, comme il a fait avec Zachée, t’appelle par ton nom. Ton nom est précieux pour Lui. Le nom de Zachée évoquait, dans la langue de l’époque, le souvenir de Dieu. Confiez-vous au souvenir de Dieu : sa mémoire n’est pas un “disque dur” qui enregistre et archive toutes nos données, mais un cœur tendre de compassion, qui se réjouit d’effacer définitivement toutes nos traces de mal. Essayons, nous aussi, maintenant, d’imiter la mémoire fidèle de Dieu et de conserver le bien que nous avons reçu en ces jours. En silence, faisons mémoire de cette rencontre, gardons le souvenir de la présence de Dieu et de sa Parole, ravivons en nous la voix de Jésus qui nous appelle par notre nom. Ainsi prions en silence, en faisant mémoire, en remerciant le Seigneur qui ici nous a voulus et nous a rencontrés.

[01215-FR.01] [Texte original: Italien]

Homélie du pape François lors de la messe avec les prêtres, religieux, religieuses, consacrés et séminaristes polonais

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Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie de la messe avec les prêtres, religieux, religieuses, consacrés et séminaristes polonais, samedi 30 juillet :

Le passage de l’Évangile que nous avons entendu (cf. Jn 20, 19-31) nous parle d’un lieu, d’un disciple et d’un livre. 

Le lieu est celui où se trouvaient les disciples le soir de Pâques : de celui-ci on dit seulement que ses portes étaient verrouillées (cf. v. 19). Huit jours après, les disciples se trouvaient encore dans cette maison, et les portes étaient encore verrouillées (cf. v. 26). Jésus y entre, se place au milieu et apporte sa paix, l’Esprit Saint et le pardon des péchés : en un mot, la miséricorde de Dieu. À l’intérieur de ce lieu fermé l’invitation que Jésus adresse aux siens résonne avec force : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (v. 21).

Jésus envoie. Lui, il désire, dès le début, que l’Église soit en sortie, qu’elle aille dans le monde. Et il veut qu’on le fasse comme lui-même a fait, comme lui a été envoyé dans le monde par le Père : non en puissant, mais dans la condition de serviteur (cf. Ph 2, 7), non « pour être servi, mais pour servir » (Mc 10, 45) et pour porter la Bonne Nouvelle (cf. Lc 4, 18) ; ainsi, les siens sont aussi envoyés, en tout temps. Le contraste est frappant : tandis que les disciples ferment les portes par crainte, Jésus les envoie en mission ; il veut qu’ils ouvrent les portes et sortent pour répandre le pardon et la paix de Dieu, avec la force de l’Esprit Saint. 

Cet appel est aussi pour nous. Comment ne pas y entendre l’écho de la grande invitation de saint Jean-Paul II : “Ouvrez les portes !” ? Toutefois, dans notre vie de prêtres et de consacrés, il peut y avoir souvent la tentation de rester, par crainte ou par commodité, un peu enfermés sur nous-mêmes et sur nos milieux. Mais la direction que Jésus indique est à sens unique : sortir de nous-mêmes. C’est un voyage sans billet de retour. Il s’agit d’accomplir un exode de notre moi, de perdre sa vie pour Lui (cf. Mc 8, 35), en suivant la voie du don de soi. D’autre part, Jésus n’aime pas les chemins parcourus à moitié, les portes laissées entrouvertes, les vies à deux quais. Il demande de se mettre en chemin en étant légers, de sortir en renonçant à ses propres sécurités, établis seulement en Lui. 

En d’autres termes, la vie de ses disciples les plus intimes, ceux que nous sommes appelés à être, est faite d’amour concret, c’est-à-dire de service et de disponibilité ; c’est une vie où il n’existe pas d’espaces clos et de propriétés privées pour ses propres commodités. Celui qui a choisi de conformer toute son existence sur Jésus ne choisit pas ses propres lieux, mais il va là où il est envoyé ; prêt à répondre à celui qui l’appelle, il ne choisit plus, pas même ses propres temps. La maison où il habite ne lui appartient pas, parce que l’Église et le monde sont les lieux ouverts de sa mission. Son trésor se trouve dans le Seigneur au milieu de la vie, sans rechercher quelque chose d’autre pour soi. Il fuit ainsi les situations satisfaisantes qui le mettraient au centre, il ne se dresse pas sur les piédestaux branlants des pouvoirs du monde et ne se complait pas dans les commodités qui amollissent l’évangélisation ; il ne perd pas de temps à faire des projets pour un avenir sûr et bien rétribué, pour ne pas risquer de devenir isolé et maussade, renfermé dans les murs étroits d’un égoïsme sans espérance et sans joie. Content dans le Seigneur, il ne se satisfait pas d’une vie médiocre, mais brûle du désir de témoigner et de rejoindre les autres ; il aime risquer et il sort, non contraint par des parcours déjà tracés, mais ouvert et fidèle aux caps indiquées par l’Esprit : au lieu de vivoter, il se réjouit d’évangéliser.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, en second lieu, émerge la figure de l’unique disciple nommé, Thomas. Dans son doute et dans son impatience de vouloir comprendre, ce disciple, aussi plutôt obstiné, nous ressemble un peu et nous est aussi sympathique. Sans le savoir, il nous fait un grand cadeau : il nous conduit plus près de Dieu, parce que Dieu ne se cache pas à celui qui le cherche. Jésus lui montre ses plaies glorieuses, il lui fait toucher de la main l’infinie tendresse de Dieu, les signes vivants de tout ce qu’il a souffert par amour des hommes.

Pour nous disciples, il est si important de mettre notre humanité au contact de la chair du Seigneur, c’est-à-dire lui porter, avec confiance et avec une sincérité totale, jusqu’au bout, ce que nous sommes. Jésus, comme il a dit à sainte Faustine, est content que nous lui parlions de tout, il ne se lasse pas de nos vies qu’il connaît déjà, il attend notre partage, jusqu’au récit de nos journées (cf. Diaire, 6 septembre 1937). On cherche Dieu ainsi, dans une prière qui soit transparente et qui n’oublie pas de confier et de remettre les misères, les peines et les résistances. Le cœur de Jésus est conquis par l’ouverture sincère, par des cœurs qui savent reconnaître et pleurer leurs propres faiblesses, confiants que la miséricorde divine agira justement là. Que nous demande Jésus ? Il désire des cœurs vraiment consacrés, qui vivent du pardon reçu de Lui, pour le reverser avec compassion sur les frères. Jésus cherche des cœurs ouverts et tendres envers les faibles, jamais durs ; des cœurs dociles et transparents, qui ne dissimulent pas devant celui qui a la tâche dans l’Église d’orienter le chemin. Le disciple n’hésite pas à poser des questions, il a le courage d’habiter le doute et de le porter au Seigneur, aux formateurs et aux Supérieurs, sans calculs ni réticences. Le disciple fidèle met en œuvre un discernement vigilant et constant, sachant que le cœur s’éduque chaque jour, à partir des affections, pour fuir toute duplicité dans les attitudes et dans la vie. 

L’apôtre Thomas, à la fin de sa recherche passionnée, n’est pas seulement parvenu à croire en la résurrection, mais il a trouvé en Jésus le tout de la vie, son Seigneur ; il lui a dit : « Mon Seigneur et mon Dieu » (v. 28). Cela nous fera du bien de prier chaque jour avec ces paroles splendides, avec lesquelles lui dire : tu es mon unique bien, la route de mon cheminement, le cœur de ma vie, mon tout.

Dans le dernier verset que nous avons entendu, on parle, enfin, d’un livre : c’est l’Évangile, dans lequel n’ont pas été écrits les nombreux autres signes accomplis par Jésus (v. 30). Après le grand signe de sa miséricorde, nous avons pu comprendre, il n’a pas été plus nécessaire d’ajouter autre chose. Mais il y a encore un défi, il y a un espace pour les signes accomplis par nous, qui avons reçu l’Esprit de l’amour et qui sommes appelés à répandre la miséricorde. On pourrait dire que l’Évangile, livre vivant de la miséricorde de Dieu, qui est lu et relu continuellement, a encore des pages blanches au fond : il reste un livre ouvert, que nous sommes appelés à écrire avec le même style, c’est-à-dire en accomplissant des œuvres de miséricorde. Je vous demande : les pages du livre de chacun de vous, comment sont-elles ? Sont-elles écrites chaque jour ? Sont-elles écrites un peu oui, un peu non ? Sont-elles blanches ? Que la Mère de Dieu nous aide en cela : qu’elle, qui a pleinement accueilli la Parole de Dieu dans sa vie (cf. Lc 8, 20-21), nous donne la grâce d’être des écrivains vivants de l’Évangile ; que notre Mère de miséricorde nous enseigne à prendre soin concrètement des plaies de Jésus dans nos frères et sœurs qui sont dans le besoin, de ceux qui sont proches comme de ceux qui sont loin, du malade comme du migrant, parce qu’en servant celui qui souffre, on honore la chair du Christ. Que la Vierge Marie nous aide à nous dépenser jusqu’au bout pour le bien des fidèles qui nous sont confiés, et à nous prendre en charge les uns les autres, comme de vrais frères et sœurs dans la communion de l’Église, notre sainte Mère.

Chers frères et sœurs, chacun de nous garde dans son cœur une page très personnelle du livre de la miséricorde de Dieu : c’est l’histoire de notre appel, la voix de l’amour qui a attiré et transformé notre vie, nous portant à tout laisser sur sa Parole et à le suivre (cf. Lc 5, 11). Ravivons aujourd’hui, avec gratitude, la mémoire de son appel, plus fort que toute résistance et fatigue. En continuant la célébration eucharistique, centre de notre vie, remercions le Seigneur, parce qu’il est entré à travers nos portes fermées avec sa miséricorde ; parce que comme Thomas, il nous a appelé par notre nom, afin qu’il nous donne la grâce de continuer à écrire son Évangile d’amour.

« Verso l’Alto » par le Bienheureux Pier Giorgio Frassati

Le 4 juillet est la fête (mémoire) du Bienheureux Pier Giorgio Frassati. Le texte qui suit est l’homélie du Père Thomas Rosica csb. du lundi 14 juillet 2008 à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse de Sydney. Elle fut prononcée durant la vigile de prière et d’adoration eucharistique où était présent le corps de Pier Giorgio Frassati dans la cathédrale St. Mary’s de Sydney en Australie.

Comme à Sydney, la dépouille de Pier Giorgio Frassati a été transportée de Turin à Rio de Janeiro pour les JMJs au Brésil.

« Chers amis,

Chères Wanda et Giovanna,

Nièces du bienheureux Pier Giorgio Frassati.

Quel honneur et quel privilège d’être avec vous ici ce soir à la cathédrale St. Mary de Sydney en Australie ! Conduits par un groupe de jeunes canadiens de CCO (Catholic Christian Outreach), l’un des mouvements étudiants catholiques les plus remarquables de notre nation, nous nous sommes rassemblés pour adorer Jésus, don de Dieu pour la vie du monde. Des jeunes du monde entier viennent aussi ici pour prier autour de la dépouille mortelle du bienheureux Pier Giorgio Frassati au cours des Journées mondiales de la jeunesse 2008.

Nous venons d’entendre quel est le projet pour le christianisme dans ce magnifique texte des Béatitudes de l’Évangile de Matthieu (5, 1-12). Les Béatitudes dans le sermon du Christ sur la montagne sont une recette pour la sainteté extrême. Chaque crise que l’Église affronte, chaque crise à laquelle le monde doit faire face, est une crise de la sainteté, est une crise de saints.

S’il y a une époque où les jeunes hommes et femmes ont besoin d’authentiques héros, c’est la nôtre. L’Église croit que les saints et les bienheureux, leurs prières et leurs vies, sont pour les personnes sur la terre; que la sainteté, comme un honneur terrestre n’est pas convoitée par les saints et les bienheureux eux-mêmes.

Qu’est-ce qui fait que le bienheureux Pier Giorgio Frassati est si unique et si spécial ? Il est né en 1901, au tournant du siècle dernier à Turin, en Italie. Le 4 juillet 2008 a marqué le 83ème anniversaire de l’entrée de Pier Giorgio Frassati dans la vie éternelle. Athlétique, plein de vie, toujours entouré d’amis qu’il inspirait par sa vie, Pier Giorgio n’a pas choisi de devenir prêtre ou religieux, préférant donner témoignage à l’évangile comme laïc. Il n’a jamais fondé un ordre religieux ou initié un nouveau mouvement ecclésial. Il n’a pas dirigé d’armée et n’a jamais été élu à un poste public. La mort est venue avant qu’il ait pu recevoir son diplôme universitaire. (Le diplôme lui a été remis à titre posthume en 2001). Il n’a jamais eu la chance de commencer une carrière ; en fait, il n’avait pas même découvert ce que sa vocation pouvait être. C’était simplement un jeune homme amoureux de sa famille et de ses amis, amoureux des montagnes et de la mer, mais surtout amoureux de Dieu. [Read more…]

Homélie du pape François lors de la Messe de la Solennité des saints Pierre et Paul

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Bénédiction des pallia et Messe de la Solennité des saints Pierre et Paul

Lors de la Messe de Solennité des saints Pierre et Paul à 9h30 am dans la basilique vaticane, le pape François a béni les Pallia (du singulier « Pallium ») tiré de la confession de l’apôtre Pierre pour les nouveaux Archevêques métropolitains nommés au cours de la dernière année. Le Pallium sera ensuite imposé sur chacun des archevêques métropolitains par le représentant pontifical dans leur siège métropolitain et pays respectifs.

Après le rite de bénédiction des Pallia, le Pape a présidé à la Messe accompagné des nouveaux archevêques métropolitains. Comme le veux la coutume à l’occasion de la Fête des saints apôtres Pierre et Paul, patrons de la ville de Rome, furent présent lors de la Sainte Messe une délégation du Patriarcat Œcuménique de Constantinople. À la tête de cette délégation se trouvait le Patriarche Bartholomé 1er, Son Éminence Méthodios, Métropolitain de Boston, Son Excellence Job, Archevêque de Telmessos ainsi que le Révérend Diacre Patriarche Nephon Tsimalis.

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie telle que prononcée par le pape François :

La Parole de Dieu de cette liturgie contient un binôme central : fermeture / ouverture. Nous pouvons rapprocher aussi de cette image le symbole des clefs, que Jésus promet à Simon Pierre pour qu’il puisse ouvrir l’entrée du Royaume des cieux, et certainement pas pour la fermer aux gens, comme le faisaient certains scribes et pharisiens hypocrites que Jésus réprimandait (cf. Mt 23, 13).

La lecture des Actes des Apôtres (12, 1-11) nous présente trois fermetures : celle de Pierre en prison ; celle de la communauté recueillie en prière ; et – dans le contexte immédiat de notre texte – celle de la maison de Marie, mère de Jean surnommé Marc, où Pierre va frapper à la porte après avoir été libéré.

En ce qui concerne les fermetures, la prière apparaît comme la voie de sortie principale : voie de sortie pour la communauté, qui risque de se replier sur elle-même à cause de la persécution et de la peur ; voie de sortie pour Pierre, qui, encore au début de la mission qui lui a été confiée par le Seigneur, est jeté en prison par Hérode et risque la condamnation à mort. Et tandis que Pierre était en prison, « l’Église priait Dieu pour lui incessamment » (Ac 12, 5). Et le Seigneur répond à la prière et envoie son ange le libérer, ‘‘en l’arrachant aux mains d’Hérode’’ (cf. v. 11). La prière, en tant qu’humble abandon à Dieu et à sa sainte volonté, est toujours la voie de sortie de nos fermetures personnelles et communautaires. C’est la grande voie de sortie des fermetures.

De même Paul, en écrivant à Timothée, parle de son expérience de libération, de sortie du danger d’être lui aussi condamné à mort ; au contraire, le Seigneur lui a été proche et lui a donné la force de pouvoir porter à son achèvement son œuvre d’évangélisation des peuples (cf. 2 Tm 4, 17). Mais Paul parle d’une ‘‘ouverture’’ bien plus grande, vers un horizon infiniment plus vaste : celui de la vie éternelle, qui l’attend à la fin de sa ‘‘course’’ terrestre. Il est beau alors de voir la vie de l’Apôtre toute ‘‘en sortie’’ grâce àCapture d’écran 2016-06-29 à 10.12.16 l’Évangile : toute projetée en avant, d’abord pour porter le Christ à ceux qui ne le connaissent pas, et ensuite pour se jeter, pour ainsi dire, dans ses bras, et être conduit par lui, sain et sauf au ciel, dans son Royaume (cf. v. 18).

Retournons à Pierre. Le récit évangélique (Mt 16, 13-19) de sa confession de foi et de la mission qui lui a été confiée ensuite par Jésus nous montre que la vie de Simon, pêcheur galiléen, – comme la vie de chacun de nous – s’ouvre, s’épanouit pleinement lorsqu’elle accueille de Dieu le Père la grâce de la foi. Alors Simon se met en route – une route longue et dure – qui le conduira à sortir de lui-même, de ses sécurités humaines, surtout de son orgueil mêlé de courage et d’altruisme généreux. Dans ce parcours de libération, la prière de Jésus est décisive : « J’ai prié pour toi [Simon] afin que ta foi ne défaille pas » (Lc 22, 32). Et également décisif est le regard plein de compassion du Seigneur après que Pierre l’a eu renié trois fois : un regard qui touche le cœur et fait sécher les larmes de repentir (cf. Lc 22, 61-62). Alors Simon Pierre a été libéré de la prison de son moi orgueilleux, de son moi peureux, et il a surmonté la tentation de se fermer à l’appel de Jésus à le suivre sur la voie de la croix.

Comme je le disais, dans le contexte immédiat du passage des Actes des Apôtres il y a un détail qu’il peut nous faire du bien de noter (cf. 12, 12-17). Lorsque Pierre se retrouve miraculeusement libre, hors de la prison d’Hérode, il se rend dans la maison de la mère de Jean surnommé Marc. Il frappe à la porte, et de l’intérieur répond une domestique du nom de Rhodè, qui, ayant reconnu la voix de Pierre, au lieu d’ouvrir la porte, à la fois incrédule et pleine de joie, court rapporter la chose à sa patronne. Le récit, qui peut sembler comique – et qui peut donner origine au soi-disant “complexe de Rhodè”-, nous fait percevoir le climat de peur dans lequel se trouvait la communauté chrétienne, qui demeurait enfermée à la maison, et fermée aussi aux surprises de Dieu. Pierre frappe à la porte. “Regarde !”. Il y a de la joie, il y a de la peur… “Nous ouvrons, nous n’ouvrons pas ?…”. Et lui est en danger, parce que la police peut le prendre. Mais la peur nous arrête, elle nous arrête toujours ; elle nous ferme, elle nous ferme aux surprises de Dieu. Ce détail nous parle de la tentation qui existe toujours pour l’Église : celle de se replier sur elle-même, face aux dangers. Mais il y a aussi ici la spirale à travers laquelle peut passer l’action de Dieu : Luc dit que dans cette maison « se trouvaient rassemblés un certain nombre de personnes qui priaient » (v. 12). La prière permet à la grâce d’ouvrir une voie de sortie : de la fermeture vers l’ouverture, de la peur vers le courage, de la tristesse vers la joie. Et nous pouvons ajouter : de la division vers l’unité. Oui, nous le disons aujourd’hui, confiants, avec nos frères de la Délégation envoyée par le cher Patriarche Œcuménique Bartholomée, pour participer à la fête des Saints Patrons de Rome. Une fête de communion pour toute l’Église, comme le met aussi en évidence la présence des Archevêques Métropolitains venus pour la bénédiction des Palliums, qui leur seront imposés par mes Représentants dans leurs Sièges respectifs.

Que les saints Pierre et Paul intercèdent pour nous, afin que nous puissions parcourir avec joie ce chemin, faire l’expérience de l’action libératrice de Dieu et en témoigner à tous.

[01119-FR.02] [Texte original: Italien]

Homélie du pape François lors de la Messe de canonisation de Saint Stanislas de Jésus Marie Papczyński & Sainte Marie Élisabeth Hesselblad

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La Parole de Dieu que nous avons écoutée nous reconduit à l’événement central de la foi : la victoire de Dieu sur la souffrance et sur la mort. C’est l’Évangile de l’espérance jaillissant du Mystère pascal du Christ ; il irradie à partir de son visage qui révèle Dieu le Père, consolateur des affligés. C’est une Parole qui nous appelle à demeurer intimement unis à la passion de notre Seigneur Jésus, afin que se manifeste en nous la puissance de sa résurrection.

En effet, dans la Passion du Christ, il y a la réponse de Dieu au cri angoissé, et parfois indigné, que l’expérience de la souffrance et de la mort suscite en nous. Il s’agit de ne pas échapper de la Croix, mais de rester là, comme l’a fait la Vierge Mère, qui en souffrant avec Jésus a reçu la grâce d’espérer contre toute espérance (cf. Rm 4, 18).

Cela a aussi été l’expérience de Stanislas de Jésus Marie et de Marie Élisabeth Hesselblad, qui sont aujourd’hui proclamés saints : ils sont restés intimement unis à la passion de Jésus et la puissance de sa résurrection s’est manifestée en eux.

La première lecture et l’évangile de ce dimanche nous présentent justement deux signes prodigieux de résurrection : le premier opéré par le prophète Elie, le Capture d’écran 2016-06-05 à 09.30.17second par Jésus. Dans les deux cas, les morts sont de très jeunes fils de femmes veuves qui sont rendus vivants à leurs mères.

La veuve de Sarepta – une femme non juive, qui cependant avait accueilli dans sa maison le prophète Elie – s’est indignée contre le prophète et contre Dieu parce que, justement pendant qu’Elie était son hôte, son enfant était tombé malade et avait à présent expiré dans ses bras. Alors Elie dit à cette femme : « Donne-moi ton fils ! » (1 R17, 19). Voilà un mot-clé : il exprime l’attitude de Dieu devant notre mort (sous toutes ses formes) ; il ne dit pas : « Garde-le, arrange-toi ! », mais il dit : « Donne-le moi ». Et en effet, le prophète prend l’enfant et le porte dans la chambre à l’étage supérieur, et là, seul, dans la prière, « il lutte avec Dieu », le mettant devant l’absurdité de cette mort. Et le Seigneur écoute la voix d’Elie, parce qu’en réalité c’était Lui, Dieu, qui parlait et agissait à travers le prophète. C’était lui qui, par la bouche d’Elie, avait dit à la femme : « Donne- moi ton fils ». Et maintenant c’était Lui qui le rendait vivant à sa mère.

La tendresse de Dieu se révèle pleinement en Jésus. Nous avons entendu dans l’Évangile (Lc 7, 11-17) comme il a été saisi de compassion (cf. v. 13) pour cette veuve de Naïm, en Galilée, qui accompagnait son fils unique, encore adolescent, pour l’enterrer. Mais Jésus s’approche, touche le cercueil, arrête le cortège funèbre, et il aura certainement caressé le visage baigné de larmes de cette pauvre maman. « Ne pleure pas ! », lui dit-il (Lc 7, 13). Comme s’il lui demandait : « Donne-moi ton fils ». Jésus demande pour lui notre mort, afin de nous en libérer et de nous redonner la vie. En effet ce jeune s’est réveillé comme d’un sommeil profond et il a recommencé à parler. Et Jésus « le rendit à sa mère » (v. 15). Il n’est pas un magicien ! Il est la tendresse de Dieu incarnée ; en lui opère l’immense compassion du Père.

Que l’apôtre Paul d’ennemi et persécuteur féroce des chrétiens devienne témoin et héraut de l’Évangile (cf. Ga 1, 13-17) est aussi une espèce de résurrection. Ce Capture d’écran 2016-06-05 à 09.38.25changement radical n’a pas été son œuvre personnelle mais un don de la miséricorde de Dieu, qui l’« a mis à part » et l’« a appelé dans sa grâce » et a voulu révéler « en lui » son Fils pour qu’il annonce ce Fils parmi les nations (vv. 15-16). Paul dit qu’il a plu à Dieu le Père de révéler le Fils non seulement à lui mais aussi en lui, c’est-à-dire en imprimant dans sa personne, chair et esprit, la mort et la résurrection du Christ. Ainsi l’apôtre sera non seulement un messager, mais avant tout un témoin.

Et de même, avec les pécheurs, pris un à un, Jésus ne se lasse pas de faire resplendir la victoire de la grâce qui donne vie. Il dit à la Mère Église : « Donne-moi tes enfants », que nous sommes tous. Il prend sur lui nos péchés, les enlève et il nous redonne vivants à l’Église même. Et cela advient d’une manière spéciale durant cette Année Sainte de la Miséricorde.

Aujourd’hui, l’Église nous montre deux de ses enfants qui sont des témoins exemplaires de ce mystère de résurrection. Les deux peuvent chanter dans l’éternité avec les paroles du Psalmiste : « Tu as changé mon deuil en une danse, / sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rendrai grâce » (Ps 30, 12). Et tous ensemble nous nous unissons en disant : « Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé » (Refrain du Psaume responsorial).

[00937-FR.01] [Texte original: Italien]

Homélie du pape François lors de la Messe et de la Procession Eucharistique pour la Solennité du Corpus Cristi

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« Faites cela en mémoire de moi » (1Co 11, 24.25)

Par deux fois, l’Apôtre Paul, écrivant à la communauté de Corinthe, rapporte de commandement de Jésus dans le récit de l’institution de l’Eucharistie. C’est le témoignage le plus ancien sur les paroles du Christ lors de la Dernière Cène.

« Faites cela ». C’est-à-dire prenez le pain, rendez grâce et rompez-le ; prenez le calice, rendez grâce et distribuez-le. Jésus commande de répéter le geste par lequel il a institué le mémorial de sa Pâque, au moyen duquel il nous a donné son Corps et son Sang. Et ce geste est parvenu jusqu’à nous : c’est le “faire” l’Eucharistie, qui a toujours Jésus comme sujet, mais qui se réalise à travers nos pauvres mains ointes d’Esprit Saint.

« Faites cela ». Déjà précédemment Jésus avait demandé aux disciples de “faire” ce qu’il avait déjà clair dans son esprit, en obéissance à la volonté du Père. Nous venons de l’entendre dans l’Évangile. Devant les foules fatiguées et affamées, Jésus dit aux disciples : « Donnez-leur vous- mêmes à manger » (Lc 9, 13). En réalité c’est Jésus qui bénit et rompt les pains jusqu’à rassasier tous ces gens, mais les cinq pains et les deux poissons ont été offerts par les disciples, et Jésus voulait précisément ceci : qu’au lieu de congédier la foule, ils mettent à sa disposition le peu qu’ils avaient. Et ensuite, il y a un autre geste : les morceaux de pain, rompus par les mains saintes et vénérables du Seigneur, passent dans les pauvres mains des disciples, qui les distribuent aux gens. Cela aussi c’est “faire” avec Jésus, c’est “donner à manger” avec lui. Il est clair que ce miracle ne veut pas seulement rassasier la faim d’un jour, mais il est signe de ce que le Christ entendCapture d’écran 2016-05-26 à 11.03.43 accomplir pour le salut de toute l’humanité en donnant sa chair et son sang (cf. Jn 6, 48-58). Et cependant il faut toujours passer par ces deux petits gestes : offrir le peu de pains et de poissons que nous avons ; recevoir le pain rompu des mains de Jésus et le distribuer à tous.

Rompre : c’est l’autre parole qui explique le sens du « faites cela en mémoire de moi ». Jésus s’est rompu, il se rompt pour nous. Et il nous demande de nous donner, de nous rompre pour les autres. Justement ce “rompre le pain” est devenu l’icône, le signe de reconnaissance du Christ et des chrétiens. Rappelons-nous Emmaüs : ils le reconnurent « à la fraction du pain » (Lc 24, 35). Rappelons-nous la première communauté de Jérusalem : « Ils étaient assidus […] à la fraction du pain » (Ac 2, 42). C’est l’Eucharistie, qui devient depuis le commencement le centre et la forme de la vie de l’Eglise. Mais pensons aussi à tous les saints et saintes – célèbres ou anonymes – qui se sont « rompus » eux-mêmes, leur propre vie, pour “donner à manger” à leurs frères. Que de mamans, que de papas, avec le pain quotidien, coupé sur la table de la maison, ont rompu leur cœur pour faire grandir leurs enfants, et les faire bien grandir ! Que de chrétiens, comme citoyens responsables, ont rompu leur propre vie pour défendre la dignité de tous, spécialement des plus pauvres, des exclus et des discriminés ! Où trouvent-ils la force pour faire tout cela ? Justement dans l’Eucharistie : dans la puissance d’amour du Seigneur ressuscité, qui aujourd’hui aussi rompt le pain pour nous et répète : « Faites cela en mémoire de moi ».

Puisse aussi le geste de la procession eucharistique, que nous allons accomplir dans peu de temps, répondre à ce mandat de Jésus. Un geste pour faire mémoire de Lui ; un geste pour donner à manger à la foule d’aujourd’hui ; un geste pour rompre notre foi et notre vie comme signe de l’amour du Christ pour cette ville et pour le monde entier.

[00881-FR.01] [Texte original: Italien]

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Homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte

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Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte à basilique Saint-Pierre de Rome:

« Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 18).

La mission de Jésus, culminant dans le don de l’Esprit Saint, avait ce but essentiel : rétablir notre relation avec le Père, abîmée par le péché ; nous arracher à la condition d’orphelins et nous rendre celle de fils.

L’apôtre Paul, écrivant aux chrétiens de Rome, dit : « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions “Abba ! ”, c’est-à-dire : Père ! » (Rm 8, 14-15). Voilà la relation renouée : la paternité de Dieu se rétablit en nous grâce à l’œuvre rédemptrice du Christ et au don de l’Esprit Saint.

L’Esprit est donné par le Père et nous conduit au Père. Toute l’œuvre du salut est une œuvre de ré-génération, dans laquelle la paternité de Dieu, au moyen du don du Fils et de l’Esprit, nous libère de l’état d’orphelins dans lequel nous sommes tombés. À notre époque aussi nous rencontrons différents signes de notre condition d’orphelins : cette solitude intérieure que nous éprouvons même au milieu de la foule et qui parfois peut devenir tristesse existentielle ; cette prétendue autonomie par rapport à Dieu qui s’accompagne d’une certaine nostalgie de sa proximité ; cet analphabétisme spirituel diffus à cause duquel nous nous retrouvons dans l’incapacité de prier ; cette difficulté à percevoir comme vraie et réelle la vie éternelle, comme plénitude de communion qui germe ici-bas et s’épanouit au-delà de la mort ; cette difficulté pour reconnaître l’autre comme frère, en tant que fils du même Père ; et d’autres signes semblables.

À tout cela s’oppose la condition de fils, qui est notre vocation originaire, elle est ce pour quoi nous sommes faits, notre plus profond ADN, mais qui a été abimé et qui, pour être restauré, a demandé le sacrifice du Fils Unique. Du don immense d’amour qu’est la mort de Jésus sur la croix, a jailli pour toute l’humanité, comme une immense cascade de grâce, l’effusion de l’Esprit saint. Celui qui s’immerge avec foi dans ce mystère de régénération renaît à la plénitude de la vie filiale.

« Je ne vous laisserai pas orphelins ». Aujourd’hui, fête de Pentecôte, ces paroles de Jésus nous font penser aussi à la présence maternelle de Marie au Cénacle. La Mère de Jésus est au milieu de la communauté des disciples rassemblés en prière : elle est mémoire vivante du Fils et invocation vivante de l’Esprit Saint. Elle est la Mère de l’Église. À son intercession nous confions de manière particulière tous les chrétiens et les communautés qui en ce moment ont le plus besoin de la force de l’Esprit Paraclet, Défenseur et Consolateur, Esprit de vérité, de liberté et de paix.

L’Esprit, comme affirme encore saint Paul, fait que nous appartenons au Christ. « Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas » (Rm 8, 9). Et en consolidant notre relation d’appartenance au Seigneur Jésus, l’Esprit nous fait entrer dans une nouvelle dynamique de fraternité. Par le Frère universel qui est Jésus, nous pouvons nous mettre en relation avec les autres d’une manière nouvelle, non plus comme des orphelins, mais comme des fils du même Père, bon et miséricordieux. Et cela change tout ! Nous pouvons nous regarder comme des frères, et nos différences ne font que multiplier la joie et l’émerveillement d’appartenir à cette unique paternité et fraternité.

[00806-FR.01] [Texte original: Italien]

La Nouvelle Jérusalem

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 5e dimanche de Pâques C (24 avril 2016)

À la lumière de la deuxième lecture d’aujourd’hui du livre de l’Apocalypse, j’aimerais vous offrir quelques réflexions sur la Ville Céleste de Jérusalem et de la place importante qu’elle occupe dans la spiritualité chrétienne.

Le Talmud babylonien révèle trois composantes essentielles de l’âme hébraïque : le Ciel, la Terre et la Jérusalem céleste. Selon les rabbins : « Pendant que le monde était en cours de création, Dieu distribua dix portions de joie au monde, et neuf de celles-ci furent données à Jérusalem; Dieu donna dix portions de beauté au monde, et neuf de celles-ci furent dédiées à Jérusalem; Dieu donna dix portions de souffrance au monde, et neuf furent dédiées à Jérusalem. »

Jérusalem est le lieu de convergence des joies, des aspirations et des peines de l’humanité. C’est la ville des rêves qui se réalisent ou qui s’effondrent. Une mappemonde médiévale très connue montre Jérusalem et le temple de Salomon au centre du monde, des continents : l’Europe, l’Afrique, et l’Asie, qui y émanent en forme de pétales gigantesques. C’est une vision de la rédemption du monde qui provient de Jérusalem. Jérusalem est le cœur du monde et le centre de l’histoire.

L’histoire du salut qui se révèle dans la Bible, se déroule entre deux visions qui forment le début et la fin du drame humain : la vision du paradis perdu – dans le livre de la Genèse, et la vision de la nouvelle Jérusalem qui descend de Dieu – dans le livre de l’Apocalypse. Nous venons de Dieu, et nous retournons à Lui. Ces deux visions sont les deux balises qui mettent en lumière tout ce qui figure entre elles concernant l’histoire et le destin du genre humain, qui est fait de souffrance humaine et de joie.

Jérusalem dans l’Ancien Testament

En tant que symbole toponymique, Jérusalem est appelée sacrée, et évoque l’assurance du pouvoir salvifique de Dieu : «Jérusalem ! Les montagnes l’entourent, ainsi Yahvé entoure son peuple dès maintenant et pour toujours » [Ps 125, 2]. L’auteur du psaume exalte la cité sacrée en s’exclamant : « J’étais joyeux que l’on me dise : Allons à la Maison de Yahvé ! Enfin nos pieds s’arrêtent dans tes portes, Jérusalem ! » [Ps 122, 1-2]. « Que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je ne mets Jérusalem au plus haut de ma joie ! » [Ps 137, 6].

Isaïe, le prophète-poète hébreu du VIIIème siècle présenta la meilleure anticipation du futur de Jérusalem. Après avoir prévu la destruction du monde, Isaïe localisa sa vision messianique du futur de la rédemption sur les promontoires de Jérusalem. Il prophétisait qu’un jour toutes les nations arrêteraient leurs guerres et se réuniraient en réconciliation finale sur le promontoire le plus élevé, celui de Sion [Jérusalem]. Et, c’est de Sion, la « montagne de la demeure de Yahvé, » que se présentera la loi de la justice divine. Écoutez ces mots d’Isaïe [Isaïe 2, 1-5] :

Il arrivera dans la suite des temps que la montagne de la Maison de Yahvé sera établie en tête des montagnes et s’élèvera au-dessus de collines. Alors toutes les nations afflueront vers elles, alors viendront des peuples nombreux qui diront : « Venez, montons a la montagne de Yahvé, à la Maison du Dieu de Jacob, qu’il nous enseigne ses voies et que nous suivons ses sentiers. » Car de Sion vient la Loi et de Jérusalem la parole de Yahvé. Il jugera entre les nations, il sera l’arbitre de peuples nombreux. Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre. Maison de Jacob, allons, marchons à la lumière de Yahvé.

Jérusalem pour les Chrétiens

L’Évangile de Luc et son récit subséquent de l’église paléochrétienne dans les Actes des apôtres, illustrent Jérusalem de manière très positive. L’évangile de Luc débute et se termine au Temple de Jérusalem. La scène d’ouverture décrit l’annonciation de la conception, ainsi que de la naissance de Jean Baptiste à Zacharie, père de ce dernier, un prêtre qui par zèle entra au sein du sanctuaire pour y brûler de l’encens [Luc 1, 10]. L’évangile se termine par la scène de célébration quotidienne des disciples dans le Temple, dans l’attente de l’Esprit à la Pentecôte [Luc 24, 52-53].

Il y a d’autres passages qui indiquent l’importance magnanime du sens de Jérusalem dans plusieurs récits et sources scripturaires. Dans ces messages d’évangélisation aux Gentils, Paul fait constamment appel aux ‘pauvres’ de l’Église de Jérusalem et de Judée. Ces messages étaient communiqués dans l’intention de symboliser la solidarité des membres juifs et chrétiens de l’Église. Pour Paul, Jérusalem constituait un centre de gravité et un point de référence, surtout de part le contraste distinctif entre la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste. [Read more…]

La réhabilitation de Pierre, et la nôtre

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 3e dimanche de Pâques C (10 avril 2016) 

Le récit dramatique de l’évangile de ce dimanche (Jean 21, 1-19) a pour toile de fond la mer de Galilée. La majeure partie  du ministère de Jésus s’est déroulée le long de la rive nord-ouest de cette mer, connue aussi sous le nom de Mer de Tibériade (Jean 6, 1) et le lac de Gennésareth (Luc 5, 1). Cette « mer » est en réalité un lac d’eau douce,  de la forme d’une petite harpe de 20 km de long et 11 de large. La pêche joue un rôle important dans le Nouveau Testament et l’église primitive. Pêcher est finalement devenu un symbole important de la tâche missionnaire de l’Église, depuis que Jésus a invité ses premiers disciples à « être des pécheurs d’hommes. »

La symphonie du petit déjeuner en deux mouvements

Le chapitre 21 est un épilogue du quatrième évangile, un « petit déjeuner symphonique » Le premier mouvement (vv 1-14) décrit l’apparition du Seigneur ressuscité aux disciples  « sur le bord du lac de Tibériade ». Cela a un rapport avec la pêche. Lorsque Pierre décide d’aller pêcher, il est rempli d’un certain sentiment de résignation et de mélancolie, allusion à la déprime et au découragement qu’il a dû expérimenter avec les disciples après la mort de Jésus. Pierre est tout simplement en train de revenir à son ancien métier.

L’apparition de Jésus est enveloppée de mystère, dans l’atmosphère familière du “ne sachant pas que c’était lui ” que nous trouvons si souvent chez les évangélistes. Les disciples ont été en mer et « ils passèrent la nuit sans rien prendre» (v3), représentation graphique de stérilité. Ils ont fait ce qu’ils croyaient être la bonne chose mais ils ont fait l’expérience de l’échec. Cela les prépare à apprendre l’une des leçons essentielles de la manière d’être disciple – sans Jésus ils ne peuvent rien faire (15, 5). Le point tournant survient au matin, peut-être pour symboliser l’aube de la lumière spirituelle. Jésus est à nouveau décrit comme se tenant là, sans description de son arrivée (v4; 20,14 ; 19, 26).

Jésus prend l’initiative et appelle les disciples : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? » (v5). Les disciples admettent leur échec et Jésus leur dit, « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » (v.6). Ils auraient pu facilement prendre cette remarque comme la suggestion vaine et simple d’un passant. Mais il ne dit pas : « Essayez là et vous en trouverez peut-être ! » Il ne fait pas une suggestion : il fait une promesse qu’ils trouveront vraiment du poisson là où il leur dit de jeter les filets.

Lorsque les disciples arrivent sur le rivage, ils notent qu’un feu de braise avec du pain et des poissons a été préparé. (v9). Il n’y a aucune indication de la provenance  du pain et des poissons; l’apparition de la nourriture est aussi mystérieuse que celle de Jésus. Le seul feu de braise mentionné dans les évangiles se situe dans la scène provocante du récit de la Passion dans Luc lorsque Pierre renie Jésus  (Luc 22, 55). Cette scène représente le feu du déni et de la trahison. L’évangile de Jean offre le feu de la repentance et du réengagement.

Ce repas dut avoir une signification eucharistique pour les premiers chrétiens puisque Jean 21, 13 rappelle Jean 6, 11 qui utilise le vocabulaire du geste de Jésus  au dernier repas. Bien des personnes se sont interrogées  et continuent au sujet du nombre de poissons et continuent de le faire – 153. Il y a longtemps, saint Jérôme affirmait que les zoologues grecs ont catalogué 153 espèces de poissons dans ce lac ! Ce nombre symbolise la mission universelle des apôtres.

La scène suivante est celle de la grande admiration, alors qu’aucun des disciples osent demander à Jésus : « Qui es-tu ? » (v12). Il y a quelque chose de différent chez lui, mais ils sont tout de même capables de le reconnaître.  Maintenant, c’est le Seigneur Jésus qui est au centre du récit. Après  le petit déjeuner, Jésus parle avec Pierre. Tout au long de ce récit, on réfère à Pierre en tant que Simon-Pierre (vv 2-3, 7b, 11) ou simplement en tant que Pierre (v7a), nom donné par Jésus (1, 42 ; cf Marc 3, 16 ; Luc 6, 14). Maintenant Jésus l’appelle par son ancien prénom, Simon fils de Jean (v15) comme s’il n’était plus (ou pas encore) un disciple.

La réhabilitation de Pierre et son nouveau rôle

Le second mouvement de la « symphonie » (vv 15-23) présente un dialogue poignant entre Jésus et Pierre. Il s’agit de l’un des envois en mission les plus personnels et émouvants dans la Bible, concernant le berger et l’action de guider. Pierre a certainement connu l’échec sur la route du disciple. Le disciple qui fut appelé « Pierre, le rocher » a pleuré de regret dans Luc 22,62 après avoir renié son Seigneur. Pierre a l’opportunité de se repentir et de se réengager vis-à-vis de Jésus.

Jésus interroge Pierre et lui donne un ordre et il le fait trois fois. Sa question est l’ultime question dans la vie : m’aimes-tu vraiment plus que ceux-ci ? ( v15). Se réfère-t-il au filet, aux barques, au matériel nécessaire a la pèche ? Par « ceux-ci »  Jésus signifie probablement « ces autres disciples ». D’après les autres évangiles, Pierre s’est vanté en disant que même si les autres tombent, lui ne le ferait pas (Mt 26, 33; Marc 14, 29; Luc 22, 33; Jn 13, 37). Jean ne rappelle pas cette vantardise, mais les gestes de Pierre, nageant et tirant le filet à lui seul révèlent la même attitude. Par conséquent, la question de Jésus va même plus loin que la question des faux attachements. Elle va à la racine du péché, à savoir, l’orgueil.

Derrière cette traduction, il y a deux verbes pour l’amour, l’amour véritable (agapé) et l’amour (philia). On remarque un ‘pattern’ lorsque Jésus demande deux fois à Pierre s’il l’aime (agapé) et chaque fois Pierre répond que, oui, il l’aime (philia). La troisième fois Jésus change de ton et utilise le mot de Pierre. Le reniement envers Jésus, trois fois répété de Pierre est maintenant annulé par la déclaration d’amour trois fois prononcée.

En réponse à la brûlante et douloureuse troisième question, Pierre dit : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » (v17) Après chaque profession d’amour, Jésus donne un même commandement, utilisant différents mots. D’abord il doit nourrir (boske) les agneaux  (arnia, v 15); puis il doit guider (poimaine) les moutons (probata, v 16). Le troisième  commandement inclut un mot venant des commandements précédents, (v 17, boske/probata), rattachant ainsi ensemble les trois commandements. [Read more…]

Homélie du pape François lors de la Messe du dimanche de la Divine Miséricorde

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« Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre » (Jn 20, 30). L’Évangile est le livre de la miséricorde de Dieu, à lire et à relire, parce que tout ce que Jésus a dit et accompli est une expression de la miséricorde du Père. Toutefois, tout n’a pas été écrit ; l’Évangile de la miséricorde demeure un livre ouvert, où continuer à écrire les signes des disciples du Christ, gestes concrets d’amour, qui sont le meilleur témoignage de la miséricorde. Nous sommes tous appelés à devenir écrivains vivants de l’Évangile, porteurs de la Bonne Nouvelle à tout homme et à toute femme d’aujourd’hui. Nous pouvons le faire en mettant en pratique les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles, qui sont le style de vie du chrétien. Par ces gestes simples et forts, parfois même invisibles, nous pouvons visiter tous ceux qui sont dans le besoin, portant la tendresse et la consolation de Dieu. On poursuit ainsi ce que Jésus a accompli le jour de Pâques, quand il a répandu dans les cœurs des disciples effrayés la miséricorde du Père, soufflant sur eux l’Esprit Saint qui pardonne les péchés et donne la joie.

Toutefois, dans le récit que nous avons écouté émerge un contraste évident : il y a la crainte des disciples, qui ferment les portes de la maison ; de l’autre, il y a la mission de la part de Jésus, qui les envoie dans le monde porter l’annonce du pardon. Il peut y avoir aussi en nous ce contraste, une lutte intérieure entre la fermeture du cœur et l’appel de l’amour à ouvrir les portes closes et à sortir de nous-mêmes. Le Christ, qui par amour est passé à travers les portes closes du péché, de la mort et des enfers, désire entrer aussi chez chacun pour ouvrir tout grand les portes closes du cœur. Lui, qui par la résurrection a vaincu la peur et la crainte qui nous emprisonnent, veut ouvrir tout grand nos portes closes et nous envoyer. La route que le Maître ressuscité nous indique est à sens unique, elle avance dans une seule direction : sortir de nous-mêmes, sortir pour témoigner de la force de guérison de l’amour qui nous a conquis. Nous voyons devant nous une humanité souvent blessée et craintive, qui porte les cicatrices de la douleur et de l’incertitude. Face à l’implorationCapture d’écran 2016-04-03 à 10.04.46 douloureuse de miséricorde et de paix, nous entendons, aujourd’hui adressée à chacun de nous, l’invitation confiante de Jésus : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (v. 21).

Chaque infirmité peut trouver dans la miséricorde de Dieu un secours efficace. Sa miséricorde, en effet, ne s’arrête pas à distance : il désire venir à la rencontre de toutes les pauvretés et libérer des nombreuses formes d’esclavage qui affligent notre monde. Il veut rejoindre les blessures de chacun, pour les soigner. Être apôtres de miséricorde signifie toucher et caresser ses plaies, présentes aussi aujourd’hui dans le corps et dans l’âme de tant de ses frères et sœurs. En soignant ces plaies nous professons Jésus, nous le rendons présent et vivant ; nous permettons à d’autres, de toucher de la main sa miséricorde, de le reconnaître « Seigneur et Dieu » (cf. v. 28), comme fit l’Apôtre Thomas. C’est cela la mission qui nous a été confiée. Tant de personnes demandent d’être écoutées et comprises. L’Évangile de la miséricorde, à annoncer et à écrire dans la vie, cherche des personnes au cœur patient et ouvert, « bons samaritains » qui connaissent la compassion et le silence face au mystère du frère et de la sœur ; il demande des serviteurs généreux et joyeux, qui aiment gratuitement sans rien exiger en échange.

« La paix soit avec vous ! » (v. 21) : c’est le salut que le Christ adresse à ses disciples ; c’est la même paix qu’attendent les hommes de notre temps. Ce n’est pas une paix négociée, ce n’est pas l’arrêt de quelque chose qui ne va pas : c’est sa paix, la paix qui vient du cœur du Ressuscité, la paix qui a vaincu le péché, la mort et la peur. C’est la paix qui ne divise pas, mais unit ; c’est la paix qui ne laisse pas seuls, mais nous fait sentir accueillis et aimés ; c’est la paix qui demeure dans la douleur et fait fleurir l’espérance. Cette paix, comme le jour de Pâques, naît et renaît toujours du pardon de Dieu, qui enlève l’inquiétude du cœur. Être porteuse de sa paix : c’est la mission confiée à l’Église le jour de Pâques. Nous sommes nés dans le Christ comme instruments de réconciliation, pour porter à tous le pardon du Père, pour révéler son visage de seul amour dans les signes de la miséricorde.

Dans le Psaume responsorial il a été proclamé : « Son amour est pour toujours » (117/118, 2). C’est vrai, la miséricorde de Dieu est éternelle ; elle ne finit pas, elle ne s’épuise pas, elle ne se rend pas face aux fermetures, et elle ne se fatigue jamais. Dans ce « pour toujours » nous trouvons un soutien dans les moments d’épreuve et de faiblesse, parce que nous sommes certains que Dieu ne nous abandonne pas : il demeure avec nous pour toujours. Remercions pour son si grand amour, qu’il nous est impossible de comprendre : il si grand ! Demandons la grâce de ne jamais nous fatiguer de puiser la miséricorde du Père et de la porter dans le monde : demandons d’être nous-mêmes miséricordieux, pour répandre partout la force de l’Évangile, pour écrire ces pages de l’Évangile que l’apôtre Jean n’a pas écrites.

[00502-FR.01] [Texte original: Italien]