Grand merci à nos séminaristes!

Nos séminaristes

Comme à chaque année, Télévision Sel + Lumière accueille des séminaristes en stage pour une partie de l’été. Nous avons été encore choyés cette saison avec 4 futurs prêtres nous provenant de la Colombie-Britannique, de l’Ontario et de Rome.

John, Stefano, Bryan et Pio (dans l’ordre sur la photo) nous ont donné un bon coup de main, mais ils sont surtout une inspiration pour toute l’équipe. Les vocations ne pleuvent pas de nos jours, mais ces jeunes qui entreprennent le chemin du sacerdoce ont la flamme. Nous sommes privilégiés d’avoir pu les croiser sur notre chemin et nous vous invitons à les garder dans vos prières.

Un merci tout spécial à Stefano qui a travaillé au secteur francophone tout le mois d’août. Tous les chemins mènent à Rome, nous nous reverrons donc bientôt cher Stefano!
(En fait, les abonnés de Sel + lumière auront l’occasion de le revoir au mois d’octobre, car nous avons enregistré avec lui cette semaine un Focus catholique sur la nouvelle évangélisation…).

Un beau cadeau pour l’Église que ces séminaristes à la foi contagieuse!

Merci!

Jasmin

La fêtes des tentes sur l’Île d’Orléans

Cette fin de semaine, allez faire un tour à cette belle activité organisée pour les 18-30 ans par la famille franciscaine. Les frais : avec une tente 25.00 $ en dortoir 50 $ (payable sur place) incluant 2 déjeuners, 2 dîners et 1 souper.
Pour renseignements, 3 numéros (514) 762-5092, (418) 524-8534, (613) 728-4310 ou par courriel : fetedestentes@hotmail.com.

La foi qui informe… DUC IN ALTUM !

Par Stefano Cascio

Voici la conclusion de notre étude qui chaque jour a cherché de mieux définir le rôle des chrétiens grace à l’article 43 de la constitution pastorale « Gaudium et Spes » du concile Vatican II

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« Nimis optimiscum » (trop optimiste), c’est ainsi que certains Pères ont jugé la vision du monde contenu dans Gaudium et Spes. Face à un monde en pleine mutation, où la conquête de l’espace et du temps mais aussi de l’homme lui-même se développe sans limite, où les moyens de communication contribuent à une accélération de l’histoire et à un mouvement d’unification (la mondialisation) en diffusant une information engendrant des réactions immédiates et universelles, le Concile Vatican II a voulu donner des réponses aux inquiétudes naissantes. La modification des structures sociales (la disparition des familles stables : premières cellules de socialisation), la prédominance de la société industrielle et de la civilisation urbaine qui engendre une société de consommation, les changements psychologiques, moraux, religieux, la remise en cause des valeurs traditionnelles, l’expansion de la culture scientifico-technique, provoquent un essor de l’esprit critique et un matérialisme pratique. L’athéisme ou l’agnosticisme ne se cantonnent plus au monde philosophique, mais à la littérature, l’art, les sciences humaines, l’histoire et le droit. L’humanisme actuel considère que pour que l’homme soit, il faut nier ou ignorer Dieu. De plus, la misère et l’abrutissement empêchent l’homme d’avoir une claire perception de la situation.
Pourtant, il y a un accroissement du désarroi d’un grand nombre dans un monde qui n’a plus de sens, des déséquilibres et des tensions au cœur même de la personne déchirée. La situation actuelle du monde, jette un défi à l’homme (GS n°4 §5). l’Eglise veut aider l’homme a répondre à ce défi car elle est engagée, comme l’humanité, dans le monde et l’histoire. « l’homme prend conscience que de lui dépend la bonne orientation des forces qu’il a mises en mouvement et qui peuvent l’écraser ou le sauver. » C’est pourquoi il s’interroge lui-même (GS n°9). La requête de sens ne peut trouver de réponse dans un univers d’incertitudes, plus que jamais des repères sont nécessaires. La crise morale actuelle est une absence de goût et une perte du sens de la vérité. La vérité n’a plus d’existence publique, elle ne sert plus à vivre ensemble. Ce sont les conséquences des grandes idéologies du XXème siècle. Puisque la vérité dans sa dimension publique et sa capacité à réaliser la communion était devenue irréelle, on a conclu que la vérité se contentait du seul assentiment intérieur de l’esprit et que sa manifestation par des signes était tout à fait accessoire, voire dangereuse. Le problème est donc la question de la possibilité d’un discours de vérité concernant l’existence religieuse de l’homme et qui ait une portée publique, c’est-à-dire qui dépasse les convictions intimes. La fin des idéologies contraint le chrétien à remettre au centre de sa foi le mystère de la croix et la résurrection du Christ comme lumière nécessaire à la compréhension de ce monde et de son déchirement. Ce numéro 43 de Gaudium et Spes cerne le problème majeur de notre époque, celui de l’insertion des chrétiens dans le monde et le témoignage qu’ils doivent y porter. Le titre même du numéro situe bien le problème : aide que l’Eglise, par les chrétiens, cherche à apporter à l’activité humaine. La sympathie pour ce monde n’exclut d’ailleurs pas la critique et c’est cet équilibre qui donne au texte son objectivité. Les Pères condamnent fortement « l’opposition artificielle entre les activités professionnelles et sociales d’une part, de la vie religieuse d’autre part ». Il ne peut donc pas y avoir dissociation de l’Eglise et des hommes, divorce de la foi et des activités terrestres. Dans ce texte, le concile redit avec force au chrétien de prendre l’exemple du Christ vrai Dieu et…vrai homme. Le Christ est venu au monde au nom de l’alliance de l’homme avec la sagesse éternelle. L’homme doit croître et se développer à partir du fondement divin de son humanité comme image et ressemblance de Dieu. Il est fils de l’adoption divine. Le message traduit une relation si étroite de l’homme avec son créateur qu’il valorise tous les aspects de la vie. Et Cela s’adresse « au monde où l’homme à peur de l’homme, peur de la vie tout autant et peut-être plus encore que de la mort » comme l’écrit Frossard 1. Ce numéro est en quelque sorte la charte du laïc témoin de l’Eglise dans le monde de ce temps. Il donne une définition positive des laïcs qui sont liés par essence au caractère séculier. Les Pères considèrent que les activités terrestres ont une valeur propre et encouragent les laïcs à être actifs pour imprégner le monde d’esprit chrétien. Il y a trois orientations fondamentales à suivre : respecter les règles qui régissent ces activités et acquérir une compétence dans son domaine pour la promotion personnelle, collaborer sur des projets communs et enfin, prendre des initiatives en les conduisant jusqu’à leur terme. Maîtrisant son corps et dominant la terre, la personne déploie des capacités à leur tour “ créatrices ”. Cela a contribué au développement des sciences et de la technique. La conception biblique de l’homme a permis aux Européens de soutenir une haute notion de la dignité de la personne. La démarche du fidèle est donc active. Il a une véritable responsabilité pour « préparer le champ de la semence ». L’Eglise affirme qu’il est en l’homme une conscience capable de connaître sa dignité propre et de l’ouvrir à l’absolu, une conscience qui est le lieu d’une liberté responsable. La conscience de chaque chrétien joue un rôle essentiel dans leur mission : « l’inscription de la loi divine dans la vie temporelle ». Mais cette conscience doit être « préalablement formée » par l’Eglise et ses pasteurs pour la dignité humaine et le projet de Dieu. Il faut être témoin du Christ en vivant selon sa conscience, en suivant l’éclairage de la Sagesse qui illumine et soutient la façon dont il faut se conduire dans la recherche de solutions concrètes. Ce numéro est aussi un appel au dialogue et au respect de l’opinion et donc de la conscience individuelle mais distingue fortement l’opinion personnelle et l’autorité de l’Eglise qu’aucun laïc ne peut s’approprier « d’une manière exclusive ».
Les chrétiens ont toujours conçu leur existence comme une authentique catéchèse (Vous êtes la lumière du monde. » Mt 5,14). La vérité publique de l’Evangile ne peut pas être manifestée autrement que par des signes qui en constituent la manifestation et l’attestation. « Au milieu de la communauté humaine » les laïcs sont appelés à être des « coopérateurs de vérité » comme l’écrit l’apôtre Jean. Leur apostolat est destiné à évangéliser et sanctifier. L’existence chrétienne sert alors de témoignages de vie qui attirera les hommes à Dieu. Les laïcs doivent approfondir, appliquer, défendre les principes chrétiens, en annonçant le Christ. Il est impossible de dissocier la vérité elle-même des signes (témoignages) par lesquels et dans lesquels elle se manifeste. La foi ne divise pas l’homme, bien au contraire elle l’unifie. C’est l’affirmation de l’homme tout entier dans sa constitution spirituelle et corporelle. Le Concile Vatican II aura parfaitement suivi l’orientation donnée par le pape Jean XXIII qui, le 11 septembre 1962 (un mois avant l’ouverture du Concile ), dans un « message au monde entier » déclarait :
La raison d’être du Concile, ce pourquoi on le salue, on le prépare, on l’attend, c’est qu’il continuera, ou mieux, qu’il reprendra avec plus de forces la réponse du monde entier, du monde moderne au testament que le Seigneur, les mains étendues vers les extrémités du monde, formula en ces mots empreints de solennité divine : « Allez donc! De toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tous les commandements que je vous ai donnés ».

C’est aussi dans cette perspective que le Pape Jean-Paul II au début de son pontificat exhorte les chrétiens à ne pas avoir peur de mettre le Christ au centre de leur vie. Saint Pierre lui-même, dans sa première lettre ne considère-t-il pas que l’on « doit être prêt à défendre la foi et à rendre compte de l’espérance qui vit en nous » ?
Ce numéro 43 en définissant la mission, qui découle de la foi, invite le chrétien, et en particulier le fidèle laïc, à entendre les paroles du Christ : « suis-moi ». Après la souffrance, les larmes, l’angoisse de la passion, la croix, Jésus est là, ressuscité, et sa joie embrase le monde. Le Concile Vatican II nous dit que « contempler la vie des hommes qui ont suivi fidèlement le Christ est un nouveau stimulant à rechercher la Cité à venir, et en même temps nous apprenons par là à connaître le chemin très sûr par lequel, à travers les vicissitudes du monde et selon l’état et la condition propre à chacun, il nous sera possible de parvenir à l’union parfaite avec le Christ, c’est à dire la sainteté ». Les chrétiens sont appelés à se laisser envahir par l’Esprit de Pentecôte pour réveiller la flamme intérieure et « avancer vers le large ».
Duc in Altum !

La foi qui informe… « au millieu de la communauté humaine ». (Suite 6)

par stefano Cascio

Les laïcs, qui ont un rôle actif à jouer dans l’ensemble de la vie de l’Eglise, sont non seulement tenus d’imprégner le monde d’esprit chrétien, mais ils sont appelés à être en tout, justement « au milieu de la communauté humaine », les témoins du Christ.

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B / « Au milieu de la communauté humaine »

Le Concile rappelle aux laïcs le rôle de témoignage qui leur appartient. Un témoignage qui comme le montre ce numéro est actif et qui a été repris et développé dans Apostolicam Actuositatem. Les laïcs sont des coopérateurs de la vérité et des évangélisateurs.

« Coopérateurs de la vérité » (3 Jn8)

Le numéro 6 de Apostolicam Actuositatem, parle de la complémentarité entre les pasteurs et les laïcs. Tous les membres de l’Eglise doivent annoncer le message du Christ. C’est un apostolat d’évangélisation et de sanctification. Le témoignage d’une vie chrétienne et les œuvres faites dans “ un esprit surnaturel, attirent les hommes à la foi et à Dieu ”. mais cela ne suffit pas et les Pères insistent sur l’insuffisance d’un tel témoignage s’il n’y a pas annonce du Christ.

« Malheur à moi si je n’évangélise pas » (1Co 9, 16)

Ce témoignage et cette annonce doivent être fait non seulement aux croyants pour les fortifier, les encourager dans une constante conversion, mais également aux incroyants pour qu’ils puissent rencontrer le Christ et son Eglise. Le Concile “ exhorte ” les laïcs selon leurs charismes à l’approfondissement, la défense et l’application contemporaine des principes chrétiens dans la société.
La mission du laïc n’est donc pas simplement d’être une image du Christ, mais de vivre dans une unité intérieure ce témoignage. C’est à la fois, être à l’écoute de la sagesse divine qui habite en l’homme, et jouer son rôle dans la société : Etre à la fois exemple et propagateur du message chrétien.

suite et fin demain…

La foi qui informe… Témoin du Christ (suite 5)

Les laïcs […] sont aussi appelés à être en tout, justement au milieu de la communauté humaine, témoin du Christ.
Etre témoin du Christ c’est vivre guidé par sa conscience chrétienne et pour les laïcs, au milieu de la communauté humaine

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Témoin du Christ
A / Vivre selon sa conscience

Que les laïcs attendent des prêtres lumière et force spirituelle.
Les Pères conciliaires mettent en relief l’attitude du laïc face aux prêtres et son attente légitime. Le pasteur est là pour donner un conseil ou un encouragement spirituel mais n’est pas pourvoyeur de solutions précises. Les Pères considèrent, comme primordial, l’éclairage de Dieu et le respect de la diversité d’opinion.

1 Éclairage de la sagesse de Dieu

Cependant, qu’ils ne pensent pas que leurs pasteurs ont toujours assez de compétence pour pouvoir fournir une solution concrète et toute prête pour toute question, même grave, qui se pose, ou qu’ils ont été envoyés pour cela ; mais qu’eux-mêmes, éclairés par la sagesse chrétienne et apportant une soigneuse attention à la doctrine du Magistère, assument la part qui leur est propre.

Ceci semble signifier que les laïcs sont libres de leurs actions. c’est à eux de trouver des solutions pratiques aux problèmes rencontrés. Le Concile les responsabilise en les invitant à rechercher les solutions appropriées par l’éclairage apporté par l’enseignement du magistère ou d’un pasteur. Mais surtout en étant à l’écoute de la « sagesse chrétienne » qui comme nous le rappelle le numéro 15 de GS, invite l’esprit de l’homme « à rechercher et à aimer le vrai et le bien », à parfaire son intelligence, le laïc doit demander la sagesse à Dieu : le don de sagesse (LG 35). L’homme reçoit, alors des clartés nouvelles de cette éternelle sagesse qui depuis toujours était auprès de Dieu (GS 57) et qui doit imprégner toute conscience chrétienne. En effet, la conscience nous fait connaître la loi inscrite par Dieu, au cœur de l’homme (GS 16). Et le numéro 36 de Lumen Gentium considère que « dans n’importe quelle affaire temporelle, (les laïcs) doivent se laisser guider par leur conscience chrétienne car aucune activité humaine ne peut être soustraite à la souveraineté de Dieu ».
Les Pères vont inévitablement faire le constat de la diversité d’opinions qui existe entre chrétiens dans le choix des solutions à apporter.

2 Respect de l’opinion (de la conscience individuelle)

Assez souvent la vision chrétienne des choses les inclinera à une solution déterminée dans certaines situations. Mais d’autres fidèles, poussés par une sincérité non moins grande, pourront en juger autrement, comme cela arrive assez fréquemment et d’ailleurs à bon droit.

Le Concile reconnaît non seulement qu’il existe une diversité d’opinions pour un même problème et ajoute, en montrant qu’il fait preuve de réalisme, « assez fréquemment « , mais en plus, considère cette disparité dans la proposition de solutions comme légitime. Il ne s’agit donc pas ici de se croire porteur d’une solution suprême ou de vouloir imposer d’une manière despotique une solution. Le texte précise : « Il peut se faire que les solutions proposées par les uns et les autres soient facilement mises en rapport par beaucoup avec le message évangélique ». Il peut donc exister un lien entre la position du chrétien et le message évangélique, ce qui soulève le problème de la distinction entre l’opinion personnelle et l’autorité de l’Eglise.

(…) même contre la volonté des intéressés, il faut se rappeler que personne n’a le droit, dans de tels cas de revendiquer de manière exclusive pour son opinion l’autorité de l’Eglise.

Il est évident que dans une telle affirmation les Pères ont pris soin de peser chaque mot.. L’Eglise donne une orientation qui sera suivie dans la pratique ; mais la résolution concrète des problèmes peut faire naître une diversité de solutions. Aucune de ces solutions ne peut être prise pour elle-même comme la pensée de l’Eglise. Les Pères réaffirment la grande autorité de la voix de l’Eglise et la responsabilité qui en dépend.
Ce paragraphe se termine sur une exhortation à accepter ces différences dans la charité, « le dialogue sincère », « en ayant avant tout le souci du bien commun. » Les Pères encouragent une fois de plus, l’esprit de communion et invitent les hommes à oublier leurs intérêts particuliers.
Les laïcs sont appelés à être, en tout, témoins du Christ dans la société.

à suivre…

La foi qui informe… La responsabilité du laïcs (suite 4)

par stefano Cascio

Les trois règles vues précedemment sont la mise en pratique des thèmes développés au numéro 36 de Lumen Gentium. Selon ce numéro, les laïcs doivent s’entraider pour vivre saintement et « que le monde soit imprégné de l’esprit de Dieu ». Ils doivent apporter une « contribution efficace » afin que l’activité humaine soit accomplie pour l’homme. Les fidèles doivent s’unir pour « assainir les institutions » et les conditions de vie dans le monde. Cela préparera le monde à recevoir la Parole de Dieu qui pourrait être rejetée, et permettre à l’Eglise de faire parvenir son message de paix.
Le laïc est l’éclaireur, dégageant le chemin à la vérité. L’inscription de la loi divine dans le monde ne peut se faire sans son action : action unie et compétente.
Le fidèle laïc a donc une véritable responsabilité mais son action doit se faire de concert avec sa conscience qui le guide.

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L’action du chrétien n’est rien s’il n’agit pas selon sa conscience. Bien que son rôle soit primordial, les Pères ont ajouté qu’elle devait être « préalablement formée ».

Il appartient à leur conscience, préalablement formée de façon appropriée, d’inscrire la loi divine dans la vie terrestre.

1 Le rôle de la conscience
LG 36 précise « que dans n’importe quelle affaire temporelle [ les chrétiens ] doivent se laisser guider par la conscience chrétienne « . Bien que s’inspirant de ce numéro, les Pères ont préféré dans le cas présent utiliser un adjectif possessif (« il revient à leur conscience »), pour marquer la liberté du chrétien auquel on demande d’agir selon sa conscience (respect de la conscience individuelle).
Son rôle est donc essentiel dans l’action chrétienne.
L’homme perçoit, dans l’intimité de son cœur, des directives qui lui indiquent le bien à faire. A la lumière de sa conscience il peut juger de l’orientation de son action et rechercher des solutions concrètes aux problèmes qui pourront surgir.
La médiation de la conscience étant incontournable, dans l’action du fidèle, il est nécessaire qu’elle soit préalablement bien formée.

2 « préalablement formée de façon appropriée »

Cette formation préalable n’est pas un endoctrinement, mais un éclairage pour le respect de la dignité humaine et le projet de Dieu
Pour la dignité de l’homme :
Il est évident, ici, que cette formation se fera au sein de l’Eglise. L’aide que l’Eglise peut apporter au monde se précise. Le numéro 41 affirme qu’il n’y a pas d’opposition entre la loi divine et les droits de la personne sinon « la dignité de la personne humaine […] se perd » Le numéro 42 exprime la capacité de l’Eglise de renforcer, « d’affermir la communauté des hommes selon la loi divine ». C’est donc, dans le numéro 43, une Eglise qui connaît la vocation de l’homme, grâce à la Révélation, qui va intervenir dans le monde.
Pour le projet de Dieu :
l’Eglise est présente pour que le monde corresponde au projet de Dieu. Dans ce numéro, le Concile précise la mission du laïc appuyée et suscitée par l’Eglise. Le laïc concrétise l’action de l’Eglise en transformant le monde en vue d’accomplir sa vocation propre et véritable. Mais le Concile a considéré que si la préparation et le soutien de l’Eglise était nécessaire, il reste une liberté individuelle qui permet au chrétien d’incarner ou non sa mission.
Les laïcs ne sont pas uniquement missionnaires par leurs actes, ils le sont également par leur vie. Ils doivent être les témoins du Christ au milieu des hommes.

La foi qui informe… »Imprégner le monde d’esprit chrétien (suite 3)

par Stefano Cascio

Nous continuons notre étude du chapitre 43 de « Gaudium et Spes », et en particulier le devoir du chrétien dans le monde. Le pape dernièrement lors d’une audience a invité de jeunes espagnols à porter à leurs contemporains « le bonheur indescriptible de se savoir aimé par Dieu, l’unique amour qui ne déçoit pas »… une invitation pour les jeunes et les moins jeunes…

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Chapitre II « Imprégner le monde d’esprit chrétien »

Les laïcs, qui ont un rôle actif à jouer dans l’ensemble de la vie de l’Eglise, sont […] tenus d’imprégner le monde d’esprit chrétien
 » Le Concile a revalorisé la place et le rôle du laïc dans l’Eglise. Lumen Gentium présente de manière positive la mission des baptisés. En effet les fidèles participent à l’unique mission de l’Eglise, aucun ne peut se dégager de cette mission, mais chacun la vit selon son Charisme. Ainsi, la mission des laïcs se trouve essentiellement dans les activités séculières. Ces activités ont une valeur propre, une « autonomie légitime » comme le souligne le numéro 36 de GS
« Si, par autonomie des réalités terrestres, on veut dire que les choses créées et les sociétés elles-mêmes ont leurs lois et leurs valeurs propres, que l’homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser, une telle exigence d’autonomie est pleinement légitime : non seulement elle est revendiquée par les hommes de notre temps, mais elle correspond à la volonté du Créateur ».
C’est sur cette valeur propre que nous allons, tout d’abord, centré notre attention.

A / Valeur propre des activités séculières

Aux laïcs reviennent en propre, quoique de façon non exhaustive, les charges et les activités séculières.

Le laïc n’est donc pas défini comme n’étant ni un clerc ni un religieux mais de manière positive chargé d’une mission qui lui est propre (mais non exclusive) dans le monde séculier. Le numéro 36 de Lumen Gentium décrit déjà le rôle des fidèles laïcs :
Le Seigneur désire étendre son royaume également grâce au concours des fidèles laïcs […] par leurs activités même séculières ils doivent s’aider mutuellement en vue d’une vie plus sainte, de façon que le monde soit imprégné de l’esprit du Christ et atteigne plus efficacement sa fin dans la justice, la charité et la paix. Pour l’accomplissement de ce devoir dans son universalité, les laïcs occupent une place privilégiée
Le rôle du laïc est primordial dans la construction du monde. L’orientation pour agir d’une manière prioritaire dans les tâches séculières est nettement affirmée, et semble constitutive de l’identité du laïc.
Trois repères sont donnés aux laïcs dans ces activités.

1 Les trois règles fondamentales :

En tant que « citoyens du monde », les fidèles laïcs doivent dans leurs actions avoir trois exigences :
Respect et compétence :
Lorsqu’ils agissent, soit individuellement soit en étant associés, en tant que citoyens du monde, non seulement ils observeront les lois propres à chacune des disciplines, mais ils s’efforceront d’acquérir une véritable compétence dans ces domaines.
Le Concile demande de développer les compétences liées aux diverses disciplines et de respecter la juste « autonomie des réalités terrestre » par la reconnaissance des lois qui régissent l’activité. Il faut donc une connaissance de ces lois et tendre vers une maîtrise de la matière avant d’agir dans un domaine particulier. Mais cette intervention ne doit pas se faire seule.
Collaboration :
Ils collaboreront volontiers avec les hommes qui poursuivent les mêmes objectifs.
Les Pères vont par la suite souvent insister sur la collaboration qui est ouverture à l’autre, union dans le travail et donc force supplémentaire. Cela doit être « volontaire », c’est-à-dire franc et sincère, venant de la libre volonté de la personne et permettant ainsi d’être un vrai projet commun. Cette collaboration est précise, il faut poursuivre un objectif commun. Le chrétien ne s’engagera qu’à la condition que le projet soit défini, le but de cette union clarifié. il faut donc à la base de cette collaboration un désir commun de réaliser un objectif particulier.
Initiatives et réalisation
Conscients des exigences de la foi et revêtus de sa force, ils prendront sans hésiter de nouvelles initiatives et, si besoin est, en assureront la réalisation.
C’est la force de la foi qui va éclairer le fidèle dans son action. Le Concile veut faire prendre conscience que cet engagement est actif. Le chrétien est appelé à être un moteur dans son champ d’action, il doit, s’il le peut, innover et porter jusqu’à son terme le projet.
Le laïc a un rôle important qui ne peut se faire sans la grâce, force reçue dans la foi qui impose une vraie responsabilité.

La foi qui informe…(suite 2)

Par stefano Cascio

Hier, nous avons vu que les Pères conciliaires ont condamné deux attitudes de chrétiens, l’une négligeant les devoirs de “citoyens du monde”, la seconde réduisant la foi à sa plus simple expression. Aujourd’hui nous apprendrons que distinguer ne veut pas dire opposer…

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B / Distinguer les deux cités sans les opposer

C’est l’affirmation positive du Concile qui rappelle à l’homme qu’il doit rechercher son unité : sans omettre ses devoirs et en suivant le Christ, nouvel Adam.
1 La responsabilité du chrétien

Les Pères Conciliaires définissent clairement la responsabilité du croyant dans l’ordre temporel, car même s’il est légitime que les cités soient distinctes, il ne faut pas « les opposer artificiellement ». Les conséquences d’un tel acte n’engagent pas uniquement le chrétien car nous rappelle le Concile « négliger les devoirs temporels », c’est négliger « son devoir envers le prochain », et « envers Dieu ». L’homme trouve sa finalité dans une relation interpersonnelle où manquer à ses obligations c’est ne pas respecter l’autre.
En citant Dieu et le prochain, les pères semblent vouloir établir le lien que le Christ lui-même a développé, s’identifiant à chaque homme. Ce qui est fait au prochain est identiquement compris comme une attitude envers Dieu (Mt 25,31-46).
L’ordre temporel est ici dépassé, le concile s’intéresse à l’homme unifié et tente de faire prendre conscience aux fidèles de cette double nature étroitement liée dans chaque être humain.
« Aux hommes, Dieu accorde même de pouvoir participer librement à sa providence en leur confiant la responsabilité de soumettre la terre et de la dominer. Dieu donne ainsi aux hommes d’être causes intelligentes et libres afin de compléter l’œuvre de la création, en parfaire l’harmonie pour leur bien et celui de leurs prochains. Coopérateurs souvent inconscients de la volonté divine, les hommes peuvent entrer délibérément dans le plan divin, par leurs actions, par leurs prières, mais aussi par leurs souffrances. Ils deviennent alors pleinement « collaborateurs de Dieu » (1 Co 3, 9 ; 1 Th3, 2) et de son royaume » (Catéchisme de l’eglise Catholique n°307)

Les activités terrestres ont donc une signification eschatologique qui permet de mieux comprendre l’expression, utilisée par le Concile de « mise en danger du salut éternel » du croyant qui ne tendrait pas vers cette union.

2 Le Christ : exemple parfait

Mais la synthèse par excellence, celle que les Pères conciliaires vont nommer la « vivante synthèse » est celle qui existe dans le Christ « vrai Dieu » et « vrai homme ». Après avoir dénoncé « l’une des erreurs les plus graves de notre temps », le Concile veut apporter une réponse : la solution est la figure du Christ, modèle à suivre. Était vrai homme, il a su allier les deux composantes de l’être et rendre visible l’unicité de la vocation humaine. Le chrétien doit pouvoir réaliser de manière pratique cette synthèse. Cela permet son plein épanouissement en vivant sa vocation divine.
Le concile invite le chrétien à se réjouir car, cette unité profonde de la vie lui permettra d’être, à son tour un témoin, un signe que la synthèse des « activités terrestres » et des « valeurs religieuses » non seulement respecte l’autonomie de la personne mais « coordonne ses activités à la gloire de Dieu ».
Ainsi la vie des fidèles peut apaiser la crainte des hommes d’aujourd’hui de se laisser « envahir » par la religion. Mais les Pères, après s’être intéressés au chrétien en général vont, dans les paragraphes suivants, préciser comment la foi informe la vie du laïc qui doit « imprégner le monde d’esprit chrétien », en respectant la juste autonomie des activités séculières sans omettre ses responsabilités. Cela ne pouvant se faire sans être témoin du Christ, en vivant selon sa conscience au milieu de la communauté humaine.

à suivre…

La foi qui informe… (suite)

Le Pape à L’Angelus, dimanche 12 août, nous demande d’agir en regardant « vers le futur, vers le ciel » soulignant que l’Evangile du jour invite les chrétiens « à se détacher des biens matériels souvent illusoires et à accomplir leur propre devoir fidèlement ». Nous continuons notre étude de la Gaudium et Spes en réfléchissant sur ce point
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Chapitre I Affirmation de l’union entre les activités temporelles et les activités spirituelles

Ainsi, le premier paragraphe du numéro 43 de Gaudium et Spes (GS), débute par  » l’exhortation » des Pères conciliaires à réaliser une union entre l’activité spirituelle et les activités temporelles. Cet appel est, ici, lancé au chrétien dont les attitudes menacent sa vie de croyant, et « l’éloignent de la vérité ».

A / Deux attitudes condamnées

Les Pères conciliaires vont décrire deux attitudes de chrétiens, l’une négligeant les devoirs de « citoyens du monde », la seconde réduisant la foi à sa plus simple expression.

1 L’attachement excessif à la Cité céleste

Ils s’éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n’avons pas ici bas de cité permanente, mais que nous cherchons à atteindre la cité future (cf. He 13,14), croient, pour cela, pouvoir négliger leurs devoirs terrestres, en perdant de vue le fait que la foi même leur fait une obligation plus grande de les accomplir, en fonction de la vocation propre de chacun (cf. 2 Th 3, 6-13 ; Ep 4,28).

Ce passage reprend le thème des deux cités, déjà abordé dans le premier numéro (40) du chapitre IV de GS. Le chrétien est « citoyen de l’une et de l’autre cité », cette double appartenance l’oblige à s’investir dans chacune d’entre elles. Ainsi que le démontre le numéro 40, « cette compénétration de la cité terrestre et de la cité céleste ne peut être perçue que par la foi » et demeure même « le mystère de l’histoire humaine ». Le numéro 36 de Lumen Gentium, parle également, de droits et de devoirs qui incombent aux fidèles « du fait qu’ils sont agrégés à l’Eglise » et « membres de la société humaine ». Cela entre même dans l’économie du Salut.
La référence à l’épître aux hébreux (He 13,14) rappelle que le tort de ces fidèles n’est pas cette vérité de foi qui est l’attente de la cité future, mais la conséquence qu’ils tirent de cette vérité dans les temps présents. Cela devient un faux prétexte pour « négliger leurs devoirs terrestres ». Ce problème s’était déjà posé dans l’Eglise primitive puisque la note 14 nous renvoie aux écrits de Saint Paul avertissant ses frères sur ce sujet :

• 2Th 3, 6-13 : Or, nous vous prescrivons, frères, au nom du Seigneur Jésus Christ, de vous tenir à distance de tout frère qui mène une vie désordonnée et ne se conforme pas à la tradition que vous avez reçue de nous. Car vous savez bien comment il faut nous imiter. Nous n’avons pas eu une vie désordonnée parmi vous, nous ne nous sommes fait donner par personne le pain que nous mangions, mais de nuit comme de jour nous étions au travail, dans le labeur et la fatigue, pour n’être à la charge d’aucun de vous : non pas que nous n’en ayons le pouvoir, mais nous entendions vous proposer en nous un modèle à imiter. Et puis, quand nous étions près de vous, nous vous donnions cette règle : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Or, nous entendons dire qu’il en est parmi vous qui mènent une vie désordonnée, ne travaillant pas du tout mais se mêlant de tout. Ceux-là, nous les invitons et engageons dans le Seigneur Jésus Christ à travailler dans le calme et à manger le pain qu’ils auront eux-mêmes gagné. Pour vous, frères, ne vous lassez pas de faire le bien.

• Ep 4, 28 : Que celui qui volait ne vole plus, qu’il prenne plutôt la peine de travailler de ses mains, au point de pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux.

Le Concile peut ainsi fonder son affirmation sur ces deux textes de l’Ecriture.

2 L’attachement excessif aux activités terrestres

Mais ils ne se trompent pas moins ceux qui, à l’inverse, pensent pouvoir s’absorber entièrement dans les activités terrestres, comme si elles étaient tout à fait étrangères à leur vie religieuse, parce que celle-ci, à ce qu’ils pensent, consiste dans les seuls actes du culte et dans l’accomplissement de quelques obligations morales.

Dans cette attitude, la foi est réduite à des actes de piété, aux « seuls actes de cultes » et à l’accomplissement de « quelques obligations morales » précise le Concile. Le fidèle vit ainsi une certaine « schizophrénie », ayant d’une part, une modeste vie religieuse et d’autre part sa vie en société. Cette vie est cloisonnée dans deux domaines qui n’entretiennent aucun rapport. Il n’y a d’ailleurs pas seulement séparation mais une tendance du fidèle à se laisser « entièrement absorber » par les activités temporelles, laissant entendre que la foi est reléguée dans une position seconde.
Par ces deux attitudes antagonistes, soit, le chrétien concentre son attention sur la vie future, ce qui lui permet de négliger sa vie présente, soit, le fidèle, envahi par un activisme mobilisant l’ensemble de son énergie, donne à sa foi une place « minimaliste ». Elles ont en commun de séparer la vie temporelle et la vie spirituelle sans faire naître de rapports ou d’échanges entre elles. La foi n’influe pas sur l’agir et le témoignage de Foi est inexistant. Or, pour le Concile, il doit y avoir union de la foi et de la vie concrète.
Cette dissociation est considérée par les Pères comme « à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps ». La force de cette expression montre l’importance donnée à cette erreur, en particulier dans le contexte de ce Concile célébré non pour la défense de la Foi, mais pour promouvoir une authentique vie chrétienne dans le monde contemporain. La particularité de cette erreur est qu’elle se trouve dans le comportement même du chrétien, dans son mode de vie. Ce chrétien est alors un contre-témoignage pour les hommes qui l’entourent. Les Pères ont, ici, voulu mettre en garde contre une manière de vivre qui est un risque pour la vie chrétienne.
Pour justifier cette fermeté, le Concile va s’appuyer sur les Ecritures qui dénonce ce scandale :
• l’Ancien Testament, par la forte dénonciation faite par les prophètes, renvoie au Livre Isaïe, chapitre 58 (1-12)
• Le Nouveau Testament, dans la prédication du Christ, renvoie à un passage de l’évangile de Saint Matthieu (23, 3-33) où Jésus adresse des malédictions aux scribes et aux pharisiens pour la perversion qu’ils introduisent dans la vie religieuse et dont ils égarent ceux qu’ils avaient charge d’éclairer. Ces errements sont menacés de la « condamnation à la géhenne ». Le second passage est un renvoi à l’évangile de Marc (7, 10-13) où les scribes et les pharisiens sont accusés par le Christ de se détourner des commandements de Dieu.
Après ces dénonciations les Pères vont expliquer et promouvoir un, ou plutôt, le comportement chrétien qui unifie les devoirs envers chacune des deux cités.
Le devoir de prendre en considération les activités terrestres n’est pas un devoir civil mais « le fait que la foi même crée une obligation plus grande de les accomplir ». Ce point avait déjà été développé dans le numéro 34 :
Loin d’opposer les conquêtes du génie et du courage de l’homme à la puissance de Dieu et de considérer la créature raisonnable comme une sorte de rivale du Créateur, les chrétiens sont, au contraire, bien persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable. Mais plus grandit le pouvoir de l’homme, plus s’élargit le champ de ses responsabilités, personnelles et communautaires. On voit par-là que le message chrétien ne détourne pas les hommes de la construction du monde et ne les incite pas à se désintéresser du sort de leurs semblables : il leur en fait au contraire un devoir plus pressant.

« Rien n’est impossible à Dieu… »

[NDLR: Nous publions ici l’intégral de l’homélie prononcée ce matin par Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, à l’occasion des funérailles du cardinal Jean-Marie Lustiger décédé dimanche dernier à l’âge de 80 ans.]

     Cette parole de l’ange Gabriel à Marie, rapportée par l’évangile de saint Luc que nous venons d’entendre, éclaire l’existence de chacun de ceux que Dieu appelle et qu’Il accueille dans son alliance. Elle éclaire particulièrement la vie du cardinal Jean-Marie Lustiger que nous accompagnons aujourd’hui tandis qu’il entre dans la lumière de Dieu et avant que son corps ne repose dans sa cathédrale.

     A travers ce que sa discrétion et sa pudeur ont laissé paraître de son histoire personnelle, nous comprenons que les enchaînements d’une vie peuvent toujours être déchiffrés de manière différente, selon la clé de lecture que l’on utilise. On peut évidemment lire l’histoire de la famille Lustiger dans la seule logique des bouleversements européens du XX° siècle qui conduisirent une famille juive à s’expatrier de Pologne en France, puis à subir la chasse meurtrière des nazis. On peut aussi la lire comme un chemin au long duquel les épisodes douloureux et les épreuves atroces sont comme la partie visible et cruellement éprouvée d’une alliance entre Dieu et l’humanité, entre Dieu et son Peuple élu, entre Dieu et chacun des humains dont Il veut faire ses fils.

     Cette lecture croyante de l’histoire d’une vie est celle que Jean-Marie Lustiger a voulu partager dans les quelques ouvrages où il a levé le voile sur son histoire. Ce n’était pas chez lui un besoin de se justifier, moins encore un exercice apologétique. C’était un acte de foi et d’action de grâce : la volonté de témoigner du ressort ultime de son existence. Pouvons-nous quelques instants le suivre sur cette voie de la foi et de l’action de grâce pour évoquer quelques traits de cette personnalité si riche ?

     Pour ceux qui ont eu la chance de l’approcher et de le connaître personnellement, ce n’est ni son intelligence, ni l’acuité de son esprit, ni l’amplitude de sa culture, toutes réelles qu’elles fussent, qui frappaient d’abord, mais plutôt la vigueur et la force de sa foi. Avant tout, il était un croyant. Que ce soit dans l’accueil de la Parole de Dieu, dans l’expérience vécue des sacrements de l’Église, dans l’annonce de l’Évangile ou dans la conduite quotidienne de sa vie, tout était reçu de Dieu et tout était rapporté à Dieu. Sa découverte et sa rencontre en Jésus-Christ du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, avaient établi définitivement sa vie dans le régime de la grâce, du don reçu gratuitement et sans autre motif que la miséricorde du Dieu tout-puissant.

     Persuadé d’avoir tout reçu gratuitement, il était passionné du désir d’annoncer à tous la surabondance de l’amour de Dieu pour l’humanité et de transmettre l’appel du Christ à vivre de cet amour. Depuis son premier ministère auprès des étudiants jusqu’à ses dernières initiatives apostoliques comme archevêque de Paris, toute son activité, foisonnante et incessante, était animée par ce désir. Des chemins de la Terre Sainte aux routes de Chartres, des appels paroissiaux à « Agir par la Foi » aux initiatives diocésaines couronnées par « Paris-Toussaint 2004 », toutes ces entreprises dans lesquelles il s’engageait sans réserve visaient à faire connaître le Christ, Sauveur du monde.

     Loin de se laisser enfermer dans le monde ecclésiastique, il avait dans la société française et dans le monde entier d’innombrables contacts: dans l’université comme dans le monde économique, dans les milieux politiques comme dans l’univers culturel. Son élection à l’Académie Française établit avec cette illustre compagnie des liens qui n’étaient pas seulement de convenance. Ce tissu serré de relations était comme une sorte de paroisse universelle où il voulait exercer son ministère de prêtre du Christ et de témoin de la foi. Créé cardinal par le regretté Jean-Paul II, il portait avec lui le souci pastoral de l’Église entière en partageant profondément sa vision de l’homme dans le monde de ce temps.

     Avec l’encouragement et le soutien du Jean-Paul II, il a posé pour le développement des relations entre les juifs et les chrétiens des actes décisifs que peut-être lui seul pouvait engager. Son histoire personnelle le conduisait à se reconnaître comme un témoin privilégié de la vocation universelle de l’Alliance conclue au Sinaï entre Dieu et son Peuple. Quelles que soient les incompréhensions bien explicables ou les souffrances secrètes dont il était blessé, jamais il ne renonçait à ce qu’il comprenait comme sa mission propre.

     Ce que l’acuité de l’analyse et la perspicacité de l’intelligence lui révélaient comme une fulgurance se traduisait immédiatement en projet d’action et d’évangélisation. Ce qui lui advenait devait servir à l’accomplissement de la mission avec une exigence dont tous ses collaborateurs ont été les témoins et les acteurs sous son impulsion. Dans une période de la vie de l’Église où les regrets et les lassitudes risquaient de réduire les ambitions apostoliques à la mesure des moyens supposés, il discernait, – et pas seulement pour le plaisir intellectuel du paradoxe -, des opportunités nouvelles et il engageait de nouveaux projets, quitte à perturber la quiétude même des moins timorés. Ce n’était chez lui ni le désir de promouvoir ses œuvres propres, ni l’impatience d’agir, comme certains pouvaient l’en soupçonner. Cette tension permanente vers des objectifs à atteindre relevait de l’espérance raisonnée et d’une lecture des « signes des temps ».

     En un quart de siècle cette passion de l’évangélisation s’est exprimée par des fondations qui trouvent peu à peu leur maturité : création de nouvelles paroisses, constructions d’églises, École cathédrale, Radio Notre-Dame, Séminaire diocésain, Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville, télévision KTO, Faculté Notre-Dame, Collège des Bernardins sont autant de ces projets dont l’articulation et la cohérence apparaissent à mesure qu’ils se développent. Il faut aussi évoquer les Journées Mondiales de la Jeunesse de Paris en 1997 et leur rayonnement tant en France que dans le monde et le lancement des Congrès pour l’évangélisation dont Budapest sera la prochaine étape en septembre 2007.

     Cette activité était enracinée dans une vie de communion au Christ. Prêtre, puis évêque d’Orléans et Archevêque de Paris, Jean-Marie Lustiger fut vraiment un maître spirituel. Il ne fut pas seulement un prédicateur talentueux et écouté, il avait le souci de la qualité de la prière dans l’Église, jusque dans la perfection de la mise en œuvre liturgique, conscient que Dieu agit à travers les gestes et les signes donnés aux hommes. Les moins avertis pouvaient bien n’y voir qu’un travers de maniaquerie ; en fait, ce qui l’animait était le souci de vivre par la pureté et la beauté des signes le sens profond des rites et d’aider les fidèles à y entrer. Comment pourrions-nous l’oublier dans cette cathédrale dont il a souhaité et réalisé le réaménagement que nous voyons et où il a si souvent présidé la Messe dominicale, célébré la Messe chrismale, ordonné les prêtres et les diacres du diocèse ?

     Soucieux d’encourager les prêtres dans l’engagement spirituel de leur ministère, il a renouvelé les propositions de retraite sacerdotale et mis en œuvre des « lundis de prière » où il aimait se joindre aux prêtres dans un climat de recueillement et de partage fraternel. Encore ne savons-nous rien du secret de sa prière et de sa relation personnelle avec Dieu. Mais on pressentait qu’elle était assez forte pour surmonter les fausses modesties et les craintes humaines quand il était convaincu que l’annonce de l’Évangile était en cause.

     Au cours de l’année écoulée, l’aggravation de son état de santé l’a contraint à réduire ses activités et à servir d’une autre manière. De chacune des étapes, il a accueilli les symptômes avec lucidité et courage. Il a offert sans se plaindre la nécessité d’un temps de vie dans la dépendance de la maladie. Le véritable sacrifice offert à Dieu, ce fut d’accepter cette limitation avec sérénité.

     Si le temps de l’historien n’est pas encore venu, nous sommes déjà dans le temps de l’action de grâce. Nous rendons grâce à Dieu d’avoir envoyé sur notre chemin un témoin tel que Jean-Marie Lustiger. Les fruits de son ministère parmi nous ne révèlent pas seulement une personnalité exceptionnelle ; ils sont à reconnaître avant tout comme des signes de l’œuvre de Dieu dans l’histoire humaine. Ils nous encouragent à comprendre comment nos limites et nos faiblesses, les difficultés rencontrées et les épreuves subies, sont autant d’occasions de reconnaître la puissance de Dieu agissant dans la faiblesse de ses serviteurs. Quelle que soit la valeur de la « poterie », pour reprendre l’expression de Paul, c’est de Dieu, – nous en sommes convaincus -, que vient la puissance extraordinaire du trésor qui nous est confié. C’est Dieu Lui-même qui se penche sur la faiblesse de ses serviteurs et de ses servantes pour les couvrir de l’ombre de son Esprit et les associer à l’enfantement mystérieux auquel participe la création tout entière.

     Le 8 décembre 1979, lors de sa consécration épiscopale à Orléans, la liturgie de la fête de l’Immaculée Conception proposait le récit de l’Annonciation dans l’évangile selon saint Luc. Est-ce cette occasion providentielle ou un choix plus délibéré qui conduisit Jean-Marie Lustiger à prendre le message de l’ange comme une phrase de référence, sinon comme une devise : « Rien n’est impossible à Dieu ! » ? Toujours est-il qu’il aimait revenir à cette profession de foi en la puissance de Dieu à travers la faiblesse des comportements humains. Ses entreprises les plus hardies n’ont-elles pas été marquées par cette confiance que Dieu seul peut construire et conduire son Église selon sa volonté ? S’il s’émerveillait, ce n’était ni de la notoriété, des charges ou des honneurs, ni non plus des incompréhensions ou des jalousies, qui constituent la face visible de l’existence de quiconque approche des sommets des organisations humaines. Ce qui était la source de sa joie et de son action de grâce, c’était de voir que la Providence accomplissait son œuvre par des voies qui nous restent souvent mystérieuses mais que la foi apprend à reconnaître. Il ne recherchait pas l’approbation du monde, mais il cherchait toujours avec confiance et obstination à déchiffrer cet itinéraire par lequel Dieu veut conduire son Peuple.

     Par le témoignage de sa vie, comme de celle de tant de disciples du Christ depuis deux mille ans, nous avons la preuve quotidienne que, vraiment, « rien n’est impossible à Dieu. » Ce qui a été vrai dans la vie de la Vierge Marie, ce qui a été vrai dans la vie de Jean-Marie Lustiger, est vrai aussi dans la nôtre et nous sommes donc appelés avec lui à reprendre à notre compte la réponse de Marie au message de l’ange : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

 

+ André VINGT-TROIS

Archevêque de Paris