Homélie du pape François pour la Solennité des saints Pierre et Paul

Vous trouverez ci-dessous l’homélie du pape François telle que prononcée ce matin sur la Place Saint-Pierre pour la Solennité des saints Pierre et Paul:

La liturgie de ce jour nous offre trois mots essentiels pour la vie de l’Apôtre : confession, persécution, prière.

La confession est celle de Pierre dans l’Evangile, quand la question du Seigneur, de générale devient particulière. En effet, Jésus demande d’abord : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » (Mt 16, 13). Chez la plupart des gens, il émerge de ce “sondage” que le peuple considère Jésus comme un prophète. Alors le Maître pose aux disciples la question vraiment décisive : « Et vous ? Que dites-vous? Pour vous qui suis-je ? » (v.15). A ce moment seul Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (v. 16). Voilà la confession: reconnaître en Jésus le Messie attendu, le Dieu vivant, le Seigneur de sa propre vie.

Cette question vitale, Jésus l’adresse aujourd’hui à nous, à nous tous, en particulier à nous pasteurs. C’est la question décisive, devant laquelle il n’y a pas de réponses de circonstance, parce que la vie est en jeu : et la question de la vie demande une réponse de vie. Car si l’on ne confesse pas Jésus Seigneur par sa propre vie, connaître les articles de foi sert à peu de choses. Aujourd’hui il nous regarde dans les yeux et demande : « Qui suis-je pour toi ? » Comme pour dire : « Suis-je encore, moi, le Seigneur de ta vie, la direction de ton cœur, la raison de ton espérance, ta confiance indestructible ? » Avec saint Pierre, renouvelons aujourd’hui, nous aussi, notre choix de vie comme disciples et apôtres. Passons de nouveau de la première à la seconde question de Jésus, pour être « à lui » non seulement en paroles, mais dans les faits et dans la vie.

Demandons-nous si nous sommes des chrétiens de salon, qui bavardent sur la manière dont vont les choses dans l’Eglise et dans le monde, ou plutôt des apôtres en chemin, qui confessent Jésus par la vie parce qu’ils l’ont dans le cœur. Celui qui confesse Jésus sait qu’il est tenu non seulement de donner son opinion mais de donner la vie ; il sait qu’il ne peut pas croire de manière tiède mais qu’il est appelé à “brûler” d’amour ; il sait que dans la vie il ne peut “se laisser vivre” ou s’installer dans le bien être, mais qu’il doit risquer de prendre le large, renouvelant chaque jour le don de soi. Celui qui confesse Jésus fait comme Pierre et Paul : il le suit jusqu’à la fin ; non jusqu’à un certain point, mais jusqu’à la fin, et il le suit sur son chemin, non pas sur nos chemins. Son chemin est le chemin de la vie nouvelle, de la joie et de la résurrection, le chemin qui passe aussi par la croix et par les persécutions.

Voilà le second mot, persécutions. Ce ne sont pas seulement Pierre et Paul qui ont donné le sang pour le Christ, mais toute la communauté, au début, a été persécutée, comme le rappelle le Livre des Actes des Apôtres (cf. 12, 1). Aujourd’hui aussi, en diverses parties du monde, parfois dans un climat de silence – un silence souvent complice -, beaucoup de chrétiens sont marginalisés, calomniés, discriminés, faits l’objet de violences même mortelles, souvent en l’absence d’engagement de la part de ceux qui pourraient faire respecter leurs droits sacrosaints.

Mais je voudrais surtout souligner ce que l’Apôtre Paul affirme avant d’« être – comme il écrit – offert en sacrifice » (2Tm 4, 6). Pour lui, vivre c’était le Christ (cf. Ph 1, 21), et le Christ crucifié (cf. 1Co 2, 1), qui a donné sa vie pour lui (cf. Ga 2, 20). Ainsi, fidèle disciple, Paul a suivi le Maître en offrant lui aussi sa vie. Sans la croix il n’y a pas de Christ, mais sans la croix il n’y a pas non plus de chrétien. En effet, « c’est le propre de la vertu chrétienne, non seulement de faire le bien, mais aussi de savoir supporter les maux » (Augustin, Disc. 46, 13), comme Jésus. Supporter le mal, ce n’est pas seulement avoir de la patience et aller de l’avant avec résignation ; supporter, c’est imiter Jésus : c’est porter le poids, le porter sur ses épaules pour lui et pour les autres. C’est accepter la croix, allant de l’avant avec confiance parce que nous ne sommes pas seuls : le Seigneur crucifié et ressuscité est avec nous. Ainsi, avec Paul nous pouvons dire qu’ « en toute circonstance nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés; nous sommes déconcertés, mais non désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés » (2Co 4, 8-9).

Supporter, c’est savoir vaincre avec Jésus à la manière de Jésus, non pas à la manière du monde. Voilà pourquoi Paul – nous l’avons entendu – se considère comme un vainqueur qui va recevoir la couronne (cf. 2Tm 4, 8) et il écrit : « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (v. 7). L’unique conduite de son bon combat a été de vivre pour : non pour lui-même mais pour Jésus et pour les autres. Il a vécu “en courant”, c’est-à-dire sans s’épargner, mais au contraire en se consumant. Il dit avoir gardé une chose : non pas la santé, mais la foi, c’est-à-dire la confession du Christ. Par amour pour lui, il a vécu les épreuves, les humiliations et les souffrances, qu’il ne faut jamais rechercher mais accepter. Et ainsi, dans le mystère de la souffrance offerte par amour, en ce mystère que tant de frères persécutés, pauvres et malades incarnent encore aujourd’hui, resplendit la force salvifique de la croix de Jésus.

Le troisième mot est prière. La vie de l’Apôtre, qui jaillit de la confession et débouche en offrande, se déroule tous les jours dans la prière. La prière est l’eau indispensable qui nourrit l’espérance et fait grandir la confiance. La prière fait que nous nous sentons aimés et nous permet d’aimer. Elle nous fait aller de l’avant dans les moments sombres, car elle allume la lumière de Dieu. Dans l’Eglise c’est la prière qui nous soutient tous et nous fait surmonter les épreuves. Nous le voyons encore dans la première lecture : « Tandis que Pierre était ainsi détenu dans la prison, l’Eglise priait Dieu pour lui avec insistance » (Ac 12, 5). Une Eglise qui prie est gardée par le Seigneur et marche en sa compagnie. Prier c’est lui confier le chemin pour qu’il en prenne soin. La prière est la force qui nous unit et nous soutient, le remède contre l’isolement et l’autosuffisance qui conduisent à la mort spirituelle. Car l’Esprit de vie ne souffle pas si l’on ne prie pas, et sans prière les prisons intérieures qui nous retiennent captifs ne s’ouvrent pas.

Que les saints Apôtres nous obtiennent un cœur comme le leur, fatigué et pacifié par la prière : fatigué parce qu’il demande, frappe et intercède, chargé de beaucoup de personnes et de situations à confier ; mais en même temps pacifié, parce que l’Esprit apporte consolation et force quand on prie. Combien il est urgent dans l’Eglise d’avoir des maîtres de prière, mais avant tout d’être des hommes et des femmes de prière, qui vivent la prière !

Le Seigneur intervient quand nous prions, lui qui est fidèle à l’amour que nous lui avons confessé et qui nous est proche dans les épreuves. Il a accompagné le chemin des Apôtres et il vous accompagnera vous aussi, chers frères Cardinaux, ici réunis dans la charité des Apôtres qui ont confessé la foi par le sang. Il sera aussi proche de vous, chers frères Archevêques qui, en recevant le Pallium, serez confirmés à vivre pour le troupeau, en imitant le Bon Pasteur qui vous soutient en vous portant sur ses épaules. Que le Seigneur lui-même, qui désire ardemment voir tout son troupeau réuni, bénisse et garde aussi la Délégation du Patriarche Œcuménique, et le cher frère Bartholomée, qui l’a envoyée en signe de communion apostolique.

[01027-FR.01] [Texte original: Italien]

Le pallium est une sorte de large collier de laine. Orné de six croix noires, il comporte trois longues pièces lestées de morceaux de plomb dont deux pendent sur la poitrine et l’autre dans le dos.

La laine utilisée pour confectionner le pallium vient de deux agneaux offerts chaque année au Pape en la fête de sainte Agnès, le 21 janvier. Les agneaux sont d’abord conduits à l’église Ste-Agnès où ils sont bénis. Ils arrivent coiffés de deux couronnes de fleurs, l’une blanche et l’autre rouge. Celles-ci représentent la pureté d’Agnès, que les archevêques doivent tendre à imiter, et le martyre d’Agnès, que les archevêques doivent être prêts à subir. Les agneaux sont ensuite tondus et les pallia confectionnés. La veille de la solennité des grands apôtres Pierreet Paul (le 28 juin), les palliums sont déposés pour la nuit dans le cercueil d’argent qui siège au-dessus de la tombe de Pierre dans la crypte vaticane. Le lendemain (29 juin), les palliums sont remis aux nouveaux archevêques métropolitains. Cette cérémonie est la seule occasion où plus d’un évêque peut revêtir le pallium en même temps. De façon symbolique, le Pape partage avec les archevêques sa mission de « nourrir mes agneaux et mes brebis » confiée par Jésus à Pierre (voir Jean 21, 15-19). La laine sur les épaules évoque l’image de la brebis que le Bon Pasteur prend sur ses épaules. Elle rappelle également aux archevêques le poids de leurs fonctions. En conférant le pallium à chaque nouvel archevêque, le Saint-Père lui impose une part du poids et des responsabilités qu’il porte lui-même.

Homélie du pape François lors du Consistoire pour la création de 5 nouveaux cardinaux

Aujourd’hui à 16 heures en la basilique Saint-Pierre de Rome, le pape François a tenu un Consistoire ordinaire public en vue de la création de cinq nouveaux cardinaux. La partie essentielle de cette cérémonie comprend l’imposition de la barrette, la présentation de l’anneau ainsi que l’assignement d’un titre de diaconie qui signifie service. La célébration a débuté par  des prières, entre autres d’action de grâce, et la lecture d’un passage de l’Évangile selon saint Marc (10, 32-45).

Par la suite, le Saint-Père a lu la formule de création des cardinaux et prononcé solennellement le nom des nouveaux cardinaux, proclamant ainsi leur ordre officiel. Le rite s’est poursuivi avec la profession de foi des nouveaux cardinaux devant le Peuple de Dieu ainsi que le serment de fidélité et d’obéissance au pape François et à ses successeurs.

Finalement, les nouveaux cardinaux, selon l’ordre de leur création, se mettent à genoux devant le Saint-Père qui leur impose le zucchetto et la barrette cardinalice et leur remet l’anneau de cardinal. Le Pape assigne à chaque cardinal une église de Rome en signe de participation à la charge pastorale du Pape dans son diocèse de Rome. Cette partie de la célébration se termine par l’échange de la paix entre le Pape et les nouveaux cardinaux.

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de ce consistoire :

«Jésus marchait devant eux». C’est l’image qui nous vient de l’Évangile que nous avons entendu (Mc 10, 32-45), et qui constitue aussi l’arrière-fond de l’acte que nous accomplissons: un Consistoire pour la création de nouveaux Cardinaux.

Jésus marche résolument vers Jérusalem. Il sait bien ce qui l’attend et il en a parlé plusieurs fois à ses disciples. Mais entre le cœur de Jésus et le cœur des disciples, il y a une distance, que seul l’Esprit Saint pourra combler. Jésus le sait; c’est pourquoi, il est patient avec eux, il leur parle avec franchise, et surtout il les précède, il marche devant eux.

Le long du chemin, les disciples eux-mêmes sont distraits par des intérêts non cohérents avec la “direction” de Jésus, avec sa volonté qui ne fait qu’un avec la volonté du Père. Par exemple – nous l’avons entendu – les deux frères Jacques et Jean pensent qu’il serait beau de s’asseoir à la droite et la gauche du roi d’Israël (cf. v. 37). Ils ne regardent pas la réalité! Ils croient voir et ne voient pas, savoir et ne savent pas, comprendre mieux que les autres et ne comprennent pas…

La réalité au contraire est tout autre, c’est celle que Jésus garde présente à l’esprit et qui guide ses pas. La réalité, c’est la croix, c’est le péché du monde qu’il est venu prendre sur lui et déraciner de la terre des hommes et des femmes. La réalité, ce sont les innocents qui souffrent et meurent à cause des guerres et du terrorisme; ce sont les esclavages qui ne cessent pas de nier la dignité, même à l’époque des droits humains; la réalité, ce sont les camps de réfugiés qui parfois ressemblent plus à un enfer qu’à un purgatoire; la réalité, c’est le rejet systématique de tout ce qui ne sert plus, y compris les personnes.

C’est cela que Jésus voit, tandis qu’il marche vers Jérusalem. Durant sa vie publique, il a manifesté la tendresse du Père, guérissant tous ceux qui étaient sous l’emprise du malin (cf. Ac 10, 38). Maintenant il sait qu’est venu le moment d’aller au bout, d’arracher la racine du mal, et pour cela, il va résolument vers la croix.

Nous aussi, frères et sœurs, nous sommes en chemin avec Jésus sur cette route. En particulier, je m’adresse à vous, très chers nouveaux Cardinaux. Jésus « marche devant vous » et il vous demande de le suivre résolument sur son chemin. Il vous appelle à regarder la réalité, à ne pas vous laisser distraire par d’autres intérêts, par d’autres perspectives. Il ne vous a pas appelés à devenir “des princes” de l’Église, à “être assis à sa droite ou à sa gauche”. Il vous appelle à servir comme lui et avec lui. A servir le Père et les frères. Il vous appelle à affronter, avec la même attitude que lui, le péché du monde et ses conséquences dans l’humanité d’aujourd’hui. En le suivant, Lui, vous marchez vous aussi devant le peuple saint de Dieu, gardant le regard fixé sur la croix et sur la résurrection du Seigneur.

Et alors, par l’intercession de la Vierge Mère, invoquons avec foi l’Esprit Saint, pour qu’il comble toute distance entre nos cœurs et le cœur du Christ, et que toute notre vie devienne un service à Dieu et à nos frères.

[01026-FR.01] [Texte original: Italien]

Homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte 2017

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte en la Place Saint-Pierre:

Se conclut aujourd’hui le temps de Pâques, cinquante jours qui, de la Résurrection de Jésus à la Pentecôte, sont marqués de manière spéciale par la présence de l’Esprit Saint. C’est lui, en effet, le Don pascal par excellence. C’est l’Esprit créateur, qui réalise toujours des choses nouvelles. Deux nouveautés nous sont montrées dans les Lectures d’aujourd’hui : dans la première, l’Esprit fait des disciples un peuple nouveau ; dans l’Évangile, il crée dans les disciples un cœur nouveau.

Un peuple nouveau. Le jour de Pentecôte, l’Esprit est descendu du ciel, sous forme de « langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa sur chacun […]. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 3-4). La Parole de Dieu décrit ainsi l’action de l’Esprit, qui se pose d’abord sur chacun et ensuite met tous en communication. Il fait à chacun un don et réunit tous dans l’unité. En d’autres termes, le même Esprit crée la diversité et l’unité et, ainsi, façonne un peuple nouveau, diversifié et uni : l’Église universelle. D’abord, avec imagination et de manière imprévisible, il crée la diversité ; à chaque époque, en effet, il fait fleurir des charismes nouveaux et variés. Ensuite, le même Esprit réalise l’unité : il relie, réunit, recompose l’harmonie : « Par sa présence et son action, il réunit dans l’unité les esprits qui sont distincts les uns des autres et séparés » (Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’évangile de Jean, XI, 11). En sorte qu’il y ait l’unité vraie, celle selon Dieu, qui n’est pas uniformité, mais unité dans la différence.

Pour réaliser cela, il convient de nous aider à éviter deux tentations récurrentes. La première, c’est celle de chercher la diversité sans l’unité. Cela arrive quand on veut se distinguer, quand on crée des coalitions et des partis, quand on se raidit sur des positions qui excluent, quand on s’enferme dans des particularismes propres, jugeant peut-être qu’on est meilleur ou qu’on a toujours raison. Ce sont les soi-disant ‘‘gardiens de la vérité’’. Alors, on choisit la partie, non le tout, l’appartenance à ceci ou à cela avant l’appartenance à l’Église ; on devient des ‘‘supporters’’ qui prennent parti plutôt que des frères et sœurs dans le même Esprit ; des chrétiens ‘‘de droite ou de gauche’’ avant d’être de Jésus ; des gardiens inflexibles du passé ou des avant-gardistes de l’avenir avant d’être des enfants humbles et reconnaissants de l’Église. Ainsi, il y a la diversité sans l’unité. La tentation opposée est en revanche celle de chercher l’unité sans la diversité. Cependant, ainsi, l’unité devient uniformité, obligation de faire tout ensemble et tout pareil, de penser tous toujours de la même manière. De cette façon, l’unité finit par être homologation et il n’y a plus de liberté. Mais, dit saint Paul, « là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17).

Notre prière à l’Esprit Saint, c’est alors de demander la grâce d’accueillir son unité, un regard qui embrasse et aime, au-delà des préférences personnelles, son Église, notre Église ; de prendre en charge l’unité de tous, de mettre fin aux bavardages qui sèment la division et aux envies qui empoisonnent, car être des hommes et des femmes d’Église signifie être des hommes et des femmes de communion ; c’est de demander également un cœur qui sente l’Église notre mère et notre maison : la maison accueillante et ouverte, où on partage la joie multiforme de l’Esprit Saint.

Et venons-en à la seconde nouveauté : un cœur nouveau. Jésus Ressuscité, en apparaissant pour la première fois aux siens, dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 22-23). Jésus ne condamne pas les siens, qui l’avaient abandonné et renié durant la passion, mais il leur donne l’Esprit du pardon. L’Esprit est le premier don du Ressuscité et il est donné avant tout pour pardonner les péchés. Voilà le commencement de l’Église, voilà la colle qui nous maintient ensemble, le ciment qui unit les briques de la maison : le pardon. Car, le pardon est le don à la puissance n, c’est le plus grand amour, celui qui garde uni malgré tout, qui empêche de s’effondrer, qui renforce et consolide. Le pardon libère le cœur et permet de recommencer : le pardon donne l’espérance ; sans pardon l’Église ne s’édifie pas.

L’Esprit du pardon, qui résout tout dans la concorde, nous pousse à refuser d’autres voies : celles hâtives de celui qui juge, celles sans issue de celui qui ferme toutes les portes, celles à sens unique de celui qui critique les autres. L’Esprit nous exhorte, au contraire, à parcourir la voie à double sens du pardon reçu et du pardon donné, de la miséricorde divine qui se fait amour du prochain, de la charité comme « unique critère selon lequel tout doit être fait ou ne pas être fait, changé ou pas changé » (Isaac de l’Étoile, Discours 31). Demandons la grâce de rendre toujours plus beau le visage de notre Mère l’Église en nous renouvelant par le pardon et en nous corrigeant nous-mêmes : ce n’est qu’alors que nous pourrons corriger les autres dans la charité.

Demandons-le à l’Esprit Saint, feu d’amour qui brûle dans l’Église et en nous, même si souvent nous le couvrons de la cendre de nos péchés : ‘‘Esprit de Dieu, Seigneur qui te trouves dans mon cœur et dans le cœur de l’Église, toi qui conduis l’Église, façonne-la dans la diversité, viens ! Pour vivre, nous avons besoin de Toi comme de l’eau : descends encore sur nous et enseigne-nous l’unité, renouvelle nos cœurs et enseigne-nous à aimer comme tu nous aimes, à pardonner comme tu nous pardonnes ! Amen’’.

[00862-FR.02] [Texte original: Italien]

Homélie de Mgr Christian Lépine lors de la Messe anniversaire pour la fondation de Montréal

©SeletLumière Photo: Francis Denis

Vous trouverez ci-dessous l’homélie de Mgr Christian Lépine « Ensemble Construire la Paix » telle que prononcée lors de la messe anniversaire pour la fondation de Montréal le 17 mai 2017, à la Basilique Notre-Dame: 

Chères sœurs et chers frères d’hier et d’aujourd’hui,
Chères sœurs et chers frères dans le Christ,
Chères sœurs et chers frères en humanité,

Nous voulons aujourd’hui, honorer Maisonneuve et Jeanne-Mance qui ont fondé Montréal, faire mémoire de nos racines françaises et catholiques, reconnaître le patrimoine de valeurs qui nous habitent, fêter notre existence et rendre grâce à Dieu.

Cette fête concerne la ville de Montréal, l’île de Montréal, le grand Montréal, le Québec et le Canada. Ville-Marie a été fondée sur l’île de Montréal, pour en venir à porter le nom de l’île. Montréal a été un centre à partir duquel de nombreuses autres villes ont été fondées. Montréal s’est développé à l’intérieur du Québec et du Canada, dans l’ouverture sur le monde, dans l’accueil de personnes et de communautés de tous les continents.

L’aventure de l’espérance

De sa fondation à aujourd’hui, Montréal est une communauté de communautés, fondée par des aventuriers et aventurières de l’espérance. Alors qu’en ce 17 mai, nous fêtons le 375e anniversaire de fondation de Montréal, nos regards se tournent vers ces hommes et ces femmes qui ont traversé l’Atlantique sans jamais être sûrs d’avance qu’ils arriveraient à destination le long des rives du Saint-Laurent. Ces pionniers et ces pionnières ont fondé Ville-Marie sans être sûrs d’avance qu’ils survivraient aux intempéries, au froid de l’hiver, aux guerres. Ce qui a été vécu à la fondation, l’a été tout au long de l’histoire avec courage. Cette histoire continue avec les immigrants et les réfugiés d’aujourd’hui.

Toutes ces personnes fondatrices se sont mises en marche sans être sûres du lendemain. Pourquoi? Grâce à leur foi. Leur foi que Dieu les appelait, leur foi en la beauté du projet d’une ville fondée sur le spirituel, le vivre-ensemble et la solidarité. La foi en Jésus-Christ, crucifié et ressuscité, ouvrait leur cœur à la révélation de l’Amour de Dieu et les conduisait à s’appuyer sur Lui en remettant toute leur vie entre ses mains. La foi que Jésus-Christ, le Vivant, a le pouvoir de nous rejoindre à travers toutes les tempêtes, les rendaient capables de marcher dans l’espérance et de miser leur vie sur l’amour et sur le projet d’une cité qui rayonne la Bonté, la Vérité et la Beauté.

Valeurs fondatrices : toujours actuelles

Depuis la fondation de Montréal, de nombreuses générations aux motifs variés, aux cultures diverses et aux croyances différentes se sont mises en marche pour venir bâtir sur cette terre. Les valeurs fondatrices ont traversé le temps et demeurent toujours actuelles. Elles ont le pouvoir de rassembler en construisant pour la paix.

Le spirituel est un appel à croire que tous les êtres humains sont créés par Dieu et à l’image de Dieu, que chaque personne a un poids d’éternité, que l’humanité tout entière, de tout temps et de tout lieu, est appelée à entrer en Alliance avec Dieu, que nous avons tous la même humanité, qu’il y a une égale dignité pour tout être humain. Le spirituel est un regard sur Dieu en même temps que sur l’être humain, un regard qui relie à Dieu, mais qui en même temps relie les êtres humains entre eux devant Dieu et en présence de Dieu. Maisonneuve, Jeanne-Mance et tous ceux et celles qui ont porté le projet et la réalisation de fonder Montréal, étaient des catholiques dont le regard sur Dieu élargissait leur regard sur les autres, quelles que soient leurs croyances.

C’est pourquoi, dès l’origine, le projet de Montréal est un projet de vivre-ensemble. On voulait fonder une ville où les Français et les membres des Premières Nations vivraient ensemble. Il y a eu les guerres intermittentes, mais en même temps les Français ont appris des autochtones à vivre en ce pays. Il y a eu les blessures et les pertes, mais en même temps les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph recevaient tout le monde à l’hôpital Hôtel-Dieu, les écoles fondées par Marguerite Bourgeoys et la Congrégation Notre-Dame étaient ouvertes à tous les enfants et jeunes, les prêtres de Saint-Sulpice étaient au service de tous. Il y a eu les malentendus et les affrontements, mais il y a eu aussi la Grande Paix de Montréal en 1701.

La valeur du vivre-ensemble fait partie des gènes de Montréal et de son histoire. La ville est le plus fidèle à elle-même lorsqu’elle poursuit sans relâche la cohabitation pacifique, l’interaction capable de voir la valeur humaine de l’autre, et l’engagement à construire ensemble. Les croyances diverses sont des appels à la liberté de religion et de conscience autant sur la place publique que dans la vie privée. Le vivre-ensemble n’est pas fait pour être caché, mais pour être visible, nourrissant ainsi la démocratie, le respect de la vie et une juste sécurité.

On peut penser aux communautés autochtones, à l’origine française, mais aussi aux composantes d’origine anglaise, écossaise et irlandaise, en ajoutant les dizaines de composantes culturelles et allophones diverses. On peut penser aux diverses fois chrétiennes, à la foi juive, à la foi musulmane, aux diverses religions et divers humanismes, qui sont tous appelés à servir le bien commun et la paix.

La quête de spirituel et de vivre-ensemble, se fait quête de solidarité. Tout être humain cherche un sens à sa vie, est fait pour être en relation, aspire à la paix. On entend dire parfois et avec raison « la grandeur d’une civilisation se mesure à la place qu’elle donne au plus petit ». Montréal est une histoire de solidarité avec les plus démunis, avec les personnes frappées par les tragédies. À partir des communautés religieuses d’hier et d’aujourd’hui jusqu’aux organismes communautaires de notre temps, la compassion et le soutien, sans égard aux différences de cultures, font partie également de ce que nous sommes, civilement et politiquement.

Une culture de la paix

Au nom de Jésus, Maisonneuve et Jeanne-Mance, les fondateurs et fondatrices de Montréal, ont vécu des valeurs profondément chrétiennes, qui étaient en même temps profondément humaines. Ces mêmes valeurs ont le pouvoir de traverser le temps, car en tant qu’êtres humains nous sommes faits pour en vivre. Continuons à tenir ensemble le spirituel, le vivre-ensemble et la solidarité, afin d’être un milieu où on croit à la dignité de tout être humain. Construisons ensemble une société où les personnes peuvent s’accomplir, les familles s’épanouir et les différentes composantes de la société vivre le respect, le dialogue et la paix.

Laissons-nous inspirer par ces hommes et ces femmes, nos ancêtres, qui se mettant à genoux devant Dieu, se sont laissés guider par l’Esprit-Saint, dans la joie de croire en Jésus Christ Crucifié et Ressuscité. Regardons la croix qui est source de réconciliation. Dans nos vies personnelles, familiales, sociales et ecclésiales, il y a des moments ensoleillés et des moments de tempête. Rendons grâce à Dieu pour sa présence et croyons qu’il ne nous abandonne jamais.

Chères sœurs et chers frères dans le Christ,
Chères sœurs et chers frères en humanité,
Chères sœurs et chers frères d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs,

Joyeux anniversaire de fondation de Montréal

+Christian Lépine
Archevêque de Montréal

Prière du Saint-Père lors de la visite au Sanctuaire de Notre-Dame de Fatima

Vous trouverez ci-dessous la prière du Saint-Père telle que prononcée lors de la visite au Sanctuaire de Notre-Dame de Fatima:

Salut Reine,
Bienheureuse Vierge de Fatima,
Dame au Cœur Immaculé,
refuge et chemin qui conduit à Dieu !
Pèlerin de la Lumière qui nous vient de tes mains,
je rends grâce à Dieu le Père qui, en tout temps et en tout lieu, agit dans l’histoire humaine; pèlerin de la Paix qu’en ce lieu tu annonces,
je loue le Christ, notre paix, et pour le monde je demande la concorde entre tous les peuples; pèlerin de l’Espérance que l’Esprit anime,
je me veux prophète et messager pour laver les pieds à tous les hommes,
à la même table qui nous unit.

Refrain chanté par l’assemblée

Ave o clemens, ave o pia! Salve Regina Rosarii Fatimae. Ave o clemens, ave o pia! Ave o dulcis Virgo Maria.

Le Saint-Père:
Salut, Mère de Miséricorde,
Dame au manteau blanc!
En ce lieu où, il y a cent ans,
tu as montré à tous les desseins de la Miséricorde de notre Dieu,
je regarde ton manteau de lumière, et, en tant qu’évêque vêtu de blanc, je me souviens de tous ceux qui, vêtus de la pureté baptismale, veulent vivre en Dieu
et prient les mystères du Christ pour obtenir la paix.

Refrain…

Le Saint-Père:
Salut, vie et douceur,
Salut, notre espérance,
Ô Vierge Pèlerine, ô Reine universelle !
Au plus profond de ton être,
en ton Cœur Immaculé,
vois les joies de l’être humain
lorsqu’il est en pèlerinage vers la Patrie céleste.
Au plus profond de ton être,
en ton Cœur Immaculé,
vois les douleurs de la famille humaine
qui gémit et pleure dans cette vallée de larmes.
Au plus profond de ton être,
en ton Cœur Immaculé,
orne-nous de la splendeur de tous les joyaux de ta couronne
et fais de nous des pèlerins comme tu as été pèlerine.
Par ton sourire virginal
affermis la joie de l’Église du Christ
Par ton regard de douceur, renforce l’espérance des enfants de Dieu. Par les mains orantes que tu élèves vers le Seigneur,
unis tous les hommes dans une unique famille humaine.

Refrain…

Le Saint-Père:
Ô clémente, ô pieuse,
O douce Vierge Marie,
Reine du Rosaire de Fatima!
Fais-nous suivre l’exemple des bienheureux François et Jacinthe,
et de tous ceux qui témoignent du message de l’Évangile.
Nous parcourrons, ainsi, toutes les routes,
nous serons pèlerins sur tous les chemins,
nous abattrons tous les murs
et nous vaincrons toutes les frontières,
en allant vers toutes les périphéries,
en y révélant la justice et la paix de Dieu.
Nous serons, dans la joie de l’Évangile, une Église vêtue de blanc,
de la pureté blanchie dans le sang de l’Agneau
versé aujourd’hui encore dans toutes les guerres qui détruisent le monde dans lequel nous vivons. Et ainsi nous serons, comme Toi, une image de la colonne lumineuse
qui éclaire les chemins du monde,
en montrant à tous que Dieu existe,
que Dieu est présent,
que Dieu habite au milieu de son peuple, hier, aujourd’hui et pour toute l’éternité.

Refrain…

Le Saint-Père avec les fidèles:

Salut, Mère du Seigneur,
Vierge Marie, Reine du Rosaire de Fatima!
Bénie entre toutes les femmes,
tu es l’image de l’Église vêtue de la lumière pascale, tu es l’honneur de notre peuple,
tu es le triomphe sur l’assaut du mal.

Prophétie de l’Amour miséricordieux du Père, Maîtresse de l’Annonce de la Bonne Nouvelle du Fils, Signe du Feu ardent de l’Esprit Saint,
enseigne-nous, dans cette vallée de joies et de douleurs, les vérités éternelles que le Père révèle aux tout-petits.

Montre-nous la force de ton manteau protecteur. En ton Cœur Immaculé,
Sois le refuge des pécheurs
et le chemin qui conduit à Dieu.

Uni à mes frères,
dans la Foi, dans l’Espérance et dans l’Amour, je me confie à Toi.
Uni à mes frères, par Toi, je me consacre à Dieu, ô Vierge du Rosaire de Fatima.

Et finalement, enveloppé dans la Lumière qui nous vient de tes mains, je rendrai gloire au Seigneur pour les siècles des siècles.
Amen!

[00695-FR.01] [Texte original: Portugais]

Église en sortie 5 mai 2017

Cette semaine à Église en sortie nous recevons Marie-Astrid Dubant, directrice d’ALPHA-Québec qui s’entretient avec Francis Denis sur la mission d’évangélisation au Québec et de la plus récente série de films Alpha. On vous présente également un reportage sur le lancement de la « nouvelle série de films Alpha » qui a eu lieu à l’église anglicane St. Jax de Montréal suivi de quelques extraits de cette série incontournable pour la nouvelle évangélisation au Québec et au Canada francophone.

Montréal vaut bien une Messe !

Nous le savons, cette année souligne le 375e anniversaire de la fondation de Montréal. Pour l’occasion, plusieurs célébrations ont été organisées pour honorer le travail de ceux qui ont bâti cette ville consacrée à la Vierge Marie. Pour les catholiques, cette fête prend un caractère particulier du fait de leur communion de foi avec ces fondateurs que sont Paul Chemenay de Maisonneuve et la vénérable Jeanne Mance. Honorer leur mémoire implique donc que nous nous mettions à l’écoute de leur dernière volonté. C’est pour cette raison que sera célébrée, le 17 mai prochain, la Messe de commémoration de la fondation de la basilique Notre-Dame de Montréal où seront présents plusieurs dignitaires dont le très honorable Justin Trudeau, Premier ministre du Canada. Ainsi, à l’exemple des deux fondateurs, nous répondrons à l’appel du Christ à faire « cela en mémoire de moi » (Lc 22,19).

Une œuvre musicale créée spécialement pour l’occasion

En plus du décor artistique et architecturale de la basilique dont la réputation n’est plus à faire, les fidèles présents lors de la célébration pourront être accompagnés dans leurs prières d’une œuvre musicale intitulée « Messe de fondation ». En effet, cette pièce composée spécialement pour l’occasion par l’organiste titulaire des Grandes orgues de la basilique Notre-Dame de Montréal, Pierre Grandmaison, sera jouée pour la première fois lors de cette célébration que l’on pourrait qualifier de « source et sommet » (LG 11) des festivités du 375e.

Interrogé la semaine dernière, dans le cadre de mon émission Église en sortie et dont l’entrevue vous sera présentée sur nos ondes le vendredi 12 mai à 19h30, Pierre Grandmaison nous a confié son souhait que « cette œuvre musicale soit à la hauteur du Mystère qui se vit dans l’Eucharistie, c’est-à-dire le sacrifice non sanglant du Calvaire ».

Un écueil à surmonter  

Cette correspondance au Mystère divin ne serait pas possible sans cet esprit de fidélité à la Révélation des Saintes Écritures et de la Tradition de l’Église. En ce sens, cette « Messe de fondation de Montréal » sera une œuvre chantée en grec et en latin. Selon Pierre Grandmaison, cette innovation est une « ouverture importante » puisqu’elle « manifeste que ce n’est pas parce qu’on apprécie le grec et le latin dans la liturgie que l’on est intégriste ». Et ainsi, elle brise plusieurs préjugés hérités des querelles idéologiques postconciliaires. Comme il le dit lui-même « nous pouvons être très contemporains tout en faisant ce mariage avec les textes eux-mêmes ». Cela fait écho aux paroles du pape François prononcées lors de la Conférence internationale sur la musique sacrée à Rome en mars dernier. En effet, il a soutenu que :

« La rencontre avec la modernité et l’introduction des langues parlées dans la liturgie a sans aucun doute soulevé de nombreux problèmes : de langages, de formes et de genres musicaux. Parfois a prévalu une certaine médiocrité, superficialité et banalité, au détriment de la beauté et de l’intensité des célébrations liturgiques. »

Par contre, nous devons toujours garder en tête l’importance capitale de la participation de l’assemblée priante et communiante au Mystère célébré. C’est là, pourrait-on dire, que se trouve la fin primordiale de la musique sacrée. Ne cachant pas sa préférence pour son instrument, l’organiste qui œuvre à la basilique Notre-Dame depuis 1973, note néanmoins des similitudes plus que symboliques entre l’instrument à vent et le souffle de l’Esprit. Étant un moyen humain pour faciliter et élever l’âme vers Dieu, l’œuvre musicale et les instruments utilisés doivent être adaptés à ces deux réalités humaines et divines. En ce sens, l’œuvre de Grandmaison se veut une réponse à l’appel du pape François pour qui :

« L’Église est appelée à poursuivre […] à sauvegarder et à valoriser le patrimoine riche et multiforme hérité du passé » tout en étant « pleinement « inculturé » dans les langages artistiques et musicaux de l’actualité ».

Rétablir l’unité entre passé et présent

Les célébrations du 375e de la fondation de Montréal, sont une occasion rêvée non seulement d’assumer l’héritage de ceux qui nous ont précédés mais également de continuer leur œuvre d’une civilisation centrée sur l’Amour de Dieu et du prochain. Comment ne pas répondre à cette invitation à se remettre avec confiance dans Ses mains très saintes par la prière liturgique qui se déroulera le 17 mai prochain à la Basilique Notre-Dame de Montréal et où nous pourront nous laisser inspirer par ce Dieu qui continue de se révéler par l’entremise des talents des artistes qui s’y consacrent.

Reconnaissance des vertus héroïques du Cardinal Van Thuan

CNS photo/L’Osservatore Romano via EPA

Nguyen Van Thuan

Prisonnier politique du régime communiste pendant 13 ans, dont 9  en confinement, l’expérience de François Xavier Nguyen Van Thuan est un témoignage puissant de foi en l’Eucharistie, du pouvoir du pardon et de la valeur rédemptrice de la croix. Les textes spirituels du cardinal Van Thuan, spécialement ceux qu’il a écrits en prison où il célébrait la Messe en secret avec une goutte de vin dans la paume de sa main, ont fait le tour du monde et ont donné de l’espoir à des millions de personnes. Qui peut oublier les mots de saint Jean-Paul II à son propos  concluant  la retraite du carême de la Curie romaine en 2001 retraite  prêchée par le Cardinal Van Thuan lui-même :

« Avec la simplicité et le souffle de l’inspiration divine, il nous a guidés sur le chemin de l’approfondissement de notre vocation de témoins de l’espoir évangélique en ce début de troisième millénaire. Témoin de la croix durant ses longues années d’emprisonnement au Vietnam, il nous a fréquemment fait le récit de ses souffrances lorsqu’il était en prison et, ainsi, il nous a renforcés dans cette certitude consolante selon laquelle, lorsque tout s’écroule autour de nous, et même en nous, le Christ est notre support indéfectible. »

Au mois de septembre 2007, la cause de béatification du Cardinal Van Thuan fut ouverte à Rome. Comme prisonnier, il fut victime des pires tortures et d’une déshumanisation la plus complète. Toutefois, Van Thuan n’a jamais cessé d’aimer ses gardes de prison qui pourtant abusaient de lui. Certains des gardiens furent si touchés par son exemple qu’ils se convertirent plus tard au christianisme. Van Thuan écrit : « ni les armes, ni les menaces mais seul l’amour chrétien peut changer les cœurs… c’est l’amour qui prépare le chemin de l’annonce de l’Évangile. Omnia Vincit Amor, « L’amour peut tout conquérir ».

Télévision Sel + Lumière a produit un documentaire touchant sur la vie de ce saint homme dont la première mondiale a eu lieu au Congrès Eucharistique international de Québec en 2008. Ce film a contribué à répandre le message d’amour et d’espérance du cardinal Van Thuan. Dès lors que le pape François a signé le décret reconnaissant les vertus héroïques de cet extraordinaire homme de foi, François Xavier Nguyen Van Thuan, mort en 2002 à Rome,  est actuellement sur le chemin de la béatification et de la canonisation.

Déclaration commune de Sa Sainteté François et le patriarche copte orthodoxe Tawadros II

Vous trouverez ci-dessous le texte de la déclaration commune de Sa Sainteté François et de Sa Sainteté Tawadros II:

Nous, François, Évêque de Rome et Pape de l’Église catholique, et Twardros II, Pape d’Alexandrie et Patriarche du Siège de saint Marc, remercions Dieu dans l’Esprit Saint de nous offrir la joyeuse occasion de nous rencontrer une fois encore, pour échanger une fraternelle accolade et pour nous unir de nouveau dans la prière. Nous glorifions le Tout-Puissant pour les liens de fraternité et d’amitié existant entre le Siège de saint Pierre et le Siège de saint Marc. Le privilège d’être ensemble ici, en Égypte, est le signe que la solidité de notre relation s’accroît d’année en année, que nous grandissons dans la proximité, dans la foi et dans l’amour du Christ notre Seigneur. Nous remercions Dieu pour l’Égypte bien-aimée, cette ‘‘patrie qui vit en nous’’ comme aimait le dire Sa Sainteté Shenouda III, pour le ‘‘peuple béni de Dieu’’ (cf. Is 19, 25), avec cette antique civilisation des pharaons, avec l’héritage grec et romain, avec la tradition copte et la présence islamique. L’Égypte est le lieu où la Sainte Famille a trouvé refuge, une terre de martyrs et de saints.

Notre profond lien d’amitié et de fraternité a son origine dans la pleine communion qui a existé entre nos Églises au cours des premiers siècles et qui était exprimée de multiples manières par les premiers Conciles œcuméniques, jusqu’au Concile de Nicée en 325 et par la contribution du courageux Père de l’Église saint Athanase, qui a reçu le titre de ‘‘Protecteur de la foi’’. Notre communion était exprimée par la prière et par des pratiques liturgiques similaires, par la vénération des mêmes martyrs et saints, ainsi que par le développement et par l’expansion du monachisme, suivant l’exemple du grand saint Antoine, connu comme le Père des moines.

Cette même expérience de communion avant le temps de la séparation a une signification spéciale dans nos efforts pour restaurer la pleine communion aujourd’hui. La plupart des relations existant au cours des premiers siècles entre l’Église catholique et l’Église copte orthodoxe ont perduré jusqu’aujourd’hui malgré les divisions, et ont été revivifiées récemment. Elles nous incitent à intensifier nos efforts communs afin de persévérer dans la recherche d’une unité visible dans la diversité, sous la conduite de l’Esprit Saint.

Nous nous souvenons avec gratitude de la rencontre historique, il y a quarante-quatre ans, entre nos prédécesseurs, le Pape Paul VI et le Pape Shenouda III, dans une accolade de paix et de fraternité, après plusieurs siècles où nos liens mutuels d’amour n’étaient pas capables de trouver une expression à cause de la distance qui est survenue entre nous. La Déclaration commune qu’ils ont signée le 10 mai 1973 a représenté un jalon sur le chemin de l’œcuménisme, et a servi de point de départ à la Commission pour le dialogue théologique entre nos deux Églises, qui a porté beaucoup de fruit et a ouvert la voie à un dialogue plus large entre l’Église catholique et toute la famille des Églises Orientales orthodoxes. Dans cette Déclaration, nos Églises ont reconnu que, en lien avec la tradition apostolique, elles professent «une foi dans le Dieu Un Trine» et «la divinité de l’Unique Fils né de Dieu… Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité». Il a également été reconnu que «la vie divine nous est donnée et est nourrie en nous à travers les sept sacrements» et que «nous vénérons la Vierge Marie, Mère de la Vraie Lumière», la «Theotokos».

C’est avec une profonde gratitude que nous nous rappelons notre rencontre fraternelle à Rome, le 10 mai 2013, et la proclamation du 10 mai comme le jour où chaque année nous approfondissons l’amitié ainsi que la fraternité entre nos Églises. Cet esprit renouvelé de proximité nous a rendus capables de reconnaître une fois encore que le lien qui nous unit était reçu de notre unique Seigneur le jour de notre baptême. Car c’est à travers le baptême que nous devenons membres du corps unique du Christ qu’est l’Église (cf. 1 Co 12, 13). Cet héritage commun est la base du pèlerinage que nous faisons ensemble vers la pleine communion, tandis que nous grandissons dans l’amour et la réconciliation.

Nous sommes conscients d’avoir encore un long chemin à parcourir dans ce pèlerinage, cependant nous nous souvenons de tout ce qui a été déjà accompli. En particulier, nous nous rappelons la rencontre entre le Pape Shenouda III et saint Jean-Paul II, venu en Égypte en pèlerin durant le Grand Jubilé de l’an 2000. Nous sommes déterminés à suivre leurs pas, animés par l’amour du Christ le Bon Pasteur, profondément convaincus qu’en marchant ensemble, nous grandissons dans l’unité. Puissions-nous puiser notre force de Dieu, parfaite source de communion et d’amour !

Cet amour trouve sa plus profonde expression dans la prière commune. Lorsque des chrétiens prient ensemble, ils en viennent à réaliser que ce qui les unit est plus grand que ce qui les divise. Notre désir d’unité est inspiré par la prière du Christ «que tous soient un» (Jn 17, 21). Approfondissons nos racines communes dans la foi apostolique en priant ensemble et en recherchant les traductions communes de la Prière du Seigneur et une date commune pour la célébration de Pâques.

Alors que nous cheminons vers le jour béni où, enfin, nous serons rassemblés autour de la même table eucharistique, nous pouvons coopérer dans plusieurs domaines et démontrer d’une manière tangible la grande richesse qui nous unit déjà. Nous pouvons témoigner ensemble de valeurs fondamentales telles que la sainteté et la dignité de la vie humaine, le caractère sacré du mariage et de la famille, ainsi que le respect de toute la création, qui nous a été confiée par Dieu. Face à de nombreux défis contemporains comme la sécularisation et la globalisation de l’indifférence, nous sommes appelés à offrir une réponse commune fondée sur les valeurs de l’Évangile et sur les trésors de nos traditions respectives. À ce sujet, nous sommes encouragés à entreprendre une étude plus approfondie des Pères orientaux et latins, et à promouvoir un échange fructueux sur le plan pastoral, spécialement dans la catéchèse, et pour un mutuel enrichissement spirituel entre des communautés monastiques et religieuses.

Notre témoignage chrétien commun est un signe de réconciliation et d’espérance rempli de grâce pour la société égyptienne et pour ses institutions, un grain semé pour porter des fruits de justice et de paix. Puisque nous croyons que tout être humain est créé à l’image de Dieu, nous luttons pour la sérénité et la concorde à travers une cohabitation pacifique des chrétiens et des musulmans, en témoignant ainsi du désir de Dieu pour l’unité et l’harmonie de la famille humaine tout entière et pour l’égale dignité de chaque être humain. Nous partageons la préoccupation pour le bien-être et l’avenir de l’Égypte. Tous les membres de la société ont le droit et le devoir de participer pleinement à la vie de la nation., en jouissant de la pleine et égale citoyenneté et en collaborant pour bâtir leur société.  La liberté de religion, incluant la liberté de conscience, enracinée dans la dignité de la personne, est la pierre angulaire de toutes les autres libertés. C’est un droit sacré et inaliénable.

Intensifions notre inlassable prière pour tous les chrétiens en Égypte et de par le monde entier, et spécialement au Moyen Orient. Les expériences tragiques ainsi que le sang versé par nos fidèles persécutés et tués pour la seule raison d’être chrétiens rappellent à nous tous combien davantage l’œcuménisme du martyre nous unit et nous encourage sur le chemin de la paix et de la réconciliation. Car, comme l’a écrit saint Paul : «Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance» (1 Co 12, 26).

Le mystère de Jésus qui est mort et ressuscité par amour se trouve au cœur de notre cheminement vers l’unité. Une fois encore, les martyrs sont nos guides. Dans l’Église primitive, le sang des martyrs était la semence de nouveaux chrétiens. De même, de nos jours, puisse le sang des très nombreux martyrs être la semence d’unité parmi les disciples du Christ, un signe et un instrument de communion comme de paix pour le monde.

Obéissant au travail de l’Esprit Saint, qui sanctifie l’Église, la garde tout au long des siècles, et la conduit vers la pleine unité – cette unité pour laquelle Jésus a prié :

Aujourd’hui nous, Pape François et Pape Tawadros II, en vue de satisfaire le cœur du Seigneur Jésus, ainsi que les cœurs de nos fils et filles dans la foi, nous déclarons mutuellement que, dans le même esprit et d’un même cœur, nous chercherons sincèrement à ne plus répéter le baptême qui a été administré dans nos respectives Églises pour toute personne qui souhaite rejoindre l’une ou l’autre. Nous confessons cela en obéissance aux Saintes Écritures et à la foi des trois Conciles œcuméniques célébrés à Nicée, à Constantinople et à Éphèse.

Nous demandons à Dieu notre Père de nous guider, dans le temps et par les moyens que l’Esprit Saint choisira, vers la pleine unité dans le Corps mystique du Christ.

Laissons-nous, donc, guider par les enseignements et par l’exemple de l’apôtre Paul, qui a écrit : «Ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous» (Ep 4, 3-6).

Source: http://www.news.va/fr/news/le-pape-francois-et-le-pape-copte-tawadros-ii-sign

Réflexion sur le Centenaire des apparitions au Portugal

Qu’est-ce que Fatima signifie ?

Réflexion sur le Centenaire des apparitions au Portugal

 Le 17 mai de cette année, nous célébrerons le centième anniversaire des apparitions de Notre Dame aux trois petits enfants de Fatima, au Portugal, en 1917. Leurs noms étaient : Bienheureux Francisco Marto (1908-1919), Bienheureuse Jacinta Marto (1910-1920) et Sr. Lucia dos Santos (1907-2005). Lucia était la plus vieille des trois mais la plus jeune parmi ses sept frères et sœurs. Après la mort de son cousin Francisco, à l’âge de 14 ans, elle fut envoyée au couvent des Sœurs de Sainte Dorothée de Vilar où elle devint religieuse. En 1946, elle décide d’entrer au Carmel de Coimbra et prit le nom de sœur Maria Lucia du Cœur Immaculé. Après sa mort en 2005 à l’âge de 97 ans, le pape Benoît XVI en 2008 décide de lever la période de 5 ans requise avant d’initier le procès en vue de sa canonisation.

Il y eut six apparitions de Marie aux enfants qui s’étalèrent du 13 mai au 13 octobre 1917. Toutes eurent lieu le treizième jour du mois à l’exception de l’apparition du mois d’août.

 13 mai 1917

Les enfants, alors qu’ils prenaient soin de leurs moutons près de la Cova da Iria à Fatima à quelques kilomètres de leur maison, une belle jeune femme vêtue de blanc leur apparut au-dessus d’un chêne. La dame leur dit qu’elle venait du ciel et qu’elle désirait qu’ils reviennent au même endroit et à la même heure chaque treize  de chaque mois pour les six mois suivants. Elle leur demanda également de prier le chapelet tous les jours.

13 juin 1917

Notre Dame demanda de nouveau aux enfants de prier le chapelet chaque jour et demanda à Lucie d’apprendre à lire et à écrire. Elle révéla également que Jacintha et Francisco mourraient prochainement mais que Lucia vivrait plus longtemps. Elle révéla ensuite que Dieu désirait établir dans le monde une dévotion au Cœur Immaculé puisqu’ainsi son cœur deviendrait le refuge et un chemin pour porter les âmes vers Dieu.

13 juillet 1917

La Dame dévoile un secret en trois parties aux jeunes enfants

19 août 1917

Les enfants manquèrent leur rendez-vous avec la dame ce jour-là. Ils furent retenus par les autorités anticléricales de l’époque. Ils furent emprisonnés puis relâchés le 15 août lors de la fête de l’Assomption. La Femme apparut alors aux enfants le 19 août et leur demanda de continuer de venir à la Cova da Iria à tous les treizièmes jours de chaque mois et de prier le chapelet chaque jour. Elle leur annonça qu’elle ferait un miracle le dernier mois des apparitions en octobre.

13 septembre 1917

La Dame demanda aux enfants de prier le chapelet tous les jours jusqu’à la fin de la guerre. Elle leur révéla que Jésus et Saint Joseph apparaîtraient également en octobre.

13 octobre 1917

L’apparition la plus spectaculaire eut lieu le 13 octobre 1917. Les autorités sur place évaluèrent la foule à quelque 55 000 personnes réunies sous une pluie battante tout près de la Cova da Iria au moment où eut lieu le « miracle du soleil ». À ce nombre doivent être ajoutées 20 000 autres personnes qui se trouvaient dans un rayon d’environ 30 kilomètres et qui furent témoins de ce miracle où le soleil se mit à tourner dans le ciel devenant de plus en plus gros et donnant l’impression qu’il allait littéralement s’écraser sur la terre. Ensuite, les témoins ont remarqué que leurs vêtements étaient complètement secs, bien qu’ils furent restés sous la pluie durant plusieurs heures. On trouva en première page du journal local le titre suivant : « Comment le soleil a dansé à l’heure du midi à Fatima ».

Pendant que l’attention des gens était concentrée sur le miracle solaire, les trois enfants eurent plusieurs apparitions. Saint Joseph se trouvait avec l’enfant Jésus qui semblait bénir le monde. Marie était vêtue de blanc et d’un manteau bleu. Apparaissant d’abord comme Notre Dame des Douleurs et ensuite comme Notre Dame du Mont Carmel, elle révéla son identité en tant que « Notre Dame du Rosaire ». Elle leur demanda de prier le chapelet tous les jours et de construire une chapelle sur la Cova da Iria, site des apparitions.

Les apparitions de Fatima ont eu lieu durant une période critique de l’histoire du Portugal et du monde. Le message de Fatima mettait l’emphase sur les vérités et les dévotions centrales de la foi catholique : la Bienheureuse Trinité, l’Eucharistie, la pénitence, le chapelet et les sacrifices pour la conversion des pécheurs.

En 2002, le saint pape Jean-Paul II ajoutait la fête de « Notre Dame de Fatima » au calendrier liturgique. Le 13 mai 1981 fut la journée où saint Jean-Paul II survécut à la tentative d’assassinat contre lui alors qu’il se trouvait sur la Place Saint-Pierre. La balle provenant du fusil de l’assassin n’avait alors manqué les organes vitaux que de quelques centimètres. Elle se trouve aujourd’hui dans la couronne de Notre Dame du sanctuaire de Fatima. On relie également ces apparitions à la chute du régime communiste soviétique. Après l’attentat contre sa vie, le 13 mai 1981, saint Jean-Paul II autorisa le dévoilement du troisième secret de Fatima au même moment que la cérémonie de béatification de Francisco et de Jacinta Marto, le 13 mai 2000.

On estime aujourd’hui le nombre de pèlerins au sanctuaire de Fatima entre 4 et 5 millions de personne chaque année. Le nombre devrait être encore plus important pour le centenaire qui inclura une visite pastorale du pape François qui s’y rendra pour ce centième anniversaire.

Père Thomas Rosica c.s.b.

PDG, Fondation catholique Sel et Lumière média