Église en sortie 6 avril 2018

Cette semaine à Église en sortie, on discute de la Terre Sainte en compagnie de monsieur Carl Hétu, Directeur national de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA). On vous présente un reportage sur les nouveautés au Sanctuaire Sainte-Anne de Beaupré. Et Francis Denis s’entretient avec Mgr Lionel Gendron, p.s.s., évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada sur son plus récent pèlerinage en Terre Sainte et sur les relations avec les peuples autochtones.

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour la Fête de sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Édith Stein)

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Le 9 août, nous faisons mémoire d’une femme juive qui a aimé la croix jusqu’au bout, embrassant toutes ses contradictions et mystères tout au long de sa vie. Il y a une surprenante sculpture en bronze d’Édith Stein au centre de la ville de Cologne en Allemagne, tout près du séminaire diocésain. La sculpture représente trois Édith Stein, à trois moments critiques de sa vie. Le premier moment présente Édith alors qu’elle était jeune juive philosophe et professeur, étudiante d’Edmund Husserl. Édith est représentée en pleine réflexion et sur ses genoux se trouve une étoile de David.

La deuxième partie de la sculpture de la jeune femme dépeint Édith partagée en deux. L’artiste présente la face et sa tête presque divisée 01 Stein sculpture Koln sm copyreprésentant le moment de sa vie où elle quitta le judaïsme pour l’agnosticisme et même l’athéisme. On comprend ainsi que sa recherche de la vérité fut très douloureuse.

Troisièmement, Édith Stein est représentée alors qu’elle était devenue sœur Thérèse Bénédicte de la Croix. On retrouve donc une religieuse tenant dans ses bras un Christ crucifié : « Thérèse bénie par la croix » comme l’indique son nom. Le tout de la sculpture présente donc le cheminement d’Édith du judaïsme à l’athéisme puis au christianisme.

Dans sa biographie, ce moment fort de cette période critique de sa vie se passe à Breslau, alors qu’elle s’éloignait de plus en plus du judaïsme. Avant d’entrer au Carmel de Cologne, elle a dû faire face à sa mère pour qui la religion juive était très importante. Sa mère lui dit dans sa langue maternelle : « Édith, ne crois-tu pas que tu peux aussi être religieuse dans ta foi juive ?»

Édith répondit : « Bien sûr, si on n’a jamais rien connu d’autre ».

Sa mère lui répondit d’un ton désespéré : « Et toi, pourquoi l’as-tu rencontré ? Je ne veux rien dire contre lui, certainement il était un homme très bon, mais pourquoi s’est-il fait l’égal de Dieu ? » Sa dernière semaine à la maison et le moment ultime de la séparation furent très douloureux. Il fut très difficile de lui faire comprendre, ne serait-ce qu’un peu, les raisons de sa décision. Édith écrit cependant : « Et pourtant, je franchis le seuil de la maison du Seigneur dans une paix profonde ».

03 Edith Stein 3 copyComme Édith Stein, nous avons connu autre chose, nous avons rencontré Jésus et sa croix. Nous avons rencontré Quelqu’un d’autre : l’homme sur la croix. Nous n’avons d’autres choix que de nous rendre auprès de lui. Après qu’Édith eut fait son entrée au Carmel de  Cologne, elle continua d’écrire sa grande œuvre sur la croix : Kreuzwissenschaft (La science de la croix).

En 1938, la situation de l’Allemagne s’était détériorée d’une manière significative et l’attaque du 8 novembre (Kristallnacht) par les SS avait enlevé tous les doutes qui restaient à propos du traitement des citoyens juifs. La prieure des Carmélites décida d’envoyer Édith au couvent de Echt aux Pays-Bas. Dans la pénombre de la nuit du 31 décembre 1938, Édith Stein traversait en voiture la frontière hollandaise. Rendue au couvent de Echt, sœur Thérèse Bénédicte composa trois actes d’oblation d’elle-même, offrant sa vie pour le peuple juif, pour la paix ainsi que pour la sanctification de sa famille carmélite. Elle s’établit quelque peu dans une vie dédiée à l’enseignement du latin aux postulantes et à l’écriture d’un livre sur saint Jean-de-la-Croix. Rosa, la sœur d’Édith, devint également catholique après la mort de leur mère en 1936 et, dès 1940, rejoignit sa sœur au Carmel de Echt comme membre du tiers ordre carmélite.

Alors que la politique nazie d’extermination des juifs s’implantait rapidement dans une Hollande occupée, les juifs professant la foi chrétienne furent initialement laissés tranquilles. Toutefois, lorsque les évêques catholiques des Pays-Bas publièrent une lettre pastorale, dans laquelle ils protestaient fortement contre la déportation des juifs, les autorités nazies réagirent fortement et violemment en ordonnant l’extermination de tous les juifs baptisés. [Read more…]

Déclaration commune de la CECC et du Centre consultatif des relations juives et israéliennes sur la visite du pape François au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau

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(CNS photo/Grzegorz Galazka)

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de la Déclaration commune de la Conférence des évêques catholiques du Canada et du Centre consultatif des relations juives et israéliennes suite à la visite du pape François au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau: 

Le 29 juillet 2016

Ottawa, ON – Aujourd’hui, Sa Sainteté le pape François visite le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau en Pologne. Cette visite du pape est importante, car elle est l’occasion de rappeler les horribles conséquences de la haine et de l’indifférence dans le monde. Le passage du pape François marquera la troisième visite d’un pape en ces lieux tristement célèbres, faisant suite à celles de saint Jean-Paul II et du pape émérite Benoît XVI. Cette visite traduit d’ailleurs l’attitude des papes des cinquante dernières années, qui ont cherché à cultiver les liens entre les catholiques et les juifs et qui ont dénoncé l’antisémitisme ainsi que d’autres manifestations de la  haine, de l’intolérance ou du terrorisme et les formes modernes de génocide.

Comme le souligne Shimon Koffler Fogel, président-directeur général du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), « la visite papale d’aujourd’hui est une prise de position essentielle sur les dangers de l’antisémitisme, le devoir de se rappeler et l’importance de dénoncer le génocide à notre époque. Nous félicitons le pape François et nos amis de la communauté catholique de s’opposer fermement contre l’antisémitisme qui pose de nouveau des problèmes en Europe et ailleurs. Sur cette question comme sur beaucoup d’autres, Sa Sainteté s’impose comme un dirigeant de principes dont le rayonnement dépasse les frontières de l’Église catholique. La communauté juive est heureuse qu’aujourd’hui le pape souligne un autre moment historique dans les relations entre juifs et catholiques. »

Pour sa part, Mgr Douglas Crosby, O.M.I., évêque de Hamilton et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), déclare : « Les mots sauraient-ils exprimer les horreurs que l’humanité et le peuple juif en particulier ont subies à Auschwitz? Comment décrire cette éruption féroce, impitoyable, du mal et des ténèbres? Face à Auschwitz, tout être humain sensible à l’amour, à la compassion et à la vérité est tenu de s’interroger, de sonder dans son propre cœur les germes du mal et de l’intolérance, et de condamner le sol contaminé de l’hostilité qui continue d’affliger l’humanité. Quand l’âme et le cœur sont corrompus par la haine et l’indifférence, ils provoquent dans notre monde un déferlement de souffrance et de désespoir. Mais transformés par la foi et la tendresse de l’amour, l’âme et le cœur engendrent une récolte d’espérance, de réconciliation et de solidarité. »

Le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada et le président-directeur général du Centre consultatif des relations juives et israéliennes exhortent toutes les personnes de bonne volonté de se rappeler du passé, non seulement pour en revivre la tristesse et le deuil, mais pour en tirer les leçons et passer à l’action. Ainsi, notre génération apprendra l’importance de la vigilance face à la haine et la nécessité de travailler ensemble pour faire grandir une société plus juste et plus aimante.

Discours du pape François lors de sa visite à la Grande Synagogue de Rome

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Vous trouverez ci-dessous le texte complet du discours du pape François lors de sa visite à la Grande Synagogue de Rome le 17 janvier 2016. [Texte original : italien, et hébreu© Traduction de Zenit, Anita Bourdin :

Chers frères et sœurs,
Je suis heureux de me trouver avec vous aujourd’hui dans cette Grande synagogue. Je remercie de leurs paroles courtoises le Dr Di Segni, Mme Dureghello et l’Avocat Gattegna, et je vous remercie tous de votre accueil chaleureux. Toda rabba, merci!

Lors de cette première visite que je fais dans cette synagogue en tant qu’évêque de Rome, je désire vous exprimer, en l’étendant à toutes les communautés juives, le salut fraternel de paix de cette Eglise et de toute l’Eglise catholique. Nos relations me tiennent beaucoup à cœur. A Buenos Aires déjà, j’avais l’habitude de me rendre dans les synagogues pour y rencontrer les communautés qui s’y réunissent, suivre de près les fêtes et les commémorations juives et rendre grâce au Seigneur qui nous donne la vie et qui nous accompagne sur le chemin de l’histoire. Au cours du temps, un lien spirituel s’est créé, qui a favorisé la naissance d’authentiques relations d’amitié et qui ont aussi inspiré un engagement commun.

Dans le dialogue interreligieux, il est fondamental que nous nous rencontrions comme des frères et sœurs devant notre Créateur et que nous lui rendions louange, que nous nous respections, et que nous nous apprécions mutuellement et que nous cherchions à collaborer. Et dans le dialogue judéo-chrétien, il y a un lien unique et particulier, en vertu des racines juives du christianisme : juifs et chrétiens doivent donc se sentir frères, unis par le même Dieu et par un riche patrimoine spirituel commun (cf. Déclaration Nostra aetate, 4), sur lequel se fonder pour continuer à construire l’avenir.

Par ma visite, je suis les pas de mes prédécesseurs. Le pape Jean-Paul II est venu ici il y a trente ans, le 13 avril 1986. Et le pape Benoît XVI a été parmi vous il y a déjà six ans. A cette occasion, Jean-Paul II a forgé cette expression de « frères aînés » et en effet vous êtes nos frères et nos sœurs aînés dans la foi. Nous appartenons tous à une unique famille, la famille de Dieu, qui nous accompagne et qui nous protège comme son peuple. Ensemble, en tant que juifs et en tant que catholiques, nous sommes appelés à assumer nos responsabilités pour cette ville, en apportant notre contribution, avant tout spirituelle, et en favorisant la résolution des différents problèmes actuels. Je souhaite que grandisse toujours plus la proximité, la connaissance réciproque, et l’estime entre nos deux communautés de foi. C’est pourquoi il est significatif que je sois venu parmi vous aujourd’hui, le 17 janvier, alors que la Conférence épiscopale italienne célèbre la Journée du dialogue entre catholiques et juifs.

Nous venons de commémorer le 50e anniversaire de la Déclaration du concile Vatican II, Nostra ætate, qui a rendu possible le dialogue systématique entre l’Eglise catholique et le judaïsme. Le 28 octobre dernier, place Saint-Pierre, j’ai pu saluer aussi de nombreux représentants juifs et je me suis exprimé ainsi : « Dieu mérite une gratitude particulière pour la véritable transformation qu’a subie, au cours de ces 50 années, la relation entre les chrétiens et les juifs. L’indifférence et l’opposition se sont transformées en collaboration et bienveillance. D’ennemis et étrangers, nous sommes devenus amis et frères. Le Concile, avec la déclaration Nostra ætate, a tracé la route : « oui » à la redécouverte des racines juives du christianisme ; « non » à toute forme d’antisémitisme et condamnation de toute injure, discrimination et persécution qui en découlent. »

Nostra ætate a défini théologiquement pour la première fois, de façon explicite, les relations de l’Eglise catholique avec le judaïsme. Elle n’a naturellement pas résolu toutes les questions théologiques qui nous concernent mais elle y a fait référence de façon encourageante, en fournissant un stimulant très important pour des réflexions ultérieures nécessaires. A ce propos, le 10 décembre 2015, la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme a publié un nouveau document qui affronte les questions théologiques qui ont émergé ces dernières décennies, depuis la promulgation de Nostra ætate. En effet, la dimension théologique du dialogue judéo-chrétien mérite d’être toujours plus approfondie, et je désire encourager tous ceux qui sont engagés dans ce dialogue, à continuer dans ce sens avec discernement et persévérance. Justement, d’un point de vue théologique, le lien indissoluble qui unit chrétiens et juifs apparaît clairement. Les chrétiens, pour se comprendre eux-mêmes, ne peuvent pas ne pas se référer à leurs racines juives, et l’Eglise, tout en professant le salut par la foi dans le Christ, reconnaît le caractère irrévocable de l’Ancienne Alliance, et l’amour constant et fidèle de Dieu pour Israël.

Avec les questions théologiques, nous ne devons pas perdre de vue les grands défis que le monde d’aujourd’hui doit affronter. Celui d’une écologie intégrale est désormais prioritaire, et, en tant que chrétiens et juifs, nous pouvons et nous devons offrir à l’humanité tout entière le message de la Bible sur la protection de la Création. Conflits, guerres, violences et injustices ouvrent des blessures profondes dans l’humanité, et nous appellent à renforcer l’engagement pour la paix et pour la justice. La violence de l’homme contre l’homme est en contradiction avec toute religion digne de ce nom, et en particulier les trois grandes religions monothéistes. La vie est sacrée, en tant que don de Dieu. Le cinquième commandement du Décalogue dit : « Tu ne tueras pas » (Ex 20, 13). Dieu est le Dieu de la vie, et il veut toujours la promouvoir et la défendre. Et nous, créés à son image et à sa ressemblance, nous sommes tenus de faire de même. Tout être humain, en tant que créature de Dieu, est notre frère, indépendamment de son origine ou de son appartenance religieuse. Toute personne doit être regardée avec bienveillance, comme Dieu le fait, lui qui tend à tous sa main miséricordieuse, indépendamment de leur foi et de leur provenance, et qui prend soin de ceux qui ont le plus besoin de Lui : les pauvres, les malades, les marginaux, les sans-défense. Là où la vie est en danger, nous sommes encore plus appelés à la protéger. Ni la violence ni la mort n’auront le dernier mot devant Dieu, qui est le Dieu de l’amour et de la vie.

Nous devons le prier avec insistance afin qu’il nous aide à mettre en pratique en Europe, en Terre sainte, au Moyen Orient, en Afrique et dans tout autre partie du monde, la logique de la paix, de la réconciliation, du pardon et de la vie. Au cours de son histoire, le peuple juif a dû faire l’expérience de la violence et de la persécution, jusqu’à l’extermination des juifs européens durant la Shoah. Pour la seule raison de leur appartenance au peuple juif, six millions de personnes ont été victimes de la barbarie la plus inhumaine, perpétrée au nom d’une idéologie qui voulait remplacer Dieu par l’homme. Le 16 octobre 1943, plus de mille hommes, femmes et enfants de la communauté juive de Rome ont été déportés à Auschwitz. Aujourd’hui, je désire me souvenir d’eux de façon spéciale : leurs souffrances, leurs angoisses, leurs larmes ne doivent jamais être oubliées. Et le passé doit nous servir de leçon pour le présent et pour l’avenir. La Shoah nous enseigne qu’il faut toujours la plus grande vigilance pour pouvoir intervenir rapidement pour défendre la dignité humaine et la paix.

Je voudrais exprimer ma proximité à chaque témoin de la Shoah encore vivant. Et je salue particulièrement ceux qui sont présents ici aujourd’hui. Chers frères aînés, nous devons vraiment être reconnaissants pour tout ce qu’il a été possible de réaliser ces cinquante dernières années, parce qu’entre nous ont grandi et se sont approfondies la compréhension réciproque, la confiance mutuelle et l’amitié.

Prions ensemble le Seigneur afin qu’il conduise notre chemin vers un avenir bon, meilleur. Dieu a pour nous des projets de salut, comme le dit le prophète Jérémie :« Je connais mes projets pour vous – oracle du Seigneur – des projets de paix et non de malheur, pour vous accorder un avenir plein d’espérance » (Jérémie 29, 11).

Que le Seigneur nous bénisse et nous protège. Qu’il fasse briller sur nous son visage et nous donne sa grâce. Qu’il tourne vers nous son visage et nous accorde la paix (cf. Nombres 6,24-26). Shalom alechem !