Église en sortie 28 avril 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous recevons Louise Boisvert, Directrice de l’Office de l’éducation à la foi de l’archidiocèse de Montréal qui nous parle de l’Institut Notre-Dame de vie. On vous présente un montage des moments forts de la cérémonie de canonisation du Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, fondateur de l’Institut Notre-Dame de vie. Puis en troisième partie, Francis Denis s’entretient avec l’abbé Claude Sarrasin sur le thème de la spiritualité chrétienne et de ses conséquences dans la vie quotidienne, spécialement pour les familles.

Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal sur S+L

EN EXCLUSIVITÉ sur les ondes de Sel et Lumière, voyez la télé diffusion de la Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal le vendredi 21 avril prochain à 19h30. Cette Messe célébrée à la magnifique chapelle du Grand Séminaire de Montréal sera présidée par S.Exc. Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal. L’animation de cette Messe est confiée à la chorale jeunesse de Notre-Dame-d’Afrique ainsi qu’aux séminaristes étudiants au Grand Séminaire de Montréal.

Veuillez noter que cette Messe sera également disponible en direct sur la chaîne web (En Direct) de Sel et Lumière ainsi qu’en Facebooklive dès 19h30. Un rendez-vous à ne pas manquer!

Vous trouverez ci-dessous le feuillet de prière de cette célébration:
Feuillet Messe vocationnelle 21 Avril 2017 V. 19 avril 2017

Les Sept dernières paroles du Christ: 6e réflexion de carême

Sixième parole
« Tout est accompli. »
Jean 19, 29-30

1. Quel est le sens plénier du mot « accompli » dans le contexte du récit de la Passion de Jean ?

2. Pour l’évangéliste Jean, pourquoi le Vendredi Saint est-il une première Pentecôte ?

3. Lorsque nous xons notre regard sur Jésus cruci é, que voyons-nous ?

4. Est-ce qu’une personne dans notre vie fut un point d’ancrage pour nous ?

5. « La mort ne peut empêcher les personnes importantes dans nos vies de devenir des points d’ancrage pour nous ». Est-ce qu’une personne aimée défunte fut un point d’ancrage pour moi ?

6. Le Vendredi Saint, pourquoi prions-nous pour nos frères et sœurs d’autres confessions religieuses ?

Message du Président de la CECC Mgr Douglas Crosby o.m.i. pour Pâques 2017

Vous trouverez ci-dessous le vidéo du message du président de la Conférence des évêques catholiques du Canada Mgr Douglas Crosby o.m.i. pour Pâques 2017:

Lors de la veillée pascale, nous célébrons la lumière du Christ que nous portons, pleins d’espoir, dans un monde plongé dans l’obscurité et l’incertitude. Dans l’ombre du massacre de Sainte-Foy en février dernier, dans un contexte de tensions croissantes entre les puissances nucléaires et de réfugiés en quête d’asile, l’invocation de l’espérance semble prématurée à certains et dangereusement naïve à d’autres. À un niveau plus personnel, en cette fête de Pâques, le moral de certains est peut-être sapé par la maladie, le deuil, la rupture familiale, les dépendances, ou le chômage. Lorsque l’espérance commence à disparaître, la peur prend le dessus et nous perdons la paix.

La fête de Pâques est censée nous laisser un sentiment très différent du présent et du futur. Elle nous offre une réalité pleine de joie. Pâques proclame que la peur, la terreur et la mort ne sont pas la fin de l’histoire. Ainsi, les prières de la veillée pascale sont porteuses d’une confiance sans équivoque : « Nous allons donc commémorer ensemble la Pâque du Seigneur en écoutant sa parole et en célébrant ses sacrements, dans l’espérance d’avoir part à son triomphe sur la mort et de vivre avec lui pour toujours en Dieu. » (Missel romain : Bénédiction du feu et préparation du cierge pascal).

Lorsque la vie nous a déçus ou lorsque les luttes ne cessent de se succéder, nous pouvons trouver difficile de croire en la victoire du Seigneur. Telle est la réalité pour plusieurs d’entre nous, même pour ceux qui se sont consacrés inlassablement à l’amour de Dieu et de leur prochain. C’est à cela que les écrits intimes de Sainte Mère Teresa nous donnent à réfléchir. Pour certains, la perte de l’espérance peut même entraîner de l’amertume ou le sentiment d’avoir été trahi par Dieu.

Comme lorsque la trompette retentit, Pâques interrompt cette spirale descendante avec des paroles inattendues : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts » (Luc 24,5). Cette question paradoxale a été posée aux trois femmes qui sont arrivées devant le tombeau vide à l’aube du premier jour de la semaine. Ce qu’elles ont découvert n’aurait pas pu être prévu par les cycles naturels de la vie; car de même que la vieillesse n’est pas suivie par la jeunesse, ainsi la mort de Jésus ne pouvait-elle pas être naturellement suivie par la vie.

Mais il n’y a rien de naturel dans la Résurrection. C’est un événement qui bouleverse et renverse le temps et la nature. La Résurrection n’est possible qu’en tant qu’acte divin; et comme tous les actes divins, elle est un moment de prise de conscience pour chacun de nous, nous rappelant que Dieu qui ressuscite les morts est plus réel, plus puissant que toute crise ou tout échec que nous pouvons rencontrer.

Pour nous tous devant le tombeau vide, quelques soient les circonstances, il y a une espérance insondable. Il y a de l’espérance pour ceux qui se trouvent dans les périphéries de la société; de l’espérance pour les gouvernements et leurs dirigeants; de l’espérance pour l’Église en ce temps de purification et de renouveau, et de l’espérance pour vous comme pour moi dans nos efforts vers la sainteté (Jérémie 29,11).

En cette fête de Pâques, alors que nos cœurs sont allumés par l’insatiable feu de l’amour de Dieu, il nous est demandé de nous confier à l’amour du Christ tandis que nous plaçons notre espérance dans le pouvoir divin qui « chasse les crimes et lave les fautes, rend l’innocence aux coupables et l’allégresse aux affligés, dissipe la haine, dispose l’amitié et soumet toute puissance. » (Missel romain, Exultet, forme longue).

Je tiens à adresser mes prières et bénédictions à chacun et chacune d’entre vous, pour que votre temps pascal soit rempli d’espérance.

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Pâques 2017

Église en sortie 24 février 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons un reportage sur le Musée Marguerite-Bourgeoys et la Chapelle Notre-Dame de Bon-Secours du Vieux-Montréal. Dans la deuxième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Mme Audrey Charland, agente de communications et de développement de la Presse Missionnaire MIC, au sujet du Centre virtuel de la mémoire historique missionnaire MIC.

http://pressemic.org/fr/accueil/

http://www.marguerite-bourgeoys.com/fr/musee/musee.asp

 

« La dame ne m’a pas demandé de vous convaincre mais de vous le dire »

Réflexion du père Thomas Roscia c.s.b. pour la Fête de Notre-Dame de Lourdes, 11 février 2017

Cette année, alors que nous célébrons la Fête de Notre-Dame de Lourdes le 11 février, nous commémorons également la 25e Journée Mondiale des malades. Mes premiers souvenirs remontent à ma première visite au très fameux sanctuaire de Lourdes, l’un des sites catholiques parmi les plus vénérés et visités du monde entier, situé tout près des Pyrénées à la limite de la frontière franco-espagnole. Cette visite remonte, en effet, à 1978 lorsque j’étais étudiant à l’université et que je terminais un stage d’été en Bretagne où j’avais travaillé bénévolement comme « brancardier » c’est-à-dire une de ces personnes qui accueillent les personnes malades d’un « Accueil » ou d’un hospice jusqu’à la grotte puis dans les bains. J’y ai découvert une histoire extraordinaire qui demeure encore aujourd’hui inconnue pour beaucoup de gens. Il y a peu de lieux de pèlerinage sur terre qui permettent de toucher le Mystère de la Croix et la valeur rédemptrice de la souffrance avec autant d’intensité ; qui permettent, en effet, de faire l’expérience du cœur de la vie chrétienne.

Le 11 février 1858, une petite fille du coin nommée Bernadette Soubirous âgée de 14 ans affirme que Notre-Dame lui est apparue lorsqu’elle se trouvait dans la grotte de Massabielle aux périphéries de la ville de Lourdes dans le sud-ouest de la France. Marie s’est révélée en ces mots à cette petite paysanne : « Que soy era Immaculada Conceptiou ». Exprimée dans le dialecte de la petite Bernadette (ni français, ni espagnol mais provençal), cette phrase signifie « Je suis l’Immaculée Conception ». Dans les mois qui ont suivi, la Vierge lui apparut 18 fois.

Le dogme de l’Immaculée Conception est complexe et a davantage intéressé les théologiens que le commun des fidèles. Encore aujourd’hui, beaucoup se trompent en croyant que l’Immaculée Conception se réfère à la conception du Christ. Ce dogme se réfère plutôt à la croyance selon laquelle Marie, par une grâce spéciale et du moment de sa conception, ne fut pas entachée par le péché originel.

Or, l’une des pierres d’achoppement pour beaucoup de catholiques est le péché originel. Aujourd’hui, nous sommes de moins en moins conscients de la réalité du péché originel. Or, s’il n’y a pas de péché originel, l’Immaculée Conception n’a pas de sens. Par l’entremise du dogme de l’Immaculée Conception, Dieu était présent dans la vie de Marie depuis ses tous premiers moments. La Grâce de Dieu est plus grande que le péché, elle surpasse le péché et la mort.

Lorsque nous honorons la Mère de Dieu sous le titre d’« Immaculée Conception », nous reconnaissons en elle un modèle de pureté, d’innocence, de confiance, de curiosité enfantine, de révérence et de respect; elle qui avait également une conscience mature et apte à comprendre que la vie n’est pas toujours simple. Il est rare de trouver en une même personne révérence et sophistication, idéalisme et réalisme, pureté, innocence et passion tels que nous les trouvons en Marie. Quelque chose en nous cherche cette innocence, cette pureté, cette fraîcheur et cette confiance. Lorsque nous les perdons, nous nous retrouvons cyniques et désillusionnés avec un sentiment malheureux qui vient précisément du fait d’avoir « fait le tour », d’avoir ouvert nos yeux ou, en d’autres termes, d’avoir une connaissance sans innocence. Nous devons garder cette innocence en gardant un équilibre entre les deux. Par ce titre d’« Immaculée Conception » nous avons l’image d’une humanité et d’une divinité qui se rencontrent dans la chaleur d’un foyer. Dieu est confortable en notre présence et nous le sommes également en Lui.

Journée mondiale des malades

Chaque année, le Pape publie un message spécial pour la Journée mondiale des malades  célébrée, d’une manière on ne peut plus appropriée le 11 février, Fête de Notre-Dame de Lourdes. Le thème de cette année est « Émerveillement pour tout ce que Dieu accomplit : 
« Le Puissant fit pour moi de grandes choses … » (Lc 1,49)[1]. Comme le pape François le mentionne dans son message, cette journée fut instituée par Saint Jean-Paul II en 1992 et fut célébrée pour la première fois le 11 février 1993. Elle est l’occasion de réfléchir en particulier pour les besoins des malades, mais plus généralement, pour tous ceux qui souffrent. C’est également l’occasion pour ceux qui assistent si généreusement les malades, dont les membres de la famille, les travailleurs du domaine de la santé, les bénévoles, de remercier Dieu pour leur vocation d’accompagnateurs de nos frères et sœurs handicapés.

Continuant son propos, le pape François affirme : « Comme sainte Bernadette, nous sommes sous le regard de Marie. L’humble jeune fille de Lourdes raconte que la Vierge, qu’elle a appelée “la Belle Dame”, la regardait comme on regarde une personne. Ces simples paroles décrivent la plénitude d’une relation. Bernadette, pauvre, analphabète et malade, se sent regardée par Marie comme une personne. La Belle Dame lui parle avec grand respect, sans prendre un air supérieur. Cela nous rappelle que chaque malade est et reste toujours un être humain, et doit être traité comme tel. Les infirmes, comme les porteurs de handicaps même très lourds, ont leur inaliénable dignité et leur mission dans la vie, et ne deviennent jamais de simples objets, même si parfois ils peuvent sembler seulement passifs, mais en réalité, ce n’est jamais ainsi ».

Après ce passage à la Grotte, grâce à la prière, Bernadette a transformé sa fragilité en support pour les autres. Grâce à son amour, elle fut capable d’enrichir son prochain mais, surtout, elle a pu offrir sa vie pour le salut de l’humanité. Le fait que la Dame d’Amour lui demanda de prier pour les pécheurs nous rappelle que les infirmes et les souffrants n’ont pas seulement besoin de soins corporels mais également de vivre une vie chrétienne authentique, au point de s’offrir comme disciples missionnaires du Christ. Marie a donné à Bernadette la vocation de servir les malades en devenant une Sœur de la Charité. Vocation qu’elle porta d’une manière exemplaire au point de devenir un modèle pour tous les travailleurs des soins de la santé. « Demandons donc à l’Immaculée Conception la grâce de savoir nous mettre toujours en relation avec le malade comme avec une personne qui, certainement, a besoin d’aide, parfois aussi pour les choses les plus élémentaires, mais qui porte en elle un don personnel à partager avec les autres. »

Le pape François a également inclus cette prière dans son message annuel :

O Marie, notre Mère, qui, dans le Christ, accueille chacun de nous comme un enfant,
Soutiens l’attente confiante de notre cœur,
Secours-nous dans nos infirmités et nos souffrances,
Guide-nous vers le Christ ton fils et notre frère,
et aide-nous à nous confier au Père qui accomplit de grandes choses.

Bien que caché dans un coin reculé de la France, Lourdes a une vocation universelle envers l’humanité et, ce, depuis 1858. Au cours des années, j’ai souvent réfléchi à l’expérience et à la souffrance de Bernadette alors qu’elle essayait de partager l’histoire de sa rencontre avec la « Belle Dame » avec ceux qui l’entouraient. Même le scepticisme des autorités locales de l’Église envers son histoire a pu servir comme temps de purification afin que le grand message de Lourdes puisse continuer à résonner dans le monde entier. La foi simple et la confiance en Dieu de Bernadette m’inspire et a inspiré plusieurs à ne pas avoir peur de partager les histoires de leurs expériences et convictions religieuses avec ceux qui les entourent. Avons-nous peur de l’indifférence, de l’hostilité, d’être mis de côté ou d’être ridiculisés ? Je prends courage dans la réponse de Bernadette au chef de police de Lourdes qui lui disait qu’elle ne l’avait pas convaincu des événements qu’elle racontait s’être produits dans la grotte près de la rivière : «  La dame ne m’a pas demandé de vous convaincre mais de vous le dire  ».

Prions pour ne jamais nous fatiguer de raconter à ceux qui nous entourent les grandes choses que Dieu a faites pour nous et pour l’humanité.

Message du pape François pour le Carême 2017

Vous trouverez ci-dessous le texte intégral du message du pape François pour le Carême 2017:

La Parole est un don. L’autre est un don.

Chers Frères et Sœurs,
Le Carême est un nouveau commencement, un chemin qui conduit à une destination sûre : la

Pâques de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort. Et ce temps nous adresse toujours un appel pressant à la conversion : le chrétien est appelé à revenir à Dieu « de tout son cœur » (Jl 2,12) pour ne pas se contenter d’une vie médiocre, mais grandir dans l’amitié avec le Seigneur. Jésus est l’ami fidèle qui ne nous abandonne jamais, car même lorsque nous péchons, il attend patiemment notre retour à Lui et, par cette attente, il manifeste sa volonté de pardon (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Le Carême est le moment favorable pour intensifier la vie de l’esprit grâce aux moyens sacrés que l’Eglise nous offre: le jeûne, la prière et l’aumône. A la base de tout il y a la Parole de Dieu, que nous sommes invités à écouter et à méditer avec davantage d’assiduité en cette période. Je voudrais ici m’arrêter en particulier sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare (cf. Lc 16,19-31). Laissons-nous inspirer par ce récit si important qui, en nous exhortant à une conversion sincère, nous offre la clé pour comprendre comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie éternelle.

1. L’autre est un don

La parabole commence avec la présentation des deux personnages principaux ; cependant le pauvre y est décrit de façon plus détaillée : il se trouve dans une situation désespérée et n’a pas la force de se relever, il gît devant la porte du riche et mange les miettes qui tombent de sa table, son corps est couvert de plaies que les chiens viennent lécher (cf. vv. 20-21). C’est donc un tableau sombre, et l’homme est avili et humilié.

La scène apparaît encore plus dramatique si l’on considère que le pauvre s’appelle Lazare : un nom chargé de promesses, qui signifie littéralement « Dieu vient en aide ». Ainsi ce personnage ne reste pas anonyme mais il possède des traits bien précis ; il se présente comme un individu avec son histoire personnelle. Bien qu’il soit comme invisible aux yeux du riche, il nous apparaît connu et presque familier, il devient un visage; et, comme tel, un don, une richesse inestimable, un être voulu, aimé, dont Dieu se souvient, même si sa condition concrète est celle d’un déchet humain (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Lazare nous apprend que l’autre est un don. La relation juste envers les personnes consiste à reconnaître avec gratitude leur valeur. Ainsi le pauvre devant la porte du riche ne représente pas un obstacle gênant mais un appel à nous convertir et à changer de vie. La première invitation que nous adresse cette parabole est celle d’ouvrir la porte de notre cœur à l’autre car toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas. Le Carême est un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin et reconnaître en eux le visage du Christ. Chacun de nous en croise sur son propre chemin. Toute vie qui vient à notre rencontre est un don et mérite accueil, respect, amour. La Parole de Dieu nous aide à ouvrir les yeux pour accueillir la vie et l’aimer, surtout lorsqu’elle est faible. Mais pour pouvoir le faire il est nécessaire de prendre au sérieux également ce que nous révèle l’Évangile au sujet de l’homme riche.

2. Le péché nous rend aveugles

La parabole met cruellement en évidence les contradictions où se trouve le riche (cf. v. 19). Ce personnage, contrairement au pauvre Lazare, ne possède pas de nom, il est seulement qualifié de “riche”. Son opulence se manifeste dans son habillement qui est exagérément luxueux. La pourpre en effet était très précieuse, plus que l’argent ou l’or, c’est pourquoi elle était réservée aux divinités (cf. Jr 10,9) et aux rois (cf. Jg 8,26). La toile de lin fin contribuait à donner à l’allure un caractère quasi sacré. Bref la richesse de cet homme est excessive d’autant plus qu’elle est exhibée tous les jours, de façon habituelle: « Il faisait chaque jour brillante chère » (v.19). On aperçoit en lui, de manière dramatique, la corruption du péché qui se manifeste en trois moments successifs: l’amour de l’argent, la vanité et l’orgueil (cf. Homélie du 20 septembre 2013).

Selon l’apôtre Paul, « la racine de tous les maux c’est l’amour de l’argent » (1 Tm 6,10). Il est la cause principale de la corruption et la source de jalousies, litiges et soupçons. L’argent peut réussir à nous dominer et devenir ainsi une idole tyrannique (cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 55). Au lieu d’être un instrument à notre service pour réaliser le bien et exercer la solidarité envers les autres, l’argent peut nous rendre esclaves, ainsi que le monde entier, d’une logique égoïste qui ne laisse aucune place à l’amour et fait obstacle à la paix.

La parabole nous montre ensuite que la cupidité rend le riche vaniteux. Sa personnalité se réalise dans les apparences, dans le fait de montrer aux autres ce que lui peut se permettre. Mais l’apparence masque le vide intérieur. Sa vie reste prisonnière de l’extériorité, de la dimension la plus superficielle et éphémère de l’existence (cf. ibid., n. 62).

Le niveau le plus bas de cette déchéance morale est l’orgueil. L’homme riche s’habille comme un roi, il singe l’allure d’un dieu, oubliant d’être simplement un mortel. Pour l’homme corrompu par l’amour des richesses, il n’existe que le propre moi et c’est la raison pour laquelle les personnes qui l’entourent ne sont pas l’objet de son regard. Le fruit de l’attachement à l’argent est donc une sorte de cécité : le riche ne voit pas le pauvre qui est affamé, couvert de plaies et prostré dans son humiliation.

En regardant ce personnage, on comprend pourquoi l’Évangile est aussi ferme dans sa condamnation de l’amour de l’argent : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Mt 6,24).

3. La Parole est un don

L’évangile du riche et du pauvre Lazare nous aide à bien nous préparer à Pâques qui s’approche. La liturgie du Mercredi des Cendres nous invite à vivre une expérience semblable à celle que fait le riche d’une façon extrêmement dramatique. Le prêtre, en imposant les cendres sur la tête, répète ces paroles : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Le riche et le pauvre, en effet, meurent tous les deux et la partie la plus longue du récit de la parabole se passe dans l’au-delà. Les deux personnages découvrent subitement que « nous n’avons rien apporté dans ce monde, et nous n’en pourrons rien emporter » (1 Tm 6,7).

Notre regard aussi se tourne vers l’au-delà, où le riche dialogue avec Abraham qu’il appelle « Père » (Lc 16, 24 ; 27) montrant
qu’il fait partie du peuple de Dieu. Ce détail rend sa vie encore plus contradictoire car, jusqu’à présent, rien n’avait été dit sur sa relation à Dieu. En effet dans sa vie, il n’y avait pas de place pour Dieu, puisqu’il était lui-même son propre dieu.

Ce n’est que dans les tourments de l’au-delà que le riche reconnaît Lazare et il voudrait bien que le pauvre allège ses souffrances avec un peu d’eau. Les gestes demandés à Lazare sont semblables à ceux que le riche aurait pu accomplir et qu’il n’a jamais réalisés. Abraham néanmoins lui explique que « tu as reçu tes biens pendant ta vie et Lazare pareillement ses maux; maintenant ici il est consolé et toi tu es tourmenté » (v.25). L’au-delà rétablit une certaine équité et les maux de la vie sont compensés par le bien.

La parabole acquiert une dimension plus large et délivre ainsi un message pour tous les chrétiens. En effet le riche, qui a des frères encore en vie, demande à Abraham d’envoyer Lazare les avertir ; mais Abraham répond : « ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent » (v. 29). Et devant l’objection formulée par le riche, il ajoute : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (v.31).

Ainsi se manifeste le vrai problème du riche : la racine de ses maux réside dans le fait de ne pas écouter la Parole de Dieu ; ceci l’a amené à ne plus aimer Dieu et donc à mépriser le prochain. La Parole de Dieu est une force vivante, capable de susciter la conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère.

Chers frères et sœurs, le Carême est un temps favorable pour nous renouveler dans la rencontre avec le Christ vivant dans sa Parole, dans ses Sacrements et dans le prochain. Le Seigneur qui – au cours des quarante jours passés dans le désert a vaincu les pièges du Tentateur – nous montre le chemin à suivre. Que l’Esprit Saint nous aide à accomplir un vrai chemin de conversion pour redécouvrir le don de la Parole de Dieu, être purifiés du péché qui nous aveugle et servir le Christ présent dans nos frères dans le besoin. J’encourage tous les fidèles à manifester ce renouvellement spirituel en participant également aux campagnes de Carême promues par de nombreux organismes ecclésiaux visant à faire grandir la culture de la rencontre au sein de l’unique famille humaine. Prions les uns pour les autres afin que participant à la victoire du Christ nous sachions ouvrir nos portes aux faibles et aux pauvres. Ainsi nous pourrons vivre et témoigner en plénitude de la joie pascale.

Du Vatican, le 18 octobre 2016, Fête de Saint Luc, évangéliste

FRANÇOIS [00196-FR.01] [Texte original: Français]

La prière et le dialogue contre le mystère du mal

CNS photo/Dario Ayala, Reuters

Depuis le terrible attentat de dimanche soir, de nombreuses réactions se sont fait entendre.  Les premières en étaient de consternation et de compassion envers les familles et proches des victimes lesquelles furent suivies par une déferlante d’analyses visant à identifier les causes de cet « acte ignoble » et inhumain. Un tel événement ne peut évidemment pas s’expliquer par un seul facteur. Une chose est claire, le mal « Mysterium iniquitatis » est d’abord et avant tout un mystère qui dépasse notre entendement. Il possède, en effet, une dimension spirituelle qui ne peut être pleinement comprise et vaincue que par une spiritualité authentique et féconde. N’en déplaise aux différents spécialistes, les analyses strictement humaines ne rendront donc jamais parfaitement justice à ce qui s’est vécu dans la désormais tristement célèbre mosquée du chemin Sainte-Foy à Québec. Ceci étant dit, nous pouvons, selon moi, tirer paradoxalement un enseignement de cette tragédie de deux manières : par une ouverture renouvelée à la prière, spécialement celle envers les défunts ainsi qu’en réaffirmant l’engagement au dialogue.

La nécessité de la prière

Tenir compte des facteurs humains est évidemment important pour mettre en place des mécanismes ayant pour but d’éviter qu’un tel drame ne se reproduise. Cependant, nous ne devons pas prétendre pouvoir expliquer totalement le sens d’une telle manifestation de haine contre la dignité humaine du prochain. Cela exige d’avoir l’humilité de reconnaître les limites de notre intelligence et de nous mettre à l’écoute de Celui qui parle silencieusement dans l’intimité de notre intériorité. C’est ainsi que la prière nous permet de nous mettre en contact avec ce Dieu, qui Seul est en mesure de sonder « les reins et les cœurs » (Ap, 2, 23). Expression d’une ouverture et d’une confiance envers le Dieu « Juste » (Ps 10, 7) et « Miséricordieux » (Ps 77, 38) qui connaît la plénitude des évènements de l’histoire, la prière nous rend capables de ne pas céder nous-mêmes à la haine et au rejet de l’autre.

De plus, conscients que toute victime innocente se trouve auprès du Dieu de toute miséricorde, nous pouvons, d’abord, nous réconforter dans l’espérance qu’elles soient entre bonnes mains. Nous pouvons être certains que l’amour que nous leur portions émanait d’un Amour qui ne s’éteint pas et qui est toujours présent auprès d’eux et ce, peut-être plus intensément que jamais. Enfin, par la prière, nous pouvons être certains que nos relations avec les défunts ; ces petits moments passés avec l’être cher ne sont pas entièrement disparus. Au contraire, bien que l’intensité de la souffrance soit le gage de l’amour que nous leur portions, la prière nous permet de nous mettre en leur présence. Nous devons donc apprendre, bien que ce soit difficile, à entrer dans cette nouvelle forme de relation avec les défunts. Une relation spirituelle où Dieu devient l’intermédiaire par excellence. En ce sens, au lieu de s’évanouir dans le néant, tous nos rêves de bonheur pour les disparus sont plutôt métamorphosés. Ils sont orientés vers le bonheur parfait, vers le bonheur que l’on n’achète pas mais qui se trouve, au contraire, dans le don et la communion à Dieu. Ainsi, nous serons nous-mêmes transformés en de meilleures personnes c’est-à-dire en des personnes libres et capables de rendre véritablement le monde meilleur.

La prière, agent de transformation du monde

Cette nouvelle liberté que nous apporte la relation avec nos proches défunts par la prière, nous permet d’acquérir, peu à peu, cet esprit d’abnégation nécessaire à la construction d’un monde meilleur. Parce que nous sommes libérés, dans la communion des saints, du poids d’une disparition totale de nos proches, nous pouvons reconnaître en notre prochain une occasion supplémentaire d’entretenir cette même relation transfigurée. C’est ainsi que, loin de nous porter à des comportements tels que la haine et la vengeance, la prière nous portera, au contraire, vers un engagement renouvelé envers les différents besoins que nous discernons dans notre entourage et où nous pouvons faire une différence.

Dans le cas de cette tragédie immonde, nous pouvons déjà percevoir des signes encourageants qui manifestent cette foi profonde en ce que je viens d’énoncer de la part des deux communautés musulmane et chrétienne. En effet, un temps de prière communautaire fut l’occasion de s’unir aux victimes dans l’espérance d’une nouvelle présence mystérieuse mais néanmoins réelle.

Que ce contact douloureux avec la mort porte des fruits de rapprochement et non de haine et de violence est en soit un miracle rendu possible par la seule Grâce de Dieu. Défiant la logique humaine qui demanderait vengeance, tous, chrétiens et musulmans, se sont laissé toucher par ce qui peut être considéré comme le testament des victimes du 29 janvier 2017. Un héritage qui demande que nous soyons à la hauteur par un engagement à la prière et au dialogue tel que décliné par le très beau document de la CECC :

1.Un dialogue du vécu : les chrétiens témoignent de leur foi et de leur mode de vie quand ils dialoguent avec les autres ;

2.Un dialogue par l’action : l’appel à préserver et promouvoir la paix, la liberté, la justice sociale et les valeurs morales par le dialogue ;

3.Des échanges théologiques ou le dialogue entre experts : ce qui permet aux spécialistes d’approfondir leur propre tradition et d’apprécier la valeur des autres religions ;

4.Un dialogue de l’expérience religieuse qui approfondit l’expérience religieuse personnelle, favorise la solidarité dans la prière et les échanges sur le plan de l’expérience religieuse.

En ces temps de tension mondiale exacerbée par le déploiement d’une interconnexion de l’indifférence, chrétiens, musulmans et fidèles de toutes les religions doivent redoubler d’efforts dans leur engagement à la prière et au dialogue. Pour nous catholiques, que les victimes innocentes de l’attentat de Québec nous pressent à nous mettre à l’écoute de l’Esprit Saint qui nous exhorte à nous unir au Christ dans la Charité. Ainsi, nous pourrons rendre grâce à Dieu des fruits de paix et de joie qui se manifesteront de plus en plus autour de nous. Vous trouverez ci-dessous le Vidéo des intentions du pape pour le dialogue inter religieux:

Messe en communion avec la communauté musulmane de Québec (Production: ECDQ)

CNS photo/Philippe Vaillancourt, Presence

Messe en communion avec les victimes de l’attentat à la grande mosquée de Québec telle que tenue en l’église Notre-Dame-de-Foy, 820 rue du Chanoine-Martin le 31 janvier 2017. Une production et réalisation EDCQ.TV.

« Prendre Jésus dans nos bras…»

Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour la Fête de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem. (2 février 2017)

Hébreux 2, 14-18
Luc 2, 22-40

C’est en 1997 que saint Jean-Paul II a fait coïncider la journée mondiale de la vie consacrée avec la Fête de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem (2 février). Le Pape a donné trois raisons justifiant le choix du 2 février comme journée dédiée aux hommes et femmes consacrés. D’abord, pour rendre grâce à Dieu pour ce don de la vie consacrée. Deuxièmement, pour en faire la promotion et manifester l’appréciation de tout le Peuple de Dieu envers ces hommes et femmes. Troisièmement, afin d’inviter tous ceux qui ont dédié leur vie à la cause de l’Évangile à célébrer les merveilles que le Seigneur accomplit à travers eux.

Les lectures spéciales de cette fête sont (Ml 3,1-4; Ps 24, 14-18; Hb 2, 14-18; Luc 2, 22-40).

Selon la loi mosaïque (Lv 12, 2-8), une femme qui donnait naissance à un garçon était, pour des raisons légales liées à l’impureté, proscrite de toucher quoi que ce soit de sacré ou d’entrer dans la zone entourant le temple et ce, pendant quarante jours. À la fin de cette période, la nouvelle mère devait offrir un agneau d’un an, une colombe ou un pigeon en holocauste pour l’expiation des péchés. La femme qui ne pouvait se permettre de donner un agneau offrait deux colombes ou deux jeunes pigeons, ce que firent Marie et Joseph dans l’Évangile de ce dimanche. Ils emmenèrent donc Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur (Luc 2, 7). Il fut consacré au Seigneur tel que la loi le prescrivait (Exode 13, 2, 12), mais il n’y avait aucune prescription affirmant que cela devait se faire au Temple. Le concept de la présentation au Temple trouve probablement ses origines au premier livre de Samuel (1 Sam 1, 24-28), où Anne offre l’enfant Samuel pour le service du Sanctuaire. La loi stipulait également (Nombre, 3, 47-48) que le fils premier-né devait être sauvé par les parents par l’entremise d’une offrande de cinq Shekels à un membre d’une famille sacerdotale. Luc ne fait cependant pas mention de cette prescription légale.

Réfléchissons maintenant sur cette scène émouvante de l’Évangile de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple que nous trouvons au chapitre 2 des récits de l’enfance de l’évangéliste Luc (Lc 2, 22-38). Dans cette scène touchante, nous rencontrons quatre personnes qui embrassent la nouvelle vie de Jésus en le tenant dans leurs bras : Siméon fidèle et avancé en âge, la vieille et sage prophétesse Anne et le jeune couple Marie et Joseph qui, par fidèle obéissance, offre leur enfant au Seigneur. Luc écrit : « Au moment où les parents présentaient l’Enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait Siméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu » (Lc 2, 27-28). À ce moment, l’évangéliste place sur les lèvres de Siméon le cantique Nunc Dimittis – cette belle prière est vraiment une anthologie des prières de l’ancien Israël. La liturgie nous la fait répéter tous les jours durant les complies : « mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » (Lc 2, 30-32).

Le Saint Esprit était à l’œuvre en Siméon mais également dans la vie de la prophétesse Anne qui, étant restée veuve depuis sa jeunesse, « ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière » (Lc 2, 37). Elle était une femme consacrée à Dieu et elle était capable, à la lumière de l’Esprit de Dieu, d’entrevoir les plans de Dieu et d’interpréter ses commandements. « Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. » (Lc 2, 38). Comme Siméon, elle fut sans aucun doute touchée par le Saint Esprit lors de sa rencontre avec Jésus.

Les paroles prophétiques d’Anne et de Siméon n’annoncent pas seulement la venue du Sauveur dans le monde et sa présence au cœur du peuple d’Israël mais également son sacrifice rédempteur. Cette seconde partie de la prophétie était spécialement adressée à Marie, mère du Sauveur : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. » (Lc 2, 14-35).

De ce touchant épisode de l’Évangile, nous pouvons dégager deux orientations liées à la vie consacrée. D’abord, la Présentation du fils de Dieu dans le majestueux temple de Jérusalem prend place au milieu des allées et venues de différentes personnes, occupées par leur travail parmi lesquels des prêtres, des lévites faisant chacun leurs devoirs aussi bien que des foules de pèlerins anxieux de rencontrer le Dieu d’Israël dans sa maison terrestre de Jérusalem. Cependant, aucun d’entre eux ne surent reconnaître la scène unique qui se déroulait devant leurs yeux. Ce qui nous fait dire que Jésus était un enfant comme les autres, un fils premier-né très simple, humble avec ses saints parents.

Même les prêtres du temple furent incapables de reconnaître les signes de cette nouvelle présence du Messie et Sauveur.  Au lieu de cela, ce fut deux personnes âgées, Anne et Siméon, qui furent capables de découvrir cette grande nouveauté présente dans la personne de l’Enfant Jésus. Parce qu’ils étaient conduits par l’Esprit Saint, Anne et Siméon ont pu trouver dans cet enfant la réalisation de leurs plus grandes attentes ainsi que de leur fidèle vigilance. Au delà de la vision de cet enfant, Anne et Siméon ont compris qu’Il était Celui longuement attendu. Qu’Il était la réalisation de tous leurs espoirs et de leurs plus grands rêves.

Dans les personnes de Siméon, d’Anne et de la sainte famille, se révèle la profonde humanité de cette rencontre. Le vieil homme tient l’enfant dans ses bras comme pour représenter la flamme de la vie couvrant deux générations de Juifs fidèles. En tenant cet enfant dans ses bras, il sait qu’il tient tout près de son cœur son propre futur. Quelle joie de savoir qu’il peut embrasser la continuité de sa propre vie ! Siméon a espéré, il a cru et maintenant son espérance se réalise dans un enfant, plein de vitalité et rempli de promesses. Le vieil homme se réjouit de voir que d’autres vont continuer son travail. Il est heureux de ce que dans son propre déclin, se perçoit un réveil, une renaissance, un futur qui est en train de s’ouvrir.

Anne aussi n’a pas peur de bénir la nouveauté et le défi que cet enfant apporte avec Lui. Ce n’est pas facile pour la personne âgée qui habite en chacun de nous d’accueillir la nouveauté, d’accepter de prendre le bébé dans ses bras. Il y a toujours la peur que l’enfant ne survive pas, que le nouveau-né ne partage pas nos idéaux, qu’il les trahisse et, ainsi, nous mette de côté en prenant notre place. Bien qu’avancés en âge, Anne et Siméon ont su incarner une vision jeune et pleine d’espérance.

Cette histoire s’est jouée toutes les fois que j’ai visité des confrères plus âgés dans nos différentes maisons de retraite et infirmeries. D’un côté, il y a ceux qui, comme Anne et Siméon, se réjouissent de voir des jeunes frères, parce qu’ils voient que nous continuons de porter la flamme. De l’autre, il y a ceux qui craignent que nous ne survivions pas, que nous trahissions leurs idéaux sans faire attention à eux, simplement parce qu’ils sont plus âgés. Si nous espérons être des hommes et des femmes consacrés portant une vision à l’Église d’aujourd’hui, c’est parce que nous nous appuyons sur les épaules de géants c’est-à-dire de ceux qui sont venus avant nous. Nous ne devons jamais oublier ce fait. Toute les fois que nous avons voulu aller de l’avant en oubliant ceux qui sont venus avant nous, nous l’avons payé très cher.

La deuxième orientation qui émerge du récit de la Présentation de l’Évangile de Luc est la question du comment présenter le Christ au monde. Si nos congrégations religieuses, nos communautés locales, nos institutions scolaires, nos structures paroissiales, nos apostolats divers n’apportent pas Jésus au monde et ne parlent pas de Lui ouvertement, eh bien nous ne réalisons pas bien la mission qui nous a été confiée par Dieu et l’Église.

La nouveauté, l’efficacité, la puissance de la proclamation et de nos efforts pastoraux et éducationnels ne consistent pas d’abord dans l’utilisation de méthodes ou de techniques originales ou éblouissantes, quoiqu’elles ont sans aucun doute une certaine efficacité, mais dans le fait d’être remplis de l’Esprit Saint et de se laisser guider par Lui.  La nouveauté d’une authentique proclamation de la Bonne Nouvelle réside dans le fait de s’immerger dans le Mystère du Christ, dans l’assimilation de sa Parole et dans sa présence eucharistique ; de telle sorte qu’Il puisse Lui-même agir à travers les pauvres instruments que nous sommes.

Le Pape François est un merveilleux exemple de cette nouvelle évangélisation. Il parle si souvent de cette « culture de la rencontre » qui nous porte à côtoyer davantage les autres. Si vous voulez savoir à quoi ressemble l’évangélisation, ce que ça sent, ce que cela fait ressentir, regardez François, un homme âgé qui vit la joie de l’Évangile. Le Pape François n’a pas perdu sa vision de jeunesse pleine d’espérance.

Au paragraphe no 88 de sa récente Exhortation Apostolique « Evangelii Gaudium », l’Évêque de Rome écrit : « Beaucoup essaient de fuir les autres pour une vie privée confortable, ou pour le cercle restreint des plus intimes, et renoncent au réalisme de la dimension sociale de l’Évangile. Car, de même que certains voudraient un Christ purement spirituel, sans chair ni croix, de même ils visent des relations interpersonnelles seulement à travers des appareils sophistiqués, des écrans et des systèmes qu’on peut mettre en marche et arrêter sur commande. Pendant ce temps-là, l’Évangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec sa souffrance et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps à corps. La foi authentique dans le Fils de Dieu fait chair est inséparable du don de soi, de l’appartenance à la communauté, du service, de la réconciliation avec la chair des autres. Dans son incarnation, le Fils de Dieu nous a invité à la révolution de la tendresse 

Un moment de Kairos

Lorsque Marie et Joseph arrivèrent au Temple de Jérusalem avec l’Enfant Jésus dans leurs bras, ce n’était pas simplement une journée ordinaire dans la vie d’un vieux prêtre et d’une fidèle prophétesse en devoir à ce moment-là. Il s’agissait du moment choisi par Dieu. Le temps ordinaire, en grec « chronos » fut transformé en un moment de Dieu, en grec « kairos ».

Parce que nous vivons dans ce même kairos ou, en d’autres termes, le temps et l’heure choisis par Dieu dans l’histoire, nous ne pouvons pas parler simplement du futur de l’Église, du futur de notre paroisse, du futur de nos diocèses et de nos congrégations religieuses, du futur de nos activités d’éducation et d’évangélisation, du futur de n’importe quoi finalement! La seule question pertinente pour nous est Jésus et le futur de l’Église, Jésus et le futur de nos paroisses, Jésus et le futur de notre système d’éducation et nos programmes pastoraux, Jésus et le futur de tout ! Trop souvent notre regard vers le futur est simplement scientifique ou sociologique, sans référence à Jésus, l’Évangile ou l’action de l’Esprit dans l’histoire et dans l’Église.

En cette journée toute spéciale, nous remercions Dieu pour la vie consacrée. Nous devons nous demander une question très importante. Pourquoi certains de nos contemporains – des frères ou sœurs dans la vie religieuse voient et trouvent le Christ, tandis que d’autres ne le trouvent pas ? Qu’est-ce qui ouvre les yeux du cœur ? Qu’est-ce qui manque chez ceux qui demeurent indifférents ? Est-ce que notre confiance en nous, notre prétention à connaître la réalité, notre présomption à avoir formulé un jugement définitif sur tout, ne nous enferment pas et ne rendent pas nos cœurs insensibles à la nouveauté de Dieu ? Combien de fois sommes-nous absolument certains de l’idée que nous nous sommes fait du monde, de l’Église, de la vie consacrée, au lieu de nous laisser interpeller par la curiosité et l’intimité d’une aventure avec Dieu qui veut nous rencontrer et nous rapprocher de Lui ?

Combien de fois ne mettons-nous pas notre confiance en nous-mêmes plutôt que dans l’enfant de Bethlehem ? Combien de fois ne croyons-nous pas possible que Dieu puisse être si grand qu’il se réduise pour se faire proche de nous ? Comment se peut-il que la gloire et la puissance de Dieu se révèlent dans la vulnérabilité d’un bébé ?

La Présentation de Jésus au Temple et les paroles choisies avec soin dans la prière de Siméon nous invitent à l’adoration et la contemplation de la Parole faite chair, qui habite puissamment parmi nous. Nous vivons tous des vies occupées. Nous effectuons tous un important travail. Beaucoup de nos vies sont profondément empêtrées dans les institutions et les entreprises que nous servons.

Ne sommes-nous pas parfois tellement occupés par les aléas de la vie que nous ne sommes plus en mesure de remarquer la présence de Jésus dans notre existence ? De ce Jésus, qui vient à nous dans le pénible déguisement du pauvre, du déséquilibré, de la personne en colère, triste ou confuse qui composent notre monde ? De ce Jésus, qui vient à nous à travers nos simples, humbles et saints parents qui ne peuvent souvent faire plus que d’être là lorsque nous en avons besoin? Se pourrait-il que nous, hommes et femmes consacrés, soyons souvent incapables de reconnaître les signes de cette présence nouvelle et spéciale du Messie et Sauveur ? Et lorsque nous rencontrons cette radicale nouveauté qu’est Jésus, allons-nous tenir ce bébé dans nos bras, l’accueillir et lui faire de la place dans nos vies ? Est-ce que la nouveauté qu’il apporte entrera réellement dans nos vies ou bien tenterons-nous de mettre la nouveauté de côté, espérant que cette nouveauté de Dieu ne cause qu’un minimum de dérangement ?

Comment voyons-nous la gloire de Dieu dans nos vies? Sommes-nous assoiffés de justice et de paix? Quelles sont les nouvelles situations et qui sont les nouvelles personnes qui sont entrées dans nos vies récemment ? Y a-t-il de nouvelles réalités devant lesquelles nous avons peur? Tentons-nous de les éviter, parfois même jusqu’à la rébellion? Comment sommes-nous véritablement lumière et salut pour d’autres personnes? Quelle est notre capacité de réchauffer les cœurs par notre vie? Est-ce que nous rayonnons la joie ou est-ce que nous annonçons plutôt le désespoir? Bref, vivons-nous vraiment l’Évangile de la joie?

Je conclus avec ces paroles dérangeantes d’un grand théologien et professeur du deuxième siècle, Origène (185-223) provenant d’une de ses homélies sur le récit de la Présentation de Jésus au Temple de l’Évangile de Luc :
« Siméon savait que personne ne pouvait libérer un homme de la prison du corps avec l’espoir de la vie à venir, excepté Celui enveloppé dans ses bras. Ainsi, il lui dit : «  Maintenant tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix » (Lc 8, 44). Puisque, tant que mes bras n’eurent pas tenu le Christ, tant que mes bras ne l’eurent pas enveloppé, j’étais emprisonné et incapable d’échapper à mes liens ». Cela n’est pas seulement vrai pour Siméon mais pour toute la race humaine. Quiconque quitte ce monde, quiconque est délivré de la prison et de la maison des enchaînés pour aller devant et régner devrait prendre Jésus dans ses bras. Il devrait l’envelopper avec ses bras et le serrer fort contre lui. Ainsi, il pourra aller dans la joie là où il doit s’en aller… »

Le Père Thomas Rosica, C.S.B., est PDG de la Fondation Catholique Sel et Lumière Média.