Visite du pape François au Mémorial de Mère Teresa à Skopje

Traduit de l’anglais: Des enfants tiennent un cadeau montrant Sainte Teresa de Calcutta et le pape François avant la visite du pape au Mémorial de Mère Teresa à Skopje, en Macédoine du Nord, 7 mai 2019. (CNS photo/Paul Haring)

Ce matin, le Saint Père s’est rendu au Mémorial de Mère Teresa, à Skopje, en Macédoine, en présence d’autres représentants religieux. Voici la prière qu’il a récité à l’intérieur du mémorial, devant la relique de la sainte :

Dieu, Père de miséricorde et de tout bien, nous te rendons grâce pour le don de la vie et pour le charisme de Sainte Mère Teresa. Dans ton infinie Providence, tu l’as appelée à témoigner de ton amour parmi les plus pauvres de l’Inde et du monde. Elle a su faire du bien aux plus démunis, parce qu’elle a reconnu en tout homme et en toute femme le visage de ton Fils. 

Docile à ton Esprit, elle est devenue la voix priante des pauvres et de tous ceux qui ont faim et soif de justice. Accueillant le cri de Jésus sur la croix : « J’ai soif », Mère Teresa a étanché la soif de Jésus sur la croix, en accomplissant les œuvres de l’amour miséricordieux. 

Nous te demandons, sainte Mère Teresa, mère des pauvres, ton intercession particulière et ton aide ici, dans la ville de ta naissance, où se trouvait ton foyer. 

Ici, tu as reçu le don de la nouvelle naissance dans les Sacrements de l’initiation chrétienne. Ici, tu as entendu les premières paroles de la foi dans ta famille et dans la communauté des fidèles. Ici, tu as commencé à voir et à connaître les personnes dans le besoin, les pauvres et les petits. Ici, tu as appris de tes parents à aimer les plus nécessiteux et à les aider. Ici, dans le silence de l’église, tu as entendu l’appel de Jésus à le suivre, comme religieuse, dans les missions. 

D’ici nous te prions : intercède auprès de Jésus, afin que nous aussi, nous obtenions la grâce d’être vigilants et attentifs au cri des pauvres, de ceux qui sont privés de leurs droits, des malades, des marginaux, des derniers. 

Qu’il nous accorde la grâce de le voir, dans les yeux de celui qui nous regarde parce qu’il a besoin de nous. Qu’il nous donne un cœur capable d’aimer Dieu présent en tout homme et toute femme et capable de le reconnaître dans ceux qui sont accablés par des souffrances et des injustices. Qu’il nous accorde la grâce d’être nous aussi un signe d’amour et d’espérance en notre temps qui voit tant de démunis, de laissés-pour-compte, d’exclus et de migrants. Qu’il fasse en sorte que notre amour ne soit pas seulement en paroles, mais qu’il soit efficace et vrai, pour que nous puissions rendre un témoignage crédible à l’Église qui a le devoir d’annoncer l’Évangile aux pauvres, la libération aux captifs, la joie aux affligés, la grâce du salut à tous. 

Sainte Mère Teresa, prie pour cette ville, pour ce peuple, pour son Église et pour tous ceux qui veulent suivre le Christ comme disciples, lui qui est le Bon Pasteur, en accomplissant des œuvres de justice, d’amour, de miséricorde, de paix et de service, comme lui qui est venu non pas pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour un grand nombre, lui Jésus Christ notre Seigneur. Amen. 

[Bénédiction de la première pierre] 

Saint François de Laval

Aujourd’hui  est une grande fête pour le Canada. Chaque année, nous célébrons le 6 mai  la mémoire de saint François de Laval, premier évêque de Québec et fondateur de l’Église en Amérique du Nord. Un homme de foi aux dimensions épiques, à la mesure d’un continent.

Envoyé en Nouvelle-France au XVIIème siècle comme vicaire apostolique, ce missionnaire français arrive à Québec en 1659. Il participe activement au développement de la Nouvelle-France, tant dans les domaines religieux que politique.

Héritier du Concile de Trente dont il s’inspire ardemment, Mgr de Laval entreprend de grands travaux, notamment en faveur de l’instruction des jeunes et de la formation des prêtres. Attaché aux peuples amérindiens, il défend courageusement leurs droits. Détaché des biens matériels, il donne aux pauvres ce qu’il possède. Visionnaire infatigable, il fonde une Église nouvelle dans un pays neuf. Moderne, il adapte l’organisation ecclésiale à un contexte de mission et d’évangélisation. Ses œuvres sont nombreuses et son héritage est précieux. L’Église nous donne aujourd’hui en exemple ce personnage d’une grande modernité qui a su adapter l’organisation ecclésiale à un contexte de mission et d’évangélisation.

Saint François de Laval a été canonisé en avril 2014 par le pape François.

Homélie du pape François lors de la Messe à Sofia, Bulgarie

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François lors de la Messe dominicale en la Place Knyaz Alexandar 1 de Sofia en Bulgarie:

Chers frères et sœurs, le Christ est ressuscité !

Comme elle est merveilleuse la salutation avec laquelle les chrétiens de votre pays s’échangent la joie du Ressuscité en ce temps pascal.

Tout l’épisode que nous avons écouté, raconté à la fin des Évangiles, nous permet de nous immerger dans cette joie que le Seigneur nous invite à “contagionner” en nous rappelant trois réalités merveilleuses qui marquent notre vie de disciples : Dieu appelle, Dieu surprend, Dieu aime.

Dieu appelle. Tout se passe sur la rive du lac de Galilée, là où Jésus avait appelé Pierre. Il l’avait appelé à abandonner le métier de pêcheur pour devenir pêcheur d’hommes (cf. Lc 5, 4-11). Maintenant, après tout ce cheminement, après l’expérience d’avoir vu mourir le Maître et malgré l’annonce de sa résurrection, Pierre retourne à sa vie d’avant : « Je m’en vais à la pêche », dit-il. Et les autres disciples ne sont pas en reste : « Nous aussi, nous allons avec toi » (Jn 21, 3). Ils semblent faire un pas en arrière ; Pierre reprend en main les filets auxquels il avait renoncé pour Jésus. Le poids de la souffrance, de la déception, voire de la trahison était devenu une pierre difficile à ôter du cœur des disciples ; ils étaient encore blessés sous le poids de la douleur et de la faute et la bonne nouvelle de la Résurrection n’avait pas pris racine dans leur cœur. Le Seigneur sait combien est forte pour nous la tentation de retourner aux choses d’avant. Les filets de Pierre, comme les oignons d’Égypte, sont dans la Bible un symbole de la tentation de la nostalgie du passé, de vouloir revenir à quelque chose que l’on avait voulu abandonner. Devant l’expérience de l’échec, de la douleur, voire du fait que les choses ne se déroulent pas comme on l’espérait, apparaît toujours une subtile et dangereuse tentation qui invite au découragement et à baisser les bras. C’est la psychologie du sépulcre qui colore tout de résignation, nous faisant nous attacher à une tristesse doucereuse qui, comme une mite, ronge toute espérance. Ainsi se développe la plus grande menace qui peut s’enraciner au sein d’une communauté : le pragmatisme gris de la vie dans lequel tout se passe apparemment bien dans la normalité, mais, en réalité, la foi s’épuise et dégénère en mesquinerie (cf. Exhort. Ap. Evangelii Gaudium, n. 83).

Mais, là justement, dans l’échec de Pierre, Jésus arrive et recommence depuis le début, et avec patience, il va à sa rencontre et lui dit « Simon » (v. 15) : c’était le nom du tout premier appel. Le Seigneur n’attend pas des situations ou des états d’âme idéaux, il les crée. Il n’attend pas de rencontrer des personnes sans problèmes, sans déceptions, sans péchés ou limites. Lui-même, il a affronté le péché et la déception pour aller à la rencontre de tout être vivant et l’inviter à cheminer. Frères, le Seigneur ne se fatigue pas d’appeler. C’est la force de l’Amour qui a renversé tout pronostic et qui sait recommencer. En Jésus, Dieu cherche toujours à donner une possibilité. Il fait comme cela aussi avec nous : il nous appelle chaque jour à revivre notre histoire d’amour avec Lui, à nous refonder dans la nouveauté qu’Il est, Lui. Tous les matins, il nous cherche là où nous sommes et il nous invite « à nous lever, à nous redresser sur sa Parole, à regarder vers le haut et à croire que nous sommes faits pour le Ciel, non pas pour la terre ; pour les hauteurs de la vie, non pas pour les bassesses de la mort », et il nous invite à ne pas chercher « parmi les morts Celui qui est vivant » (Homélie de la Veillée Pascale, 20 avril 2019). Quand nous l’accueillons, nous montons plus haut, nous embrassons notre plus bel avenir, non pas comme une possibilité mais comme une réalité. Quand c’est l’appel de Jésus qui oriente la vie, le cœur rajeunit.

Dieu surprend. Il est le Seigneur des surprises qui invite non seulement à être surpris, mais aussi à réaliser des choses surprenantes. Le Seigneur appelle et, en rencontrant les disciples avec les filets vides, il leur propose quelque chose d’insolite : pêcher en plein jour, chose plutôt étrange sur ce lac. Il leur redonne confiance en les mettant en mouvement et en les poussant de nouveau à risquer, à ne considérer rien, ni surtout personne, comme perdu. Il est le Seigneur de la surprise qui brise les fermetures paralysantes en restituant l’audace capable de surmonter la suspicion, la méfiance et la crainte qui se cachent derrière le “on a toujours fait comme cela”. Dieu surprend quand il appelle et invite à jeter non seulement les filets, mais nous-mêmes au large de l’histoire et à regarder la vie, à regarder les autres et nous-mêmes avec ses propres yeux qui, « dans le péché, voit des enfants à relever ; dans la mort, des frères à ressusciter ; dans la désolation, des cœurs à consoler. Ne crains donc pas : le Seigneur aime cette vie qui est la tienne, même quand tu as peur de la regarder et de la prendre en main » (Ibid.).

Ainsi, nous arrivons à la troisième certitude d’aujourd’hui. Dieu appelle, Dieu surprend parce que Dieu aime. L’amour est son langage. C’est pourquoi, il demande à Pierre et à nous de s’accorder sur le même langage : « M’aimes-tu ? ». Pierre accueille l’invitation et, après beaucoup de temps passé avec Jésus, il comprend qu’aimer veut dire arrêter d’être au centre. Maintenant, il ne part plus de lui, mais de Jésus : « Tu sais tout » (Jn 21, 17), répond-il. Il se reconnaît fragile, il comprend qu’il ne peut pas aller de l’avant uniquement avec ses forces. Et il se fonde sur le Seigneur, sur la force de son amour, jusqu’au bout. Ceci est notre force que nous sommes invités chaque jour à renouveler : le Seigneur nous aime. Être chrétien est un appel à avoir confiance que l’Amour de Dieu est plus grand que toute limite ou tout péché. Une des plus grandes souffrances et un des plus grands obstacles dont nous faisons l’expérience aujourd’hui ne naît pas tant dans la compréhension que Dieu est amour, mais dans le fait que nous sommes arrivés à l’annoncer et à en témoigner de telle manière que, pour beaucoup, ce n’est pas son nom. Dieu est amour qui aime, qui se donne, qui appelle et qui surprend.

Voici le miracle de Dieu qui fait de nos vies des œuvres d’art, si nous nous laissons guider par son amour. De nombreux témoins de la Pâque, en cette terre bénie ont réalisé des chefs-d’œuvre magnifiques, inspirés par une foi simple et par un grand amour. En offrant leur vie, ils ont été des signes vivants du Seigneur, en sachant surmonter avec courage l’apathie et en offrant une réponse chrétienne aux préoccupations qui se présentaient à eux (cf. Exhort. Ap. Christus vivit, n. 174). Aujourd’hui, nous sommes invités à regarder et à découvrir ce que le Seigneur a fait dans le passé afin de nous projeter avec Lui vers l’avenir, en sachant que, dans le succès et dans les erreurs, il reviendra toujours nous appeler pour nous inviter à jeter les filets. Ce que j’ai dit aux jeunes dans l’Exhortation que j’ai récemment écrite, je désire le dire à vous aussi. Une Église jeune, une personne jeune, non par l’âge mais par la force de l’Esprit, nous invite à témoigner de l’amour du Christ, un amour qui presse et qui nous conduit à être prêts à lutter pour le bien commun, serviteurs des pauvres, protagonistes de la révolution de la charité et du service, capables de résister aux pathologies de l’individualisme consumériste et superficiel. Amoureux du Christ, témoins vivants de l’Évangile en tout recoin de cette ville (cf. ibid., nn. 174-175). N’ayez pas peur d’être les saints dont cette terre a besoin, une sainteté qui ne vous enlèvera pas la force, la vie ou la joie ; mais, bien au contraire, parce que vous et les fils de cette terre, vous arriverez à être ce dont le Père a rêvé quand il vous a créés (cf. Exhort. Ap. Gaudete et exsultate, 32).

Appelés, surpris et envoyés par amour ! [00743-FR.01] [Texte original: Italien]

Allocution du pape François lors de la rencontre avec le Patriarche orthodoxe de Bulgarie

(Photo CNS/Paul Haring) Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François tel que prononcé lors de la Visite au Patriarche orthodoxe Neofit et au Saint Synode:

Sainteté, vénérables Métropolites et Évêques, chers frères,

Christos vozkrese !

Dans la joie du Seigneur ressuscité, je vous adresse le salut pascal en ce dimanche, qui, dans l’Orient chrétien, est appelé “dimanche de Saint Thomas”. Contemplons l’Apôtre qui met la main dans le côté du Seigneur et, touchant ses plaies, confesse : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20, 28). Les plaies, qui, tout au long de l’histoire, se sont ouvertes entre nous chrétiens, sont des déchirures douloureuses infligées au Corps du Christ qu’est l’Église. Aujourd’hui encore, nous en touchons avec la main les conséquences. Mais peut-être que si nous mettons ensemble la main dans ces plaies et confessons que Jésus est ressuscité, et si nous le proclamons notre Seigneur et notre Dieu, si en reconnaissant nos manques, nous nous immergeons dans ses plaies d’amour, nous pouvons retrouver la joie du pardon et avoir un avant-goût du jour où, avec l’aide de Dieu, nous pourrons célébrer sur le même autel le mystère pascal.

Dans ce cheminement, nous sommes soutenus par de nombreux frères et sœurs, à qui je voudrais avant tout rendre hommage : ce sont les témoins de la Pâque. Combien de chrétiens dans ce pays ont souffert pour le nom de Jésus, en particulier durant la persécution du siècle dernier ! L’œcuménisme du sang ! Ils ont répandu un doux parfum sur la “Terre des roses”. Ils sont passés à travers les épines de l’épreuve pour répandre la fragrance de l’Évangile. Ils ont germé dans un terrain fertile et bien travaillé, dans un peuple riche de foi et d’humanité authentique qui leur a donné des racines robustes et profondes : je pense, en particulier, au monachisme qui, de génération en génération, a nourri la foi du peuple. Je crois que ces témoins de la Pâque, frères et sœurs de diverses confessions unis dans le Ciel par la charité divine, nous regardent actuellement comme des semences plantées en terre pour donner du fruit. Et pendant que beaucoup de frères et sœurs dans le monde continuent de souffrir à cause de la foi, ils nous demandent de ne pas demeurer fermés, mais de nous ouvrir, parce c’est seulement de cette manière que les semences portent du fruit.

Sainteté, cette rencontre, que j’ai tant désirée, succède à celle de saint Jean-Paul II avec le Patriarche Maxime durant la première visite d’un Évêque de Rome en Bulgarie et suit les pas de saint Jean XXIII qui, dans les années passées ici, s’est attaché à ce peuple « simple et bon » (Giornale dell’anima, Bologna 1987, n. 325), en en appréciant l’honnêteté, les habitudes laborieuses et la dignité dans les épreuves. Je me trouve moi aussi, ici, hôte accueilli avec affection et j’éprouve dans le cœur la nostalgie du frère, cette nostalgie salutaire pour l’unité entre les fils du même Père que le Pape Jean a eu certainement l’occasion de mûrir dans cette ville. Justement, durant le Concile Vatican II convoqué par lui, l’Église orthodoxe bulgare envoya ses observateurs. Depuis lors les contacts se sont multipliés. Je pense aux visites des délégations bulgares qui, depuis cinquante ans, se rendent au Vatican et que j’ai la joie d’accueillir chaque année ; ainsi qu’à la présence à Rome d’une communauté orthodoxe bulgare qui prie dans une église de mon diocèse. Je me réjouis de l’accueil exquis réservé, ici, à mes envoyés, dont la présence s’est intensifiée dans les dernières années, et à la collaboration avec la communauté catholique locale, surtout dans le domaine culturel. Je suis confiant que, avec l’aide de Dieu et dans les temps que la Providence disposera, ces contacts pourront avoir des répercussions positives sur de nombreux autres aspects de notre dialogue. En même temps, nous sommes appelés à cheminer et à faire ensemble pour rendre témoignage au Seigneur, en particulier en servant les frères les plus pauvres et oubliés, dans lesquels Il est présent. L’œcuménisme du pauvre.

Ce sont surtout les saints Cyrille et Méthode qui nous orientent sur ce chemin. Ils nous ont liés depuis le premier millénaire et leur mémoire vivante dans nos Églises demeure comme une source d’inspiration parce que, malgré les adversités, ils privilégièrent l’annonce du Seigneur, l’appel à la mission. Comme disait saint Cyrille : « Je pars avec joie pour la foi chrétienne ; aussi fatigué et physiquement éprouvé que je suis, j’irai avec joie » (Vita Constantini VI, 7 ; XIV, 9). Et pendant que s’annonçaient les signes prémonitoires des douloureuses divisions qui allaient survenir dans les siècles suivants, ils choisirent la perspective de la communion. Mission et communion : deux paroles toujours déclinées dans la vie des deux Saints et qui peuvent illuminer notre chemin pour croître dans la fraternité. L’œcuménisme de la mission.

Cyrille et Méthode, byzantins de culture, eurent l’audace de traduire la Bible en une langue accessible aux peuples slaves pour que la Parole divine précédât les paroles humaines. Leur courageux apostolat demeure pour tous un modèle d’évangélisation. L’un des domaines qui nous interpelle dans l’annonce, c’est celui des jeunes générations. Combien il est important, dans le respect des traditions respectives et des particularités, que nous nous aidions et que nous trouvions les moyens pour transmettre la foi selon des langages et des formes qui permettent aux jeunes d’expérimenter la joie d’un Dieu qui les aiment et les appellent ! Autrement ils seront tentés de faire confiance aux nombreuses sirènes trompeuses de la société de consommation.

Communion et mission, proximité et annonce, les saints Cyrille et Méthode ont beaucoup à nous dire aussi en ce qui concerne l’avenir de la société européenne. En fait, « ils ont été, dans un sens, les promoteurs d’une Europe unie et d’une paix profonde entre tous les habitants du continent, montrant les fondements d’un nouvel art de vivre ensemble, dans le respect des différences qui ne sont pas absolument un obstacle à l’unité » (St Jean-Paul II, Salut à la Délégation officielle de la Bulgarie, 24 mai 1999 : Insegnamenti XXII, n. 1 (1999), 1080). Nous aussi, héritiers de la foi des saints, nous sommes appelés à être artisans de communion, instruments de paix au nom de Jésus. En Bulgarie, « carrefour spirituel, terre de rencontre et de compréhension réciproque » (Id., Discours durant la Cérémonie de bienvenue, Sofia, 23 mai 2002 : Insegnamenti XXV, n. 1 (2002), 864), diverses Confessions ont été accueillies, de la Confession arménienne à la Confession évangélique, et diverses expressions religieuses, de la religion juive à la religion musulmane. L’Église catholique trouve accueil et respect, aussi bien dans la tradition latine que dans la tradition byzantino-slave. Je suis reconnaissant à votre Sainteté et au Saint Synode pour cette bienveillance. Dans nos relations aussi, les saints Cyrille et Méthode nous rappellent qu’« une certaine diversité des us et coutumes ne s’oppose pas au minimum à l’unité de l’Église » et que, entre l’Orient et l’Occident, « plusieurs formules théologiques se complètent assez fréquemment, plutôt que de s’opposer » (Conc. Oecum. Vat. II, Décr. Unitatis redintegratio, nn. 16-17). « Nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres ! » (Exhort. Ap. Evangelii Gaudium, n. 246).

Sainteté, bientôt j’aurai la possibilité d’entrer dans la Cathédrale Patriarcale de Saint Alexandre Nevski pour me recueillir dans le souvenir des saints Cyrille et Méthode. Saint Alexandre Nevski de la tradition russe et les Saints frères provenant de la tradition grecque et apôtres des peuples slaves révèlent combien la Bulgarie est un pays-pont. Sainteté, chers Frères, je vous vous assure de ma prière pour vous, pour les fidèles de ce peuple bien-aimé, pour la haute vocation de ce pays, pour notre cheminement dans un œcuménisme du sang, du pauvre et de la mission. A mon tour, je demande une place dans vos prières, dans la certitude que la prière est la porte qui ouvre tout chemin de bien. Je désire renouveler ma gratitude pour l’accueil reçu et vous assurer que je porterai dans mon cœur le souvenir de cette rencontre fraternelle.

Christos vozkrese !

[00741-FR.02] [Texte original: Italien]

Allocution du pape François lors du Regina Caeli en Bulgarie


Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François précédant la récitation du Regina Caeli Place di San Alexander Nevsky de Sofia, Bulgarie:

Chers frères et sœurs, “ Christ est ressuscité!”
Par ces paroles, depuis des temps anciens, en ces terres de Bulgarie les chrétiens – orthodoxes et catholiques – échangent les vœux du temps de Pâques : Christos vozkrese ! [La foule répond]. Elles expriment la grande joie pour la victoire de Jésus Christ sur le mal, sur la mort. Elles sont une affirmation et un témoignage du cœur de notre foi : le Christ vit. Il est notre espérance et la plus belle jeunesse de ce monde. Tout ce qu’il touche devient nouveau, se remplit de vie. C’est pourquoi, les premières paroles que je veux adresser à chacun de vous sont : il vit et il te veut vivant ! il est en toi, il est avec toi et il ne te lâche jamais. Il marche avec toi. Bien que tu puisses t’éloigner, à côté de toi il y a le Ressuscité, qui t’appelle constamment, t’attend pour recommencer. Il n’a jamais peur de recommencer : toujours il nous donne la main pour recommencer, pour nous relever et recommencer. Quand tu te sens vieux par la tristesse –la tristesse vieillit-, les rancunes, les peurs, les doutes et les échecs, lui sera là pour te redonner force et espérance (cf. Exhort. ap. Christus vivit, nn. 1-2). Il vit, il te veut vivant et il marche avec toi.

Cette foi en Christ ressuscité est proclamée depuis deux mille ans en tout lieu de la terre, à travers la mission généreuse de tant de croyants qui sont appelés à tout donner pour l’annonce évangélique, sans rien garder pour soi. Dans l’histoire de l’Église, ici aussi en Bulgarie, il y a eu des Pasteurs qui se sont distingués par la sainteté de leur vie. Parmi eux, j’aime me souvenir de mon prédécesseur, que vous appelez “le saint bulgare”, saint Jean XXIII, un saint pasteur, dont la mémoire est particulièrement vivante sur cette terre, où il a vécu de 1925 à 1934. Ici, il a appris à apprécier la tradition de l’Église Orientale, instaurant des relations d’amitié avec les autres Confessions religieuses. Son expérience diplomatique et pastorale en Bulgarie a laissé une empreinte si forte dans son cœur de pasteur qu’elle l’a conduit à promouvoir au sein de l’Église la perspective du dialogue œcuménique, qui eut une impulsion remarquable dans le Concile Vatican II, voulu justement par le Pape Roncalli. En un certain sens, nous devons remercier cette terre pour l’intuition sage et inspiratrice du “ bon Pape ”.

Dans le sillon de ce chemin œcuménique, d’ici peu, j’aurai la joie de saluer les représentants des diverses Confessions religieuses de Bulgarie, qui, tout en étant un pays orthodoxe, est un carrefour où se rencontrent et dialoguent diverses expressions religieuses. La présence appréciée à cette rencontre des Représentants de ces diverses Communautés, indique le désir de tous de parcourir le chemin, chaque jour plus nécessaire, « d’adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère » (Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019).

Nous nous trouvons près de l’antique église de Sainte Sophie, et à côté de l’église patriarcale de Saint Alexandre Nevsky, où, précédemment, j’ai prié dans le souvenir des saints Cyrille et Méthode, évangélisateurs des peuples slaves. Avec le désir de manifester estime et affection à cette vénérable Église orthodoxe de Bulgarie, j’ai eu la joie de saluer et d’embrasser, auparavant, mon Frère Sa Sainteté le Patriarche Neofit, ainsi que les Métropolites du Saint Synode.

Nous nous adressons maintenant à la Bienheureuse Vierge Marie, Reine du ciel et de la terre, afin qu’elle intercède auprès du Seigneur Ressuscité, pour qu’il donne à cette terre bien-aimée l’impulsion toujours nécessaire pour être terre de rencontre, sur laquelle, au-delà des différences culturelles, religieuses ou ethniques, vous puissiez continuer à vous reconnaître et à vous estimer comme enfants d’un même Père. Notre invocation s’exprime avec le chant de l’antique prière du Regina Caeli. Nous le faisons ici, à Sofia, devant l’icône de la Vierge de Nesebar, qui signifie “ Porte du ciel ”, si chère à mon prédécesseur saint Jean XXIII, qui a commencé à la vénérer ici, en Bulgarie, et l’a portée avec lui jusqu’à la mort.

[Chant du Regina Caeli]
Regina Caeli, laetare ! Alleluia !… Prière
[Bénédiction]

[00742-FR.02] [Texte original: Italien]

Discours du pape François aux autorités civiles et politiques de Bulgarie

(Photo CNS/Paul Haring) Vous trouverez ci-dessous le texte officiel du discours du pape François lors de la rencontre avec le président Rumen Radev et les autorités politiques et civiles de Bulgarie:

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre
Distingués membres du Corps Diplomatique Distinguées Autorités,
Représentants des diverses confessions religieuses, Chers frères et sœurs,

Je suis heureux de me trouver en Bulgarie, lieu de rencontre entre de multiples cultures et civilisations, pont entre l’Europe de l’Est et celle du Sud, porte ouverte sur le Proche-Orient, une terre où s’enracinent d’antiques racines chrétiennes, qui nourrissent la vocation à favoriser la rencontre aussi bien dans la région que dans la communauté internationale. Ici, la diversité dans le respect des spécificités propres est vue comme une opportunité, une richesse et non comme un motif d’opposition.

Je salue cordialement les Autorités de la République et je les remercie pour l’invitation qui m’a été adressée pour visiter la Bulgarie. Je remercie Monsieur le Président pour les courtoises paroles qu’il m’a adressées en m’accueillant sur cette place historique qui porte le nom de l’homme d’Etat Atanas Burov, qui a subi les rigueurs d’un régime opposé à la liberté de pensée.

J’envoie avec déférence mon salut à Sa Sainteté le Patriarche Neofit – que je rencontrerai d’ici peu –, aux Métropolites et aux Évêques du Saint Synode, ainsi qu’à tous les fidèles de l’Eglise orthodoxe bulgare. J’adresse une salutation affectueuse aux évêques, aux prêtres, aux religieux, aux religieuses et à tous les membres de l’Église catholique, que je viens confirmer dans la foi et encourager dans leur cheminement quotidien de vie et de témoignage chrétien.

J’adresse une cordiale salutation aux chrétiens des autres Communautés ecclésiales, aux membres de la Communauté juive et aux fidèles de l’Islam et je réaffirme avec vous « la forte conviction que les vrais enseignements des religions invitent à demeurer ancrés dans les valeurs de la paix ; à soutenir les valeurs de la connaissance réciproque, de la fraternité humaine et de la coexistence commune » (Document sur la fraternité humaine, Abou Dhabi, 4 février 2019). Nous profitons de l’hospitalité que le peuple bulgare nous offre afin que chaque religion, appelée à promouvoir l’harmonie et la concorde, contribue à la croissance d’une culture et d’un environnement harmonieux imprégné du plein respect de la personne humaine et de sa dignité, en instaurant des connexions vitales entre civilisations, sensibilités et traditions diverses et en rejetant toute violence et toute coercition. On fera ainsi échec à ceux qui cherchent par tous les moyens à la manipuler et à l’instrumentaliser.

Ma visite d’aujourd’hui entend idéalement faire suite à celle effectuée par saint Jean-Paul II en mai 2002 et se déroule dans l’heureux souvenir de la présence à Sofia, pour environ une décennie, de Mgr Angelo Giuseppe Roncalli, alors Délégué Apostolique. Il a toujours porté dans le cœur des sentiments de gratitude et de profonde estime pour votre Nation, au point d’affirmer que, partout où il irait, sa maison vous serait toujours ouverte, sans qu’il soit nécessaire de se présenter comme catholique ou orthodoxe, mais seulement comme frère de Bulgarie (cf. Homélie du 25 décembre 1934). Saint Jean XXIII a travaillé sans relâche pour promouvoir la collaboration fraternelle entre tous les chrétiens et par le Concile Vatican II, qu’il a convoqué et présidé dans sa première phase, il a donné une grande impulsion et de l’élan au développement des relations œcuméniques.

C’est dans le sillage de ces événements providentiels que, à partir de 1968 – donc depuis cinquante ans – une délégation officielle bulgare, composée des plus hautes Autorités civiles et ecclésiastiques, effectue chaque année une visite au Vatican à l’occasion de la fête des saints Cyrille et Méthode. Ils ont évangélisé les peuples slaves et ont été à l’origine du développement de leur langue ainsi que de leur culture et surtout de fruits abondants et durables de témoignage chrétien et de sainteté.

Que soient bénis les saints Cyrille et Méthode, copatrons de l’Europe, qui par leurs prières, leur génie et leur labeur apostolique unanime sont pour nous un exemple et restent, à distance de plus d’un millénaire, des inspirateurs d’un dialogue fécond, d’harmonie, de rencontre fraternelle entre les Églises, les États et les peuples ! Puisse leur lumineux exemple susciter de nombreux imitateurs également de nos jours et faire surgir de nouveaux parcours de paix et de concorde !

Maintenant, dans cette situation historique, à trente ans de la fin du régime totalitaire qui entravait sa liberté et ses initiatives, la Bulgarie est confrontée aux conséquences de l’émigration, survenue au cours des dernières décennies, de plus de deux millions de ses citoyens à la recherche de nouvelles opportunités de travail. En même temps, la Bulgarie – comme tant d’autres pays du Vieux Continent – doit affronter ce qui peut être considéré comme un nouvel hiver : l’hiver démographique, qui s’est abattu comme un rideau de gel sur toute l’Europe, conséquence d’une diminution de la confiance face à l’avenir. La baisse de la natalité, associée donc à l’intense flux migratoire, a entraîné le dépeuplement et l’abandon de nombreux villages et villes. En outre, la Bulgarie se trouve confrontée au phénomène de ceux qui cherchent à traverser ses frontières, pour fuir des guerres et des conflits ou la misère, et tentent de rejoindre à tout prix les régions plus riches du continent européen, afin de trouver de nouvelles opportunités de vie ou simplement un refuge sûr.

Monsieur le Président, je connais l’engagement des gouvernants de ce pays, depuis des années, pour créer les conditions, afin que les jeunes surtout ne soient pas contraints à émigrer. Je voudrais vous encourager à continuer dans cette voie, à accomplir tous les efforts pour créer des conditions favorables, afin que les jeunes puissent investir leurs fraîches énergies et programmer leur avenir personnel et familial, en trouvant dans leur patrie les conditions d’une vie digne. Et vous qui connaissez le drame de l’émigration, je me permets de vous suggérer de ne pas fermer les yeux, le cœur et la main – comme en témoigne votre tradition – à celui qui frappe à vos portes.

Votre pays s’est toujours caractérisé comme un pont entre l’Est et l’Ouest, capable de favoriser la rencontre entre des cultures, des ethnies, des civilisations et des religions différentes, qui depuis des siècles ont coexisté ici en paix. Le développement, y compris économique et civil, de la Bulgarie passe nécessairement par la reconnaissance et la valorisation de cette caractéristique spécifique. Puisse cette terre, délimitée par le grand fleuve Danube et par les rives de la Mer noire, rendue fertile par l’humble travail de nombreuses générations et ouverte aux échanges culturels et commerciaux, intégrée dans l’Union Européenne et ayant de solides liens avec la Russie et la Turquie, offrir à ses enfants un avenir d’espérance.

Que Dieu bénisse la Bulgarie, la garde pacifique et accueillante et la rende prospère et heureuse !

[00740-FR.01] [Texte original: Italien]

Le choix de la jeunesse

Nous poursuivons notre parcours de l’Exhortation apostolique post-synodale intitulée Christus Vivit sur la jeunesse et le monde actuel. Comme nous l’avons vu précédemment, la volonté du pape François est de manifester comment les plus profonds désirs et intuitions de la jeunesse se réalisent dans la personne du Christ et dans une vie en communion avec Lui. En effet, on associe spontanément la jeunesse à une soif insatiable de liberté. Par exemple, cette tension intime pousse les jeunes à rechercher une plus grande indépendance par rapport à leur famille immédiate et souvent, malheureusement, par rapport à leur appartenance à l’Église. Or, loin de nous éloigner de ce désir légitime, le pape François manifeste au Chapitre 4, comment la liberté s’exprime dans cette possibilité de choisir le bien pour soi et pour notre entourage.

Le choix de la liberté 

La vie nous place naturellement dans cet univers où le passage du temps laisse une marque indélébile sur notre vie. Or, d’un côté, nous devons accepter cet état de fait mais, de l’autre, nous sommes appelés à garder le contrôle sur notre vie. Comment un jeune peut-il réconcilier ces deux éléments en apparence paradoxaux? D’abord,  le jeune est mis devant l’évidence inexorable que sa vie est « un don que nous pouvons gaspiller inutilement » (no 134). Il fait déjà l’expérience de cette liberté qui lui permet d’être fier de ses bons coups ou de ressentir de la honte lorsqu’il choisit volontaire de faire le mal. Comme le dit saint Paul : « Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas » (Rm,7,19). Cette prise de conscience de notre liberté fondamentale peut donner le vertige. On connait tous le « syndrome de Peter Pan » qui fait que « certains jeunes rejettent parfois cette étape de la vie, parce qu’ils veulent rester enfants » ou bien désirent « un prolongement indéfini de l’adolescence et le renvoi des décisions » (no 140).

Devant cette volonté souvent affirmée contre les responsabilités, sacrifices et efforts que requiert l’accomplissement de soi, les jeunes sont au contraire appelés à assumer pleinement ce qu’ils sont. Dieu a, en effet, fourni à cet « âge des choix » (no 140) l’antidote aux pièges de la « paralysie décisionnelle » (no 140). En effet, poursuit le Pape : « L’inquiétude qui rend insatisfait, jointe à l’étonnement pour la nouveauté qui pointe à l’horizon, ouvre un passage à l’audace qui les met en mouvement pour s’assumer eux-mêmes, devenir responsable d’une mission » (no 138). Les jeunes ont donc en eux-mêmes tout ce dont ils ont besoin pour sortir du culte de la « déesse lamentation ». En effet, exhorte le Pape :

« Jeunes, ne renoncez pas au meilleur de votre jeunesse, ne regardez pas la vie à partir d’un balcon. Ne confondez pas le bonheur avec un divan et ne vivez pas toute votre vie derrière un écran. Ne devenez pas le triste spectacle d’un véhicule abandonné. Ne soyez pas des voitures stationnées. Il vaut mieux que vous laissiez germer les rêves et que vous preniez des décisions. Prenez des risques, même si vous vous trompez. Ne survivez pas avec l’âme anesthésiée, et ne regardez pas le monde en touristes. Faites du bruit ! Repoussez dehors les craintes qui vous paralysent, afin de ne pas être changés en jeunes momifiés. Vivez ! Donnez-vous à ce qu’il y a de mieux dans la vie ! Ouvrez la porte de la cage et sortez voler ! S’il vous plaît, ne prenez pas votre retraite avant l’heure ! » (no 143)

Le choix de la jeunesse 

Une jeunesse épanouie est donc une jeunesse qui se choisit elle-même. Bien que cela semble être une évidence, comment se fait-il que les résultats ne soient pas au rendez-vous ? Comment est-il possible que l’âge de l’énergie et du dynamisme soit trop souvent aussi celui de la morosité et du découragement ? Qu’est-ce qui  permet aux jeunes de distinguer ce qui dans leur vie représente un choix authentique pour Dieu de ce qui ne l’est pas ? Le pape répond par une référence à la réflexion des évêques de Suisse pour qui : « Il est là où nous pensions qu’il nous avait abandonnés, et qu’il n’y avait plus de salut » (no 149). Les jeunes doivent donc s’interroger sur ce qui, dans leur vie personnelle et collective, les rend insatisfaits. Par exemple, beaucoup de jeunes aujourd’hui sont très sensibles à la crise environnementale. Heureusement pas encore atteinte de la léthargie du cynisme, la jeunesse se scandalise qu’un monde aussi poussé technologiquement soit, en même temps, coupable de tant d’injustices et d’incapacités à reconsidérer son mode de vie. Une jeunesse qui se choisit doit donc prendre volontairement cette croix de leur insatisfaction devant un monde qui n’est pas à la hauteur de leurs attentes et chercher comment participer à son amélioration..

Chercher au dehors de soi les causes des maux dont souffre notre monde n’est pas suffisant. Un jeune qui se choisit saura également faire preuve d’introspection et saura considérer ce qui, en lui, participe de l’imperfection du monde. Cette lucidité essentielle sera le lieu d’approfondissement et un vecteur important de maturité. En effet, un critère important de cette jeunesse authentique consiste à se baser sur le fait que « chaque étape de la vie est une grâce qui demeure ; elle renferme une valeur qui ne doit pas passer. Une jeunesse bien vécue reste comme une expérience intérieure, et elle est reprise dans la vie adulte, elle est approfondie et continue à donner du fruit » (no 160). La jeunesse n’est donc pas seulement un lieu de passage appelé à être oublié. Ainsi, le jeune doit chercher à distinguer l’éphémère du permanent et s’engager dans le second au détriment du premier. Une jeunesse qui se choisit consiste donc en une vie appelée à rester jeune. Comme le dit le Pape : « Grandir c’est conserver et nourrir les choses les plus précieuses que la jeunesse te laisse, mais, en même temps, c’est être ouvert à purifier ce qui n’est pas bon et à recevoir de nouveaux dons de Dieu qui t’appelle à développer ce qui a de la valeur » (no 161).

Choisir Dieu pour se choisir

L’Exhortation apostolique du pape François propose une riche réflexion ayant un potentiel énorme tant pour la pastorale jeunesse que pour les jeunes eux-mêmes. Elle manifeste l’immense responsabilité qui repose sur les épaules de toute personne humaine. Avec la Grâce de Dieu, tout jeune est capable de choisir cette liberté destinée à réaliser l’ensemble du potentiel de toute personne sans toutefois renoncer aux profonds idéaux qui l’habitent. Connaissant l’Amour de Dieu pour chaque personne que nous sommes, le pape François exhorte les jeunes à prendre conscience de la valeur de leur propre vie et à se mettre à la tâche en choisissant volontairement ce qui, peu importe l’âge, peut faire dire « cette personne a un cœur jeune ».

Église en Sortie 3 mai 2019

Cette semaine à Église en Sortie, on parle du Centre justice et foi avec sa directrice générale Élisabeth Garant. On vous présente un reportage sur la soirée de prière Taizé avec le frère Émile au Centre étudiant Benoît Lacroix de Montréal. Dans la troisième partie d’émission, Francis Denis reçoit le père Gilles Mongeau s.j. pour parler du document de réflexion et de conversion ecclésiale sur le difficile enjeu des abus sexuels dans l’Église catholique publié par la province canadienne des Jésuites.

La jeunesse et sa beauté véritable

(Image by Oleksy @Ohurtsov from Pixabay) Nous poursuivons notre analyse de la plus récente exhortation apostolique post-synodale intitulée Christus Vivit portant sur le thème de la jeunesse dans l’Église et dans le monde. Après avoir examiné les différentes figures de la jeunesse de l’Ancien et du Nouveau Testament, le document poursuit sa démarche en examinant brièvement la réalité de la jeunesse d’aujourd’hui. Le chapitre 3 s’interroge donc sur les différents défis culturels et sociaux auxquels font face les jeunes tout en soulignant les grandes pistes de solutions dont l’Église et le monde pourraient bénéficier s’ils osaient rendre aux jeunes la place qui leur revient.

Un monde en difficulté

Nous en sommes tous témoins, notre monde est le lieu de plusieurs tensions où s’affrontent des intérêts divergents. Comme dans tout conflit, les premiers à souffrir sont les personnes les plus vulnérables. Les jeunes sont donc toujours au premier rang des victimes des forces qui s’entrechoquent. En effet, « beaucoup de jeunes vivent dans des contextes de guerre et subissent la violence sous une innombrable variété de formes : enlèvements, extorsions, criminalité organisée, traite d’êtres humains, esclavage et exploitation sexuelle, viols de guerre, etc. » (no 72). N’ayant pas les connaissances ou l’expérience nécessaire pour s’immuniser contre les idéologies déshumanisantes qui, de part et d’autre, cherchent à nourrir leurs intérêts au détriment du bien commun, plusieurs jeunes « sont endoctrinés, instrumentalisés et utilisés comme chair à canon ou comme une force de choc pour détruire, intimider ou ridiculiser les autres » (no 73).

Faux respect de la jeunesse

Dans les pays où l’on trouve souvent l’opulence matérielle et économique, de nombreux jeunes sont victimes d’intérêts commerciaux prêts à les infantiliser afin qu’ils soient incapables d’user d’un jugement critique. Ainsi, laissés à eux-mêmes sans l’éducation et la maturité requises pour éviter ce qui rabaisse l’homme jusqu’à nier la dimension spirituelle de son être, de nombreux jeunes se jettent dans les plaisirs à court terme et ruinent leurs vies.

Dans certain cas, la manipulation va encore plus loin. Sous couvert d’épanouissement personnel, on assiste dans la culture populaire à un véritable culte de la jeunesse. Le Pape nous met en garde contre cette tentation de la facilité. En effet, il écrit : « Les corps jeunes sont constamment utilisés dans la publicité pour vendre. Le modèle de beauté est un modèle jeune, mais faisons attention, car cela n’est pas élogieux pour les jeunes. Cela signifie seulement que les adultes veulent voler la jeunesse pour eux-mêmes ; non pas qu’ils respectent, aiment et prennent soin des jeunes » (no79).

La véritable beauté de la jeunesse

Contre ces tentations déshumanisantes, le Pape François nous invite plutôt à la découverte de la jeunesse réelle. Celle qui, se sachant sur le chemin de la maturité, croit en ses capacités à devenir plus que ce qu’elle est déjà. C’est donc l’authenticité qui est la clé de son succès. S’éloignant des visions bêtes et éphémères d’une jeunesse voulue pour autre chose qu’elle-même, les jeunes d’aujourd’hui doivent se mettre au travail. Ils doivent comprendre que l’énergie qu’ils ont dans le cœur est à la hauteur des défis qui se trouvent devant eux. Pour ce faire, ils doivent comprendre qu’ils ne sont pas seuls et que c’est dans la relation avec le Christ qu’ils pourront réaliser pleinement les désirs présents en eux. En effet, exhorte le Pape : « Quand il te demande quelque chose ou quand, simplement, il permet ces défis que la vie te présente, il attend que tu lui accordes une place pour pouvoir t’élever, pour te faire progresser, pour te faire mûrir » (no 117). Chercher plus haut que soi avec Celui qui y est déjà, voilà le chemin de tous les possibles qui s’ouvrent au jeune qui accepte de jeter un regard authentique sur lui-même avec Dieu.

Une Église au service de la jeunesse

Pour réaliser ce programme, les jeunes doivent savoir qu’il existe un lieu où ils pourront, découvrir non seulement la grandeur de leur mission mais également le milieu relationnel pour les soutenir dans cette tâche qui est la leur. Comme l’affirme le Pape : « L’amour de Dieu et notre relation avec le Christ vivant ne nous empêchent pas de rêver, et n’exigent pas de nous que nous rétrécissions nos horizons. Au contraire, cet amour nous pousse en avant, nous stimule, nous élance vers une vie meilleure et plus belle » (no 138). La semaine prochaine, nous poursuivrons notre parcours de ce texte magistral dont l’application est aussi urgente que nécessaire.

Vigile Pascale au Vatican: homélie du pape François

(CNS photo/Paul Haring)

Ce soir, à 8:30 à la Basilique Saint-Pierre, le pape François a présidé la veillée solennelle de Pâques. La célébration a commencé dans l’atrium de la Basilique Saint-Pierre avec la bénédiction du feu et la préparation du cièrge pascal. La procession a continuait à l’autel, avec le cièrge pascal allumé et le chant de l’Exultet.  Cela a été suivi par la liturgie de la Parole et la liturgie baptismale.  Le pape François a administré les sacrements d’initiation à 8 catéchumènes d’Italie, d’Albanie, d’Équateur, d’Indonésie et du Pérou. Voici l’homélie prononcée par le pape François après la proclamation de l’Évangile lors de la liturgie de la Veillée Pascale:

Les femmes portent les aromates à la tombe mais elles craignent que le trajet soit inutile car une grosse pierre barre l’entrée du tombeau. Le chemin de ces femmes, c’est aussi notre chemin ; il ressemble au chemin du salut que nous avons parcouru ce soir. Sur ce chemin, il semble que tout vienne se briser contre une pierre : la beauté de la création contre le drame du péché ; la libération de l’esclavage contre l’infidélité à l’Alliance ; les promesses des prophètes contre la triste indifférence du peuple. Il en est ainsi également dans l’histoire de l’Eglise et dans l’histoire de chacun de nous : il semble que les pas accomplis ne parviennent jamais au but. L’idée peut ainsi s’insinuer que la frustration de l’espérance est la loi obscure de la vie. 

Mais nous découvrons aujourd’hui que notre chemin n’est pas vain, qu’il ne se cogne pas contre une pierre tombale. Une phrase ébranle les femmes et change l’histoire : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? » (Lc 24,5) ; pourquoi pensez-vous que tout cela ne serve à rien, que personne ne puisse enlever vos pierres ? Pourquoi cédez-vous à la résignation et à l’échec ? Pâques est la fête de l’enlèvement des pierres. Dieu enlève les pierres les plus dures contre lesquelles viennent s’écraser les espérances et les attentes : la mort, le péché, la peur, la mondanité. L’histoire humaine ne finit pas devant une pierre tombale, car elle découvre aujourd’hui la « Pierre vivante » (cf. 1P 2, 4) : Jésus ressuscité. Nous, comme Eglise, nous sommes fondés sur lui et, même lorsque nous perdons courage, lorsque nous sommes tentés de tout juger sur la base de nos échecs, il vient faire toutes choses nouvelles, renverser nos déceptions. Chacun, ce soir, est appelé à retrouver, dans le Vivant, celui qui enlève du cœur les pierres les plus lourdes. Demandons-nous avant tout : quelle est ma pierre à retirer, comment se nomme-t-elle ? 

Souvent la pierre de la méfiance entrave l’espérance. Quand l’idée que tout va mal prend de l’ampleur, et qu’il n’y a jamais de fin au pire, nous en arrivons, résignés, à croire que la mort est plus forte que la vie, et nous devenons cyniques et moqueurs, porteurs de découragement malsain. Pierre sur pierre nous construisons en nous un monument à l’insatisfaction, le tombeau de l’espérance. En nous plaignant de la vie, nous rendons la vie dépendante des plaintes, et spirituellement malade. Une sorte de psychologie du tombeau s’insinue alors : toute chose finit là, sans espérance d’en sortir vivant. Voilà alors la question cinglante de Pâques : Pourquoi cherchez- vous le Vivant parmi les morts ? Le Seigneur n’habite pas dans la résignation. Il est ressuscité, il n’est pas là ; ne le cherche pas où tu ne le trouveras jamais : il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants (cf. Mt 22, 32). N’enterre pas l’espérance ! 

Il y a une seconde pierre qui souvent scelle le cœur : la pierre du péché. Le péché séduit, promet des choses faciles et rapides, bien-être et succès, mais il laisse ensuite, à l’intérieur, solitude et mort. Le péché, c’est chercher la vie parmi les morts, le sens de la vie dans les choses qui passent. Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Pourquoi ne te décides-tu pas à abandonner ce péché qui, comme une pierre à l’entrée du cœur, empêche la lumière divine d’entrer ? Pourquoi aux brillants éclats de l’argent, de la carrière, de l’orgueil et du plaisir, ne préfères-tu pas Jésus, la vraie lumière (cf. Jn 1, 9) ? Pourquoi ne dis-tu pas aux vanités mondaines que ce n’est pas pour elles que tu vis, mais pour le Seigneur de la vie ? 

Revenons aux femmes qui vont au tombeau de Jésus. Devant la pierre enlevée, elles restent abasourdies ; en voyant les anges, elles sont, dit l’Evangile, « saisies de crainte », « le visage incliné vers le sol » (Lc 24, 5). Elles n’ont pas le courage de lever le regard. Combien de fois cela nous arrive-t-il à nous aussi : nous préférons rester prostrés dans nos limites, nous terrer dans nos peurs. C’est étrange : pourquoi faisons-nous ainsi ? Souvent parce que, dans la fermeture et la tristesse, nous sommes les protagonistes, parce qu’il est plus facile de rester seuls dans les pièces obscures de notre cœur que de nous ouvrir au Seigneur. Et cependant lui seul relève. Une poétesse a écrit : « Nous ne connaissons jamais notre taille tant que nous ne sommes pas appelés à nous lever » (E. DICKINSON, We never know how high we are ). Le Seigneur nous appelle à nous lever, à nous redresser sur sa Parole, à regarder vers le haut et à croire que nous sommes faits pour le Ciel, non pas pour la terre ; pour les hauteurs de la vie, non pas pour les bassesses de la mort : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? 

Dieu nous demande de regarder la vie comme lui la regarde, lui qui voit toujours en chacun de nous un foyer irrésistible de beauté. Dans le péché, il voit des enfants à relever ; dans la mort, des frères à ressusciter ; dans la désolation, des cœurs à consoler. Ne crains donc pas : le Seigneur aime cette vie qui est la tienne, même quand tu as peur de la regarder et de la prendre en main. A Pâques, il te montre combien il l’aime : au point de la traverser tout entière, d’éprouver l’angoisse, l’abandon, la mort et les enfers pour en sortir victorieux et te dire : “Tu n’es pas seul, aies confiance en moi !” Jésus est spécialiste pour transformer nos morts en vie, nos plaintes en danse (cf. Ps 30, 12) : avec lui nous pouvons accomplir nous aussi la Pâque, c’est-à-dire le passage : passage de la fermeture à la communion, de la désolation à la consolation, de la peur à la confiance. Ne restons pas à regarder par terre, apeurés, regardons Jésus ressuscité : son regard nous insuffle l’espérance, parce qu’il nous dit que nous sommes toujours aimés et que malgré tout ce que nous pouvons faire, son amour ne change pas. Ceci la certitude non négociable de la vie : son amour ne change pas. Demandons-nous : dans la vie, où est-ce que je regarde ? Est-ce que je contemple des milieux sépulcraux ou est-ce que je cherche le Vivant ? 

Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Les femmes écoutent l’appel des anges qui ajoutent : « Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée » (Lc 24, 6). Ces femmes avaient oublié l’espérance parce qu’elles ne se rappelaient pas des paroles de Jésus, son appel survenu en Galilée. Ayant perdu la mémoire vivante de Jésus, elles restent à regarder le tombeau. La foi a besoin de revenir en Galilée, de raviver le premier amour avec Jésus, son appel : se souvenir de lui, c’est-à-dire revenir de tout cœur à lui. Revenir à un amour vivant avec le Seigneur est essentiel, autrement, on a une foi de musée, non pas la foi pascale. Mais Jésus n’est pas un personnage du passé, il est une personne vivante, aujourd’hui ; on ne le connait pas dans les livres d’histoire, on le rencontre dans la vie. Faisons aujourd’hui mémoire du moment où Jésus nous a appelés, où il a vaincu nos ténèbres, nos résistances, nos péchés ; de la manière dont il nous a touché le cœur par sa Parole. 

Les femmes, se souvenant de Jésus, quittent le tombeau. Pâques nous apprend que le croyant s’arrête peu au cimetière, parce qu’il est appelé à marcher à la rencontre du Vivant. Demandons- nous : dans la vie, vers quoi est-ce que je marche ? Parfois nous allons toujours et seulement vers nos problèmes, qui ne manquent jamais, et nous allons vers le Seigneur seulement pour qu’il nous aide. Mais alors, ce sont nos besoins, et non Jésus, qui nous orientent. Et c’est toujours chercher le Vivant parmi les morts. Combien de fois, ensuite, après avoir rencontré le Seigneur, retournons- nous parmi les morts, rôdant en nous-mêmes pour raviver les regrets, les remords, les blessures et les insatisfactions, sans laisser le Ressuscité nous transformer. Chers frères et sœurs, donnons au Vivant la place centrale dans notre vie. Demandons la grâce de ne pas nous laisser entraîner par le courant, par l’océan des problèmes ; de ne pas nous briser sur les pierres du péché et sur les écueils de la méfiance et de la peur. Cherchons-le, lui, en toute chose et avant tout. Avec lui, nous ressusciterons.