Journée mondiale des pauvres

(CNS photo/L’Osservatore Romano)

« Un pauvre crie ; le Seigneur entend. » Voilà le thème de la deuxième journée mondiale des pauvres, célébrée par l’Église ce dimanche 18 novembre. Instituée à l’issue du Jubilé extraordinaire de la miséricorde par le pape François, le Saint-Père assurait qu’il est « venu le temps de la miséricorde pour que les pauvres sentent se poser sur eux le regard respectueux mais attentif de ceux qui, ayant vaincu l’indifférence, découvrent l’essentiel de la vie. »

Cette initiative, lancée en 2016, veut aider à faire réfléchir sur la manière dont la pauvreté est au cœur de l’Évangile. Selon le pape François cette journée constitue une « authentique forme de nouvelle évangélisation par laquelle se renouvellera le visage de l’Église dans son action continuelle de conversion pastorale pour être témoin de la miséricorde. »

En 2016 lors d’une rencontre au Vatican avec des personnes en grande précarité le souverain pontife insistait sur la dignité des plus pauvres, notamment parce qu’ils ont « la capacité à trouver la beauté jusque dans les choses les plus tristes et les plus douloureuses. »

Dans son intervention, après avoir rappelé que la pauvreté se trouve au cœur de l’Évangile, François invitait avec insistance les personnes pauvres à rêver : « Seul celui qui sent qu’il lui manque quelque chose, regarde vers le haut et rêve ; celui qui a tout ne peut pas rêver ! ». « Ne vous arrêtez pas de rêver » a insisté le Pape, leur demandant de rêver qu’on peut changer le monde.

Et le Pape de conclure son discours, en forme de prière : « Enseignez à nous tous, qui avons un toit, de la nourriture et des médicaments, enseignez-nous à ne pas être satisfaits. Avec vos rêves, enseignez-nous à rêver, enseignez-nous à rêver à partir de l’Évangile, là où vous êtes, au cœur de l’Évangile. »

Dimanche, pour cette deuxième édition de la journée mondiale des pauvres le souverain pontife présidera la messe dans la basilique Saint-Pierre, puis il partagera un déjeuner avec près de 3000 personnes, hommes et femmes défavorisés.

Prendre sur soi la croix de l’itinérance

C’est en plein cœur du Salon du livre de Montréal, qu’avait lieu, hier en fin d’après-midi, une conférence autour du livre « Confession d’un prêtre de la rue ». J’avais évidemment très hâte de lire la vie de celui qui anime les « Chroniques des actualités de la rue » en tant que collaborateur de l’émission Église en Sortie depuis les débuts. Composé d’une série d’entretiens entre Jean-Marie Lapointe et l’abbé Claude Paradis, cet ouvrage retrace, à la fois, le parcours difficile de celui qui était appelé à devenir prêtre de tout éternité et la profondeur de sa démarche trop souvent occultée par la philosophie de l’entraide qui prédomine aujourd’hui.

Un purgatoire plus tôt que prévu!

Une chose est certaine, ce livre est une véritable « confession ». Sans édulcorer le vécu du curé des gens de la rue du Centre-Ville de Montréal, ce livre nous présente un homme bien incarné qui, comme saint Paul, a « reçu dans [sa] chair une écharde ». On y retrace donc l’itinéraire d’un gaspésien qui, sous le poids des blessures parfois cruelles de la vie, a vécu une « véritable descente aux enfers » qui, vue d’aujourd’hui, apparaît comme un réel purgatoire. On y retrace sa conversion puis le séminaire, son ordination puis l’apprentissage de la vie de prêtre ;  une série d’événement qui lui ont certainement permis de comprendre, plus que nous tous, cette Parole de l’Évangile : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » (2 Cor 12, 9).

Le livre ne se contente cependant pas d’offrir des éléments biographiques. On y côtoie aussi de profondes réflexions sur le sens de la souffrance, de la pauvreté et des différentes dépendances. En effet, on voit, dans la vie de l’abbé Paradis, une véritable soif  d’amour, ce qui a pu décupler la souffrance causée par les rejets parfois brutaux dont il a pu faire l’objet. Quelle intensité la découverte de l’Amour indéfectible de Dieu a-t-elle pu susciter en lui pour créer un tel retournement qui fera de lui un prêtre quelques année plus tard !

Une porte vers le ciel

On constate également certaines caractéristiques de l’état de dépendance et le combat contre celles-ci. Contrairement au rêve d’autonomie absolue dont notre société essaie de nous convaincre, nous sommes des êtres foncièrement dépendants. Dépendants de la société pour vivre, dépendants de nos parents pour nous donner la vie et nous éduquer, dépendants de l’environnement pour nous soutenir, etc. Les toxicomanes, eux, savent trop bien que notre état de dépendance est réel. Voilà pourquoi les différents groupes de soutien n’ont pas de difficultés à comprendre la nécessité de faire référence à une « Force Supérieure » ou, en d’autres termes, à Dieu. Nous avons donc beaucoup à apprendre de ces gens souffrants de la rue qui, d’une certaine façon, sont pour nous le miroir brutal de notre propre misère. Contrairement à nous, leur état ne leur permet pas de se voiler la face et de se penser autonomes et maîtres d’eux-mêmes ; d’où leur plus grande ouverture à Dieu et à la transcendance.

Mais comment cette ouverture pourrait-elle être comblée sans des témoins crédibles pour nous aider, comme le disait le curé d’Ars, à nous « montrer le chemin du ciel » ? Tel est le sens de la vie de l’abbé Claude Paradis et de l’apostolat de Notre-Dame-de-la-rue. La vie spirituelle des âmes qu’il rencontre est sa priorité et pour cause.  Faire de la place à l’amour dans leur cœur des hommes est la seule chose qui puisse étancher la soif du Christ sur la croix !

Prendre sa croix et celles des autres

Enfin, j’aimerais jeter un éclairage sur une autre dimension de la vie du Curé de la rue. Comme cela a été merveilleusement présenté dans le documentaire de Charles Le Bourgeois « Dealer d’espoir », à visionner sur Sel et Lumière, l’abbé Claude Paradis ne cherche pas seulement à aider les pauvres, il cherche aussi  à prendre sur lui la croix de l’itinérance. C’est pourquoi, il lui est arrivé à plusieurs reprises de dormir dehors, quêter et errer dans les rues comme une offrande au Père éternel. Est-il possible de non seulement souffrir sa propre vie mais aussi de vouloir prendre sur soi les blessures des autres ? C’est pourtant ce que l’Église nous enseigne : « La grâce comprend aussi les dons que l’Esprit nous accorde pour nous associer à son œuvre, pour nous rendre capables de collaborer au salut des autres et à la croissance du Corps du Christ. […] (Catéchisme de l’Église catholique, no 2003). S’associer à la Croix rédemptrice de Jésus par une vie communautaire avec les itinérants de Montréal voilà qui pourrait bien résumer le charisme de l’abbé Claude Paradis.

Je recommande la lecture du livre  « Confession d’un prêtre de la rue ».  Pour en savoir davantage sur le livre et sur l’abbé Paradis,  je reçois pour en discuter Jean-Marie Lapointe, cette semaine à l’émission Église en Sortie sans oublier la maintenant très attendue « Chronique des actualités de la rue » de l’abbé Claude Paradis !

Échos du Vatican

A l’occasion du centenaire de l’armistice de la 1ère guerre mondiale, écoutez l’hommage rendu par le Pape aux victimes de la guerre et son appel à s’engager pour la paix

Dealer d’espoir, à ne pas manquer le 12 novembre

Dealer d’espoir sera diffusé lundi 12 novembre à 20h00 sur Sel et Lumière TV

C’est un reportage plein d’espérance qui vous emmène dans les rues enneigées de Montréal, à la rencontre d’un prêtre hors du commun. L’Abbé Claude Paradis vit son ministère dans la rue, auprès des itinérants. Lui-même ancien sans-abri et consommateur de drogue, il s’est converti en dealer d’espoir pour apporter du réconfort au milieu de la misère.

A mesure de nos pérégrinations dans le froid hivernal du mois de décembre, le père Claude nous raconte sa vie. De son désir de suicide jusqu’à l’appel à devenir prêtre, en passant par ses addictions à l’alcool et à la drogue. Une histoire à la fois terrible et empreinte d’espérance, qui nous permet de comprendre sa mission et sa vocation  de prêtre.

Aujourd’hui, en étant une présence d’Eglise réconfortante auprès des sans-abris, l’abbé Paradis veut interpeller sur les réalités de l’itinérance, afin notamment d’éliminer les préjugés et de se faire la voix de ceux que l’on n’écoute pas. Voilà pourquoi sa paroisse à lui c’est les rues et les poubelles. C’est sur ce terrain-là qu’il partage l’Évangile, qu’il célèbre la messe, et qu’il se rend disponible, humblement, pour réconforter ceux qui ont tout perdu.

Cette mission qu’il vit au quotidien, c’est l’expérience de l’Évangile de saint Matthieu (25,35) qui nous appelle à nous mettre au service des plus petits. Comme dans cet épisode biblique le père Claude voit dans la rue celui qui a faim d’être reconnu par quelqu’un, celui qui a soif d’être aimé, celui qui veut être habillé de dignité…pour ce peuple des oubliés, il est prêt à mourir, selon son propre aveu.

A l’exemple d’un pasteur qui se salit les mains au milieu de son troupeau l’abbé Paradis rejoint les hommes dans leur vie quotidienne, jusqu’aux périphéries de leur existence. A l’image du Christ qui n’est pas venu pour les biens portants mais pour les malades.

Échos du Vatican

Retour dans cette émission sur les célébrations de la Toussaint et de la fête des morts, ainsi que sur les autres évènements qui ont marqué la semaine au Vatican

Ad Deum qui laetificat juventutem meam !


Credit photo:CNS/Paul Haring
Lundi dernier était publié le document final du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Présenté au Saint-Père selon les règles établies par le Motu Proprio Epicospalis Communio, ce texte d’une cinquantaine de pages, passé au vote paragraphe par paragraphe, a pour but d’orienter les réflexions du Saint-Père pour l’écriture de l’Exhortation apostolique post-synodale qui portera sur ce thème. Divisé en trois parties et suivant le modèle de l’épisode des disciples d’Emmaüs, ce document manifeste l’attitude fondamentale que doivent avoir les membres de l’Église pour un apostolat soucieux à la fois des besoins spirituels et humains des jeunes mais également de leur rythme et de leurs attentes spécifiques.

« Ils marchaient avec eux » (Lc 24,15)

Comme toute action pastorale de l’Église, les recommandations présentes dans ce document disponible jusqu’à maintenant qu’en italien, cherchent à incarner l’attitude de Jésus telle que présentée dans l’évangiles. En ce sens, l’épisode des disciples d’Emmaüs est on ne peut plus approprié.  S’inspirant de cette proximité de Jésus qui se mit à l’écoute des peurs et incompréhensions des disciples qui ne saisissaient pas encore le sens des événements de Jérusalem, de même, le document manifeste l’attitude d’écoute des pères synodaux qui ont cherché à « illuminer ce qu’ils ont pu reconnaître du contexte dans lequel évolue la jeunesse d’aujourd’hui » (no 4).

En ce sens, on reconnaît l’importance et la centralité d’enjeux tels que la construction de l’identité des jeunes en manifestant particulièrement les différents types de relations qui influent grandement sur leur développement. Sont donc mentionnées l’importance de la famille, les amitiés et les différentes influences présentes dans les traditions et les cultures. Sans résumer outre mesure, nous pourrions dire que l’Église a conscience de la complexité de la réalité de la jeunesse contemporaine et cherche à manifester son désir de les accompagner.

« Leurs yeux s’ouvrirent » (Lc 24, 31)

La deuxième partie du document met plutôt l’emphase sur l’attitude de Jésus qui, après les avoir écoutés, leur adresse une parole adaptée (no 77) à leur vision du monde et à leur compréhension des problèmes existentiels auxquels ils sont confrontés (no 58-62). Cherchant à se conformer à ce regard du Christ tant Divin qu’Humain, les évêques reconnaissent la jeunesse et les jeunes comme un don de Dieu (no 63) que l’Église ne peut négliger. Comme le disait l’introït de la Messe d’antan « ad Deum qui laetificat juventutem meam » (À ce Dieu qui fut la joie de ma jeunesse), l’Église doit aujourd’hui faire preuve d’ingéniosité afin que la jeunesse elle-même lui fasse redécouvrir le Dieu de la joie. Une démarche de dialogue et d’échange (no 122) doit donc s’établir afin que les jeunes puissent eux-mêmes traduire et incarner le riche patrimoine de foi, de sagesse et de sainteté hérité du passé.

Pour ce faire, le document met l’emphase sur la dimension vocationnelle de la foi. En effet, aux jeunes parvenus à cet  âge crucial de la vie où des choix fondamentaux sont à faire, l’Église doit manifester et donner les moyens de suivre l’appel universel à la sainteté (no 84) dans le cadre de leur vocation personnelle (no 80). Accompagner (no 93) et transmettre les outils de discernement (no 104) nécessaires que sont une relation personnelle avec le Christ (no 114), des idées claires sur les notions de liberté (no 76), vérité, amour, justice, etc., des initiatives pouvant canaliser le besoin de radicalité et de don de soi de la jeunesse ne sont que quelques pistes abordées par le document.

« À l’instant même ils partirent » (Lc 24,33)

Mettant en évidence l’énergie nouvelle qu’inculque l’écoute de la Parole lorsqu’elle s’adresse à nous personnellement, l’Église veut, avec les jeunes, se mettre en marche sur le chemin de la mission. Comprenant que cette démarche de la rencontre et de ce désir de transmission de la foi est au centre du renouvellement de l’Église, les évêques réunis en synode semblent vouloir redonner à l’Église un « visage relationnel » (no 122). À l’heure où l’on assiste au niveau mondial « aux défis du bas niveau de participation et de l’influence disproportionnée de petits groupes de pression » (no 127), l’Église peut, plus que jamais montrer l’exemple d’une gouvernance responsable et participative.

Devenir une Église pleinement consciente de l’urgence de l’évangélisation suggère donc de revenir à l’essentiel tout en faisant preuve de cette créativité que seules des communautés vivantes parce que priantes peuvent réaliser. Passer des structures aux relations sera vraisemblablement l’un des mots d’ordre des prochaines réflexions sur l’avenir de l’Église. Pour ce faire, le document emploie la figure chère au pape François : le polyèdre. Ne cherchant plus à uniformiser les structures, la solide unité de la foi transmise par les apôtres et en communion avec le successeur de Pierre nous invite à un nouvel espace de liberté où pourront s’épanouir « des personnes de sensibilités, de provenance et de cultures diverses » (no 131).

Prochain rendez-vous : Panama 2019 

Alors que les évêques présents au Synode sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » sont, pour la plupart, de retour chez eux, l’Église dans son ensemble se prépare à la célébration des Journées mondiales de la Jeunesse 2019 au Panama en janvier prochain. Au cours des dernières décennies, cet événement central de la vie de l’Église a su nous montrer un nouveau visage de l’Église; non pas en contradiction avec les profils ecclésiaux du passé mais plutôt en cohérence avec une vision organique de la tradition et du patrimoine de l’Église héritée des motions de l’Esprit Saint à travers les âges.

Pour suivre cette jeunesse enflammée, Télévision Sel et Lumière sera fidèle au poste pour vous faire vivre les Journées mondiales de la Jeunesse 2019, cet événement incontournable de la vie de l’Église d’aujourd’hui et de demain. Un rendez-vous à ne pas manquer!

Église en Sortie 26 octobre 2018

Cette semaine à Église en sortie, on s’entretient avec Isabel Correa, directrice de la Mission Jeunesse Montréal et JMJ Canada, sur la place des jeunes dans l’Église en marge du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». On vous présente un reportage sur la Résidence de la montagne de l’Horeb, maison de repos pour les prêtres à Sainte-Agathe-des-Monts au nord de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis reçoit Mgr Pierre Goudreault, évêque du diocèse de Sainte-Anne-de-La-Pocatière au sujet de son diocèse et du tournant missionnaire de l’Église.

Frère Pierre Charland OFM nommé Ministre Provincial des Franciscains du Canada

Réunis en Chapître général à Saint-Albert en Alberta, les deux provinces franciscaines du Canada sont devenues aujourd’hui une seule et même province. Ayant pour nom « Province du Saint Esprit », la nouvelle Province canadienne des Franciscains a désormais pour Provincial le frère Pierre Charland OFM . C’est donc en présence du Ministre général des Franciscains Michael Perry o.f.m. qu’a pu se dérouler la suppression des anciennes provinces Saint-Joseph et Christ the King ainsi que le rituel officiel de création et mise en place de cette nouvelle province du Saint Esprit. Les Franciscains du Canada sont composés de 87 frères répartis dans dix fraternités. L’établissement de cette nouvelle province canadienne a pour but de restructurer l’ordre au Canada afin de susciter un renouveau missionnaire. Restez à l’écoute de Sel et Lumière pour connaître tous les détails sur ce moment historique de l’Église au Canada.

La nouvelle Province Saint Esprit des Franciscains du Canada s’est également doté d’un nouveau sceau et logo:

 

 

Vous pouvez également revoir le reportage sur le Chapitre des Nattes au lien suivant.

Intervention d’Emilie Callan au Synode sur les jeunes

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’intervention d’Emilie Callan, prononcé le jeudi 18 octobre 2018 lors du Synode sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel.

 

Très Saint Père, chers pères synodaux, chers amis.

Merci de nous réunir pour ce synode. C’est un privilège de pouvoir vous adresser la parole.

Les papes, de Paul VI jusqu’à vous, Saint Père, nous parlent du besoin urgent d’être une Église en sortie. Le pape Jean-Paul II, dans son encyclique Redemptoris Missio, disait que l’évangélisation missionnaire “constitue le premier service que l’Église peut rendre à tout homme et à l’humanité entière dans le monde actuel” et il y mettait au centre l’annonce de l’amour de Dieu qui se manifeste en Jésus Christ. Puisque cette annonce constitue la mission première de l’Église, quels efforts mettons-nous à engender des hommes et des femmes capables de communiquer le message central de l’Évangile par leur bouche et par leurs actes, c’est-à-dire engender des évangélisateurs?

Nous lisons, dans le 2e épitre de Saint Paul à Timothée: “Toi donc, mon enfant, affermis-toi dans la grâce qui est dans le Christ Jésus, et ce que tu as appris de moi en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes sûrs, qui soient capables d’en instruire aussi d’autres” (Timothée 2, 2).

Mais lorsqu’il s’agit de transmettre la foi, nous arrivons à transmettre la connaissance de la foi, mais rarement savons-nous comment inviter les autres à entrer en relation avec ce Dieu d’amour.

J’ai eu la chance de découvrir l’amour personnelle de Dieu dans ma famille. Voilà, qu’à l’adolescence, je m’interrogeais sur le sens de ma vie et sur Dieu, et mes parents accueillaient mes questionnements avec patience. Pour satisfaire cette soif de réponses, ils tournaient mon regard vers Jésus, toujours en respectant ma liberté! Plus je découvrais qui il était, plus je voulais vivre comme lui et pour lui, et de manière surprenante, plus j’avais la certitude d’avoir profondément besoin de sa miséricorde. Qu’il y avait un abîme entre Dieu et moi que seule Jésus pouvait combler. Je me suis retrouvée devant un prêtre dans le sacrement de la réconciliation, à 16 ans, et après cela, ma vie telle que je l’avais connue avait changée. Dieu prenait de plus en plus de place dans ma vie. J’étais la fille bien-aimée de Dieu le Père et j’avais pour ami, son Fils Jésus!

Cette expérience initiale de l’amour de Dieu et de sa miséricorde s’est approfondi quand je suis arrivée à l’université, mais seulement après une période de doute sur la présence de Dieu, d’incertitudes face à mon avenir, de confusion en voyant d’autres jeunes de mon âge rejeter leur foi. C’est alors que j’ai rencontré un mouvement catholique universitaire. Ce mouvement de jeunes propose une série d’études en petits groupes sur les aspect fondamentaux du catholicisme. On se préoccupe d’abord de la proclamation initiale du kérygme à travers les Saintes Écritures, la Tradition de l’Église, et les témoignages des saints, et les jeunes sont invités à mettre le Christ au centre de leur vie. L’apprentissage de la prière, le recours aux sacrements, la vie communautaire, l’expérience de la mission dans la vie de l’Église et la formation de disciples missionnaires, font tous partie intégrante de la mission de ce mouvement.

Grâce à cette expérience, j’ai renoué ma relation avec Jésus Christ, j’ai compris d’une nouvelle manière que j’étais aussi appelée à suivre la route étroite vers la sainteté, que cette aventure ne pouvait se réalisée en-dehors d’une amitié avec le Christ vécue au sein de cette Église, et je voulais que d’autres connaissent la joie profonde qui se trouve seulement dans cette relation intime avec Lui…

C’est seulement dans cette amitié avec Jésus que “s’ouvrent les grandes potentialités de la vie humaine”, comme le disait le pape émérite Benoit XVI. Tout en découle. Nous le savons déjà, lorsqu’un jeune oriente sa vie pour suivre le Christ, il devient un témoin généreux et héroïque.

Plus il y aura des jeunes qui se convertissent, plus grande sera leur vie de foi, plus grand aussi sera leur engagement dans la mission de l’Église, et PLUS il y aura des vocations!

Ce sont mes parents, des missionnaires laïcs, des prêtres, des personnes consacrées et des amis convaincus, que j’ai rencontré en chemin, et que je rencontre encore aujourd’hui, qui m’ont donné non seulement le courage de partager ma foi avec d’autres mais qui m’ont appris à articuler la foi de manière claire et simple. Cela suppose, évidemment, une conversion intérieure.

Pour que cela se réalise, il faut enseigner la rencontre avec Jésus Christ. Nous avons besoin d’hommes et de femmes, crédibles, qui n’ont pas peur de l’Évangile et de ses exigences, qui sont épris d’amour pour le Christ et pour son Église, et savent comment lui ouvrir les portes.

“Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle” (Jean 3, 16). C’est le plus grand cadeau qui nous soit donné et que l’Église a à proposer!

Homélie du pape François lors des canonisations de Paul VI et Oscar Romero


Crédit: CNS photo/Paul Haring

(14 septembre 2018) Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée ce matin sur la Place Saint-Pierre lors de la célébration de canonisation de 7 nouveaux saints dont celles de Paul VI et Oscar Romero: 

La deuxième Lecture nous a dit qu’« elle est vivante, la Parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée » (He 4, 12). Il en est vraiment ainsi : la Parole de Dieu n’est pas seulement un ensemble de vérités ou un récit spirituel édifiant, non, c’est une Parole vivante, qui touche la vie, qui la transforme. Là Jésus en personne, lui qui est la Parole vivante de Dieu, parle à nos cœurs.

L’Évangile, en particulier, nous invite à la rencontre avec le Seigneur, à l’exemple de cet ‘‘homme’’ qui ‘‘court à sa rencontre’’ (cf. Mc 10, 17). Nous pouvons nous identifier à cet homme, dont le texte ne mentionne pas le nom, presque pour suggérer qu’il peut représenter chacun d’entre nous. Il demande à Jésus comment « avoir la vie éternelle en héritage » (v. 17). Il demande la vie pour toujours, la vie en plénitude : qui d’entre nous ne la voudrait pas ? Mais, remarquons-le, il la demande comme un héritage à posséder, comme un bien à obtenir, à conquérir par ses forces. En effet, pour posséder ce bien, il a observé les commandements depuis son enfance et pour atteindre l’objectif il est disposé à en observer d’autres ; c’est pourquoi il demande : « Que dois-je faire pour avoir ? »

La réponse de Jésus le désoriente. Le Seigneur fixe le regard sur lui et l’aime (cf. v. 12). Jésus change de perspective : des préceptes observés pour obtenir des récompenses à l’amour gratuit et total. Cet homme parlait en termes de demande et d’offre, Jésus lui propose une histoire d’amour. Il lui demande de passer de l’observance des lois au don de soi, du faire pour soi-même à l’être avec Lui. Et il lui fait une proposition de vie ‘‘tranchante’’ : « Va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres […] puis viens, suis-moi » (v. 21). À toi aussi, Jésus dit : ‘‘Viens, suis-moi’’. Viens : ne reste pas sur place, car il ne suffit pas de ne faire aucun mal pour appartenir à Jésus. Suis- moi : ne marche pas derrière Jésus seulement quand cela te convient, mais cherche-le chaque jour ; ne te contente pas d’observer les préceptes, de faire un peu d’aumône et de dire quelques prières : trouve en lui le Dieu qui t’aime toujours, le sens de ta vie, la force de te donner.

Jésus dit encore : « Vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ». Le Seigneur ne fait pas des théories sur la pauvreté et la richesse, mais il va directement à la vie. Il te demande de laisser ce qui appesantit ton cœur, de te libérer des biens pour lui faire une place à lui, l’unique bien. On ne peut pas suivre vraiment Jésus quand on est alourdi par les choses. Car, si le cœur est surchargé par les biens, il n’y aura pas de place pour le Seigneur, qui deviendra une chose parmi les autres. C’est pourquoi la richesse est dangereuse et – dit Jésus – rend même difficile le salut. Non pas parce que Dieu est sévère, non ! Le problème est de notre côté : le fait d’avoir trop, le fait de vouloir trop étouffe notre cœur et nous rend incapables d’aimer. C’est pourquoi saint Paul rappelle que « la racine de tous les maux, c’est l’argent » (1 Tm 6, 10). Nous le voyons : là où on met l’argent au centre, il n’y a pas de place pour Dieu et il n’y en a pas non plus pour l’homme.

Jésus est radical. Il donne tout et demande tout : il donne un amour total et demande un cœur sans partage. Aujourd’hui également, il se donne à nous comme Pain vivant ; pouvons-nous lui donner en échange des miettes ? À lui qui s’est fait notre serviteur jusqu’à aller sur la croix pour nous, nous ne pouvons pas répondre uniquement par l’observance de quelques préceptes. À lui qui nous offre la vie éternelle, nous ne pouvons pas donner un bout de temps. Jésus ne se contente pas d’un ‘‘pourcentage d’amour’’ : nous ne pouvons pas l’aimer à vingt, à cinquante ou à soixante pour cent. Ou tout ou rien !

Chers frères et sœurs, notre cœur est comme un aimant : il se laisse attirer par l’amour, mais peut s’attacher d’un côté seulement et doit choisir : ou bien il aimera Dieu ou bien il aimera la richesse du monde (cf. Mt 6, 24) ; ou bien il vivra pour aimer ou bien il vivra pour lui-même (Mc 8, 35). Demandons-nous de quel côté nous sommes. Demandons-nous où nous en sommes dans notre histoire d’amour avec Dieu. Nous contentons-nous de quelques préceptes ou suivons-nous Jésus comme des amoureux, vraiment disposés à quitter quelque chose pour lui ? Jésus interroge chacun d’entre nous et nous sommes tous, en tant qu’Église, en chemin : sommes-nous une Église qui ne prêche que de bons préceptes ou une Église-épouse qui s’abandonne dans l’amour pour son Seigneur ? Le suivons-nous vraiment ou retournons-nous sur les pas du monde, comme cet homme ? Au total, Jésus nous suffit-il ou bien cherchons-nous beaucoup de sécurités du monde ? Demandons la grâce de savoir quitter par amour du Seigneur : quitter les richesses, les nostalgies de rôles et de pouvoirs, les structures qui ne sont plus adaptées à l’annonce de l’Évangile, les poids qui freinent la mission, les liens qui attachent au monde. Sans un saut en avant dans l’amour, notre vie et notre Église souffrent d’une « autosatisfaction égocentrique » (Evangelii gaudium, n. 95) : on cherche la joie dans un plaisir passager, on s’enferme dans les palabres stériles, on s’installe dans la monotonie d’une vie chrétienne sans élan, où un peu de narcissisme couvre la tristesse de rester inachevé.

Il en fut ainsi pour cet homme, qui – dit l’Évangile – « s’en alla tout triste » (v. 22). Il s’était attaché aux préceptes et à ses nombreux biens, il n’avait pas donné son cœur. Et, bien qu’ayant rencontré Jésus et accueilli son regard d’amour, il s’en est allé triste. La tristesse est la preuve de l’amour inachevé. C’est le signe d’un cœur tiède. Par contre, un cœur détaché des biens, qui aime librement le Seigneur, répand toujours la joie, cette joie dont on a besoin aujourd’hui. Le saint Pape Paul VI a écrit : « C’est au cœur de leurs angoisses que nos contemporains ont besoin de connaître la joie, de sentir son chant (Exhort. ap. Gaudete in Domino, I). Aujourd’hui, Jésus nous invite à retourner aux sources de la joie, qui sont la rencontre avec lui, le choix courageux de prendre des risques pour le suivre, le goût de quitter quelque chose pour embrasser sa vie. Les saints ont parcouru ce chemin.

Paul VI l’a fait, à l’exemple de l’Apôtre dont il a pris le nom. Comme lui, il a consacré sa vie à l’Évangile du Christ, en traversant de nouvelles frontières et en se faisant son témoin dans l’annonce et dans le dialogue, prophète d’une Église ouverte qui regarde ceux qui sont loin et prend soin des pauvres. Paul VI, y compris dans la difficulté et au milieu des incompréhensions, a témoigné de manière passionnée de la beauté et de la joie de suivre Jésus totalement. Aujourd’hui, il nous exhorte encore, avec le Concile dont il a été le sage timonier, à vivre notre vocation commune : la vocation universelle à la sainteté. Non pas aux demi-mesures, mais à la sainteté. Il est beau qu’avec lui et avec les autres saints et saintes d’aujourd’hui, il y ait Mgr Romero, qui a quitté les certitudes du monde, même sa propre sécurité, pour donner sa vie selon l’Évangile, aux côtés des pauvres et de son peuple, avec le cœur attaché à Jésus et à ses frères. Nous pouvons en dire autant de Francesco Spinelli, de Vincenzo Romano, de Maria Caterina Kasper, de Nazaria Ignazia de Sainte Thérèse de Jésus et de Nunzio Sulprizio. Tous ces saints, dans des contextes différents, ont traduit par leur vie la Parole d’aujourd’hui, sans tiédeur, sans calculs, avec le désir de risquer et de quitter. Que le Seigneur nous aide à imiter leurs exemples !

[01595-FR.01] [Texte original: Italien]