“Vers une nouvelle vision du ministère et de l’identité du prêtre”

Chers amis,

C’est un très grand plaisir pour moi d’avoir été invité au Congrès Eucharistique international de Dublin pour vous parler de cette « nouvelle vision du ministère et de l’identité du prêtre ». En même temps que je recevais l’invitation l’année dernière, j’en ai profité pour demander quelques conseils aux organisateurs du Congrès. Leur réponse fut d’une grande simplicité : « parlez-nous de la joie d’être prêtre », m’ont-ils répondu, « nous avons besoin d’entendre qu’il y a toujours de la joie à être prêtre en cette triste époque où l’Église vit de grandes turbulences. J’ai pris grand soin de suivre ce conseil lors de la rédaction de cette présentation.

Plutôt que de vous présenter de belles théories sur ce que devrait être la prêtrise aujourd’hui, laissez-moi commencer en vous partageant quelques éléments de mon propre appel à la prêtrise et à la vie religieuse. L’année dernière, j’ai célébré mon 25e anniversaire d’ordination sacerdotale et 31 ans comme membre de la congrégation religieuse des Pères Basiliens. J’ai depuis réalisé que mon séjour sur terre fait partie d’une histoire beaucoup plus grande que ce que j’avais pu imaginer lorsque j’étais enfant ou même lorsque j’étais à l’école secondaire ou à l’université. Ma réponse s’inscrivait dans une tradition millénaire, celle de la Bible, celle de la vocation (appel).

La première partie de ma présentation d’aujourd’hui portera sur cette tradition et cette vocation. Elle remonte au temps de Moïse hésitant et muet devant le Buisson ardent; d’Amos le jeune pasteur de Tekoa qui ne pouvait pas imaginer de lui-même être destiné à quelque fonction religieuse que ce soit; d’Isaïe rendu muet par la honte de son propre péché et purifié par un charbon brûlant lors d’une vision au Temple. Cette tradition inclus également Osée, qui brisé par l’échec de son mariage, il fut capable de sentir au plus profond de son être la douleur de Dieu et l’endurance de son Amour pour son peuple; Jérémie, encore trop jeune et peureux pour pouvoir répondre à une si grande mission; Marie de Nazareth, jeune adolescente qui s’adonnait à être seule dans sa maison au moment où elle reçu un mystérieux visiteur qui l’invita à participer à une mission allant au-delà de tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Cette tradition ne s’arrête cependant pas ici… elle continua avec ce Pierre, personnalité impétueuse qui tomba à genoux devant un bateau rempli de 153 poissons; ce Matthieu, qui abandonna sa table de collecteur pour embrasser une nouvelle vie. Comment pourrions-nous oublier cette Samaritaine qui ne sera plus jamais la même à la suite d’une rencontre inhabituelle qu’elle fit un jour qui s’annonçait être comme les autres ?

La Bible nous présente une longue tradition de témoignages de vocation. Au sommet de la liste se trouve Paul de Tarse, le grand apôtre des Gentils, qui a vécu durant une époque de grands bouleversements pour l’Église… Paul a dû vivre plusieurs nuits blanches à Corinthe, Thessalonique, Éphèse, Jérusalem et à Rome où il a dû rester debout se demandant s’il avait pris la bonne décision pour sa vie et pour l’avenir des communautés.

Toutefois, ce grand apôtre n’oublia jamais sa première expérience de foi : l’amour du Christ crucifié était pour lui le gage de l’indestructible alliance de Dieu, de son Amour indéfectible pour le monde : « Qui nous séparera de l’Amour de Dieu ? » exclame-t-il du plus profond de son cœur. Voilà la brûlante question qui habite au sein des hommes et des femmes de l’Évangile, de ceux appelés à une mission; des gens qui refusent d’être brisés par les scandales, les frustrations et les mauvais pas, de ceux qui avaient au commencement de grands idéaux pour les  communautés et l’Église mais qui savaient également la triste réalité des divisions et des conflits; de ceux qui connaissent la dure réalité de la souffrance, de la douleur et du rejet mais qui continuent, malgré tout, à nourrir leurs grands et réalistes espoirs. Même le « mysterium iniquitatis » ne peut ébranler ceux qui ont mis leur cœur et leur esprit en Jésus Christ, Celui qui fait toute chose nouvelle!

Chacun de nous a besoin d’exemples vivants dans sa vie, comme Paul de Tarse et Ananias, pour nous libérer de notre aveuglement et nous montrer le monde avec les yeux du Christ. Ainsi, de la même manière que l’apôtre des Gentils s’inspira des mots perturbants d’Isaïe, de Jérémie et de l’exemple du ministère prophétique en général pour percevoir le sens de son appel, de même nous devons nous référer aux Écritures pour notre propre vie. Voilà pourquoi je remercie Dieu tous les jours pour les nombreux « Ananias » qui m’ont aidé à passer au travers des différentes nuits et tempêtes de ma vie.

Nous sommes prêtres puisque nous sommes les premiers serviteurs, parce que nous avons été séduits par le Seigneur et que nous avons répondu à son appel mystérieux. Nous avons donc reçu du Seigneur une mission et l’autorité pour aller de l’avant. Cette nouvelle autorité et ce nouveau pouvoir enracinés dans le sacerdoce ministériel n’existent que parce qu’ils participent de l’autorité de l’Évangile qui vient lui-même de la vie du Mystère pascal. Les sceaux, diplômes, qualifications, certificats, soutanes et Ordres, même le Saint Chrême ne font que confirmer l’authenticité de l’identité du prêtre qu’il possède déjà en lui-même.

L’autorité et le pouvoir, enracinés dans le sacerdoce ministériel, n’existent que parce qu’ils participent de l’autorité de l’Évangile qui vient elle-même de la vie du Mystère pascal. Tout le contraire d’un consommateur, de quelqu’un qui achète et amasse des choses. Jésus Lui-même nous a appris que la seule véritable source de l’autorité dans l’Église provient de la vie de service c’est-à-dire du don de sa vie pour ses amis. Si je suis un prêtre et que l’on m’appelle « Père », ce n’est pas simplement parce que j’ai un passé académique prestigieux, une bonne formation, un titre, une place privilégiée, un rôle important dans l’Église. Non, je suis un prêtre parce que je suis le premier de tous les serviteurs. Un prêtre est quelqu’un qui se donne avec joie pour les autres. Les prêtres authentiques sont des laveurs de pieds, des servants, qui ont donné leur vie à l’exemple de Jésus-Christ, l’Éternel prêtre de compassion et de service.

La prêtrise a souffert énormément durant les dernières années. Cette image biblique de service et d’autorité divine a été obscurcie, ternie et même parfois oblitérée. Contre ce portrait contemporain  du monde et de l’Église, nous devons redécouvrir l’essence et le cœur de la prêtrise à partir de cet appel initial qui nous a été donné. Laissez-moi vous partager six perspectives ou piliers d’une vision renouvelée de la vocation et de la mission du prêtre.

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Congrès Eucharistique de Dublin: témoignage et catéchèse du mardi 12 juin 2012

Témoignage de M. Carl Anderson:

Le premier témoignage auquel ont assisté les pèlerins provenant de 102 pays fut celui de Carl Anderson, Chevalier Suprême des Chevaliers de Colomb. Son témoignage a porté sur la manière dont il percevait l’importance de l’Eucharistie dans sa vie comme mari et Père de famille.

Catéchèse de Mgr Barry Hickey:

La catéchèse a été donnée par Mgr Barry Hickey, archevêque de Perth, en Australie et qui a mis l’accent sur la famille comme signe de communion. L’Eucharistie, a-t-il souligné, soutient la famille et révèle la dimension sacrificielle de l’amour authentique. Après avoir évoqué les différentes alternatives au mariage proposées par la culture contemporaine, Mgr Hickey a réaffirmé la valeur du mariage chrétien, reflet de l’unité de l’Église.

 

VIDEO: Courtoisie de ECDQ.TV et du Diocèse de Québec

 

La rencontre mondiale des familles

Du 1er au 3 juin prochain, Benoît XVI effectuera un voyage apostolique à Milan, en Italie, à l’occasion de la VIIe rencontre mondiale des familles. Voici l’horaire de nos diffusions, en anglais et en français

Vendredi 1er juin
17h30,  Arrivée du Pape à Milan et Discours  au peuple de Milan devant la cathédrale.  (Français) (Pas de diffusion des vêpres ce vendredi soir)

Samedi 2 juin
11h15, rencontre du Pape avec les confirmands diocésains suivie par la récitation de l’angélus. (Anglais)

13h, Benoît XVI célèbre l’office de tierce en la cathédrale, puis vénère les reliques de saint Charles Borromée. (Français)

20h,  Rencontre du Pape avec les familles au Parc Bresso et témoignages. (Anglais)

22h, rediffusion de la rencontre du Pape avec les familles au Parc Bresso et témoignages. (Français)

Dimanche 3 juin
10h, Messe de clôture pour la rencontre mondiale des familles, présidée par Benoît XVI. (Anglais)

16h, rediffusion de la Messe de clôture. (Français)

 

 

Allocution à l’assemblée provinciale de l’Ontario de Développement et Paix

Université de St. Michael’s College, Toronto – 12 mai 2012

Je suis très reconnaissant à Luke Stocking et à l’Organisation catholique canadienne pour le développement et la paix pour leur invitation et pour le privilège de m’adresser à vous, ce matin, dans le cadre de votre importante assemblée provinciale. Avant tout, ce sera pour moi l’occasion de vous exprimer à chacune et à chacun ma gratitude pour votre engagement, votre témoignage et votre persévérance. Je ne peux me tenir aujourd’hui devant vous sans évoquer l’extraordinaire collaboration que nous avons vécue il y a dix ans en préparant la Journée mondiale de la Jeunesse 2002 à Toronto et en célébrant ainsi à grande échelle notre identité et notre mission chrétienne et catholique. Grâce à la grande générosité de Développement et Paix, nous avons pu faire fabriquer dans les barrios de Colombie, en Amérique du Sud, plus de 500 000 petites croix de bois que le pape Jean-Paul II a remis à chacun des jeunes pèlerins qui ont participé à la Journée mondiale de la Jeunesse au Canada. Grâce à votre généreuse contribution, ce sont des coopératives de femmes du Chiapas, au Mexique, qui ont confectionné les étoles portées par les quelque 500 prêtres qui ont célébré le sacrement de la Réconciliation avec des dizaines de milliers de jeunes du monde entier dans le parc Duc in Altum et au parc Downsview. En étroite collaboration avec vos responsables régionaux, nous avons permis à 100 000 jeunes de mettre la main à des projets de service le mercredi après-midi de la Semaine de la Journée mondiale de la Jeunesse. Et en tirant parti de l’immense bonne volonté de vos bénévoles, nous avons préparé les fameux sacs du pèlerin de couleur rouge, tissés dans les prisons du Québec. La Journée mondiale de la Jeunesse 2002 a permis à Développement et Paix de renouveler son rayonnement parmi les jeunes, filles et garçons, de notre pays. Plusieurs d’entre vous ont alors qualifié la JMJ de moment de « refondation » pour l’Organisation catholique canadienne pour le développement et la paix.

Dix ans plus tard, je me présente devant vous pour vous encourager une fois encore à assumer l’importante mission ecclésiale confiée à Développement et Paix et pour réfléchir avec vous sur ce que cela veut dire que d’être un témoin convaincu et convaincant de Jésus Christ et sur la riche tradition de l’enseignement social de l’Église. Vous m’avez demandé de parler des « communications, de l’identité et de la mission catholiques », thème qui est depuis dix ans au cœur de mon ministère, soit depuis la création de la Fondation Sel et Lumière. Je voudrais situer mes remarques dans le contexte de l’Année de la Foi promulguée par le pape Benoît XVI — année qui débutera le 11 octobre 2012, soit la journée qui marquera le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Deuxième Concile du Vatican. L’Année de la Foi se conclura le jour de la Solennité du Christ Roi, le 24 novembre 2013.

Redécouvrir Gaudium et Spes

Pour amorcer notre réflexion, examinons l’un des textes les plus importants du Deuxième Concile du Vatican — Gaudium et Spes, la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps qui est la raison d’être de l’Organisation catholique canadienne pour le développement et la paix. Gaudium et Spes est le plus long document du Concile et, en fait, le document le plus long jamais produit par l’un ou l’autre des 21 conciles œcuméniques tenus en 2000 ans d’histoire du christianisme !  Gaudium et Spes exigeait de nous un engagement intense dans le monde. Les Pères du Concile qui ont préparé ce document avaient connu les deux Guerres mondiales, l’horreur de la Shoa, l’aube de l’ère nucléaire, l’hostilité du communisme et l’impact stupéfiant et encore difficile à évaluer de la science et de la technologie. Tous ces facteurs les ont conduits à comprendre l’Église en fonction non seulement de sa vie interne, mais aussi de sa mission dans le monde. Le message de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps est, à bien des égards, le condensé des espoirs et des objectifs de tout le Concile Vatican II. [Read more…]

Les JMJ, laboratoire de l’Eglise

A la veille des JMJ,  nous publions cet article du quotidien La Croix ; le père Thomas Rosica parle de l’importance du Chemin de Croix

« Les JMJ, laboratoire de l’Eglise

Du 16 au 21 août, un million et demi de jeunes sont attendus à Madrid, en Espagne, pour les 26es Journées mondiales de la jeunesse.

Dans un paysage catholique morose, marqué par la baisse de la pratique et des vocations, le succès de ce rassemblement autour du pape surprend.

Pour certains observateurs, le moment fut magique. Pour d’autres, incongru : en août 2008, sur l’immense pelouse aménagée dans la banlieue de Sydney, des centaines de milliers de jeunes se tiennent en silence.

Sur les écrans géants, disséminés un peu partout, une image fixe : le Saint Sacrement. Et devant, un homme âgé, Benoît XVI, recueilli. À l’écran, aucun autre mouvement. Pourtant, les jeunes se taisent, prient, ou regardent.

Mêler tradition et modernité

Cette scène s’était déjà produite trois ans plus tôt, à Cologne. Elle se répétera sans aucun doute à la fin de la veillée, samedi prochain, à Madrid. À elle seule, elle résume les JMJ, en même temps qu’elle livre l’une des clés de leur succès : ce curieux mélange de tradition (adoration du Saint Sacrement) et de modernité (un immense sit-in).

En somme, une forme de « religion postmoderne », pour reprendre l’expression de Michaela Pfadenhauer, professeur de sociologie au Karlsruhe Institute of Technology, qui a dirigé une étude sur les JMJ de Cologne (2005).

« Ce qui a contribué au succès, c’est la combinaison passionnante entre la capacité d’unir le traditionnel, liturgique, ecclésial, avec le moderne, la culture de l’événement. »

« Méga-événement »

De fait, tous les ingrédients du « méga événement » sont là : les JMJ donnent lieu à une scénographie marquée par un grand professionnalisme, avec un sens certain du marketing.

« Pour les autres rassemblements catholiques, ce sont les participants qui organisent. Là, on invite des professionnels, de grandes agences de communication », note encore la sociologue allemande.

En témoigne le chemin de croix, un des temps forts des JMJ. À Toronto, en 2002, il s’est dressé grâce à un système d’écrans géants sur les gratte-ciel de la ville, dans les rues, faisant appel par des images, parfois à la limite du supportable, à l’émotion et l’univers des jeunes générations.

Pourtant, « ce chemin de croix est resté dans toutes les mémoires », comme le rappelle le P. Thomas Rosica, qui fut directeur national des JMJ canadiennes : « Il est parvenu à créer une vraie émotion dans une ville très froide comme Toronto. » [Read more…]

Dimanche de la Catéchèse

L’Église et la société québécoise sont en pleine transformation et, avec ces changements, la façon de transmettre la foi chrétienne aux prochaines générations a beaucoup évolué. Puisque les valeurs de la foi chrétienne ne représentent plus les valeurs qui constituent l’identité des québécois, l’Église ne peut plus compter sur l’État ou les autres organismes de la société pour former les gens selon la vie chrétienne. C’est aux églises et aux communautés chrétiennes maintenant de proposer la foi comme chemin de vie.dimanche de la catéchèse

Les chrétiens sont au courant de l’urgence de trouver des nouvelles façons de communiquer la foi chrétienne aux générations à venir. Mais une grande question demeure : comment le faire ? Il y a de moins en moins de prêtres. Il y a de moins en moins de religieux. Les valeurs de la foi chrétienne ne sont plus enseignées dans les écoles. Alors, comment partager notre foi ?

Depuis quelques années, les communautés chrétiennes ont vu le début d’une solution à cette question grâce à la catéchèse. Enseignée par des laïcs engagés au sein de leurs propres communautés chrétiennes, la catéchèse en paroisse, en communauté, est un moyen de partager la foi adapté à nos circonstances actuelles. La catéchèse demande toutefois aux chrétiens de se mobiliser pour mieux connaître leur foi, afin de l’enseigner aux autres. Cela donne de la vie aux différentes communautés. On ne peut plus compter sur les écoles pour enseigner la foi chrétienne ; à nous, chrétiens, de mieux apprendre et partager notre foi, notamment aux jeunes générations. [Read more…]

Le ministère pastoral auprès des jeunes ayant une attirance pour les personnes du même sexe

A la suite de sa lettre pastorale aux jeunes sur la chasteté , sortie en début d’année,
la Conférence des Evêques Catholiques du
Canada (ou CECC) a souhaité aborder un autre thème.

En effet, une nouvelle lettre pastorale est sortie hier, signée par la Commission Episcopale pour la Doctrine, et se penche sur le thème de l’homosexualité.

En se basant sur les enseignements de l’Église, les évêques canadiens ont souhaité donner des recommandations et des principes généraux aux jeunes adultes et adolescents « qui s’interrogent sur leur identité sexuelle ou qui vivent des sentiments d’attirance homosexuelle », mais aussi aux pasteurs, éducateurs et parents qui encadrent ces jeunes.

Le document stipule que les personnes ayant des tendances homosexuelles « doivent être accueillies avec respect, compassion et délicatesse ». Pour eux, tout signe d’injuste discrimination est à bannir.
Le document, de plus, réaffirme la vision catholique du mariage et de la complémentarité sexuelle, en désaccord avec les actes d’homosexualité, et non l’inclination homosexuelle en elle-même.

En conclusion, « L’avenir de l’Église et de la société dépend des jeunes et des efforts que nous faisons pour les aider à avancer sur la voie de l’amour, à l’exemple du Christ qui nous a aimés et s’est livré pour nous ».

Le document est disponible sur le site de la CECC.

Homélie du pape Benoît XVI dimanche 5 juin à Zagreb

Dimanche, dans l’hippodrome de Zagreb, plus de 500 000 personnes ont participé à la messe à l’occasion de la journee nationale des familles catholiques croates.

Le pape a exhorté les familles à être « un signe spécial de la présence et de l’amour du Christ et qu’elle est appelée à donner une contribution spécifique et irremplaçable à l’évangélisation. »

Voici l’intégrale de son homélie:

« Chers frères et sœurs,
Au cours de cette Sainte Messe que j’ai la joie de présider, concélébrant avec de nombreux Frères dans l’épiscopat et avec un grand nombre de prêtres, je rends grâce au Seigneur pour toutes les familles bien-aimées réunies ici, et pour tant d’autres qui sont reliées à nous par la radio et la télévision. Je remercie particulièrement le Cardinal Josip Bozanić, Archevêque de Zagreb, pour ses chaleureuses paroles du début de la Messe. A tous, j’adresse mon salut et je vous exprime ma grande affection avec un baiser de paix !
Nous avons célébré, il y a peu, l’Ascension du Seigneur et nous nous préparons à recevoir le grand don du Saint-Esprit. Dans la première lecture, nous avons vu comment la communauté apostolique était réunie en prière dans le Cénacle avec Marie, la Mère de Jésus (cf. Ac 1, 12-14). C’est là un portrait de l’Église qui plonge ses racines dans l’événement pascal : le Cénacle, en effet, est le lieu où Jésus institua l’Eucharistie et le Sacerdoce, au cours de la Dernière Cène, et où, ressuscité des morts, il répandit l’Esprit Saint sur ses Apôtres le soir de Pâques (cf. Jn 20, 19-23). A ses disciples, le Seigneur avait ordonné « de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis » (cf. Ac 1, 4) ; il avait plutôt demandé qu’ils restent ensemble pour se préparer à recevoir le don de l’Esprit Saint. Et ils se réunirent pour prier avec Marie au Cénacle dans l’attente de l’événement promis (cf. Ac 1, 14). Rester ensemble fut la condition mise par Jésus pour accueillir la venue du Paraclet, et la prière prolongée fut la condition nécessaire de leur concorde. Nous trouvons ici une formidable leçon pour chaque communauté chrétienne. On pense parfois que l’efficacité missionnaire dépend principalement d’une programmation consciencieuse et de son intelligente mise en œuvre par un engagement concret. Certes, le Seigneur demande notre collaboration, mais avant n’importe quelle réponse de notre part, son initiative est nécessaire : c’est son Esprit le vrai protagoniste de l’Église, à invoquer et à accueillir.
Dans l’Évangile, nous avons écouté la première partie de ce qu’on appelle « la prière sacerdotale » de Jésus (cf. Jn 17, 1-11a) – en conclusion des discours d’adieux – pleine de confidence, de douceur et d’amour. Elle est appelée « prière sacerdotale », parce qu’en elle, Jésus se présente dans l’attitude du prêtre qui intercède pour les siens, au moment où il va quitter ce monde. Le passage est dominé par le double thème de l’heure et de la gloire. Il s’agit de l’heure de la mort (cf. Jn 2, 4 ; 7, 30 ; 8, 20), l’heure au cours de laquelle le Christ doit passer de ce monde au Père (13, 1). Mais elle est aussi, en même temps, l’heure de sa glorification qui s’accomplit à travers la croix, appelée par l’évangéliste Jean « exaltation », c’est-à-dire élévation, montée dans la gloire : l’heure de la mort de Jésus, l’heure de l’amour suprême, est l’heure de sa gloire la plus haute. Pour l’Église aussi, pour chaque chrétien, la gloire la plus haute est celle de la Croix, c’est vivre la charité, don total à Dieu et aux autres.
Chers frères est sœurs ! J’ai accueilli très volontiers l’invitation que m’ont adressée les Évêques de la Croatie à visiter ce pays à l’occasion de la première Rencontre Nationale des Familles Catholiques Croates. Je désire exprimer ma vive appréciation pour l’attention et l’engagement envers la famille, non seulement parce que cette réalité humaine fondamentale aujourd’hui, dans votre pays comme ailleurs, doit affronter des difficultés et des menaces et donc a particulièrement besoin d’être évangélisée et soutenue, mais aussi parce que les familles chrétiennes sont une ressource décisive pour l’éducation à la foi, pour l’édification de l’Église comme communion et pour sa présence missionnaire dans les situations les plus diverses de la vie. Je connais la générosité et le dévouement avec lequel, vous, chers Pasteurs, servez le Seigneur et l’Église. Votre travail quotidien pour la formation à la foi des nouvelles générations, comme aussi pour la préparation au mariage et pour l’accompagnement des familles, est la route fondamentale pour régénérer toujours de nouveau l’Église et aussi pour vivifier le tissu social du pays. Poursuivez avec disponibilité votre précieux engagement pastoral !
Il est bien connu de tous que la famille chrétienne est un signe spécial de la présence et de l’amour du Christ et qu’elle est appelée à donner une contribution spécifique et irremplaçable à l’évangélisation. Le bienheureux Jean-Paul II, qui a visité par trois fois ce noble pays, affirmait que « la famille chrétienne est appelé à prendre une part active et responsable à la mission de l’Église d’une façon propre et originale, en se mettant elle-même au service de l’Église et de la société dans son être et dans son agir, en tant que ‘communauté intime de vie et d’amour’ » (Familiaris consortio, 50). La famille chrétienne a toujours été la première voie de transmission de la foi et elle conserve aujourd’hui de grandes possibilités pour l‘évangélisation dans de multiples domaines.
Chers parents, engagez-vous toujours à enseigner à vos enfants à prier, et priez avec eux ; faites-les approcher des Sacrements, particulièrement de l’Eucharistie – cette année vous célébrez les 600 ans du ‘miracle eucharistique de Ludbreg’ – ; et introduisez-les dans la vie de l’Église ; dans l’intimité domestique, n’ayez pas peur de lire la Sainte Écriture, illuminant la vie familiale de la lumière de la foi et louant Dieu comme Père. Soyez presque un petit cénacle, comme celui de Marie et des disciples, dans lequel se vit l’unité, la communion, la prière !
Aujourd’hui, grâce à Dieu, de nombreuses familles chrétiennes acquièrent toujours plus la conscience de leur vocation missionnaire et s’engagent sérieusement dans le témoignage au Christ Seigneur. Le bienheureux Jean-Paul II a dit : « A notre époque, les familles qui collaborent activement à l’évangélisation sont de plus en plus nombreuses… Dans l’Église a mûri l’heure de la famille, qui est également l’heure de la famille missionnaire » (Angelus, 21 octobre 2001). Dans la société d’aujourd’hui, la présence des familles chrétiennes exemplaires est plus que jamais nécessaire et urgente. Malheureusement, nous devons constater, spécialement en Europe, que se répand une sécularisation qui porte à la marginalisation de Dieu dans la vie et à une croissante désagrégation de la famille. On absolutise une liberté sans engagement pour la vérité, et on entretient comme idéal le bien-être individuel à travers la consommation des biens matériels et des expériences éphémères, négligeant la qualité des relations avec les personnes et les valeurs humaines plus profondes ; on réduit l’amour à une émotion sentimentale et à une satisfaction de pulsions instinctives, sans s’engager à construire des liens durables d’appartenance réciproque et sans ouverture à la vie. Nous sommes appelés à contester une telle mentalité ! Auprès de la parole de l’Église, le témoignage et l’engagement des familles sont très importants, votre témoignage concret, surtout pour affirmer l’intangibilité de la vie humaine de la conception à sa fin naturelle, la valeur unique et irremplaçable de la famille fondée sur le mariage et la nécessité de mesures législatives qui soutiennent les familles dans la tâche d’engendrer et d’éduquer les enfants. Chères familles, soyez courageuses ! Ne cédez pas à la mentalité sécularisée qui propose la cohabitation comme préparatoire, ou même substitutive au mariage ! Montrez par votre témoignage de vie qu’il est possible d’aimer, comme le Christ, sans réserve, qu’il ne faut pas avoir peur de s’engager pour une autre personne ! Chères familles, réjouissez-vous de la paternité et de la maternité ! L’ouverture à la vie est signe d’ouverture à l’avenir, de confiance dans l’avenir, de même que le respect de la morale naturelle libère la personne au lieu de l’humilier ! Le bien de la famille est aussi le bien de l’Église. Je voudrais rappeler tout ce que j’ai affirmé dans le passé : «L’édification de chaque famille chrétienne se situe dans le contexte de la famille plus vaste de l’Église, qui la soutient et la conduit avec elle… Et, réciproquement, l’Église est édifiée par les familles, ‘petites Églises domestiques’ » (Discours d’ouverture du Congrès ecclésial diocésain de Rome, 6 juin Insegnamenti di Benedetto XVI, I, 2005, p. 205). Prions le Seigneur pour que les familles soient toujours plus de petites Églises et que les communautés ecclésiales soient toujours plus une famille !
Chères familles croates, en vivant la communion de foi et de charité, soyez témoins de façon toujours plus transparente de la promesse que le Seigneur monté au ciel fait à chacun de nous : « …je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt, 28, 20). Chers chrétiens croates, sentez-vous appelés à évangéliser par toute votre vie ; écoutez avec force la parole du Seigneur : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). Que la Vierge Marie, Reine des croates, accompagne toujours votre chemin. Amen ! Loués soient Jésus et Marie ! »

Le Pape s’adresse aux jeunes de Zagreb

Benoit XVI s’est adressé aux jeunes de Zagreb les incitant à construire leur vie en s’appuyant sur le Christ ; le Pape les attend à Madrid pour la Journée mondiale de la jeunesse.

Voici son discours en totalité:

« Chers jeunes,

Je vous salue tous avec beaucoup d’affection ! Je suis particulièrement heureux d’être avec vous sur cette place historique qui est le cœur de la ville de Zagreb. C’est un lieu de rencontres et d’échanges, où prévalent souvent les bruits et les mouvements de la vie quotidienne. Maintenant, votre présence la transforme presqu’en un « temple », dont la voûte est le ciel lui-même qui, ce soir, semble se pencher sur nous. Dans le silence, nous voulons accueillir la Parole de Dieu qui a été proclamée afin qu’elle illumine nos esprits et réchauffe nos cœurs.

Je remercie vivement Mgr Srakić, Président de la Conférence Épiscopale, de ses paroles pour introduire à notre rencontre ; et, de façon particulière, je salue et je remercie les deux jeunes, qui nous ont offert leurs beaux témoignages. L’expérience que Daniel a vécue rappelle celle de saint Augustin : c’est l’expérience de la recherche de l’amour « au-dehors » puis de la découverte qu’il est plus proche de moi que moi-même, qu’il me « touche » en mon for intérieur et me purifie… Mateja, par contre, nous a parlé de la beauté de la communauté, qui ouvre le cœur, l’esprit et le caractère… Merci à tous les deux !

Dans la Lecture qui a été proclamée, saint Paul nous a invités à être « toujours dans la joie du Seigneur » (Ph 4, 4). C’est une parole qui fait vibrer l’âme, si nous considérons que l’Apôtre des nations écrit cette Lettre aux chrétiens de Philippes alors qu’il est en prison, en attente d’être jugé. Il est enchaîné, mais l’annonce et le témoignage de l’Évangile ne peuvent être emprisonnés. L’expérience de saint Paul révèle qu’il est possible, dans notre cheminement, de conserver la joie même dans les moments d’obscurité. À quelle joie se réfère-t-il ? Nous savons tous que dans le cœur de tout homme demeure un fort désir de bonheur. Toute action, tout choix, toute intention renferme en soi cette exigence intime et naturelle. Toutefois, très souvent, nous nous rendons compte que nous avons mis notre confiance en des réalités qui ne satisfont pas ce désir, bien plus, qui montrent toute leur précarité. Et c’est en ces moments que nous expérimentons le besoin de quelque chose qui va « au-delà », qui donne un sens à notre vie quotidienne.

Chers amis, votre jeunesse est un temps que le Seigneur vous donne pour découvrir le sens de l’existence ! C’est le temps des grands horizons, des sentiments vécus avec intensité, mais aussi des peurs pour les choix qui engagent et qui sont durables, des difficultés dans les études et dans le travail, des interrogations sur le mystère de la douleur et de la souffrance. Plus encore, ce temps merveilleux de votre vie porte en lui une aspiration profonde, qui n’annule pas tout le reste mais l’élève pour lui donner sa plénitude. Dans l’Évangile de Jean, Jésus dit en s’adressant à ses premiers disciples : « Que cherchez-vous ? » (Jn 1, 38). Chers jeunes, cette parole, cette question franchit le temps et l’espace, elle interpelle tout homme et toute femme qui s’ouvre à la vie et cherche la juste route… Et voici ce qui est surprenant : la voix du Christ vous répète à vous aussi : « Que cherchez-vous ? ». Jésus vous parle aujourd’hui à travers l’Évangile et l’Esprit Saint, il est votre contemporain. C’est lui qui vous cherche, encore avant que vous ne le cherchiez ! Respectant pleinement votre liberté, il s’approche de chacun de vous et il se propose comme la réponse authentique et décisive à cette aspiration qui vous habite, au désir d’une vie qui vaille la peine d’être vécue. Laissez-le vous prendre par la main ! Laissez-le s’introduire toujours plus comme un ami et un compagnon de route ! Faites-lui confiance, il ne vous décevra jamais ! Jésus vous fait connaître de près l’amour de Dieu le Père, il vous fait comprendre que votre bonheur se réalise dans l’amitié avec lui, dans la communion avec lui, parce que nous avons été créés et sauvés par amour et c’est uniquement dans l’amour, celui qui veut et recherche le bien de l’autre, que nous expérimentons vraiment le sens de la vie et que nous sommes contents de la vivre, même dans les difficultés, les épreuves, les déceptions, en allant aussi à contre-courant.

Chers jeunes, enracinés dans le Christ, vous pourrez vivre pleinement ce que vous êtes. Comme vous le savez, c’est sur ce thème que j’ai écrit mon Message pour la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse, qui nous réunira en août à Madrid et vers laquelle nous sommes en marche. Je suis parti d’une expression incisive de saint Paul : « Soyez enracinés en lui, construisez votre vie sur lui ; restez fermes dans la foi » (Col 2, 7). En grandissant dans l’amitié avec le Seigneur, à travers sa Parole, l’Eucharistie et par votre appartenance à l’Église, avec l’aide de vos prêtres, vous pourrez témoigner à tous votre joie d’avoir rencontré Celui qui vous accompagne constamment et vous appelle à vivre dans la confiance et dans l’espérance. Le Seigneur Jésus n’est pas un Maître qui leurre ses disciples : il dit clairement que marcher avec lui requiert engagement et sacrifice personnel, mais cela en vaut la peine ! Chers jeunes amis, ne vous laissez pas désorienter par des promesses alléchantes de succès faciles, de styles de vie qui privilégient le paraître au détriment de l’intériorité. Ne cédez pas à la tentation de mettre votre confiance entière dans l’avoir, dans les choses matérielles, en renonçant à découvrir la vérité qui va au-delà, comme une étoile haut dans le ciel, là où le Christ veut vous conduire. Laissez-vous conduire vers les hauteurs de Dieu !

Durant le temps de votre jeunesse, le témoignage de nombreux disciples du Seigneur qui, à leur époque, ont vécu en portant dans leur cœur la nouveauté de l’Évangile, vous soutient. Pensez à François et Claire d’Assise, à Rose de Viterbe, à Thérèse de l’Enfant-Jésus, à Dominique Savio : combien de jeunes saints et saintes dans la grande assemblée de l’Église ! Mais ici, en Croatie, nous pensons, vous et moi, au Bienheureux Ivan Merz. Un jeune homme brillant, pleinement inséré dans la vie sociale qui, après la mort de la jeune Greta, son premier amour, entreprend le chemin universitaire. Durant la Première Guerre mondiale, il se trouve face à la destruction et à la mort, mais tout cela le modèle et le forge, lui faisant surmonter des moments de crise et de combat spirituel. La foi d’Ivan se renforce à tel point qu’il se consacre à l’étude de la Liturgie et commence un apostolat intense parmi les jeunes eux-mêmes. Il découvre la beauté de la foi catholique et comprend que la vocation de sa vie c’est de vivre et de faire vivre l’amitié avec le Christ. De combien d’actes de charité, de bonté, qui étonnent et émeuvent, est rempli son chemin ! Il meurt le 10 mai 1928, alors qu’il n’a que 32 ans, après quelques mois de maladie, en offrant sa vie pour l’Église et pour les jeunes.

Cette jeune existence, donnée par amour, exhale le parfum du Christ et est pour tous une invitation à ne pas avoir peur de s’en remettre au Seigneur, tel que nous le contemplons, de façon particulière en la Vierge Marie, la Mère de l’Église, qui est ici vénérée et aimée sous le titre de « Majka Božja od Kamenutih vrata » [« Mère de Dieu de la Porte de Pierre »]. Ce soir, je veux lui confier chacun de vous, pour qu’elle vous accompagne de sa protection et surtout pour qu’elle vous aide à rencontrer le Seigneur et à trouver en lui le plein sens de votre existence. Marie n’a pas eu peur de se donner tout entière au projet de Dieu. En elle, nous voyons le but auquel nous sommes appelés : la pleine communion avec le Seigneur. Notre vie entière est une marche vers l’Unité et Trinité d’Amour qu’est Dieu. Nous pouvons vivre en étant certains de n’être jamais abandonnés. Chers jeunes croates, je vous embrasse tous comme des fils et des filles ! Je vous porte dans mon cœur et je vous donne ma Bénédiction. « Soyez toujours dans la joie du Seigneur » ! Que sa joie, la joie du véritable amour, soit votre force. Amen. Que Jésus et Marie soient loués ! »

Jésus ne cesse jamais d’être la porte des brebis …

Réflexion biblique pour le quatrième Dimanche de Pâques.

 
De toutes les images de Jésus à travers les âges, y en a-t-il une qui exprime davantage sa tendresse et sa compassion que celle du Bon Pasteur?  Bien avant l’époque de Jésus, l’image du berger servait à décrire la tendresse et la providence de Dieu à notre endroit. Le berger et l’hôte sont deux images qui renvoient au désert, là où le protecteur des moutons est aussi celui qui protège le voyageur en lui offrant l’hospitalité et la sûreté contre ses ennemis. Dans la Bible et dans le Moyen Orient ancien, le nom de « berger » était fréquemment employé comme titre politique afin de souligner l’obligation pour le roi de veiller sur ses sujets. Ce titre parlait de sollicitude et de dévouement au service d’autrui.

L’image du berger exprime aussi une grande autorité. Tout le discours sur le Bon Pasteur (Jean 10, 1-21), d’où est tiré le texte de l’Évangile d’aujourd’hui, continue le thème de la critique des Pharisiens, commencé à la fin du chapitre 9. Nourrir le troupeau, cela signifie que le berger doit protéger ses brebis de l’hérésie, être aux aguets pour les défendre contre les maraudeurs. Le bâton du berger est une arme défensive contre les bêtes sauvages alors que sa houlette est un instrument d’appoint qui symbolise les soins donnés et la loyauté.

Les portes dans l’Israël ancien

Avant de sonder le sens et l’importance de la porte des brebis, rappelons que dans l’Israël ancien les portes de Sion symbolisaient l’idée de l’entrée en présence de Dieu. Quand Isaïe parle du jour de la paix universelle, il décrit un temps où « tes portes seront toujours ouvertes, le jour ni la nuit elles ne seront fermées » (Isaïe 60, 11). De même, l’autel des holocaustes était placé, non pas à l’intérieur du tabernacle, mais « devant l’entrée de la Demeure, de la Tente de Réunion » (Exode 40, 6). Le Christ vient accomplir toutes ces attentes : il est la porte à travers laquelle nous avons « accès au Père » (Éphésiens 2, 18). Il est la « voie nouvelle et vivante » (Hébreux 10, 20). Combien de fois nous avons répété les paroles du Psalmiste, en particulier pendant le temps de l’Avent (24, 7-10) :

Portes, levez vos frontons

élevez-vous, portes éternelles :

qu’il entre, le roi de gloire!

Qui  est ce roi de gloire?

C’est le Seigneur, le fort, le vaillant,

le Seigneur, le vaillant des combats.

Portes, levez vos frontons,

levez-les, portes éternelles :

qu’il entre, le roi de gloire!

Qui donc est ce roi de gloire?

C’est le Seigneur, Dieu de l’univers;

c’est lui, le roi de gloire.

Les portes des brebis dans le Nouveau Testament

Dans l’Évangile d’aujourd’hui (Jean 1, 1-10), Jésus fait référence à deux types de bergerie avant de se présenter lui-même comme la porte des brebis. Dans les deux premiers versets, il décrit la sorte de « bergerie communautaire » qu’entretenait un village et à laquelle les bergers pouvaient ramener leur troupeau à la nuit tombante. L’enceinte était protégée par une porte robuste qu’on ne pouvait ouvrir qu’avec la clé du berger en chef.

Un second type de bergerie apparaît dans les versets qui suivent. Il s’agit d’un enclos pour les nuits où le troupeau demeurait dans les champs (comme la nuit où Jésus est né). Ces bergeries temporaires étaient généralement constituées par un muret de roches, avec une ouverture à une extrémité. Le berger lui-même servait de porte à une bergerie de ce type : pour dormir, il se couchait en travers de l’entrée. Qu’une brebis tente de s’échapper ou qu’un loup essaie d’entrer, ils devaient lui passer sur le corps! Le berger lui-même était la porte.

La Porte des brebis à Jérusalem

Il est important de se rappeler que Jésus se présente d’abord, non pas comme le Bon Pasteur, mais comme la porte des brebis. Les anciens murs de Jérusalem comportaient une porte, au nord de la ville, par où on faisait entrer les animaux des régions environnantes pour les sacrifices. C’était la Porte des brebis. Une fois à l’intérieur de la ville et dans les parvis du temple, il n’y avait qu’une porte par où passaient les brebis et aucun agneau ne ressortait vivant de l’enceinte du temple. Les bêtes avançaient dans une seule direction et c’est là qu’elles étaient sacrifiées pour les péchés des êtres humains. Pour le public qui, le premier, a entendu l’enseignement de Jésus sur les brebis, cette image accentuait encore le choc que provoquait ses paroles : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis… Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. » (Jean 10, 7.9)  À l’intérieur même du quartier du temple envahi par les brebis en route vers la mort, Jésus affirme qu’il y a une issue : « Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance; je suis le bon pasteur » (Jean 10, 10-11).

Jésus parle des brebis à l’endroit même où elles sont sur le point d’être mises à mort. Contrairement au berger entouré d’agneaux innocents que nous font voir nos images de brebis et de pasteur sur des collines verdoyantes, la protection de ces brebis demande plus qu’une main douce et un œil vigilant. Ces brebis doivent être protégées des puissances de mort. Jésus enseigne que celui qui n’entre pas dans la bergerie pour s’occuper du troupeau en passant par la porte – Jésus lui-même – est un voleur et un bandit. Personne ne vient au Père que par Lui. Jésus lui-même est la porte par laquelle le berger rejoint les brebis; par conséquent, les seuls bergers authentiques sont ceux qu’il aura autorisés. Aux versets 7-8, l’image est celle d’une porte par laquelle le berger a accès aux brebis; aux versets 9-10, l’image devient celle d’une porte par laquelle les brebis peuvent entrer et sortir.  Les Pharisiens, parce qu’ils ne passent pas par Jésus, sont des voleurs. Ceux qui passeront par la porte qu’est Jésus auront la vie.

Le Pasteur modèle

Jésus est l’eau vive, le pain de vie et la porte de la vie. Jésus est le bon pasteur, le pasteur modèle, et de trois façons. Premièrement, il est prêt à donner sa vie pour ses brebis. Les Pharisiens sont des hommes à gages; ils tondent le troupeau mais n’ont aucune loyauté envers lui.  Le berger fidèle, comme David autrefois, protège son troupeau.

Deuxièmement, il connaît ses brebis. Cette connaissance intime du troupeau, qui suppose l’amour et de longues nuits de veille, est la raison qui le pousse à donner sa vie. Et son amour s’étend au-delà de « ses brebis à lui », les membres de la communauté johannique, pour inclure tous ceux et celles qui croient en lui. Troisièmement, Jésus est la porte des brebis : non pas un piège menant à l’abattoir mais l’entrée dans la sécurité aimante de Dieu – dans la protection du bon pasteur.

Le Christ n’est pas seulement la porte; il est le roi qui entre et le temple auquel conduit la porte! Autrefois, la « porte du ciel » était le firmament que Dieu entrouvrait pour faire pleuvoir la manne (Psaume 78, 24) mais désormais le Christ est le pain véritable venu du ciel (Nicodème). Jacob a vu « la porte du ciel » (Genèse 28, 17) dans le sanctuaire terrestre de Béthel mais quand le martyr Étienne regarde vers le ciel, il aperçoit « la gloire de Dieu et Jésus » (Actes 7, 55). Le Christ ne fait pas que nous inviter à entrer par Lui dans le Royaume des cieux : il en laisse la clé à ses apôtres en leur promettant que « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Matthieu 16, 19).

Souvenir de la visite d’un saint pasteur à Denver

Je ne peux m’empêcher de rappeler un des enseignements du Bienheureux Jean-Paul II à propos de l’Évangile d’aujourd’hui; c’était lors de la Journée mondiale de la Jeunesse 1993 à Denver, dans le Colorado. Pendant la veillée de prière au Cherry Creek State Park, le 14 août 1993, le Saint Père déclara:

« En Jésus Christ, le Père exprime toute la vérité au sujet de la création. Nous croyons que dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus le Père révèle tout son amour pour l’humanité. C’est pourquoi le Christ s’appelle lui-même « la porte des brebis » (Jean 10,7)  Il est la porte et protège les créatures qui lui ont été confiées. Il les conduit vers de bons pâturages : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage » (Jean 10, 9).

…À l’approche du troisième millénaire, l’Église sait que le Bon Pasteur continue, comme toujours, d’être l’espérance sans faille de l’humanité. Jésus Christ ne cesse jamais d’être « la porte des brebis ». Et en dépit de la longue histoire de péchés commis par l’humanité contre la vie, il ne cesse jamais de répéter avec la même vigueur et le même amour : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance » (Jean 10, 10).

…Le Christ – le bon Pasteur – est présent parmi nous, au milieu de tous les peuples, de toutes les nations, de toutes les générations et de toutes les races, comme Celui qui « donne sa vie pour ses brebis »… Oui, le Bon Pasteur donne sa vie. Mais seulement pour la reprendre ensuite (Jean 10, 17). Et dans la vie nouvelle de la résurrection, il est devenu – selon les mots de saint Paul – « l’être spirituel porteur de vie » (1 Co 15, 45), capable de donner la vie à tous ceux et celles qui croient en lui.

Vie sacrifiée, vie reprise, vie donnée. En lui, nous avons cette vie qui est la sienne dans l’unité du Père et de l’Esprit Saint. À condition de croire en lui. À condition de faire un avec lui dans l’amour – en nous rappelant que « celui qui aime Dieu doit aussi aimer son frère » (1 Jean 4,21). »

Questions pour la réflexion cette semaine

Jésus dit que les brebis reconnaissent la voix de leur berger et qu’elles vont le suivre plutôt qu’un étranger. Est-ce que je suis vraiment à l’écoute de la voix du Bon Pasteur? Où est-ce que je cherche à l’entendre? Est-ce que je suis la voie sur laquelle il me guide?

Jésus dit qu’il est venu pour que nous puissions avoir la vie, et la vie en abondance. Que veut-il dire? Est-ce que je vis la vie surabondante que Dieu a préparée pour moi?

Jésus dit qu’il a encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie mais qu’il doit aussi conduire. Plusieurs exégètes pensent que cette expression désigne les Gentils qui n’attendaient pas le Messie mais qui accueilleraient la Bonne Nouvelle dans la joie. Quelles sont aujourd’hui les brebis qui doivent encore entrer dans la bergerie de Dieu? Que faisons-nous pour les conduire au Christ?

Sur la Toile:
Le site Web de la chaîne de télé catholique Sel et Lumière: http://www.seletlumieretv.org
http://www.seletlumieretv.org/blog
Dimanche de Pâques

http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/62/IQyLyOQA8D8

Deuxième dimanche de Pâques

Reste avec nous

http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/95/ZpBnPekgH04

Quatrième dimanche de Pâques: Le Bon Berger http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/94/rGsGRpF3FRY

Ascension (français)

http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/search/0/TmPOauZxN8A

La Pentecôte: La plus profonde assurance que l’Esprit…

http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/89/oFHURxot-_4

La Fête-Dieu – « Sans le dimanche nous ne pouvons pas vivre http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/86/eRJFaSAnL9M

Fête de la Sainte Trinité

http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/88/gG8VmJEC0Wk

Images: CNS photo/Crosiers — vitrail St. Mary’s Church, Killarney, Ireland, Jesus Christ, le Bon Berger;

CNS photo/Joe Rimkus Jr. — Pape Jean-Paul II , 1993 JMJ Denver.