L’avortement: droit, choix et liberté?

Affiche campagne pro-avortement

« Sexualité, contraception, avortement : un droit, mon choix, notre liberté » : c’est ce que les usagers des gares et des métros de la région parisienne peuvent lire depuis quelques jours. Cette campagne subventionnée par la région Île-de-France est à l’initiative du Mouvement français pour le planning familial. Cette association qui bénéficie d’un large financement public milite pour « les droits des femmes ». Elle est également chargée entre autre de la formation des professionnels de la santé et de l’éducation. Si les campagnes publicitaires en faveur de la contraception sont fréquentes, c’est la première fois qu’une publicité fait ouvertement la promotion de l’avortement en France. Il s’agit selon Maïté Albagly, la secrétaire générale de cette association, de déculpabiliser l’avortement et d’en faciliter l’accès. Pour elle, le chiffre des 220 000 avortements pratiqués chaque année en France « n’est pas énorme », puisqu’il est un « droit » acquis.
Les évêques de la région parisienne ont signé une déclaration commune pour exprimer la position de l’Église à ce sujet. Voici leur message :

Promouvoir l’avortement, c’est renoncer à nos responsabilités.

L’avortement n’est pas un épisode banal de la vie d’une femme. C’est toujours une blessure et un échec, pour les femmes, les couples et la société.

Est-il responsable de la part de certains élus de soutenir une campagne de communication qui laisse croire que c’est un progrès ? Pire encore, qui en fait la promotion ?

Trop de femmes se trouvent désemparées face à une grossesse mal supportée. On ne peut présenter leur détresse comme une liberté. Des associations s’efforcent de les aider à garder leur enfant et les accompagnent, quoi qu’il arrive. Elles méritent d’être soutenues.

Au lieu de promouvoir l’avortement comme solution d’avenir, il est temps que tous participent résolument à la promotion d’une culture respectueuse de la vie et de la dignité des femmes.

Les évêques de la Province d’Ile-de-France y sont allés d’un message fort alors que personne ne dénoncait cette campagne. J’espère que nous saurons réagir de la même façon si une campagne de ce genre se pointera le bout du nez à Montréal ou Québec…

Priez sans cesse…

Par Sébastien Lacroix

À partir d’aujourd’hui et ce pour les huit prochains jours, les chrétiens du monde entier sont invités à prier ensemble pour l’unité de toutes les églises.  Ce sont des chrétiens qui ont déchiré l’Église du Christ d’abord en 1054 – le grand schisme entre l’Église d’Orient et celle d’Occident. En octobre 1517, Martin Luther affichait ses 95 thèses à Wittenberg en réponse à une Église qui affirmait réduire le temps de purgatoire des fidèles moyennant une somme d’argent. Combien de gens ont payé, souvent au prix de leur vie, pour ces divisions entre fils et filles d’un même Seigneur?

Heureusement, nombreux sont les efforts de dialogue qui engagent des chrétiens de toutes les églises. Des accords importants ont depuis été signés sur certains aspects de la foi, comme le salut, alors que le rôle et la signification du successeur de Pierre demeure un point de division.

Des gestes symboliques ont été posés et demeurent dans l’imaginaire de plusieurs. Pensons à la rencontre entre Paul VI et le Patriarche Athénagoras 1er qui ont prié ensemble la prière du Christ « Que tous soient un », Jn 17. C’est justement par la prière qu’adviendra la réunion de tous les chrétiens. Car l’Unité des chrétiens ne relève pas de nous mais de l’Esprit de Dieu présent et agissant en nous. Ainsi, en discernant attentivement les signes de l’Esprit au sein des Églises, nous parviendrons, plus tôt que tard, à cette unité qui sera le véritable reflet de l’amour trinitaire.

Il y a cent ans, le Père Paul Wattson, prêtre épiscopalien (anglican) et cofondateur de la Society of the Atonement de Graymoor (à Garrisson, dans l’Etat de New York), inaugurait une Octave de prière pour l’unité des chrétiens qui fut célébrée pour la première fois du 18 au 25 janvier 1908. En 1968, exactement soixante ans plus tard, les Eglises et les paroisses du monde entier recevaient pour la première fois des textes pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, conjointement préparés par la Commission Foi et Constitution du Conseil oecuménique des Eglises et le Secrétariat pour la promotion de l’unité des chrétiens (Eglise catholique).

Le passage biblique choisi pour la célébration du 100e anniversaire de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens est tiré de la première lettre aux Thessaloniciens. Le texte « Priez sans cesse » (1 Th 5,17) souligne le rôle essentiel de la prière dans la vie de la communauté des croyants car elle donne à ses membres d’approfondir leur relation au Christ et aux autres. Ce passage fait partie d’une série d’ ‘impératifs’, des déclarations par lesquelles Paul encourage la communauté à vivre de l’unité que Dieu nous donne en Christ, à être dans la pratique ce qu’elle est dans le principe : le corps unique du Christ, visiblement uni en ce lieu.

                                                    Tiré du livret pour la semaine de prières pour l’unité des chrétiens 2008 du Conseil oeucuméniques des églises

Au cours de la semaine qui vient, offrons au Seigneur nos brisures et en même temps nos désirs d’unité. Joignons-nous à ce grand mouvement de prière qui permettra qu’un jour, nous ne fassions qu’un.

Au travail!

Par Sébastien Lacroix

Le sort était jeté déjà l’automne dernier, suite à l’annonce par le Saint-Siège d’une visite du pape aux États-Unis en avril 2008. Un grand voyage qui mènera Benoît XVI de la Maison Blanche aux Nations-Unis, où il prononcera un important discours. Auparavant, le Saint-Père avait déjà annoncé aux jeunes qu’il les retrouverait à Sydney à la fin juillet, et on ne renie pas une promesse faite aux jeunes. Malgré cela, le cardinal Marc Ouellet a joué le tout pour le tout en novembre dernier: lettre du premier ministre du Québec, pétition de quelques milliers de Québécois alors que la majorité d’entre-eux tournent le dos à leurs racines chrétiennes:  tout pour convaincre le pape de venir à Québec en juin prochain.

Enfin voici un extrait de la réponse qu’a reçue l’archevêque de Québec il y a déjà quelques jours :

En raison d’un calendrier déjà très chargé et de la proximité des J.M.J. à Sydney, le Saint-Père m’a demandé de vous informer qu’à son grand regret, il ne peut accepter votre invitation à participer au Congrès eucharistique de Québec. Il peut éventuellement être envisagé que le Pape adresse un message au moyen d’une vidéoconférence au moment le plus opportun qu’il conviendrait de définir avec vous.

L’idée d’une vidéoconférence n’est pas mauvaise du tout. Et le cardinal Ouellet s’est empressé d’en demander non pas une, mais deux. Outre une transmission à la messe de clôture sur les plaines, l’archevêque a demandé une rencontre vidéo entre le pape et les jeunes qui seront réunis au Colisée Pepsi. Comment refuser?

Certes, il y a bien des gens déçu ce soir. Une visite du pape a Québec aurait certainement donné de l’envergure tant au Congrès eucharistique qu’aux fêtes du 400e de Québec. Et d’aucuns savent que le Saint-Père n’aurait pas manqué de fouetter le moral de ses troupes en les invitant à retourner à leurs racines chrétiennes.

C’est justement-là l’une des raisons pour lesquelles d’autres ont eu un soupir de soulagement ce matin. Beaucoup au sein de l’Église au Québec estiment qu’ils en ont déjà plein les bras et qu’une visite de Benoît XVI viendrait jeter de l’huile sur le feu. C’est sous estimer la figure du pape et son ministère d’Unité au sein de l’Église. Benoît XVI demeurera toujours influencé par Joseph Ratzinger, mais il demeure le successeur de Pierre, et nous croyons que l’Esprit de Dieu sait le guider dans la direction de l’Église.  

Quant au congrès lui-même, il ne perd aucunement sa pertinence pour Québec. Divers événements et rencontres sont prévus entre le 15 et le 22 juin. Des catholiques du monde entier débarqueront alors dans ce berceau de l’Amérique française. Espérons que l’enthousiasme de ces gens se fera sentir chez les Québécois frileux de leur héritage.

Le choc de la déception passé, les membres du comité organisateur du Congrès doivent maintenant retrousser leurs manches et redoubler d’ardeur afin que l’événement de juin prochain soit rassembleur et puissent ébranler l’incrédulité de ceux et celles qui doutent.

Ce baptême qui nous pousse à aller vers les autres

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.

 

Le thème de l’épiphanie du Christ – de Jésus inaugurant sa mission divine sur la terre – parvient  à son accomplissement au jour du Baptême du Seigneur, que nous célébrons cette année le 13 janvier. La belle antienne de la prière du soir de la fête de l’Épiphanie (dimanche dernier) dit : « Nous célébrons trois mystères en ce jour : aujourd’hui l’étoile à conduit les mages vers la crèche ; aujourd’hui l’eau fut changée en vin aux noces de Cana ; aujourd’hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver. » Chaque événement est accompagné d’une théophanie, une preuve évidente de l’intervention divine. L’étoile, l’eau changée en vin, la voix venant du ciel et la colombe. Aujourd’hui nous assistons au baptême du Seigneur, celui dans lequel nous sommes nous-mêmes baptisés.

Le mot « épiphanie »  signifie « manifester ». Les épiphanies, grandes ou petites, sont plutôt des évènements privés, mais des évènements d’une grande portée pour les  témoins. Essayer de comparer les détails avec une autre épiphanie est compliqué ; les mots ne sont jamais tout à fait justes, et même l’auditeur le plus sympathique ne peut pas pleinement combler l’écart entre la description et l’évènement lui-même. Beaucoup d’entre-nous tenons notre expérience du sacré de nous-mêmes. Qui pourrait le croire ? Et qui pourrait vraiment comprendre? L’ironie est que les épiphanies sont faites pour partager, même si celles-ci sont impossibles à communiquer pleinement.

La puissance de la présence de Dieu dans notre expérience quotidienne ne doit pas être conservée pour nous-mêmes. Même si personne ne peut la comprendre complètement, nous devons essayer de la partager. Bien que nous devons être satisfaits d’avoir fait nous-mêmes l’expérience de l’épiphanie, il y aura toujours en nous un désir pour les rapports humains.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus est bien le Serviteur du Seigneur, qui a reçu l’Esprit de Dieu pour pourvoir aux besoins de son peuple. Dans la scène du baptême, Matthieu (3, 13-17) ne montre pas seulement la relation intime entre le Père et le Fils, mais aussi les conséquences de cette relation. Le croyant est le serviteur de tous. Selon Matthieu, quand Jésus sort, trempé, des eaux du Jourdain, Jean est déjà en train de procéder au baptême suivant alors que la foule est en repentir. Jésus seul voit l’Esprit descendant sur des ailes de lumière et rester sur sa tête trempée. Lui seul entend la bienheureuse voix de Dieu l’appelant Fils Bien-aimé.  L’expérience le conduit dans le désert pendant 40 jours, seul, pour affûter sa vocation. Pas étonnant que lorsqu’il rentre pour débuter son ministère, l’une de ses premières actions est d’appeler ses disciples. C’en est assez de la solitude ! C’est le moment d’avoir de la compagnie!

En recevant la vie du Christ dans le baptême, nous chrétiens sommes appelés à soutenir la vie de l’Église. La foi implique le souci des autres. Comme le serviteur dans la lecture d’Isaïe d’aujourd’hui (Is 42, 1-4.6-7), nous devons remplacer les ténèbre par la lumière. Comme le Serviteur dans Matthieu, nous devons remplacer la douleur par la guérison. Loin d’être un don purement privé, la foi est une responsabilité commune.

Alors que j’étudiais à Rome, je suis tombé sur une histoire datant de l’Église primitive qui est très appropriée pour nous en cette fête. Au troisième siècle, Cyprien de Carthage écrivait à son amis Donatus : « C’est un monde mauvais, Donatus, dans lequel nous vivons. Mais au milieu de lui, j’ai découvert un groupe de personnes calme et saint. Ce sont des gens qui ont trouvé un bonheur qui est mille fois plus joyeux que tous les plaisirs de nos vies pécheresses. Ces personnes sont méprisées et persécutées, mais cela n’a pas d’importance pour elles. Ce sont des chrétiens Donatus, et moi je suis l’un d’eux. »

En nous rappelant du baptême de Jésus dans le Jourdain et de notre propre baptême, puissions-nous, nous aussi, nous lever debout et être compter du nombre. Prions pour que notre propre baptême nous aide à être lumière pour les autres et pour le monde, et nous donne le courage d’être différent, d’être compté parmi les amis de Jésus.

Le baptême – mystère et espérance du monde à venir – est le plus beau des dons de Dieu, nous invitant à devenir disciples du Seigneur. Il nous fait entrer dans l’intimité de Dieu, dans la vie trinitaire, dès aujourd’hui et jusque dans l’éternité. Il est une grâce donnée au pécheur, qui nous purifie du péché et nous ouvre un avenir nouveau. Il est un bain qui lave et qui régénère. Il est une onction, qui nous conforme au Christ, Prêtre, Prophète et Roi. Il est une illumination, qui éclaire notre route et lui donne tout son sens. …Revêtus de blanc au jour de notre baptême, comme nous le serons au dernier jour, nous sommes appelés à en garder chaque jour l’éclat et à le retrouver grâce au pardon, à la prière et à la vie chrétienne. Le Baptême est le signe que Dieu nous a rejoints sur notre route, qu’il embellit notre existence et qu’il transforme notre histoire en une histoire sainte. »

Jean-Paul II
JMJ de Paris, 1997

Debout pour célébrer!

Par Benoît Lévêque 

 

Du 28 décembre 2007 au 1er janvier 2008 se tenait à Calgary Rise Up, la conférence nationale du CCO (Catholic Christian Outreach), un mouvement étudiant anglophone qui œuvre dans les universités canadiennes. Pour l’occasion, près de 500 jeunes venus de 60 collèges et universités de tout le Canada se sont rassemblés autours du thème : « La renaissance de l’Espérance ».

Venant de France, c’était la première fois que je rencontrais ce mouvement. Je dois dire que ce fut une heureuse découverte. Le CCO est un réseau d’équipes d’étudiants qui témoignent de leur Foi dans les universités. Il connaît une croissance rapide et fêtera ses 20 ans cette année.  Pendant 4 jours j’ai participé à cet évènement  annuel où des jeunes se retrouvent pour prier, se former, partager leur foi et pour fêter l’entrée dans la nouvelle année. J’ai vu des chrétiens heureux qui n’ont pas peur de mettre le Christ au cœur de leurs vies. Ils s’engagent tout au long de l’année dans les universités pour transmettre l’Évangile à leur génération. Certains parmi eux suivent une formation plus longue pour devenir missionnaire à plein temps sur les campus.

Dans un contexte où témoigner de sa foi est difficile, je pense que la structure et les outils du CCO répondent bien au désir d’évangélisation des jeunes catholiques. Plusieurs évêques présents sont intervenus au cours de conférences sur le thème de l’Espérance. Il me semble que ce thème a été apprécié. Alors qu’un courant de pensée voudrait que la jeunesse soit définitivement éloignée de l’Église, la réponse enthousiaste de ces étudiants montre qu’il n’en est rien. Je peux témoigner qu’il s’agit de jeunes « normaux » qui sont capable de réfléchir et d’être réaliste, mais leur Espérance les pousse à aller de l’avant. Ils ont remarqué que  beaucoup de jeunes ne sont pas croyants simplement parce qu’ils n’ont pas rencontré de témoins. Aujourd’hui, ils répondent avec joie aux appels pour une nouvelle évangélisation de Jean-Paul II et de Benoît XVI.

Je dois dire que les jeunes que j’ai vu durant ces quelques jours m’ont permis d’avoir une opinion très positive sur le CCO. Prochainement le CCO prendra part au Congrès Eucharistique de Québec en organisant une mission intitulée « Rencontrer Jésus » qui se tiendra du 4 mai au 24 juin 2008. Vous pourrez peut-être rencontrer ces jeunes témoins à cette occasion.

La vraie joie et le vrai espoir nous viennent du Christ

Par le père Thomas Rosica, c.s.b. 

J’ai toujours aimé le récit biblique des Rois mages cherchant le Christ dans l’Évangile de Matthieu [2, 1-12]. À la maison, dans leur pays éloigné, les trois étrangers, probablement des astrologues, avaient tout le confort d’une vie princière, mais quelque chose manquait, ils étaient agités et insatisfaits. Ils étaient des chercheurs, non satisfaits du monde tel qu’ils le connaissaient; ils ont espéré qu’un nouveau leader soit quelqu’un qui puisse faire du monde une meilleure place pour vivre. Ils avaient le courage de parier leur vie, leur confort et leur réputation en partant sous les cieux gris d’hiver, suivant la lumière d’une nouvelle étoile dans le ciel qui les mènerait à la Vérité et la Vie.

Comme vous pouvez voir, l’histoire de l’Évangile de Matthieu est remplie de contrastes extraordinaires des gens, des lieux et des situations : des gens – Hérode souverain tyrannique, des Rois mages simples qui cherchent la vérité, des gens qui semble s’élever avec l’appui de leur dirigeant despotique; des lieux – la petitesse de Bethléem et la splendeur de Jérusalem; des attitudes – simplicité et joie, inquiétude, jalousie et menace.

Au centre de l’histoire entière, frappée de contrastes, se trouve un bébé qui est la joie. Hérode a peur de cette « grande joie pour tout le peuple. » À ceux qui sont sensibles aux signes des temps et des lieux, l’arrivée de Jésus est une invitation à se risquer et à s’engager dans un voyage de foi. À la fin, les Rois mages ont suivi leur propre voie, et parce qu’ils ont refusé d’être séduits par le cynisme, parce qu’ils se sont permis d’être étonnés par cette grande joie, l’étoile, à la suite de laquelle ils s’étaient engagés, est apparue de nouveau.

Cette histoire du voyage des Rois mages, est non seulement la description des conditions dans lesquelles Jésus est né, mais aussi la description de tant de gens dans notre monde contemporain.

La vraie joie nous vient du Christ.  C’est lui notre espoir.  Celui-là même pour qui les prophètes n’ont cessé de marcher. Celui-là même que les Rois mages ont adoré, Celui pour qui les martyrs ont témoigné en donnant leurs vies.  Adorons-le cette année avec des coeurs simples et ouverts.

De la part de nous tous à Sel et Lumière, je vous souhaite une nouvelle année comblée de joie, de paix et l’espoir que Dieu seul nous donne.

À qui le Salut de Dieu s’étend-il?

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.,
Directeur général de Télévision Sel et Lumière

Ceux parmi nous qui attendent une histoire familiale de Noël sont surpris d’entendre Matthieu commencer abruptement son récit de l’enfance du Christ avec ces mots : « Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ.» Où est l’introduction du couple sans domicile cherchant un abri au moment où la femme se prépare à donner naissance? Où est la description de l’étable, crue et nue, et de l’enfant Jésus couché sur un lit de paille, entouré par les bêtes? Où sont les bergers dans les champs, les anges annonçant la Bonne nouvelle et chantant les louanges de Dieu? Si nous lisons plus loin en Matthieu, nous trouvons l’histoire familière des hommes sages, qui ont suivi l’étoile et ont apporté les cadeaux d’or, d’encens et de myrrhe. Mais l’histoire de la naissance de Jésus est racontée depuis une perspective très différente. Luc se concentre sur la personne de Marie – sa rencontre avec l’ange, son accouchement, Jésus dans les langes et ses réflexions sur les événements. L’histoire de Matthieu elle, se concentre sur Joseph.

Peut-être que Matthieu et Luc ne sont pas si différents. Chacun raconte l’histoire d’une grossesse imprévue ainsi que la crainte et la consternation qui accompagnent initialement l’annonce de cette grossesse. Chacun raconte l’histoire d’une rencontre avec un ange qui offre des encouragements par la prédiction de la mission de l’enfant qui naîtra. Chacun raconte l’histoire d’un parent acceptant cette étonnante nouvelle dans une humble obéissance à Dieu.

La promesse d’un sauveur est une étonnante nouvelle pour le peuple qui était désespéré d’un sauveur. En Isaïe quand le roi Achaz fut démis par des forces étrangères, il a cherché à faire alliance avec l’un des rois étrangers. Mais Isaïe conseilla la confiance en Dieu pas en un gouvernement extérieur. Isaïe promit alors la naissance d’un enfant appelé Emmanuel, « Dieu avec nous. » Dans l’histoire de Matthieu, l’enfant Emmanuel est Jésus, Dieu avec nous, celui qui sauvera le peuple de ses péchés.

Une partie de cette étonnante surprise de cette annonce du sauveur est son inclusivité. D’un côté, Jésus est un juif descendant d’Abraham, Isaac et Jacob, un homme d’ascendance royal descendant du renommé Roi David. D’un autre côté, le salut incarné en Jésus s’étend au-delà du peuple d’Israël pour inclure les nations païennes. Ceci est implicite dans la généalogie qui introduit la narration de la naissance de Jésus dans l’évangile de Matthieu. La généalogie nomme non seulement Abraham et David mais aussi Rahab, Ruth, des païennes qui se marièrent dans la lignée juive. Paul met en lumière l’inclusion des païens dans sa lettre aux Romains, leur disant qu’il était envoyé vers les païens, incluant ceux de Rome.

Pour nous, la distinction entre juifs et païens n’a pas la signification qu’elle avait dans le monde scripturaire du premier siècle. Mais qu’en est il des distinctions contemporaines crées par les frontières ou les identités ethniques et raciales ? Qu’en est il des distinctions entre chrétiens, juifs, musulmans? À qui le Salut de Dieu est-il étendu?

La narration de la naissance de Jésus ne fournit pas de réponses toutes prêtes à de telles questions. À la conclusion de l’évangile de Matthieu, le Christ ressuscité envoie les disciples vers toutes les nations, leur demandant de porter le message qu’ils ont reçu de lui. Peut-être qu’en l’histoire de la naissance non conventionnelle de Jésus nous avons une petite idée de ce que fut le premier miracle de Jésus: en lui Dieu vient pour tous. Peut-être que, comme nous entendons encore la naissance non conventionnelle de Jésus, nous pourrions être ouvert au salut de Dieu qui pourrait apparaître en des lieux nouveaux et parfois surprenant.

Au nom de tous à Télévision Sel et Lumière, je vous souhaite un Noël saint, joyeux et rempli de paix!

La Fille aînée de l’Église rentre-t-elle au bercail?

Par Sébastien Lacroix

Le Président français a été reçu avec tous les honneurs aujourd’hui à Rome. (Pour en savoir plus, regarder l’édition du 20 décembre de Zoom).  Il s’y trouvait pour recevoir son titre de chanoine d’honneur de la Basilique Saint-Jean de Latran. Dans un discours prononcé dans la Salle de la signature du palais du Latran, le président Sarkozy a fait référence à la laïcité française et aux rapports entre l’État, les religions et le spirituel.

Le Québec regarde toujours la France comme un modèle, entre autres en ce qui à trait à la laïcité. Nous présentons ici certains propos tiré du discours de Nicolas Sarkozy. Peut-être peuvent-ils jeter une nouvelle lumière sur les bouleversements que traversent la société québécoise.

Pour autant, il n’est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd’hui une liberté : la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion et la liberté d’en changer, de religion, la liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, la liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, la liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance.

La France a beaucoup changé. Les citoyens français ont des convictions plus diverses qu’autrefois. Dès lors la laïcité s’affirme comme une nécessité et oserais-je le dire, une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c’est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l’interdiction des signes ostentatoires à l’école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. La laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, c’est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.

(…)

Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s’est montrée plus méfiante que bienveillante à l’égard des cultes. Chaque fois qu’elle a fait un pas vers les religions, qu’il s’agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu’elle agissait, allez, parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n’est qu’en 2002 qu’elle a accepté le principe d’un dialogue institutionnel régulier avec l’Eglise catholique. Qu’il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes et injustes dont j’ai été l’objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd’hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, refusant de reconnaître un caractère cultuel à l’action caritative, en répugnant à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d’enseignement supérieur catholique, en n’accordant aucune valeur aux diplômes de théologie, considérant qu’elle ne doit pas s’intéresser à la formation des ministres du culte.

Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence.

Ainsi, cent ans après la loi de 1905, la France semble vouloir trouver un équilibre entre une laïcité ouverte et des institutions religieuses et des croyants qui insulffe un vent d’espérance. Télévision Sel + Lumière diffusera le discours du Président de la France au palais du Latran immédiatement après Zoom à 19h35 et 23h35 ce soir et à 7h05 vendredi matin. Le discours est également disponible sur le site de l’ambassade de France près le Saint-Siège.

Lumière, joie et espoir dans nos déserts en ce temps de l’Avent

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.

 

La première lecture d’Isaïe [35,1-10] du troisième dimanche ‘Gaudete’ de l’Avent met en lumière le grand paradoxe qui est au coeur de l’Avent.  Le prophète capture le paradoxe de la désolation et de la célébration comme nul autre poète n’a su le faire. Scrutant la surface aride du sud du désert du Néguev, il a eu une vision de la nouvelle création de Dieu. Écoutez quelques-uns des désirs et espoirs d’Isaïe exprimés sur le mode lyrique:

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie !  On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu… Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie.

Des eaux jailliront dans le désert, des torrents dans la steppe. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif en sources jaillissantes.  Ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leurs visages ; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront. 

Dans cette magnifique pièce de poésie biblique, le prophète Isaïe annonce la fin de la captivité babylonienne. Délivré et sauvé par Dieu, tout le peuple devra retourner dans ses propres terres par le chemin du désert : un nouvel exode.  Le chemin, le désert, l’eau et la joie sont plus que de simples coïncidences. Isaïe prophétise qu’il devrait n’y avoir qu’un seul chemin de pureté et qu’il sera appelé le chemin de la sainteté sur lequel les sauvés devront marcher. Au milieu du désert des torrents jailliront. Imaginez cette scène incroyable… une autoroute d’abondance et de joie dans de tels endroits déserts et sans espoir.

Les voies du désert étaient profondément ancrées dans le coeur d’Israël et de Jésus, et ce doit être de même pour chacun de nous qui formons la nouvelle Israël de Dieu, l’Église. Le chemin d’Israël dans le désert est aussi le chemin pour chacun de nous. Nous rencontrons Dieu au milieu de nos déserts de péché, d’égoïsme, de désespoir, d’isolement et de cynisme.  Et au milieu de nos déserts, nous entendons ce que Dieu fera si nous lui ouvrons nos coeurs et lui permettons de faire fleurir nos propres déserts.

Comment survivre au milieu de nos propres déserts?  Comment avons-nous résisté à transformer nos propres zones désertiques en lieux de vie abondante? Comment nous sommes-nous cachés derrière les barrières qui nous séparent les uns des autres? Combien souvent nous sommes nous écartés du chemin de paix dans nos propres égoïsmes, nos manques de charité et notre désespoir? 

Combien de temps nous sommes-nous laissés bombarder par des images et des voix de ténèbres, de ruines et de désespoir, sans pouvoir voir la beauté, la vérité et l’espérance qui sont au centre du message chrétien et de la vie catholique. 

Vivre l’Avent, c’est accueillir la Lumière et permettre à son éclat et  à la saveur de l’Évangile de briller dans nos ténèbres, nos désespoirs et nos doutes. Avec le don de Télévision Sel et Lumière, l’Église du Canada a reçu un merveilleux cadeau qui s’étend maintenant à tout le pays grâce au premier réseau de télévision catholique, maintenant disponible d’un océan à l’autre.  Sel et Lumière communique la Bonne Nouvelle du Christ à travers le travail positif que l’Église accomplit en Son nom via les médias. 

Alors que nous continuons à désirer et attendre le Christ, ne perdons pas espoir en cours de route. Que l’exemple de Jean le Baptiste nous donne la force et le courage nécessaire pour transformer nos déserts en jardins, notre vide en expériences catholiques riches de sens. Pendant cette troisième semaine de l’Avent, permettez à Dieu de faire fleurir vos déserts intérieurs alors que vous faites l’expérience de la Télévision Sel + Lumière.

Un chrétien a l’audace d’annoncer Jésus-Christ

Ce matin à Rome, le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a présenté une note doctrinale concernant certains aspects de l’évangélisation. Le document daté du 3 décembre vise à rappeler aux catholiques quelques principes essentiels de la proclamation de l’évangile dans le monde moderne, en élucidant certaines implications anthropologiques, ecclésiologiques et oecuméniques liées à cette question.

Évangéliser ne signifie pas simplement enseigner une doctrine mais plutôt annoncer l’évangile de Jésus Christ par la paroles et par les actes, c’est-à-dire se faire instrument de sa présence dans le monde (par. 2).

Le paragraphe 3 nous permet de comprendre les raisons qui ont poussées à la rédaction de cette note: 

…on note de nos jours une confusion sans cesse grandissante, qui induit beaucoup de personnes à ne pas écouter et à laisser sans suite le commandement missionnaire du Seigneur (cf. Mt 28, 19). Toute tentative de convaincre d’autres personnes sur des questions religieuses est souvent perçue comme une entrave à la liberté. Il serait seulement licite d’exposer ses idées et d’inviter les personnes à agir selon leur conscience, sans favoriser leur conversion au Christ et à la foi catholique : on affirme qu’il suffit d’aider les hommes à être plus hommes, ou plus fidèles à leur religion, ou encore qu’il suffit de former des communautés capables d’oeuvrer pour la justice, la liberté, la paix, la solidarité. En outre, certains soutiennent qu’on ne devrait pas annoncer le Christ à celui qui ne le connaît pas, ni favoriser son adhésion à l’Église, puisqu’il serait possible d’être sauvé même sans une connaissance explicite du Christ et sans une incorporation formelle à l’Église.

Quatre éléments-clés ressortent de ce texte. D’abord, on y dénonce un faux sens de la justice sociale et de la rectitude politique. Il ne suffit pas d’aider les gens à être ‘plus humain’ ou plus fidèle à leur propre religion ni de lutter pour un monde de justice, de liberté, de paix et de solidarité. De plus, certains soutiennent que le Christ ne devrait pas être annoncé à ceux qui ne le connaissent pas, qu’on ne devrait inviter les gens à joindre l’Église puisque le salut serait possible même sans une connaissance explicite du Christ et sans faire partie de son Église. La personne qui connait le Christ est appelé à l’annoncer.

Deuxièmement, la note rappelle qu’on ne peut détacher le Royaume de Dieu de l’Église. L’extension de l’Église dans l’histoire, qui constitue la finalité de la mission, est un service rendu à la présence de Dieu à travers son Royaume. L’Église est donc le véhicule de la présence de Dieu et pour cela l’instrument d’une vraie humanisation de l’homme et du monde (par. 9).

En matière d’oecuménisme, la note explique que le dialogue entre chrétiens n’enlève pas le droit ni la responsabilité de proclamer la plénitude de la foi catholique aux autres chrétiens, qui sont libres de l’accueillir ou non.

Enfin, ce document apporte certainement d’importantes clarifications sur le sens et l’objectif de l’évangélisation. Nombre de catholiques se questionnent quant à la nécessité d’annoncer Jésus Christ et la foi catholique, certains affirmant même que d’annoncer la plénitude de la Révélation masquerait une attitude d’intolérance et constituerait un danger.

Cette note de la CDF est à-propos alors que beaucoup de cathos se réfugient derrière le voile de l’accueil, de la tolérance et de l’ouverture. Cette note créera certainement moins de vague que celle parue cet été qui réaffirmait que l’Église du Christ ne se trouve pleinement que dans l’Église catholique. Il ne s’agit pas d’une tape sur les doigts mais bien d’un rappel à ne pas oublier ce qui est essentiel.