Homélie du pape François lors de la Messe de clôture du Synode sur les jeunes


Photo: CNS/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte officiel de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe de conclusion de la 15e Assemblée générale du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel »:

L’épisode que nous avons écouté est le dernier que l’évangéliste Marc raconte au sujet du ministère itinérant de Jésus, qui peu après entrera à Jérusalem pour mourir et ressusciter. Bartimée est ainsi le dernier à suivre Jésus le long du chemin : de mendiant au bord de la route à Jéricho, il devient un disciple qui marche avec les autres vers Jérusalem. Nous aussi, nous avons cheminé ensemble, nous avons « fait synode » et maintenant cet Évangile scelle trois étapes fondamentales pour le chemin de la foi.

Tout d’abord, regardons Bartimée: son nom signifie « fils de Timée ». Et le texte le précise : « le fils de Timée, Bartimée » (Mc 10, 46). Mais, alors que l’Évangile le réaffirme, émerge un paradoxe : le père est absent. Bartimée se trouve seul le long de la route, hors de sa maison et sans père : il n’est pas aimé, mais abandonné. Il est aveugle et il n’a personne pour l’écouter. Jésus entend son cri. Et quand il le rencontre, il le laisse parler. Il n’était pas difficile de deviner ce que Bartimée demanderait : il est évident qu’un aveugle veut avoir ou retrouver la vue. Mais Jésus n’est pas expéditif, il prend le temps de l’écoute. Voilà la première étape pour faciliter le cheminement de foi : écouter. C’est l’apostolat de l’oreille : écouter, avant de parler.

A l’inverse, beaucoup de ceux qui étaient avec Jésus réprimandaient Bartimée pour le faire taire (Cf. v. 48). Pour ces disciples, l’indigent était un dérangement sur le chemin, un imprévu dans le programme. Ils préféraient leur temps à celui du Maître, leurs paroles à l’écoute des autres : ils suivaient Jésus, mais ils avaient en tête leurs projets. C’est un risque dont il faut toujours se garder. Pour Jésus, au contraire, le cri de celui qui appelle à l’aide n’est pas un dérangement qui entrave le chemin, mais une question vitale. Comme il est important pour nous d’écouter la vie ! Les enfants du Père céleste écoutent leurs frères : non pas les bavardages inutiles mais les besoins du prochain. Écouter avec amour, avec patience, comme Dieu le fait avec nous, avec nos prières souvent répétitives. Dieu ne se fatigue jamais, il se réjouit toujours quand nous le cherchons. Demandons, nous aussi, la grâce d’un cœur docile à l’écoute. Je voudrais dire aux jeunes, au nom de nous tous, les adultes : excusez-nous si, souvent, nous ne vous avons pas écoutés ; si, au lieu de vous ouvrir notre cœur, nous vous avons rempli les oreilles. Comme Église de Jésus, nous désirons nous mettre à votre écoute avec amour, sûrs de deux choses : que votre vie est précieuse pour Dieu, parce que Dieu est jeune et qu’il aime les jeunes ; et que votre vie est aussi précieuse pour nous, mieux encore nécessaire pour aller de l’avant.

Après l’écoute, une deuxième étape pour accompagner le chemin de la foi : se faire proches. Regardons Jésus, qui ne délègue pas quelqu’un parmi la « foule nombreuse » qui le suivait, mais qui rencontre Bartimée personnellement. Il lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (v. 51). Que veux-tu ? Jésus s’identifie à Bartimée, il ne fait pas abstraction de ses attentes ; que je fasse : faire, pas seulement parler ; pour toi : non pas selon des idées préétablies pour n’importe qui, mais pour toi, dans ta situation. Voilà comment fait Dieu, en s’impliquant en personne, avec un amour de prédilection pour chacun. Dans sa manière de faire passe déjà son message : la foi germe ainsi dans la vie.

La foi passe par la vie. Quand la foi se concentre uniquement sur les formulations doctrinales, elle risque de parler seulement à la tête, sans toucher le cœur. Et quand elle se concentre seulement sur le faire, elle risque de devenir un moralisme et de se réduire au social. La foi au contraire, c’est la vie : c’est vivre l’amour de Dieu qui a changé notre existence. Nous ne pouvons pas être des doctrinaires ou des activistes ; nous sommes appelés à poursuivre l’œuvre de Dieu à la manière de Dieu, dans la proximité : liés à Lui, en communion entre nous, proches de nos frères. Proximité : voilà le secret pour transmettre le noyau de la foi, et non pas quelque aspect secondaire.

Se faire proches et porter la nouveauté de Dieu dans la vie du frère, c’est l’antidote à la tentation des recettes toutes prêtes. Demandons-nous si nous sommes des chrétiens capables de devenir proches, de sortir de nos cercles pour étreindre ceux qui « ne sont pas des nôtres » et que Dieu cherche ardemment. Il y a toujours cette tentation qui revient tant de fois dans l’Écriture : se laver les mains. C’est ce que fait la foule dans l’Évangile d’aujourd’hui, ce qu’a fait Caïn avec Abel, ce que fera Pilate avec Jésus : se laver les mains. Nous, à l’inverse, nous voulons imiter Jésus, et comme lui nous salir les mains. Lui, le chemin (cf. Jn 14, 6), pour Bartimée il s’est arrêté sur la route ; Lui, la lumière du monde (cf. Jn 9, 5), il s’est penché vers un aveugle. Reconnaissons que le Seigneur s’est sali les mains pour chacun de nous, et en regardant la croix ; et repartons de là, nous rappelant que Dieu s’est fait mon prochain dans le péché et dans la mort. Il s’est fait mon prochain : tout commence à partir de là. Et quand par amour pour lui, nous aussi, nous nous faisons proches, nous devenons porteurs d’une vie nouvelle : non pas des maîtres de tous, ni des experts du sacré, mais des témoins de l’amour qui sauve.

Témoigner est la troisième étape. Regardons les disciples qui appellent Bartimée : ils ne vont pas à lui, qui mendiait, avec une petite pièce pour l’apaiser ou pour dispenser des conseils. Ils vont à lui au nom de Jésus. En effet, ils lui adressent trois paroles seulement, toutes de Jésus : « Courage ! Lève-toi. Il t’appelle » (v. 49). Seul Jésus dans le reste de l’Évangile dit courage!, parce que lui seul ressuscite le cœur. Seul Jésus dans l’Évangile dit lève-toi, pour guérir l’esprit et le corps. Seul Jésus appelle, en changeant la vie de celui qui le suit, en remettant sur pied celui qui est à terre, en portant la lumière de Dieu dans les ténèbres de la vie. Tant d’enfants, tant de jeunes, comme Bartimée, cherchent une lumière dans la vie. Ils cherchent un amour vrai. Et comme Bartimée, malgré la nombreuse foule, appelle seulement Jésus, de même eux aussi cherchent la vie, mais souvent ils ne trouvent que de fausses promesses et peu de personnes qui s’intéressent vraiment à eux.

Il n’est pas chrétien d’attendre que les frères en recherche frappent à notre porte ; nous devrions aller vers eux, non pas en nous portant nous-mêmes, mais en portant Jésus. Il nous envoie, comme ces disciples, pour encourager et relever en son nom. Il nous envoie dire à chacun : « Dieu te demande de te laisser aimer par Lui ». Que de fois, au lieu de ce message libérateur de salut, nous n’avons porté que nous-mêmes, nos « recettes », nos « étiquettes » dans l’Église ! Que de fois, plutôt que de faire nôtres les paroles du Seigneur, nous avons fait passer nos idées pour ses paroles ! Que de fois les personnes sentent plus le poids de nos institutions que la présence amicale de Jésus ! Alors nous passons pour une ONG, pour une organisation semi-publique, et non pas pour la communauté des sauvés qui vivent la joie du Seigneur.

Écouter, se faire proches, témoigner. Le chemin de foi dans l’Évangile se termine d’une manière belle et surprenante, avec Jésus qui dit : « Va, ta foi t’a sauvé » (v. 52). Et pourtant, Bartimée n’a pas fait de profession de foi, il n’a accompli aucune œuvre ; il a seulement demandé pitié. Sentir qu’on a besoin du salut, c’est le commencement de la foi. C’est la voie directe pour rencontrer Jésus. La foi qui a sauvé Bartimée n’était pas dans ses idées claires sur Dieu, mais dans le fait de le chercher, dans la volonté de le rencontrer. La foi est une question de rencontre, non pas de théorie. Dans la rencontre Jésus passe, dans la rencontre palpite le cœur de l’Église. Alors, non pas nos sermons, mais le témoignage de notre vie sera efficace.

Et à vous tous qui avez participé à ce « cheminement commun », je dis merci pour votre témoignage. Nous avons travaillé en communion et avec franchise, avec le désir de servir Dieu et son peuple. Que le Seigneur bénisse nos pas, afin que nous puissions écouter les jeunes, nous faire proches d’eux et leur témoigner la joie de notre vie : Jésus.

[01710-FR.01] [Texte original: Italien]

Église en Sortie 26 octobre 2018

Cette semaine à Église en sortie, on s’entretient avec Isabel Correa, directrice de la Mission Jeunesse Montréal et JMJ Canada, sur la place des jeunes dans l’Église en marge du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». On vous présente un reportage sur la Résidence de la montagne de l’Horeb, maison de repos pour les prêtres à Sainte-Agathe-des-Monts au nord de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis reçoit Mgr Pierre Goudreault, évêque du diocèse de Sainte-Anne-de-La-Pocatière au sujet de son diocèse et du tournant missionnaire de l’Église.

Vers une Église en marche avec les jeunes


Crédit:CNS photo/Paul Haring

Samedi dernier se terminait la deuxième semaine des travaux du Synode sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Pour l’occasion furent publiés les textes des différents Relatio des cercles mineurs sur la troisième partie de l’Instrumentum Laboris. Divisés par appartenance linguistique, ces différents groupes devaient rédigés des propositions au Secrétariat général du Synode afin d’établir un document provisoire qui fera ensuite l’objet d’un vote. Habituellement, c’est ce document final qui sert d’inspiration au Saint-Père pour l’écriture de l’éventuelle Exhortation apostolique post synodale.

Reflétant l’esprit et les sujets abordés dans les discussions en petits groupes, leur lecture nous permet donc de comprendre mieux les orientations du Synode ainsi que les thèmes suscitant le plus d’enthousiasme. Sans prétendre dresser une liste exhaustive de tout ce qui s’y retrouve, plusieurs éléments émergent de ces textes.

Vatican II en marche

Dans un premier temps, il est clair que Vatican II se trouve en arrière-plan de l’ensemble des délibérations. Que ce soit par la méthode même du Synode des évêques qui n’aurait jamais vu le jour sans le Concile ou par le langage utilisé dans les conversations, il est clair que le « Synode des jeunes » s’appuie sur l’ecclésiologie du Peuple de Dieu. Mariant les dimensions hiérarchiques et charismatiques de l’Église, tous ont le souci de mettre en œuvre les paroles de saint Paul selon lesquelles « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. » (1 Cor 12, 4-6).

Au service de la vérité et de la justice

Le langage lui-même, utilisé à plusieurs reprises, nous rappelle les grands thèmes abordés par le Concile. Le souci des plus pauvres est sans contredit l’un de ces éléments. Comme l’affirme le Circulus Gallicus A « l’option préférentielle pour les pauvres et les jeunes » […] « ce binôme établit les jeunes aux avant-postes de l’engagement social aux côtés des pauvres ». Pour paraphraser, nous pourrions dire que, de la même manière que la lutte pour la protection de l’environnement ne peut être dissociée de la lutte contre la pauvreté, la promotion de la jeunesse passe aussi par une plus grande préoccupation pour les plus pauvres de nos sociétés. Il est donc clair qu’un élément central d’une pastorale jeunesse efficace est d’être soucieuse du « désir de vérité et de justice qui les caractérise ».

Un « écosystème » de maturation humaine

Selon plusieurs relatios, l’action pastorale de l’Église envers les jeunes doit mettre un fort accent sur les besoins de formation des jeunes. En ce sens, le Circulus Gallicus C a bien manifesté l’importance d’une plus grande emphase sur la « Sensibilité éducative de l’Église » [ par une ] « attention particulière dans l’élaboration des programmes spécifiques des lieux éducatifs de l’Église du point de vue du dialogue de la foi avec ces nouveaux contextes » que sont « la réalité du continent digital, la question écologique, la politique dans la cité, le pluralisme culturel et religieux ».

S’il est vrai que tout chrétien doit être en mesure de « donner les raisons de l’espérance qui est en nous », il est d’autant plus vrai que les jeunes sont particulièrement sensibles à la cohérence de ce qui leur est présenté. La pastorale jeunesse doit donc maintenir le riche patrimoine de dialogue entre foi et raison tel que développé par les grands docteurs et le récent Magistère de l’Église.

Enfants de Dieu dans toutes les sphères de la société

Le monde professionnel a malheureusement été peu abordé dans les cercles mineurs. Le Circulus Anglicus D a cependant sauvé la donne en mentionnant l’importance de présenter la foi comme une « aventure spirituelle » manifestant ainsi la possibilité de devenir « de grands avocats catholiques, de grands médecins catholiques, de grands journalistes catholiques et de grands entrepreneurs catholiques, etc. ». En effet, bien qu’étant pour la plupart en période de formation, les jeunes doivent aussi être en mesure de se projeter dans un futur où leur foi pourra se marier pleinement avec leurs aspirations professionnelles.

Ce même groupe, dont le Relateur était Mgr Robert Barron, poursuit en disant que « les jeunes ont soif de sainteté et ils désirent des formations pratiques capables de les aider à cheminer en ce sens ». Susciter chez les jeunes la responsabilité de créer des groupes de discussion et d’entraide permettant d’apprendre à assumer et traduire une identité catholique forte dans tous les corps de profession devrait être une priorité de la pastorale jeunesse d’aujourd’hui.

Une réflexion ouverte à tous

Le nombre de places dans le Hall du Synode étant limité, il est évident que tous ne pouvaient être invités à participer à ce Synode des jeunes. Toutefois, il est clair qu’une des conclusions de ce synode sera de leur faire plus de place dans les diocèses et les communautés chrétiennes afin de mettre sur pied ce renouvellement de la pastorale jeunesse.

En lien avec l’Exhortation apostolique post Synodale qui sera publiée à moyen terme, il est certain qu’une pastorale renouvelée pour et par les jeunes devra être mise établit au niveau local. En ce sens, nous pouvons tous participer à cette élaboration dans nos milieux en créant les espaces qu’ils pourront remplir de leur fougue, de leur enthousiasme et de leur soif de suivre authentiquement le Christ.

Église en sortie 19 octobre 2018

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis reçoit Marybel Mayorga, journaliste et attachée médiatique à JMJ Canada, au sujet de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». On vous présente un reportage sur la « Maison Le Pont », organisme d’accueil des réfugiés de l’archidiocèse de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission. Dans la troisième partie de l’émission, on s’entretient avec le père Yolland Ouellet o.m.i., directeur national de l’Oeuvre Pontificale Missionnaire du Canada, sur les mois missionnaires 2018-2019 ainsi que sur l’importance des jeunes dans la conversion missionnaire de l’Église au Québec et dans le monde.

L’importance du ressourcement spirituel chez les jeunes


Photo: © CNS photo/Vatican Media

Récemment, je suis allée au Sanctuaire Marie Reine de Cœurs avec une communauté hispanophone pour un pèlerinage d’une journée. Ayant déjà participé à plusieurs pèlerinages et retraites, je sentais ce désir d’aller avec ma petite famille pour approfondir ma foi. D’ailleurs, j’ai remarqué au courant de ses dernières années que peu de jeunes participent à un pèlerinage. Cela m’amène à un point : les jeunes ne se sentent pas interpellés. Mais pourquoi? N’avons-nous donc pas tous un désir de grandir, d’approfondir non seulement la foi, mais surtout notre identité en tant qu’être humain, ou, du moins, en tant que personne désireuse d’un avenir meilleur? Pourtant, c’est dans ce silence et ce dégagement entier de toutes préoccupations humaines qu’on peut plus se connecter à Dieu. C’est une façon de méditer et prier concernant nos réflexions de viepour en sortir avec des solutions, sentir la présence du Seigneur, ou du moins, se sentir allégé et confiant que tout repose dans les mains de Dieu.

Alors pourquoi les jeunes ne sentent pas le besoin de se retirer un peu de notre société qui est, après tout, constamment mouvementée? Peut-être parce qu’ils y sont habitués depuis leur naissance et donc ne ressentent pas ce besoin. Ou peut-être encore qu’avec le désintérêt qu’attribue la génération des milléniaux à la religion, ou du moins à la spiritualité, il est un tant soit peu normal que ce besoin soit complètement enseveli.  Pourtant, la société d’aujourd’hui va tellement vite qu’ils ne prennent pas le temps, ou bien ne choisissent pas de prendre le temps de ralentir. Avec tout ce qu’on vit, je pense qu’il faut accorder une place primordiale à se recentrer, se connecter à Dieu pour ensuite se sentir plus libre de toutes préoccupations, puisqu’on sait qu’après toute retraite spirituelle nous grandissons et nous comprenons qu’il faut simplement faire confiance à Dieu.

Celui qu’on essaie d’imiter, a Lui-même fait plusieurs retraites spirituelles. Nous pouvons prendre exemple lorsque Jésus se retirait loin de la foule et loin de tout pour prier son Père (Mt 14.22-23; Lc 9.28). Il voulait simplement être en communion avec son Père, et nous devons faire pareil. Il a prôné l’exemple à suivre. Pour être en communion avec le Saint Père, nous devons prendre le temps de nous retirer en silence et accorder une priorité pour approfondir notre relation avec Dieu.

Plusieurs jeunes pourraient dire qu’un pèlerinage ou une retraite est une perte de temps. Pourquoi se retirer et aller ailleurs pour méditer si on peut le faire chez nous? Pour répondre à cette question, j’invite fortement les jeunes à sortir de leur zone de confort simplement pour faire l’essai. Nous devons essayer en premier avant d’en tirer des conclusions. Le Pape François nous rappelle constamment qu’il faut sortir de notre zone de confort pour aller annoncer la bonne nouvelle et aider notre prochain. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne rien faire. Grâce à une activité de pèlerinage ou une retraite spirituelle, nous ne pouvons que sortir gagnant puisque nous prenons le temps d’apprendre plus sur nous même, mais surtout, on se rend disponible à l’écoute de la Parole de Dieu. Avec ces outils spirituels, nous pouvons accomplir notre devoir de chrétien.

Nous écoutons souvent cette fameuse phrase qui parle du « lâcher-prise ». Plusieurs jeunes d’aujourd’hui veulent révolutionner le monde et des jeunes chrétiens cherchent une façon propice pour évangéliser et propager la bonne nouvelle autour du monde. Ce qui peut être très bien. Par contre, il est important de se rappeler que rien ne peut être totalement fait et accomplit sans l’aide du Seigneur. Alors, si nous accordons un peu de temps pour se connecter à Dieu, nous comprendrons qu’il faut simplement mettre TOUT dans les mains de Celui qui a tout créé, entre-autres, le « lâcher-prise ».

J’invite tous les jeunes du monde à prendre du temps pour soi-même, en compagnie de Dieu, à prendre du recul sur ses priorités, ses relations, ses préoccupations de vie pour revenir et en sortir meilleur. En allant à un pèlerinage ou une retraite spirituelle, nous nous recentrons sur l’essentiel pour faire place au nouveau et nous visons une nouvelle intimité avec Celui qui est la source de la vie. Dans le profond de notre cœur, on fait place au silence pour pouvoir entendre sa voix, sa présence et de cette manière lui dire « Seigneur me voici pour faire ta volonté » (Ps, 39).

Maribel Mayorga-Espinoza

Vincenzo Romano: prêtre au milieu du peuple

Prêtre diocésain de larchidiocèse de Naples
Jour de fête : 20 décembre
3 juin 1751 – 20 décembre 1831

Vincenzo Romano est né à Torre del Greco, en Italie, le 3 juin 1751, dune famille pauvre, mais pieuse. Il a été baptisé Domenico Vincenzo Michele Romano, surnommé « Vincenzo » en lhonneur de Vincent Ferrer, le saint préféré de la famille Romano. Il passa les premières années de sa vie dans une atmosphère familiale très religieuse, étudiant les écrits de saint Alphonse de Liguori et acquérant une forte dévotion au Saint-Sacrement.

Bien que son père ait dabord espéré qu’il devienne un orfèvre, ce dernier soutint la décision de son fils de devenir prêtre. Au début, Vincenzo a eu du mal à se faire accepter à cause du nombre élevé de séminaristes et du clergé local, mais il fut admis au séminaire diocésain de Naples à lâge de 14 ans.

Ordonné en 1775, P. Romano a travaillé à la paroisse Sainte-Croix, qui comprenait à lépoque toute la ville de Torre del Greco, la ville la plus peuplée du territoire de Naples. Ses manières simples, sa préoccupation pour les enfants orphelins et son travail auprès des autres candidats à la prêtrise furent remarqués par de nombreuses personnes.

Après la terrible éruption du Vésuve le 15 juin 1794, qui détruisit presque complètement la ville et léglise paroissiale, il s’est immédiatement dévoué au difficile travail de reconstruction matérielle et spirituelle de la ville et de léglise. Il a consacré de nombreuses heures à l’organisation des efforts de reconstruction de la ville et était même prêt à travailler de ses propres mains pour nettoyer les décombres.

Bien que souvent opprimé par des groupes politiques et par son entourage, P. Vincenzo fit preuve de résilience tout au long de son séjour à Sainte-Croix et a veillé à toujours accorder une attention particulière à léducation des enfants et à lévangélisation de la population. On dit quil a été un prédicateur qui proclamait le message de lÉvangile dune manière simple et visant à éduquer les fidèles.

Malheureusement, le 1er janvier 1825, il est tombé et sest fracturé le fémur gauche, ce qui a entrainé un déclin constant de son état de santé. Il mourut dune pneumonie à Torre del Greco le 20 décembre 1831 après une longue et douloureuse maladie, mais a laissé un héritage de charité fraternelle engagée et de bonté. Reconnu pour sa sainteté et son dévouement envers son peuple, P. Romano a été béatifié par Paul VI le 17 novembre 1963 à Rome. Son corps ayant été enterré dans la basilique Sainte-Croix, cest là que Jean-Paul II la vénéré le 11 novembre 1990, lors de sa visite pastorale à léglise de Naples.

Suivant lexemple du Bon Pasteur, P. Vincenzo Romano était une figure simple, mais puissante pour les gens de Torre del Greco. Il a passé toute sa vie à guider la communauté dont il avait la direction, la confirmant dans la foi et lédifiant par son amour.

Maria Katharina Kasper: Une vie au service de Jésus-Christ

Vierge et fondatrice de l’Institut des Pauvres Servantes de Jésus-Christ
Jour de fête : 2 février
26 mai 1820 – 2 février 1898

Née à Dernbach, en Allemagne, Katharina Kasper était une enfant maladive et manquait souvent l’école. Cependant, la lecture était son passe-temps favori et elle aimait particulièrement la Bible et L’Imitation de Jésus-Christ de Thomas a Kempis. Une fille extravertie au fort caractère moral, elle se rendait souvent avec sa mère dans un sanctuaire marial voisin et y emmenait d’autres enfants, leur racontant des histoires sur Dieu et Marie. Cest durant ces premières années que sa vocation religieuse sest manifestée et qu’elle a ressenti un grand désir de se consacrer au Seigneur.

Encore enfant, Katharina était sensible aux besoins de ceux et celles qui lentouraient, une qualité qui la menée à une vie de service et à un travail ardu. Jeune femme, elle s’est consacréeà aider les pauvres, les malades et les délaissés. Puis, à la mort de son père, elle commença à travailler comme ouvrière agricole, vendant son tissage et fendant des pierres pour la construction de routes afin de subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère dont la santé était fragile.

Son travail ardu et ses actes de charité ordinaires furent remarqués par dautres personnes dans le village et, sur les encouragements de son directeur spirituel, Katharina et quatre autres femmes formèrent une communauté religieuse : les Pauvres Servantes de Jésus-Christ. Elle aurait préféré entrer dans un ordre déjà établi, mais il ny avait pas de congrégations religieuses féminines dans sa région. Elle fonda donc sa propre communauté. Le 15 août 1851, ces « sœurs de Dernbach » prononcèrent les vœux publics de pauvreté, de chasteté et dobéissance devant lévêque Pierre Joseph Blum de Limburg et commencèrent à servir les plus démunis.

Katharina prit le nom de « Maria » et, pendant cinq mandats consécutifs comme supérieure de lordre, elle fut connue dans la vie religieuse comme « Mère Maria ». Le pape Pie IX accorda à lordre le Décret de louange le 9 mars 1860 et lordre reçut lapprobation officielle du pape Léon XIII le 21 mai 1890. Sous la direction de Mère Maria, les Pauvres Servantes de Jésus-Christ (ADJC) entreprirent leur travail auprès des pauvres, des malades et des enfants. Bien que tel fût leur ministère au début, elles sont souvent davantage reconnues par lamour et la simplicité de leur service que par un ministère particulier.

Maria Katharina subit une crise cardiaque le 27 janvier 1898 et mourut dans la maison mère de la congrégation à Dernbach à laube de la fête de la Présentation. Elle fut béatifiée le 16 avril 1978 par le pape Paul VI sur la place Saint-Pierre, louée par le Saint-Père comme une femme « de foi et de courage ».

Durant toute sa vie, Maria Katharina s’est efforcée de reconnaître la volonté de Dieu dans toutes les situations ; cet esprit a été transmis aux sœurs de sa congrégation. Par cette ouverture aux autres et à Dieu, lordre a étendu lamour et la vision de Mère Maria bien au-delà des frontières de lAllemagne, alors que leur ministère a continué à grandir et à se répandre dans des pays tels que lAngleterre, les États-Unis, les Pays-Bas, lInde, le Mexique, le Brésil, le Kenya et le Nigeria.

Francesco Spinelli: Champion des pauvres et des marginalisés

Prêtre diocésain du diocèse de Crémone
Fondateur de lInstitut des Sœurs Adoratrices du Saint-Sacrement
Jour de fête : 6 février
14 avril 1853 – 6 février 1913

Né à Milan le 14 avril 1853, Francesco Spinelli a déménagé à Crémone en Italie alors quil était encore enfant. Jeune garçon, il accompagnait sa mère qui visitait et aidait les pauvres et les malades de sa ville. Son appel à la prêtrise a été soutenu à la fois par sa mère et par un oncle qui était prêtre. Après avoir étudié à Bergame pendant plusieurs années, il fut ordonné prêtre de ce diocèse le 14 août 1875.

Plus tard cette année-là, étant à Rome pour célébrer le jubilé convoqué par le pape Pie IX, P. Francesco se rendit à la basilique Sainte-Marie-Majeure, et alors quil était là, il sest agenouillé devant la crèche de lEnfant Jésus. En prière, il reçut la vision dun groupe de jeunes femmes qui adoreraient Jésus dans le Saint-Sacrement. Ce moment lui inspira de commencer un nouvel ordreet, en 1882, il unit ses efforts avec ceux de sainte Gertrude Comensoli pour fonder les Sœurs Sacramentines de Bergame.

Après un début prometteur, il fut obligé de quitter le diocèse de Bergame en 1889 à cause dune opposition et de complots contre lui, abandonnant également la nouvelle congrégation. Il arrive à Rivolta dAdda, découragé et sans argent, mais lévêque diocésain de Crémone lui offre la possibilité dy exercer ses fonctions pastorales. En 1892, P. Francesco fonde les Sœurs Adoratrices du Saint-Sacrement, une congrégation qui obtiendra lapprobation officielle du diocèse en 1897.

À Crémone, les sœurs continuèrent à adorer le Christ dans leucharistie tout en se concentrant sur leur travail auprès des pauvres, un travail inspiré par Spinelli lui-même qui avait connu les difficultés de la marginalisation. Il s’était senti appelé par son amour de l’eucharistie à répondre aux besoins de ceux qui enduraient la même souffrance.

P. Francesco mourut de causes naturelles à Rivolta dAdda le 6 février 1913, mais les sœurs poursuivent toujours le travail quil avait aidé à mettre sur pied. Elles ont maintenant beaucoup de maisons à travers le monde, y compris en Argentine et au Sénégal. Bien quil ne l’ait pas vu de son vivant, Spinelli aurait éprouvé une grande joie devant l’approbation pontificale de sa congrégation par le pape Pie XI en 1932. En 1958, le cardinal Angelo Roncalli, qui deviendra le pape Jean XXIII, visita la tombe de Spinelli. Dans son journal intime, il a écrit : « Arrivé à Rivolta dAdda où jai admiré la maison générale des Sœurs Adoratrices que le vénérable Francesco Spinelli a fondées et sur la tombe duquel jai été heureux de prier. »

Cet émerveillement a été poursuivi par un autre Saint-Père lorsque P. Francesco a été béatifié le 21 juin 1992 par le pape Jean-Paul II.

Ayant toujours considéré Jésus comme source et modèle de sa vie sacerdotale, P. FrancescoSpinelli a laissé derrière lui une réputation de sainteté et a donné un exemple de vraie prière aux Sœurs Adoratrices du Saint-Sacrement et à tous ceux quil rencontrait. Comme le Christ, il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour servir les malheureux, les marginalisés et les rejetés partout où le besoin sen faisait sentir, et ce travail se poursuit jusquà ce jour.

Nazaria Ignacia de Sainte-Thérèse-de-Jésus​

Nazaria Ignacia de Sainte-Thérèse-de-Jésus

Fondatrice de la congrégation des Missionnaires croisées de lÉglise
Jour de fête : 6 juillet
10 janvier 1889 – 6 juillet 1943

« Toi, Nazaria, suis-moi. » À 9 ans seulement, Nazaria Ignacia March Mesa a entendu ces mots, ressentant son premier appel du Seigneur. « Je vais suivre Jésus, a-t-elle répondu, daussi près que le peut une créature humaine. »

Née à Madrid en 1889 dans une grande famille espagnole, Nazaria acquit rapidement une foi solide. Sa famille s’opposa souvent à sa foi et, si lasse de ses dévotions, elle lempêcha même une fois daller à la messe. Cependant, Nazaria persista dans sa conviction, et après que sa famille eut déménagée au Mexique en 1904, elle continua sa dévotion et décida de se joindre à linstitut des Petites sœurs des personnes âgées abandonnées (Instituto de Hermanitas de Ancianos Desamparados) en 1908, prenant le nom de Nazaria Ignacia de Sainte-Thérèse-de-Jésus et prononça ses vœux perpétuels en 1915. L’institut l’envoya travailler à Oruro, en Bolivie, où elle aida les personnes âgées, pauvres et abandonnées.

Après quelques années en Bolivie, sœur Nazaria, inspirée par les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, commença à se sentir appelée à établir un nouvel ordre consacré à la mission, à lévangélisation et à léducation religieuse. Le 16 juin 1925, elle fonda les Missionnaires de la Croisade pontificale (renommée plus tard congrégation des Missionnaires croisées de lÉglise). Cétait la première communauté religieuse bolivienne pour femmes. Leur mission était de soutenir la catéchisation des enfants et des adultes, tout en soutenant les prêtres, en menant des missions et en imprimant des tracts religieux. Comme supérieure de la congrégation, Mère Nazaria travailla avec diligence pour surmonter lopposition et les difficultés, faisant tout ce qui était en son pouvoir pour que cette nouvelle congrégation grandisse. Elle eut même une audience privée avec le pape Pie XI en 1934 dans laquelle elle lui dit quelle était prête à mourir pour lÉglise, mais le pape lui répondit : « Ne meurs pas, mais vis et travaille pour lÉglise. »

Dans cet esprit, la congrégation a poursuivi ses travaux en Bolivie tout en fondant des maisons et des œuvres dans plusieurs pays. Dirigées par Mère Nazaria, les sœurs ont travaillé pour aider de nombreuses personnes dans le besoin. Elles se sont occupées des femmes, des orphelins et des soldats, ont créé un magazine pour les femmes dans la vie religieuse et ont même aidé à former le premier syndicat de travail pour les femmes. En commençant en Bolivie, leur travail sest étendu à l’Amérique du Sud et au Portugal, à l’Espagne, la France, l’Italie et au Cameroun.

De retour à Buenos Aires, Mère Nazaria commença à souffrir d’une pneumonie au début de 1943 et mourut le 6 juillet de la même année. Sa renommée et celle de sa congrégation continuèrent à se répandre après sa mort. La congrégation des Croisées missionnaires de lÉglise reçut la reconnaissance officielle du Vatican le 9 juin 1947 et Nazaria Ignacia de Sainte-Thérèse-de-Jésusfut béatifiée par Jean-Paul II le 27 septembre 1992.

Mère Nazaria a laissé derrière elle une grande réputation de sainteté et de bonté. Elle est reconnue pour avoir toujours recommandé aux supérieures des maisons de sa congrégation une approche maternelle envers les sœurs sous leur responsabilité, n’oubliant pas leur rôle de mère de la maison. Un grand nombre la considère comme une visionnaire pour son époque par sa proposition que lÉglise catholique soit ouverte à vraiment rencontrer les gens, et ce, des décennies avant les débats et les documents du Concile Vatican II.

Discours du pape François pour l’ouverture du Synode sur « Les jeunes, la foi et le discernements vocationnel »

(3 octobre 2018) Vous trouverez ci-dessous le texte complet du discours du pape François pour l’ouverture de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel »:

Chères Béatitudes, Éminences, Excellences, Chers frères et sœurs, très chers jeunes!

En entrant dans cette salle pour parler des jeunes, on sent déjà la force de leur présence qui émet positivité et enthousiasme, capables d’envahir et de réjouir non seulement cette salle, mais toute l’Église et le monde entier.

C’est pourquoi je ne peux pas commencer sans vous dire merci ! Merci à vous qui êtes présents, merci à toutes les personnes qui, au long d’un chemin de préparation de deux années, – ici dans l’Église de Rome et dans toutes les Églises du monde – ont travaillé avec dévouement et passion pour nous permettre de parvenir à ce moment. Merci infiniment au Cardinal Lorenzo Baldisseri, Secrétaire général du Synode, aux Présidents délégués, au Cardinal Sergio da Rocha, Rapporteur général, à Mgr Fabio Fabene, Sous-Secrétaire, aux officials du Secrétariat général et aux assistants; merci à vous tous, Pères synodaux, auditeurs, auditrices, experts et consulteurs ; aux Délégués fraternels ; aux traducteurs, aux choristes, aux journalistes. Merci infiniment à tous pour votre participation active et féconde.

Méritent un cordial merci les deux Secrétaires spéciaux, le Père Giacomo Costa, jésuite, et Don Rossano Sala, salésien, qui ont travaillé généreusement avec engagement et abnégation.

Je désire aussi remercier vivement les jeunes reliés à nous, en ce moment, et tous les jeunes qui de bien des façons ont fait entendre leurs voix. Je les remercie pour avoir voulu parier que cela vaut la peine de se sentir membres de l’Église ou d’entrer en dialogue avec elle, que cela vaut la peine d’avoir l’Église comme mère, comme éducatrice, comme maison, comme famille, capable, malgré les faiblesses humaines et les difficultés, de faire briller et de transmettre le message indémodable du Christ ; que cela vaut la peine de s’agripper à la barque de l’Eglise qui, même à travers les tempêtes impitoyables du monde, continue à offrir à tous refuge et hospitalité ; que cela vaut la peine de nous mettre à l’écoute les uns des autres ; que cela vaut la peine de nager à contrecourant et de s’attacher à des valeurs supérieures : la famille, la fidélité, l’amour, la foi, le sacrifice, le service, la vie éternelle.

Notre responsabilité ici au Synode est de ne pas les démentir, au contraire, de démontrer qu’ils ont eu raison de parier: vraiment cela vaut la peine, vraiment ce n’est pas du temps perdu!

Et je vous remercie en particulier, chers jeunes présents! Le chemin préparatoire au Synode nous a enseigné que l’univers des jeunes est tellement diversifié qu’il ne peut pas être totalement représenté, mais vous en êtes certainement un signe important. Votre participation nous remplit de joie et d’espérance.

Le Synode que nous allons vivre est un moment de partage. Je désire donc, au début du parcours de l’Assemblée synodale, vous inviter tous à parler avec courage et franchise, c’est-à-dire en intégrant liberté, vérité et charité. Seul le dialogue peut nous faire grandir. Une critique honnête et transparente est constructive et cela aide, au contraire des bavardages inutiles, des rumeurs, des conjectures et des préjugés.

Au courage de parler doit correspondre l’humilité de l’écoute. J’ai dit aux jeunes à l’occasion de la Réunion pré-synodale : « S’il dit quelque chose qui ne me plaît pas, je dois l’écouter encore plus, parce que chacun a le droit d’être écouté, comme chacun a le droit de parler ». Cette écoute ouverte requiert le courage de prendre la parole et de se faire la voix de tant de jeunes du monde qui ne sont pas présents. C’est cette écoute qui ouvre l’espace au dialogue. Le Synode doit être un exercice de dialogue, d’abord entre ceux qui y participent. Et le premier fruit de ce dialogue est que chacun s’ouvre à la nouveauté, à la modification de sa propre opinion grâce à ce qu’il a entendu des autres. C’est important pour le Synode. Beaucoup d’entre vous ont déjà préparé leur intervention avant de venir – et je vous remercie pour ce travail – mais je vous invite à vous sentir libres de considérer tout ce que vous avez préparé comme une ébauche provisoire ouverte aux éventuelles intégrations et modifications que le chemin synodal pourrait suggérer à chacun. Sentons-nous libres d’accueillir et de comprendre les autres et donc, de changer nos convictions et nos positions : c’est un signe de grande maturité humaine et spirituelle.

Le Synode est un exercice ecclésial de discernement. Franchise dans la parole et ouverture dans l’écoute sont fondamentales afin que le Synode soit un processus de discernement. Le discernement n’est pas un slogan publicitaire, ni une technique d’organisation, ni même une mode de ce pontificat, mais une attitude intérieure qui s’enracine dans un acte de foi. Le discernement est la méthode et en même temps l’objectif que nous nous proposons : il se fonde sur la conviction que Dieu est à l’œuvre dans l’histoire du monde, dans les évènements de la vie, dans les personnes que je rencontre et qui me parlent. Pour cela, nous sommes appelés à nous mettre à l’écoute de ce que l’Esprit nous suggère, avec des modalités et dans des directions souvent imprévisibles. Le discernement a besoin d’espace et de temps. Pour cette raison, je demande que pendant les travaux, en assemblée plénière et dans les groupes, toutes les cinq interventions, on observe un moment de silence – d’environ trois minutes – pour permettre à chacun de prêter attention aux résonances que les choses entendues suscitent dans son cœur, pour aller en profondeur et saisir ce qui touche le plus. Cette attention à l’intériorité est la clef pour réaliser le chemin de la reconnaissance, de l’interprétation et du choix.

Nous sommes signe d’une Église à l’écoute et en chemin. L’attitude de l’écoute ne peut pas se limiter aux paroles que nous échangerons pendant les travaux synodaux. Le chemin préparatoire à ce moment a mis en évidence une Église « en déficit d’écoute » aussi vis-à-vis des jeunes, qui souvent ne se sentent pas compris par l’Église dans leur originalité et donc pas accueillis pour ce qu’ils sont vraiment, et parfois même rejetés. Ce Synode a l’opportunité, la tâche et le devoir d’être signe de l’Église qui se met vraiment à l’écoute, qui se laisse interpeller par les requêtes de ceux qu’elle rencontre, qui n’a pas toujours une réponse préemballée déjà prête. Une Église qui n’écoute pas se montre fermée à la nouveauté, fermée aux surprises de Dieu, et ne pourra pas s’avérer crédible, en particulier pour les jeunes, qui inévitablement s’en éloigneront plutôt que de s’en approcher.

Sortons des préjugés et des stéréotypes. Un premier pas en direction de l’écoute est de libérer nos esprits et nos cœurs des préjugés et des stéréotypes : quand nous pensons savoir déjà qui est l’autre et ce qu’il veut, alors nous avons vraiment du mal à l’écouter sérieusement. Les rapports entre générations sont un terrain où les préjugés et les stéréotypes s’enracinent avec une facilité proverbiale, si bien que souvent nous ne nous en rendons même pas compte. Les jeunes sont tentés de considérer les adultes comme dépassés ; les adultes sont tentés de prendre les jeunes pour inexpérimentés, de savoir comment ils sont et surtout comment ils devraient être et se comporter. Tout cela peut constituer un obstacle important au dialogue et à la rencontre entre générations. La plus grande partie des personnes ici présentes n’appartient pas à la génération des jeunes, il est donc clair que nous devons surtout faire attention au risque de parler des jeunes à partir de catégories et de schémas mentaux désormais dépassés. Si nous savons éviter ce risque, alors nous contribuerons à rendre possible une alliance entre générations. Les adultes devront vaincre la tentation de sous évaluer les capacités des jeunes et de les juger négativement. J’ai lu autrefois que la première mention de ce fait remonte à 3000 ans avant JC, et a été découverte sur un vase d’argile de la Babylone antique, où il est écrit que la jeunesse est immorale et que les jeunes ne sont pas capables de sauvegarder la culture du peuple. Les jeunes, au contraire, doivent vaincre la tentation de ne pas écouter les adultes et de considérer les personnes âgées comme “des affaires anciennes, passées et ennuyeuses”, en oubliant qu’il est stupide de vouloir toujours partir de zéro comme si la vie commençait seulement avec chacun d’eux. En réalité, les personnes âgées, malgré leur fragilité physique, restent toujours la mémoire de notre humanité, les racines de notre société, le “pouls” de notre civilisation. Les mépriser, les rejeter, les enfermer dans des réserves isolées ou bien les envoyer promener est l’indice d’une concession à la mentalité du monde qui est en train de détruire nos maisons de l’intérieur. Négliger le trésor d’expérience dont toute génération hérite et transmet à l’autre est un acte d’autodestruction.

Il faut donc, d’une part, vaincre résolument la plaie du cléricalisme. En effet, l’écoute et la sortie des stéréotypes sont aussi un puissant antidote contre le risque du cléricalisme, auquel une assemblée comme celle-ci est inévitablement exposée, au-delà des intentions de chacun de nous. Il naît d’une vision élitiste et exclusive de la vocation qui interprète le ministère reçu comme un pouvoir à exercer plutôt que comme un service gratuit et généreux à offrir. Et cela conduit à croire appartenir à un groupe qui possède toute les réponses et qui n’a plus besoin d’écouter et d’apprendre quoique ce soit. Le cléricalisme est une perversion et est la racine de nombreux maux dans l’Eglise : nous devons en demander humblement pardon et surtout créer les conditions pour qu’ils ne se répètent pas.

Mais il faut, d’autre part, soigner le virus de l’autosuffisance et des conclusions hâtives de nombreux jeunes. Un proverbe égyptien dit : “Si dans ta maison il n’y a pas de personne âgée, achète-la car elle te servira”. Répudier et rejeter tout ce qui a été transmis au cours des siècles conduit uniquement à un dangereux égarement qui, malheureusement, est en train de menacer notre humanité ; cela conduit à un état de désenchantement qui a envahi les cœurs de générations entières. L’accumulation des expériences humaines au cours de l’histoire est le trésor le plus précieux et crédible dont les générations héritent l’une de l’autre. Sans oublier jamais la révélation divine, qui illumine et donne sens à l’histoire et à notre existence.

Que le Synode réveille nos cœurs ! Le présent, y compris celui de l’Eglise, apparaît chargé d’ennuis, de problèmes, de fardeaux. Mais la foi nous dit qu’il est aussi le kairos où le Seigneur vient à notre rencontre pour nous aimer et nous appeler à la plénitude de la vie. L’avenir n’est pas une menace qu’il faut craindre, mais il est le temps que le Seigneur nous promet pour que nous puissions faire l’expérience de la communion avec lui, avec les frères et avec toute la création. Nous avons besoin de retrouver les raisons de notre espérance et surtout de les transmettre aux jeunes qui sont assoiffés d’espérance : comme l’affirmait le Concile Vatican II : « On peut légitimement penser que l’avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d’espérer » (Const. past. Gaudium et spes, n. 31).

La rencontre entre générations peut être extrêmement féconde et en mesure de générer l’espérance. Le prophète Joël nous l’enseigne – je le rappelais aussi aux jeunes de la Rencontre pré- synodale – en ce que je pense être la prophétie de notre époque : « Vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions » (3, 1).

Il n’y a pas besoin d’argumentations théologiques sophistiquées pour montrer notre devoir d’aider le monde contemporain à marcher vers le Royaume de Dieu, sans fausses espérance et sans voir seulement ruines et malheurs. En effet, saint Jean XXIII, en parlant des personnes qui analysent les faits sans objectivité suffisante, ni prudence dans le jugement, affirmait : « Dans les conditions actuelles de la société humaine, elles ne sont pas capables de voir autre chose que ruines et malheurs ; elles disent que notre époque, si nous la comparons aux siècles passés, semble pire ; et elles en arrivent à se comporter comme si elles n’avaient rien apprendre de l’histoire qui est maîtresse de vie » (Discours pour l’ouverture solennelle du Concile Vatican II, 11 octobre 1962).

Ne nous laissons donc pas tenter par les “prophéties de malheur”, ne dépensons pas nos énergies à « compter les échecs et ressasser les amertumes », ayons le regard fixé sur le bien qui « souvent ne fait pas de bruit, n’est pas le thème des blogs et ne fait pas la une des journaux», et ne soyons pas effrayés «devant les blessures de la chair du Christ, toujours infligées par le péché et souvent par les enfants de l’Eglise » (cf. Discours aux Evêques de nomination récente participant au cours organisé par les Congrégations pour les Evêques et pour les Eglises Orientales, 13 septembre 2018).

Engageons-nous donc à chercher à “fréquenter l’avenir”, et à faire sortir de ce synode non seulement un document – qui est en général lu par un petit nombre et critiqué par beaucoup –, mais surtout des propositions pastorales concrètes en mesure de réaliser la tâche du Synode lui-même, c’est-à-dire celle de faire germer des rêves, susciter des prophéties et des visions, faire fleurir des espérances, stimuler la confiance, bander les blessures, tisser des relations, ressusciter une aube d’espérance, apprendre l’un de l’autre, et créer un imaginaire positif qui illumine les esprits, réchauffe les cœurs, redonne des forces aux mains, et inspire aux jeunes – à tous les jeunes, personne n’est exclu – la vision d’un avenir rempli de la joie de l’Evangile.

[01531-FR.01] [Texte original: Italien]