Homélie du pape François lors de la Messe pour le Synode des jeunes


Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François tel que prononcée lors de la Messe d’ouverture du Synode sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » en la Place Saint-Pierre de Rome:

« L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26).

De cette manière très simple, Jésus offre à ses disciples la garantie qu’il accompagnera toute l’œuvre missionnaire qui leur sera confiée : l’Esprit Saint sera le premier à garder et à maintenir toujours vivante et actuelle la mémoire du Maître dans le cœur des disciples. C’est Lui qui permettra que la richesse et la beauté de l’Evangile soient source de joie et de nouveauté constantes.

Au début de ce moment de grâce pour toute l’Église, en syntonie avec la Parole de Dieu, demandons avec insistance au Paraclet qu’il nous aide à faire mémoire et à raviver les paroles du Seigneur qui ont fait brûler notre cœur (cf. Lc 24, 32). Ardeur et passion évangélique qui engendrent l’ardeur et la passion pour Jésus. Mémoire qui puisse réveiller et renouveler en nous la capacité de rêver et d’espérer. Parce que nous savons que nos jeunes seront capables de prophétie et de vision dans la mesure où, désormais adultes ou âgés, nous sommes capables de rêver et ainsi de rendre contagieux et de partager les rêves et les espérances que nous portons dans notre cœur (cf. Jl 3, 1).

Que l’Esprit nous donne la grâce d’être des Pères synodaux oints du don des rêves et de l’espérance, afin que nous puissions, à notre tour, oindre nos jeunes du don de la prophétie et de la vision ; qu’il nous donne la grâce d’être une mémoire active, vivante, efficace, qui de génération en génération ne se laisse pas étouffer ni écraser par des prophètes de calamités et de malheur, ni par nos limites, erreurs et péchés, mais qui est capable de trouver des espaces pour enflammer le cœur et discerner les chemins de l’Esprit. C’est avec cette attitude d’écoute docile de la voix de l’Esprit que nous sommes réunis de toutes les parties du monde. Aujourd’hui, pour la première fois, sont aussi ici avec nous deux confrères évêques de la Chine continentale. Nous leur exprimons notre chaleureuse bienvenue : la communion de l’Episcopat tout entier avec le Successeur de Pierre est encore plus visible grâce à leur présence.

Oints dans l’espérance, nous commençons une nouvelle rencontre ecclésiale capable d’élargir les horizons, de dilater le cœur et de transformer ces structures qui aujourd’hui nous paralysent, nous séparent et nous éloignent des jeunes, les laissant exposés aux intempéries et orphelins d’une communauté de foi qui les soutienne, d’un horizon de sens et de vie (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 49).

L’espérance nous interpelle, nous déplace et rompt avec le conformisme du “on a toujours fait ainsi”, et elle nous demande de nous lever pour regarder directement le visage des jeunes et les situations dans lesquelles ils se trouvent. La même espérance nous demande de travailler pour renverser les situations de précarité, d’exclusion et de violence, auxquelles sont exposés nos enfants.

Les jeunes, qui sont le fruit de nombreuses décisions prises dans le passé, nous appellent à prendre en charge avec eux le présent, en nous engageant davantage et à lutter contre ce qui, de toutes les façons, empêche leur vie de se développer avec dignité. Ils nous demandent et exigent un dévouement créatif, une dynamique intelligente, enthousiaste et pleine d’espérance, et que nous ne les laissions pas seuls aux mains de tant de marchands de mort qui oppriment leur vie et obscurcissent leur vision.

Cette capacité de rêver ensemble, qu’aujourd’hui le Seigneur nous offre à nous comme Église, exige – selon ce que disait Saint Paul dans la première Lecture – de développer entre nous une attitude bien précise: « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts; pensez aussi à ceux des autres » (Ph 2, 4). Et en même temps, il vise plus haut, demandant qu’avec humilité nous considérions les autres supérieurs à nous-mêmes (cf. v. 3). Avec cet esprit nous chercherons à nous mettre à l’écoute les uns des autres pour discerner ensemble ce que le Seigneur demande à son Église. Et cela exige de nous que nous soyons attentifs et veillions bien à ce que ne prévale pas la logique de l’auto-préservation et de l’autoréférentialité, qui finit par faire devenir important ce qui est secondaire et secondaire ce qui est important. L’amour pour l’Evangile et pour le peuple qui nous a été confié nous demande d’élargir le regard et de ne pas perdre de vue la mission à laquelle il nous appelle pour viser un plus grand bien qui profitera à nous tous. Sans cette attitude, tous nos efforts seront vains.

Le don de l’écoute sincère, priante et le plus possible sans préjugés ni conditions nous permettra d’entrer en communion avec les diverses situations que vit le Peuple de Dieu. Ecouter Dieu, pour écouter avec lui le cri des gens; écouter les gens pour respirer avec eux la volonté à laquelle Dieu nous appelle (cf. Discours lors de la veillée de prière en préparation au Synode sur la famille, 4 octobre 2014).

Cette attitude nous défend de la tentation de tomber dans une position moralisante ou élitiste, comme aussi de l’attraction pour des idéologies abstraites qui ne correspondent jamais à la réalité de nos gens (cf. J.M. BERGOGLIO, Meditaciones para religiosos, 45-46).

Frères, plaçons ce temps sous la protection maternelle de la Vierge Marie. Femme de l’écoute et de la mémoire, qu’elle nous accompagne pour reconnaître les traces de l’Esprit afin que, avec empressement (cf. Lc 1, 39), entre rêves et espérances, nous accompagnions et stimulions nos jeunes afin qu’ils ne cessent pas de prophétiser.

Pères synodaux, beaucoup d’entre nous étaient jeunes ou faisaient leurs premiers pas dans la vie religieuse alors que se terminait le Concile Vatican II. Aux jeunes d’alors a été adressé le dernier message des Pères conciliaires. Cela nous fera du bien de repasser de nouveau dans notre cœur ce que nous avons entendu lorsque nous étions jeunes en rappelant les paroles du poète: que «l’homme conserve ce qu’il a promis lorsqu’il était enfant » (F. HÖLDERLIN)

Les Pères conciliaires nous ont ainsi parlé: « L’Église, quatre années durant, vient de travailler à rajeunir son visage, pour mieux répondre au dessein de son Fondateur, le grand Vivant, le Christ éternellement jeune. Et au terme de cette imposante “révision de vie”, elle se tourne vers vous. C’est pour vous, les jeunes, pour vous surtout, qu’elle vient, par son Concile, d’allumer une lumière: lumière qui éclaire l’avenir, votre avenir. L’Église est soucieuse que cette société que vous allez constituer respecte la dignité, la liberté, le droit des personnes: et ces personnes, c’est vous […] Elle a confiance […] que vous saurez affirmer votre foi dans la vie et dans ce qui donne un sens à la vie: la certitude de l’existence d’un Dieu juste et bon.

C’est au nom de ce Dieu et de son Fils Jésus que nous vous exhortons à élargir vos cœurs aux dimensions du monde, à entendre l’appel de vos frères et à mettre hardiment à leur service vos jeunes énergies. Luttez contre tout égoïsme. Refusez de laisser libre cours aux instincts de violence et de haine, qui engendrent les guerres et leur cortège de misères. Soyez généreux, purs, respectueux, sincères. Et construisez dans l’enthousiasme un monde meilleur que celui de vos aînés! » (PAUL VI, Message aux jeunes à la fin du Concile Vatican II, 8 décembre 1965).

Pères synodaux, l’Église vous regarde avec confiance et amour.

Échos du Vatican

Alors que s’ouvre à Rome le Synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, nous donnons la parole à trois participants qui nous livrent leurs attentes.

40 ans après sa mort, que retenir du « Pape au sourire » ?

(CNS photo/L’Osservatore Romano)

33 jours. C’est la très courte période durant laquelle Jean-Paul Ier a gouverné l’Église en tant que successeur de Pierre, du 26 août au 28 septembre 1978. Aujourd’hui, le quarantième anniversaire de sa mort nous donne l’occasion de revisiter ce pontificat, le plus court de l’histoire récente de la papauté.

Hormis son bref passage sur le Siège apostolique, que peut-on retenir d’Albino Luciani, surnommé « le Pape au sourire » ?

Au lendemain de son élection, le 27 août 1978,  le pontife fraîchement élu prend la parole place Saint-Pierre, lors de la prière de l’Angélus. Il revient alors sur les raisons qui l’ont poussées la veille à choisir son nom. « J’ai fait le raisonnement suivant : le pape Jean m’a consacré ici, dans la basilique de Saint-Pierre, puis, bien qu’indignement, je lui ai succédé sur le siège de saint Marc, en cette Venise qui est encore toute remplie de lui. Ensuite, […] le pape Paul m’a nommé cardinal, […] en quinze ans de pontificat, ce pape a montré, au monde entier, comment on aime, comment on sert, comment on travaille et on souffre pour l’Église du Christ. Pour cela, j’ai dit : “Je m’appellerai Jean-Paul”. Je n’ai ni la “sagesse du cœur” du pape Jean, ni la préparation et la culture du pape Paul. Cependant, je suis à leur place, je dois tâcher de servir l’Église. J’espère que vous m’aiderez par vos prières. » C’est donc en l’honneur de ses deux prédécesseurs que Jean-Paul Ier a choisi ce nom. Et c’était original, puisqu’aucun Pape avant lui n’avait choisi un prénom composé.

D’entrée de jeu, les premières paroles du nouveau pontife laissent transparaître, outre sa simplicité, une certaine humilité. Et du reste, c’est précisément le sujet de son allocution lors de sa première audience générale, le 6 septembre 1978.  « A ma droite et à ma gauche il y a des Cardinaux et des Evêques, mes frères dans l’épiscopat. Moi, je suis seulement leur frère aîné », lançait-il à la foule en introduction de sa catéchèse. « Nous devons nous sentir petits devant Dieu. Quand je dis : « Seigneur, je crois », je n’ai aucune honte à me sentir comme un enfant devant sa maman », disait-il encore avant d’exhorter les fidèles : « Même si vous avez accompli de grandes choses, dites : nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons une tendance toute contraire : nous voulons nous mettre en évidence. Humble, humble : c’est la vertu chrétienne qui nous concerne nous-mêmes. »

Les mots ne sont pas restés seuls. En effet, le 263ème Pape s’efforce dès son intronisation à humaniser la charge pontificale, en refusant par exemple de coiffer la tiare (lourde couronne à trois étages, symbole du pouvoir pétrinien). Le souverain pontife avait à cœur de rompre avec les lourdeurs protocolaires afin de se rendre plus accessible.

C’est précisément ce qu’explique l’actuel secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, dans la préface d’un ouvrage qui lui est consacré. Il décrit Jean-Paul Ier comme un pasteur proche du peuple de Dieu, insistant notamment sur « la proximité, l’humilité, la simplicité, la miséricorde de Dieu, la solidarité fraternelle et l’amour du prochain. » « Il n’a pas été choisi pour être un pasteur, mais parce qu’il l’était », avance encore le numéro 2 du Vatican, pour qui l’importance de son pontificat est inversement proportionnelle à sa durée.

Le 8 novembre 2017, le pape François a reconnu les vertus héroïques de Jean-Paul Ier, ouvrant ainsi la voie à sa béatification.

40e anniversaire de la mort de Jean-Paul Ier, Albino Luciani

Elu le 26 Août 1978, après seulement 33 jours de son pontificat, le pape a été trouvé sans vie dans son lit le matin de Septembre 28. Son pontificat est parmi les plus courts de l’histoire. Né à Canale d’Agordo, dans la province de Belluno, le 17 octobre 1912, au moment de son élection, le Cardinal Albino Luciani était patriarche de Venise et prit le nom de Jean-Paul Ier en hommage à ses deux illustres prédécesseurs, Jean XXIII et Paul VI, mort seulement 20 jours plus tôt. Dans son seul discours ‘ et Orbi’, Jean-Paul Ier a rappelé à l’Église que son premier devoir est resté celui de l’évangélisation et l’exhorte à poursuivre l’effort œcuménique. Dans son discours du 10 Septembre, adressé aux représentants de la presse internationale, il leur a demandé de « mieux apporter leur propre genre, de percevoir davantage le désir de justice, pour la paix, la fraternité, établir avec ces liens plus profonds de la participation, de la compréhension et solidarité face à un monde plus juste et plus humain « . Dans quatre audiences publiques, qui ont réussi à présentéle « humble Pape, » il a abordé le thème de l’humilité, la foi, l’espérance et la charité, en parlant avec un style si personnel qui révèle immédiatement sa vocation à la mission pastorale et catéchétique. Un autre des noms par lesquels on se souvient de lui est « Papa catéchiste » et « pasteur Papa du monde », pour souligner l’amour pour la catéchèse, comprise comme la passion communicative au service de la vérité chrétienne et non pas comme une forme réduite d’évangélisation.

28 septembre 2018

Retour sur le voyage du Pape dans les pays baltes

Pope Francis greets the crowd before celebrating Mass in Freedom Square in Tallinn, Estonia, Sept. 25. (CNS photo/Paul Haring) See POPE-ESTONIA Sept. 25, 2018.

Alors que le voyage du Pape dans les pays baltes s’est conclu ce mardi, il convient maintenant de tirer un bilan de ces 4 jours de visites en Lituanie, Lettonie et Estonie.

Pour son 25ème voyage apostolique hors d’Italie, le pape François venait célébrer le 100ème anniversaire de l’indépendance des états baltes. Tout au long de son voyage, le successeur de Pierre n’a cessé de s’arrêter sur les périodes sombres de leur histoire, demandant à chacun de garder la mémoire du passé, de l’assumer, et d’honorer les anciens qui se sont battus pour l’indépendance et la liberté.

S’adressant justement aux vieilles générations, le Pape a estimé qu’elles sont « les racines d’un peuple, les racines des jeunes bourgeons qui doivent fleurir du fruit. » Il les appelle donc à défendre ces racines, à les garder vivantes « pour que les enfants et les jeunes s’y greffent et comprennent que tout ce qui, sur l’arbre, a fleuri, vit de ce qui se trouve sous terre. »

Le Pape a également encouragé les chrétiens à s’engager dans le présent pour construire l’avenir, en oubliant ses peurs, et en se mettant en sortie, aux côtés notamment des plus petits et des oubliés : les minorités ethniques, les chômeurs, les personnes âgées isolées, ou même les jeunes qui ne trouvent pas de sens à leur vie. « C’est ce face à face avec les autres que nous devons risquer », a expliqué le Saint-Père en s’adressant aux jeunes, leur demandant de faire le pari de la sainteté à travers la rencontre avec l’autre.

Une rencontre avec l’autre qui se vit également dans l’œcuménisme. C’est ce qu’a souligné  François dans la cathédrale luthérienne de Riga, en Lettonie. En évoquant un « œcuménisme vivant », dans ce pays majoritairement luthérien, il a salué le parcours de respect, de collaboration et d’amitié entre les diverses Églises chrétiennes qui ont réussi à créer de l’unité tout en gardant la richesse et la singularité propre à chacune.

En Lettonie, pays pour sa part très catholique, le Pape a lancé un avertissement au clergé. Evoquant l’histoire spécifique de ce pays, et de ces martyrs anonymes dont on ne connait même pas les lieux de sépultures, le Pape met en garde contre de nouveaux dangers qui menacent les prêtres et les consacrés. « Ce ne sont plus les dictateurs qui persécutent, mais c’est un mal insidieux qui fait beaucoup de dégâts. C’est l’esprit de sécularisation et d’ennui », a-t-il lancé en invitant son auditoire à soigner son temps d’intimité avec le Seigneur.

Lors de sa dernière étape en Estonie, un des pays les plus athées du monde, le souverain pontife a appelé de ses vœux une Église plus lisible pour les jeunes. A l’approche justement du synode à Rome sur les jeunes, la foi et le discernement, le Saint-Père a rappelé les exigences des jeunes envers des Églises « qui parfois leur semblent trop lointaines. »

Bien que les trois pays baltes visités ces derniers jours par le Pape vivent  des réalités différentes, à chacun d’entre-deux le Saint-Père a voulu porter un message de paix et d’espérance, les invitant à puiser dans leur passé la force d’affronter les défis du présent et de l’avenir.

Échos du Vatican

Revivez dans cette émission le 25ème voyage apostolique du pape François, dans les pays baltes, en Lituanie, Lettonie, et Estonie.

Message du pape François aux catholiques chinois et à l’Église universelle

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de la lettre du message du pape François aux catholiques chinois et à l’Église universelle tel que publié le 26 septembre 2018 (CNS photo/How Hwee Young, EPA):

« Éternel est son amour,
sa fidélité demeure d’âge en âge »

Ps 100 (99), 5

Chers frères dans l’épiscopat, prêtres, personnes consacrées et tous les fidèles de l’Eglise catholique en Chine, remercions le Seigneur parce qu’éternelle est sa miséricorde, et reconnaissons qu’« il nous a faits, et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau ! » (Ps 100 [99] 3).

En ce moment retentissent en mon âme les paroles par lesquelles mon vénéré Prédécesseur dans sa lettre du 27 mai 2007 vous exhortait : « Église catholique en Chine, petit troupeau présent et agissant dans le vaste territoire d’un peuple immense qui marche dans l’histoire, comme elles résonnent pour toi, encourageantes et provocantes, les paroles de Jésus: “Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume” (Lc 12, 32)![…] : c’est pourquoi, “que votre lumière brille devant les hommes: alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux” » (Mt 5, 16) (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 5).

1. Ces derniers temps, ont circulé de nombreuses voix discordantes sur le présent et, surtout, sur l’avenir des communautés catholiques en Chine. Je suis conscient qu’un tel tourbillon d’opinions et de considérations puisse avoir créé beaucoup de confusion, suscitant dans beaucoup de cœurs des sentiments opposés. Pour certains, se lèvent doutes et perplexité ; d’autres ont la sensation d’avoir été comme abandonnés par le Saint-Siège et en même temps, ils se posent la question poignante sur la valeur des souffrances affrontées pour vivre dans la fidélité au Successeur de Pierre. Chez beaucoup d’autres, au contraire, prévalent des attentes positives et des réflexions animées par l’espérance d’un avenir plus serein pour un témoignage fécond de la foi en terre chinoise.

Cette situation a été accentuée surtout en référence à l’Accord Provisoire entre le Saint-Siège et la République Populaire de Chine qui, comme vous le savez, a été signé les jours derniers à Pékin. Dans une circonstance très significative pour la vie de l’Eglise, par ce bref Message, je désire, avant tout, vous assurer que vous êtes quotidiennement présents dans ma prière et partager avec vous les sentiments qui habitent mon cœur.

Ce sont des sentiments de remerciement au Seigneur et de sincère admiration – qui est l’admiration de l’Eglise catholique tout entière – pour le don de votre fidélité, de la constance dans l’épreuve, de la confiance enracinée dans la Providence de Dieu, même quand certains événements se sont montrés particulièrement défavorables et difficiles.

Ces expériences douloureuses appartiennent au trésor spirituel de l’Eglise en Chine et de tout le Peuple de Dieu en pèlerinage sur la terre. Je vous assure que le Seigneur, justement à travers le creuset des épreuves, ne manque jamais de nous remplir de ses consolations et de nous préparer à une joie plus grande. Avec le Psaume 126 [125] nous sommes plus que certains que « celui qui sème dans les larmes moissonne dans la joie » ! (v. 5).

Continuons, donc, à fixer le regard sur l’exemple de nombreux fidèles et Pasteurs qui n’ont pas hésité à offrir leur « beau témoignage » (cf. 1Tm 6, 13) à l’Evangile, jusqu’au don de leur propre vie. Ils sont à considérer comme vrais amis de Dieu !

2. Pour ma part, j’ai toujours regardé la Chine comme une terre riche de grandes opportunités et le Peuple chinois comme artisan et gardien d’un inestimable patrimoine de culture et de sagesse, qui s’est raffiné en résistant aux adversités et en intégrant les diversités, et qui, non par hasard, depuis les temps anciens est entré en contact avec le message chrétien. Comme le disait avec une grande sagacité le P. Matteo Ricci, S.J., nous défiant de la vertu de la confiance, « avant de contracter amitié, il faut observer; après l’avoir contractée, il faut faire confiance » (De Amicitia, 7).

C’est aussi ma conviction que la rencontre ne peut être authentique et féconde seulement si elle arrive à travers la pratique du dialogue, qui signifie se connaître, se respecter et « marcher ensemble » pour construire un avenir commun de plus haute harmonie.

Dans ce sillon se place l’Accord Provisoire, qui est le fruit du long et complexe dialogue institutionnel du Saint-Siège avec les Autorités gouvernementales chinoises, inauguré déjà par saint Jean-Paul II et poursuivi par le Pape Benoît XVI. A travers ce parcours, le Saint-Siège n’avait pas – et n’a pas – à l’esprit autre chose que de réaliser les finalités spirituelles et pastorales propres de l’Eglise, et c’est-à-dire soutenir et promouvoir l’annonce de l’Evangile, et atteindre et conserver la pleine et visible unité de la communauté catholique en Chine.

Sur la valeur de cet Accord et sur ses finalités je voudrais vous proposer quelques réflexions, vous offrant aussi quelques points de spiritualité pastorale pour le chemin que, en cette nouvelle phase, nous sommes appelés à parcourir.

Il s’agit d’un chemin qui, comme la section précédente « demande du temps et présuppose la bonne volonté des Parties » (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 4), mais pour l’Eglise, à l’intérieur et à l’extérieur de la Chine, il ne s’agit pas seulement d’adhérer à des valeurs humaines, mais de répondre à une vocation spirituelle : sortir de soi-même pour embrasser « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » (Concile Œcuménique Vatican II, Constitution apostolique ‘Gaudium et Spes’, n. 1) et les défis du présent que Dieu lui confie. Il y a, par conséquent, un appel ecclésial à se faire pèlerins sur les sentiers de l’histoire, faisant confiance avant tout à Dieu et à ses promesses, comme le firent Abraham et nos Pères dans la foi.

Abraham, appelé par Dieu, obéit en partant pour une terre inconnue qu’il devait recevoir en héritage, sans connaître le chemin qui s’ouvrait devant lui. Si Abraham avait exigé des conditions, sociales et politiques, idéales avant de sortir de sa terre, peut-être qu’il ne serait jamais parti. Lui, au contraire, a fait confiance à Dieu, et sur sa Parole il a laissé sa maison et ses propres sécurités. Ce ne furent donc pas les changements historiques qui lui permirent de faire confiance à Dieu, mais ce fut sa foi pure qui provoqua un changement dans l’histoire. La foi, en effet, est « la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas. C’est elle qui a valu aux anciens un bon témoignage » (Lettre aux Hébreux : 11, 1-2).

3. Comme Successeur de Pierre, je désire vous confirmer dans cette foi (cf. Lc 22, 32) – dans la foi d’Abraham, dans la foi de la Vierge Marie, dans la foi que vous avez reçue – vous invitant à mettre avec une conviction toujours plus grande votre confiance dans le Seigneur de l’histoire et dans le discernement de sa volonté accomplie par l’Eglise. Invoquons le don de l’Esprit, afin qu’il illumine les esprits et réchauffe les cœurs et nous aide à comprendre où il veut nous conduire, à dépasser les inévitables moments de désarroi et à avoir la force de poursuivre avec décision sur la route qui s’ouvre devant nous.

Justement dans le but de soutenir et de promouvoir l’annonce de l’Evangile en Chine et de reconstruire la pleine et visible unité dans l’Eglise, il était fondamental d’affronter, en premier lieu, la question des nominations épiscopales. Il est connu de tous que, malheureusement, l’histoire récente de l’Eglise catholique en Chine a été douloureusement marquée par de profondes tensions, blessures et divisions, qui se sont polarisées surtout autour de la figure de l’Evêque comme gardien de l’authenticité de la foi et garant de la communion ecclésiale.

Lorsque, dans le passé, on a prétendu déterminer aussi la vie interne des communautés catholiques, imposant le contrôle direct au-delà des compétences légitimes de l’Etat, dans l’Eglise en Chine est apparu le phénomène de la clandestinité. Une telle expérience – on doit le souligner – ne rentre pas dans la normalité de la vie de l’Eglise et « l’histoire montre que Pasteurs et fidèles y ont recours uniquement avec le désir tourmenté de maintenir intègre leur propre foi » (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 8).

Je voudrais vous faire savoir que, depuis que m’a été confié le ministère pétrinien, j’ai éprouvé de grandes consolations en constatant le désir sincère des Catholiques chinois de vivre leur foi en pleine communion avec l’Eglise universelle et avec le Successeur de Pierre, qui est « le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles » (Concile œcuménique Vatican II, Constitution Apostolique ‘Lumen Gentium’, n. 23). De ce désir me sont parvenus au cours de ces années de nombreux signes et témoignages concrets, même de la part de ceux, y compris des Evêques, qui ont blessé la communion dans l’Eglise, à cause de faiblesse et d’erreurs, mais aussi, souvent, par de fortes et indues pressions extérieures.

C’est pourquoi, après avoir attentivement examiné chaque situation particulière personnelle et écouté divers avis, j’ai beaucoup réfléchi et prié cherchant le vrai bien de l’Eglise en Chine. Enfin, devant le Seigneur et avec sérénité de jugement, en continuité avec l’orientation de mes Prédécesseurs immédiats, j’ai décidé d’accorder la réconciliation aux sept Evêques « officiels » restant, ordonnés sans Mandat Pontifical et, ayant supprimé toute sanction canonique relative à leurs cas, de les réadmettre dans la pleine communion ecclésiale. En même temps, je leur demande d’exprimer, par des gestes concrets et visibles, l’unité retrouvée avec le Siège apostolique et avec les Eglises répandues dans le monde, et de s’y maintenir fidèles malgré les difficultés.

4. En la sixième année de mon Pontificat, que j’ai mis depuis ses premiers pas sous le signe de l’Amour miséricordieux de Dieu, j’invite en conséquence tous les Catholiques chinois à se faire artisans de réconciliation, se rappelant avec une passion apostolique toujours renouvelée les paroles de Paul : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation » (Deuxième Lettre aux Corinthiens : 5, 18).

En effet, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire à la fin du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde : « Aucune loi ni précepte ne peut empêcher Dieu d’embrasser de nouveau le fils qui revient vers lui reconnaissant s’être trompé mais décidé à recommencer au début. Ne s’arrêter qu’à la loi, c’est rendre vaines la foi et la miséricorde divine. […]. Même dans les cas les plus difficiles, où l’on est tenté de faire prévaloir une justice qui vient seulement des normes, on doit croire en la force qui jaillit de la grâce divine » (Lettre Apostolique Misericordia et Misera, 20 novembre 2016, n. 11).

Dans cet esprit et avec les décisions prises, nous pouvons commencer un parcours inédit, qui nous l’espérons aidera à guérir les blessures du passé, à rétablir la pleine communion de tous les Catholiques chinois et à ouvrir une phase de collaboration plus fraternelle, pour assumer avec un engagement renouvelé la mission de l’annonce de l’Evangile. En effet, l’Eglise existe pour témoigner de Jésus Christ et de l’Amour pardonnant et salvifique du Père.

5. L’Accord Provisoire paraphé avec les Autorités chinoises, tout en se limitant à quelques aspects de la vie de l’Eglise et étant nécessairement perfectible, peut contribuer – pour sa part – à écrire cette page nouvelle de l’Eglise catholique en Chine. Pour la première fois, il introduit des éléments stables de collaboration entre les Autorités de l’Etat et le Siège Apostolique, avec l’espérance d’assurer à la Communauté catholique de bons Pasteurs.

Dans ce contexte, le Saint-Siège entend faire jusqu’au bout la part qui est de sa compétence, mais aussi à vous, Evêques, prêtres, personnes consacrées et fidèles laïcs, revient un rôle important : chercher ensemble de bons candidats qui soient en mesure d’assumer dans l’Eglise le délicat et important service épiscopal. Il ne s’agit pas, en effet, de nommer des fonctionnaires pour la gestion des questions religieuses, mais d’avoir d’authentiques Pasteurs selon le cœur de Jésus, engagés à agir généreusement au service du Peuple de Dieu, spécialement des plus pauvres et des plus faibles, mettant à profit les paroles du Seigneur : « Celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous » (Marc : 10, 43-44).

A ce sujet, il apparaît évident qu’un Accord n’est rien d’autre qu’un instrument et ne pourra à lui seul résoudre tous les problèmes existants. Au contraire, il s’avèrerait inefficace et stérile, au cas où il ne serait pas accompagné d’un profond engagement de renouveau des attitudes personnelles et des comportements ecclésiaux.

6. Sur le plan pastoral, la Communauté catholique en Chine est appelée à être unie, pour dépasser les divisions du passé que tant de souffrances ont causées et causent au cœur de nombreux Pasteurs et fidèles. Que tous les chrétiens, sans distinction, posent maintenant des gestes de réconciliation et de communion. A ce sujet, mettons à profit l’avertissement de saint Jean de la Croix : « Au crépuscule de la vie, nous serons jugés sur l’Amour ! » (Paroles de lumière et d’amour : 1, 57).

Sur le plan civil et politique, que les Catholiques chinois soient de bons citoyens, aiment pleinement leur Patrie et servent leur pays avec engagement et honnêteté, selon leurs propres capacités. Sur le plan éthique, qu’ils soient conscients que beaucoup de concitoyens s’attendent de leur part à une mesure plus haute dans le service du bien commun et du développement harmonieux de la société tout entière. En particulier, que les Catholiques sachent offrir cette contribution prophétique et constructive qu’ils tirent de leur foi dans le Règne de Dieu. Cela peut leur demander aussi l’effort de dire une parole critique, non par opposition stérile mais dans le but d’édifier une société plus juste, plus humaine et plus respectueuse de la dignité de toute personne.

7. Je m’adresse à vous tous, bien-aimés confrères Evêques, prêtres et personnes consacrées, qui « servez le Seigneur dans la joie » ! (Psaume 100 [99], 2). Reconnaissons-nous disciples du Christ dans le service du Peuple de Dieu. Vivons la charité pastorale comme boussole de notre ministère. Dépassons les oppositions du passé, la recherche de l’affirmation d’intérêts personnels, et prenons soin des fidèles faisant nôtres leurs joies et leurs souffrances. Engageons-nous humblement pour la réconciliation et l’unité. Reprenons avec énergie et enthousiasme le chemin de l’évangélisation, comme indiqué par le Concile œcuménique Vatican II.

A vous tous je répète avec affection : « L’exemple de nombreux prêtres, religieuses, religieux et laïcs qui se consacrent à évangéliser et à servir avec grande fidélité, bien des fois en risquant leurs vies et sûrement au prix de leur confort, nous galvanise. Leur témoignage nous rappelle que l’Église n’a pas tant besoin de bureaucrates et de fonctionnaires, que de missionnaires passionnés, dévorés par l’enthousiasme de transmettre la vraie vie. Les saints surprennent, dérangent, parce que leurs vies nous invitent à sortir de la médiocrité tranquille et anesthésiante » (Gaudete et exsultate, 19 mars 2018, n. 138).

Avec conviction je vous invite à demander la grâce de ne pas hésiter quand l’Esprit exige de nous que nous fassions un pas en avant : « Demandons le courage apostolique d’annoncer l’Évangile aux autres et de renoncer à faire de notre vie chrétienne un musée de souvenirs. De toute manière, laissons l’Esprit Saint nous faire contempler l’histoire sous l’angle de Jésus ressuscité. Ainsi, l’Église, au lieu de stagner, pourra aller de l’avant en accueillant les surprises du Seigneur » (Ibidem, n. 139).

8. En cette année, où toute l’Eglise célèbre le Synode des Jeunes, je désire m’adresser spécialement à vous, jeunes catholiques chinois, qui franchissez les portes de la Maison du Seigneur « en rendant grâce, en chantant louange » (Psaume 100 [99], 4). Je vous demande de collaborer à la construction de l’avenir de votre pays avec les capacités personnelles que vous avez reçues en don et avec la jeunesse de votre foi. Je vous exhorte à porter à tous, avec votre enthousiasme, la joie de l’Evangile.

Soyez prêts à accueillir la conduite sûre de l’Esprit Saint, qui indique au monde d’aujourd’hui le chemin vers la réconciliation et la paix. Laissez-vous surprendre par la force rénovatrice de la grâce, même quand il peut vous sembler que le Seigneur demande un engagement supérieur à vos forces. N’ayez pas peur d’écouter sa voix qui vous demande fraternité, rencontre, capacité de dialogue et de pardon, et esprit de service, malgré tant d’expériences douloureuses du passé récent et les blessures encore ouvertes.

Ouvrez grand le cœur et l’esprit pour discerner le dessein miséricordieux de Dieu, qui demande de dépasser les préjugés personnels et les oppositions entre les groupes et les communautés, pour ouvrir un chemin courageux et fraternel à la lumière d’une authentique culture de la rencontre.

Nombreuses sont, aujourd’hui, les tentations : l’orgueil du succès mondain, la fermeture dans ses propres certitudes, le primat donné aux choses matérielles comme si Dieu n’existait pas. Allez à contre-courant et demeurez solides dans le Seigneur : « Il est bon, le Seigneur », seul « éternel est son amour », seule « sa fidélité » demeure « d’âge en âge » (Ibidem, 5).

9. Chers frères et sœurs de l’Eglise universelle, tous nous sommes appelés à reconnaître parmi les signes de notre temps tout ce qui se passe aujourd’hui dans la vie de l’Eglise en Chine. Nous avons une tâche importante : accompagner avec une fervente prière et une fraternelle amitié nos frères et nos sœurs en Chine. En effet, ils doivent sentir que sur le chemin, qui en ce moment s’ouvre devant eux, ils ne sont pas seuls. Il est nécessaire qu’ils soient accueillis et soutenus comme partie vivante de l’Eglise : « Voyez ! Qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble » ! (Psaume 133 [132], 1).

Que chaque communauté catholique locale, dans le monde entier, s’engage à valoriser et à accueillir le trésor spirituel et culturel propre des Catholiques chinois. Le temps est venu de goûter ensemble les fruits authentiques de l’Evangile semé dans le sein de l’antique « Empire du Milieu » et d’élever vers le Seigneur Jésus Christ le cantique de la foi et de l’action de grâce, enrichi de notes authentiquement chinoises.

10. Je m’adresse avec respect à ceux qui conduisent la République Populaire de Chine et je renouvelle l’invitation à poursuivre, avec confiance, courage et clairvoyance, le dialogue entrepris depuis longtemps. Je désire assurer que le Saint-Siège continuera à œuvrer sincèrement pour grandir dans l’authentique amitié avec le Peuple chinois.

Les contacts actuels entre le Saint-Siège et le Gouvernement chinois se sont montrés utiles pour dépasser les oppositions du passé, même récent, et pour écrire une page de collaboration plus sereine et concrète dans la conviction commune que « l’incompréhension ne sert ni les Autorités chinoises, ni l’Église catholique en Chine » (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 4).

De cette manière, la Chine et le Siège Apostolique, appelés par l’histoire à une tâche ardue mais fascinante, pourront agir plus positivement pour la croissance ordonnée et harmonieuse de la Communauté catholique en terre chinoise, mettront tout en œuvre pour promouvoir le développement intégral de la société, assurant un plus grand respect de la personne humaine y compris dans le domaine religieux, ils travailleront concrètement pour préserver l’environnement dans lequel nous vivons et pour édifier un avenir de paix et de fraternité entre les peuples.

En Chine, il est d’importance fondamentale que, même au niveau local, soient toujours plus fructueuses les relations entre les Responsables des communautés ecclésiales et les Autorités civiles, par un dialogue franc et une écoute sans préjugés qui permette de dépasser des attitudes réciproques d’hostilité. Il y a à apprendre un nouveau style de collaboration simple et quotidienne entre les Autorités locales et les Autorités ecclésiastiques – Evêques, prêtres, Anciens des communautés – de manière à garantir le déroulement ordonné des activités pastorales, en harmonie entre les légitimes attentes des fidèles et les décisions qui sont du ressort des Autorités.

Cela aidera à comprendre que l’Eglise en Chine n’est pas étrangère à l’histoire chinoise, ni ne demande aucun privilège : sa finalité dans le dialogue avec les Autorités civiles est de « parvenir à une relation empreinte de respect réciproque et de connaissance approfondie » (Idem).

11. Au nom de toute l’Eglise j’implore du Seigneur le don de la paix, tandis que je vous invite tous à invoquer avec moi la protection maternelle de la Vierge Marie :

Mère du Ciel, écoute la voix de tes enfants, qui humblement invoquent ton nom.

Vierge de l’espérance, nous te confions le chemin des croyants sur la noble terre de Chine. Nous te prions de présenter au Seigneur de l’histoire les tribulations et les efforts, les supplications et les attentes des fidèles qui te prient, ô Reine du Ciel !

Mère de l’Eglise, nous te consacrons le présent et l’avenir des familles et de nos communautés. Protège-les et soutiens-les dans la réconciliation entre frères et dans le service des pauvres qui bénissent ton nom, ô Reine du Ciel !

Consolatrice des affligés, nous nous adressons à toi pour que tu sois un refuge pour tous ceux qui pleurent dans l’épreuve. Veille sur tes enfants qui louent ton nom, fais qu’ils portent unis l’annonce de l’Evangile. Accompagne leurs pas pour un monde plus fraternel, fais qu’ils portent à tous la joie du pardon, ô Reine du Ciel !

Mairie, Aide des Chrétiens, pour la Chine nous te demandons des jours de bénédiction et de paix. Amen.

Du Vatican, le 26 septembre 2018.

Homélie du pape François lors de la Messe sur la Place de la Liberté de Tallinn, Estonie

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe célébrée sur la place de la Liberté de Tallinn (Estonie):

En écoutant, dans la première lecture, l’arrivée du peuple hébreu – une fois libéré de l’esclavage en Egypte – au mont Sinaï (cf. Ex 19, 1), il est impossible de ne pas penser à vous en tant que peuple ; il est impossible de ne pas penser à la nation tout entière de l’Estonie, et à tous les pays baltes. Comment ne pas s’en souvenir, dans cette « révolution chantée », ou dans cette chaine de 2 millions de personnes d’ici à Vilnius ? Vous connaissez les luttes pour la liberté, vous pouvez vous identifier à ce peuple. Cela nous fera du bien, par conséquent, d’écouter ce que Dieu dit à Moïse afin de comprendre ce qu’il nous dit en tant que peuple.

Le peuple qui arrive au Sinaï est un peuple qui a déjà vu l’amour de son Dieu manifesté par des miracles et des prodiges. C’est un peuple qui décide de conclure un pacte d’amour, parce que Dieu l’a déjà aimé en premier et lui a manifesté cet amour. Il n’est pas obligé. Dieu le veut libre. Quand nous disons que nous sommes chrétiens, quand nous embrassons un style de vie, nous le faisons sans pressions, sans que cela soit un échange dans lequel nous faisons quelque chose si Dieu fait quelque chose. Mais surtout, nous savons que la proposition de Dieu ne nous enlève rien, au contraire elle conduit à la plénitude, elle renforce toutes les aspirations de l’homme. Certains se considèrent libres lorsqu’ils vivent sans Dieu ou séparés de lui. Ils ne se rendent pas compte que, de cette manière, ils voyagent dans cette vie comme des orphelins, sans maison où revenir. « Ils cessent d’être pèlerins et se transforment en errants, qui tournent toujours autour d’eux-mêmes sans arriver nulle part » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 170).

Il nous revient, comme le peuple sorti d’Égypte, d’écouter et de chercher. Certains pensent parfois que la force d’un peuple se mesure aujourd’hui par d’autres paramètres. Il y a celui qui parle plus fort, qui paraît plus sûr de lui lorsqu’il parle – sans défaillances ni hésitations – ; il y a celui qui ajoute aux cris la menace des armes, le déploiement de troupes, les stratégies… Celui-là semble le plus « solide ». Mais cela, ce n’est pas « chercher » la volonté de Dieu ; c’est accumuler pour s’imposer sur la base de l’avoir. Cette attitude cache en soi un refus de l’éthique et, avec elle, un refus de Dieu. Parce que l’éthique nous met en relation avec un Dieu qui attend de nous une réponse libre et engagée avec les autres, et avec notre entourage, une réponse qui se trouve en dehors des catégories du marché (cf. ibid., n. 57). Vous n’avez pas conquis votre liberté pour finir esclaves du consumérisme, de l’individualisme ni de la soif du pouvoir ou de la domination.

Dieu connaît nos besoins, ceux que nous cachons souvent derrière le désir de posséder ; même nos insécurités surmontées grâce au pouvoir. Cette soif, qui demeure dans tout cœur humain, Jésus, dans l’Evangile que nous avons entendu, nous encourage à la vaincre par la rencontre avec lui. C’est lui qui peut nous rassasier, nous combler de la plénitude de la fécondité de son eau, de sa pureté, de sa force irrésistible. La foi, c’est aussi se rendre compte qu’il est vivant et qu’il nous aime ; qu’il ne nous abandonne pas, et qu’il est donc capable d’intervenir mystérieusement dans notre histoire ; il tire le bien du mal par sa puissance et sa créativité infinie (cf. ibid., n. 278).

Dans le désert, le peuple d’Israël succombera à la tentation de chercher d’autres dieux, d’adorer le veau d’or, de se confier à ses propres forces. Mais Dieu l’attire toujours de nouveau, et eux se souviendront de ce qu’ils ont entendu et vu sur la montagne. Comme ce peuple, nous savons, nous aussi, que nous sommes un peuple « élu, sacerdotal et saint » (cf. Ex 19, 6 ; 1P 2, 9), c’est l’Esprit qui nous rappelle toutes ces choses (cf. Jn 14, 26).

Élus ne signifie pas être les seuls, ou sectaires ; nous sommes la petite portion qui doit fermenter toute la masse, qui ne se cache pas, qui ne se sépare pas, qui ne se considère pas meilleure ni plus pure. L’aigle met à l’abri ses aiglons, il les conduit en des lieux escarpés tant qu’ils ne parviennent pas à s’en sortir tout seuls, mais il doit les pousser à sortir de cet endroit tranquille. Il secoue la nichée, conduit ses petits dans le vide pour qu’ils essayent de voler de leurs propres ailes ; et il reste en dessous d’eux pour les protéger, pour qu’ils ne se fassent pas mal. Dieu fait de même avec son peuple élu, il le veut « en sortie », audacieux dans son vol et toujours protégé par lui seul. Nous devons vaincre la peur et abandonner les espaces sécurisés, parce que, aujourd’hui, le plus grand nombre des Estoniens ne se reconnaissent pas croyants.

Sortir comme des prêtres ; nous le sommes par le baptême. Sortir afin de promouvoir la relation avec Dieu, pour la faciliter, pour favoriser une rencontre d’amour avec celui qui crie : « Venez à moi » (Mt 11, 28). Nous avons besoin de grandir dans un regard de proximité pour contempler, nous émouvoir et nous arrêter devant l’autre, chaque fois que c’est nécessaire. C’est cela, l’“art de l’accompagnement” qui se réalise au rythme salutaire de la “proximité”, avec un regard respectueux et plein de compassion qui est en mesure de guérir, de défaire les nœuds et de faire grandir dans la vie chrétienne (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 169).

Et donner le témoignage d’être un peuple saint. Nous pouvons succomber à la tentation de penser que la sainteté est seulement pour quelques-uns. Cependant, « nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 14). Cependant, de même que l’eau dans le désert n’était pas un bien personnel mais communautaire, de même que la manne ne pouvait pas être accumulée parce qu’elle se gâtait, la sainteté vécue s’étend, coule, féconde tout ce qui lui est proche. Faisons le choix aujourd’hui d’être des saints, en assainissant les confins et les périphéries de notre société, là où notre frère gît et souffre de son exclusion. Ne permettons pas que ce soit celui qui viendra après moi qui fera le pas pour lui porter secours, et que ce ne soit pas non plus une question à résoudre par les institutions ; c’est nous-mêmes qui fixons notre regard sur ce frère et qui lui tendons la main pour le relever parce que l’image de Dieu est en lui, il est un frère racheté par Jésus Christ. C’est cela être chrétien, et la sainteté vécue jour après jour (cf. ibid., n. 98).

Vous avez manifesté dans votre histoire la fierté d’être Estoniens, vous le chantez en disant : « Je suis Estonien, je resterai Estonien, être Estonien est une belle chose, nous sommes Estoniens ». Comme c’est beau de sentir qu’on fait partie d’un peuple, comme c’est beau d’être indépendants et libres. Allons à la montagne sainte, celle de Moïse, celle de Jésus, et demandons-lui – comme le dit la devise de cette visite – de réveiller nos cœurs, de nous faire le don de l’Esprit pour discerner à chaque moment de l’histoire comment être libres, comment embrasser le bien et se sentir élus, comment permettre à Dieu de faire grandir, ici en Estonie et dans le monde entier, sa nation sainte, son peuple sacerdotal.

À la fin de la Messe

Chers frères et sœurs,

Avant la bénédiction finale, et avant de conclure ce Voyage apostolique en Lituanie, Lettonie et Estonie, je souhaite exprimer ma gratitude à vous tous, en commençant par l’Administrateur apostolique d’Estonie. Merci de votre accueil, expression d’un petit troupeau au grand cœur.

Je renouvelle ma reconnaissance à Madame le Président de la République et aux autres Autorités du Pays. Une pensée particulière à tous les frères chrétiens, particulièrement aux Luthériens, qui, ici en Estonie ou en Lettonie, ont accueilli les rencontres œcuméniques. Que le Seigneur continue de nous garder sur le chemin de la communion. Merci à tous !

Allocution du pape François à la rencontre oecuménique dans l’église luthérienne Kaarli, Estonie

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’allocution du pape François lors de la rencontre oecuménique dans l’église luthérienne Kaarli à Tallinn (photo CNS/ Paul Haring):

Chers jeunes, merci pour votre accueil chaleureux, pour vos chants et les témoignages de Lisbel, Tauri et Mirko. Je suis reconnaissant pour les aimables paroles de l’Archevêque de l’Eglise Évangélique Luthérienne d’Estonie, Urmas Viilma, comme aussi pour la présence du Président du Conseil des Eglises d’Estonie, l’Archevêque Andres Põder, celle de l’évêque Philippe Jourdan, administrateur apostolique en Estonie, et des autres représentants des différentes confessions chrétiennes présentes dans le pays.

Il est toujours beau de se réunir, de partager des témoignages de vie, d’exprimer ce que nous pensons et voulons; et il est très beau de nous retrouver ensemble, nous qui croyons en Jésus Christ. Ces rencontres réalisent le rêve de Jésus dans la dernière Cène: «Que tous soient un, […] pour que le monde croie» (Jn 17, 21). Si nous nous efforçons de nous considérer comme des pèlerins qui font le chemin ensemble, nous apprendrons à ouvrir notre cœur avec confiance au compagnon de route, sans suspicions, sans méfiances, en regardant seulement ce que nous cherchons réellement: la paix devant le visage de l’unique Dieu. Et puisque la paix est artisanale, avoir confiance dans les autres est aussi quelque chose d’artisanal, et c’est une source de bonheur: «Heureux les artisans de paix» (Mt 5, 9).

La grande fresque qui se trouve dans l’abside de cette église contient une phrase de l’Evangile selon saint Matthieu: «Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi je vous procurerai le repos» (Mt 11, 28). Vous, jeunes chrétiens, vous pouvez vous identifier avec certains éléments de ce verset de l’Evangile.

Dans les récits précédents, Matthieu nous dit que Jésus accumule des déceptions. D’abord, il se plaint parce qu’il semble que rien ne va plus pour ceux auxquels il s’adresse (cf. Mt 11, 16-19). A vous les jeunes, il arrive souvent que les adultes autour de vous ne savent pas ce qu’ils veulent ou attendent de vous; ou parfois, quand ils vous voient très heureux, ils se méfient; et s’ils vous voient inquiets, ils relativisent ce qui vous arrive. Dans la consultation précédant le Synode que nous célébrerons bientôt et durant lequel nous réfléchirons sur les jeunes, beaucoup parmi vous demandent que quelqu’un vous accompagne et vous comprenne sans juger et qu’il sache vous écouter, comme aussi répondre à vos interrogations (cf. Synode dédié aux Jeunes Instrumentum laboris, n. 132). Nos Eglises chrétiennes – et j’oserai dire chaque processus religieux structuré institutionnellement – reviennent parfois à des attitudes dans lesquelles il a été plus facile pour nous de parler, de conseiller, de proposer à partir de notre expérience, plutôt que d’écouter, de se laisser interroger et éclairer par ce que vous, vous vivez. Nous savons ce que vous voulez et attendez: «d’être accompagnés non par un juge inflexible ni par un parent craintif et hyper-protecteur qui maintiennent dans la dépendance, mais par quelqu’un qui n’a pas peur de sa propre faiblesse et sait mettre en valeur le trésor que, tel un vase d’argile, il conserve en son sein (cf. 2Co 4, 7)» (ibid. n. 142). Aujourd’hui, ici, je veux vous dire que nous voulons pleurer avec vous si vous pleurez, accompagner vos joies de nos applaudissements et de nos éclats de rire, vous aider à vivre à la suite du Seigneur.

Jésus se lamente aussi sur les villes qu’il a visitées, accomplissant en elles davantage de miracles et leur réservant les plus grands gestes de tendresse et de proximité; il déplore leur manque de perspicacité pour percevoir que le changement qu’il était venu leur proposer était urgent, qu’il ne pouvait pas attendre. Il va même jusqu’à dire qu’elles sont plus têtues et aveuglées que Sodome (cf. Mt 11, 10-24). Et lorsque nous, les adultes, nous nous fermons à une réalité incontestable, vous nous dites avec franchise: “Vous ne voyez pas?”. Et certains plus audacieux ont le courage de dire: “Vous ne vous apercevez pas que personne ne vous écoute plus, ni ne vous croit? ”. Nous avons vraiment besoin de nous convertir, de découvrir que pour être à vos côtés, nous devons renverser tant de situations qui sont, en définitive, celles qui vous éloignent; nous savons – comme vous nous avez dit – que beaucoup de jeunes ne nous demandent rien par ce qu’ils ne nous considèrent pas comme un interlocuteur valable pour leur existence. Certains demandent même expressément qu’on les laisse tranquilles, car ils trouvent la présence de l’Eglise pénible voire irritante. Ils sont indignés par les scandales sexuels et économiques, face auxquels ils ne voient pas une nette condamnation; le fait de ne pas savoir comprendre correctement la vie et la sensibilité des jeunes par manque de préparation ou bien simplement le rôle passif attribué aux jeunes au sein de la communauté chrétienne (cf. Synode dédié aux Jeunes Instrumentum laboris, n. 66). Ce ne sont que quelques-unes de vos demandes. Nous voulons leur répondre, nous voulons, comme vous le dites vous-mêmes, être une «communauté transparente, accueillante, honnête, attirante, accessible, joyeuse, une communauté qui communique et où chacun peut participer » (ibid. n. 67).

Avant d’arriver au texte évangélique qui domine ce temple, Jésus commence en élevant une louange au Père. Il le fait parce qu’il se rend compte que ceux qui ont compris, ceux qui comprennent le centre de son message et de sa personne, ce sont les petits. En vous voyant ainsi, réunis, et chantant, je m’unis à la voix de Jésus et je reste admiratif, parce que, malgré notre manque de témoignage, vous continuez à découvrir Jésus au sein de nos communautés. Parce que nous savons que là où il y a Jésus, il y a toujours le renouveau, il y a toujours l’opportunité de la conversion, de laisser derrière soi tout ce qui nous sépare de lui et de nos frères. Là où il y a Jésus, la vie a toujours la saveur de l’Esprit Saint. Vous, ici aujourd’hui, vous êtes l’actualisation de cette merveille de Jésus.

Alors oui, nous disons de nouveau: «Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi je vous procurerai le repos» (Mt 11, 28). Mais nous le disons en étant convaincus que, au-delà de nos limites, de nos divisions, Jésus continue à être le motif pour être ici. Nous savons qu’il n’y a pas de réconfort plus grand que de laisser Jésus porter nos oppressions. Nous savons aussi qu’il y en a encore beaucoup qui ne le connaissent pas et vivent dans la tristesse et l’égarement. Une de vos célèbres chanteuses, il y a environ dix ans, disait dans une de ses chansons: “L’amour est mort, l’amour s’en est allé, l’amour ne vit plus ici” (Kerli Koiv, L’amour est mort). Et ils sont nombreux ceux qui font cette expérience: ils voient que l’amour de leurs parents s’est épuisé, que l’amour des couples à peine mariés se dissout; ils expérimentent une douleur intime quand ils voient que cela n’importe à personne qu’ils doivent émigrer pour chercher du travail ou quand, là, on les regarde avec soupçon parce qu’ils sont des étrangers. Il semblerait que l’amour soit mort, mais nous savons qu’il n’en est pas ainsi, et nous avons une parole à dire, quelque chose à annoncer, avec peu de discours et beaucoup de gestes. Parce que vous êtes la génération de l’image et de l’action plus que de la spéculation, de la théorie.

Et cela plaît à Jésus ainsi ; parce qu’il est passé en faisant le bien, et lorsqu’il est mort, il a préféré aux paroles le geste fort de la croix. Nous sommes unis par la foi en Jésus, et c’est Lui qui attend que nous le portions à tous les jeunes qui ont perdu le sens de leur vie. Accueillons ensemble cette nouveauté que porte Dieu dans notre vie; cette nouveauté qui nous pousse à partir toujours de nouveau pour aller là où se trouve l’humanité la plus blessée; là où les hommes, au-delà des apparences de la superficialité et du conformisme, continuent à chercher une réponse à la question du sens de leur vie. Mais nous n’irons jamais seuls: Dieu vient avec nous; il n’a pas peur des périphéries, et même, Lui-même s’est fait périphérie (cf. Ph 2, 6-8 ; Jn 1, 14). Si nous avons le courage de sortir de nous-mêmes et d’aller aux périphéries, nous le trouverons là, parce que Jésus nous précède dans la vie du frère qui souffre et qui est rejeté. Il est déjà là (cf. Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 135).

L’amour n’est pas mort, il nous appelle et nous envoie. Demandons la force apostolique de porter l’Evangile aux autres et de renoncer à faire de notre vie chrétienne un musée de souvenirs. Permettons à l’Esprit Saint de nous faire contempler l’histoire dans la perspective de Jésus ressuscité, ainsi l’Eglise sera en mesure d’aller de l’avant en accueillant en elle les surprises du Seigneur (cf. ibid. n. 139), retrouvant sa jeunesse, la joie et la beauté de l’épouse qui va à la rencontre du Seigneur.

[01444-FR.01] [Texte original: Italien]

Discours du pape François avec les autorités civiles et politiques d’Estonie

Vous trouverez ci-dessous le discours du pape François avec les autorités civiles et politiques d’Estonie. Sur la photo, le pape François en compagnie de la présidente Kersti Kaljulaid (photo CNS: Paul Haring):

Distingués Membres du Corps Diplomatique
Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux d’être parmi vous, ici à Tallinn, la capitale la plus septentrionale que le Seigneur m’ait donné de visiter. Je vous remercie, Madame la Présidente, pour vos paroles de bienvenue et pour l’opportunité de rencontrer les représentants de ce peuple d’Estonie. Je sais que parmi vous, il y a aussi une délégation des secteurs de la société civile et du monde de la culture, ce qui me permet d’exprimer mon désir de connaître un peu plus votre culture, surtout cette capacité d’endurance qui vous a permis de recommencer face à de nombreuses situations d’adversité.

Depuis des siècles ces terres sont appelées ‘‘Terre de Marie’’, Maajamaa. Un nom qui non seulement appartient à votre histoire, mais aussi fait partie de votre culture. Penser à Marie évoque en moi deux mots : mémoire et fécondité. Elle est la femme de la mémoire, qui garde tout ce qu’elle vit, comme un trésor, dans son cœur (Lc 2, 19) ; et elle est la mère féconde qui donne la vie à son Fils. Voilà pourquoi j’aime penser à l’Estonie ‘‘comme à une terre de mémoire et de fécondité.

Terre de mémoire

Votre peuple a dû supporter, à diverses époques historiques, de durs moments de souffrance et de tribulations : des luttes pour la liberté et pour l’indépendance qui ont toujours été remises en cause ou menacées. Cependant, au cours de cette dernière période d’un peu plus de 25 ans – où vous êtes rentrés à part entière dans la famille des nations – la société estonienne a fait des ‘‘pas de géant’’ et votre pays, même en étant petit, se trouve parmi les premiers, selon les indicateurs de développement, par sa capacité d’innovation, sans compter qu’il révèle un niveau élevé de liberté de presse, de démocratie et de liberté politique. En outre, vous avez renforcé les liens de coopération et d’amitié avec divers pays. En considérant votre passé et votre présent, nous trouvons des motifs de regarder l’avenir avec espérance, face aux nouveaux défis qui se présentent à vous. Être terre de mémoire signifie savoir se souvenir que le niveau auquel vous êtes parvenus aujourd’hui est dû à l’effort, au travail, à l’esprit et à la foi de vos ancêtres. Cultiver la mémoire reconnaissante permet de rapporter tous les résultats dont vous jouissez aujourd’hui à une histoire d’hommes et de femmes qui ont combattu pour rendre possible cette liberté, et qui à son tour vous place devant le défi de leur rendre hommage en ouvrant des voies pour ceux qui arriveront après.

Terre de fécondité

Comme je l’ai souligné au début de mon ministère d’Évêque de Rome, « l’humanité vit en ce moment un tournant historique que nous pouvons voir dans les progrès qui se produisent dans différents domaines. On doit louer les succès qui contribuent au bien-être des personnes » (Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 52) ; cependant, il faut rappeler avec insistance que le bien-être n’est pas toujours synonyme de vivre bien.

L’une des conséquences que nous pouvons observer dans nos sociétés technocratiques, c’est la perte du sens de la vie, de la joie de vivre et, donc, une extinction lente et silencieuse de la capacité d’émerveillement, qui plonge souvent les gens dans une lassitude existentielle. La conscience d’appartenance et de lutte pour les autres, d’enracinement dans un peuple, dans une culture, dans une famille, peut se perdre peu à peu en privant les plus jeunes – en particulier – de racines à partir desquelles on construit son présent et son avenir, car on les prive de la capacité de rêver, de risquer, de créer. Mettre toute sa ‘‘confiance’’ dans le progrès technologique comme unique voie possible de développement peut causer la perte de la capacité de créer des liens interpersonnels, intergénérationnels et interculturels. Bref, ce tissu vital si important pour se sentir faire partie l’un de l’autre et partie prenante d’un projet commun dans le sens le plus large du terme. Par conséquent, l’une des responsabilités les importantes que nous ayons, nous qui assumons une charge sociale, politique, éducative, religieuse, se trouve précisément dans la manière dont nous devenons des artisans de liens.

Une terre féconde demande des environnements dans lesquels il faut enraciner et créer un réseau à même de faire en sorte que les membres des communautés se sentent ‘‘à la maison’’. Il n’y a pas pire aliénation que de faire l’expérience de ne pas avoir de racines, de n’appartenir à personne.

Une terre sera féconde, un peuple portera des fruits et sera en mesure de générer l’avenir uniquement dans la mesure où il donne vie à des relations d’appartenance entre ses membres, dans la mesure où il crée des liens d’intégration entre les générations et les diverses communautés qui le composent ; et également dans la mesure où il rompt les spirales qui embrouillent les sens, en nous éloignant toujours les uns des autres. Dans cet effort, chers amis, je veux vous assurer que vous pouvez toujours compter sur le soutien et sur l’aide de l’Église catholique, une petite communauté parmi vous, mais très désireuse de contribuer à la fécondité de cette terre.

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs, je vous remercie pour l’accueil et pour l’hospitalité. Que le Seigneur vous bénisse vous et votre bien-aimé peuple estonien. De manière spéciale, qu’il bénisse les personnes âgées et les jeunes afin que, gardant la mémoire et en l’assumant, ils fassent de cette terre un modèle de fécondité.

[01443-FR.01] [Texte original: Italien]