Le bon berger amène paix et unité

par le père Thomas Rosica, c.s.b.

Qu’avons-nous vu et entendu à-propos de la résurrection au cours des dernières semaines? Nous avons vu la nouvelle création, la marche au désert, l’arche traversant les eaux, de verts pâturages, le jardin d’un amoureux, le temple céleste, la ville qui attend depuis longtemps notre retour : la Nouvelle Jérusalem. Vivre en ressuscité signifie alors d’être baptisés et re-créés en Jésus, venir à la table, survivre le déluge, entendre la voix du berger, être le bien-aimé de Dieu, être l’héritier du trône, prêtre du temple et citoyen de la cité céleste.

En ce quatrième dimanche de pâques,  nous retrouvons le Bon Berger qui connaît intimement son troupeau. Jésus s’appuie sur l’une de ses métaphores préférées pour nous faire comprendre que nous pouvons avoir confiance en lui.

S’occuper d’un troupeau était l’un des éléments importants de l’économie palestinienne au temps de la bible. Dans l’ancien testament, Dieu est appelé le Berger d’Israël qui va devant le troupeau, le guide (Ps 22, 3), le mène vers la nourriture et l’eau (Ps 22, 2), le protège et porte ses petits (Is 40, 11). Imprégnant ainsi la piété des croyants, la métaphore démontre que tout le peuple est sous la protection de Dieu. Le Nouveau Testament ne juge pas les bergers autrement : ils connaissent leurs brebis (Jn 10,3), cherchent celle qui s’est égarée (Lc 15, 4ss.), et sont prêts à risquer leur vie pour leur troupeau (Jn 10, 11-12).

Le berger est donc une figure pour représenter Dieu lui-même (Lc 15, 4ss). Jésus connaissait des bergers et éprouvait de la sympathie à leur égard. Le Nouveau Testament ne qualifie jamais Dieu de berger et c’est seulement dans la parabole de la brebis perdue que l’auteur établit la comparaison (Lc 15, 4ss et Mt 18, 12ss). Dieu, comme l’heureux berger de la parabole, se réjouit du pardon et du rétablissement du pécheur. Le choix de l’image du berger reflète clairement le contraste entre l’amour de Jésus pour les pécheurs et le mépris des Pharisiens envers ces derniers. Nous pouvons dire en fait que le récit des disciples d’Emmaüs d’après Luc que nous avons lu la semaine dernière est un aspect de la mission de Jésus qui se continue : la poursuite des disciples entêtés était déjà préfigurée dans la parabole du berger qui va à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve et la ramène au troupeau (15, 3-7).

La métaphore du bon berger est l’une des métaphores les plus belles et les plus fortes de toute la bible : notre Dieu et son Fils sont les bergers qui se soucient de nous, nous connaissent et nous aiment, même dans nos entêtements, nos manques d’écoute et nos doutes. Les anthropologues nous disent que les bergers ont traversé les âges. Ils ont, en fait, établi un pont entre l’ère de la chasse et l’ère de l’agriculture, ou l’ère agraire. C’est pour cette raison que les bergers apparaissent dans les mythes anciens et les récits, comme symbole de l’unité divine entre les éléments opposés.

Les anciens païens ont effleuré là quelque chose que les chrétiens ont réalisé pleinement : Jésus Christ est le grand réconciliateur. C’est Lui le Bon berger qui vient au cœur de chaque grand conflit pour y établir l’unité et la paix. L’expression de l’évangile de Jean qualifiant Jésus de ‘Bon Berger’ nous invite à porter un regard attentif sur la racine grecque du mot que nous avons traduit par ‘bon’. En fait, l’expression du Nouveau Testament en grec qualifie le berger est beau et noble. Sa noblesse et sa beauté extérieures reflètent une réalité intérieure de beauté et de noblesse.

Aujourd’hui, que Jésus notre Bon Berger nous guide vers ces pâturages de paix et de joie. Lorsque nous suivons le Seigneur Ressuscité et écoutons sa voix, la bonté et la bienveillance nous suivrons et nous pourrons ainsi vivre à jamais dans sa demeure.

Quand les années passent…

par Benoît Lévêque

Benoît XVI a reçu la semaine passée les participants à la XVIII Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la famille, qui s’est tenue du 3 au 5 avril sur la mission des grands-parents dans la famille.  Ce fut l’occasion pour le pape de rappeler que l’Église a toujours reconnu leur importance sociale et spirituelle et il a constaté « qu’ils avaient autrefois un rôle important dans l’existence et le développement de la famille ». Il s’inquiète cependant des évolutions culturelles qui marginalisent les  personnes âgées : « La culture de la mort avance malheureusement et touche aussi le troisième âge. Avec de plus en plus d’insistance -a souligné le Saint-Père- on propose l’euthanasie comme solution aux situations difficiles (…). Si, comme on le dit souvent ici et là, les personnes âgées constituent une présence vivante dans la famille, l’Église et la société…elles doivent continuer à marquer l’unité et diffuser les valeurs d’un amour fondé sur la fidélité, qui seul engendre la foi et la joie de vivre».

L’attention que l’Église porte aux personnes âgées et l’appel renouvelé du pape qui invite à faire attention à elles, nous incitent à nous pencher sur ces questions. Qui sont les personnes âgées dans nos sociétés occidentales? Quelle est leur place dans la vie sociale? Le terme « personnes âgées » est sans doute trop général car il désigne une catégorie de personnes très diverses. Je crois qu’on peut difficilement faire des considérations générales sur une catégorie de personnes si différentes – le jeune retraité en pleine santé n’appréciera pas d’être rangé dans le même groupe que les personnes dépendantes en fin de vie. La présence sociale des personnes âgées « actives » qui poursuivent une activité professionnelle ou qui ont une retraite bien occupée est bien acceptée. Elles jouent un rôle important dans les familles, et parfois même, si elles ne vivent pas trop loin de leurs enfants, ils se font une joie d’accueillir leurs petits enfants. Cette relation particulière entre les grands-parents et les petits-enfants repose sur un enrichissement mutuel. La curiosité, les jeux et la capacité d’émerveillement des enfants rajeunissent les plus vieux qui apportent du même coup un savoir, une certaine sagesse et un témoignage de vie.

Et puis il y a ceux pour qui les années passent, et qui vieillissent sans le vouloir. Le poids des années qui rend le corps plus fragile rend la vie sociale plus difficile. Ce moment-là, tous ne le vivent pas de la même façon. Avoir une présence familiale ou amicale près de soi dans les dernières années de la vie terrestre peut rendre ce passage plus doux. Heureusement, atteindre le grand âge ne signifie pas être malheureux. J’ai entendu plusieurs fois le témoignage de jeunes qui disaient avoir pris la décision de s’engager dans la vie chrétienne car ils avaient été marqués par la piété et le témoignage de Foi de leurs grands-parents.

Pourtant, on ne doit pas oublier la souffrance de tant de personnes isolées. Des congrégations religieuses catholiques ont voulu se mettre à leur service. Elles oeuvrent toujours en ce sens aujourd’hui et rendent un service remarquable. Il faut les soutenir. Les familles ont un rôle primordial à jouer, mais les conditions de vie actuelles ne permettent plus la proximité qui existait autrefois. Il faut donc trouver de nouvelles façons d’être présent à tous. L’attention aux personnes dépendantes relève de la société toute entière qui contribue déjà financièrement grâce au système social et fiscal, mais qui ne doit jamais oublier la dignité humaine de ces personnes qu’il faut aussi accompagner humainement. On peut remarquer ces dernier temps la propagation d’un courant philosophique qui considère que la dépendance des personnes faible physiquement entraîne la perte de la dignité humaine. Ces conceptions rétrogrades de l’être humain qui constituent le fondement de la propagande en faveur de l’euthanasie doivent être rejetées avec force. Dans ce contexte le message du pape Benoît XVI a une résonance particulière. Les personnes âgées doivent avoir bien toute leur place dans le monde et dans l’Église et leur dignité n’a pas à être remise en question.

“Reste avec nous, Seigneur”

par le père Thomas Rosica, c.s.b.

 

Emmaüs, c’est d’abord une page d’Evangile.
Emmaüs, le nom d’un village.
Emmaüs, c’est un chemin.
Emmaüs, c’est aussi une maison, une auberge.
Emmaüs, c’est une école de prière.
Emmaüs, c’est un éclairage sur le visage du Christ.

L’histoire biblique des deux disciples d’Emmaüs raconte comment un chemin de tristesse peut devenir une promesse d’espérance. Deux compagnons découragés ont quitté Jérusalem. Tandis qu’ils s’éloignent de la Ville Sainte, un inconnu les rejoint, s’approche, les interroge et commence à leur parler.

Pour les disciples en route vers Emmaüs, la nouvelle les a fait sortir de leur propre apitoiement et de leur mauvaise interprétation des Écritures.  Par ailleurs, cette nouvelle les a amenés à se plonger plus profondément dans le mystère de la passion et de la mort de Jésus.

L’histoire d’Emmaüs parle du pain rompu et partagé au petit groupe.  Mais c’est encore peu de chose pour lui. Si ce geste n’est pas habité par une lumière plus profonde, il ne vaut rien du tout. 

Quelque chose s’éveille en eux et les bouleverse intérieurement : «Notre coeur n’était-il pas tout brûlant tandis qu’il nous parlait sur la route?», diront-ils, lorsque leurs yeux s’ouvriront et reconnaîtront Jésus ressuscité.

Ce récit biblique des disciples d’Emmaüs est avant tout une école de prière pour notre vie.  L’itinéraire des deux disciples nous offre un modèle et une consolation nous aidant à découvrir la présence de Dieu qui marche avec nous, surtout dans des moments difficiles, de désespoir, et de tristesse.

Prier avec les disciples d’Emmaüs nous est une invitation à retourner aux Écritures avec de nouvelles questions.  Jésus ouvre les Écritures aux deux disciples et il insiste sur la nécessité des souffrances du Messie, pour que celui-ci entre dans sa gloire.  Est-ce que notre lecture biblique nous mène vers une expérience du Seigneur Ressuscité comme cela fut le cas pour Cléophas et son compagnon?

Prier avec les disciples d’Emmaüs nous amène à une expérience de louange en communauté. Les disciples éprouvent un nouveau sens de l’appartenance et un nouveau courage pour témoigner de la Résurrection de Jésus.  Ils ne sont plus tristes et déçus. Ils sont lentement passés des ténèbres et du désespoir à la foi.  Ils sont eux-mêmes devenus porteurs de la bonne nouvelle et capable de louer Dieu en Esprit et Vérité.

Prier avec les disciples d’Emmaüs veut dire répéter leur prière souvent: “Reste avec nous, Seigneur”.  Par ces paroles, les disciples d’Emmaüs invitèrent le Voyageur à rester avec eux, alors que parvenait à son terme le premier jour après le sabbat au cours duquel l’incroyable était arrivé.

L’Evangile d’Emmaüs nous fait comprendre que nous sommes aussi attendus pour un autre repas. Le Seigneur se met à table avec nous. Il prend le pain, le bénit et nous le donne. C’est un geste qui résume toute la mission du Christ.  Rien n’est plus utile à l’humanité que ce partage concret et fraternel.

Ce repas est le moment d’une Révélation. A Emmaüs, pendant que le pain est rompu, les yeux des compagnons s’ouvrent et ils reconnaissent le Seigneur : Il est vraiment ressuscité. Désormais, la victoire de l’amour contre toutes les tristesses de ce monde est assurée. Mais le Christ disparaît ; ses disciples sont passés de la désillusion à l’enthousiasme. Aussitôt, ils partent sur la route comme des messagers d’espérance.

Je termine ma réflexion en vous offrant cette prière.

Seigneur, nous te remercions pour ta Parole.
Merci de ta voix qui nous parle dans les Écritures.
Que ta Parole nous transforme en témoins,
en prophètes, en hommes et femmes de l’aube.
Trace pour nous les chemins au milieu de nos déserts.
Maintiens parmi nous les signes de ta présence.
Ravive en nos familles et en nos communautés
la foi en tes promesses de vie,
et qu’au souvenir de ton amour fidèle,
nous allions aussi loin que ton Esprit nous entraîne.
À la suite des disciples d’Emmaüs,
que nos vies soient le reflet de ta vie-
que plus nous étudions les Écritures,
plus nous te trouvions.
que plus nous te connaissions,
plus nous nous immergions dans ta Parole
qui est vérité et vie pour tous les âges.  AMEN

Trois ans déjà…

par Marie-Noëlle Chaumette, x.m.c.j.

(NDLR: Marie-Noëlle est une nouvelle membre de l’équipe de Télévision Sel+Lumière. Religieuse de la communauté des Xavières, elle sera une collaboratrice régulière de ce blogue. Nous sommes très heureux de l’accueillir parmi nous.)

Trois ans après la mort du pape Jean-Paul II, pape exceptionnel, homme de foi, de prière et de communication sans précédents,  plusieurs images me viennent à l’esprit:

d’abord, à Assise le 27 octobre 1986, aux côtés de plusieurs représentants des différentes confessions religieuses qui ont répondu à son invitation. Dans son discours, Jean-Paul II a souligné le souci commun pour la paix et que l’église n’avait pas suffisamment œuvré en ce sens. Il a montré une image humble de l’église.

Prendre un temps ensemble pour dire au monde que la paix est plus forte que la guerre et que la prière est essentielle. Oser ce geste était, il y a plus de 20 ans, prophétique et cela a des conséquences encore aujourd’hui pour le dialogue interreligieux.
 

Puis, à Jérusalem, au mur des Lamentations où Jean-Paul II a glissé un message de repentance dans le mur. La portée de son geste dans sa simplicité dit bien combien il était un homme de prière. Ayant vécu pendant une année en Israël, j’ai été touchée personnellement par ses paroles vis-à-vis de la communauté juive comme étant “nos frères aînés”, reconnaissant nos liens très particuliers avec nos frères juifs. Ces paroles ouvrent de nouvelles perspectives pour l’avenir. 
 
Bien sûr, lors de ses dernières Journées Mondiales de la Jeunesse à Toronto, où affaibli par la maladie, le pape retrouvait des forces dès qu’il voyait les jeunes qu’il aimait; il avait le don de leur parler et de leur donner confiance en l’avenir. L’un d’entre eux m’a dit “pour moi, le pape, il est comme mon grand-père! Je n’ai connu que lui”. Il avait une proximité tout à fait exceptionnelle avec les jeunes, qui ne s’est pas démentie dans la durée.
 
Son dernier voyage en France à Lourdes, venu pour célébrer les 150 ans du dogme de l’Immaculée Conception et aussi en tant que malade pour prier à la grotte comme tout pèlerin, sachant qu’il était aussi au soir de sa vie, m’a beaucoup touchée. Lourdes est un lieu de pèlerinage et de conversion où chacun vient déposer ses soucis et se remettre dans les mains de Dieu, par l’intermédiaire de Vierge Marie.

C’est un homme de foi qui a osé poser des gestes forts de réconciliation, qui aimait communiquer la bonne nouvelle de l’évangile, qui a créé des ponts entre les personnes de différentes croyances, générations et peuples, qui a voyagé, n’a pas compté sa peine pour rencontrer des personnes que les chefs d’état vont rarement visiter comme les prisonniers, sans parler de l’homme qui avait voulu le tuer.

Jean-Paul II est à jamais le pèlerin de Dieu et il m’invite à l’audace pour témoigner, en tant que religieuse, de l’amour inconditionnel de Jésus-Christ “l’unique chemin de l’Homme” pour chacun et chacune de nous.
 
 
 

« Si le coeur n’y est pas, les mains hésitent. »

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.

Il existe un proverbe qui dit: « Si le coeur n’y est pas, les mains hésitent. »  Ce proverbe convient bien à ce deuxième dimanche de Pâques où nous lisons le récit de Thomas, celui que l’on appelle souvent ‘le sceptique’. Thomas, le disciple qui n’était pas présent lors de la première apparition de Jésus qui, à son retour fera une exceptionnelle rencontre avec son Seigneur et Sauveur, Jésus.

C’est le soir, le premier jour de la semaine et les disciples sont enfermés à double tour dans une chambre haute. Ils ont peur. Soudain, le ressuscité défie les portes closes, les coeurs fermés et la vision bouchée. Il apparaît simplement. Doucement, jamais si doucement, il atteint l’apôtre démoralisé et blessé Thomas. Celui-ci met en hésitant son doigt dans les blessures de Jésus. C’est alors que l’amour l’envahit. Longtemps auparavant, St Grégoire le Grand a dit de Thomas «  Si, en touchant les plaies du corps de son Maître, Thomas peut nous aider à dépasser les blessures de l’incrédulité, le doute de Thomas nous est plus utile que la foi de tous les apôtres. »

L’apôtre Thomas est vraiment un des plus grands et des plus honnêtes amis intimes de Jésus et non l’éternel sceptique, le rebelle, l’entêté que la tradition chrétienne a souvent peint. Thomas se tient devant la croix, sans comprendre. Tous ses rêves sont accrochés à la croix avec son ami. Tous ses espoirs sont anéantis. Que faisons-nous lorsque tout ce sur quoi nous avions misé s’écroule devant nos yeux?

Que faisons-nous quand quelqu’un en qui nous avions mis toute notre confiance est soudainement écrasé par des institutions puissantes et sans nom? Que faisons-nous quand notre  première réaction dans un moment de crise est de fuir devant les foules en furie? Telles devaient être les questions de la plupart des disciples, Thomas inclus, qui ont soutenu et suivi Jésus de Nazareth durant ces 3 années de ministère. Ressemblons-nous à Thomas qui est absent lorsque Jésus vient? La rumeur de cette résurrection absurde nous a-t-elle fait fuir? Jésus continue de nous apparaître encore et encore, faisant sauter les verrous de la foi et du doute, entre la vie et la mort, entre le passé et le futur, entre la peur et la joie.

La bonne nouvelle de l’évangile est éminemment claire: Quand vous l’attendez le moins et que vous avez le plus besoin de Lui, Jésus apparaît! Des siècles après Thomas, nous lui sommes toujours reconnaissants pour son honnêteté et son combat. Mais nous avons peu d’informations sur les origines et le passé de ce disciple. Nous savons que son nom est Didymus, qui signifie “Jumeau”. Qui était l’autre moitié de Thomas? Qui était son jumeau?  Peut-être pouvons-nous le contempler en nous regardant dans un miroir. 

L’autre moitié de Thomas se situe dans toute personne combattant la souffrance de l’incroyance, du doute et du désespoir et qui a laissé la présence de Jésus ressuscité faire l’immense différence. L’incrédule, le poseur de questions, Thomas qui sommeille en chacun de nous peut être touché. Nous avons à répondre de nos blessures  et de celles des autres. Même dans notre faiblesse, nous avons à nous exposer au souffle de l’Esprit pour que nos blessures soient guéries et nos peurs dépassées. Nous croirons avec Thomas, nous pourrons partager avec les autres la bénédiction qui s’étend à partir de lui et à travers lui à tous les autres.

Béni sois-tu parce que tu as vu. Bénis soient tous ceux qui ont cru sans avoir vu.

Que cette bénédiction de Pâques soit sur chacun de nous.

Quels mots pour dire la résurrection?

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.

 

Pâques est la promesse que chacun de nous recevra la visite de la mort. Mais plus important Pâques est la certitude que la mort est un changement de vie et non la fin de la vie. Pâques nous oblige à revoir comment Dieu nous réconforte et nous donne la force de persévérer, dans les moments les plus sombres  de souffrance comme dans les plus petites épreuves. Le mystère de Pâques nous donne une nouvelle identité et un nom nouveau: nous sommes sauvés, rachetés, renouvelés; nous sommes chrétiens, et nous n’avons plus besoin d’avoir peur et de désespérer. Le tombeau n’a pas pu retenir le Seigneur de la Vie.

Les lectures du Triduum, spécialement celles de la Vigile Pascale et du matin de Pâques, nous permettent d’entrevoir le sens de Pâques. Quels mots pour dire la résurrection ? Nous devons admettre honnêtement que nous n’avons pas de mots. Seules des métaphores ‚ des images nous invitent à entrer dans ce mystère au delà des mots. 

Il est quasi impossible de s’asseoir à l’ordinateur et d’écrire au sujet de la résurrection de Jésus à partir d’un mort.  On n’écrit pas sur son portable ou sur son Blackberry “Jésus est ressuscité”, on doit en  témoigner :
Si la résurrection était vérifiable historiquement, Dieu ne l’aurait pas fait dans l’obscurité sans témoin. La résurrection a été un événement entre Dieu le Père et Dieu le Fils par le pouvoir de Dieu Esprit. Pas un seul Evangile ne peut raconter comment cela s’est passé. La résurrection n’est pas une question théorique, mais une question de Coeur qui peut être seulement expérimentée au sein  de la liturgie d’une communauté.

Pour être pleinement vécue et comprise, la résurrection requiert un environnement avec du chant, de l’encens, du pain et du vin, des instruments de musique, des mots de bienvenues, des cris de joie, des couleurs chatoyantes et surtout, la présence de personnes réelles, même de celles qui ne sont pas des personnes «pratiquantes » fréquentant régulièrement la communauté paroissiale. La victoire de Jésus sur la mort appartient à la pastorale, à la vie sacramentelle et à la mission de l’Eglise dans le monde.

Comment et où Jésus est-il vivant et présent dans notre propre expérience, dans notre Eglise et notre Monde ?

Tout d’abord, Jésus est vivant dans toutes les personnes qui prêchent et enseignent. Il est présent en tant que Parole et Sacrement ; signe d’unité de son peuple sur la terre.

Nous reconnaissons que Jésus est vivant et humblement présent dans l’Eglise, dans le monde et dans nos propres vies, souvent dans l’obscurité, et dans les choses qui peut-être ne sont pas apparemment  visibles ou compréhensibles de l’extérieur, mais qui, quand elles sont vues de l’intérieur, nous révèlent la présence vivante du Seigneur ressuscité.

Quand nous examinons soigneusement nos propres vies, nous pouvons être effrayés par nos péchés, notre faiblesse, notre ambiguïté, duplicité et vide. Nous sommes pauvres, faibles, désespérés et paraissant incapables d’être des vases d’argile porteurs de semences de résurrection. Mais grâce à l’amour du Seigneur, son pouvoir, sa miséricorde et sa présence immortelle, même nos propres vies peuvent devenir des manifestations de la gloire du pouvoir du Fils de Dieu. Pâques nous invite à regarder le passé avec reconnaissance, à envisager l’avenir avec espérance et à vivre le moment présent avec émerveillement.

Pâques est la réponse glorieuse de Dieu aux questions sur le sens de nos vies. À partir de maintenant, la seule expérience de vie et de mort  qui a de la valeur est celle des premiers disciples – être l’un d’eux qui a vu le Seigneur – reconnaître qu’il est ressuscité et partager aux autres cette joie incroyable, voilà ce que je nous souhaite en cette fête de Pâques…

Par la croix, Il ramasse les morceaux de nos vies et les remet ensemble.

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.

 

Le Vendredi Saint nous nous rassemblons ensemble, en communauté chrétienne, pour pleurer la mort de l’un des nôtres. Nous voyons « l’homme », Jésus, qui a pris sur lui tous nos péchés et tous nos échecs, pour que nous puissions faire l’expérience de la paix et de la réconciliation avec Celui qui l’a envoyé.

Chaque année au Vendredi Saint, nous lisons la Passion selon saint Jean. Tout ce récit profondément émouvant met l’accent sur la souveraineté de Jésus, même dans la mort. Dans le récit des dernières heures de Jésus, Ponce Pilate présente Jésus au peuple avec ces mots : Ecce HomoVoici l’homme (19, 5). Quelle expression obsédante pour décrire les paradoxes de la personne et de la mission du Fils de Dieu. Ecce Homo – qui est venu dans le monde, étant sans péchés, parfait, juste, saint et nous l’avons tué. Ecce Homo – qui a vécu pour les autres, leur donnant la guérison, les rétablissant et les aimant pour la vie. Ecce Homo – qui a eu le courage à son époque de choisir des femmes comme disciples et amies proches. Ecce Homo – qui a revendiqué avoir une relation unique, personnelle, avec le Dieu d’Israël qu’il a appelé « Abba ». Ecce Homo – en qui l’humanité était si bien intégrée qu’il était  pleinement homme et qu’il est vraiment un modèle pour chacun pour être pleinement humain, pour être authentiquement saint.

On nous demande le Vendredi Saint de réaliser profondément la tragédie de la mort de Jésus dans le contexte de nos propres épreuves, tristesses et morts. La croix de Jésus est un message, une parole pour nous, un signe de contradiction, un signe de victoire. Nous regardons la Croix et nous répondons dans la Foi au message de vie qui en découle, un message qui nous apporte la guérison et la réconciliation.

 Alors que nous contemplons la croix de Jésus, peut-être que nous pouvons seulement crier : « Où est tu, Dieu ? » «Si seulement tu avais été là, notre frère ne serait pas mort ! ». Et dans la croix nous trouvons la réponse : Dieu est suspendu sur un arbre, dans le corps brisé d’un jeune homme – les bras ouverts pour nous embrasser – qui nous demande de grimper sur la Croix avec lui, pour voir le monde depuis une perspective entièrement nouvelle.

Ou peut-être avons-nous besoin d’implorer sa miséricorde, demandant qu’il ne nous oublie pas dans la nouvelle Jérusalem : « Jésus souviens toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne ».

Dans le fond de nos obscurités, nous aurons peut-être à prier avec Cléophas et son compagnon anonyme sur la route d’Emmaüs, « Reste avec nous Seigneur car le soir vient et la journée déjà  est avancée ». Ou peut-être au milieu de notre désespoir, nous reconnaissons la source de notre espérance et l’écho des mots de Jésus, « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Ensuite nous sommes peut-être Pierre, stupéfait de l’extraordinaire douceur et patience de son maître avec lui, et nous pouvons seulement prononcer, « Mais Seigneur, tu sais bien que je t’aime ».

Pour Jean, le vendredi Saint est déjà la Pentecôte. Déjà à la crucifixion l’Église est née et a reçu le pouvoir de l’Esprit. Avant de mourir, Jésus confie son disciple bien-aimé aux soins de sa mère et sa mère aux soins de son disciple. « Voici ton fils ! Voici ta mère ! » A partir de ce moment, le disciple et la communauté chrétienne qu’il symbolise continuent l’œuvre de Jésus sur la terre. Même l’inclinaison de sa tête au moment de mourir peut être interprétée comme un signe dans leur direction. Par la mort de Jésus vient la vie pour ceux qui le suivent. Dans sa mort, Jésus devient pour nous un point d’embarquement.

Nous connaissons tous des gens comme ça: il suffit d’être en leur présence, on ne sait pas pourquoi mais les choses semblent s’arranger pour nous, il remet les morceaux de notre vie ensemble.

Le Vendredi Saint, alors que nous sommes en deuil, rassemblés sur la colline de la mort et entourant le membre le plus important de notre communauté, nous savons d’une manière étrange et mystérieuse que le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus recueille les morceaux brisés de nos vies, les remet ensemble, dans le bon ordre et il fait de nous des êtres réunifiés.

Devant ce spectacle de gens qui affluent vers un crucifié depuis tant de siècles et de tous les coins du monde, on se pose la question: s’agit-il seulement d’un homme grand et bienfaisant ou bien d’un Dieu?
Toi-même tu as donné la réponse, et il l’accepte celui qui n’a pas les yeux obscurcis par des préjugés et qui est avide de lumière.

Quand Pierre déclare : «Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant», non seulement tu acceptes cette profession de foi mais tu la récompenses. Tu revendiques toujours comme tien ce que les juifs considèrent comme réservé exclusivement à Dieu. A leur grand scandale tu remets les péchés, tu te proclames maître du Sabbat, tu enseignes avec pleine autorité, tu te ddéclares l’égal du Père. Plusieurs fois ils tentent de te lapider comme blasphémateur parce que tu te dis Dieu. Quand finalement le grand prêtre te demande solennellement:
– Es-tu, oui ou non, le Fils de Dieu?
– Je le suis, et vous me verrez à la droite du Père.

Tu acceptes la mort plutôt que de te dédire et de renier ton essence divine.
J’ai écrit, mais je n’ai jamais été aussi mécontent de ce que j’écrivais. Il me semble avoir omis la majeure part de ce qu’on pouvait dire de toi et d’avoir gâché ce qu’il aurait fallu dire infiniment mieux. J’ai pourtant une consolation, c’est que l’important n’est pas qu’on écrive sur toi, mais que beaucoup t’aiment et t’imitent. Et par chance, malgré tout, cela arrive encore.

Mai 1974

Albino Luciani (Pape Jean-Paul I)
« A Jésus: j’écris en tremblant »
dans Humblement vôtre: Lettres du Pape Jean-Paul I

« Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe »

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.


Au Jeudi Saint nous commémorons la Cène du Seigneur et nous célébrons l’institution de l’Eucharistie. C’est une soirée très spéciale pour se rappeler ce que Jésus a fait pour nous et le grand don qu’il nous a laissé. La mémoire est l’un des plus mystérieux et des plus grands pouvoirs de l’esprit humain. Sans la mémoire nous cesserions d’être nous-mêmes et nous perdrions notre identité. Un souvenir, une fois qu’il est revenu à l’esprit, a le pouvoir de catalyser notre monde intérieur et d’orienter tout vers son objet, surtout si ce n’est pas une chose ou un fait mais une personne vivante. Le Jeudi Saint, nous nous souvenons de Jésus, de sa vie, de son message et de son cadeau pour nous dans le pain et le vin.

L’Eucharistie est un mémorial car elle rappelle l’évènement auquel l’humanité d’aujourd’hui doit son existence en tant qu’humanité rachetée : la mort du Seigneur. L’Eucharistie a quelque chose qui la distingue de tout autre type de mémorial. C’est à la fois le mémorial et la présence, même si elle est cachée sous les signes du pain et du vin. Le christianisme, le catholicisme, les sacrements, et spécialement l’eucharistie, ne sont pas des concepts théologiques, des cours, des idées, des fantaisies passagères, des symboles : ils sont une personne vivante et son nom est Jésus.

L’autorité de Jésus nous attire – à cause de sa compassion. Nous sommes saisis par l’autorité de ses paroles, par sa profondeur, son regard plein d’amour et la fermeté de sa foi. En fin de compte Jésus existe pour les autres, il existe pour servir. Il a été éprouvé et testé de part et d’autres, comme nous – Il connaît toutes nos difficultés ; il connaît notre condition de l’intérieur et de l’extérieur : c’est seulement à cause de cela qu’il a acquis une capacité de profonde compassion. Lors de la dernière Cène, Jésus nous enseigne que la véritable autorité dans l’Église est d’être serviteur, de donner nos vies pour nos amis.

Notre liturgie eucharistique proclame l’unique lien de vie entre Dieu et son peuple. La nature même de l’Eucharistie implique un lien avec Dieu et avec la communauté, un lien qui est révélé dans l’amour, l’humble service qui est puissamment représenté dans le lavement des pieds dans le récit de la dernière scène dans l’évangile de saint Jean (Jn 13, 1-15).
 
L’Eucharistie est la passion de Jésus, sa mort et sa résurrection. Sans la résurrection de Jésus notre foi est suspendue dans les airs. D’autre part, la résurrection de Jésus elle-même peut être une idéologie dangereuse si elle ne nous stimule pas à partager réellement avec nos frères et nos sœurs qui sont affamés et brisés. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous participons à ce qui devient nourriture et boisson pour les autres. Sa vie est une fête pour les pauvres et les pécheurs. Elle doit donc l’être pour ceux qui reçoivent le corps et le sang du Seigneur.

 Nous devenons ce que nous recevons dans ce repas et nous imitons Jésus dans son oeuvre de salut et ses paroles de guérison. Comme sont appropriés les mots de la Seconde Prière Eucharistique pour la réconciliation dans le rite romain :

Père très bon, ton Fils a laissé à ton Église ce mémorial de son amour ; en rappelant ici sa mort et sa résurrection, nous te présentons cette offrande qui vient de toi, le sacrifice qui nous rétablit dans ta grâce ; accepte-nous aussi, avec ton Fils bien aimé. Donne nous dans ce repas ton Esprit Saint : qu’il fasse disparaître les causes de nos divisions.

Commémorer la Cène du Seigneur le Jeudi Saint n’est pas une nostalgie paralysante qui nous ramène au passé. Célébrer et recevoir l’Eucharistie ne signifie pas que nous allons devenir prisonniers de notre religion commune ou de notre mémoire catholique. La célébration de l’Eucharistie nous projette en avant, comme nous le professons dans l’acclamation après la consécration pendant la messe : « Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous célébrons ta mort, Seigneur Jésus, jusqu’à ce que tu reviennes dans la gloire. »

Si j’étais parent…

Par Sébastien Lacroix

Je me questionne depuis hier matin sur le communiqué de l’Assemblée des évêques du Québec (AECQ) à-propos du programme d’éthique et de culture religieuse. Les prélats du Québec ont terminé leur rencontre annuelle le 7 mars dernier et sont retournés chez eux sans un bruit. Il aura fallu attendre plus d’une semaine avant d’avoir la position des évêques sur le programme qui fait tant parler de lui. À lire le communiqué, on imagine que nos pasteurs ont eu une dure semaine et qu’ils ne sont pas du même avis sur cette question, mais ça, nous le savions déjà.

Si j’étais un parent catholique non pratiquant et que je me questionnais sur l’éducation religieuse de mon enfant, je ne saurais que faire de cette opinion. Si, comme parent, je suis désorienté parce que j’apprends en début d’année qu’il n’y a plus d’enseignement religieux, rien dans ce message ne m’oriente vers ma paroisse qui est cependant prête à recevoir mon enfant. Si j’étais un parent catéchète, ou un agent de pastorale engagé dans la catéchèse en paroisse, je ne trouverais aucun appui réel, ni signe d’encouragement. Si, en tant que parent, je m’opposais au programme du Ministère de l’Éducation jusqu’à marcher dans les rues, il n’y aurait rien non plus pour me désarmer, ou me faire voir l’envers de la médaille. Que faire? M’asseoir et attendre?

Nous comprenons que l’objet de l’avis des évêques porte sur le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse.  Malheureusement, leur message est lancé dans le vide et ne touchera personne. Pourquoi ne pas avoir saisi cette opportunité pour s’adresser directement aux catholiques du Québec au lieu de parler à la troisième personne? Pourquoi ne pas avoir encouragé ceux et celles qui font leur possible pour initier des jeunes à la foi et aux principes du catholicisme?  Pourquoi ne pas avoir invité directement les opposants au programme à donner la chance au coureur au lieu de parler d’utilisation circonspecte du recours à l’exemption? D’ailleurs, ceux qui demandent l’exemption sont justement ceux qui n’auraient pas à le faire : les parents qui transmettent les éléments de la foi chrétienne à leurs enfants sont assez «vigilants» pour pallier aux lacunes potentielles du programme tout en permettant à leurs enfants d’ouvrir leurs horizons.

Doit-on voir chez les évêques un manque de leadership qui risque à long terme de remettre en question la pertinence d’un regroupement régional comme l’AECQ? En tant que catholiques, nous avons le droit, sinon le devoir d’interpeller nos pasteurs et de leur poser des questions. Et tout en étant «critiques et vigilants», nous pouvons continuer de prier pour eux.
 

Pourquoi cette semaine est-elle différente des autres semaines?

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.

 

La Semaine Sainte est vraiment différente de toutes les autres semaines de l’année chrétienne. Les trois jours du Triduum se trouvent entre les quarante jours de Carême et les cinquante jours de Pâques. Le Triduum se termine l’après-midi du dimanche de Pâques. Cette semaine, la Passion, la souffrance, la mort et la résurrection du Seigneur sont les thèmes qui nous unissent le plus comme peuple chrétien et comme Église.

Lors de ce dimanche des Rameaux, nous ne pouvons nous empêcher de revenir sur les contrastes frappants du récit de la Passion selon saint Matthieu. L’évangéliste nous présente l’entrée triomphale de Jésus dans la ville pour la semaine finale et fatale pour sa vie. Nous accompagnons Jésus qui monte à Jérusalem au milieu de la foule criant « Hosanna, béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ! » La journée est remplie d’une louange et d’une allégresse débordante, mais il se profile à l’horizon une vague de haine, de destruction et de mort.

Nous aussi nous sommes pris dans la foule qui acclame son Messie et Roi alors qu’il descend le Mont des Oliviers… ne venant pas avec le cérémonial d’un cortège royal, mais sur une bête de somme. Quelles images saisissantes de la royauté, de l’humilité et de la divinité sont rassemblées dans cette scène paradoxale de l’entrée de Jésus dans sa ville ! Pleins d’enthousiasme, ils l’accueillent avec des rameaux comme le Roi de la paix et le porteur de l’espérance. Pleins de haine cinq jours plus tard, ils exigent sa mort sur la croix. Au dimanche des Rameaux nous sommes invités à demeurer parmi ceux qui lui sont restés fidèles même alors qu’il était sur la croix.

Le Jeudi Saint, les lectures de l’Écriture nous enracinent dans notre passé juif… .  Célébrant la Pâque avec les Juifs, recevant de saint Paul ce qui lui a été transmis, le banquet eucharistique, et regardant le visage de Jésus lorsqu’il se met à genoux devant nous pour laver nos pieds humblement. Après l’écoute des Écritures, nous faisons quelque chose d’étrange : le lavement des pieds. Au cours de cette nuit, Jésus nous donne une image de ce à quoi l’Église est censée ressembler : une communauté de serviteurs, lavant les pieds.

Après le repas sur le mont Sion, Jésus est allé au jardin de Gethsémani et se jeta la face contre terre en pleurant. Trois fois, il a prié le Père, toujours pour dire la même chose – qu’il ne pouvait poursuivre le dessein de son Père. Il regardait fixement avec des yeux égarés le visage de l’ange qui cherchait à le réconforter. Nous ne pourrons jamais comprendre pleinement à quel point Jésus s’est abaissé dans sa souffrance, est descendu en enfer, là où tous les espoirs sont détruits. Pourtant, il n’y avait aucune puissance dans le monde qui pouvait nous prendre un tel sauveur.  Ceux qui ont fait de la recherche d’eux-mêmes et d’une impitoyable affirmation d’eux-mêmes une règle de vie peuvent nous causer des souffrances et de la misère. Mais dans les profondeurs de notre être, ils n’ont plus de pouvoir sur nous, car ils n’avaient aucun pouvoir sur Jésus.

Le Vendredi Saint est le jour du paradoxe divin. L’émouvant récit de la Passion selon saint Jean est proclamé dans la liturgie. Nous nous réunissons en silence pour écouter le récit du disciple bien-aimé et de la mort du Messie. Comme la croix est élevée au milieu de nous, nous regardons cet instrument de mort et de destruction, et d’une manière étrange et silencieuse, nous trouvons la force et l’espérance dans nos propres luttes. Ce n’est pas seulement un jour de tristesse, c’est aussi un jour de gloire. Aujourd’hui, ce qui n’aurait pas pu demeurer autres choses que des souvenirs honteux se transforme en beauté, en espérance et en un appel continu à la bonté héroïque. Aujourd’hui le « grand prêtre » n’est pas loin de nous, ni éloigné de notre condition, mais il est celui qui éprouve de la sympathie pour nous parce qu’il a connu notre faiblesse et notre douleur et même nos tentations (Hébreux 4, 14-45).

Le Samedi Saint est le jour de la douleur et du deuil, de l’attente et de l’espérance. Ce temps que nous vivons peut être mis en parallèle avec l’expérience des disciples et de Marie, la mère du Seigneur, alors qu’ils laissaient l’impact de la mort du Seigneur devenir une réalité pour eux. Leur foi a été sévèrement mise en question alors qu’ils attendaient la résurrection.

À la fin d’une longue journée d’attente, nous célébrons la mère de toutes nos liturgies, une vraie fête pour les sens. L’Église se réunit entre les ténèbres et la lumière d’un feu nouveau et d’un grand cierge qui rendront cette nuit brillante pour nous. Nous écoutons les Écritures : récit de la création, Abraham et Isaac, Moïse et Myriam et la traversée de la mer, des poèmes de promesses et de réjouissance et l’histoire du tombeau vide. Nous voyons, nous entendons, nous goûtons, nous sentons la nouveauté de Dieu en Jésus Christ ressuscité d’entre les morts. Dans cette liturgie, le passé et le présent se rencontrent, la mort et la vie s’embrassent et la vie est triomphante ; nous rejetons le mal et renouvelons nos promesses baptismales à Dieu.

Regardons l’exemple de la femme qui a généreusement versé de l’huile précieuse sur la tête de Jésus en vue de la passion (Mt 26, 6-13). Ses disciples trouvent à y redire, et la réponse de Jésus à leurs objections est tout à fait révélatrice. Son acte prophétique est tout à fait extraordinaire dans le contexte de la passion selon saint Matthieu parce que nous découvrons dans les passages qui suivent que les disciples vont s’endormir (Pierre, Jacques et Jean), le trahir (Judas), et le renier (Pierre). Quel itinéraire pour les disciples les plus près de Jésus ! Mais quel courage, quelle audace et quel exemple de la part de cette femme !

Bien que cette femme anonyme ne pouvait pas comprendre pleinement la signification symbolique et prophétique de l’onction, ni l’à-propos de son geste ; elle désirait simplement être avec Jésus et lui exprimer son amour généreux et son attention. C’est ce que nous sommes appelés à faire cette semaine : aimer Jésus et être attentifs à lui  tout au long du mouvement final de la symphonie de sa vie terrestre. Que nos vies soient comme la jarre d’onguent précieux que cette femme anonyme verse abondamment sur son Seigneur.

Bonne Semaine Sainte!