Chemin de croix présidé par le pape François au Colisée de Rome

CNS photo/Paul Haring

VENDREDI SAINT PASSION DU SEIGNEUR

CHEMIN DE CROIX PRÉSIDÉ PAR LE PAPE FRANÇOIS

COLISÉE ROME, 14 AVRIL 2017

MÉDITATIONS d’Anne-Marie Pelletier

Chemin de Croix au Colosée de Rome – 14 avril 2017

Ouverture

L’Heure est donc venue. Le chemin de Jésus sur les routes poudreuses de Galilée et de Judée, à la rencontre des corps et des cœurs en souffrance, pressé par l’urgence d’annoncer le Royaume, ce chemin s’arrête ici, aujourd’hui.

Sur la colline du Golgotha. Aujourd’hui la croix barre le chemin. Jésus n’ira pas plus loin. Impossible d’aller plus loin !
L’amour de Dieu reçoit ici sa pleine mesure, sans mesure.

Aujourd’hui l’amour du Père, qui veut que, par le Fils, tous les hommes soient sauvés, va jusqu’au bout, là où nous n’avons plus de mots, où nous perdons pied, où notre piété est débordée par l’excès des pensées de Dieu.

Car, au Golgotha, contre toutes les apparences, il s’agit de vie. Et de grâce. Et de paix. Il s’agit, non pas du règne du mal que nous connaissons trop, mais de la victoire de l’amour.

Et, à l’aplomb de la même croix, il s’agit de notre monde, avec toutes ses chutes et ses douleurs, ses appels et ses révoltes, tout ce qui crie vers Dieu, aujourd’hui, depuis les terres de misère ou de guerre, dans les foyers déchirés, les prisons, sur les embarcations surchargées de migrants…

Tant de larmes, tant de misère dans la coupe que le Fils boit pour nous.

Tant de larmes, tant de misère qui ne sont pas perdues dans l’océan du temps, mais recueillies par lui, pour être transfigurées dans le mystère d’un amour où le mal est englouti.

C’est bien de la fidélité invincible de Dieu à notre humanité qu’il s’agit au Golgotha.

C’est une naissance qui s’y opère !

Il nous faut oser dire que la joie de l’Évangile est la vérité de cet instant !

Si notre regard ne rejoint pas cette vérité, alors nous restons prisonniers de rets de la souffrance et de la mort. Et nous rendons vaine pour nous la Passion du Christ.

Prière

Seigneur, nos yeux sont obscurs. Et comment t’accompagner si loin ? « Miséricorde » est ton nom. Mais ce nom est une folie.
Qu’éclatent les vieilles outres de nos cœurs !

Guéris notre regard pour qu’il s’illumine de la bonne nouvelle de l’Évangile, à l’heure où nous nous tenons au pied de la Croix de ton Fils.

Et nous pourrons célébrer « la longueur, la largeur, la profondeur et la hauteur » (Ep 3,18) de l’amour du Christ, le cœur consolé et ébloui.


1ère Station : Jésus est condamné à mort

De l’Évangile selon Luc

Lorsqu’il fit jour, le conseil des Anciens du peuple se réunit, grands prêtres et scribes. Ils l’amenèrent devant leur tribunal (22,66).

De l’Évangile selon Marc

Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Puis quelques-uns se mirent à lui cracher dessus, et à le gifler en disant :  » Fais le prophète « . Et les valets le bourrèrent de coups (14,64-65).

Méditation

Il n’a pas fallu beaucoup de délibération aux hommes du Sanhédrin pour se prononcer. Depuis longtemps déjà, la cause était entendue. Il faut que Jésus meure !

Ainsi pensaient déjà ceux qui voulaient le précipiter depuis l’escarpement de la colline, le jour où, dans la synagogue de Nazareth, Jésus avait déplié le rouleau en proclamant lui-même les mots du livre d’Isaïe : « L’Esprit de Dieu repose sur moi, l’Esprit de Dieu m’a consacré… pour annoncer une année de grâce de la part du Seigneur » (Lc 4,18.19).

Déjà, quand il avait guéri l’infirme à la piscine de Bethesda, inaugurant le Sabbat de Dieu qui libère de toutes les captivités, les murmures homicides avaient enflé contre lui (cf. Jn 5,1-18).

Et, dans la dernière ligne du chemin, tandis qu’il montait à Jérusalem pour la Pâque, l’étau s’était resserré, inexorablement : il n’échapperait plus à ses ennemis (cf. Jn 11,45-57).

Mais il nous faut avoir la mémoire plus longue encore. Dès Bethléem, aux jours de sa naissance, Hérode avait décrété qu’il devait mourir. L’épée des sbires du roi usurpateur massacra les petits enfants de Bethléem. Jésus échappa alors à leur furie. Mais pour un temps seulement. Il n’était déjà plus qu’une vie en sursis. Dans les pleurs de Rachel sur ses enfants qui ne sont plus résonne, en sanglots, la prophétie de la douleur que Syméon annoncera à Marie (cf. Mt 2,16-18; Lc 2,34-35).

Prière

Seigneur Jésus, toi le Fils bien-aimé, qui est venu nous visiter, passant parmi nous en faisant le bien, rendant à la vie ceux qui habitent l’ombre de la mort, tu sais nos cœurs tortueux.

Nous déclarons être amis du bien et vouloir la vie. Mais nous sommes pécheurs et complices de la mort.

Nous nous proclamons tes disciples, mais nous prenons des chemins qui se perdent loin de tes pensées, loin de ta justice et de ta miséricorde. Ne nous abandonne pas à nos violences.

Que ta patience pour nous ne s’épuise pas. Délivre-nous du mal !

Pater noster

« Ô mon peuple, que t’ai-je fait ? En quoi t’ai-je contristé ? Réponds-moi » (Impropères)


2ème Station : Jésus est renié par Pierre

De l’Évangile selon Luc

Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C’est sûr, disait-il celui-là était avec lui ; et puis, il est Galiléen ». Pierre répondit : « Je ne sais pas ce que tu veux dire ». Et aussitôt, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole du Seigneur qui lui avait dit : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois ». Il sortit et pleura amèrement (22,59-62).

Méditation

Autour d’un brasero, dans la cour du Sanhédrin, Pierre et quelques autres se réchauffent en ces heures froides de la nuit que traversent des allées et venues fiévreuses. A l’intérieur, le sort de Jésus va se jouer, dans le face à face avec ses accusateurs. C’est sa mort qu’ils vont exiger.

Comme une marée qui monte, l’hostilité enfle à l’entour. Comme l’étoupe s’enflamme, la haine prend et se multiplie. Bientôt une foule vociférante exigera de Pilate la grâce pour Barrabas et la condamnation de Jésus.

Difficile de se déclarer ami d’un condamné à mort sans être traversé d’un frisson d’effroi. La fidélité intrépide de Pierre ne va pas résister aux paroles soupçonneuses de la servante, la portière du lieu.

Reconnaître qu’il est disciple du rabbi galiléen, ce serait faire plus de cas de la fidélité à Jésus que de sa propre vie ! Quand elle implique ce courage, la vérité a du mal à trouver des témoins… Les hommes sont faits ainsi que beaucoup lui préfèrent alors le mensonge ; et Pierre est de notre humanité. Il trahit, à trois reprises. Puis il croise le regard de Jésus. Et ses larmes coulent, amères et pourtant douces, comme une eau qui lave une souillure.

Bientôt, dans quelques jours, auprès d’un autre feu de braise, sur le rivage du lac, Pierre reconnaîtra son Seigneur ressuscité, qui lui confiera le soin de ses brebis. Pierre apprendra sans mesure le pardon que prononce le Ressuscité sur toutes nos trahisons. Et il recevra part à une fidélité qui, désormais, lui fera accepter sa propre mort comme une offrande jointe à celle du Christ.

Seigneur, notre Dieu, tu as voulu que ce soit Pierre, le disciple renégat et pardonné, qui reçoive la charge de guider ton troupeau.

Inscris dans nos cœurs la confiance et la joie de savoir que, en toi, nous pouvons traverser les ravins de la peur et de l’infidélité.

Fais que, instruits par Pierre, tous tes disciples soient les témoins du regard que tu portes sur nos défaillances. Que jamais, nos duretés ou nos désespoirs ne rendent vaine la Résurrection de ton Fils !

Pater noster

Christ mort pour nos péchés,
Christ ressuscité pour notre vie,
nous t’en prions, prends pitié de nous.


3ème Station : Jésus et Pilate

De l’Évangile selon Marc

L’ayant amené et livré à Pilate, ils multipliaient contre lui leurs accusations. Le matin, les grands- prêtres préparèrent un conseil avec les anciens, les scribes, et tout le Sanhédrin ; puis après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Et les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate, voulant contenter la foule, leur relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié (Mc 15,1.3.15).

De l’Évangile selon Matthieu

Pilate prit de l’eau et se lava les mains en présence de la foule en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme ; à vous de voir ! » (Mt 27,24)

Du livre du prophète Isaïe

Nous tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous (Is 53,6).

Méditation

Rome de César Auguste, la nation civilisatrice, dont les légions se font une mission de conquérir les peuples, pour leur apporter les bienfaits de son ordre juste !

Rome, aussi, présente à la Passion de Jésus en la personne de Pilate, le représentant de l’empereur, le garant du droit et de la justice en terre étrangère.

Pourtant, le même Pilate qui déclare ne trouver aucun mal en Jésus est celui qui ratifie sa condamnation à mort. Dans le prétoire où Jésus est en procès, la vérité éclate : la justice des païens n’est pas supérieure à celle du Sanhédrin des Juifs !

Décidément ce Juste, qui concentre étrangement sur lui les pensées homicides du cœur humain, réconcilie Juifs et païens. Mais c’est, pour l’instant, en les faisant également complices du meurtre de lui-même. Pourtant le temps vient – il est tout proche – où ce Juste les réconciliera autrement, par la Croix et par un pardon qui les rejoindra tous, Juifs et païens, les guérira ensemble de leurs lâchetés et les libérera de leur commune violence.

Une seule condition pour avoir part à ce don : ce sera de confesser l’innocence du seul Innocent, l’Agneau de Dieu immolé pour le péché du monde. Ce sera de renoncer à la suffisance qui murmure en nous : « Je suis innocent du sang de cet homme ». Ce sera de plaider coupable, dans la confiance qu’un amour infini nous enveloppe tous, juifs et païens, et que Dieu nous appelle tous à devenir ses fils.

Prière

Seigneur, notre Dieu, face à Jésus livré et condamné, nous ne savons faire autre chose que de nous disculper et d’accuser les autres. Si longtemps, nous chrétiens avons chargé ton peuple Israël du poids de ta condamnation à mort. Si longtemps, nous avons ignoré que nous devions nous reconnaître tous complices dans le péché, pour être tous sauvés par le sang de Jésus crucifié.

Donne-nous de reconnaître en ton Fils l’Innocent, le seul de toute notre histoire. Lui qui a accepté d’être « fait péché pour nous » (cf. 2 Co 5,21), afin que par lui tu puisses nous retrouver, humanité recréée dans l’innocence en laquelle tu nous créas, et en laquelle tu nous fais tes fils.

Pater noster

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?


4ème Station : Jésus Roi de gloire

De l’Évangile selon Marc

Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais. Ils le revêtirent de pourpre, puis, ayant tressé une couronne d’épines, ils la lui mirent sur la tête. Ils se mirent à le saluer : « Salut, roi des Juifs » (15,16-18).

Du livre du prophète Isaïe

Sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits ; objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance comme quelqu’un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n’en faisions aucun cas. Et nous autres, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié (Is 53,2-4).

Méditation

Banalité du mal. Ils sont légion les hommes, les femmes, les enfants mêmes, violentés, humiliés, torturés, assassinés, sous tous les cieux, en chaque temps de l’histoire.

Sans chercher protection dans la condition divine qui est la sienne, Jésus prend place dans le terrible cortège des souffrances que l’homme inflige à l’homme. Il sait la déréliction des humiliés et des plus abandonnés.

Mais de quelle aide nous serait la souffrance d’un innocent de plus ?

Celui-là qui est l’un de nous est d’abord le Fils bien-aimé du Père, qui vient accomplir toute justice par son obéissance. Et soudain tous les signes s’inversent. Voilà que les paroles et les gestes de dérision de ses tortionnaires nous découvrent – ô paradoxe absolu – l’insondable vérité : celle de la vraie, de l’unique royauté, révélée comme celle d’un amour qui n’a rien voulu savoir d’autre que la volonté du Père et son désir que tous les hommes soient sauvés. « Tu ne voulais ni sacrifice, ni oblation, alors j’ai dit : “voici je viens. Au rouleau du livre, il m’est prescrit de faire tes volontés” » (Ps 40,7-9).

Cette heure du Vendredi saint le proclame : il est une seule gloire en ce monde et dans l’autre, qui est de connaître et d’accomplir la volonté du Père. Nul d’entre nous ne peut prétendre à plus haute dignité que celle d’être fils en Celui qui s’est fait obéissant pour nous jusqu’à la mort de la croix.

Prière

Seigneur, notre Dieu, nous t’en prions, en ce jour saint qui accomplit la révélation : renverse en nous et en notre monde les idoles. Tu sais leur pouvoir sur nos esprits et sur nos cœurs.

Renverse en nous les figures mensongères de la réussite et de la gloire.

Renverse en nous les images sans cesse renaissantes d’un Dieu selon nos pensées, d’un Dieu distant, si loin du visage révélé dans l’alliance et qui se découvre aujourd’hui en Jésus, au-delà de toute prévision, en excès de toute espérance.

Lui que nous confessons comme le « resplendissement de [ta] gloire » (He 1,3).

Fais-nous entrer dans la joie éternelle, qui nous fait acclamer en Jésus revêtu de pourpre et couronné d’épines, le roi de gloire que chante le psaume : « Portes, levez vos frontons, Elevez-vous portes éternelles, qu’il entre le roi de gloire » (Ps 24,9).

Pater noster

« Portes, levez vos frontons,
Elevez-vous portes éternelles,
qu’il entre le roi de gloire »


5ème Station : Jésus porte sa croix

Du livre des Lamentations

Vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s’il est une douleur pareille à la douleur qui me tourmente dont le Seigneur m’a affligée au jour de sa brûlante colère (Lm 1,12).

Du Psaume 146

Heureux qui a l’appui du Dieu de Jacob et son espoir dans le Seigneur son Dieu… Le Seigneur délie les enchaînés, le Seigneur rend la vue aux aveugles, le Seigneur redresse les courbés, le Seigneur protège l’étranger, il soutient l’orphelin et la veuve (Ps 146,5-9).

Méditation

Sur le rude chemin du Golgotha, Jésus n’a pas porté la croix comme un trophée ! Il ne ressemble en rien aux héros de nos imaginations qui terrassent glorieusement des ennemis maléfiques.

Pas après pas, il a marché, le corps toujours plus pesant et plus lent. Il a éprouvé sa chair entamée par le bois du supplice, les jambes qui défaillent sous la charge.

Génération après génération, l’Église a médité ce chemin jalonné de trébuchements et de chutes.

Jésus tombe, se relève, puis retombe, reprend la marche épuisante, probablement sous les coups des gardes qui l’escortent, puisque c’est ainsi que sont traités, maltraités, les condamnés en notre monde.

Celui qui a relevé les corps grabataires, redressé la femme courbée, arraché à son lit de mort la petite fille de Jaïre, remis debout tant d’accablés, le voici aujourd’hui effondré sur le sol poussiéreux.

Le Très Haut est à terre.

Fixons le regard sur Jésus. Par lui, le Très Haut nous enseigne qu’il est aussi, ô stupeur, le Très Bas, prêt à descendre jusqu’à nous, toujours plus bas s’il le faut, de sorte qu’aucun ne se perde dans les bas-fonds de sa misère.

Prière

Seigneur, notre Dieu, tu descends au fond de notre nuit, sans mettre de limite à ton humiliation, puisque c’est en elle que tu rejoins la terre souvent ingrate, parfois dévastée, de nos vies.

Donne à ton Eglise, nous t’en supplions, de témoigner que le Très Haut et le Très Bas sont un seul visage en toi. Donne-lui de porter à tous ceux qui tombent la nouvelle de l’Evangile : aucune chute ne peut nous soustraire à ta miséricorde. Il n’existe aucune perte, aucun abîme qui soient trop profonds pour que tu ne puisses retrouver celui qui s’est égaré.

Pater noster

Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté.


6ème Station : Jésus et Simon de Cyrène

De l’Évangile selon Luc

Comme ils l’emmenaient, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus (23,26).

De l’Évangile selon Matthieu

« Quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ? » (25,37-39).

Méditation

Jésus trébuche sur le chemin, le dos écrasé sous le poids de la croix. Mais il faut aller de l’avant, marcher, et encore marcher, car c’est le Golgotha, le sinistre « lieu du Crâne », hors les murs de la ville, qui est le but de l’escadron qui presse Jésus.

Un homme est justement de passage, qui a les bras solides. A l’évidence, il est étranger aux événements du jour. Il rentre chez lui, ignorant tout de l’histoire du rabbi Jésus, quand il est réquisitionné par les gardes pour porter la croix.

Qu’aura-t-il su du condamné poussé par les gardes vers son supplice ? Que pouvait-il connaître de celui qui « n’avait plus figure humaine », tel le serviteur défiguré d’Isaïe ?

De sa surprise, d’une première objection peut-être, de la pitié qui l’a saisi, rien ne nous est dit. L’Evangile a seulement gardé mémoire de son nom, Simon, originaire de Cyrène. Mais l’Evangile a aussi voulu porter jusqu’à nous le nom de ce libyen et son pauvre geste de secours, pour nous enseigner qu’en soulageant la peine d’un condamné à mort, Simon a soulagé la peine de Jésus, le Fils de Dieu, qui croisa son chemin dans la condition d’esclave, endossée pour nous, endossée pour lui, pour le salut du monde. Sans qu’il le sache.

Prière

Seigneur, notre Dieu, tu nous as révélé qu’en chaque pauvre qui est nu, qui est prisonnier, qui est assoiffé, c’est toi qui te présente à nous, et c’est toi que nous recevons, visitons, revêtons ou désaltérons :

« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (Mt 25,36).

Mystère de ta rencontre avec notre humanité ! C’est ainsi que tu rejoins tout homme ! Nul n’est privé de cette rencontre, s’il consent à être un homme de compassion.

Nous te présentons, comme une offrande sainte, tous les gestes de bonté, d’accueil, de dévouement, qui sont accomplis chaque jour en notre monde.

Daigne les reconnaître comme la vérité de notre humanité, qui parle plus haut que tous les gestes de rejet ou de haine.

Daigne bénir les hommes et les femmes de compassion, qui te rendent gloire, même s’ils ne savent pas encore prononcer ton nom.

Pater noster

Christ mort pour nos péchés,
Christ ressuscité pour notre vie,
Nous t’en prions, prends pitié de nous.


7ème Station : Jésus et les filles de Jérusalem

De l’Évangile selon Luc

Le peuple, en grande foule, le suivait ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Mais se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi. Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants… Car si on traite ainsi le bois vert, qu’arrivera-t-il au bois sec » (23,27-28.31).

Méditation

Les pleurs que Jésus confie aux filles de Jérusalem comme une œuvre de compassion, ces pleurs des femmes ne manquent pas à notre monde.

Ils coulent silencieusement sur les joues des femmes. Plus souvent encore, probablement, de façon invisible, dans leur cœur, comme les larmes de sang dont parle Catherine de Sienne.

Non que les larmes reviennent aux femmes, comme si leur lot était d’être pleureuses passives et impuissantes, au milieu d’une histoire que les hommes, seuls, seraient censés écrire.

Car leurs pleurs sont aussi, et d’abord, tous ceux qu’elles recueillent, loin de tout regard et de toute célébration, dans un monde où il y a beaucoup à pleurer. Pleurs des petits enfants terrorisés, des blessés des champs de bataille en appel d’une mère, pleurs solitaires des malades et des mourants au seuil de l’inconnu. Pleurs de désarroi, qui ruissellent sur la face de notre monde qui fut créé, au premier jour, pour des larmes de joie, dans la jubilation de l’homme et de la femme ensemble.

Et même, Etty Hillesum, femme forte d’Israël demeurée debout dans la tourmente de la persécution nazie, qui aura plaidé jusqu’au bout la bonté de la vie, nous souffle à l’oreille ce secret qu’elle devine au terme de sa route : il y a des larmes à consoler sur le visage de Dieu, quand il pleure sur la misère des siens.

Dans l’enfer qui engloutit le monde, elle ose prier Dieu : « Je vais essayer de t’aider », lui dit-elle. Audace si féminine et si divine !

Prière

Seigneur, notre Dieu, Dieu de tendresse et de pitié, Dieu plein d’amour et de fidélité, apprends-nous, dans les jours heureux, à ne pas mépriser les larmes des pauvres qui crient vers toi et qui nous appellent au secours. Apprends-nous à ne pas passer indifférents auprès d’eux. Apprends-nous à oser pleurer avec eux.

Apprends-nous aussi, dans la nuit de nos peines, de nos solitudes et de nos déceptions, à entendre la parole de grâce que tu nous révélas sur la montagne : « Bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » (Mt 5,4).

Pater noster

Christ mort pour nos péchés,
Christ ressuscité pour notre vie,
Nous t’en prions, prends pitié de nous.


 8ème Station : Jésus est dépouillé de ses vêtements

De l’Évangile selon Jean

Ils prirent ses vêtements et firent quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique (Jn 19,23).

Du livre de Job

« Nu je suis sorti du sein maternel et nu j’y retournerai » (1,21).

Méditation

Le corps humilié de Jésus est dépouillé. Exposé aux regards de dérision et de mépris. Le corps de Jésus labouré de plaies et destiné à l’ultime supplice de la crucifixion. Humainement, qu’y aurait-il à faire d’autre que de baisser les yeux pour ne pas ajouter à son déshonneur ?

Mais l’Esprit vient au secours de notre désarroi. Il nous apprend à entendre la langue de Dieu, langue de la kénose, cet abaissement de Dieu pour nous rejoindre là où nous sommes.

C’est cette langue de Dieu que parle pour nous le théologien orthodoxe Christos Yannaras : « Langue de la kénose : Jésus enfant nu dans la crèche, dénudé dans le fleuve, recevant le baptême comme un serviteur, suspendu à l’arbre de la croix, nu, comme un malfaiteur. C’est par tout cela qu’il a manifesté son amour pour nous ».

Entrant dans ce mystère de grâce, nous pouvons rouvrir les yeux sur le corps supplicié de Jésus. Alors nous commençons à discerner ce que notre œil ne peut voir : sa nudité rayonne de la même lumière que celle dont irradiait son vêtement, lors de la Transfiguration.

Lumière qui fait reculer toute ténèbre.

Lumière irrésistible de l’amour jusqu’au bout. Prière

Prière

Seigneur notre Dieu, nous plaçons sous tes yeux la foule immense des hommes qui subissent la torture, l’affreux cortège des corps maltraités, tremblant d’angoisse à l’approche des coups, agonisant dans des bas-fonds sordides.

Recueille leur plainte, nous t’en supplions.

Le mal nous laisse sans voix et sans secours.

Mais toi tu sais ce que nous ne savons pas. Tu sais trouver un passage dans le chaos et la noirceur du mal. Tu sais faire éclater déjà, dans la Passion de ton Fils bien-aimé, la vie de la résurrection.

Augmente en nous la foi !
Nous te présentons aussi la folie des tortionnaires et de leurs commanditaires.

Elle aussi nous laisse sans voix… Sauf à te prier et à t’implorer dans les larmes avec les mots de la prière que tu nous as enseignée : « Délivre-nous du mal » !

Pater noster

Christ mort pour nos péchés
Christ ressuscité pour notre vie,
Nous t’en prions, prends pitié de nous.


 9ème Station : Jésus est crucifié

De l’Évangile selon Luc

Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils l’y crucifièrent, ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Et Jésus disait : « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (23,33-34).

Du livre du prophète Isaïe

Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison (53,5).

Méditation

Vraiment Dieu est là où il ne devrait pas être !

Le Fils bien-aimé, le Saint de Dieu, est ce corps exhibé sur une croix d’infamie, livré au déshonneur, entre deux malfaiteurs. Homme de douleur dont on se détourne. A vrai dire, comme on se détourne de tant d’êtres humains défigurés que croisent nos chemins.

Le Verbe de Dieu, en qui tout fut créé, n’est plus qu’une chair muette et souffrante. La cruauté de notre humanité s’est déchaînée contre lui, et elle a vaincu.

Oui, Dieu est là où il ne devrait pas être et où, pourtant, nous avons tellement besoin qu’il soit !

Il était venu pour nous partager sa vie. « Prenez ! » n’a-t-il cessé de dire en offrant sa guérison aux infirmes, son pardon aux cœurs égarés, son corps au repas de la Pâque.

Mais il s’est retrouvé entre nos mains, en territoire de mort et de violence. Celle qui nous sidère dans l’actualité du monde. Celle aussi qui rôde en chacun : les moines tués à Tibhirine le savaient bien eux qui ajoutaient à leur prière « Désarme-les ! », l’imploration « Désarme-nous ! ».

Il fallait que la douceur de Dieu visite nos enfers, seul moyen de nous délivrer du mal.

Il fallait que le Christ Jésus importe l’infinie tendresse de Dieu au cœur du péché du monde.

Il fallait cela, afin qu’exposée à la vie de Dieu, la mort recule et s’effondre, comme un ennemi qui a trouvé plus fort que lui et qui disparaît dans le néant.

Prière

Seigneur, notre Dieu, accueille notre louange silencieuse.

Comme les rois qui restent sans voix devant l’œuvre du serviteur que la prophétie d’Isaïe révèle (cf. 52,15), nous sommes dans la stupéfaction devant l’Agneau immolé pour notre vie et celle du monde. Nous confessons que par tes blessures, nous sommes guéris.

« Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut […] Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâces, et j’invoquerai le nom du Seigneur » (Ps 116,12.17).

Pater noster

Christ mort pour nos péchés Christ
ressuscité pour notre vie,
Nous t’en prions, prends pitié de nous.


10ème Station : Jésus tourné en dérision sur la croix

De l’Évangile selon Luc

Les chefs se moquaient : « Il en a sauvé d’autres, disaient-ils ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ de Dieu, l’Élu ! ». Les soldats aussi se gaussèrent de lui ; s’approchant pour lui présenter du vinaigre, ils disaient : « Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ». Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs ». L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même et nous aussi ! » (23,35-39).

« Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre qu’elle devienne du pain … Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas… Car il est écrit : “ Les anges te porteront sur leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre ” » (4,3.9-11).

Méditation

Jésus n’aurait-il pas pu descendre de la croix ? Nous osons à peine nous formuler cette question. L’Évangile ne la met-il pas dans la bouche des impies ?

Pourtant, elle nous hante, à la mesure même dont nous appartenons encore au monde de la tentation, que Jésus a affrontée durant les quarante jours au désert, porche et ouverture de son ministère. “ Si tu es Fils de Dieu change ces pierres en pain, […] jette-toi du haut du temple, puisque Dieu veille sur son ami…”. Mais, à la mesure dont, baptisés dans la mort et dans la résurrection du Christ Jésus, nous le suivons sur son chemin, les défis du Malin n’ont plus de prise sur nous, ils sont réduits à néant, leur mensonge est dévoilé.

Alors se découvre l’impérieuse nécessité du « il fallait » (Lc 24,26), que Jésus enseigne patiemment et ardemment aux marcheurs du chemin d’Emmaüs.

« Il fallait… » que le Christ soit dans cette obéissance et cette impuissance, pour nous rejoindre dans l’impuissance, où nous a mis notre désobéissance.

Et nous commençons à concevoir que « seul le Dieu souffrant peut sauver », comme l’écrivait le pasteur Dietrich Bonhoeffer, aux derniers mois de sa vie assassinée, quand, éprouvant jusqu’au bout la puissance du mal, il pouvait ramasser, en cette vérité simple et vertigineuse, la confession de foi chrétienne.

Prière

Seigneur, notre Dieu, qui nous délivrera des pièges de la puissance selon le monde ? Qui nous libérera de la tyrannie des mensonges, qui nous font exalter les puissants et courir nous-mêmes après les fausses gloires ?

Toi seul peux convertir nos cœurs.

Toi seul peux nous faire aimer les voies de l’humilité.

Toi seul…, qui nous révèles qu’il n’est de victoire que dans l’amour, et que tout le reste n’est que paille que le vent disperse, mirage qui s’évanouit sous ta vérité.

Nous t’en prions, Seigneur, dissipe les mensonges qui veulent régner sur nos cœurs et sur le monde. Fais-nous vivre selon tes voies, pour que le monde reconnaisse la puissance de la Croix.

Pater noster…

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?


 11ème Station : Jésus et sa mère

De l’Évangile selon Jean

Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie de Magdala. Jésus, voyant sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis, il dit au disciple : « Voici ta mère ». Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui (Jn 19,25-27).

Méditation

Marie, elle aussi, est parvenue au terme du chemin. La voici arrivée à ce jour dont parlait le vieillard Siméon. Lorsqu’il avait élevé dans ses bras tremblants le petit enfant et que son action de grâces s’était prolongée par des mots mystérieux, qui tissaient ensemble drame et espérance, douleur et salut.

« Vois !, avait-il déclaré, cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, – et toi-même une épée te transpercera l’âme ! – afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs » (Lc 2,34-35).

Déjà la visite de l’ange avait fait retentir dans son cœur l’incroyable annonce : Dieu avait choisi sa vie pour faire éclore la nouveauté promise à Israël, « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu » (1 Co 2,9 ; cf. Is 64,3). Et elle avait consenti à ce projet divin, qui commencerait par bouleverser sa chair, qui accompagnerait ensuite l’enfant né de son sein sur des voies imprévisibles.

Au long des jours si ordinaires de Nazareth, puis au temps de la vie publique, quand il avait fallu faire place à l’autre famille, celle des disciples, ces étrangers dont Jésus se faisait des frères, des sœurs, une mère, elle avait gardé ces choses dans son cœur. Elle les avait remises à la longue patience de sa foi.

Aujourd’hui est le temps de l’accomplissement. Le glaive qui perce le côté du Fils perce aussi son cœur. Marie aussi s’enfonce dans la confiance sans appui, où Jésus vit jusqu’au bout l’obéissance au Père.

Debout, elle ne déserte pas. Stabat Mater. Elle sait, de nuit, mais de certitude, que Dieu tient promesse. Elle sait, de nuit, mais de certitude, que Jésus est la promesse et son accomplissement.

Prière

Marie, mère de Dieu et femme de notre race, toi qui nous engendres maternellement en celui que tu as engendré, soutiens en nous la foi aux heures de ténèbres, apprends-nous l’espérance contre toute espérance.

Garde toute l’Eglise dans une veille fidèle, comme le fut ta fidélité, humblement docile aux pensées de Dieu, qui nous attirent là où nous ne penserions pas aller, qui nous associent, par-delà toute prévision, à l’œuvre du salut.

Pater noster

Salve, Regina, mater misericordiae;
Vita, dulcedo et spes nostra, salve.


12ème Station : Jésus meurt sur la croix

De l’Évangile selon Jean

Jésus dit : « J’ai soif ». Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d’une branche d’hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C’est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit. […] Venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté, il sortit aussitôt du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage – son témoignage est véridique, et celui-là sait qu’il dit vrai – pour que vous aussi, vous croyiez (19, 28-30.33-35).

Méditation

Maintenant, tout est achevé. La tâche de Jésus est accomplie. Il était sorti du Père pour la mission de la miséricorde. Celle-ci a été remplie avec une fidélité qui aura été jusqu’au bout de l’amour. Tout est accompli. Jésus remet son esprit entre les mains du Père.

Apparemment, il est vrai, tout semble s’abîmer dans le silence de la mort qui tombe sur le Golgotha et les trois croix dressées. En ce jour de la Passion qui va vers sa fin, pour qui passe par ce chemin y aurait-il autre chose à comprendre que l’échec de Jésus, la ruine d’une espérance qui avait rendu cœur à beaucoup, consolé les pauvres, relevé les humiliés, laissé entrevoir aux disciples que le temps était venu où Dieu accomplissait les promesses annoncées par ses prophètes ? Tout cela paraissait perdu, ruiné, effondré.

Pourtant, au milieu de tant de déception, voilà que l’évangéliste Jean fixe nos yeux sur un détail minuscule et s’y arrête avec solennité. De l’eau et du sang coulent du côté du Crucifié. Ô
étonnement ! La blessure ouverte par la lance du soldat est passage pour de l’eau et du sang, qui nous parlent de vie et de naissance.

Le message est infiniment discret, mais tellement éloquent pour les cœurs qui ont un peu de mémoire. Du corps de Jésus jaillit la source que le prophète a vu sortir du Temple. La source qui grossit et se change en un fleuve puissant, dont les eaux assainissent et font fructifier tout ce qu’elles touchent sur leur passage. Jésus n’avait-il pas désigné un jour son corps comme le temple nouveau ? Et le « sang de l’alliance » accompagne l’eau. Jésus n’avait-il pas parlé de sa chair et de son sang comme nourriture pour la vie éternelle ?

Prière

Seigneur, Jésus, en ces jours saints du mystère pascal renouvelle en nous la joie de notre baptême.

Quand nous contemplons l’eau et le sang qui coulent de ton côté, enseigne-nous à reconnaître de quelle source notre vie est engendrée, de quel amour ton Église est édifiée, pour quelle espérance à partager au monde tu nous as élus et tu nous envoies.

« Ici est la source de vie qui lave tout l’univers, jaillissant de la plaie du Christ » : que notre baptême soit notre seule gloire, dans une action de grâces émerveillée.

Pater noster

Digne est l’Agneau égorgé de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la louange, dans les siècles des siècles ! Amen !


13ème Station : Jésus est descendu de la croix

De l’Évangile selon Luc

[Joseph d’Arimathie] descendit le corps, le roula dans un linceul et le mit dans une tombe taillée dans le roc, où personne encore n’avait été placé (Lc 23,53).

Méditation

Gestes de sollicitude et d’honneur pour le corps profané et humilié de Jésus. Des hommes et les femmes se retrouvent au pied de la croix. Joseph, originaire d’Arimathie, « homme bon et juste » (Lc 23,50), qui réclame le corps à Pilate, rapporte saint Luc, Nicodème, le visiteur du soir, ajoute saint Jean. Et des femmes, obstinément fidèles, regardent.

La méditation de l’Église a aimé leur adjoindre la Vierge Marie si vraisemblablement présente, elle aussi, à cet instant.

Marie, Mère de pitié, qui reçoit dans ses bras le corps né de sa chair et tendrement, discrètement accompagné au long des années, comme une mère demeure dans le souci de son enfant.

Désormais, c’est un corps immense qu’elle recueille, à la mesure de sa douleur, à la mesure de la création nouvelle qui s’enfante de la passion d’amour qui a traversé le cœur du fils et de la mère.

Dans le grand silence qui s’est installé après les vociférations de la troupe, les quolibets des passants et les bruits de la crucifixion, les gestes ne sont plus maintenant que douceur, caresse de respect. Joseph descend le corps qui s’abandonne entre ses bras. Il l’enveloppe dans un linceul, le dépose à l’intérieur du tombeau tout neuf, qui attend son hôte dans le jardin tout proche.

Jésus a été arraché aux mains de ses meurtriers. Désormais, dans la mort, il se retrouve entre celles de la tendresse et de la compassion.

La violence des hommes homicides a reflué très loin. La douceur a fait retour au lieu du supplice.

Douceur de Dieu et de ceux qui lui appartiennent, ces cœurs doux auxquels Jésus promit un jour qu’ils posséderaient la terre. Douceur originelle de la création et de l’homme à l’image de Dieu. Douceur du terme, quand toute larme sera séchée, tandis que le loup habitera avec l’agneau, parce que la connaissance de Dieu aura rejoint toute chair (cf. Is 11, 6.9).

Chant à Marie

Ô Marie, ne pleure plus : ton fils, notre Seigneur, s’endort dans la paix. Et son Père, dans la gloire, ouvre les portes de la vie !

Ô Marie, réjouis-toi : Jésus ressuscité a vaincu la mort !

Pater noster

En ta paix, Seigneur, je me couche et m’endors.
Je m’éveille : tu es mon soutien.


14ème station : Jésus dans le tombeau et les femmes

De l’Évangile selon Luc

Cependant les femmes qui étaient venues avec Jésus de Galilée avaient suivi Joseph ; elles regardèrent le tombeau et comment son corps avait été mis. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et durant le Sabbat, elles se tinrent en repos, selon le précepte (23,55-56).

Méditation

Les femmes s’en sont retournées. Celui qu’elles avaient accompagné, marcheuses endurantes et secourables sur les routes de Galilée, celui-là n’est plus. Il ne leur laisse pour compagnie, ce soir, que la vision qu’elles emportent de son tombeau et du linceul où il repose maintenant. Pauvre et précieux souvenir de jours fervents anéantis. Solitude et silence. D’ailleurs, le Sabbat approche, qui convie Israël à chômer, comme Dieu chôma, quand la création fut achevée, accomplie sous sa bénédiction.

C’est d’un autre achèvement qu’il s’agit aujourd’hui. Pour l’heure caché et impénétrable. Sabbat où se tenir aujourd’hui immobile, dans le recueillement du cœur et de la mémoire voilée de larmes. En préparant aussi les parfums et les aromates dont elles feront leur dernier hommage à son corps, demain, au petit jour.

Mais s’apprêtent-elles seulement, par ce geste, à embaumer leur espérance ?

Et si Dieu avait préparé une réponse à leur sollicitude qu’elles ne peuvent deviner, imaginer, pressentir même… La découverte d’un tombeau vide…, l’annonce qu’il n’est plus ici, parce qu’il a brisé les portes de la mort…

Prière

Seigneur notre Dieu, daigne voir et bénir tous les gestes des femmes qui honorent dans notre monde la fragilité des corps qu’elles entourent de douceur et d’honneur.

Et nous, qui t’avons accompagné sur ce chemin de l’amour jusqu’au bout, daigne nous garder, avec les femmes de l’Évangile, dans la prière et dans l’attente que nous savons exaucées par la résurrection de Jésus, que ton Église s’apprête à célébrer dans l’exultation de la nuit pascale.

Pater noster

A lui gloire et puissance dans les siècles des siècles ! Amen !

Les Sept dernières paroles du Christ: 7e réflexion de carême

Septième parole
« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
Luc 23, 44-46

  1. Cette dernière parole est tirée du Psaume 31. Pourquoi Luc met-il les paroles de ce psaume sur les lèvres de Jésus et non pas le psaume 22 tel que nous le retrouvons dans le récit de Mathieu et de Marc ?
  2. Qu’est-ce que ces dernières paroles nous disent sur le désir de Jésus pour nous et sur notre relation à Dieu ?
  3. De quelle manière « cultiver une attitude intérieure d’abandon total et inconditionnel envers Dieu ? »
  4. Nous sommes tous pécheurs. Qu’est-ce que Dieu veut pour nous en tant que pécheurs ?
  5. Avant son élection comme pape Jean-Paul 1er, le cardinal Albino Luciani écrit une lettre à Jésus dans laquelle il exprimait son insuf sance de mots et d’expressions que nous ressentons tous alors que nous nous adressons à Jésus. Cette Semaine Sainte, pouvez-vous prendre le temps d’écrire votre propre lettre à Jésus ?
  6. Lors des Journées mondiales de la Jeunesse 2016, le pape François s’exprimait ainsi :
    « Le Chemin de la croix est celui du bonheur de suivre le Christ jusqu’au bout, dans des circonstances souvent dramatiques de la vie quotidienne ; […] C’est un chemin d’espoir, un chemin pour le futur ». Alors que nous acceptons d’entrer dans cette démarche que nous propose le Chemin de Croix de ce Vendredi Saint, comment apporterons-nous ce chemin d’espoir dans notre famille, notre milieu de travail et dans notre cœur ?

Les Sept dernières paroles du Christ: 6e réflexion de carême

Sixième parole
« Tout est accompli. »
Jean 19, 29-30

  1. Quel est le sens plénier du mot « accompli » dans le contexte du récit de la Passion de Jean ?
  2. Pour l’évangéliste Jean, pourquoi le Vendredi Saint est-il une première Pentecôte ?
  3. Lorsque nous xons notre regard sur Jésus cruci é, que voyons-nous ?
  4. Est-ce qu’une personne dans notre vie fut un point d’ancrage pour nous ?
  5. « La mort ne peut empêcher les personnes importantes dans nos vies de devenir des points d’ancrage pour nous ». Est-ce qu’une personne aimée défunte fut un point d’ancrage pour moi ?
  6. Le Vendredi Saint, pourquoi prions-nous pour nos frères et sœurs d’autres confessions religieuses ?

Homélie du pape François pour le dimanche des Rameaux

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe du dimanche des Rameaux (9 avril 2017) en la Place Saint-Pierre au Vatican:

Cette célébration a comme une double saveur, douce et amère ; elle est joyeuse et douloureuse, car nous y célébrons le Seigneur qui entre dans Jérusalem et qui est acclamé par ses disciples en tant que roi. Et en même temps, le récit évangélique de sa passion est solennellement proclamé. C’est pourquoi notre cœur sent le contraste poignant et éprouve dans une moindre mesure ce qu’a dû sentir Jésus dans son cœur en ce jour, jour où il s’est réjoui avec ses amis et a pleuré sur Jérusalem.

Depuis 32 ans, la dimension joyeuse de ce dimanche a été enrichie par la fête des jeunes : les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui sont célébrées cette année au niveau diocésain, mais qui sur cette Place connaîtront sous peu un moment toujours émouvant, d’horizons ouverts, avec le remise de la Croix par les jeunes de Cracovie à ceux du Panama.

L’Évangile proclamé avant la procession (cf. Mt 21, 1-11) décrit Jésus qui descend du mont des Oliviers monté sur un ânon, sur lequel personne n’est jamais monté. Cet Évangile met en exergue l’enthousiasme des disciples, qui accompagnent le Maître par de joyeuses acclamations et on peut vraisemblablement imaginer comment cet enthousiasme a gagné les enfants et les jeunes de la ville, qui se sont unis au cortège par leurs cris.  Jésus lui-même reconnaît dans cet accueil joyeux une force imparable voulue par Dieu, et il répond aux pharisiens scandalisés : « Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40).

Mais ce Jésus, qui selon les Écritures, entre justement ainsi dans la ville sainte, n’est pas un naïf qui sème des illusions, un prophète ‘‘new age’’, un vendeur d’illusions, loin de là : il est un Messie bien déterminé, avec la physionomie concrète du serviteur, le serviteur de Dieu et de l’homme qui va vers la passion ; c’est le grand Patient de la douleur humaine.

Donc, tandis que nous aussi, nous fêtons notre Roi, pensons aux souffrances qu’il devra subir au cours de cette Semaine. Pensons aux calomnies, aux outrages, aux pièges, aux trahisons, à l’abandon, à la justice inique, aux parcours, aux flagellations, à la couronne d’épines…, et enfin à la via crucis jusqu’à la crucifixion.

Il l’avait clairement dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive «  (Mt 16, 24). Il n’a jamais promis honneurs et succès. Les Évangiles sont clairs. Il a toujours prévenu ses amis que sa route était celle-là, et que la victoire finale passerait par la passion et la croix. Et cela vaut pour nous également. Pour suivre fidèlement Jésus, demandons la grâce de le faire non pas par les paroles mais dans les faits, et d’avoir la patience de supporter notre croix : de ne pas la rejeter, de ne pas la jeter, mais en regardant Jésus, de l’accepter et de la porter, jour après jour.

Et ce Jésus, qui accepte d’être ovationné tout en sachant bien que le ‘‘crucifie-[le]’’ l’attend, ne nous demande pas de le contempler uniquement dans les tableaux ou sur les photographies, ou bien dans les vidéos qui circulent sur le réseau. Non ! Il est présent dans beaucoup de nos frères et sœurs qui aujourd’hui, aujourd’hui connaissent les souffrances comme lui : ils souffrent du travail d’esclaves, ils souffrent de drames familiaux, de maladies… Ils souffrent à cause des guerres et du terrorisme, à cause des intérêts qui font mouvoir les armes et qui les font frapper. Hommes et femmes trompés, violés dans leur dignité, rejetés… Jésus est en eux, en chacun d’eux, et avec ce visage défiguré, avec cette voix cassée, il demande à être regardé, à être reconnu, à être aimé.

Ce n’est pas un autre Jésus : c’est le même qui est entré à Jérusalem au milieu des rameaux de palmiers et d’oliviers agités. C’est le même qui a été cloué à la croix et est mort entre deux malfaiteurs. Nous n’avons pas un autre Seigneur en dehors de lui : Jésus, humble Roi de justice, de miséricorde et de paix.

Vous pouvez également visionner la vidéo complète de cette célébration au lien suivant:

Veillée de prière pour la Journée Mondiale de la Jeunesse

Message du Président de la CECC Mgr Douglas Crosby o.m.i. pour Pâques 2017

Vous trouverez ci-dessous le vidéo du message du président de la Conférence des évêques catholiques du Canada Mgr Douglas Crosby o.m.i. pour Pâques 2017:

Lors de la veillée pascale, nous célébrons la lumière du Christ que nous portons, pleins d’espoir, dans un monde plongé dans l’obscurité et l’incertitude. Dans l’ombre du massacre de Sainte-Foy en février dernier, dans un contexte de tensions croissantes entre les puissances nucléaires et de réfugiés en quête d’asile, l’invocation de l’espérance semble prématurée à certains et dangereusement naïve à d’autres. À un niveau plus personnel, en cette fête de Pâques, le moral de certains est peut-être sapé par la maladie, le deuil, la rupture familiale, les dépendances, ou le chômage. Lorsque l’espérance commence à disparaître, la peur prend le dessus et nous perdons la paix.

La fête de Pâques est censée nous laisser un sentiment très différent du présent et du futur. Elle nous offre une réalité pleine de joie. Pâques proclame que la peur, la terreur et la mort ne sont pas la fin de l’histoire. Ainsi, les prières de la veillée pascale sont porteuses d’une confiance sans équivoque : « Nous allons donc commémorer ensemble la Pâque du Seigneur en écoutant sa parole et en célébrant ses sacrements, dans l’espérance d’avoir part à son triomphe sur la mort et de vivre avec lui pour toujours en Dieu. » (Missel romain : Bénédiction du feu et préparation du cierge pascal).

Lorsque la vie nous a déçus ou lorsque les luttes ne cessent de se succéder, nous pouvons trouver difficile de croire en la victoire du Seigneur. Telle est la réalité pour plusieurs d’entre nous, même pour ceux qui se sont consacrés inlassablement à l’amour de Dieu et de leur prochain. C’est à cela que les écrits intimes de Sainte Mère Teresa nous donnent à réfléchir. Pour certains, la perte de l’espérance peut même entraîner de l’amertume ou le sentiment d’avoir été trahi par Dieu.

Comme lorsque la trompette retentit, Pâques interrompt cette spirale descendante avec des paroles inattendues : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts » (Luc 24,5). Cette question paradoxale a été posée aux trois femmes qui sont arrivées devant le tombeau vide à l’aube du premier jour de la semaine. Ce qu’elles ont découvert n’aurait pas pu être prévu par les cycles naturels de la vie; car de même que la vieillesse n’est pas suivie par la jeunesse, ainsi la mort de Jésus ne pouvait-elle pas être naturellement suivie par la vie.

Mais il n’y a rien de naturel dans la Résurrection. C’est un événement qui bouleverse et renverse le temps et la nature. La Résurrection n’est possible qu’en tant qu’acte divin; et comme tous les actes divins, elle est un moment de prise de conscience pour chacun de nous, nous rappelant que Dieu qui ressuscite les morts est plus réel, plus puissant que toute crise ou tout échec que nous pouvons rencontrer.

Pour nous tous devant le tombeau vide, quelques soient les circonstances, il y a une espérance insondable. Il y a de l’espérance pour ceux qui se trouvent dans les périphéries de la société; de l’espérance pour les gouvernements et leurs dirigeants; de l’espérance pour l’Église en ce temps de purification et de renouveau, et de l’espérance pour vous comme pour moi dans nos efforts vers la sainteté (Jérémie 29,11).

En cette fête de Pâques, alors que nos cœurs sont allumés par l’insatiable feu de l’amour de Dieu, il nous est demandé de nous confier à l’amour du Christ tandis que nous plaçons notre espérance dans le pouvoir divin qui « chasse les crimes et lave les fautes, rend l’innocence aux coupables et l’allégresse aux affligés, dissipe la haine, dispose l’amitié et soumet toute puissance. » (Missel romain, Exultet, forme longue).

Je tiens à adresser mes prières et bénédictions à chacun et chacune d’entre vous, pour que votre temps pascal soit rempli d’espérance.

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Pâques 2017

La maison de Joseph, le Juste de Nazareth

Nutrition

Une réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour la fête de Saint Joseph, 20 mars 2017 (Traduction: Francis Denis)

Un des événements les plus marquants de notre récent pèlerinage en Terre Sainte fut le temps que nous avons passé à Nazareth et la visite des fouilles archéologiques sous le couvent des sœurs de Nazareth. Bien que la ville de Nazareth soit connue pour son imposante Basilique de l’Annonciation, construite au-dessus de la grotte où eut lieu l’Annonciation à Marie et dont l’entretien est entre les mains des Franciscains de la Custodie de Terre Sainte, les excavations sous le couvent des sœurs de Nazareth qui se trouve de l’autre côté de la rue face à la Basilique sont tout aussi fascinantes. Ce site relativement peu connu permet de voir une maison datant du premier siècle. Aujourd’hui, on croit qu’il s’agit de l’endroit où Jésus a été élevé par Marie et Joseph. La maison est faite de murs en pierre et en mortier partiellement encastrée dans une colline rocheuse. Ces fouilles commencent tranquillement à être reconnues comme la « maison et l’église de la nutrition » (endroit ou la Sainte Famille s’est installée et a vécu) ainsi qu’un lieu à proximité de la tombe du Juste de Nazareth, saint Joseph.

Les premières excavations au couvent datent de 1984. À cette époque, les sœurs faisaient des réparations dans une citerne de leur cellier lorsqu’elles découvrirent d’anciennes pierres travaillées qui s’avérèrent être une chambre dotée d’une voute. Les sœurs et des jeunes filles de leur école, avec quelques hommes de construction, creusèrent plus profondément et tirèrent de la terre d’autres structures de pierre, incluant deux tombeaux taillées dans la pierre. En 1936, le père jésuite Henri Senès, qui était architecte avant de devenir prêtre, a visité le site et a enregistré les détails des structures découvertes par les sœurs dans leur sous-sol. Son travail n’avait jamais été publié et, donc, personne ne connaissait ce lieu sinon les sœurs et les personnes qui avaient visité ce couvent. L’archéologue franciscain italien bien connu, p. Bellarmino Bagatti (1905-1990), qui avait fait une enquête sur place en 1937, pensait que tout le complexe était une tombe. C’était l’opinion de la plupart des experts de l’époque. Or, il était impensable qu’une tombe ait pu être construite à proximité d’une maison juive puisque les lois juives sur la pureté l’auraient formellement interdit.

En 2006, les sœurs ont permis au groupe Projet archéologique Nazareth le plein accès au site et mirent également à sa disposition les dessins et les notes du père Senès qu’elles avaient précieusement gardés. Dirigée par Ken Dark, professeur à l’Université de Reading au Royaume-Unis, une équipe d’archéologues étudia le site. Combinant les analyses du père Senès, les notes des excavations précédentes des sœurs, avec leurs propres recherches, cette équipe reconstitua l’historique du développement du site depuis le premier siècle jusqu’à nos jours. Ainsi, les archéologues datèrent la maison au premier siècle et l’identifièrent comme étant un endroit où des gens qui, bien qu’ayant vécu des siècles après le temps de Jésus, croyaient qu’il s’agissait de la maison où Jésus avait grandi avec Joseph et Marie. « Était-ce la maison où Jésus a grandi ? Scientifiquement parlant c’est impossible à affirmer » déclarait le professeur Dark dans son article écrit dans le magazine Biblical Archaeology Review. Toutefois, ajoutait-il, « il n’y pas non plus de raison archéologique pour qu’une telle affirmation soit complètement écartée ».

Le professeur Dark et son équipe ont découvert des preuves de l’existence d’une église de l’époque des croisades ainsi qu’une autre de l’ère Bizantine, toutes deux construites sur cette structure de pierre du premier siècle. Ils découvrirent que, des siècles après la vie de Jésus, l’église de la Nutrition fut construite autour de cette maison et des deux tombes adjacentes, mais elle cessa d’être utilisée au 8e siècle. Elle fut reconstruite au 12e siècle lorsque les croisés contrôlaient la région mais elle fut brûlée au 13e siècle. Les tombes ainsi que la maison ont été décorées par des mosaïques durant la période byzantine, suggérant qu’elles étaient d’une importance particulière et possiblement vénérées par des pèlerins.

Le professeur Dark est convaincu que cette structure était vénérée comme la maison de la Sainte Famille. Il découvrit également que les tombes étaient taillées dans les murs de la maison et ont été construites après avoir été abandonnées. Cette pratique ne serait donc pas entrée en conflit avec les lois juives. En effet, Dark a trouvé que les tombes de pierre de chaque côté de la structure s’harmonisaient particulièrement avec le récit d’Arculf, un évêque français qui, lors d’un pèlerinage, avait visité l’église de la Nutrition aux alentours de 670. Dans son récit, il fait mention d’une église « bâtie sur le lieu de la maison où le Seigneur avait été nourri durant son enfance ». Cela a mené Dark à croire qu’il s’agissait de la même église que dans le récit de Arculf.

Tomb

La tombe adjacente à la maison du premier siècle est aujourd’hui communément appelée « la tombe du Juste » et certainement vénérée à l’époque des Croisades. Peut-être croyaient-ils qu’il s’agissait de la tombe de saint Joseph. [Read more…]

Les Sept dernières paroles du Christ: 3e réflexion de carême

Troisième parole
« Femme, voici ton ls. » […] « Voici ta mère. »
Jean 19, 25-27

1. Marie, la Mère de Dieu, est parmi les cinq personnes qui se trouvent au pied de la croix, avec le « disciple bien-aimé ». Qui est ce disciple bien-aimé ?

2. À l’Annonciation, Marie répond à l’Ange, messager de Dieu, :« Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1, 26-38). Comment ce « oui » de Marie fut-il pleinement accompli au pied de la croix ?

3. De quelle manière cette parole du Christ à sa mère et au disciple bien-aimé a-t-elle contribué à donner naissance à l’Église, au Peuple de Dieu ?

4. La Communion des Saints est décrite de nombreuses manières à travers l’Écriture. Comment faites-vous l’expérience de cette communion avec les autres croyants d’aujourd’hui ?

5. Lorsque des personnes participent à la Semaine Sainte, plus particulièrement les différents services du Triduum pascal dans votre paroisse, celles-ci se sentent-elles accueillies par une communauté chaleureuse et pleine de bonté ?

6. Le Jeudi Saint 2016, le pape François, qui a lavé les pieds de réfugiés à Rome, a été décrit ainsi : « L’évêque de Rome a parlé du pouvoir communicatif des actions concrètes, disant que ces gestes de fraternité, de tendresse, de concorde et de paix […] sont un puissant témoignage dans un monde qui a besoin désespérément de tels signes et gestes ». Identi ez une action concrète que vous pouvez faire cette semaine pour être un signe de paix et de tendresse en ce monde ?

 

Vous pouvez vous procurer le livre « Les Sept dernières paroles du Christ » du père Thomas Rosica c.s.b. en ligne:
Vous pouvez également consulter le guide d’étude du carême 2017 au lien suivant:

http://saltandlighttv.org/seven-last-words/pdf/seven_last_words_studyguide_fr.pdf

Homélie du pape François pour le mercredi des cendres

«Revenez à moi de tout votre cœur, […] revenez au Seigneur votre Dieu » (Jl 2, 12.13) : c’est le cri par lequel le prophète Joël s’adresse au peuple au nom du Seigneur; personne ne pouvait se sentir exclu: «Rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons; […] le jeune époux […] et la jeune mariée » (v. 16). Tout le peuple fidèle est convoqué pour se mettre en chemin et adorer son Dieu, «car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour » (v. 13).

Nous voulons nous aussi nous faire l’écho de cet appel, nous voulons revenir au cœur miséricordieux du Père. En ce temps de grâce que nous commençons aujourd’hui, fixons une fois encore notre regard sur sa miséricorde. La Carême est un chemin: il nous conduit à la victoire de la miséricorde sur tout ce qui cherche à nous écraser ou à nous réduire à quelque chose qui ne convient pas à la dignité des fils de Dieu. Le Carême est la route de l’esclavage à la liberté, de la souffrance à la joie, de la mort à la vie. Le geste des cendres par lequel nous nous mettons en chemin nous rappelle notre condition d’origine: nous avons été tirés de la terre, nous sommes faits de poussière. Oui, mais poussière dans les mains amoureuses de Dieu qui souffle son Esprit de vie sur chacun de nous et veut continuer à le faire; il veut continuer à nous donner ce souffle de vie qui nous sauve des autres types de souffle : l’asphyxie étouffante provoquée par nos égoïsmes, asphyxie étouffante générée par des ambitions mesquines et des indifférences silencieuses; asphyxie qui étouffe l’esprit, réduit l’horizon et anesthésie les battements du cœur. Le souffle de la vie de Dieu nous sauve de cette asphyxie qui éteint notre foi, refroidit notre charité et détruit notre espérance. Vivre le Carême c’est désirer ardemment ce souffle de vie que notre Père ne cesse de nous offrir dans la fange de notre histoire.

Le souffle de la vie de Dieu nous libère de cette asphyxie dont, souvent nous ne sommes pas conscients, et que nous sommes même habitués à «normaliser», même si ses effets se font sentir; cela nous semble «normal» car nous sommes habitués à respirer un air où l’espérance est raréfiée, un air de tristesse et de résignation, un air étouffant de panique et d’hostilité.

Le Carême est le temps pour dire non. Non à l’asphyxie de l’esprit par la pollution causée par l’indifférence, par la négligence à penser que la vie de l’autre ne me regarde pas, par toute tentative de banaliser la vie, spécialement celle de ceux qui portent dans leur chair le poids de tant de superficialité. Le Carême veut dire non à la pollution intoxicante des paroles vides et qui n’ont pas de sens, de la critique grossière et rapide, des analyses simplistes qui ne réussissent pas à embrasser la complexité des problèmes humains, spécialement les problèmes de tous ceux qui souffrent le plus. Le Carême est le temps pour dire non ; non à l’asphyxie d’une prière qui nous tranquillise la conscience, d’une aumône qui nous rend satisfaits, d’un jeûne qui nous fait nous sentir bien. Le Carême est le temps pour dire non à l’asphyxie qui nait des intimismes qui excluent, qui veulent arriver à Dieu en esquivant les plaies du Christ présentes dans les plaies des frères: ces spiritualités qui réduisent la foi à une culture de ghetto et d’exclusion.

Le Carême est le temps de la mémoire, c’est le temps pour penser et nous demander: qu’en serait-il de nous si Dieu nous avait fermé la porte. Qu’en serait-il de nous sans sa miséricorde qui ne s’est pas lassée de pardonner et qui nous a toujours donné l’occasion de recommencer à nouveau ? Le Carême est le temps pour nous demander: où serions-nous sans l’aide de tant de visages silencieux qui, de mille manières, nous ont tendu la main et qui, par des gestes très concrets, nous ont redonné l’espérance et nous ont aidé à recommencer?

Le Carême est le temps pour recommencer à respirer, c’est le temps pour ouvrir le cœur au souffle de l’Unique capable de transformer notre poussière en humanité. Il n’est pas le temps pour déchirer nos vêtements face au mal qui nous entoure, mais plutôt pour faire de la place dans notre vie à tout le bien que nous pouvons faire, nous dépouillant de tout ce qui nous isole, nous ferme et nous paralyse. Le Carême est le temps de la compassion pour dire avec le psalmiste: «Rends-moi la joie d’être sauvé, que l’esprit généreux me soutienne », pour que par notre vie nous proclamions ta louange (cf. Ps 51, 14), et pour que notre poussière – par la force de ton souffle de vie – se transforme en «poussière aimée».

[00300-FR.01] [Texte original: Italien]

« La dame ne m’a pas demandé de vous convaincre mais de vous le dire »

Réflexion du père Thomas Roscia c.s.b. pour la Fête de Notre-Dame de Lourdes, 11 février 2017

Cette année, alors que nous célébrons la Fête de Notre-Dame de Lourdes le 11 février, nous commémorons également la 25e Journée Mondiale des malades. Mes premiers souvenirs remontent à ma première visite au très fameux sanctuaire de Lourdes, l’un des sites catholiques parmi les plus vénérés et visités du monde entier, situé tout près des Pyrénées à la limite de la frontière franco-espagnole. Cette visite remonte, en effet, à 1978 lorsque j’étais étudiant à l’université et que je terminais un stage d’été en Bretagne où j’avais travaillé bénévolement comme « brancardier » c’est-à-dire une de ces personnes qui accueillent les personnes malades d’un « Accueil » ou d’un hospice jusqu’à la grotte puis dans les bains. J’y ai découvert une histoire extraordinaire qui demeure encore aujourd’hui inconnue pour beaucoup de gens. Il y a peu de lieux de pèlerinage sur terre qui permettent de toucher le Mystère de la Croix et la valeur rédemptrice de la souffrance avec autant d’intensité ; qui permettent, en effet, de faire l’expérience du cœur de la vie chrétienne.

Le 11 février 1858, une petite fille du coin nommée Bernadette Soubirous âgée de 14 ans affirme que Notre-Dame lui est apparue lorsqu’elle se trouvait dans la grotte de Massabielle aux périphéries de la ville de Lourdes dans le sud-ouest de la France. Marie s’est révélée en ces mots à cette petite paysanne : « Que soy era Immaculada Conceptiou ». Exprimée dans le dialecte de la petite Bernadette (ni français, ni espagnol mais provençal), cette phrase signifie « Je suis l’Immaculée Conception ». Dans les mois qui ont suivi, la Vierge lui apparut 18 fois.

Le dogme de l’Immaculée Conception est complexe et a davantage intéressé les théologiens que le commun des fidèles. Encore aujourd’hui, beaucoup se trompent en croyant que l’Immaculée Conception se réfère à la conception du Christ. Ce dogme se réfère plutôt à la croyance selon laquelle Marie, par une grâce spéciale et du moment de sa conception, ne fut pas entachée par le péché originel.

Or, l’une des pierres d’achoppement pour beaucoup de catholiques est le péché originel. Aujourd’hui, nous sommes de moins en moins conscients de la réalité du péché originel. Or, s’il n’y a pas de péché originel, l’Immaculée Conception n’a pas de sens. Par l’entremise du dogme de l’Immaculée Conception, Dieu était présent dans la vie de Marie depuis ses tous premiers moments. La Grâce de Dieu est plus grande que le péché, elle surpasse le péché et la mort.

Lorsque nous honorons la Mère de Dieu sous le titre d’« Immaculée Conception », nous reconnaissons en elle un modèle de pureté, d’innocence, de confiance, de curiosité enfantine, de révérence et de respect; elle qui avait également une conscience mature et apte à comprendre que la vie n’est pas toujours simple. Il est rare de trouver en une même personne révérence et sophistication, idéalisme et réalisme, pureté, innocence et passion tels que nous les trouvons en Marie. Quelque chose en nous cherche cette innocence, cette pureté, cette fraîcheur et cette confiance. Lorsque nous les perdons, nous nous retrouvons cyniques et désillusionnés avec un sentiment malheureux qui vient précisément du fait d’avoir « fait le tour », d’avoir ouvert nos yeux ou, en d’autres termes, d’avoir une connaissance sans innocence. Nous devons garder cette innocence en gardant un équilibre entre les deux. Par ce titre d’« Immaculée Conception » nous avons l’image d’une humanité et d’une divinité qui se rencontrent dans la chaleur d’un foyer. Dieu est confortable en notre présence et nous le sommes également en Lui.

Journée mondiale des malades

Chaque année, le Pape publie un message spécial pour la Journée mondiale des malades  célébrée, d’une manière on ne peut plus appropriée le 11 février, Fête de Notre-Dame de Lourdes. Le thème de cette année est « Émerveillement pour tout ce que Dieu accomplit : 
« Le Puissant fit pour moi de grandes choses … » (Lc 1,49)[1]. Comme le pape François le mentionne dans son message, cette journée fut instituée par Saint Jean-Paul II en 1992 et fut célébrée pour la première fois le 11 février 1993. Elle est l’occasion de réfléchir en particulier pour les besoins des malades, mais plus généralement, pour tous ceux qui souffrent. C’est également l’occasion pour ceux qui assistent si généreusement les malades, dont les membres de la famille, les travailleurs du domaine de la santé, les bénévoles, de remercier Dieu pour leur vocation d’accompagnateurs de nos frères et sœurs handicapés.

Continuant son propos, le pape François affirme : « Comme sainte Bernadette, nous sommes sous le regard de Marie. L’humble jeune fille de Lourdes raconte que la Vierge, qu’elle a appelée “la Belle Dame”, la regardait comme on regarde une personne. Ces simples paroles décrivent la plénitude d’une relation. Bernadette, pauvre, analphabète et malade, se sent regardée par Marie comme une personne. La Belle Dame lui parle avec grand respect, sans prendre un air supérieur. Cela nous rappelle que chaque malade est et reste toujours un être humain, et doit être traité comme tel. Les infirmes, comme les porteurs de handicaps même très lourds, ont leur inaliénable dignité et leur mission dans la vie, et ne deviennent jamais de simples objets, même si parfois ils peuvent sembler seulement passifs, mais en réalité, ce n’est jamais ainsi ».

Après ce passage à la Grotte, grâce à la prière, Bernadette a transformé sa fragilité en support pour les autres. Grâce à son amour, elle fut capable d’enrichir son prochain mais, surtout, elle a pu offrir sa vie pour le salut de l’humanité. Le fait que la Dame d’Amour lui demanda de prier pour les pécheurs nous rappelle que les infirmes et les souffrants n’ont pas seulement besoin de soins corporels mais également de vivre une vie chrétienne authentique, au point de s’offrir comme disciples missionnaires du Christ. Marie a donné à Bernadette la vocation de servir les malades en devenant une Sœur de la Charité. Vocation qu’elle porta d’une manière exemplaire au point de devenir un modèle pour tous les travailleurs des soins de la santé. « Demandons donc à l’Immaculée Conception la grâce de savoir nous mettre toujours en relation avec le malade comme avec une personne qui, certainement, a besoin d’aide, parfois aussi pour les choses les plus élémentaires, mais qui porte en elle un don personnel à partager avec les autres. »

Le pape François a également inclus cette prière dans son message annuel :

O Marie, notre Mère, qui, dans le Christ, accueille chacun de nous comme un enfant,
Soutiens l’attente confiante de notre cœur,
Secours-nous dans nos infirmités et nos souffrances,
Guide-nous vers le Christ ton fils et notre frère,
et aide-nous à nous confier au Père qui accomplit de grandes choses.

Bien que caché dans un coin reculé de la France, Lourdes a une vocation universelle envers l’humanité et, ce, depuis 1858. Au cours des années, j’ai souvent réfléchi à l’expérience et à la souffrance de Bernadette alors qu’elle essayait de partager l’histoire de sa rencontre avec la « Belle Dame » avec ceux qui l’entouraient. Même le scepticisme des autorités locales de l’Église envers son histoire a pu servir comme temps de purification afin que le grand message de Lourdes puisse continuer à résonner dans le monde entier. La foi simple et la confiance en Dieu de Bernadette m’inspire et a inspiré plusieurs à ne pas avoir peur de partager les histoires de leurs expériences et convictions religieuses avec ceux qui les entourent. Avons-nous peur de l’indifférence, de l’hostilité, d’être mis de côté ou d’être ridiculisés ? Je prends courage dans la réponse de Bernadette au chef de police de Lourdes qui lui disait qu’elle ne l’avait pas convaincu des événements qu’elle racontait s’être produits dans la grotte près de la rivière : «  La dame ne m’a pas demandé de vous convaincre mais de vous le dire  ».

Prions pour ne jamais nous fatiguer de raconter à ceux qui nous entourent les grandes choses que Dieu a faites pour nous et pour l’humanité.